fév
22
2012

De plus en plus intolérable

C’est par ces mots qu’Alain Juppé a déploré la mort de 2 journalistes occidentaux à Homs, en Syrie. Rémi Ochlik, photographe de guerre, lauréat du prix World Press Photo 2012 pour ses clichés pris en Libye et Marie Colvin, ressortissante américaine installée à Londres et correspondante de guerre pour le Sunday Times sont les nouvelles victimes de la barbarie du pouvoir de Bachar El Assad. D’ailleurs, notre frétillant ministre des affaires étrangères ne s’y trompe pas : «c’est une démonstration supplémentaire de la dégradation de la situation en Syrie». Sans blague…

Rémi Ochlik (photo Yoan Valat/Maxppp)Marie Colvin (photo AFP/Getty Images)J’avais prévu un autre billet aujourd’hui, mais ces réactions officielles m’ont mis hors de moi. La disparition de Gilles Jacquier le 11 janvier avait déjà été qualifiée d’intolérable. Mais rien n’a changé pour notre classe dirigeante. Elle observe, de loin, bien au chaud, sans bouger d’un pouce, sans froisser en rien les 2 géants qui s’opposent à toute intervention sur place. Par sa passivité, elle laisse des pauvres gens se faire massacrer, en direct à la télé. Elle se contente de petites phrases servies entre la poire et le café, de banalités d’usage, comme la déclaration du jour de Toto 1er : «maintenant, ça suffit, ce régime doit partir. Il n’y a aucune raison que les Syriens n’aient pas le droit de vivre leur vie et de choisir leur destin librement».

Il a raison. Mais ça fait longtemps que ça suffit. 2 nouveaux journalistes sont morts et on s’en émeut, mais cela fait longtemps que les meurtres d’enfants, les tirs dans les cimetières, les chars dans les rues, la terreur et la barbarie ordinaire sont monnaie courante. Selon les rares ONG sur place, la répression syrienne aurait fait à ce jour 7.600 victimes… On va continuer longtemps ainsi ? Notre expérimenté président, celui même qui raille la capacité de son adversaire à gérer ce type d’affaire, si réactif et volontariste dans la crise libyenne, qu’attend-il pour agir ? Qu’attend-il pour cesser de taper inutilement du poing sur la table ? Peut-être que sur le plan humanitaire, perçoit-il une différence entre le destin du peuple libyen et syrien ! Ou plutôt a t-il peur de froisser russes et chinois, ces grandes nations des droits de l’Homs et leurs marchés ou ses proches ont de gros intérêts !

On me rétorquera qu’il y a le droit international, l’ONU, bla-bla, tout cela… Bien sûr. Mais si le droit international doit laisser se dérouler une telle boucherie pour un intérêt très particulier, à la face du monde, sans même se cacher, cela n’a aucun sens. J’avais vigoureusement critiqué l’intervention française à Tripoli, jugeant qu’elle servait d’autres intérêts, notamment celui de redorer le blason de notre monarque. Mais au fond de moi, il ne faisait aucun doute qu’il fallait aider ce peuple à se défaire d’un tyran notoire et sanguinaire. On se trouve dans le même cas de figure, à ceci près que les exactions de Bachar El-Assad pour se maintenir au pouvoir sont à une toute autre échelle, suivant de peu son feu père, auteur d’un massacre similaire à Hama en février 1982, pour écraser une révolte motivée par la même soif de liberté.

Finalement, au bout de ces cinq années de brassage d’air, à force de s’agiter, de toiser le monde, d’avoir réponse à tout comme le fayot du premier rang à chaque question de l’institutrice, je me demande si notre monarque n’a pas perdu toute crédibilité sur la scène internationale au point d’être ignoré de tous, et surtout des vrais puissants. On ne sait jamais. En période électorale, continuer d’aboyer peut encore faire illusion.

La grandeur de la France en a pris un sacré coup.

  
fév
20
2012

Une seule direction

Mes séjours à la capitale sont toujours des moments rares, bien à part. La semaine dernière, l’indécrottable provincial que je suis a roulé sa bosse dans un monde particulier, un rien perturbant, où tout est différent : plus grand, plus rapide, plus à la mode, plus riche. Ici, c’est Paris. Et pour bien marquer le coup, hors l’incontournable passage au centre du monde de la blogosphère gauchisante, j’ai passé une fin d’après-midi à me promener sur la plus belle des avenues selon le parisien himself, les Champs-Elysées.

Une manif sur les Champs : si seulement...C’est avec des yeux de touriste, d’étranger un peu perdu, à la Jacques Tati, que je déambulais dans un monde hors du monde. Tout y est démesuré, rutilant, protégé. Il y a des vigiles aux entrées des boutiques prestigieuses, et des véhicules de sports font entendre des vrombissement étonnants dans cette inextricable circulation. Ici, il faut savoir se faire remarquer. On y croise de tout, des apprenties-starlettes aux allures de nouveaux-riches russes, aux saltimbanques qui animent un coin de trottoir sous l’oeil de la maréchaussée armée jusqu’aux dents. Le luxe transpire outrageusement de partout. Visiblement, la crise n’est pas passée sur l’avenue et ses environs.

Il y avait foule sur les trottoirs. Mais à un endroit particulier, il se passait manifestement quelque chose. Des barrières, 2 cars de CRS, des jeunes filles agglutinées à l’entrée d’un grand distributeur de produits de loisirs criaient, pleuraient, l’iphone à bout de bras pour capturer l’image du siècle, en tentant de se frayer un chemin vers l’intérieur de la boutique. J’ai observé la scène très amusé. Le spectacle pour un bouseux comme moi est un rien irréel : qui peut mériter un tel engouement, une telle passion ? Et j’ai continué mon chemin en restant dans l’ignorance… Mais deux choses m’ont marqué : l’extrême jeunesse du public exclusivement féminin, et le fait qu’on y entende beaucoup d’autres langues, et même du canard à la mode de George W. Bush.

Bien involontairement, mes questions ont reçu des réponses une fois de retour dans mes foyers. Je revoyais au petit écran les scènes d’hystérie collective dont j’avais été témoin. J’apprenais que la raison de tout ce battage venait du passage du boys-band pré-pubère «One Direction» dont j’ignorais jusqu’à l’existence. Mais le reportage est réellement devenu intéressant quand un groupe de jeunettes, puis un autre, déçues de n’avoir pu voir leurs idoles, s’en sont pris à l’organisateur en regrettant que la priorité n’ait pas été donné au public français pour approcher les vedettes.

Un frisson m’a traversé l’échine. Si à 14 ou 15 ans, on évoque déjà ce besoin de priorité face à d’autres ne parlant pas la même langue, c’est assez inquiétant. Cela signifie que ce mode de pensée est déjà acquit, ancré, enfouit, et irrévocablement banal et normalisé. Dès 15 ans… C’est d’autant plus grave que le motif présent est futile et dérisoire, mais qu’en sera t-il plus tard, quand cette population sera en âge d’exprimer sa voix dans un scrutin, d’émettre un avis ou des opinions nettement plus lourds de sens ?

Le résultat est là. A force de marteler le message à la mode Guéant, de stigmatiser l’autre, de désigner le voisin comme cause de tous les maux, de prôner un individualisme forcené, les esprits sont marqués, la direction clairement désignée… Il ne reste plus qu’à attendre.

Encore un élément à mettre au passif du candidat sortant.

  
fév
17
2012

N’oubliez jamais

Mercredi soir, je sirotais avec insouciance quelques mousses en bonne compagnie. Nous étions accoudés, là, calmement, et le monde avait tourné sans nous : celui qui, un temps, a endossé la tunique suprême du pouvoir sans en assumer les fonctions annonçait sa candidature à sa propre succession et fort de son bilan, brigue fièrement un nouveau mandat. Croix de bois, croix de fer, juré craché, cette fois ce sera différent : il est le seul à pouvoir finir le travail, et quel travail…

Brasserie A la Comète, le centre de la blogosphèrePour être totalement franc, je n’ai aucune envie de lui donner une nouvelle chance, et le seul fait d’envisager une prolongation de l’expérience me fait monter la tension. A mon âge, il faudrait éviter… Voilà un homme qui n’a fait que gouverner avec une brutalité inouïe, envers et contre tous, avec une volonté manifeste d’en découdre, de faire plier, de casser, d’humilier. Il n’y a aucun courage dans cette attitude invariable depuis 10 ans de présence aux plus hauts postes de l’Etat. Il y a juste l’expression d’une revanche malsaine, une réponse à la hauteur d’un complexe personnel démesuré : être suffisamment argenté pour ne pas avoir à travailler, mais pas assez pour figurer et faire autorité dans le grand monde, sans parler du reste… Dans ce cas, l’engagement politique comme instrument de vengeance, comme tremplin au bling-bling, à la haute société, cela ne fait pas illusion longtemps.

Mais le monde a changé. L’homme fort du moment aussi. Il l’affirme. Désormais, il va écouter le peuple : «Chaque fois qu’il y aura blocage, je ferai trancher le peuple Français». Il ne reste plus qu’à définir cette belle notion de peuple, qui durant ces 5 longues et malheureuses années, s’est limitée aux patrons du CAC40 et quelques habitants de l’ouest parisien. Ils ont tout obtenu, au delà même de leurs espérances, et tranché des têtes, coupé des bras, piétinés des solidarités. Après s’être mis les institutions à sa main de telle manière à ce qu’aucun blocage ne survienne, ce genre de discours est à l’image du personnage : petit, mesquin, trompeur.

J’ai l’impression d’être revenu en 2007. Après 5 années à diriger le pays comme multi-ministre omnipotent, il s’était déjà positionné comme le candidat de la rupture, n’hésitant pas à pousser son propre bilan sous le tapis de Chirac. Et voilà qu’il prend les mêmes arguments éculés et la même tête de cocker battu pour se poser en victime : c’est la faute des autres, à la crise, au peuple, ce peuple un rien stupide qui ne comprend rien à cette politique.

Pendant l’annonce de la candidature de Toto 1er, les commentaires des convives du KDB, ce mercredi à la Comète, qu’ils soient de droite ou de gauche, allaient tous dans le même sens : il y a d’abord un rejet du personnage. Cela m’aurait cependant beaucoup gêné qu’il ne se représente pas. Plus que tout, je veux le voir perdre, je veux le voir tomber de sa chaise et mordre la poussière Je veux qu’il sente cette humiliation que portent tous ceux qui pointent au Pôle-Emploi et dont le mois se finit le 15 quand ce n’est pas plus tôt encore.

On ne gagne rien à prendre les autres pour des cons.

PS : et n’oubliez pas d’aller voir la vidéo du KDB chez Seb.

  
fév
14
2012

Demain le dégel

Cela fait bien longtemps que je n’étais pas sorti sans couvre-chef, sans gants ni écharpe. J’ai quitté lundi mon domicile pour monter dans la capitale alors que le thermomètre sur mon balcon indiquait encore -11°, et voilà que mon barda est à présent inutile. D’ailleurs, ils l’ont dit à la télévision. Les 15 jours de grand froid ont fait la une tous les jours sans exception, et voilà que le redoux continue d’occuper les médias. Pendant ce temps, on ne parle pas d’autre chose…

Lyon, dimanche 12 février 2012Nicolas, pas celui qui fait la pluie et le beau temps, nous avait prévenu. Cette vague de froid va marquer l’histoire comme l’une des plus rudes, des plus intenses, allant jusqu’à figer la Saône à Lyon, d’une rive à l’autre, alors que son débit sous la passerelle St-Georges, à deux pas de la place Bellecour, y est habituellement vif et tumultueux. Ce n’était plus arrivé depuis 1956.

J’ai passé ces quinze jours particuliers avec une impression bizarre, avec un sentiment d’appréhension diffus. Je pourrais même parler d’impuissance devant une évidence cachée : un drame a dû se jouer sous nos yeux, mais rien n’a filtré. Malgré mon accoutrement de «classe moyenne», le froid transperçait sans peine mes gants, passant sous mon anorak au bout de 10 minutes de marche. La tête enfoncée dans les épaules, je ne pensais plus, je fuyais, mesurant du regard, à chaque nouveau pas, la distance restant à parcourir jusqu’à la porte de l’immeuble où je travaille, ou la bouche de métro.

Tous ces jours d’épreuve, des chiffres sont affichés dès 20 heures sur tous les écrans. La température ressentie est présente dans toutes les conversations. Pendant ce temps, tous ces gens sans toit, sans moyens, sans chauffage, sans électricité, que peuvent-ils ressentir ? Comment survivre dans ce blizzard sibérien alors que je résiste à peine en étant honnêtement équipé ? Ces questions me hantent et me glacent.

Il doit bien y avoir un bilan. Mon avis est qu’il doit être loin de la douzaine de victimes officielles. Parce que la réalité de la misère, celle qui se cache, celle qu’on gomme, est inconnue de nos élites. Ce n’est globalement qu’un chiffre, une statistique, un pourcentage, un simple courant d’air qui n’émeut aucun des ministres actuels, trop occupés à deviser sur la supériorité de certains hommes sur d’autres, et d’escamoter le bilan de la clique aux affaires.

Aujourd’hui, on en parlera pas d’avantage, l’information du jour, c’est la neige, suivi de l’entrée imminente en campagne d’un petit excité. La glace fond, mais on en est loin pour l’exclusion sociale. Dans les bidonvilles, les fossés, les logements isolés, mal chauffés, sous les cartons, il y a des morts, de froid, de misère, provoqués par une civilisation supérieure, que l’on découvrira tôt ou tard avec surprise, comme lors du fameux été 2003…

On est bien en France. Vivement le printemps.

  
fév
12
2012

Anti ACTA à Lyon, en images

Crédit photo : @MaiMelhor

Aujourd’hui, alors que les journaux titraient en «une» le scoop de l’année : «Il fait froid !», des manifestants ont ignoré la météo pour exprimer leur opposition à l’accord international ACTA sur la contrefaçon signé par l’Europe. Oui, des dizaines de milliers de personnes ont eu le courage de sortir de chez eux pour lutter contre l’atteinte à la liberté d’expression et aux droits des utilisateurs d’Internet menacés par ce traité international. Mais, c’est quoi cet ACTA ?

Lire la suite chez Gizmodo.fr

  
fév
10
2012

Sous(rire) jaune

On n’en parle très peu, du moins jusqu’à cette heure, mais samedi 11 février est le dernier jour pour ramener les tirelires jaunes à la Poste, c’est l’épilogue de la fameuse opération «pièces jaunes». Fondée en 1989, la fondation présidée par Bernadette Chirac s’est donné pour objectif d’apporter bien-être et réconfort aux personnes hospitalisées les plus fragiles. C’est parfaitement louable, et j’ai par le passé apporté avec fierté quelques boites au facteur. Mais pas cette année.

Tiens, tu l'as vu ma boite de pièces jaunes ?Depuis 1989, pas mal de personnalités se sont affichées aux coté de l’ex première dame qui se targue de plus de 10.000 projets dans les hôpitaux français. Il y a là beaucoup de réalisations de tout premier ordre, indispensables, structurantes, financées en grande partie par les petites pièces en cuivre qui échappent régulièrement à nos doigts et croupissent au fond des porte-monnaies. Mais je ne puis m’empêcher de penser que c’est plutôt à l’Etat de combler les manques en matière de santé publique, carences d’ailleurs savamment provoquées. Cette manière de susciter la générosité publique en provoquant la pénurie et le sous-équipement me dérange.

Cela me révolte d’autant plus que les sommes récoltées sont importantes et qu’elles proviennent d’une population généreuse, mais pas vraiment aisée. En cette période troublée d’insolente opulence et de grande misère, il n’est plus guère question de faire des cadeaux. Mes pièces jaunes ne sont pas inutiles, je les utilise jusqu’à la dernière parce qu’avec l’augmentation des prix et la stagnation, voire la baisse des revenus, ce genre de fantaisie est devenu un grand luxe. Ce ne sont que quelques centimes par enfant, quelques euros par familles, quelques centaines d’euros par bureau de Poste. Les petites rivières font les grands fleuves, et les personnalités le savent et en usent : la cause est belle et les réalisations sonnantes et trébuchantes, mais qu’en est-il vraiment ? Des réceptions au décorum toujours somptueux, des défraiements hors normes pour le commun des mortels, des avantages liés au rang des «prestataires», sur des fonds généreusement attribués, ce n’est pas acceptable. Sans parler de l’exposition médiatique maximum et gratuite…

Il se dit que David Douillet a utilisé un temps pour ses déplacements privés un puissant et prestigieux 4X4 founi par la fondation. Je ne suis pas journaliste, je n’ai pas à vérifier la véracité du fait. On me soutiendra certainement que c’est faux, sans que je puisse en être convaincu. Le vrai, le faux, ce n’est que de la communication. J’ai bien été obligé de croire, comme on me l’avait affirmé, que Eric Woerth était un homme honnête, que Jannie Longo n’était pas dopée, que la crise est du fait des chômeurs, et qu’un agité inculte et agressif était président de la République.

Je garde les centimes de mon ménage. Comme je suis à Paname pour formation professionnelle la semaine prochaine, je les dépenserai plus utilement un soir, à la Comète.

Santé.

  
fév
9
2012

Grands malades

J’ai entendu ce matin à la radio quelques unes des conclusions extraites d’un rapport d’une Chambre Régionale des Comptes au sujet du coût d’un projet informatique d’envergure mené par l’Assistance Publique – Hopitaux de Marseille (APHM). Engagée en 2005, cette opération aurait évaporé quelques dizaines de millions d’euros pour rien, puisque tout a été arrêté devant l’incapacité de rendre le service attendu.

Hopital de la TimoneLe rapport pointe un nombre de dysfonctionnements particulièrement importants qui me parlent puisque, en fait, c’est quasiment mon quotidien qui défile dans les pages du rapport. En effet, depuis 20 ans en services informatiques d’un grand ministère régalien, je suis confronté aux incessantes restructurations, schémas directeurs et autres projets structurants qui influent directement sur ma manière de rendre un service opérationnel pour mes collègues, et surtout pour l’usager. Le fameux service public.

Pour l’APHM, la Cour fustige, entre autres, l’absence de comité de pilotage stratégique et opérationnel, ce qui me fait doucement rigoler. De tels comités, dans mon administration, il en existe par wagons entiers, et qui occupent la quasi totalité du temps disponible d’une partie des décideurs. Mais ils ne garantissent en rien la réussite des projets. La preuve : l’application de gestion de la dépense publique ACCORD, puis ACCORD2, soit 472 millions d’euros, a été abandonné avant leur déploiement total pour être remplacé en moins de 5 ans par CHORUS, pour un autre demi-milliard, qui connaît actuellement des difficultés des plus importantes menaçant sa généralisation. Parallèlement, il y la nébuleuse application relative à la fiscalité COPERNIC, proche elle aussi du milliard. Il y a surtout l’application de gestion des collectivités territoriales et locales HELIOS qui, lors de la suspension momentané de son déploiement, a inventé la notion de «pause qualité». . Toutes ont ou avaient des comités dans tous les sens, de suivi, de pilotage, de supervision, d’étude, etc… Toutes sont ou étaient frappés de «réunionnite» aiguë et permanente. En tout cas, aucune ne donne satisfaction.

La raison de tous ces échecs n’est évidemment pas là. La lecture du rapport de la Cour des Comptes ne le dit pas expressément, mais cela transpire entre les lignes : les projets sont menés par des personnalités plus ou moins politiques, plus ou moins techniques, très loin des exigences et attentes de terrain, et quoi qu’il arrive, à marche forcée. Tout ce qui ne provient pas de l’organisation interne du projet est écarté, balayé, et assez curieusement, s’agissant de l’Etat, les contraintes budgétaires disparaissent pour autoriser des dépassement bizarres. Les difficultés sont systématiquement minimisées quand elles ne sont pas purement et simplement ignorées, voire maquillées, dans de magnifiques opérations de communication. Les spécialistes maison sont purement et simplement ignorés. Quant au coût, compte-tenu de leur ampleur et du résultat, comment ne pas entrevoir quelque part une forme de subvention déguisée vers des prestataires ayant pignon sur rue, pour ne pas parler carrément de copinage, de favoritisme, de corruption ?

C’est triste, c’est mon quotidien.

  
fév
6
2012

Mes amis, au secours !

C’est plus qu’un cri. Henry Grouès, alias l’Abbé Pierre, lançait ces mots sur les ondes de RTL le 1er février 1954 suite au décès d’une femme, expulsée la veille de son logement. Depuis 58 ans, alors que les hivers se succèdent, il résonne toujours et encore, mais personne ou presque ne l’entend. En la matière, rien n’a vraiment bougé, la France a certes changé d’époque. Elle a évolué, elle est riche et opulente. Si si. La misère, elle, est restée la même, froide, absolue, sans retour, mortelle.

Henri Grouès, dit l'Abbé Pierre 1912 - 2007Aujourd’hui, dans notre beau pays riche, on ne meurt pas de froid, on meurt de la misère, de la plus ignoble façon. On meurt ainsi parce que notre belle société se soucie plus du cours de bourse, du résultat du tiercé et du programme télévisuel d’abrutissement des masses plutôt que d’empêcher un partie de la population de basculer dans la précarité. Ensuite, le mal est fait, la déstructuration sociale fait très vite son œuvre, et très peu en reviendront. Ce n’est pas une fois marginalisés qu’il faut apporter des solutions, c’est bien en amont. Il y a suffisamment d’accidents de la vie pour ne pas y rajouter le cynisme d’une économie de la performance financière coûte que coûte, qui rapporte gros à une poignée d’actionnaires et qui dépouille au sens propre sa main d’oeuvre sans discernement, comme une faux s’abattant au hasard des besoins et objectifs des argentiers.

Cette poussée de libéralisme et d’individualisme, à grand coup de doigt tournoyant en l’air, est un peu la grande évolution de nos sociétés modernes. Certains parleront de civilisation. La notre a incontestablement cette supériorité, cette capacité plus que toute autre d’exclure n’importe qui d’un coup de plume, sans état d’âme, sans appel possible. Impossible de lutter, de se sauver, de nager, parce qu’en plus, en tant que profiteur d’un système passant pour démesurément coûteux, on vous appuie sur la tête pour mieux vous envoyer au fond.

A l’heure du bilan, voilà que les responsables de ce massacre social rivalisent en petites phrases pour faire le buzz et attraper l’électeur crédule qui lui fait cruellement défaut, et pour cause. Et tant qu’à faire, autant ratisser large puisque le candidat de la droite extrême risque d’être empêché faute de parrainages. A ce petit jeu, les grands idéaux de notre République sont en passe de finir dans la cuvette des chiottes, au même titre que la destruction des services publics de la santé, de l’éducation, et du saccage de la protection sociale et des retraites. Responsables, mais coupables de rien.

Mes amis, au secours ! Comme l’Abbé Pierre devant ce mur d’indifférence, je serai toujours pétrifié, non par les propos proférés par une certaine clique, mais par leur impact dans la société, par la réaction d’une partie de l’opinion publique. Les inconditionnels applaudissent, et le clan fait bloc quels que soient les propos tenus, aussi grossiers et déplacés soient-ils. Je n’arrive pas à comprendre comment on peut cautionner, et même excuser de tels errements, de tels manquements à la plus élémentaire humanité. Je ne m’explique pas qu’après autant de propos scélérats, de promesses non tenues, d’irrespect des lois, de brutalité envers les simples gens, de copinage dans la manière de gouverner, de propos traduisant le dénigrement, le mépris voire la répulsion d’autrui, on puisse continuer à accorder à ces voyous une quelconque confiance et leur redonner les clefs du coffre.

Cela m’échappe et me navre. Je vois arriver le moment où on nous expliquera que ma voix dans l’urne vaudra moins que celle exprimée par un chef d’entreprise ou un notable. Et cela va passer comme une promesse électorale.

Aucun doute, d’ici le beau mois de mai, on va tout entendre.

PS : ce mardi 7 vers 20 heures, vous me trouverez au Double-Mixte, à Villeurbanne, au meeting de Jean-Luc Mélenchon

  
fév
2
2012

Ce n’est pas si grave

On me dit souvent que je prends les choses trop à cœur, que mes analyses du quotidien sont tronquées, partielles, pour n’en extraire presque exclusivement que les cotés négatifs, les aspects tordus, pour souligner l’astérisque, le renvoi aux toutes petites lettres dans un coin inaccessible à l’oeil… C’est un peu vrai. J’envie quelque part cette capacité de certains à trouver en toute chose du bon, du positif. J’admire ces gens sur lesquels tout glisse quand cette attitude ne résulte pas d’un manque manifeste de réflexion ou d’une attitude moutonnière et béate.

Image d'une société maladeJ’en suis actuellement incapable. Je n’ai pas toujours réagi de la sorte. Le point de rupture entre une relative insouciance, une certaine «zen attitude», se situe incontestablement depuis un peu moins de 5 ans, et n’a que très peu à voir avec l’évolution de mes conditions de vie, qui se sont assez sensiblement dégradées, comme pour tout le monde en somme. Mais ce qui s’est considérablement abîmé, ce sont les rapports des individus entre-eux dans notre société. On ne trouve plus que conflits, procès, dénigrement, stigmatisation, avec des formes d’autant plus violentes qu’elles émanent des plus hautes strates de décideurs et de politiques.

D’ailleurs, comment rester de marbre devant les grands projets qui vont structurer le monde de demain ? On sait bien que l’Histoire est un éternel recommencement, et c’est grâce à la lumière du passé qu’il faut rester méfiant et déterminé. Il m’est difficile de ne pas réagir devant la montée de l’intolérance, de la chasse au pauvre ou à l’étranger, de la dureté que constitue la vie avec un RSA, de la montée de la censure et la restriction des droits individuels élémentaires, de la généralisation du fichage, des incessants bruits de botte, de la violence généralisée et gratuite.

Notre Monarque, lui, est content. On vends des avions de guerre, on construit des prisons, on ferme des classes scolaires et des lits d’hôpitaux. On tend l’oreille aux agences de notation, et on bâillonne les grévistes dans leur seule possibilité de protestation. C’est la croissance, la modernité, le courage. Alors continuons.

Finalement me dit-on, ce n’est pas si grave. Sauf que dans ce maelström de dérégulation en tout genre, la boussole est cassée, les repères sont perdus, et comme dit un certain slogan, tout devient possible. 74 personnes venus assister à un simple match de foot sont morts. C’est certes en Egypte, un pays de «sauvages», une de ces contrées dont «l’homme n’est pas assez entré dans l’Histoire» (sic)… Nous ne sommes pas à l’abri de tels drâmes imbéciles dans notre beau pays civilisé. Au même moment, des niçois ont enduré le caillassage de leur véhicule par des marseillais en marge d’un autre match de foot. Pendant ce temps, l’agonie d’un lyonnais, sauvagement agressé par 4 individus quelques jours plus tôt, devant sa compagne et sans motif, prenait fin. Pendant ce temps là, 650.000 personnes, poussés par une société qui exclut, sont toujours dehors par -10°, alors que le riche locataire de l’Elysée avait promis 0 SDF en 2012. Pendant ce temps là, d’inutiles fortunes font des petits, et pour se prémunir de tout danger, une ombre sans nom œuvre en silence pour museler le moyen de communication et de partage universel : internet.

Non, franchement, il y a bien plus grave.

 

J’en profite pour dire merci aux 36 blogueurs m’ont linké en janvier, et merci à vous tous, lecteurs et amis pour être passé par ici. Merci aussi à tous ceux qui ont laissé par leurs commentaires quelques mots, signes et encouragements.
Variae
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Les aventures d’Euterpe
Homer d’alors
Dans ma bulle
Le blog de Laurent Grandsimon
Le blog de meuse.ardennes
et merci à Lolo pour son Jegounotron

  
jan
31
2012

ACTA : tous en prison !

Depuis le fameux 19 janvier, pas un jour ne passe sans que l’actualité n’aborde le vaste sujet d’internet. La réalité est qu’un bras de fer monumental s’est engagé entre les «institutions» au sens large et une petite catégorie d’utilisateurs suffisamment informés pour alerter des tenants et aboutissants des différents projets de réglementation et de contrôle de ce qui passe dans les tuyaux du net. Ainsi exposé, le manant de passage ici pourrait penser être en présence d’un énième billet pour geek boutonnant. Il n’en est rien : le sujet est éminemment politique parce qu’il concerne notre vie de tous les jours, parce qu’il touche à l’aspect le plus fondamental de nos sociétés dites moderne : la liberté.

Dans la guerre qui se dessine, on fourbit ses armes : HADOPI, SOPA, PIPA, etc… Maintenant, il y a ACTA, pour Anti-Counterfeiting Trade Agrement. En France, ce traité international, élaboré depuis plusieurs années dans le plus grand secret par de sombres représentants de 39 pays, a été adopté le 26 janvier. Son objet ? Les infractions au droit d’auteur. Mais le sujet est trop vaste pour le résumer en quelques lignes. Pour appréhender ACTA, je vous conseille vivement d’aller au bout des 6 minutes de cette présentation explicite des plus limpides.

Cela permet de remettre bien des faits dans une perceptive différente.

Revenons au 19 janvier. Megaupload est fermé à grand renfort de médias, abreuvés par les lobbys et l’industrie du disque de propos et commentaires mensongers et déplacés sur l’activité et la personnalité de Kim Schmitz Dotcom et ses comparses, accusés des pires crimes, d’agissements sordides, d’un train de vie honteux, construit sur le bien d’autrui… Pour ACTA, pour la seule reproduction de cette illustration certainement protégée par un copyright, je risque la fermeture de mon blog...Une grossière manipulation. On sait aujourd’hui que Mégaupload était en mesure de lancer, 2 jours plus tard, une offre de téléchargement «légal» rétribuant directement les artistes, c’est à dire sans passer par les Majors et autres institutions de profiteurs. Comme l’image parle plus qu’un long discours sur les conséquences de cette modification de répartition des fruits de la création, je vous laisse contempler ces quelques chiffres. A vous de trouver les vrais raisons de cette fermeture.

C’est la guerre, et le terrain actuel, c’est internet. D’un coté, il y a une industrie privée qui s’est mis le monde politique (et complètement incompétent sur le sujet) dans la poche, en lui amenant sur un plateau un instrument de contrôle d’un outil de communication planétaire réputé jusque là totalement in-maîtrisable. De l’autre, il y a une nouvelle forme de résistance, solide, ultra technique, efficace et médiatique, politiquement mature, insaisissable et déterminée, les Anonymous. Les tentatives de salir leur image, de les faire passer pour des pirates, des voyous, des irresponsables, des criminels qui se cachent sous leurs masques n’y feront rien : ils sont le seul contre-pouvoir actuel disposant d’une capacité de nuisance à la mesure des attaques subies par la démocratie et la liberté individuelle… Il y a 22 règles (pas de liens, vous comprendrez pourquoi, mais pour l’heure, Google vous les livrera encore) qui régissent leurs actions et permettent de percevoir les usurpations et les manipulations des puissants : pas de violence, pas de dégradation, pas d’action contre les journalistes, les circuits et relais d’information… Et, en toute circonstance, rester cool.

C’est la guerre, et elle finira par déborder de l’internet, parce qu’en fin de compte, c’est l’avenir de la démocratie et l’évolution des libertés telles que nous les connaissons actuellement qui se jouent. Il n’y a aucune paranoïa dans ce constat, il y a une réalité globale, qui dépasse les frontières : le partage, quel qu’il soit, quel que soit son objet, sera payant, ou ne sera pas, ou sera puni. Une chose est absolument sûre : avec un tel arsenal de censure, les révolutions arabes n’auraient jamais vu le jour, et c’est bien de cela qu’ont besoin nos dirigeants : d’avoir les mains libres.

Ou qu’on se trouve, il va falloir se serrer les coudes.

  
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