fév
19
2013

Patate chaude

Dans Chaines Par

Pas grand chose ne me tire de ma léthargie. Je n’ai nulle envie d’écrire sur le monde qui m’entoure. Je ne vois autour de moi que de banales tragédies, insignifiantes aux yeux de l’opinion, mais qui essaiment comme des petits-pains confectionnés à l’huile de palme jusqu’à éclater avec fracas. La seule énergie qui reste semble t’il, qui donne à l’ensemble et de loin un aspect relativement droit et propre est celle du désespoir, et pousse de simples gents à bout à des actes dramatiquement inimaginables.

En même temps, les stations de ski n’ont jamais été autant pleines. Tant mieux. Mais sous le manteau, comme la France vit encore trop bien, il se dit qu’il va falloir tailler davantage dans la dépense. Retraites, allocations chômage et même les allocations familiales font l’objet de nouvelles manoeuvres qui, à coup sûr, ne vont pas impacter de la même manière les skieurs en villégiature à Courchevel et les futurs ex-salariés de Peugeot à Aulnay. Et si la faim en tiraille quelques-uns, il doit bien rester un peu de cheval à se mettre sous la dent, c’est à la mode. La période est plus que critique et le virage qui s’amorce se resserre dangereusement : la nouvelle constante est la radicalisation des discours et des comportements, avec son cortège de passion aveugle, d’irrationnel et forcement, d’extrémisme.

D’ailleurs ce samedi, je battais encore le pavé entre Saône et Rhône pour dire non au fascisme et les agissements des identitaires lyonnais dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne sont pas de nature humanistes. Cela dit, derrière une bannière aux mots justes, les premiers rangs cagoulés et de noir vêtus n’étaient pas tous garnis par d’altruistes poètes. C’est ainsi.

Rien ces jours ne me pousse à produire le moindre billet. C’est alors que j’ai attrapé la patate chaude envoyée par MHPA. Impossible de ne pas répondre. 11 questions à traiter, autant de blogueurs à impliquer en leur posant 11 nouvelles questions..

Ainsi, Cui cui Fit L’oiseau, Lolobobo, Luciamel, El Camino, Captainhaka, Gildan, Erwan, Dorham, DivineHammer et Ema ont eu comme moi, à se prononcer sur cela :

1) Pourquoi Jean-Vincent Placé a-t’il soudainement arrêté de jouer au rugby et notamment à cette place de trois quart aile pour Bagnères de Bigorre dans laquelle il brillait ?
Sur un conseil malheureux de Bayrou, lui aussi adepte du ballon qui rebondit n’importe comment, à l’image de sa carrière politique. Et puis trois-quart aile sans courir, à pleurnicher à chaque contact, avec son gabarit ? Cherchez l’erreur.

2) Pourquoi les chats, à partir d’un certain âge, sentent-ils globalement la pisse ?
Bon, je suis prévenu vu que défilent tous les jours dans mes jambes et bien malgré moi, 2 membres de cette engeance.

3) Pourquoi Didier Goux ?
Ben pourquoi pas, vu qu’il ne mord pas…

4) Pourquoi les phacochères ont-ils des dents ?
Un leg de Didier Goux !

5) Qu’est-ce que je fous dans cette galère, à ramer ainsi sans but ?
Galère ? Pas du tout. Quelqu’un a pensé à moi, et à mon tour, je vais envoyer aux barbaresques 11 autres rameurs…

7) Comment l’incinération a t’elle remplacée la radiation, dans le coeur de Pôle emploi ?
J’ai bien peur que dans quelques temps, et pas seulement chez Pôl, la norme soit l’irradiation pour tous…

8) Pour quelle raison absurde Marcel Azzola ne figure-il pas dans le dernier classement NME  ?
Classement NME ? Connait pas ! C’est grave ? Désolé. Question suivante.

9) Que fout Marie-Anne Chapdelaine (PS Rennes) à l’Assemblée Nationale alors que tout le monde sait qu’elle préfère (et de loin) Bricodépot ?
«Mme Marie-Anne Chapdelaine appelle l’attention de Mme la ministre de la réforme de l’État, de la décentralisation et de la fonction publique sur la prise en compte lors du projet de loi lié à la décentralisation de ses effets sur les schémas de cohérence territoriale. En effet, la modification possible des périmètres d’intercommunalité pourrait entraîner une modification des périmètres des schémas de cohérence territoriale. L’élaboration de ces schémas, pour les… bla, bla, bla, etc, etc…». Peut-être que c’est Bricodépot qui l’aide à écrire ses questions à l’assemblée.

10) Qui m’a piqué mon string ? Et pourquoi ?
Là, je sèche, si je puis dire !

11) Sachant que 27 x 13 = 47, combien font 18 X 49 (sans les décimales) ?
Vite fait, et au hasard : 114 ?

A mon tour de poser 11 questions existentielles :
1/ Météorite de Tcheliabinsk, nouvelle théorie du complot ?
2/ Y a-t’il des fachos de gauche ?
3/ Pourquoi la mousse tache ?
4/ Votre chanson préférée de Didier Super ?
5/ A quel age pensez-vous toucher votre retraite ?
6/ Est ce qu’un cyclope peut voir double ?
7/ Une femme Maire de Paris, ça change quoi ?
8/ 1 + 1 = 2 toujours vrai ?
9/ IOS ou Androïd ?
10/ Un acteur porno peut-il porter plainte contre x ?
11/ Revoterez-vous pour François Hollande ?

Et les nommé(e)s pour y répondre sont : Arnaud, Vallenain, Homer, Eric, Rodolphe, Didier Goux, David, Jean de la XR, Bibi, Guillaume et Shaya.
Amusez-vous bien !

jan
31
2013

Pas content

«Les fonctionnaires sont une nouvelle fois en grève» ai-je distingué ce matin dans une discussion au loin, avec une pointe manifeste d’agacement, entre le ronronnement mécanique habituel et les bips stridents qui découpent chaque voyage en métro. Effectivement, les quelques 5 millions d’agents publics sont appelés à cesser le travail ce jour pour protester essentiellement contre les suppressions d’emplois qui pèsent dramatiquement sur les conditions de travail, et sur les rémunérations qui engendrent un perte sévère de pouvoir d’achat.

Et pourtant, je ne suis pas en grève. N’allez pas imaginer une seconde que c’est par esprit de soutien au gouvernement actuel. La raison est bien plus terre-à-terre : je n’en ai plus les moyens. Jugez vous même. Les chiffres ci-dessous sont issus de l’INSEE. Depuis 2000, et sans évoquer l’invisible hausse lié au passage à l’euro, c’est au moins 16,70 % de pouvoir d’achat qui manquent, soit une dévaluation de mon travail qui pourtant, a considérablement évolué en technicité et en productivité, le tout sous les dénigrements et les coups infligés par le sarkosysme délirant en proie aux poncifs coutumiers liés à cette catégorie de salariés. Depuis 2011, il n’y a eu aucune augmentation de salaire alors qu’autour de moi, les prix de l’alimentaire le plus courant s’affolent, ceux de l’électricité et du gaz explosent, ceux des transports et des services s’envolent. Et j’en oublie…

Année Variation du
salaire brut
Inflation Résultat
2000 + 0,5 % le 1/12 + 1,70 % - 1,20 %
2001 + 0,5 % le 1/05 + 1,70 % - 0,70 %
+ 0,5 % le 1/12
2002 + 0,6 % le 1/03 + 2,20 % - 0,90 %
+ 0,7 % le 1/12
2003 rien… + 2,20 % - 2,20 %
2004 + 0,5 % le 1/01 + 2,10 % - 1,60 %
2005 + 0,5 % le 1/02 + 1,80 % =
+ 0,5 % le 1/07
+ 0,8 % le 1/11
2006 + 0,5 % le 1/07 + 1,60 % - 1,10 %
2007 + 0,8 % le 1/02 + 2.60 % - 1.80 %
2008 + 0,5 % le 1/03 + 2.80 % - 2,00 %
+ 0,3 % le 1/10
2009 + 0,5 % le 1/07 + 0,90 % - 0,10 %
+ 0,3 % le 1/10
2010 + 0,5 % le 1/07 + 1,80 % - 1,30 %
2011 rien + 2,50 % - 2,50 %
2012 rien + 1,30 % - 1,30 %
2013 déja annoncé : rien + ? % - ? %
résultat - 16,70 %

Non je ne suis pas en grève. Je passe mon tour, j’ai déjà donné, et plus que de raison. Un nouveau jour unique à se compter, ça ne sert à rien. Il y a juste un foyer de quatre personnes dont une lycéenne et un ancien étudiant aujourd’hui diplômé sans emploi et sans indemnisation, qui gère ses priorités et ses privations à l’euro près. Un seul jour manquant en fin de mois, que ce soit pour une journée de carence, le joli cadeau du gouvernement précédent, ou une journée de grève, ce n’est simplement pas envisageable.

Je continuerai donc à me débattre jusqu’à mon hypothétique mise à la retraite dans cette armée mexicaine où l’on décide de remplacer deux agents d’exécution payé 1800 euros en fin de carrière par un cadre A++ et qui émargera joyeusement à plus de 4000 euros hors primes sans jamais mettre le moindre doigt dans le cambouis, et dont la seule fonction de management est d’entraver le planning de toutes sortes de tâches annexes sans lien ni utilité avec la mission. Et le résultat est garanti : il y a effectivement moins de fonctionnaires, mais la masse salariale et le salaire moyen ont sensiblement augmenté, ce qui, en ces temps de disette, permet encore et toujours à l’idéologie libérale de désigner cette catégorie nantie à la vindicte populaire. Cela cache surtout d’énormes disparités dont les moyennes se foutent, et les dirigeants politiques aussi. D’ailleurs, la fameuse prime de résultats instaurée par le clan Sarkozy, la prime du pseudo-mérite, a été refilée qu’aux très hauts dignitaires, déjà fortement rétribués. Les vrais méritants, les exécutants du bas, ceux qui produisent, qui font le job, et subissent les effets du dépouillement des moyens et de la crise n’ont que le mépris à se partager.

Pas en grève ne veut pas dire satisfait de son sort, et le gouvernement Ayrault, qui va évidemment minimiser les chiffres, serait bien inspiré de tenir compte de l’avertissement d’un monde un peu dépité et résigné, mis où domine surtout un fort sentiment d’injustice et de colère qui peut très rapidement devenir très bruyant et pressant.

Ce serait dommage, car rappelons-nous toujours et encore d’où l’on revient.

jan
14
2013

La caravane passe

Ce dimanche fut étrange. Il a été à peu près impossible d’occulter de mon esprit la manifestation du jour contre le mariage pour tous, non pas par peur de la mobilisation, mais parce que le message qui s’en échappait était empreint d’une rare radicalité, et il m’a profondément bouleversé. J’étais atterré de constater avec quelle virulence l’homophobie et l’intolérance pouvaient s’exprimer aussi librement dans notre pays.

Un slogan parmi d'autres, raccoleur et dégueulasseAutant le dire tout de suite, je ne suis pas gay. Je suis ce qu’il y a de plus commun : j’ai 49 ans, marié depuis 23 ans à une femme que j’aime, 2 enfants aujourd’hui autonomes, ce qui me donne une vision éclairée et assez éprouvée de cette entité sociale qu’est la famille. Dans mon entourage, j’en côtoie d’autres, aux histoires semblables ou différentes, qui font leur chemin avec plus ou moins de chance et de bonheur. Mais je vois aussi des enfants ballottés par la vie, repoussés, battus, délaissés, livrés à eux-mêmes, avec ce qu’il reste de parents «classiques». Ces enfants sont là, bien vivants, souvent heureux que la recomposition de la cellule familiale se fasse avec un compagnon quelque soit son sexe, qui les aime et s’occupe d’eux.

Je n’ai aucune envie d’exposer des arguments et de chercher à convaincre qui que ce soit. C’est inutile, le débat est même impossible : bigots, fachos, réactionnaires et conservateurs de tous poils s’acharnent avec des motifs éculés. Elle est belle la famille de France, toujours magnifiée par les calotins qui savent de quoi ils parlent, habitués qu’ils sont au contact de la jeunesse. Un peu trop même. Jusque là un peu délaissé, l’enfant est soudain redevenu l’argument suprême, et placé au centre de toutes les préoccupations. Je ne doute pas que dans ce rassemblement grotesque devait se trouver nombre de conjoints ayant plaqué femme et enfants sans se soucier si ces derniers pouvaient un seul instant souffrir de l’absence d’un des parents «traditionnels». Et pourtant…

Cette journée est assez emblématique de l’état de la société. Elle a jeté dans la rue une population peu au fait des évolutions du monde, engoncée qu’elle est dans son confort de petit bourgeois, avec sa télé poubelle et ses dogmes religieux ancestraux et puritains. On y a entendu des amalgames douteux, des propos d’un autre temps, on a même comparé François Hollande à Hitler. Visiblement, pour une part de la société, les homosexuels sont toujours des «Untermensch», des sous-hommes… C’est particulièrement grave, mais surtout désolant..

Ce n’est pas parce que je soutiens la gauche que je suis favorable au mariage pour tous. Je ne suis pas homosexuel et pas vraiment concerné par la mesure, mais je me rends compte de la situation globale de ces couples qui seraient durement précarisés en cas de coup dur. C’est une simple mesure d’égalité, et ce seul point mérite qu’on y accorde une attention particulière. Et pour les enfants, il vaut mieux un environnement apaisé où les faisant fonction de père et mère, quels qu’ils soient, s’aiment et soient attentionnés les uns envers les autres. Inutile donc de vociférer : le mariage civil n’a pas une fin de procréation, et au final, chacun fait bien ce qu’il veut chez lui…Fermez le ban !

Quant à François Hollande, il a pu paraître hésitant dans ses prises de décisions, allant parfois même jusqu’à renoncer devant le bruit de la rue, sauf quand il est produit par le monde ouvrier. Il ne le sait que trop : en matière économique, il n’a aucune marge de manœuvre ou presque. Le patron, le juge de paix, c’est les marchés, les banques, les agences de notation. Pour le reste, et le mariage pour tous en particulier, François Hollande n’a aucune contrainte d’aucune sorte. La 31ème proposition du candidat n’a nul besoin de passer par un référendum puisqu’il a été élu pour appliquer ce programme. Il ne reste donc plus qu’à emballer et peser le paquet final pour entrer dans l’Histoire au même titre que l’abolition de la peine de mort et la légalisation de l’avortement.

A cette époque aussi, les chiens aboyaient leur haine…

Edit du 16 janvier : pour ceux qui, droits dans leurs bottes, sont toujours sûr de leur conscience et de leur supposée bonne foi, allez lire le billet magistral de James.

jan
4
2013

Merci Free

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que je ponde le 1er billet geek de l’année. L’affaire buzze depuis à peine quelques heures, et si j’ai décidé d’en parler et aussi vite, c’est parce que le sujet abordé est très important et touche une question fondamentale entre toutes : la sacro-sainte «neutralité du net», un des piliers, sinon le pilier d’internet.

La chose n’apparaît pas ainsi dans la communication de Free concernant la mise à jour du firmware de la Freebox Révolution en version 1.1.9 : «ajout d’une option adblocker permettant de bloquer des publicités (bêta)». A première vue, j’aurais même plutôt approuvé tant la publicité m’apparaît intrusive et charge inutilement les pages que je consulte sur le web. De surcroît, de nombreux navigateurs (pas de pub…) disposent en natif ou sous forme d’extensions de dispositifs bloquant sélectivement ou non les fameuses réclames.

Alors pourquoi tout ce bruit ? Tout simplement parce qu’en bloquant des flux identifiés, on rompt les principes essentiels qui régissent la transmission des données sur le réseau en discriminant ou en altérant la source, ou/et la destination, ou/et le protocole, ou/et le contenu. le réseau n’est plus neutre, il interragit. Un article ancien de Rue89 illustre bien le principe, et pour aller plus loin, la Quadrature du Net tient un dossier très complet sur le sujet.

Avec ce dispositif, activé par défaut via l’interface de gestion de la freebox, aucune sélection ou personnalisation n’est possible : le blocage est total pour des systèmes de diffusion de publicité à la seule discrétion de Free, ce qui pose tout de même quelques questions. Ce n’est d’ailleurs pas une première en la matière puisque Free, en bizbille avec Google, bride les flux issus de Youtube depuis un bon moment. Cet opérateur n’est également pas le seul, d’autres, même en France ayant des pratiques similaires. L’enjeu est de taille, et le marché est colossal : on discute déjà ça et là de droits de passage, de faire payer les liens sur les contenus de presse, de taxer les moteurs de recherche, de proposer des abonnements ADSL et internet mobile «premium »… L’internaute lambda, et le blogueur que je suis n’en sortira pas gagnant, c’est une certitude.

Il y a peu, j’étais un Applemaniaque indécrottable limite sectaire, mais j’en suis revenu parce que la marque a pris plusieurs virages qui m’ont fortement déplu, notamment en pratiquant une politique d’exclusion logicielle et de flicage des comportement de leurs utilisateurs. J’ai l’impression de revivre cet épisode avec Free. Après avoir été la locomotive de l’ADSL en France, et cassé le monopole de la téléphonie mobile, je ne jurais que par Free. Mais ses présents agissements comme opérateur sont gravissimes et ternissent considérablement une belle réussite. C’est dommage.

Zéro pointé, copie à revoir, sinon je risque de dire merci, définitivement.

jan
3
2013

Ca va déjà mieux

A peine les cendres de 2012 et de quelques malencontreuses voitures balayées, voilà qu’il faut reprendre le chemin de la mine. C’est qu’il y a un pays à redresser, quasi à reconstruire, au point de ne savoir par quoi commencer. Après 7 mois aux affaires, le gouvernement Ayrault a été sujet à des turbulences provenant plus de lobbys et de vieux corporatismes que d’une opposition par ailleurs en pleine déconfiture, laissant poindre à gauche même parmi les plus mordus une certaine part de déception.

Et pourtant, comme l’a clamé mon pote Bembelly en commentaire chez Nicolas, en se rappelant d’où l’on vient et ce qu’on a subi depuis ces dernières années, comment pourrait-on être déçu : «Je me sens bien dans la France de François, personne ne m’agresse à la télé, chez moi devant mes gosses. Mes origines « étrangères » ne sont plus l’alpha et l’oméga de la politique du gouvernement, je ne suis plus l’excuse, ni la « cause » des maux de la république, Enfin libre… Et cette liberté porte un nom : François Hollande. Pour moi, le rêve se lit aussi sur le volume quiétude gagné au jour le jour, depuis ce jour historique du 06 mai 2012». Et 7 mois ont été nécessaire pour prendre la totale mesure de la tâche en commençant par détricoter un certain nombre de lois iniques, comme la loi instituant le délit de solidarité et désormais effacé, et de mesurer la vigueur et l’endroit d’où viendrait les coups.

C’est donc une nouvelle période qui commence, une nouvelle page d’histoire à écrire. Elle est encore vierge, mais on en connaît déjà les contours : des droits, des devoirs, dans l’ordre que l’on voudra, un peu plus d’égalité devant l’adversité, de liberté, et pourquoi pas de fraternité, mais surtout plus de respect, cette valeur essentielle tellement galvaudée, piétinée, mêlée à toute les sauces au point de ne plus savoir de quoi on parle. FalconHill l’a évoqué de manière émouvante, repris fort justement par Nicolas A vrai dire, je ne crois pas que la blogosphère gauchisante, pour parler de ce que je connais le mieux, a perdu cette valeur. Elle a sensiblement glissé durant le sarkosysme délirant, comme tout le monde, sous l’influence d’un pouvoir décomplexé qui ne s’est pas gêné pour clouer au pilori toute cette plèbe grouillante et assistée qui n’a pas su se doter d’une rolex avant 50 ans. Sans aucun respect.

Il suffit d’un ou deux excités disait l’autre pour modifier la perception intrinsèque des choses. Evidemment qu’il y a des débordements, surtout sur internet. C’est le corollaire de la liberté d’expression. On peut le déplorer mais c’est ainsi. Et ce n’est nullement un raison pour remettre cette liberté en cause comme l’a tenté la droite. J’ai un jour eu l’outrecuidance de commenter chez Corto, avec des arguments sincères qui me semblaient cohérents, éprouvés. Qu’est ce que j’ai pris ! C’est inévitable. La solution est simple : qu’ils restent entre-eux ! Je comprends le sentiment désabusé du Faucon, renforcé par le fait que ses idées et ses souhaits pour la société soient maintenant relégués au second plan alors qu’elles sont incontestablement empreintes d’humanisme et de bon sens. Je serai très déçu s’il renonçait.

Et je partage avec lui la perte de cet esprit de famille qu’était la blogosphère dans son ensemble. Le classement Wikio lui donnait sa matérialité. Mais la société qui mettait en œuvre cet outil a appliqué les règles du capitalisme triomphant à la #geonpi : pognon, pognon, pognon… tout en restant sourd à l’esprit des blogs, du terrain et de ceux qui font les blogs. Je note au passage la grande similitude de ce qui se passe actuellement dans mon milieu professionnel. A bien des égards, le respect des choses et des petites mains, les forces productives qui font avancer le bateau, n’existe plus depuis belle lurette.

Devant ce constat certes assez accablant, je veux rester optimiste parce que je suis de nature optimiste. Il reviendra le temps où les passions seront moins exacerbées, et le dialogue un peu plus facile. Pour cela, il est nécessaire de passer à une société un peu moins individualiste, parce que la solution, on le voit tous les jours, est collective. Aujourd’hui, malgré tous les défauts qu’on lui prête et les quelques erreurs dans son parcours, François Hollande est le seul en capacité de le faire, avec la légitimité des urnes. C’est ainsi.

Pour moi, ce début d’année m’a déjà apporté de bonnes nouvelles. Pour 2013, je vous souhaite à tous, familiers, amis, lecteurs, blogueurs, d’être tout simplement heureux…

Allez, cadeau…

déc
28
2012

Rien n’a changé #RIP2012

Voila le «hashtag» du moment : #rip2012. Il apparaît sur Twitter juste après une fin du monde avortée, comme 182 autres auparavant. La seule chose véritable, mesurable, inéluctable, c’est bien la fin de l’année 2012. Et si la mode est de faire une petite rétro, je n’y céderai pas. Je n’ai vraiment aucune envie de me retourner tant cette année m’a tordu, épuisé, presque broyé, jusqu’à ces derniers jours. Encore.

Inutile d’y revenir puisque rien ne change. La vie quotidienne reste plus que jamais contrainte et encadrée par cette formidable chape un rien artificielle qu’est la crise, dans laquelle on finit par se sentir privilégié puisqu’on a pour un temps encore un boulot. Finalement, de quoi se plaint-on puisqu’on a de la chance… Seul fait notablement nouveau : on a un président calme et posé, respectueux des autres, qui n’invective ni ne menace ses compatriotes, mais qui ne peut rien ou presque face à la gouvernance du monde par les marchés et les banques. C’est bien, mais ça ne donne aucune consistance nouvelle à la soupe quotidienne.

Inutile d’y revenir puisqu’il me reste cette année de douloureux souvenirs de couloirs d’hôpital blafards parcourus trop souvent à mon goût, avec son cortège illimité de questions sans réponses. Je les ai à nouveau parcourus cette semaine. Bien tapi derrière une simple appendicite, le crabe, ou ce qui y ressemble étrangement, est venu emporter quelques centimètres d’intestins de mon fils de 21 ans. Imaginez. Cette année, encore plus que les précédentes, est vraiment pourrie.

Voilà, je suis fatigué sans avoir fait la fête. Ce sera pour plus tard. J’espère. J’en suis sûr.

A l’année prochaine. Bises à tous.

déc
14
2012

La mer à boire

La politique me saoule, et c’est peu de le dire. De toute façon, on plie les gaules non pas vendredi prochain mais samedi vers 0h30 puisque selon les écrits mayas «le cinquième soleil prendra fin le 4 Ahau 3 Kankin», soit au coucher de soleil en toute vraisemblance au Grattez-moi-la le 21 décembre 2012 qui se fera vers 17h30 heure locale, soit avec le décalage horaire le moment cité plus haut.

Alter-Oueb franchissant le cap de Bonne-EspéranceAlors, pourquoi ne pas faire une nouvelle expérience, comme, une idée parmi tant d’autres, faire un tour du monde avant de le quitter pour cause de fin du monde ? Et je me suis lancé, je suis parti. Depuis le 3 décembre, Alter-Oueb navigue avec plus de 400.000 autres bateaux autour du monde, dans cette grande course qu’est le Vendée Globe, mais bien au chaud, sans embruns, devant un écran, virtuellement… Euh oui, c’est virtuel. D’une, je n’ai pas le budget et pas franchement le courage d’un tel engagement. Et de deux, si jamais cette fin inéluctable n’avait pas lieu, j’aurais l’air malin de tout avoir laissé tomber, comme ces quelques zozos qui ont tout vendu, tout plaqué avant le jour fatidique. La course, la vraie et la virtuelle, est partie le 10 novembre des Sables d’Olonne et se déroule avec les mêmes règles et la même météo.

Mon bateau l’a prise en cours, le 3 décembre, et a été positionné vers la 260.000 ème place. Il fonce vers la Porte Crozet, au sud de Madagascar, désormais au alentour de la 187.000 ème ! Je ne suis pas marin pour 2 sous. Je n’ai jamais habité près de l’eau, mon sang est alsacien et non breton, mais j’ai vite appris à choisir la bonne voile, à prendre le vent avec le bon angle, et à aller le chercher en étudiant les prévisions météo. C’est prenant car pour avancer, il faut quelque fois modifier plusieurs fois par jour les trajectoires en fonction du vent. Pour les accros à l’imachin, il y a l’appli ad-hoc, comme le capitaine, pour suivre votre coquille de noix et déjouer les pièges des anti-cyclones.

Le bateau d’Alter-Oueb est basique, sans options qu’on peut obtenir contre monnaie, comme la personnalisation à ses couleurs, des voiles supplémentaires, un pilote automatique qui maintient l’angle au vent, etc… Comme il fallait en choisir une embarcation, Alter-Oueb a pris le monocoque aux couleurs de Saveol, de Sam Davis, fabuleuse 4ème lors de l’édition 2008, et qui a dû abandonner sur démâtage. En plus, c’était la seule fille du plateau, et je préfère ce style de compagnie plutôt que celle des mecs, de surcroît marins bourrus.

Si vous avez envie de suivre mon Alter-Oueb dans son parcours, ou même envie de participer à cette aventure, c’est sur www.virtualregatta.com. Il n’est pas trop tard.

Dans ce cas, avertissez-moi pour qu’on puisse se tirer une bonne bourre ensemble.

déc
10
2012

Endiguer la pauvreté, chiche !

Ce matin, j’ouvrais difficilement un œil, encore ébloui par les lumières de la fête éponyme qui a bercé Lyon pendant 4 jours, encore un peu grisé par la victoire des footballeurs locaux face à leurs homologues de Saint-Etienne dans le plus disputé des derbys. Avant d’ouvrir le second, je pensais déjà à cette journée passée à distiller toutes sortes de quolibets envers mes collègues supporters des verts, eux qui attendent la pareille depuis 18 ans…

Gérard Depardieu, en lutte contre sa pauvretéLa radio égrenait quelques nouvelles. On y apprenait que ce lundi s’ouvrait la conférence de lutte contre l’exclusion censée, selon le journaliste, de trouver des remèdes à la pauvreté. Et sans transition aucune, avec la même voix monocorde, il annonçait que notre Gégé Depardieu national allait s’établir quelques kilomètres derrière la frontière franco-belge. C’est certainement pour la beauté du paysage et le soleil ravageur du coin. Et voilà, je me lève énervé, et c’est pour la journée.

Les remèdes à la pauvreté, excusez-moi, mais même sans idéologie, j’en vois bien quelques-unes, qui ont l’avantage d’être immédiates et concrètes. En somme, toute la difficulté du gouvernement actuel réside dans la manière de légiférer dans ce domaine sensible sans effrayer les fortunes de ce pays. On peut lutter contre la pauvreté, mais il ne faut pas toucher aux fastueux revenus de ceux qui travaillent sans compter les heures, comme les patrons du CAC40, les #geonpis, les libertariens, la famille Muliez, Bernard Arnaud et… Gérard Depardieu. Evidemment. On peut prendre à tout le monde, mais pas aux riches, ils sont les seuls à mériter. Tous les autres ne comptent pas, ils sont juste bons à payer !

Cette nouvelle conférence ressemble globalement à celle qui vient de s’achever sur le climat à Doha : un constat sans appel, un besoin de solutions urgentissimes, non pas pour améliorer les choses mais pour ne pas qu’elles se dégradent davantage, mais absolument rien n’en sort d’autre que quelques mesurettes insignifiantes, arrosées d’un bon gueuleton de clôture… Rien ne changera. De toute manière, la rengaine est déjà prête : c’est la faute à la crise et aux profiteurs qui jonglent frauduleusement avec les allocations et se complaisent au chômage. Et la parade est en place : «Si les socialos nous taxent, on part ! »

Aucun risque d’exode massif cependant. Les grosses berlines allemandes continueront à sillonner les rue de nos villes sur-polluées qui manquent de transport collectif par souci d’économie. Devant nos yeux, le fléau ne peut que se répandre et avaler à peu près tout sur son passage. Le travail ne protège plus, il rend juste un peut plus servile ceux qui pourraient avoir des velléités de révolte, et quelque part, c’est bien l’objectif ultime recherché.

Une fois de plus, traînant son héritage, ce gouvernement n’a que peu de marge de manœuvre. Ce n’est pas politique, c’est la réalité, et ce n’est pas simple à entendre. Alors, avant d’y passer ses nerfs, souvenons-nous un petit instant d’où l’on revient. Je vous assure, ça calme.

déc
6
2012

Médiapart, encore…

Il n’y a aucun miracle ou hasard en matière de boules puantes politiques : quand elles tombent dans un camp, il y a une très forte probabilité qu’elles ne mettent guère de temps à s’abattre dans celui d’en face. C’est la vie diront certains analystes cyniques, mais toutes les victimes de ce jeu de massacre grandeur nature n’ont pas la même aptitude à résister à ce qui s’apparente à une corrida en bonne et due forme. La queue et les oreilles ne repoussent jamais, même si l’on ressort blanchi de l’arène…

Médiapart, encore...A vrai dire, l’affaire de la semaine soulevée par Médiapart sur le prétendu compte suisse de Jérome Cahuzac est symptomatique de notre société malade et clivée. A gauche, on joue le pompier de service pendant qu’à droite on appuie de tout son poids sur l’endroit ou ça fait mal avec l’énergie de la vengeance et du souvenir du traitement infligé jadis entr-autres à Eric Woerth. Du coup, quelques valeurs jusque là bien figées ont brutalement changé d’ordre, les sympathisant de droite se laissant aller à soutenir et encenser un média tenu par des activistes à la solde des socialo-communistes mangeurs d’enfants…

J’ai toujours été très méfiant face à ce genre du curée, de quelque coté d’où vienne le vent. D’abord parce que nos sources d’information sont forcément partiales, souvent partielles, et qu’en particulier les intérêts politiques en jeu font que le quidam moyen ne perçoit que ce qu’on veut bien lui laisser attraper. La manipulation n’est jamais loin. Ensuite parce que derrière le supposé scandale, il y a un homme ou une femme, une famille, des proches, qui seront à divers degrés immanquablement impactés, surtout quand les reproches ne reposent sur rien. Pierre Bérégovoy en est mort. L’effet de meute est un amplificateur déraisonnable et destructeur.

Dans ce dossier, il me semble urgent d’attendre que la passion se tasse un peu pour qu’on y voit plus clair. Encore une fois, je suis perplexe. Je me fiche de savoir si c’est plus ou moins grave que d’escroquer mamie Zinzin. Si l’actuel ministre du budget détenait effectivement un compte en Suisse, il doit en assumer les conséquences au titre de l’exemplarité prônée par le Président de la République. Quant à Médiapart, remettre aussi vite en cause la probité de sa rédaction me semble également excessif. Toutes ses enquêtes sont jusque-là de grande qualité, et les «affaires» relatées n’ont jamais été publiées à la légère. Je vois mal ce média lancer une bombe sans avoir assuré ses arrières, au risque de voir sa crédibilité ébranlée au point d’entraîner l’ensemble par le fond…

J’en retire surtout qu’il faudrait un peu plus de médias indépendants de ce type, qui fassent de l’investigation afin de démêler le vrai du manipulé, de débusquer et relayer toutes ces turpitudes qui polluent la vie politique, contribuant à creuser le fossé séparant la population de ses représentants. La moralisation de la vie politique reste un vœux pieu, maintes fois promis et jamais réalisé, et à défaut de vrai gendarme, cette presse pourrait bien être cet empêcheur de se comporter au dessus des lois, des usages et de la bienséance.

Attendons, écoutons, mais toujours se rappeler d’ou l’on revient.

déc
3
2012

Qu’en penser ?

C’est la question qui tourne en boucle dans ma tête, un rien lancinante, jusqu’à me hanter. Je ne parle pas de la magistrale démonstration d’égo de l’UMP mais de la décision gouvernementale concernant l’avenir du site de Florange. J’ai beau lire à droite et à gauche pas mal de choses sur le sujet mais j’avoue être un peu perdu, incapable en somme de me déterminer sur ce qu’il faut vraiment faire pour sauver les emplois.

Ce qu'il reste de Florange...Ce que je sais en revanche, au delà de la sombre agitation politicienne, c’est qu’à l’ombre des haut-fourneaux vivent des gens simples, en chair et en os, et guère favorisés par la vie. Ils apparaissent au gré des articles de presse et des reportages comme une masse anonyme posée là, quelque part en Lorraine, autant dire au bout du monde. Inutile de feindre d’ignorer que les quelques centaines de fondeurs ne sont qu’une insignifiante variable d’ajustement au yeux du capitalisme moderne, ce monstre glouton passé maître dans l’art et la manière de provoquer la pénurie pour mieux faire monter les prix de l’énergie et des matières premières.

Je pourrais me satisfaire de l’attitude de ce gouvernement. On ne peut guère lui reprocher de ne pas avoir cherché de solutions. Le précédent n’aurait rien fait du tout. Mais les marges de manœuvre face au marché, face à des mastodontes comme Mittal sont faibles… Evidemment, une nationalisation temporaire aurait été un sacré signal, mais avec d’autres conséquences et obligations économiques pas forcément faciles à assumer. La montagne a donc accouché de petites promesses.

Pas sûr du tout que cela constitue une victoire, comme je peux le lire parfois. On ne parle certes plus de plan social, le site est pérennisé mais il est à l’arrêt. A Florange comme ailleurs dans les bassins ouvriers en lutte pour l’emploi, on sait ce qu’on fait habituellement des promesses. Je me rappelle de celles proclamées haut et fort au sommet d’un tas de palettes à Gandrange. Les salariés connaissent leur invariable destination après les avoir taillés en pointe. Comment se prémunir du cynisme de Mittal, comment lui accorder une once de crédibilité dans sa démarche ? Chacun le sait bien, ce ne sera probablement qu’un court répit alors que le besoin, la technologie et le savoir-faire sont présents. C’est bien celà le pire.

Je suis un peu dérouté. J’ai même du mal à écrire ces temps, mais je me rappelle tout de même d’où l’on revient…

J’en profite pour faire ressurgir une vieille tradition, celle du premier billet du mois consacré à remercier les copains et copines qui m’ont envoyé quelques visiteurs grâce aux 18 liens qu’ils ou elles ont fait sur mon Alter-Oueb ce mois de novembre. Merci à :
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et aussi à Lolobobo (après, je dis ça, je dit rien…)

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