Fin du fondamentalisme ?

C’est une rengaine qui refait surface à chaque secousse de nos sociétés occidentales confrontées aux problèmes sécuritaires : pour se protéger, la seule et unique solution serait de se doter d’un arsenal de moyens de surveillance drastique, quitte au passage à empiéter sur quelques libertés. En la matière, le citoyen n’aurait même rien à craindre car ceux qui n’ont rien à cacher n’ont aucune raison de s’opposer à une mesure qui garantit leur sécurité. Pourtant, rien n’est moins sûr.

Un barbu, c'est un barbu. Trois barbus, c'est des barbouzes...Au lendemain d’événements dramatiques, faisant prendre conscience de la fragilité de la notion de liberté, notamment d’expression, cette question remonte sur le dessus de la pile : le conseil des ministres de ce jeudi 19 février va présenter un «Patriot Act» à la française, un projet de Loi dit de «politique publique» sur le renseignement en vue de prévenir certains actes, notamment de terrorisme. Et le contenu fait froid dans le dos puisque, au-delà des mesures techniques chères aux barbouzes de base, le dispositif sera validé par l’autorité administrative (donc politique) et non judiciaire, ce qui laisse la porte ouverte à bien des dérives. Je n’ose imaginer l’usage que serait fait d’un tel outil s’il tombait entre de mauvaises mains, et notamment celles d’un ramassis de fachos qui rêve tout haut de prendre le pouvoir.

Et comme dans bien d’autres domaines, voila que la France s’apprête à imiter son voisin et modèle d’outre-atlantique : pour des raisons réelles ou supposées de sécurité, absolument rien de nos insignifiantes vies ne pourra échapper aux services de renseignements sur une simple demande administrative, et sans autre forme de procès. Il sera ainsi possible d’écouter, de fouiller et s’immiscer absolument partout, parce qu’un gugusse un rien paranoïaque a estimé sa cible ou son entourage comme une potentielle menace.

Et dans son éternel souci de présenter un profil de bonne foi, le législateur assène le coup de grâce : «il ne s’agit finalement que de légaliser des pratiques qui se font depuis un petit moment déjà, et d’instituer un cadre légal général à des activités susceptibles de porter atteinte à la vie privée et au secret des correspondances». Il était donc normal de cacher micros et caméras, de charger des mouchards sur les ordinateurs, de poser des balises GPS, d’intercepter SMS, mails et communications téléphoniques à tout va, sans aucune autorisation de justice. Maintenant que tout cela est légalisé, passant en plein jour de l’amateurisme à l’industrialisation, on incitera en plus, et plutôt fermement, les acteurs de l’internet à moucharder leurs clients/utilisateurs pour ceux qui auraient échappé à la première lame.

Bien sûr, ceux qui n’ont rien à cacher n’ont aucune raison d’avoir peur. Sauf que c’est méconnaître profondément l’importance du réseau et des relations qui existent entre les individus et qu’étudient (voire les déduisent de toute pièce, comme le fait très bien Facebook) les services de renseignements. Que savons-nous de l’individu avec lequel on a échangé quelques mots dans le métro sous les filtres des caméras de surveillance ? Qu’est ce qui peut-être déduit de nous selon notre entourage alors que des pans entiers de ceux que nous fréquentons peut nous être inconnu ? Le fait de côtoyer un ami dont l’entourage propre inclus de possibles indélicats, fait-il de nous un élément à surveiller ? Sans compter que les Paul Bismuth et autres vrais méchants savent se jouer de cette surveillance, même sophistiquée avec une facilité déconcertante. Dans ces condition, on se demande quelle est la véritable raison de cette mise sous tutelle ? Ce qui reste des syndicats et associations alter n’ont plus qu’a bien se tenir, sinon…

Il y aura bien une Commission Nationale de Contrôle des Techniques de Renseignement (CNCTR) chargée de statuer (à postériori) sur le respect des libertés fondamentales, mais on se demande bien ce qu’il reste de fondamental dans nos libertés. Pour reprendre l’exemple américain, le «Patriot Act», loin d’améliorer la vie et la sécurité de ses habitants, a conduit les États-Unis à basculer dans une forme de tyrannie où l’état de droit ainsi que les libertés publiques et individuelles ont gravement régressé. La moindre contestation vous transforme de facto en un ennemi de la nation dans un manichéisme maladif. Et en premier lieu, qu’adviendra t’il de tous les lanceurs d’alerte ? Pour eux, le dispositif est monstrueux d’efficacité : rien de mieux pour les réduire durablement au silence. Une liberté fondamentale détruite. Une de plus, avec toujours cette pure illusion de sécurité.

Il y a plus de 200 ans, Benjamin Franklin, l’un des pères fondateurs de la nation américaine, l’avait déjà perçu : «un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux». Parce que le fait de renoncer de la sorte à nos libertés les plus fondamentales ne nous protégera en rien d’agissements d’illuminés hors normes, parfaitement préparés à l’exercice. Mais en attendant que le pire arrive, la Word Company et ses donneurs d’ordre y trouveront leur compte. La maîtrise et l’asservissement des masses font marcher les affaires et repoussent loin les empêcheurs de faire fortune en paix. Au moment ou se trament d’étranges accords dans la plus grande opacité, ce genre de loi tombe plutôt bien…

Et dire que c’est un gouvernement de gauche qui porte ce projet, dans l’indifférence générale. Ce n’est pas pour cela que j’ai voté en mai 2012, ni marché ce 11 janvier 2015.

Bon sang, réveillons nous de ce cauchemar…

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Le rapport à l’argent

Ainsi, au plus fort de la tourmente causée par l’élimination du candidat UMP au premier tour de la législative partielle dans la 4ème circonscription du Doubs, la tête du parti était ailleurs, très loin, vaquant à des occupations très personnelles. Pendant que le président de l’UMP donnait une «conférence» très rémunératrice au Quatar, ses ouailles ferraillaient dur pour savoir si on pouvait aider le loup à entrer dans la bergerie. Devant le début de polémique engendré, un commentateur avisé de cette actualité, sur une radio d’info continue, avait cru utile de justifier ce déplacement en soulignant que s’il y avait controverse, c’était notamment parce que «les français avaient un rapport difficile à l’argent».

Alors là, je dis bravo. Jolie pirouette, triple boucle piquée arrière sur une jambe cambrée inversée… Me voila rassuré : il ne s’agit donc que d’un simple problème d’argent. Rien à voir avec la politique, avec l’expression des idées et la manière dont on organise la société. Aucun lien avec un élémentaire problème de gouvernance alors que l’UMP est dans la tourmente, incapable d’avoir une ligne directrice, un début de programme cohérent. Non. Sarkozy, chef de parti, ancien président de la république, était attaqué parce qu’il gagnait beaucoup d’argent.

Ali Baba et les 40 voleurs, mythe ou réalité ?Rien de bien nouveau donc, mais le thème du rapport à l’argent me pose question. Le commentateur sus-cité n’a pas totalement tort dans son affirmation. C’est vrai qu’ici, il est assez mal vu d’afficher sa réussite. Ce que je nuancerais toutefois en ajoutant «quand c’est ostentatoire», et d’autant plus que cette réussite, si c’en est une, «est rapide» et surtout «hors de toute proportion».

En fait, je ne crois pas que ce rapport soit plus difficile qu’ailleurs. Je crois essentiellement qu’en période de crise, qui dure tout de même, et officiellement, depuis le premier choc pétrolier, gagner beaucoup d’argent sans raison réelle est insupportable aux yeux du citoyen lambda. Voir les entassements se faire avec facilité et régularité sont un rien déconcertants alors que l’immense majorité des foyers gère au quotidien la pénurie et les privations. Sans parler que les mêmes vous somment, au nom du bien-être commun (qui n’a rien de commun puisque c’est eux qui le détiennent), de faire davantage d’efforts pour rembourser la dette du pays…

Dans ces cas, il est assez légitime de couiner quand l’ex-président, bien qu’annonçant «renoncer à la politique pour faire du fric», s’envole pour palper 150.000 euros, montant moyen de ses «prestations» (on l’imagine mal toucher moins que d’habitude) pour tailler le bout de gras avec 15 personnes pendant 2 heures. J’imagine moyennement l’aide quelconque que peut apporter Sarkozy à des quataris dans la manière d’aider un fonds souverain à faire encore plus de profits que ce qu’il fait déjà… Le tout en continuant évidemment la politique.

Inutile de réaffirmer que, dans le contexte économique actuel, où la précarité n’est jamais loin, l’argent est avant tout synonyme de sécurité. Chacun d’entre nous, quel qu’il soit, aspire naturellement à élever son niveau de vie. Le désir n’est pas forcément de devenir riche – qu’est ce que être riche ? -, mais au moins, de se mettre à l’abri, de se fondre dans cette société de consommation qui vante si bien le modèle néolibéral basé sur la satisfaction des besoins, là aussi quels qu’ils soient.

La vérité est que la grande majorité en est exclu, souvent dès la naissance, et que ceux qui en jouissent font à peu près tout pour que les autres n’y accèdent jamais. Ce qui n’empêche pas les élites de vanter continuellement et avec force les vertus de la valeur «travail» Il y a effectivement des exceptions, des réussites fabuleuses, des «rêves américains» réalisés, mais l’autre grande réalité est que la seule façon d’avoir aujourd’hui de l’argent en France c’est d’en hériter et d’avoir des relations. Si de nos jours, le travail permettait une quelconque élévation, ça se saurait, ça se vérifierait. D’ailleurs, le discours est limpide : le travail coûte trop cher : on cherche bien, et par tous les moyens, a en réduire les rétributions, à baisser les salaires. C’est bien la réalité du moment ?

On n’a guère de rapport difficile avec l’argent si l’on peut dire, on a un rapport difficile avec nos représentants politiques et les dirigeants économiques qui se croient au dessus de tout, qui prônent la modération salariale et s’octroient un gain de Loto tous les ans, rien qu’en augmentation… 150.000 euros pour 2 heures de parlote, c’est de l’escroquerie. C’est tout comme pour les rémunérations hors de l’entendement, surréalistes, astronomiques, des patrons du CAC 40, de sportifs, artistes, rentiers à la mode Bettencourt (cette pauvre femme qui n’a jamais travaillé de sa vie), profiteurs en tout genre. Et dans le cas de Sarkozy, après tous les discours tenus par ce personnage, c’est immoral, indigne, et incompatible avec les futures fonctions qu’il vise.

Reste dans cette histoire à déterminer la destination de la rétribution : sur le compte courant de Sarkozy, ou sur un compte à numéro quelque part dans un paradis fiscal ? Puisque son entourage assure qu’il s’agit d’un vrai travail, il est donc normal, comme tout à chacun gagnant de l’argent, en tant que citoyen français, de participer selon ses moyens aux charges de son pays. J’aimerai assez avoir une réponse à cette question, bien que je la connaisse déjà.

Doucement, mais sûrement, la cabane se rapproche.

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La liberté de demain

Il n’y a plus de Charlie en kiosque. Qu’importe. Rien ne presse. L’important n’est pas là, sur ce seul mercredi, ou jeudi. Charlie existe même si je n’aurais peut-être jamais le numéro 1178 en main. Le papier, aussi fragile qu’une vie, est aussi incroyablement robuste et traverse les ages jusqu’à demeurer avec les pierres, le principal rapporteur de l’histoire des hommes. Certaines pages d’ailleurs sont même devenues fondatrices et objet de croyances diverses. C’est dire sa force.

Ce nouveau numéro, pas même encore sur les rotatives, a fait débat. Sa page de couverture montre le prophète. Etonnant, non ? Elle est magique : le prophète est triste. On y parle de pardon. Une valeur universelle et présente dans toutes les religions. Tel quel, avec ce message apaisant, je ne parlerais presque pas de caricature, même si Mahomet a clairement une tête de bite. Et nous voila revenir au point de départ : ça monte au créneau de partout pour fustiger le journal et crier au blasphème. En Turquie, le premier ministre turc, tout juste revenu de sa promenade parisienne pour réaffirmer la liberté d’expression, en a interdit la parution dans son pays.

censureDonc on n’a pas avancé d’un pouce. D’autres défilants dans le cortège VIP ont d’énormes progrès à faire en matière de liberté. En Algérie, marches et manifestations publiques sont interdites. En Turquie, déjà citée, les journalistes osant parler de la corruption qui enlace le président Erdogan sont incarcérés. Idem, au hasard, en Egypte, au Gabon, en Jordanie. En Russie, cela va sans dire. Pourtant, présidents ou représentants, tous étaient là, présents en première ligne. Comme Toto 1er.

Coté religions, on a pas évolué non plus, et ce n’est pas non plus une surprise. Le cortège d’avertissements et de menaces repart de plus belle. Cette fois, le «Canard Enchainé» est également cité. L’athée que je suis ne comprend pas cette notion de blasphème. Je respecte infiniment ceux qui croient en quelque chose, qui sont sincères dans leur pratique et sans prosélytisme exacerbé, quelle que soit la confession, mais les règles auxquelles les fidèles s’astreignent ne concernent en rien les non-croyants. Impensable donc pour eux de se plier à cette discipline, impossible aussi de blasphémer ce qui n’existe pas. Elémentaire.

«Liberté de la presse ? Vaut mieux entendre ça que d’être sourd !». C’était à la une du premier Charlie en novembre 1970, une semaine juste après l’interdiction de Hara-Kiri. Les temps ont un peu changé. C’est indéniable. La pensée et l’écriture, dans notre pays laïc exempt de références religieuses, ne sont plus entravés. Il y a bien de temps en temps des tentatives. Mais le douloureux épisode Charlie Hebdo montre que la vigilance doit être continue. Il en faudrait bien peu pour que les censeurs reprennent du service. Certains pays, dont les Etats-Unis, se sont dotés de lois d’exception qui permettent à peu près tout en surfant sur la détresse. On n’en est pas loin.

Alors, merde aux censeurs, quels qu’ils soient…

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Et maintenant ?

Quelque part, cette journée du 11 janvier s’est résumé en une avalanche de superlatifs pour décrire une nouvelle page d’histoire. De cette marche silencieuse et recueillie est monté une clameur qui exprime sans ambiguïté un attachement à une foule de valeurs qui sont loin d’être universelles partout. Au premier rang se trouvent la liberté d’expression, la liberté tout court, mais aussi le respect d’autrui, la solidarité, la tolérance, le recueillement… Le message est passé avec force, mais à y regarder de plus près, ce n’est pas aussi simple. Les bons sentiments, comme des bonnes résolutions de début d’année, ont une tendance régulière de s’étioler très rapidement.

Charlie HebdoLe consensus du temps de crise ne durera pas bien longtemps. A peine les cendres refroidies, les traces de sang effacées, le monde politique va reprendre son activité principale, c’est à dire dézinguer le camp d’en face, avec la petite phrase qui tue. Il faudra évidemment tirer les leçons de cette tragédie et aussi de la communion du peuple, mais l’histoire étant un perpétuel recommencement, je suis plus que circonspect.

En fait, on a beau clamer haut et fort qu’on se battra, qu’on est pugnace et solidaire, qu’on est peut-être atteint mais qu’on a pas peur, mais pour ma part, j’ai du mal. «Ohé ! partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme !» résonne en boucle dans ma tête, jour et nuit. Partout, depuis mercredi, dans la rue, le gens se parlent : «Ami, si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place». mais pour combien de temps ? Charlie est immortel, mais sans Charb et ses potes qui réservent à jamais leurs dessins aux nuages. Et qui seront les suivants ?

Depuis mercredi, je n’ai que des questions et assez peu de réponses. Pour l’heure, on entend déjà quelques-uns parler de cet outil de malheur qu’est internet, de la nécessité d’empiler de nouvelles lois, de démultiplier les moyens policiers et de surveillance. On vient à peine de défiler pour défendre la liberté qu’on veut déjà la restreindre… Sans parler que les lois existent déjà, et que, quelque soit l’arsenal déployé, on ne parviendra jamais à tout bloquer. Malheureusement.

Malgré l’ambiance générale dopée par la participation aux marches républicaines, mon inquiétude est renforcée par des attitudes captées un peu partout. Dans mon entourage, il y avait de l’indifférence à peine voilé, parfois appuyé de propos amers tels «ils l’ont un peu cherché». J’ai entendu et lu bien plus grave aussi. J’ai mis tout cela sur le compte de la liberté d’expression. Mais cela me fait froid dans le dos et ne me rassure pas vraiment sur la suite. On était nombreux à dire notre attachement à la liberté, à rendre hommages aux victimes, mais ailleurs, ils sont tout autant nombreux à se satisfaire de cet épisode. Dans un contexte ou l’individualisme est une nouvelle religion, qu’importe les valeurs solidaires, la liberté d’expression pourvu qu’elles ne gênent pas les affaires et l’empilement des profits. Ce n’est pas une vue de l’esprit, c’est une réalité. La aussi, il y a des fanatiques.

Et maintenant ? On va continuer. Le temps passe et atténue les peines. Et facilite aussi l’oubli, et c’est bien tout le problème. Mais promis, autant que possible, on va rester vigilant, tant qu’on pourra, tant qu’on vivra.

Salut Charlie.

Marche républicaine Lyon

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Anonymous au secours de nos libertés

http://pastebin.com/Pdj2Z0wC

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Immortel

J’avais prévu un petit billet hier pour souhaiter au monde quelques banalités d’usage quand l’actualité m’a plongé dans une profonde tristesse jusqu’à l’ankylose. Impossible de bouger, de croire ce qui s’ést déroulé en plein jour, en plein Paris. Une rédaction entière décimée. Non, je n’y crois pas, ce ne peut pas s’être passé. Pas au 21ème siècle, dans un monde dit civilisé.

Je Suis CharlieMa seule activité de la journée a été de me transporter sur la place des Terreaux pour rendre hommage aux victimes de l’immonde barbarie. J’y suis resté longtemps, pétrifié, à applaudir Stéphane Charbonnier dit Charb, Moustapha Ourad, Jean Cabut dit Cabu, Michel Renaud, Elsa Cayat, Franck Brinsolaro, Hamed Merrabet, Bernard Verlhac dit Tignous, Georges Wolinski, Frédéric Boisseau, Philippe Honoré, Bernard Maris, mais aussi tous les blessés de cette atroce boucherie inutile, en pensant à tous leur proches désormais meurtris à jamais.

Gérard Collomb a dit, comme à l’accoutumée, quelques mots de circonstance. Je n’ai alors pas applaudi. Je ne peux occulter la responsabilité que portent les hommes politiques dans leur ensemble pour ne soutenir la presse que quand un drame s’est joué. Je ne me rappelle que trop les turpitudes auxquelles ont été soumis les journalistes d’investigation, notamment de Médiapart, du Monde et quelques autres, et le tir nourri d’une classe politique incapable de mesurer son propos. J’entends encore un ancien président de la République tancer deux journalistes pris en otage en Afghanistan alors qu’ils ne faisaient que leur métier, pour nous informer. Les louanges et les complaintes d’aujourd’hui de droite ou de gauche me sont aussi insupportables que les jérémiades fondamentalistes des fous de n’importe quel dieu… Et que dire des tentatives de récupération de l’événement qui ne vont pas tarder. D’avance, Marine, ta gueule !

La presse et sa liberté, donc la nôtre, cela se défend en permanence. Cela s’affirme tous les jours. Au lieu de cela, on gaspille le temps à attiser les haines et les rancoeurs, on radicalise absolument tout sujet, on fustige l’étranger, on diabolise le musulman, le vrai, celui qui est aussi catastrophé et consterné que moi. La liberté, contrairement à la pile électrique, ne s’étiole que si l’on ne s’en sert pas.

Charlie dérangeait. Et pas qu’un peu. Charlie est passé maître dans cet art. C’est pour cela qu’on l’a tué. Ce faisant, ces idiots dégénérés l’ont rendu immortel. Sûr que quelque part, Choron, Reiser et Cavanna ont accueilli leurs copains les bras ouverts. Mais cela ne me console nullement. Il manquera toujours quelque chose, la petite case en bas à gauche dans ce grand puzzle, ce petit rien apprécié ou non qui fait la diversité, et qui finit par faire un tout.

Mais pour l’instant, je suis désespéré. Je retourne me coucher, avec les mots de Philippe Val qui tournent en boucle dans ma tête. Demain, je serai plus que jamais combatif.

Bonne année.

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Incivilité ordinaire

Lors des célébrations de l’armistice de la grande guerre, la der des der comme tout le monde le sait, un petit avion de tourisme a survolé le Mémorial de Notre-Dame de Lorette en tirant une banderole demandant la démission de François Hollande. Cela a bien évidemment fait un instant la une de la plupart des médias, entre Nabilla, les écolos casseurs et quelques voleurs de grand chemin.

Notre-Dame-de-NorettePour reprendre brièvement le clavier, il fallait vraiment que je sois outré : sortir une telle banderole un jour de souvenir et de respect pour ceux qui ont vécu l’enfer et donné leur vie pour notre liberté représente un acte des plus odieux. L’inauguration de cet «anneau de la mémoire» regroupant sans aucune distinction toutes les victimes anonymes de la bêtise humaine n’est en aucun cas le moment de revendiquer quoi que ce soit, sinon la fin des boucheries stupides qui foisonnent toujours de par le monde.

Ce survol est ignoble et revient à cracher sur tous les noms gravés sans aucun égard. Pour le monde libéral, tout est permis : la morale et le bon-sens sont à géométrie douteuse. Et dire que le protagoniste, qui aura mis des moyens assez conséquents dans son geste (il en faut pas mal pour faire voler un avion, sans parler du prix de la bâche), n’en finit pas de manifester pour protester contre l’État, contre Hollande, contre la gauche, contre on ne sait plus trop quoi… Nul doute qu’il doit fulminer régulièrement face à l’impôt spoliateur. Il ne manquerait plus qu’il s’offusque de l’insécurité grandissante et les incivilités quotidiennes, la cohérence étant visiblement le cadet de ses soucis… Et ce sont des gens de cet acabit, parés de respect d’autrui et des règles fondant la société, qui aspirent à exercer demain le pouvoir ? Rappelons-nous d’urgence d’où l’on vient.

Mais le plus grave finalement, c’est le mutisme du Parti Socialiste, incapable de communiquer, de protester et de défendre son propre camp.

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Connaissez vous vraiment TAFTA ?

Pas un jour ne passe sans son alerte sur la fin de notre monde, à ses petits acquis arrachés ça et là, et qui constituent aujourd’hui notre espace plus ou moins démocratique, avec une liberté enviée par tout ceux qui n’en disposent pas.

Cependant, à force de crier à tord ou à raison au loup, l’attention et les mobilisations s’étiolent et les gardes se baissent. Et pourtant, compte-tenu des enjeux et des conséquences sur notre quotidien immédiat, il est vital de s’informer tout en gardant un esprit ouvert et critique. Cela demande souvent des efforts conséquents et le monde politique et des affaires le savent bien : quand un projet rencontre une opposition, il ne suffit que de patienter afin d’atteindre sans se fatiguer le moment ou la résistance disparaîtra d’elle-même faute de combattants.

Pour le «Transatlantic Free Trade Area», ou TAFTA, ou en bon français la «zone de libre-échange transatlantique» ou encore «accord commercial transatlantique», la méthode est identique : secret des négociations, des négociateurs et même du contenu, heureusement éventé par des fuites. D’autres projets aux méthodes et objectifs similaires, comme SOPA, PIPA, et récemment ACTA, ont été repoussés par la vigilance citoyenne et aussi internationale puisque ces tentatives de réglementations sont de plus en plus transfrontalières et s’imposent à nous sans que nous n’ayons notre mot à dire. Ce n’est pas acceptable.

Toutes ces tentatives pour structurer encore plus l’espace mondial globalisé reviennent par vagues et en silence, bien déguisées. TAFTA est la dernière en date : elle est monstrueuse de cynisme et jette ce qui reste de notre monde à des prédateurs implacables que sont les banques et les multinationales. Jetez donc un oeil attentif à ces quelques vidéos qui valent toutes bien mieux que tous les discours.

ou celle-là :

ou celle-là des Anonymous :

ou encore celle-là :

et celle-là :

ou celle-là, très documentée :

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Pour que Internet reste libre et ouvert

Vous avez peut-être remarqué la petite bannière dans le coin en haut à droite. Une roue bien connue y tourne indéfiniment. Elle est le symbole de l’attente de la fin d’un chargement de page lors de nos butinages sur la toile. Et sans une mobilisation de notre part, nous risquons tous de la voir trôner sur nos écrans bien plus que de raison. Lors de nos prochaines sorties sur internet, on va devoir attendre, attendre, encore attendre, à moins de payer…

Pour une fois, les plus contestataires viennent d’outre-atlantique. La-bas, la réalité d’un internet à plusieurs vitesses est sur le point d’aboutir. Dans quelques jours, la Federal Communications Commission (FCC) qui régule entr-autre l’internet américain, rendra un avis lourd de sens en terme de «neutralité du réseau», et qui risque d’avoir des répercussions essentiellement sonnantes et trébuchantes et bien au-delà du simple continent américain.

En clair, le but d’un certain nombre d’acteurs du net est de faire payer les sites web pour permettre un accès optimisé à leurs contenus. Sinon, les débits seront bridées. De l’autre côté, les fournisseurs d’accès pourraient aussi proposer plusieurs offres à leurs clients pour qu’ils puissent accéder plus ou moins rapidement aux pages. On voit sans peine la dérive du système, les filtrages et autres manipulations possibles.

Imaginons que demain, l’accès soit si lent que vos sites préférés soient illisibles. Imaginons les sites d’information obligés de payer, au risque de se faire ralentir si la ligne éditoriale déplaît. Imaginons les données désormais délocalisées quelque part sur un cloud et devenant difficilement (ou plus) accessibles. Imaginons tout ce qui fait le charme du net, les blogs, les sources alternatives, le partage, etc… Invisible, disparu ! Sauf à payer.

Je parle souvent du fondement même d’Internet qu’est la neutralité du réseau. Cette notion un peu ésotérique et qui ne passionne pas le profane est pourtant essentielle, et se résume très rapidement et en termes simples en 4 points :
– transmission de données sans examiner le contenu
– transmission de données sans altérer le contenu
– transmission de données sans examiner la source (qui émet les données) et la destination (qui les reçoit)
– transmission de données sans examiner le protocole (convention de communication).

Quand un seul de ces points est invalidé, le réseau n’est plus neutre, il interagit, ce qui n’est plus l’esprit, le principe de base d’internet. Et dans notre affaire, tous sont invalidés… Un comble au moment ou les appareils mis à la disposition des internautes sont de plus en plus puissants et rapides. D’un côté, on vend de la 4G, des monstres de technologie avec une capacité de calcul telle qu’elle pourrait envoyer une fusée sur la lune, tout en bridant drastiquement les débits.

Ce 10 septembre, beaucoup de sites, et pas des moindres (Vimeo, WordPress, Reddit, Netflix… et Alter-Oueb), vont faire semblant de tourner au ralenti. Le but est d’alerter les internautes du danger que constitue ce nouveau coup de boutoir, de leur faire prendre conscience de cette part de liberté confisquée, et qu’il ne s’agit pas d’un nouveau coup d’épée dans l’eau. D’ailleurs, ce genre de campagne a naguère déjà fait plier les décideurs pour les projets de loi SOPA (Stop Online Piracy Act) et PIPA (Protect IP Act) particulièrement liberticides et scélérats. Dont acte.

Plus d’infos (en anglais) sur www.battleforthenet.com/sept10th/

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On continue ?

Les membres du 4ème gouvernement du quinquennat Hollande seront bientôt connus. A ce stade, je ne sais si on peut parler d’un nouveau positionnement réellement à gauche. C’est trop tôt. Je me rappelle juste qu’il y a un peu plus de deux ans, comme la majorité des français, j’avais placé dans une urne un bulletin qui exprimait un besoin de changement, de progrès, de partage, de solidarité, d’écologie et de respect.

Vaste programme en effet, car au sortir de l’ère du Lider Minimo, toutes ces valeurs n’existaient plus, ou qu’à l’état comateux, consciencieusement piétinées par une politique basée sur l’individualisme triomphant si cher au clan libéral, et à l’adoration sans limite du dieu pognon. Qu’il soit en dollars ou en euros importe peu, l’ivresse de la fortune vite faite reste la même.

gros-tempsParce qu’en ces temps reculés, les différents gouvernements de droite ont toujours agi d’abord pour leur électorat. C’est bien naturel. Le monde de l’entreprise, les professions libérales et supérieures, les retraités des 30 glorieuses, les fortunes diverses et grandes familles bien de souche n’ont pas eu vraiment à se plaindre : ils n’ont guère été impactés par les mesures impopulaires et contraignantes imposées par les schémas économiques du moment. Bernard Arnaud, en 2009, au plus fort de la crise, doublait quasiment sa fortune personnelle pendant que l’économie réelle fauchait les ouvriers à 1200 euros par mois. Quelques 650 milliards d’euros d’argent public ont changé de main, aux ordres d’une droite libérale et décomplexée, sauvant ainsi nos actuels étrangleurs. Cherchez l’erreur.

Devant l’injustice manifeste des choix effectués alors, mais surtout face à la brutalité de ce pouvoir d’où transpirait un imperceptible relent de vengeance, les cartes se sont petit à petit redistribuées. Une immense majorité de communes, de départements, et toutes les régions sauf une, devenaient roses. Même le très conservateur Sénat basculait à gauche pour la première fois de son histoire… Tout était en place pour, enfin, voir des promesses, des vraies et de gauche, se concrétiser. La droite s’était largement servie. Ca allait être notre tour. Enfin.

J’ai attendu. Patiemment. Et encore. J’ai applaudi aussi. Et j’ai surtout pesté. Mais j’ai toujours défendu l’homme et son action. Economiquement, il ne peut pas grand-chose car c’est ailleurs que les dés se jettent. Le système globalisé est bien trop ancré dans le quotidien pour pouvoir l’ébranler. Même l’égratigner semble d’une difficulté absolue. Mais ce n’est pas une raison pour céder ainsi au renoncement généralisé. Comment voter le TSCG alors que peu avant, dans l’opposition, le parti socialiste avait avancé des arguments des plus valables pour le dénoncer. Hollande et le PS, sans opposition, ont gâché tout seuls une bien belle occasion de concilier brillamment la liberté, l’égalité et la fraternité.

Bilan ? 2 ans et demi d’atermoiements pour quasi rien, un électorat dérouté et aigri, des institutions qui retournent à la droite, un monde politique déchiré d’où le FN tente d’émerger en sauveur. L’électeur de gauche, en prime, fait les frais de cette rigueur qui ne dit pas son nom et qui passe par vagues successives. Pire, les mesures prisent sont clairement de nature à flatter l’électorat de l’UMP : des dizaines de milliards d’euros de cadeaux et d’exonérations sans contrepartie, financées par la réduction des dépenses publiques. En clair, on donne aux patrons ce qu’on prend aux fonctionnaires. Evidemment, rien ne va à la création d’emploi ou à l’investissement : la distribution de dividendes a même atteint son plus haut, en augmentant de 30 %…

Je comprends le désarroi des pauvres gens qui se sentent abusés, et qui paient la note. Et partout la même expression jaillit : «je n’irai plus voter, A quoi bon ?» Comment leur en vouloir ? Quand la droite est au pouvoir, elle les tond et les méprise. Quand c’est la gauche, au mieux, elle ne leur offre rien. Et si le Front National y parvenait, on pourra retirer le mot «liberté» des frontons des mairies, et les autres aussi.

Cette ingratitude du PS va coûter très cher au parti et à la gauche en entier. Le discours de politique générale qui indique le cap de la nouvelle équipe gouvernementale risque d’être houleux, et dans le climat de fronde actuel, rien ne dit que la confiance sera votée… Parce que si la gauche perd le pouvoir à ce moment, elle ne le retrouvera pas de sitôt.

Malgré tout, je ne renonce pas. Mon soutien est toujours là. Je sais trop d’où l’on vient. Et compte-tenu qu’aucune famille politique n’est actuellement en état de montrer une image digne et responsable – personne à l’UMP n’a demandé de dissolution – , le PS a une petite chance de rectifier le tir. Il faut la saisir vite, très vite, et entr-autres faire la grande réforme fiscale qui s’impose et la faire entièrement, contre vents et marées s’il le faut. Les aboyeurs seront à droite. Un bon moyen de reconquérir l’électorat de gauche. Monsieur Hollande, vous avec 32 mois.

Sans renoncer une nouvelle fois au milieu du gué.

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