Jusqu’ici, tout va bien…

Gouverner, c’est prévoir” disait Emile de Girardin, un des pères du journalisme. Visiblement, ce n’est pas le principe de base qu’appliquent nos dirigeants actuels dans la gestion du pays. Occupés à répondre au doigt et à l’oeil aux demandes des marchés financiers, l’exécutif, le nez dans le guidon des réformes, cherche 930 millions d’Euros pour couvrir les dépenses de personnel en décembre.

C’est la commission des Finances du Sénat qui, dans un communiqué, s’inquiète du règlement de frais de personnels de huit ministères. Aucun danger pour les rémunérations des agents de l’Etat, la couverture de ces dépenses s’effectuant par transferts d’autres lignes budgétaires, n’entrainant en principe pas de déficit supplémentaire. Mais le plus grave dans cette histoire reste les arguments mis en avant par cette commission. Outre ses “doutes sur la consistance réelle des efforts de maîtrise de la masse salariale de l’État”, elle insiste lourdement sur la “persistance très préoccupante de sous-budgétisations en loi de finances initiale, malgré ses avertissements répétés”. Cela ressemble fort à un coup de règle sur les doigts.

L’Etat aurait ainsi mal budgété les dépenses de personnel ? Le citoyen “bon père de famille”, selon l’expression consacrée, se demande bien comment telle chose est possible, sans parler bien sûr de la pratique courante de voter un budget en déséquilibre sans conséquences… Ces questions en appellent d’autres. Quand on réforme la société aussi profondément que ce qui vient d’être fait pour les retraites, on doit être en mesure d’en prévoir les conséquences. En l’occurrence, personne n’a soupçonné le fait que beaucoup de fonctionnaires en âge de partir ont été obligé de différer leur départ en retraite. Ainsi, on a puisé dans une poche pour alimenter une autre. Mais le bilan reste le même : désastreux.

Dans ce contexte, comment peut-on faire confiance plus longtemps à ces gens aussi incompétents, par ailleurs englués dans des affaires de conflits d’intérêts, de manipulations grossières et de petits arrangements entre amis. Dans cette logique, il n’y a donc rien d’étonnant à les voir confectionner des budgets en gonflant le taux de croissance prévisionnel, en “oubliant” de menues dépenses, tout en se plaignant du poids des intérêts de la dette pour limiter les mesures sociales. Le citoyen, lui, vote, doit se taire et payer l’ardoise.

La situation financière de la France ne résulte pas du hasard. C’est le produit d’années d’errances et de soumission aux marchés financiers, à la déréglementation, au libre échange mondialisé, générant des colossaux déséquilibres. Il ne reste plus qu’à attendre le passage du FMI, comme en Grèce, en Irlande, puis bientôt partout ailleurs pour finir le travail de dérégulation avec sa panoplie de remèdes de cheval.

L’important, ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage.

Share Button

Un millefeuille indigeste

La violence fait partie de notre quotidien, et occupe une place de plus en plus importante dans notre société. Les conséquences engendrées ne sont pas toujours visibles immédiatement, mais elles sont bien présentes. Les décisions politiques et économiques, pour violentes qu’elles soient, nous font qu’épisodiquement réagir, et souvent trop tardivement, quand le mal a déjà agi. La violence de tous les jours, psychologique, verbale, physique, qui touche tout le monde, est complètement banalisée, mise en statistiques, ces dernières étant utilisées dans un sens ou l’autre selon l’humeur du personnage aux commandes.

Des faits graves répétés dans certaines banlieues et la mort mi-novembre d’un adolescent de 16 ans ainsi qu’un mitraillage à l’arme de guerre d’un gamin de 11 ans sur fond de trafic de drogue à Marseille a fait réagir une nouvelle fois dans l’instant nos élites dirigeantes. Outre l’annonce de déploiement de renforts de police significatifs, Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur reconduit, a indiqué vouloir dans les semaines qui viennent, faire examiner par le Parlement dans le cadre d’une proposition de loi, des mesures pour lutter contre le trafic d’armes.

Ainsi, c’est une nouvelle loi sécuritaire qui va voir le jour, se superposant à la quinzaine de lois votées sur le sujet depuis 2001. A en croire Hortefeux, le trafic d’armes, il n’a pas de loi, aucune législation, ce n’est pas réprimé, c’est libre, autorisé… donc il en faut une, une de celle qui fait peur, et qui dissuadera définitivement tous les méchants de s’en prendre aux policiers d’abord, puis éventuellement aux femmes et aux enfants. Si j’étais dealeur, mafieux ou braqueur, je cesserai sur le champs mes activités illégales. Il y de quoi trembler…

Une de plus donc, censée assurer une espèce de sécurité à l’envers, prise dans l’urgence, rédigée dans l’instant sous la pression de l’actualité, qui fait rire les malfrats, mais pas le citoyen lambda dont les espaces de liberté se réduisent de plus en plus… Petit rappel :

  • Loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (Loi LOPSI n° 2002-1094 du 29 août 2002), affectation budgétaire importante pour la création de commissariats et de gendarmeries, surveillance du Net…
  • Loi d’orientation et de programmation pour la justice (Loi Perben I n° 2002-1138 du 9 septembre 2002), création du juge de proximité, extension des comparutions immédiates…
  • Loi pour la sécurité intérieure (Loi LSI n° 2003-239 du 18 mars 2003), extension des contrôles d’identité et des fouilles des voitures, extension des fichiers de police et du fichier national des empreintes génétiques, légalisation de la consultation de ces fichiers lors d’enquêtes administratives…
  • Loi relative à la maîtrise de l’immigration, au séjour des étrangers en France et à la nationalité (Loi n° 2003-1119 du 26 nov. 2003), vise essentiellement à réduire l’immigration clandestine, augmentation de 12 à 32 jours pour délai de rétention des sans papiers, maintien de la double peine contrairement à l’annonce de sa suppression…
  • Loi relative au droit d’asile (Loi n° 2003-1176 du 10 décembre 2003), permet le rejet automatique de la demande asile…
  • Loi portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité (Loi Perben 2, dite « contre la criminalité organisée » n° 2004-204 du 9 mars 2004), augmentation des possibilités de détention provisoire, instauration du «plaider coupable», procédure d’exception pour les délits et crimes commis en «bande organisée», garde à vue de 96, heures, dont 48 sans avocat…
  • Loi relative au traitement de la récidive des infractions pénales (Loi n° 2005-1549 du 12 décembre 2005), bracelet électronique pour les délinquants sexuels après exécution de leur peine en application rétroactive, mandat de dépôt obligatoire à l’audience et peine ferme en cas de récidive, limitation des libertés conditionnelles…
  • Loi relative à la lutte contre le terrorisme et portant dispositions diverses relatives à la sécurité et aux contrôles frontaliers (Loi n° 2006-64 du 23 janvier 2006), généralisation de la vidéo-surveillance…
  • Loi pour l’égalité des chances (Loi n° 2006-396 du 31 mars 2006), CPE, contrat responsabilité parentale avec suspension des allocations familiales pendant 1 an…
  • Loi relative à l’immigration et à l’intégration (Loi n° 2006-911 du 24 juillet 2006), suppression régularisation 10 ans, réduction du regroupement familial, immigration choisie selon capacité et talent (foot, artistes…), travailleurs saisonniers…
  • Loi relative à la prévention de la délinquance (Loi n°2007-297 du 7 mars 2007), renforce les pouvoirs des maires, durcit les sanctions contre les mineurs dès 10 ans, crée les nouvelles infractions d’embuscade et de guet-apens contre les policiers…
  • La loi relative à la récidive (Loi n°2007-1198 du 10 août 2007), instaure les peines plancher, prévoit pour les multi-récidivistes de plus de 16 ans la suppression de l’excuse de minorité, crée une présentation immédiate devant le tribunal pour enfants…
  • Loi relative à la maîtrise de l’immigration (Loi n°2007-1631 du 20 novembre 2007), institue des tests ADN pour les candidats au regroupement familial à l’état civil douteux…
  • Loi relative à la rétention de sûreté(Loi n°2008-174 du 25 février 2008) rend possible l’enfermement, renouvelable chaque année, des criminels condamnés à plus de quinze ans de réclusion s’ils sont reconnus encore dangereux à l’issue de leur peine, supprime le non-lieu pour troubles psychiatriques…
  • Loi relative au renforcement des mesures de prévention et de protection des personnes contre les chiens  dangereux (Loi n°2008-582 du 20 juin 2008)
  • Loi relative au renforcement de la lutte contre les violences de groupes (Loi n° 2010-201 du 2 mars 2010) et la protection des personnes chargées d’une mission de service public instituant la création du délit de participation à une bande violent, l’aggravation des peines encourues pour violences volontaires contre les personnes, vol, extorsion, destruction, dégradation ou détérioration d’un bien, participation armée ou non armée à un attroupement, lorsque celles-ci ont été commises « par une personne dissimulant volontairement en tout ou partie son visage afin de ne pas être identifiée ». Aggravation des peines pour vol commis dans un établissement scolaire, aggravation des peines en cas d’atteinte à un enseignant, utilisation autorisée des systèmes de vidéo-surveillance privés, autorisation de création de polices d’agglomération…
  • Loi relative aux violences faites spécifiquement aux femmes (Loi n° 2010-769 du 9 juillet 2010), aux violences au sein des couples et aux incidences de ces dernières sur les enfants…

Et je n’ai pas parlé de la Loi HADOPI et sa présomption de culpabilité de l’internaute lambda et de la Loi LOPPSI2 en cours d’adoption, cet espèce de fourre-tout ultra sécuritaire qui va faire de la société française une petite soeur de l’actuelle société chinoise. Celle-là, au moins, elle va servir à quelque chose : amis journalistes et blogueurs, pensez à vous reconvertir…

Avec toutes ces lois, il me semblait qu’on était paré jusqu’en 2018, au moins. Apparemment non. Ce millefeuille institutionnel ne connait qu’un seul responsable : un ancien ministre de l’intérieur, depuis monté en grade, qui fait payer aux français ses complexes personnels. Rédigés dans l’urgence à chaque nouveau fait divers malheureux, ces nouvelles lois montrent leurs limites, leur inefficacité et surtout l’incompétence de leurs rédacteurs, dévorés par un populisme délirant. Y a t’il vraiment besoin de nouveaux textes pour juger cette délinquance, dont la particularité n’est pas d’être nouvelle mais d’être sans scrupules ? Le sentiments d’impunité n’est il pas simplement le résultat d’un manque criant de moyens pour la police, la justice, et l’éducation ? Finalement, on ne récolte que ce qu’on sème.

Pendant ce temps les banques ont le même taux de rentabilité que les trafiquants de drogue, et une seule Loi, celle du marché.

Share Button

Présumé pirate

Pas le temps de souffler. Une réforme passe, une autre arrive et revient devant les feux de la rampe. Utile, futile, peu importe, il s’agit essentiellement d’occuper l’espace, de laisser un nom, une empreinte… Justement, c’est bien d’empreintes, de traces dont il est question aujourd’hui, et gare à ceux qui ne sauront pas justifier celles laissées par des utilisateurs indélicats de votre accès internet.

Depuis sa promulgation, la Loi n° 2009-669 du 12 juin 2009, plus connue sous le vocable HADOPI, ne cesse de se mettre en place : la “haute autorité” a installé sa présidente et son collège dans de très couteux locaux, et les premiers avertissements auraient été envoyés en octobre. L’usine à gaz s’ébranle doucement. Mais ce qui fait actuellement surface, ce sont les fameuses solutions logicielles destinées à alerter le quidam sur la fameuse “sécurisation de son accès internet”.

Comme tout le monde le sait, pour une sombre histoire de droit (principe de la personnalité de la peine : on ne peut condamner pour le fait d’autrui), la Loi HADOPI ne condamne pas le téléchargement illégal, mais le fait que la ligne Internet ait été utilisée pour un téléchargement jugé bizzaroïde. Il rend ainsi le titulaire de la ligne responsable de son utilisation, y compris des opérations de contournement des systèmes de protection (délit mis en place par la Loi DAVDSI) quel que soit l’utilisateur réèl. Une présomption de culpabilité en bonne et due forme.

On a déjà tout dit sur cette loi totalement déconnectée de la vrai vie, particulièrement intrusive, totalement liberticide, et techniquement obsolette. Soi-disant destinée à protéger l’industrie de la musique et du cinéma, son objectif réel est bien la surveillance des flux internet. Certains éditeurs de logiciels sont montés au créneau et sont en passe de proposer des produits “d’information et de sécurisation de leur accès internet”. Au delà de ce que font réellement ces solutions, le coût de cette pseudo-sécurité pourrait être constitué d’un abonnement mensuel aux alentours de 2 euros, et par appareil connecté… L’ordi de Papa, plus celui du fiston, le portable de la soeurette et la tablette numérique de Maman, ça fait 96 euros par an… pour seulement être en mesure de justifier qu’on a rien à se reprocher ! Faire de l’argent avec rien, c’est fort, mais là, on touche au sublime. Et je ne dis rien sur les données ainsi recueillies, et ce à quoi elles pourraient être utilisées. Merci qui ?

Etant du métier, je suis en mesure d’affirmer que mon accès internet est totalement sécurisé. Une box, que du filaire, pas de wifi, du Mac et du Linux. Ceinture et bretelles. De surcroit, le téléchargement, même pour mes enfants, n’a jamais été d’un grand intérêt. Dans mon esprit jusqu’il y a peu, je ne me sentais pas concerné par HADOPI et ses conséquences. Grandissime erreur. En refusant d’installer ces foutus mouchards prévus par la Loi, même sans télécharger, même en disposant d’une parfaite sécurité, je suis dans l’incapacité de prouver ma bonne foi, je suis ainsi un fraudeur par défaut si les “ayants-droits” sortent mon adresse IP de leur chapeau sans rien avoir à justifier. Et c’est sans appel.

Tout cela au nom d’une justice que je ne comprends plus, au service d’ultra privilégiés, riches à millions, qui n’ont pas su ou pas pu s’adapter aux changements technologiques, cet argument fallacieux systématiquement utilisé dans bien d’autres domaines, pour justifier les suppressions d’emplois d’ouvriers au nom du progrès. Les parades techniques existent. Elles restent cependant à disposition des geeks, et en tant qu’hébergeur associatif, j’ai personnellement peu de solutions… Il ne reste plus qu’à expliquer, expliquer encore, et éduquer.

Et attendre 18 mois que ça change.

Share Button

Bonne nuit les petits…

C’est une méga gueule de bois que je traine depuis plusieurs jours maintenant. Une de celle qui dure, qui tord la tête, qui vous rince jusqu’à rendre certains actes de la vie quotidienne pourtant courants impossibles, comme suivre l’actualité, bloguer, écrire… La réforme des retraites m’a sonné comme une cuite monstrueuse mais elle n’arrive pas à me faire oublier le coup de matraque qui vient de nous être asséné, pour notre bien…. L’écoeurement envahit tout le quotidien, à l’image de ces gens que je croise tous les jours dans la rue, tristes, résignés, isolés, agressifs pour un caddie ou une place de parking…

Plus que jamais, il faut toujours et encore baisser la tête, serrer les dents, lutter, compter, faire des choix lourds de conséquences, avec ce sentiment que les sacrifices sont toujours endossés par les mêmes. Il faut constamment se justifier d’être chômeur, fonctionnaire, malade, rom ou maghrébin, jeune, toutes ces catégories trop souvent stigmatisées et désignées responsables des maux de cette société.

Depuis 3 ans, les français sont de plus en plus divisés et remontés les uns contre les autres, de manière durable et en termes empruntés au vocabulaire guerrier. La violence est maintenant omniprésente. Mais elle est d’abord économique, puis politique, et celle issue des banlieues, bien plus médiatisée, n’en constitue qu’une pâle réponse. Les vrais responsables sont les hommes de pouvoir, qu’ils soient de gauche comme de droite d’ailleurs. Ce qui frappe est leur capacité invariable à préserver leurs privilèges, augmentant d’autant les inégalités en repoussant toujours les “solutions” sur les plus faibles, en banalisant la misère. C’est injuste, révoltant, usant…

Orsenna-Arditi-CohenMalgré ma léthargie, j’ai remarqué une émission intéressante mardi 16 sur la crise dans mon programme TV favori, “Fric, krach et gueule de bois : le roman de la crise”. Apparemment, il s’agissait d’une émission de vulgarisation des tenants et aboutissants des crises passées et courantes, expliquant simplement l’évolution de nos sociétés dans un contexte mondialisé. Il y avait de quoi se rendre compte, peut-être apprendre. A la place, on a encore vu le petit Nicolas, mais sans Nounours ni Pimprenelle. Sur son nuage, il ne voit rien, ne se rend compte de rien, n’a rien entendu de ce qu’a exprimé le peuple, et a comme d’habitude raconté une histoire à dormir debout ou n’apparait que lui, lui et encore lui…. Extinction des feux.

Tout change, mais rien de change. Malgré tout ce qui s’est passé jusque là, les belles promesses, les dérives, les manipulations, les malversations, les censures, il va rester beaucoup de gens pour croire et approuver ces fadaises. L’agitation reste de l’agitation. Le changement, qualifié de “virage à 360°” par Christine Lagarde vous remet dans la même direction qu’au départ. Invariablement. Les donneurs d’ordres continuent de tirer les ficelles, mais de moins en moins dans l’ombre. C’est ce qu’on appelle le courage politique, l’exercice décomplexé et sans tabou du pouvoir. On devra donc supporter encore 2 ans cette dictature. Il va me falloir beaucoup de volonté pour retrouver un semblant d’entrain…

Mais comment se débarrasser du lancinant pipeau du marchand de sable ?

Share Button

La Chine s’est éveillée

Hu Jintao s’en est retourné chez lui après avoir fait son marché en France. A y regarder de plus près, ces 2 jours de discussions ressemblent fort au marchandage habituel chez un vendeur d’ameublement bien connu. La remise qu’il vous consent est significative et alléchante, mais au final, ce n’est pas le client qui fera la bonne affaire. Le locataire de l’Elysée, tout en talonnette et courbettes, ne s’en est pas rendu compte. On peut cependant l’excuser, il n’achète jamais ses meubles lui-même.

Le président chinois, durant toute la visite d’Etat, a montré sa puissance et sa grandeur à son homologue français. Il a incontestablement mené la danse, lâchant par ci, par là, quelques miettes sur lesquelles, Areva, Total, Airbus et quelques autres se sont jetés comme des morts de faim… Malgré les montants annoncés ces derniers jours, cela reste quoi qu’on en dise des miettes face aux colossalles importations de produits chinois. Et ce faramineux déséquilibre dans les échanges commerciaux n’est pas prêt d’avoir un début de solution : la France restera toujours un client insignifiant aux yeux du géant rouge.

Elle s’est bien réveillée, cette Chine, au point de devenir une puissance économique de tout premier ordre. Mais pas seulement. Cette puissance est désormais également politique. De par son poids, elle est maintenant en mesure d’imposer au monde ses vues. Elle ne s’en prive d’ailleurs pas. Rappelez vous la police chinoise, sur le sol français, tabassant les manifestants pro-Tibet lors du passage de la flamme olympique. Après avoir tenté de peser dans la désignation du Prix Nobel de la Paix 2010, la diplomatie chinoise a mis en garde nombre de pays contre une participation à la cérémonie de remise du prix Nobel de la Paix attribué à Liu Xiaobo, condamné à 11 ans de prison pour avoir demandé un tout petit peu de démocratie dans son pays… Incontestablement, une nouvelle ère commence. Après l’envahissement des marchés en produits courants sans autre possibilité de choix, voilà qu’arrive l’exportation des méthodes “made in China” en matière de liberté et de gestion de la population.

Résultat ? En France on déroule le tapis rouge pour un des pires dictateurs de la planete, on courbe l’échine avec le sourire, on se tait sur les questions essentielles comme le respect élémentaire des droits de l’Homme, et on remercie respectueusement, pour se faire acheter. Du travail de prostituée. Il est essentiellement là, le courage politique tant rabaché par le chef de l’Etat français, fort avec les faibles, mais faible avec les forts.

« Notre Saigneur » na pas tardé a adopter certaines méthodes de son illustre hôte. La video sur la manière dont la police a traité les 20 manifestants de Reporters sans Frontières qui demandaient de manière pacifique la libération du Prix Nobel a promptement disparu de l’internet français…

Comme les cambriolages de journalistes, c’est une pure coincidence.

Share Button

Zéro pointé, ne maîtrise pas son sujet

Pas un jour sans lire des énormités, les médias en regorgent. Certaines m’amusent, d’autres me touchent, quelques unes m’agacent. Dans cette dernière catégorie, la dernière petite phrase d’Yves Jégo, député UMP de Seine-et-Marne, ancien secrétaire d’Etat chargé de l’outre-mer remarqué pour sa gestion pour le moins curieuse de la crise en Guadeloupe en février 2009, fait figure de nouvelle provocation, une de plus, dans la droite ligne de ce qui se fait depuis 3 ans de la part des adeptes du petit gourou.

Dans un article publié sur son blog personnel le 3 novembre, le député UMP part d’un constat assez vague et peu étayé sur le temps d’occupation des locaux d’un service public, et bifurque assez brutalement sur le temps de travail des enseignants en se demandant “s’il ne serait pas juste d’aligner le temps de travail des enseignants sur celui des autres fonctionnaires, à savoir 1 600 heures par an ?” Devant la grossièreté du procédé, une nouvelle stigmatisation en somme, je n’ai pu m’empêcher de réagir, réponse que je vous livre ici :

Monsieur Jego,

Votre souci de justice et d’égalité vous honore. Mais s’en prendre une nouvelle fois à une catégorie d’agents publics en soulignant ce qu’on pourrait prendre comme un privilège montre bien de choses sur votre niveau de connaissance de la vraie vie de vos concitoyens…

Je ne suis pas enseignant, mais il me semble, pour les rencontrer souvent (j’ai 2 enfants en age scolaire), qu’ils font un métier rude et difficile, par passion ou vocation mais mal payé, et par dessus tout, très mal considéré. Vous vous savez écouté, votre parole porte. En vous prononçant de la sorte, vous participez au malaise en l’amplifiant, en entretenant dans l’opinion ces non-dits, ces petites inexactitudes qui m’apparaissent comme autant de grosses manipulations.

Évidemment, vous ne pouvez ignorer que l’immense majorité du corps enseignant fait bien plus que les heures de présence devant les élèves. Vous ne pouvez ignorer les conditions d’exercice de leur difficile métier. Mais si ce n’était pas le cas, je vous conseille vite de descendre de votre tour d’ivoire pour aller côtoyer, voir et écouter la rue, se rendre compte comment les gens vivent et travaillent. Au-delà du monde enseignant, découvrez comment les gens simples se débattent, survivent, supportent tous les jours les coups que leur assène la clique actuellement au pouvoir, et certains pour quelques centaines d’euros par mois… Vous deviez le savoir, il y a bien longtemps. Je crois sincèrement que vous avez oublié.

Hier on stigmatisait les roms, les jeunes, les immigrés, les fonctionnaires, aujourd’hui les syndicalistes, les journalistes, les enseignants, demain les homosexuels, les clowns, les chiens peut-être ? Cette manière de procéder, chère à votre président que nous subissons depuis 3 ans, a divisé notre société à un point de non retour. Voyez notre société clivée, déchirée et toutes les solidarités qui se délitent une à une, au nom d’une logique purement comptable. Pour l’humain, il n’y a plus de place. Notre pays est pourtant riche et puissant.

Et puisque j’en suis là, ne serait t’il pas juste, Monsieur Jégo, d’aligner les retraites des députés et sénateurs sur celui des fonctionnaires, ce qui resterait encore fort avantageux pour vous, vu les généreuses rétributions et les longueurs de vos carrières dorées… A moins que, si le régime des fonctionnaires est trop avantageux (comme vous l’avez voté en augmentant de plus de 2% le taux de cotisation), vous pouvez demander un alignement sur les retraites des salariés du secteur privé. Ce ne serait que simple justice. Liberté, Egalité, Fraternité.

Vous votez les Lois au nom du peuple, des petites gens qui ne demandent rien. La moindre des choses serait de simplement les respecter.

Merci

Bien cordialement

Et je n’ai pas parlé du temps de présence des parlementaires dans les hémicycles, illustré par des fauteuils souvent vides sur les images de la chaine LCP, ni de l’éventuelle mauvaise foi du rédacteur… Sans surprise, mon intervention n’a pas été publiée, le taulier a préféré garder des réactions plus conformes à sa réalité, dont une virulente diatribe contre les grévistes. L’illustration parfaite de la liberté d’expression chère à l’UMP. Quoi qu’il en soit, cette recherche constante de diviser l’opinion publique en montant une partie de la population contre l’autre, cette manière appuyée de faire passer une fraction de petites gens pour des privilégiés est de plus en plus fréquente, de plus en plus insupportable. Et dire qu’il faudra encore subir cette agitation perpétuelle pendant 2 ans.

Putain, 2 ans…

Share Button

Semaine de la solidarité internationale 2010

Le grand rendez-vous national de sensibilisation à la solidarité internationale et au développement durable, qui devait se tenir à Lyon, du 11 au 14 novembre est purement et simplement annulé, tout comme d’autres manifestations (le marché aux saveurs, le salon du livre et la braderie « livres et solidarités »). Les autorités avancent les troubles à l’ordre public récents,semaine de la solidarité internationale mais personne ne veut endosser la responsabilité des annulations. «Nous n’avons rien interdit. Mais la préfecture a fortement recommandé de ne pas organiser d’événements place Bellecour», explique-t-on à l’hôtel de ville. «Nous n’avons pas demandé à la mairie d’annuler quoi que ce soit», rétorque la préfecture.

Cette mesure sonne, une nouvelle fois, un peu bizarre. Un village regroupant une multitude d’associations à vocation humanistes, solidaire, de lutte contre la pauvreté, de sensibilisation à l’entraide et au partage, ne peut pas être dangereux… Au contraire, c’est tout ce qui manque à cette société de plus en plus individualiste, cette société qui court à perdre haleine, semant sur le chemin de plus en plus d’exclus en cherchant à rattraper le modèle outre-atlantique. Je regrette personnellement cette annulation. Je devais participer au village pour faire connaitre mon Alter-Oueb, petite entreprise de conseil informatique de l’économie éthique et solidaire. Ce sera pour une autre fois.

En cette période agitée, l’occasion de réduire au silence un certain nombre d’associations dissonantes et d’empêcher des voix à contre courant de la doctrine dominante de s’exprimer a certainement prévalu. Les fameux “évènements de Bellecour” tombent à pic, surtout quand on sait qu”ils ne doivent rien au hasard. Ils ont été provoqués par la police pour faire monter la pression, exciter, provoquer… avec pour seule finalité de dissuader avec une brutalité disproportionnée la jeunesse d’aller en manif.

Au final, l’ordre est rétabli depuis longtemps, mais pas la liberté d’expression…

En remplacement, le réseau silyon vous propose :

le samedi 13 novembre à partir de 13h
À l’embarcadère, 13 bis quai Rambaud – Lyon 2ème
Les associations du réseau Silyon vous propose tout de même
une JOURNÉE DE DÉBATS ET D’ANIMATIONS CULTURELLES
autour du thème 2010 « Face aux pauvretés, construire des solidarités »

LE MONDE BOUGE … ET VOUS ?

Organisé par le CADR (Collectif des Associations de Développement en RHône-alpes)
et le réseau SILYON (Solidarité Internationale Lyon).

Share Button

Battons le fer, il est encore chaud

Vous avez remarqué, à la télé, la publicité a changé. En lieu et place de la réclame pour la lessive, le jambon, le dernier CD de Johnny, les serviettes hygiéniques et le laxatif dernier cri, voilà qu’apparait un nouvel objet du désir : l’épargne retraite. Omniprésent dans tout intermède publicitaire digne de ce nom, le message ne cesse de vanter un produit souple, adapté, accessible à tous, et désormais indispensable pour assurer ses vieux jours. C’est vrai, puisque la télé le dit…

Je n’ai pas attendu les conseils donnés par ces officines pour m’occuper de mes moyens d’existence pendant mes futurs vieux jours. Cela fait 2 mois que je descends régulièrement dans la rue pour dire mon attachement à un système basé sur la solidarité inter-générationnelle. Une réforme est nécessaire, évidemment, mais elle aurait dû protéger les plus faibles, et rééquilibrer le financement en impactant les revenus financiers et les profits hors-normes des entreprises et de certains particuliers au même niveau que les revenus du travail. Au lieu de cela, on individualise, on divise. Il n’en sortira que des retenues…

La réalité du moment, déjà en action outre-atlantique notamment, le grand modèle néolibéral, est un glissement insidieux vers le monde de l’assurance. Dans ce domaine d’activité, il n’y a pas de gens pauvres, on ne compte qu’en millions. La grande question est de savoir qui pourra s’offrir l’assurance retraite, l’assurance dépendance, l’assurance chômage, l’assurance maladie, toutes privées. J’ai malheureusement pu constater durant les cortèges, que ceux qui ne pourront pas se payer de tels produits étaient absents… même quand le défilé était organisé le samedi.

Mes actes de solidarité ont un coût que j’assume. Mais au final, je ne suis pas le plus touché par la réforme et celles à venir. A titre individuel, elles entraineront inévitablement des sacrifices, mais je pourrai consentir aux assurances si besoin. Beaucoup ne pourront même pas l’envisager. C’est pourquoi je serai une nouvelle fois dans la rue, samedi 6 novembre, pour combattre cette réforme ignoble… Par solidarité, et par devoir.

Je serai dans la rue également pour d’autres raisons. La plus importante vient de ce qui s’est passé à Lyon un jour noir pour la démocratie, le jeudi 21 octobre. Ne cherchez pas dans les médias classiques, vous n’y trouverez que la voix de son maître. Ce jour là, la place Bellecour s’est transformée en prison à ciel ouvert, et, sous prétexte de présence de casseurs, la police a tenté de faire passer à la jeunesse son envie de crier….

Sur l’excellent site rebellyon.info, on y trouve des témoignages poignants où l’on retrouve partout ce même sentiment de dégout face aux méthodes employées. En fin de matinée, il y avait quelques groupes de jeunes sur la place, aucune violence, pas de casseurs, aucune agitation particulière. La police les laissaient arriver puis refermaient le piège, ne laissant sortir que les tempes grisonantes, isolant les jeunes. La curée pouvait commencer..

Charge après charge, matraquage et gazage jusqu’à plus de 18 heures, envoyant les groupes en tous sens, ce spectacle a donné à la bourgeoisie de superbes images de sa police rétablissant l’ordre. La réalité est toute autre. La provocation, la violence, les insultes racistes étaient policières. Les individus violents ceinturés par des pompiers présents ont sorti une carte de police ! Il valait mieux ne pas être autre chose que blanc à la sortie du filtre musclé et moralisateur. Pour les autres, c’était voyage en car jusqu’au poste. Rien de tel pour faire passer l’envie de manifester. Une mère de famille, prisonnière elle aussi, a même lâché «que doivent ressentir ces jeunes constamment stigmatisés si moi-même je peux ressentir un telle haine en un après-midi». Voilà ou on en est en France. Prenez un peu de temps pour lire l’ensemble des témoignages et réactions. C’est édifiant..

Devant la Mairie de mon village avec son drapeau et sa belle devise, je baisse les yeux, j’ai honte, je maitrise la colère qui monte et cet horrible sentiment de n’être que les jouets d’un gnome agité. Il n’y a plus ni liberté, ni égalité, encore moins de fraternité dans ce pays… Il n’ y a plus que l’envie de révolte, de justice. Les évènements ne m’ont pas calmé, ils ne font que me conforter : RESISTANCE ! Samedi, je serai encore dans la rue.

Ce n’est pas fini. Ca ne fait que commencer.

Share Button