Il faut prendre le pli

C’est la période de fin d’année qui veut cela : à un moment ou un autre, le passage obligé, c’est le bureau de poste. On a beau, comme moi, être attaché aux valeurs du service public, on redoute tous un peu ce déplacement, avec son cortège habituel d’attente et d’agacement. C’est franchement pas évident du tout de gérer l’énervement de la clientèle et les mots souvent désagréables lancés à l’endroit des guichetiers isolés et dépassés…

Le bureau de poste ou j’ai mes habitudes vient de subir une rénovation impressionnante. Fini le guichet sécurisé ou il fallait crier pour être entendu, fini ce décor mêlant le suranné, l’empilement anarchique, le présentoir bricolé dans le cheminement et la porte automatique qui cisaille la file d’attente à intervalles réguliers… Voici le guichet «open», sans ce vitrage sale avec ses restes de scotch de 15 ans d’âge, des rayonnages droits comme au supermarché, et des automates dans tous les coins, et qui fonctionnent. Du premier coup d’oeil, l’impression est plutôt bonne, mais ce qui m’a interpellé le plus, c’est de voir la guichetière devant et non derrière sa banque, m’accueillir dès la porte franchie. Alors que je n’ai pas encore pu prononcer le rituel bonjour, je suis entrainé vers un automate dont le fonctionnement m’est décrit en 2 phrases et demi. Puis la voilà repartie, pressée d’accueillir un nouveau client comme moi redirigé vers une machine.

Ayant au départ prévu de passer une demi-heure dans le bureau pour envoyer un petit colis à un lointain neveu, je me suis posé tranquillement entre une affranchisseuse et un composteur de remise de chèque et pour voir le manège. Honnêtement, ça va un peu plus vite, vu que c’est désormais le client qui bosse. J’ai questionné l’agent à ce sujet, et entre deux aller-retours entre le guichet, la porte et un automate, elle m’a soufflé un lapidaire et désabusé «on apprend au client à utiliser les machines en le guidant. Quand il aura pris cette l’habitude, courant 2011, on supprima de manière invisible les emplois dans les bureaux…». La moitié de la France applaudit, l’autre n’arrive même plus à s’indigner.

Il n’y a pas de quoi faire un fromage de cette histoire, vue et revue, déclinée à l’infini sur tous les tons, partout dans le monde. Et bien si, justement, c’est bien de cela dont on parle le plus en ce moment à la Poste. Jugez plutôt l’histoire qui y circule : Flair, Flèche, Baluchon et Polochon sont quatre petites souris jamais rassasiées de… fromage, qui errent dans un labyrinthe, à la recherche de leur pitance quotidienne. Un jour, le fromage, «unique moyen de subsistance et condition sine qua non de leur bien-être», disparaît sans raison. La suite de l’article «La Poste et stress, purges et petits conseils managériaux», publié par Médiapart le 22 décembre en accès restreint, est téléchargeable ici au format pdf (vraiment désolé Monsieur Médiapart, mais ce sont pas des articles à cacher…), et vaut vraiment qu’on s’y attarde. Il décortique la nouvelle méthode de management, façon BD bien infantilisante, pour faire accepter coûte que coûte le changement. Exemple de maxime de ouf qui tue : «ce n’est pas avec de vieilles certitudes qu’on trouve le nouveau fromage», ou encore «avoir confiance en l’avenir même si l’on ne peut jamais savoir de quoi demain sera fait». Je n’ai qu’un commentaire à faire : si vous avez aimé la gestion de la ressource «humaine» de France-Télécom, ne coupez pas, on va vous en resservir.

«Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras» dit l’homme sage. Dommage qu’on ne l’écoute pas, qu’on ne l’entend plus. On lui préfère des hommes bien plus emblématiques, les voleurs… de fromage.

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Un coup de nabot pour les riches

Le Parlement vient d’adopter la Loi de finances pour 2011. Sa lecture reste un exercice des plus difficiles, mêlant endurance et résistance. Pour en saisir toute la substantifique moelle, il faut non seulement être sportif et disposer d’un cursus universitaire long comme le bottin, mais aussi résister au sommeil. Pour ma part, armé de mon Bac+0, donc avec un sérieux handicap, il a réussi à m’endormir plus rapidement qu’une cuillère de sirop antitussif.

Et pourtant, il y a bien des choses à apprendre dans ce charabia juridique, notamment que l’imposition des petites gens va encore augmenter. Peut-être un jour, je reviendrai sur ce point. Pour l’heure, je vais m’abstenir, car si je devais écrire quelque chose pour chaque promesse électorale non tenue, j’y passerais toutes mes nuits et mes jours, jusqu’à en perdre l’usage de la main…

Dans l’immédiat, ce qui a retenu mon attention, c’est la remise en cause d’une niche fiscale consistant en un crédit d’impôt pour les exploitations agricoles converties aux productions biologiques. C’est même un sacré coup de rabot : en un voyage, le copeau enlevé réduit de moitié une mesure mise en place par le fameux «Grenelle de l’environnement». Cela devait permettre de faire passer de 2 à 20% des surfaces agicoles la part cultivée en bio à l’échéance 2020. «Il faut l’aplomb du ministre de l’Agriculture pour oser dire qu’il défend les petites exploitations !», a déclaré le porte-parole de la Confédération paysanne. «Le crédit d’impôt était forfaitaire, qu’on ait 4 ou 100 hectares on pouvait recevoir jusqu’à 4 000 euros, donc c’était favorable aux petits». Pour la petite histoire, l’économie réalisée de la sorte est de 16 millions d’euros, soit moins d’un dizième du coût du nouvel A330 présidentiel… Une paille.

La mesure a le mérite d’être limpide. C’est un parfait contrepet (pied… 😉 ) fait au Grenelle de l’environnement, cette espèce de fantôme flasque et mou, constitué au départ déjà essentiellement par du vent. Il a rempli son office : occuper un temps quelques ténors plus ou moins verts et l’opinion en lui donnant suffisamment de grain à moudre pour masquer je ne sais plus quel scandale ou passage à vide du nabot. Adieu donc, veau, vache, cochon, couvée. On continue avec la chimie, la pollution, le petrole, et la finance… Jusqu’à extinction.

Les producteurs bio ne roulent pas sur l’or. Une reconversion coûte cher, très cher. Les prix, les rendements, le travail, tout est plus difficile, un vrai parcours de combattant, une réelle épreuve de volonté. J’en sais quelque chose pour les cotoyer toutes les semaines, sur les points de distribution de paniers de fruits et légumes en circuit court. Que des produits de ferme, pas de l’industrie, élaborés avec conscience et respect de la nature. Malheureusement, dans ce domaine comme dans bien d’autres, on applique le filtre libéral en vigueur : on coupe les ailes aux petits, on subventionne grassement les gros (10 milliards pour les céréaliers).

Et là, on est très clairement dans le travailler plus, pour gagner moins…

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La semaine des cadeaux

Bientôt l’heure d’ouvrir les petites et grandes surprises qu’on aura, chacun, préparé pour les proches avec une certaine frénésie. Dans quelques jours, ce sera la première de fêtes de fin d’année, que l’on passe traditionnellement en famille. Mais je dois bien l’avouer, je suis loin des réjouissances d’antan. Le contexte général nauséabond et mon état d’esprit actuel, assez proche de celui décrit par Agnès Maillard dans son monolecte, me pèse chaque jour un peu plus. Au propre comme au figuré, j’en ai plein le dos…

Pour ce qui est des cadeaux, l’année fut riche. On a vraiment été gâté, entre les lois liberticides, les enveloppes de Mamie Zinzin, les dérapages incontrôlés de ministres, les réformes de tout poils, il y en a de toutes les couleurs. Mais les plus imposants, il faut bien l’avouer, ne sont pas pour nous. Le plus gros de tous pèse 172 milliard d’euros. Voyons l’étiquette : de l’UMP pour le MEDEF, à moins que ça ne soit le contraire…

Bien que n’en étant pas destinataire, je déchire sans ménagement le papier brillant pour vous annoncer son contenu. 172 milliards d’euros, en 2009, année de l’effet maximum de la fameuse crise, c’est le montant total des niches fiscales qui échappent au budget de l’Etat. Parmi les grands bénéficiaires, les mastodontes du CAC40 : une société cotée sur 4 ne paye légalement pas d’impôt sur les sociétés (IS), les autres étant en moyenne imposées à hauteur de 8% au lieu de 33… Ainsi, Total, avec ses 13,9 milliards de bénéfices en 2008, 8 milliards en 2009, paiera 0 euros, peanuts, nada, au titre de l’IS, comme Danone, Schneider, Saint-Gobain, Suez, Essilor, ArcelorMittal… Sacré cadeau. Les quelques 400 niches fiscales concernent essentiellement les grandes entreprises, et assez inégalement les PME. Quant aux particuliers, ils peuvent tirer avantages de certaines mesures. Mais soyons honnête, pour ces derniers, cela ne représente globalement pas grand chose dans l’ensemble, mais ce sont ces niches là qu’on rabotte en premier…

Si j’étais aux commandes, je ferais quoi de 172 milliards par an ? Fillon a dit qu’il en fallait 100 immédiatement pour le déficit, on les lui donne volontiers ! Avec le reste, on sauve les retraites et la sécu, et il en reste pour construire dare-dare des logements aux sans-abris, le tout sans ponctionner les plus faibles, et aussi sans affaiblir les plus riches… C’est tellement facile.

Ces privilèges commencent à faire trop de vagues. Le bouclier fiscal est à terre. Une nouvelle réforme sur la fiscalité semble bien sur les rails, mais, à l’image du dossier des retraites, je doute fort qu’il en sorte vraiment quelque chose d’équitable. Participer selon ses facultés contributives aux charges de la société est un principe élémentaire, dicté par le simple bon sens. Le tout est de s’entendre sur le terme «participer», et non sur «facultés contributives». Et là, je crois qu’il y a vraiment du boulot.

Quelques jours de vacances me feront le plus grand bien. Bonnes fêtes à vous tous.

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Arrêtez d’emmerder les français

Ce n’est pas moi qui le dit. Ce cri du coeur a été lancé cette semaine par Jacques Myard, député UMP des Yvelines, déjà remarqué pour avoir proposé un internet nationalisé «à la chinoise» fin 2009. On pourrait se féliciter d’un tel éclat de voix : enfin un représentant de droite qui a les pieds dans la réalité quotidienne des français. Mais non. Cette réaction est celle d’un farouche opposant au système du permis de conduire à points, qui a voté jeudi à l’Assemblée Nationale, un texte visant à réduire la durée de 3 à 2 ans pour récupérer les points perdus sur la route. En clair, on emmerderait un peu trop les gens qui ne respectent pas les règles du code de la route…

Le permis à point a vu le jour courant 1992. Destiné à contraindre les automobilistes à plus de respect des règles en leur retirant des points à chaque infraction, ce système a incontestablement permis de sauver des vies. On peut évidemment y trouver plein de défauts, et relater de réelles injustices, mais on reconnaitra sans peine qu’il y a un grand besoin d’assagir le comportement de certains automobilistes. Comme tout règlement, le code de la route, à mon sens, n’est pas là pour «emmerder» le citoyen, mais bien pour permettre la cohabitation harmonieuse, dans le respect de chacun, de l’espace public. Je constate cependant que certains s’estiment supérieurs à ces basses contingences, donc non astreints aux règles communes de part leur situation, leur rang, leur travail, la taille de leur voiture, etc, ce qui leur donne le droit de commettre de petites infractions… Perdre son permis est évidemment grave. Mais avant d’en arriver là, le retrait de points devrait conduire le protagoniste à se questionner sur son comportement et l’inciter à corriger le tir. C’est tout de même pas difficile de lever le pied, d’éviter le sens-interdit, ou de patienter plutôt que de dépasser dans des conditions dangereuses…

Mais le choquant de l’histoire n’est pas là. Le fait qu’un élu de la république trouve qu’enfreindre un règlement n’est finalement pas bien grave, voilà ce qui m’interpelle. C’est donner un bien mauvais signe aux automobilistes qui vont considérer qu’ils peuvent à nouveau passer les limites. La triste réalité, la seule réalité, c’est 4273 morts en 2009. 4273 drames épouvantables engendrés par la bêtise humaine, qui ne sont la plupart du temps que la conséquence d’un comportement irresponsable et individualiste… Et cela ne calme absolument personne.

Myard n’est pas le seul dans cet exercice. Voter les Lois et ne pas s’y soumettre soi-même, c’est devenu la règle pour nos décideurs. Que dire très récemment quand un ministre de l’intérieur défend une grave manipulation de ses fonctionnaires, critique ouvertement les magistrats et commente contre toute raison une décision de justice ? Que dire des conflits d’intérêts, des enveloppes d’argent qui circulent sous le manteau, d’interventions pour intercéder sur des dossiers tordus et bizarres ? Quant au citoyen lamba, une garde à vue peut s’attraper pour quasi rien, en tout cas bien plus vite qu’une rente.

Il me vient un autre cri du coeur, mais je crains d’être accusé de plagiat.

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Mauvaise pente

Les temps sont durs. Des journalistes, amis pédophiles, ne cessent de mettre la pression et agacent. Un ex-footballeur s’occupe de finances, il neige en hiver, et le bouquet, les rues sont en pente. Mais le président et ses amis veillent. Pas de panique, pas de pagaille, tout glisse… Et quand les évènements risquent de leur échapper, il suffit juste quelques petits arrangements afin que tout rentre dans l’ordre.

C’est un peu ainsi que s’est déroulé, le 25 novembre dernier, une visite du chef de l’Etat dans l’Allier, au Maillet-de-Montagne, paisible bourgade d’à peu près 2000 âmes, bêtes comprises. Las de se faire chahuter à chacune de ses escapades en province, comme à Châtellerault ou Saint-Lô en 2009, le protocole a donc déplacé en nombre les forces de l’ordre, et mis au frais préventivement une figure locale connue pour son engagement syndical.

Frédéric Le Marrec, 42 ans, militant du syndicat SUD, a raté la visite présidentielle, fermement invité à prendre le café à la gendarmerie locale pendant 5 heures… L’homme est connu dans le coin, c’est une figure, un gaillard. Actif et déterminé, il a participé à de nombreuses initiatives durant le conflit sur la reforme des retraites. Mais c’est bien connu, un syndicaliste, c’est un sinistre personnage qui vient gâcher la fête avec ses slogans et ses questions stupides sur la crise que seuls les petites gens subissent, le chômage, les sans-logis, l’injustice, la misère… Ce qui lui a semble t-il valu les «égards de la république».

Le plus drôle, si l’on peut dire, ce sont les explications du Préfet. Interrogé par Le Monde, il a simplement déclaré que le militant «voulait se faire de la publicité dans le milieu syndicaliste» et a été particulièrement bien traité pendant sa rétention : «Le café que lui ont servi les gendarmes devait être bon pour qu’il s’attarde autant à la gendarmerie». Prenez-nous bien pour des idiots.

Je suis un peu écoeuré, là, de cette suite continue de mépris des Lois, d’arrangement de la liberté la plus élémentaire, de manipulations grossières, d’ignorance de l’Histoire, de basse vengeance à tout va pour exorciser quelques complexes devenus trop grands et trop lourds. Si le président trouve le pays hostile au point de placer un CRS pour 3 habitants à chacune de ses visites en province, tout en filtrant les «possibles» voix dissonantes, je lui conseille de rendre son sceptre et de commencer sa «dolce vita» dès à présent. Et à vous autres de lire, ou relire «Matin brun».

L’hiver va être long, ça glisse de plus en plus… vers la dictature.

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Looking for Eric

Descendre dans la rue, même avec des motifs des plus légitimes, c’est dépassé, c’est du passé. Le pouvoir n’entend la rue qu’au travers des urnes, et encore. Il faut donc trouver d’autres moyens de s’exprimer. Et dans cette société de l’ultra communication, ce n’est paradoxalement pas facile de trouver les bonnes formules. Mais apparemment, “King” Eric Cantona a trouvé un angle d’attaque intéressant, en tout cas suffisamment significatif pour que le monde de la finance s’en soucie, en proposant une révolution décalée.

« La révolution, aujourd’hui, se fait dans les banques : tu vas à la banque de ton village et tu retires ton argent. Et s’il y avait 20 millions de gens qui retirent leur argent, le système s’écroule. Pas d’armes, pas de sang, rien du tout, à la Spaggiari”. Vu comme cela, ça reste une sortie médiatique de plus pour le roi des rectangles verts, richissime résident d’un paradis fiscal sur une ile anglo-normande. On s’est naguère bousculé pour lui au stade pour des gestes hors du commun. On se rue maintenant à chacune de ses apparitions, dans la presse, toujours à l’affut de petites phrases sibyllines. Il est écouté, et il le sait. Et le ton a changé. Pour ATTAC, « cette initiative rencontre un écho certain auprès de citoyens atterrés de voir des plans d’austérité déferler sur l’Europe au motif qu’il faudrait rassurer les marchés financiers et sauver les banques« . Bien plus de 1000 milliards d’euros pour les sauver, mais rien pour la misère crasse, rien pour le social, rien pour les victimes du système, il y a de quoi révolter, même parmi les privilégiés.

Provoquer une panique bancaire, un “bank run” à la 1907, 1929, ou plus proche de nous, en juillet 2008 dans une banque californienne, pourquoi pas ? Mais pour que cela fonctionne, les mouvements d’argent doivent être significatifs, ce qui n’est pas possible. D’abord, la législation actuelle de limitation des retraits en numéraire empêche techniquement l’opération. Ensuite, dans ce maquis d’obligations monétiques, les banques se sont rendues indispensables, comment s’en passer au quotidien ? Enfin, question primordiale, pour retirer des économies, il faudrait déjà en disposer, ce qui là aussi, est loin d’être le cas. Pour beaucoup, l’exercice mensuel est de finir le mois à la dizaine, voire à l’euro près, en jonglant avec le découvert quand c’est possible. Et dans l’hypothèse utopique d’une déstabilisation du système, il y a fort à parier que les effets produits par cette nouvelle crise seraient d’abord ressentis par les petites gens. Pour les banques, c’est toujours gagnant-gagnant, même pas responsable, et jamais coupable.

Trois fois rien multiplié autant de fois qu’on voudra ne pèsera pas grand chose face aux fortunes qui dorment et font le socle et la richesse des banques. C’est un peu pareil en politique : le peuple pèse pas lourd. Quant au Roi Eric, je garde pour lui une grande admiration : pour le génial footballeur d’abord, mais surtout pour l’homme de caractère et de conviction, entier, sans concessions, sans compromis, surtout quand il s’agit de valeurs humanistes. Alors demain, j’irai retirer 200 Euros, et peut-être les 80 Euros euros qui me restent sur mon livret A. Ce sera mon acte de protestation du moment. Mon banquier ne faisant pas de cadeaux, même à Noël, j’irai les redéposer le surlendemain…

Pas le choix, où alors comme aux élections, entre la Peste et le Choléra.

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Non à la neige

L’hiver est arrivé un peu en avance et a déposé un épais manteau blanc sur Lyon et sa région jusqu’à immobiliser le mouvement habituel de cette ruche bourdonnante. Rarement l’agglomération lyonnaise a connu un tel état de blocage, comme celui constaté mardi 30 novembre. Et comme d’habitude, des commentaires acerbes n’ont pas tardé sur la gestion de l’évènement et sur la manière de fonctionner d’une certaine catégorie de personnels.

Et pourtant, mardi, Météo-France avait bel et bien prévenu de chutes de neige significatives à venir. C’est peut-être banal à dire, mais la neige en cette période, cela arrive, et quand c’est le cas, cela perturbe inévitablement le quotidien, de surcroit en grande ville. Toute la difficulté de la situation réside dans l’acceptation de la gène occasionnée, ce que notre société se refuse à faire, invoquant à tour de bras le “y a qu’à…”, le “faut qu’on…”, ou d’autres locutions bien plus imagées.

Dans son besoin de tout contrôler, l’homme n’accepte plus les contraintes naturelles. Il cherche invariablement à s’en affranchir, et quand cela ne marche pas, il veut des responsables, pointe les manquements, et crie au scandale à chaque évènement de Dame Nature. Quand il neige sans discontinuer à l’heure de sortie des bureaux, il est évident qu’il n’ a pas grand chose à faire. C’est pas de chance, c’est tout. Dire ensuite qu’on avait qu’à traiter préventivement les routes relève de l’ignorance, ou plus certainement de la mauvaise foi.

La véritable cause de cette grande pagaille, c’est bien le comportement individualiste des automobilistes. Par leur attitude, ils ont construit la nasse dans laquelle ils sont tombés sans peine. Tenter de gravir les pentes lyonnaises sans être équipé, c’est de l’irresponsabilité. Abandonner son véhicule en pleine voie de circulation, c’est de la bétise. Effectuer des manoeuvres insensées au mépris des règles élémentaires de sécurité, pour gagner une place, voire deux dans la file de véhicules, c’est consternant. J’ai beaucoup de mal à comprendre les plaintes et griefs dans de telles conditions, et accuser les fonctionnaires de ne pas avoir déneigé à temps, c’est injuste et surtout révoltant. La neige à Berlin, à Varsovie, ou à Moscou reste de la neige. La-bas, on s’y adapte, on ne circule plus, on modifie le rythme de ses activités. Pas à Lyon, où l’on s’obstine en toutes circonstances à conserver ses habitudes… en pure perte.

Aujourd’hui, toutes les activités humaines sont guidées par les “répercussions économiques” des décisions prises au point d’en devenir le centre de l’univers. C’est oublier qu’on est bien peu de choses face à la nature, et chercher à la dompter est invariablement voué à l’échec. A bien des égards, il nous faudrait réapprendre la patience, le calme, la maitrise de soi et le respect des autres. Que des valeurs durablement perdues.

Qu’attend Hortefeux pour proposer une Loi contre la neige ?

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