L’arroseur arrosé

C’est la mi-août. L’actualité devrait normalement laisser un répit au blogueur afin qu’il puisse vaquer. Que nenni, aucune angoisse de la page blanche ne m’étreint tant les sujets d’indignation foisonnent. A croire qu’un soleil invisible incendie, telle les tourbières russes, les neurones de nos gouvernants.

Les sujets qui fâchent du moment ? Promis, je vais faire court. La lutte contre le chômage est une priorité, ce qui n’a pas empêché la destruction de plus de 250.000 emplois en 2009. C’est la crise, bien sûr, mais elle a bon dos. Notre Président avait même annoncé alors : «les spéculateurs, plus jamais…». Qu’est ce qui a changé ? Rien. Les spéculateurs spéculent. Le blé flambe sur les marchés, alors qu’il reste des réserves astronomiques, engraissant au passage les plus privilégiés des agriculteurs par ailleurs déjà subventionnés. Pendant ce temps, les producteurs de lait sont obligés de montrer les dents pour, simplement, faire respecter un accord…

Dans le même temps, on s’agite d’un coup contre des populations, certes en marge de tout, quasi impossible à insérer dans notre société, mais surtout fragiles, totalement indigentes, incapables de résistance. Les gens du voyage, les roms, on n’est pas à un amalgame près. Les jeunes, les supporters de foot, un indélicat outrageant le Prince, Lies Hebbadj et ses femmes encapuchonnées, notre Président et son aréopage découvre apparemment les problèmes et désigne les têtes de turcs. Pourtant avec ses copains, il officie depuis 8 ans à la tête de tous les ministères, il connait tout, il est présent partout et promet tout et n’importe quoi… A 2 ans d’une échéance électorale majeure, ça sent furieusement la caresse dans le sens du poil de l’électeur perdu…

Le pompon arrive. Pendant qu’on compatit sur le sort de journalistes otages, certains aboyeurs sortent l’artillerie lourde sur la presse qui n’a pas encore fait allégeance au pouvoir, sur des journalistes qui bougent encore, ceux qui «dépassent aujourd’hui ce que peut autoriser la liberté de la presse en France». La phrase me fait froid dans le dos. Elle est lâchée par Patrick Ollier, député UMP évidemment. Elle en dit long sur l’état de notre démocratie, sur le joug qu’il faudrait imposer au petit peuple. Comme Jean-François Kahn, que j’apprécie plus comme journaliste que comme homme politique, je considère que nos responsables agissent en véritables voyous en vociférant et insultant les français (le fameux « casse toi… »), en ignorant purement et simplement sa voix (re-vote de la constitution européenne), en foulant au pied la présomption d’innocence (Colonna, De Villepin, Lies Hebbadj), en annonçant vouloir faire adopter des mesures anti-constitutionnelles (HADOPI, déchéance de nationalité), en traitant les journalistes de facistes, trotskistes, en les comparant à leurs homologues pro-nazis des années 1930… Et j’en oublie.

Enfin, le triste de l’histoire, c’est qu’une institution, pas vraiment connue pour sa rapidité de réaction, l’ONU, communique sur son inquiétude à constater la dérive «xénophobe et raciste» actuelle du discours politique français… Du Le Pen, à peine allégé. Vous aussi, vous aviez remarqué ?

Sur ce, je pars enfin en vacances, 15 jours dans le doux pays de Silvio, l’autre petit Napoléon… Bon courage à ceux qui rentrent. Rendez-vous le 1er septembre…

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Saut de puce

Cela fait un an que la Loi Mallié a été adoptée. Même en pleines vacances, tout le monde sait que ce texte, particulièrement structurant pour notre société, concerne la libéralisation du travail le dimanche. Cette promesse de campagne électorale d’un petit candidat aura épuisé 3 ministres, dont Xavier Bertrand, pendant 2 ans, luttant contre vents et marées, contre une partie de l’opinion publique, et parfois contre leur propre camp. Dans un certaine cacophonie, le premier bilan peine à être établi, le comité ne débutant ses travaux qu’en septembre.

Coté chiffres, une quinzaine de PUCE «Périmètres Urbains d’usage de Consommation Exceptionnel» ont été créés pour les très grands centres commerciaux, et il existe désormais plus de 600 communes et zones dites touristiques en France. La distinction est importante : les «puces», autorisés par décision préfectorale, impliquent le volontariat des salariés et la double rémunération (sauf accord collectif plus favorable… ou moins favorable). Dans les communes et zones touristiques, c’est nada : aucune obligation de contreparties n’est prévue : le dimanche est un jour comme les autres. Pas le choix, sinon c’est le Pôle-Emploi…

Les conséquences, comme les abus, sont loin d’être négligeables. Contrairement aux arguments martelés par le gouvernement, pour une grande partie des salariés concernés, le travail dominical a multiplié les contraintes sans contrepartie. L’emploi ? Peu de créations, sinon précaires ! Un coup de pouce à la consommation ? Encore faudrait-il pouvoir consommer ! Ouvrir le dimanche ne permettra pas de dépenser plus que ce dont on dispose. Comment consommer si, de surcroit le dimanche, on travaille ? Il ne restera plus qu’à régler les problèmes familiaux et de garde d’enfants. Pour cela, la police s’en charge.

Je constate essentiellement le grand pas effectué vers la dérèglementation du code du travail, avec une mise à disposition sans contrepartie des salariés, en tous lieux, en tous temps, et sans conditions. J’y vois un empiètement de plus en plus dangereux dans la sphère privée, et la fin de la protection de la cellule familiale. Pas facile de se retrouver tous, famille, amis, proches, au moins durant la seule journée disponible en même temps pour tous. Difficile aussi dans ces conditions de mener des projets sportifs, associatifs ou culturels. Impossible surtout d’exercer son droit de garde ou de visite pour les parents des familles décomposées ou recomposées…

55% des français sont opposés au travail du dimanche. C’est un petite majorité. L’autre en a vraisemblablement besoin pour vivre. Comment le leur reprocher ? Volontaire aujourd’hui par obligation, mais demain sera un autre jour, peut-être un autre combat.

J’attends les vacances de pied ferme.

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Poil à gratter

La Russie étouffe, le Pakistan se noie, l’Afghanistan tue et la France discourt sur les liens entre immigration et délinquance et des sanctions à prendre à l’encontre de millionnaires en shorts ayant refusé de “travailler”. Pendant ce temps, un buraliste à Caen se fait sermonner par la Française des Jeux pour ne pas avoir atteint les objectifs fixés. Normal, il dissuadait les personnes “économiquement faibles” à dépenser le peu d’argent dont ils disposaient dans les multiples jeux de grattage… Et ça, ça ne se fait pas du tout.

Le jeu est un formidable marché générant d’impressionnants profits. Par tirage, grattage, et depuis peu en ligne, il concerne presque toutes les couches de la population, et les plus faibles n’ont que peu de moyens de lutter contre le jeu compulsif, maladif, destructeur.

Officiellement, la Française des Jeux lutte contre l’addiction, et communique en ce sens en diffusant notamment de brochures sur le jeu responsable. Mais d’un autre côté, elle “pousse” son réseau de détaillants à “trouver le moyen de développer les ventes« , ce qui fait dire à certains que l’opérateur “fait du chantage” auprès de ceux qui ne sont pas assez rentables. Pour le détaillant en manque de volume, cela se traduit par la perte de la machine qui contrôle les billets. Il ne peut alors que vendre des billets de grattage.

Ca ne reste que du très banal diront certains. Mais ce qui me parle, en l’occurrence, c’est qu’un commerçant renonce à faire son beurre sur une population faible, démunie, totalement captive. « Moi je ne suis pas dans le commerce à tout prix« , a affirmé la buraliste réprimandée. Cela veut dire surtout qu’il existe encore dans cette société à l’individualisme débridé, des gens qui font preuve de réflexion, d’humanisme et agissent en conscience. Ca veut dire aussi que tous n’adhèrent pas au système du “toujours et encore plus”, et ça, c’est très rassurant.

C’est justement cette conscience qui manque au monde politique, trop agité, trop compromis, trop lié à une idéologie mercantile. Jusqu’à en oublier la place de l’humain.

On va d’ailleurs lui le rappeler, très bientôt.

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La première victime d’HADOPI

En ce début de mois d’août, les sujets d’actualité qui defrayent la chronique ne manquent pas. Les affaires se suivent et ont toutes un arrière goût déjà connu. Mais ce qui a fait le moins de bruit est le classement sans suite d’une drôle d’affaire de licenciement.

Petit rappel des faits. En mai 2009, Jérôme Bourreau-Guggenheim, citoyen français on ne peut plus banal, adresse un courriel au député de sa circonscription pour lui exposer ce qu’il pense de la Loi HADOPI, la fameuse loi sur la lutte contre le téléchargement illégal. Il y souligne toutes les incohérences qui ne peuvent déboucher que sur un échec. De surcroit, Jérôme Bourreau-Guggenheim connait le sujet, il travaille justement dans le monde du Web…

Le député en question, Françoise de Panafieu, élue UMP, transmet au ministre de la culture d’alors, chargé du texte, ce qui semble être une procédure normale. Ce qui l’est moins, c’est que le courriel a été ensuite transmis à l’employeur du contestataire, qui n’est autre que TF1, agrémenté d’un commentaire sur les «employés qui aiment tirer contre leur camp»…. S’en est suivi un licenciement immédiat, le groupe de Martin Bouygues considérant que la position de son cadre était contraire «aux déclarations officielles du groupe TF1, notoirement en faveur de cette loi».

Jérome Bourreau-Guggenheim a déposé plaine pour discrimination. Sans surprise, Philippe Courroye, procureur un peu trop proche du pouvoir et ses copains pour être honnête, vient d’enterrer le dossier, au motif «que la plainte pour délit de discrimination ne pouvait être juridiquement qualifiée au regard des dispositions de l’article 225-1 du code pénal». Le licenciement n’est donc pas dû à ses opinions. Alors, quelle en est la raison ?

«Si une telle décision devait faire autorité dans des cas similaires, aucun employé n’aurait plus la possibilité de s’exprimer sur les enjeux de société – en son nom propre, en dehors du cadre de son travail – sans l’accord explicite de son employeur. C’est donc la liberté d’expression citoyenne de tous et de chacun qui est insidieusement menacée dans cette affaire.» rencherit t’il sur son site www.affairedopinion.com créé à l’occasion. Ca devrait faire réfléchir.

Plusieurs choses m’interpellent dans cette inquiétante affaire. D’une part, qu’il devient dangereux de saisir son député, représentant les citoyens de la circonscription sans risquer des représailles. M. Bourreau-Guggenheim a agi à titre privé en utilisant son courriel personnel et a simplement exercé ses droits de citoyen. Son licenciement constitue un très grave remise en cause du droit d’expression. D’autre part, qu’un ministre transmette, commenté avec des propos peu amènes, une correpondance privée avec un député à son employeur, dans ce cas précis allié notoire du pouvoir, cela démontre des méthodes qui ne devraient pas avoir cours dans une démocratie digne de ce nom. A force d’empiler ce genre de transgression, cette société sent de plus en plus mauvais.

Avec Courroye à la transmission, l’affaire Woerth-Bettencourt connaitra bientôt la même destinée.

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