Battons le fer, il est encore chaud

Vous avez remarqué, à la télé, la publicité a changé. En lieu et place de la réclame pour la lessive, le jambon, le dernier CD de Johnny, les serviettes hygiéniques et le laxatif dernier cri, voilà qu’apparait un nouvel objet du désir : l’épargne retraite. Omniprésent dans tout intermède publicitaire digne de ce nom, le message ne cesse de vanter un produit souple, adapté, accessible à tous, et désormais indispensable pour assurer ses vieux jours. C’est vrai, puisque la télé le dit…

Je n’ai pas attendu les conseils donnés par ces officines pour m’occuper de mes moyens d’existence pendant mes futurs vieux jours. Cela fait 2 mois que je descends régulièrement dans la rue pour dire mon attachement à un système basé sur la solidarité inter-générationnelle. Une réforme est nécessaire, évidemment, mais elle aurait dû protéger les plus faibles, et rééquilibrer le financement en impactant les revenus financiers et les profits hors-normes des entreprises et de certains particuliers au même niveau que les revenus du travail. Au lieu de cela, on individualise, on divise. Il n’en sortira que des retenues…

La réalité du moment, déjà en action outre-atlantique notamment, le grand modèle néolibéral, est un glissement insidieux vers le monde de l’assurance. Dans ce domaine d’activité, il n’y a pas de gens pauvres, on ne compte qu’en millions. La grande question est de savoir qui pourra s’offrir l’assurance retraite, l’assurance dépendance, l’assurance chômage, l’assurance maladie, toutes privées. J’ai malheureusement pu constater durant les cortèges, que ceux qui ne pourront pas se payer de tels produits étaient absents… même quand le défilé était organisé le samedi.

Mes actes de solidarité ont un coût que j’assume. Mais au final, je ne suis pas le plus touché par la réforme et celles à venir. A titre individuel, elles entraineront inévitablement des sacrifices, mais je pourrai consentir aux assurances si besoin. Beaucoup ne pourront même pas l’envisager. C’est pourquoi je serai une nouvelle fois dans la rue, samedi 6 novembre, pour combattre cette réforme ignoble… Par solidarité, et par devoir.

Je serai dans la rue également pour d’autres raisons. La plus importante vient de ce qui s’est passé à Lyon un jour noir pour la démocratie, le jeudi 21 octobre. Ne cherchez pas dans les médias classiques, vous n’y trouverez que la voix de son maître. Ce jour là, la place Bellecour s’est transformée en prison à ciel ouvert, et, sous prétexte de présence de casseurs, la police a tenté de faire passer à la jeunesse son envie de crier….

Sur l’excellent site rebellyon.info, on y trouve des témoignages poignants où l’on retrouve partout ce même sentiment de dégout face aux méthodes employées. En fin de matinée, il y avait quelques groupes de jeunes sur la place, aucune violence, pas de casseurs, aucune agitation particulière. La police les laissaient arriver puis refermaient le piège, ne laissant sortir que les tempes grisonantes, isolant les jeunes. La curée pouvait commencer..

Charge après charge, matraquage et gazage jusqu’à plus de 18 heures, envoyant les groupes en tous sens, ce spectacle a donné à la bourgeoisie de superbes images de sa police rétablissant l’ordre. La réalité est toute autre. La provocation, la violence, les insultes racistes étaient policières. Les individus violents ceinturés par des pompiers présents ont sorti une carte de police ! Il valait mieux ne pas être autre chose que blanc à la sortie du filtre musclé et moralisateur. Pour les autres, c’était voyage en car jusqu’au poste. Rien de tel pour faire passer l’envie de manifester. Une mère de famille, prisonnière elle aussi, a même lâché «que doivent ressentir ces jeunes constamment stigmatisés si moi-même je peux ressentir un telle haine en un après-midi». Voilà ou on en est en France. Prenez un peu de temps pour lire l’ensemble des témoignages et réactions. C’est édifiant..

Devant la Mairie de mon village avec son drapeau et sa belle devise, je baisse les yeux, j’ai honte, je maitrise la colère qui monte et cet horrible sentiment de n’être que les jouets d’un gnome agité. Il n’y a plus ni liberté, ni égalité, encore moins de fraternité dans ce pays… Il n’ y a plus que l’envie de révolte, de justice. Les évènements ne m’ont pas calmé, ils ne font que me conforter : RESISTANCE ! Samedi, je serai encore dans la rue.

Ce n’est pas fini. Ca ne fait que commencer.

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