Perdants – perdants

Les représentants du peuple français ont adopté le projet de loi de réforme du régime des retraites. Sourds au bruit répété depuis des mois d’une grande majorité des citoyens, députés et sénateurs ont doctement rempli la mission qui leur était assignée par les grands argentiers : faire payer aux autres les conséquences de leur crise.

Dans les rangs de l’Assemblée Nationale, on a même failli en venir aux mains, les uns reprochant aux autres, outre le mépris habituel, d’afficher ouvertement leur satisfaction par des sourires ostentatoires de vainqueur par écrasement. Cela donnait à ce haut lieu d’expression d’une certaine démocratie des relents de république bananière. Toujours est-il qu’après 3 ans de discours «gagnant-gagnant», il faut se rendre à l’évidence : tous perdront des plumes dans cette affaire.

Les premiers, évidemment, c’est «Monsieur tout le monde». Le réel impact de cette réforme reste la baisse substantielle des pensions servies en raison, tout simplement, du durcissement du fonctionnement de notre société. Ainsi, après des études plus ou moins longues, des périodes d’activité plus ou moins précaires, entrecoupées par des périodes de chômage plus ou moins forcé, disposer des trimestres demandés tout en ayant su conserver une santé acceptable relèvera de l’exploit olympique. Et cela se compliquera encore selon la place que l’on occupe sur l’échelle sociale…

Mais la plus grande perte est évidemment l’enfoncement frontal des protections des plus faibles de la société. A peine le dossier retraite refermé, voilà qu’on parle déjà de coupes sombres dans le budget de la Sécurité Sociale. Pour justifier cette nouvelle attaque, l’argumentaire «retraites» est repris tel quel, comme un parfait copier/coller, les maîtres-mots devenant cependant déremboursement et «laisser à charge». Il n’y a même plus de risques d’opposition, la France est épuisée, bâillonnée, matraquée… Les autres pans de solidarités ne tarderont guère à faire les frais de ce grand progrès humain qu’est le libéralisme.

Le vote acquis, certains de nos représentants ont pavoisé. Ils se sont exprimés, au nom du peuple, comme il leur a été demandé de le faire, sans se poser de questions. Du haut de ses talonnettes, le grand maître et son exécutif n’ont pas cédé, mettant la France à l’envers depuis 2 mois, attisant la violence en semant ses ouailles policières et provocantes au milieu de la jeunesse. Les forces aux ordres d’un intérêt particulier ont gazé et matraqué comme elles savent si bien le faire. En restant sourd face aux demandes répétées du peuple, en rejetant tout négociation, tout compromis, en méprisant les manifestants et mécontents, tantôt ignares, tantôt inconscients, tantôt agitateurs, tantôt manipulés, ce pouvoir s’est complètement grillé. Quelques députés ont déjà publiquement laissé transparaitre leurs inquiétudes sur les prochaines échéances électorales. On ne peut sans conséquence oublier à ce point les fondements du principe démocratique en le limitant aux seules urnes. On ne peut sans conséquence gouverner pour une infime portion de la population et ignorer l’autre. On ne peut impunément mentir, tricher, truquer, menacer, manipuler, bâillonner, et maintenant cambrioler… Le courage n’est pas de réformer à la Pyrrhus, mais de gouverner dans l’intérêt général en respectant les institutions, et de réformer équitablement.

Finalement, seuls les donneurs d’ordre et leurs ayant-droits (terme à la mode) tirent avantage de la situation. Ils ont réussi la gageure de continuer à bénéficier d’exonérations de cotisations patronales exorbitantes, qui déséquilibrent en grande partie le système, sans avoir le moindre centime à mettre au pot. Laurence l’a demandé, Nico l’a fait, sans mandat. Pendant ce temps les copains du CAC40 continuent d’amasser les bénéfices. Comme MOLEX, en grave difficulté au point de devoir se séparer de 283 salariés, et qui vient d’annoncer des profits records de 75 millions d’euros, une hausse du dividende servi de 14%, en refusant obstinément de payer le plan social. Comme EDF, qui va encore augmenter ses tarifs pour officiellement «compenser le rachat d’électricité photovoltaïque auprès des ménages ou des entreprises», mais plus certainement pour le salaire de son président, pour augmenter ses profits et sa capacité d’agir sur les marchés financiers….Elle est là, la belle république française, la démocratie du porte-monnaie, celle des copains qui ne partiront jamais en retraite car leur boulot rapporte bien.

Quant à moi, j’y retourne, je dois payer les jours de grève.

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Est-ce qu’il y aura de l’essence pour les vacances ?

Pas besoin de tourner autour du pot, la grande question du moment ne concerne en rien le conflit opposant une grande majorité de la population avec leurs représentants. Dans un contexte quasi insurrectionnel, ça en dit long sur l’état de notre société, clivée, éclatée, de plus en plus individualiste. Alors que le petit peuple lutte, non pas pour gagner mais pour ne pas perdre une disposition structurante pour notre société, quelques autres se demandent s’il y aura de l’essence pour partir en vacances…

Ca ressemble à une provocation de plus. A l’image de cette question décalée, le conflit en cours a largement dépassé le cadre de la réforme des retraites. En fait, ce n’est pas une surprise. Depuis 3 ans de cette présidence, on a l’habitude de ce genre de grand écart. Le petit candidat devenu président n’a cessé de prôner tout et son contraire, à joué les pyromanes avant de se transformer en pompier, balaye une à une les protections et solidarités envers les plus faibles, et pactise actuellement ouvertement avec le diable en personne en scellant des alliances avec le FN.

Avec un peu de recul, le chemin parcouru est plus que cohérent. Au début, on s’agite, on dénigre les membres de sa propre équipe dont on est d’ailleurs le principal acteur. On verrouille la machine de guerre, l’UMP, en excluant en silence les opposants. On absorbe les partis alliés, non sans menaces. On promet à tout va : « jamais GDF ne sera privatisée« , et le 2 mai 2007 au micro de RTL : « passer à 62 ans, je ne le ferai pas […] parce que je n’en ai pas parlé pendant la campagne présidentielle. Ce n’est pas un engagement que j’ai pris pour les français, je n’ai donc pas de mandat pour faire cela« . On réforme les institutions en limitant le rôle de l’opposition parlementaire, en s’arrogeant des droits exorbitants. On augmente la répression policière, on nomme les hommes clefs, on matte les médias. On raidit la justice en virant les juges indépendants. On modifie le régime de la garde à vue au point que n’importe qui peut être inquiété. S’exprimer devient un outrage, comme cette mère de famille qualifiant Nadine Morano de menteuse. Notre internet, avec l’alibi HADOPI, est prêt pour le filtrage de contenu, et parallèlement, on autorise le grand racket qu’est le jeu en ligne. On encadre de plus en plus le droit de grève. Les jeunes sont tous des délinquants, surtout s’ils ne sont pas blonds aux yeux bleus, tout comme ces hordes de sans papiers venus piller des richesses de notre beau pays. On marginalise les moins défendables et certaines communautés. On amalgame, on oppose les chômeurs et les actifs, le jeunes et les vieux, les fonctionnaires et ceux qui travaillent… On divise la solidarité et on multiplie la misère et les profits. Ainsi, la France est prête pour le grand nettoyage libéral.

Pas étonnant alors que les conflits évoluent et dépassent les discours habituels et les parties prenantes originelles. En l’occurrence, il est évident que la problématique des retraites ne touche pas les lycéens, très peu les étudiants. Ce qui leur parle en revanche, c’est l’évolution de la société, son pouvoir d’exclusion, sa dérive sécuritaire, un espace de liberté qui se restreint chaque jour un peu plus, un monde du travail quasi hostile et impénétrable, une précarisation généralisée. Et dans le même temps, les fortunes s’entretiennent et s’amplifient, même en pleine crise, surtout en pleine crise. La corruption et conflits d’intérêts se généralisent et la démocratie perd des plumes. Pas de problèmes, la présidence choie ses copains de fortune.

Mardi, place Bellecour à Lyon, en fin de manifestation, quelques casseurs, pas plus d’une cinquantaine, ont fait l’actualité. J’ai alors été frappé par l’attitude des fameuses “forces de l’ordre”. Même le moins évolué des casqués aurait du être capable de les reconnaitre. C’était du niveau BEPC. Au lieu de cela, ils ont laissé faire, préférant gazer un groupe de jeunes assis sur la place. La suite était prévisible. Les casseurs, les vrais, sont revenus, profitant de l’aubaine et des caméras, produisant des images jamais vues jusque là. Hortefeux n’a rien trouvé de mieux que de jeter de l’huile sur le feu en venant sur place. L’homme qui lui a lancé “Vous n’êtes pas le bienvenu ici” a été immédiatement placé en garde à vue. Face aux jeunes comme face aux manifestants, syndicalistes, grévistes, qui portent un message légitime qu’ils s’expriment comme ils le peuvent, on montre les muscles et la matraque comme outil de négociation, et on gaze. Quel courage !

Je n’irai pas jusqu’à soutenir les casseurs, mais je comprends cette jeunesse exaspérée par tant de cynisme, de tromperie et de violence de la part de nos élites. Je n’ai pas pu écrire ces derniers jours. En voyant la République faire donner la troupe avec tant d’application pour casser l’expression du peuple, j’avais trop de rage au ventre. A mon age de bon père de famille, j’aurai moi aussi pu lancer aux bleus ce qui me passait sous la main. Deux français sur trois refusent une réforme injuste, fondée sur des mensonges, destinée essentiellement à ne pas amputer les faramineux profits réalisés par les grandes fortunes. C’est d’une violence inouïe. Le Président n’a aucune légitimité sur ce projet, les représentants du peuple ne représentent qu’eux mêmes. Jamais le pouvoir n’a été exercé avec tant d’acharnement contre les citoyens, jamais une catégorie particulière de la population n’a autant été protégée, favorisée, et à l’abri de toute justice.

Le bouquet de cette malheureuse histoire, c’est d’avoir invoqué Guy Moquet, symbole de la résistance de la jeunesse de 1941, et de demander à la jeunesse d’aujourd’hui de se plier de bonne grâce au diktat de la bande du Fouquet’s. Mais c’est surtout d’avoir délivré des réquisitions aux grévistes des raffineries sous des motifs de Défense Nationale pour pouvoir permettre des départs en vacances…

C’est pour cela que je suis descendu dans la rue. Pas seulement pour dire non à cette réforme, mais surtout pour dire aux politiques toute ma rage de les voir détruire nos vie d’hommes solidaires dans une société encore à peu près solidaire, de ne rien respecter, ni les institutions, encore moins leurs électeurs, sans parler de les voir profiter comme des nababs en demandant aux petites gens toujours plus d’efforts. Dans un pays se réclamant démocratique, ça ne peut plus durer.

C’est la guerre. Pour lutter contre d’authentiques voyous, de vrais tueurs.

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Toujours otages

La période est tourmentée, c’est le moins qu’on puisse dire. Dans ces moments, chaque camp en conflit avec autrui cherche les propos percutants, la phrase assassine, la formule choc qui va faire le buzz… Et assez invariablement dans nos contrées, quand une grève se produit, le pouvoir brandit son argument suprême : «les grévistes prennent les usagers en otage». Mais bien sûr.

La grève est pour le salarié l’ultime manière de montrer son opposition ou son désaccord avec des décisions le concernant directement ou indirectement. C’est un droit constitutionnel, le premier des acquis, arraché avec courage et détermination par nos pairs. Destiné à constituer un rapport de force, cette action collective est toujours conflictuelle, et contrairement aux âneries colportées ça et là, on ne part jamais dans un tel mouvement par plaisir. Parce qu’une grève est un combat aléatoire, ça coute cher financièrement, émotionnellement et aujourd’hui de plus en plus souvent physiquement.

Dans un conflit, on est pas tout seul, sinon il n’y aurait pas de conflit. Arriver à ce point veut dire que tout dialogue, négociation et autre concertation a échoué. La plupart du temps, ça n’a même jamais commencé, tant les décisions sont unilatérales. Le salarié alors met son mouchoir dessus, encaisse la tête basse, et retourne travailler. Mais parfois, il n’est pas possible d’en supporter plus…

Se mettre en grève, c’est cesser son activité professionnelle. L’absence du salarié entraine une perte de production pour l’employeur, mais parfois aussi de fâcheuses conséquences pour la collectivité en perturbant le fonctionnement de services, institutions, commerces, jusqu’à les rendre inaccessibles. D’où, au regard des quais de RER bondés, l’expression chère aux pontes de l’UMP, les grévistes prennent les usagers en otages.

C’est oublier un peu vite que dans un conflit, on est deux, et que chaque partie a sa part de responsabilité. Crier sans cesse aux privilèges (sic) des grévistes irresponsables (re-sic) brandissant sans cesse l’étendard rouge de la grève (re-re-sic) face à des mesures et réformes concertées (re-re-re-sic) tout en étant payés (re-re-re-re-sic), ça me fait plus de peine que ça me révolte.

Mais ce qui m’agace, au delà de l’attitude du pouvoir, c’est que beaucoup le croient. La désinformation est une arme bien maitrisée. Entendu ce matin, je vous dit pas qui, c’est trop facile : «6% de grévistes, cela veut dire 94% de non-grévistes, donc 94% de personnes qui ont compris notre réforme». Évidemment, quand on est en grève avec 1200 euros par mois, forcément on est amené de fait à cesser vite les frais, il faut bien faire cuire la soupe. On n’a pas tous la chance d’être né à Neuilly, d’être membre de l’UMP, d’occuper un sombre poste dans une officine gouvernementale ou d’avoir un emploi fictif avec un salaire à 5 chiffres mensuels. En jouant le pourrissement plutôt que de dialoguer, comme dans une démocratie saine, c’est la société entière qui est prise en otage. Pour assouvir des égos, pour des intérêts particuliers. Et ça, c’est une triste réalité.

Ce qui l’est encore plus c’est que de vrais otages attendent leur libération de puis 290 jours. Stéphane, Hervé, mais aussi les 7 otages du Niger depuis 30 jours, je pense à vous.

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Refermer la porte…

Il faut avoir la santé et une solide volonté pour continuer de la sorte à faire la même promenade, sur le même parcours, dans le bruit et les cris, parfois sous la pluie. Heureusement à chaque fois, il y a de nouvelles têtes, de nouvelles personnalités, de nouveaux témoignages de cette exaspération et de ce besoin toujours grandissant de faire entendre, face à la propagande gouvernementale, la voix du peuple.

Comme à l’habitude, je ne commenterai aucun comptage de manifestants. Le seul chiffre qui me parle est 260. C’est le nombre de cortèges ce mardi. Il en dit long sur l’état dans lequel nos hommes politiques ont mis le pays, en s’arc-boutant sur une réforme injuste, basée sur des mensonges honteux. Il témoigne surtout, après 4 mobilisations de grande ampleur en un mois, que le contestation est loin de fléchir. Et ça, c’est déjà une petite victoire.

L’autre avancée, c’est la prise de conscience d’une partie de la jeunesse que les équilibres dans la société, ça s’entretient, et que tout est question d’équilibre. Warren Buffet, 2ème fortune mondiale, déclarait il y a peu “La lutte des classes existe, et c’est la mienne qui l’a gagnée”, prouvant bien, s’il en était besoin, qu’il faut se refaire un peu de place, qu’il est nécessaire aux petits, aux sans-grades, sans voix, sans boulots, de se faire entendre. Sauf que, pour l’heure, il n’y a rien à gagner, mais tout à perdre.

Dans ce grand bras de fer, il est vital de refermer la porte que les dirigeants, aux ordres du MEDEF et de la bourse, tentent d’ouvrir de force. Car la réforme des retraites ne constitue qu’un hors d’oeuvre, une épreuve probatoire. En cas de succès, on devine facilement les attaques qui suivront : l’indemnisation du chômage, les allocations familiales, les services publics. Mais la plus grosse remise en cause se fera plus surement du côté de la sécurité sociale… et tout le monde sera concerné. Lâcher maintenant comporte donc beaucoup plus d’enjeux que simplement la réforme des retraites.

Ce serait vraiment bien que les attentistes prennent pleinement conscience du danger qui menace. A défaut de se mettre en grève reconductible, des moyens de soutiens existent, à commencer par rejoindre le nouveau cortège samedi 16 octobre. Pour l’heure, face à l’entêtement, répondons avec le même entêtement, bloquons tout ce qui peut l’être, montrons-nous un peu moins gentils, la grande bagarre ne fait que commencer.

La porte, claquons-la, en espérant fort que le nain y laisse ses doigts…

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Règlement de comptes

Rappeler les évidences n’est jamais inutile. C’est d’ailleurs à cet exercice que se livrent actuellement plusieurs millions de personnes au sujet de la reforme des retraites, pour souligner combien elle est injuste et inégalitaire. Mais ici, le coup vient du côté des puissants, en la personne de l’un des avocats de la Société Générale lors du procès Kerviel, avec une petite phrase passée presque inaperçue : “Mentir, tricher, truquer, c’est interdit, et ça doit être réprimé”.

Ca ne fait effectivement aucun doute. Voilà une affirmation tonnée avec conviction, à laquelle on ne peut qu’adhérer. Lâchée à la sortie du prétoire ou Jérome Kerviel en prenait pour 17.000 ans à payer pour avoir envoyé 4,9 milliards d’Euros en fumée, elle résume bien le sens de la décision du tribunal : punir un manipulateur, quitte à prononcer une condamnation à la limite du ridicule.

Qu’on me comprenne bien. A aucun moment, on ne puisse penser que je défende le trader fou qui manipule les milliards aussi simplement que j’utilise mon porte-monnaie, et qui joue sans vergogne l’existence de petites gens en déplaçant des capitaux sans aucune notion des conséquences que cela entraine dans la vraie vie. Le hic, c’est que Kerviel appartient à un système. Il n’est que l’instrument, grassement payé, des banquiers et des financiers, donc sa responsabilité ne peut être exclusive. S’il a menti, triché, truqué quoi que ce soit, il est loin d’être le seul. Au final, c’est malgré tout le lampiste qui paye tout seul les pots cassés.

Je me fous bien de ce qui lui arrive. Mais il reste la fameuse petite phrase. Je la retourne envers nos responsables politiques. Qu’attend t’on pour réprimer aussi durement les menteurs, les tricheurs et les truqueurs qui sévissent à la tête de l’Etat ? Actuels et passés. Pendant que Kerviel se demande encore comment il peut encaisser seul la sanction, on requiert un non-lieu généralisé pour Chirac. Pourtant, ce monsieur, comme menteur, tricheur et truqueur, il fait incontestablement figure d’étalon international toutes catégories.

Un petit mensonge peut finir en guerre. Qui paie ?

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Ca ne peut plus durer

Voilà, une manif de plus, la 3ème d’envergure en un mois. Jamais on n’a autant battu le pavé, jamais les manifestants ne sont apparus autant exaspérés. Et ce n’est pas l’annonce du nombre officiel du ministère de l’Intérieur qui va les calmer : 899.000 personnes ont défilé se samedi en France. Ridicule. On dirait un prix de voiture de sport…

Je ne cache pas que je suis retourné chez moi déçu. Pendant ce temps, le salon de l’automobile a fait le plein, tout comme l’ensemble des centres commerciaux de France. Il y a bien quelques nouvelles têtes dans le cortège, mais globalement, c’est incontestable, il n’y a pas l’emballement voulu. La mobilisation reste particulièrement importante, mais elle évolue peu. A mon sens, ce sont les jeunes et les chômeurs qui ont manqué.

Les jeunes générations n’ont effectivement pas cette culture de la lutte. Ils n’ont jamais eu à se battre, ils ont la chance de pouvoir bénéficier du résultat des combats épiques qui ont construit un système social envié. Sauf que toutes ses composantes, les retraites, la sécurité sociale, les congés payés, etc, etc, tout a été arraché au prix de luttes acharnées, rien n’a été donné, rien n’a été offert. Ce qui a parfois été payé par le sang constitue les fameux acquis sociaux, les mêmes qui sont remis en cause un par un.

Côté chômeurs, c’est encore plus simple. Voilà une population de quelques millions de personnes privées de ce qui matérialise l’appartenance à la société : le travail. Voilà une population qui pourrait légitimement descendre dans la rue car ils servent tous de variable d’ajustement à une économie au service d’une poignée de richissimes exploiteurs. Mais ils ne le font pas, parce que sans travail, ils se considèrent en marge, et l’inconscient collectif les poussent à se cacher et à se replier sur eux. En les culpabilisant sans cesse alors qu’ils sont victimes d’un système, le pouvoir inhibe chez eux toutes velléités de révolte. Et pourtant, 6, 7 ou 8 millions de chômeurs et précaires dans la rue, ça aurait de la gueule…

La réforme des retraites est symptomatique des reculs que le gouvernement veut opérer parmi ces fameux acquis. Il y aurait bien des solutions pour préserver cet acquis, et équilibrer le système. On a bien trouvé l’argent pour les banques. Mais on n’en trouve pas pour les retraites des petites gens. Les mensonges, les conflits d’intérêts, la cupidité, l’individualisme conduisent à s’attaquer aux plus faibles, c’est bien plus facile. Seules deux catégories d’organismes agissent ainsi : les prédateurs et les parasites.

Avec le recul, la déception m’a quitté. Le 12 octobre, je serai à nouveau dans la rue, plus déterminé que jamais. Ce qui aura changé, c’est mon regard sur ces grandes centrales syndicales. Elles ne mobilisent pas plus parce que leur discours, comme celui des partis politiques, n’est pas concret. Elle n’ont jamais réussi à faire passer le message que la retraite, bien que lointaine pour les plus jeunes, est en fait une partie intégrante du salaire, un salaire différé. En tant que tel, réduire les pensions en conservant l’actuel taux de prélèvement revient purement et simplement à spolier les salariés. Une escroquerie de plus. Et quand on sait que ce taux va fatalement augmenter…

Il est grand temps de les empêcher de nuire.

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