Les bleus voient rouge

La France est incontestablement en pointe. Nos bleus sont champions du monde, au point qu’un ministre, et non des moindres, propose à qui le souhaite d’exporter notre méthode et notre savoir-faire. La période actuelle est propice à ce genre de proposition, mais nos bleus sont fatigués, un brin désabusés, au point que 90% des membres d’une même équipe se fasse porter pâle jeudi 20 janvier.

Une compagnie entière de CRS sur le flanc, c’est pas banal. C’est peut-être la suite d’un repas en commun au fast-food du coin. Mais en creusant un peu, on constate un certain malaise qui n’a rien de gastrique dans cette corporation un peu particulière : un “bruit”, donc rien d’officiel, mais pas démenti non plus, parle de la fermeture de quelques compagnies, dont la CRS 46, stationnée sur les hauteurs de Lyon, à Ste-Foy. C’est à deux pas de chez moi, et je passe assez régulièrement devant le fort, en faisant mon jogging habituel.

La grande surprise pour ces “travailleurs de l’ordre” habitués à obéir droit dans leurs bottes avec le petit doigt sur la couture du pantalon, c’est l’expression de leur désapprobation… Ils découvrent qu’ils sont soumis aux mêmes méthodes que pour fermer une usine : aucune communication, aucun dialogue, des informations au compte-goutte. Rien de nouveau : on distille la rumeur menant aux incertitudes, à la peur, au malaise. Etant soumis à des règles strictes d’expression excluant notamment le droit de grève, il ne leur est guère facile de se plaindre. C’est donc les familles qui ont manifesté devant la caserne, avec gamins et pancartes.

J’ai été à deux doigts d’aller rejoindre les manifestants. Mais au dernier moment, je me suis demandé quelle mouche m’a piqué : aller soutenir les “cognes”, les “condés” ou “schtroumpfs” qui matraquent les infirmières et les ouvriers, qui détruisent les baraquements certes insalubres des précaires en saccageant le peu qu’ils possèdent, qui expulsent les étudiants des squats, pour beaucoup leurs seules possibilités de logement… sans parler de leurs agissements inadmissibles pour une démocratie, notamment envers la jeunesse dans “la souricière de Bellecour”, monumentale garde-à-vue en plein air un certain 21 octobre 2010, et puis quoi d’autre ? Soutenir des CRS dans leur “combat”, cela devenait complètement surréaliste.

Le bras armé d’une république devenue quasi bananière a des états-d’âme ? Qu’ils se débrouillent avec leur patron. Ils aiment la castagne, et l’ont prouvé à maintes reprises, en devançant les désirs de l’Elysée et du MEDEF, en envoyant la matraque plus que de raison pour casser du jeune, de l’étranger, du contestataire avec une constance et une abnégation à toute épreuve. Ils n’ont pas vraiment manifesté d’état-d’âme en rossant rétablissant l’ordre face aux salariés désemparés qui voient leurs vies professionnelles et personnelles anéanties, leurs retraites s’évaporer, et leurs enfants condamnés au chômage faute de pouvoir leur payer des études… Les voilà remerciés comme l’Etat sait si bien le faire. On va pas les plaindre non plus.

Pour ma part, depuis la page “réforme des retraites”, mon quota de solidarité étant passablement entamé, je me vois mal sacrifier davantage mon temps libre afin de partager leur peine de devoir se remuer la couenne pour aller caserner ailleurs. Ceux-là ne risquent pas de perdre leur boulot. Il a plutôt de l’avenir : les petites gens broyées par le libéralisme, ça court déjà les rues, et quelque chose me dit que c’est pas prêt de s’arrêter. Et si la France ne bouge plus, par manque de cran, par individualisme forcené, écrasée sous les lois sécuritaires, il sera toujours possible d’exporter nos “bleus” pour servir ailleurs… Les terrains de jeux ne manquent pas.

On annonce un peu partout que la crise est terminée. Une autre commence, bien plus grave.

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La dérive des continents

Un sentiment étrange me parcourt. L’actualité du moment s’emballe : déclarations, primaires, manifestations, révolutions, chômage, travail, développement, sécurité, riches, pauvres, récidivistes, etc… Les concepts s’empilent et s’entrechoquent; aux discours succèdent d’autres discours, où l’on trouve absolument tout et son contraire dans les phrases prononcées par notre grand manitou. Comme on dit à Tunis, c’est le souk. Et si nous vivions un moment charnière, un espèce de point de non-retour, un de ces moments de l’Histoire que nos enfants retiendront ?

Dans cet infâme brouillard, à la lecture des déboires mécaniques de Dame Monolecte et sa perception amère d’une société en décomposition, une petite lumière m’est apparue dans un commentaire d’un nommé Riyik, extrait que je vous livre ici :

Je suis personnellement très inquiet, depuis à peu près l’année 2002, c’est à dire après le 11 septembre, une date qui après Maastricht, avant le référendum européen, marque une attaque planétaire des Etats (le G20) contre la culture qui lui résistait le mieux (orientale) et contre ses propres peuples. Secousses qui se répercutent sur l’Algérie, la Tunisie et dont l’impact, de plus en plus visible, se manifeste sous la forme d’une surenchère fasciste dans toute l’Europe.

En somme, pendant que le continent africain entame une partie de dominos singulière, et voit certains de ses habitants s’organiser, se regrouper et se soulever dans un grand élan collectif pour chasser tyrans et profiteurs, l’Europe, elle, se tourne vers le passé en pensant y trouver LA solution.

Car c’est bien un retour en arrière qu’opèrent les sociétés occidentales modernes. Recul social d’abord, en dynamitant toutes les avancées nées des luttes et de vraies solidarités. Recul moral ensuite, en plaçant l’argent et le profit comme seule valeur universelle. Recul humain enfin, en dépersonnalisant la société, en individualisant absolument tout. Plus de responsables, plus de coupables, Pour gagner sa Rolex, il faut dorénavant marcher sur le voisin, ou crever… Peu s’en rendent compte, et personne ne bouge.

Dans ce jeu de poker menteur, les partis fascistes sont de plus en plus présents dans les “démocraties” occidentales et grignotent lentement mais surement les petits points qui les rendront demain incontournables. A peu près toutes sont impactées, Allemagne, Autriche, Italie, Belgique, Hongrie, etc… même les Etats-Unis avec leur tea-party.

En France, Marine le Pen se démène pour donner à sa machine de guerre une image lisse, respectable et policée, et reprendre à l’UMP les ouailles perdues en 2007. Le changement de ton, son discours, malheureusement, est de nature à attirer vers elle et le Front National bon nombre d’exclus, de pauvres gens, d’idéalistes, d’inconscients. J’ai bien peur qu’on revive un nouveau 21 avril, et qu’on ait vraiment à choisir entre la peste et le choléra.

L’Afrique brise ses chaines, et l’Europe se lie les mains. L’immigration va peut-être changer de sens.

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Le suicide, j’y pense

Dans le marasme actuel, la journée s’annonçait un peu mieux qu’à l’ordinaire. Une demi-journée de boulot à expédier les affaires courantes, puis un déjeuner réjouissant avec 2 très bon copains que j’avais un peu perdu de vue, suivi en après-midi de la réunion trimestrielle de tous les correspondants locaux de mon syndicat. Encore des copains, que l’on retrouve avec un certain plaisir à échanger, discuter, et partager… Autour d’une grande table, en attendant de déguster la traditionnelle galette des Rois, chacun raconte comment, dans son unité, on gère le quotidien.

La salle est petite, sans fenêtre, au sous-sol d’un bâtiment sinistre. Il n’y a pas assez de chaises, on se pousse pour que tout le monde participe. Les gobelets et le café circulent, et la secrétaire de la section a un peu de mal à se faire entendre. Chacun parle de la difficulté à exercer les missions, chacun rend compte de sa galère ordinaire dans le contexte actuel. “On a des consommables pour les imprimantes jusqu’en mai, pas plus…” s’écrie mon voisin de droite, “on croule sous les stats” fuse à gauche, “il n’y a aucune considération, ni de la hiérarchie, ni de nos politiques qui nous dénigrent ouvertement dans la presse…” renchérit-on un peu plus loin. Parmi les personnes affectées à l’accueil, les commentaires sont terribles : “on est devenu des assistantes sociales”, “on essuie des quolibets, parfois même des insultes”…

Rien de bien nouveau, en fait. Chacune de ces réunions finit invariablement sur le constat que la déliquescence des services financiers de l’Etat n’intéresse personne. On boit un coup avant de se quitter, on continuera à compenser avec sa conscience personnelle (pas professionnelle…) et voilà. Sauf que lors des échanges, on entend à l’autre bout de la table, une voix faible qui tente de couvrir les autres, qui tremble et lâche dans un hoquet “moi, j’en ai marre, j’en peux plus, aujourd’hui, le suicide, j’y pense”.

Le temps s’est arrêté, stoppé net, et une grosse boule m’a pris au ventre. Je n’arrivais même pas à regarder l’auteur du terrible aveu, partagé entre l’horreur de la réalité de l’acte, la compassion envers la détresse de la collègue, la honte de participer quelque part au bordel ambiant, mais aussi de révolte envers les décideurs qui réforment sans se soucier de l’humain et permettent que de telles choses arrivent. Parce qu’elles arrivent. Même au ministère des finances.

Les fonctionnaires ont toujours suscité bien des attaques eu égard aux incontestables avantages dont ils bénéficient, sans forcement aborder les contraintes tout autant réelles liées à leur situation. Mais depuis quelques temps, les coups de boutoir sont continus, permanents et particulièrement durs à entendre. On conteste actuellement aux fonctionnaires leurs statuts, leurs missions, on souligne leur coût pour la nation… On les traite d’incapables, de fainéants, pire, de profiteurs…

Mais ces mesquineries ne sont rien face aux amputations de moyens et aux réductions drastiques des effectifs, dont les effets se répercutent dans le quotidien des agents, dans les services, mais aussi au-delà… Dans la fonction publique, les agents, n’en déplaise aux plus virulents détracteurs, ont comme ailleurs, ni plus ni moins, une conscience personnelle et professionnelle et font leur travail bien au delà de leurs attributions. Ils n’ont pas besoin d’objectifs, d’évaluations, de normes ISO ou autres foutaises pour compenser quand les moyens sont retirés alors que la mission est inchangée. Il y existe, il est vrai, mais comme ailleurs et dans les mêmes proportions, des profiteurs, des parasites, des gens peu recommandables à tous les niveaux de la hiérarchie, et c’est cette image qui est produite aux citoyens. La seule constante de ce pays est sa propension à faire les amalgames .

La dernière raison du malaise se nourrit de la nature même de la mission fiscale, principale activité de notre ministère, dans son aspect redistributif : si chacun contribue à hauteur de ses revenus pour donner à l’Etat des moyens, des services publics et des dispositifs de solidarités sociales, il devient insupportable de constater les passe-droits et les magouilles des puissants sans n’avoir plus les possibilités de faire respecter la loi de la République. On s’acharne sur les petites gens pour le chiffre et les statistiques, on laisse filer le reste, avec l’impression insupportable que tout est cohérent, que c’est la volonté à peine voilée du pouvoir actuel. Il y a des moments, cela ne passe plus, on pète les plombs.

J’en suis toujours ébranlé, KO debout. Evoquer un possible suicide ainsi, c’est indescriptible.On me rétorquera que ceux qui en parlent ne passent pas à l’acte. Oui, mais non, ceux de France-Télécom ne sont plus là pour témoigner. On ne sait rien non plus des raison profondes d’un tel désespoir. La vie professionnelle occupe une grande place dans la réalisation personnelle, et le quotidien dans nos services, les réorganisations perpétuelles, le mode de management sont maintenant complètement de nature à casser n’importe qui. Même dans le secteur public. Quoi qu’il en soit, je n’arrive pas à retirer de mon esprit ce déchirant appel à l’aide, ce cri pathétique. Le problème, c’est que beaucoup de ces cris sont étouffés, quand ils ne sont plus audibles du tout.

L’idéal : placer l’économie au service de l’homme. Mais apparemment, on n’en a même plus besoin.

Courage Christiane, et à tous les autres.

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Nouvelle donne

Le monde a bougé. Quelque chose de totalement inédit vient de se passer. Dans cet environnement divers et complexe, où les équilibres étaient relativement stables entre les populations et leurs classes dirigeantes du fait des systèmes de gouvernance à base démocratique, la Tunisie vient de sortir brutalement ce monde de son ronronnement léthargique. Qualifié de modèle quasi-absolu sur de nombreux plans, ce pays vient de donner une grande leçon au monde : il est possible de prendre vraiment son destin en main en chassant du pouvoir ceux qui confondent intérêt général et intérêt particulier.

Mon propos n’est pas de revenir sur cette admirable révolution, mais plutôt de se demander si elle n’est pas le point de départ d’autres réappropriations du processus démocratique, d’autres formes de rappel de ce qu’est vraiment la démocratie.

Une chose est sûre. Si les Tunisiens avaient manifesté bien gentiment sur l’avenue Bourguiba, rien ne se serait passé. Rien. D’ailleurs, il ne se passe rien dans le monde. Partout, quels que soient les régimes politiques, les dirigeants dirigent avec fermeté, les financiers financent sans règles, les profiteurs profitent grassement, ces 3 fonctions pouvant être exercées invariablement par le même clan. Pendant ce temps, les peuples subissent les contraintes et survivent comme ils peuvent. Et quand ils agitent çà et là quelques velléités d’agacement contre leurs décideurs, la répression ne tarde pas. On vante partout la force et les vertus de la démocratie, on l’importe à grand coup de bottes dans des contrées lointaines. Mais on oublie un peu vite que pour se maintenir, même en démocratie, les pouvoirs quels qu’ils soient usent de méthodes pour le moins peu compatibles avec l’idéal démocratique. La privation de travail, le bridage des libertés, la généralisation de la précarité sont à juste titre ressentis comme des mesures d’une inouïe violence. Pour se faire entendre, les tunisiens n’ont pas eu d’autres choix que de se battre. Au sens propre. Il ne faut pas s’en cacher, c’est la violence et une détermination sans limite, au risque d’y laisser la vie, qui a fait basculer la Tunisie. Elle n’a fait que répondre à la violence institutionnelle, légale, machiavélique : pour les élites, “il s’agit de maintenir l’Etat, et de se maintenir en état”… Evidemment. Mais pas cette fois.

Malgré la multiplication des règles sécuritaires, de censure, de filtrage du net, et autres attaques contre les libertés, le tsunami politique tunisien montre qu’il est possible de reprendre ce que le peuple a donné lors des élections quand elles existent. Le pouvoir est dans la rue, il n’est que concédé pour une période précise. Coincé entre 2 états turbulents, la Tunisie fait plus que forcer l’admiration, et nous donne un nouvel exemple de sagesse et de dignité.

Et la démocratie française, dans tout cela ? Elle n’est pas très éloignée du “système Ben Ali” : affairisme en plein jour, conflits d’intérêts permanents, copinage et favoritisme affiché, ministres condamnés ou en passe de l’être, menaces et pressions sur les journalistes et les juges, restriction des libertés, surveillance du net, détournement de la voix des urnes (constitution européennes : on a fait revoter car le résultat n’était pas satisfaisant), passage en force de lois antisociales, vous ne rêvez pas, je parle bien de la France… Dire que c’est le pays des Droits de l’Homme qui a proposé ses CRS et leur savoir-faire en matière de maintien de l’ordre pour mater un peuple qui marche vers sa liberté…

Mais la vrai dictature, sans visage, glaciale, c’est celle de la haute finance avec ses marchés, ses bénéfices, ses bourses et sa belle crise. Cette dictature gangrène et se sert des démocraties, elle étrangle, elle brise les hommes et les sociétés qui lui résiste. Elle s’étend sans bruit dans le monde entier. Qu’a t’on vraiment à perdre de plus ? Après la Tunisie, quelques pays d’Afrique du nord s’agitent déjà beaucoup. Chez nous, c’est pour quand ?

En mémoire de Mohamed Bouazizi, mort le 4 janvier 2011 des suites de son immolation le 17 décembre.

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Fric, krach, gueule de bois, et après ?

Le reportage décryptant la folle histoire de l’économie mondiale lors des 50 dernières années a enfin été diffusé. Déjà programmé en novembre 2010, l’émission n’a pas fait le poids face au besoin de communication du pouvoir, le Grand Chef ayant exigé 2 heures d’antenne pour les besoins de son idéologie. Ceux qui suivent un tant soi peu l’actualité et les problèmes économiques du monde n’ont pas appris grand chose de nouveau. Mais la mise en perspective, partant des “30 glorieuses” jusqu’à nos jours fut intéressante. Et la recherche d’une conclusion optimiste a visiblement échoué. Pas très réjouissant.

Je passe sur le constat de l’évolution. L’homme est un redoutable prédateur, même envers ses semblables, et on reste scotché devant cet enchevêtrement de manquements à ce qui fait la différence entre l’homme et et le reste de la création : le discernement, l’analyse, l’intelligence… Comment de brillants esprits ont-ils pu se laisser aveugler de la sorte par une idéologie mortifère, au point d’en oublier le principal : l’homme ? Comment a t-on pu laisser un petit acteur de cinéma et une épicière faire plier le monde en brisant les solidarités issues de la seconde guerre mondiale ? Comment peut-on être fier de l’héritage que laisse l’idéologie libérale à l’humanité, en propageant la misère, en utilisant avec dextérité les peurs, plongeant les hommes de tous pays dans une précarité et un asservissement qui ressemble bigrement à feu l’esclavage ?

Le débat qui suit le film n’apporte rien, si ce n’est, dans son langage, l’expression de la haine qui submerge Xavier Mathieu, un ex-Conti. Bien qu’il s’en défende, il a très bien compris les tenants et aboutissants de la situation. Les images sont fortes, effrayantes même. Il a surtout compris et tenté de faire admettre à Alain Madelin, représentant sur le plateau du monde libéral, que c’est lui qui paye. Et cash. Lui, et toute cette cohorte de gens qui ne décident rien, ne maitrisent rien, même pas leurs propres destinées, ballottées comme des pantins selon l’endroit ou la main d’oeuvre est la plus “flexible”. En vain évidemment…

C’est bien beau ce film, ce constat, cette analyse. Mais cela ne sert à rien si on n’est pas capable de mettre quelque chose en face, pour limiter de manière acceptable tous les effets pervers. Le capitalisme, ou plutôt “les capitalismes” selon Daniel Cohen, est toujours désigné comme LE coupable absolu. Mais a t-on autre chose qui fonctionne à proposer ? Pour moi, la réponse est clairement non. Les autres systèmes ont plus que montré leurs limites : piètres économies, mais grandes tyrannies. Le grand responsable reste l’homme, orgueilleux, vaniteux, suffisant, ultra-individualiste… Seul l’homme est responsable. Il faut absolument remettre une part non négligeable « d’humain » dans le système. Même dans le capitalisme, un peu plus d’équité, de justice, de respect, cela doit être possible…

Le remède miracle n’existe pas, en tout cas pas dans les fondements prétendus démocratiques de nos sociétés occidentales. Le bulletin de vote ne sert à rien : ni Pierre, Paul ou Jacques ne résoudront un problème désormais mondial. Idem pour les mouvements de grèves, devenus sporadiques, et dont la possibilité finira par disparaitre des constitutions. Le problème est planétaire, la finance n’ayant pas de frontières.

Alors, on fait quoi ? “C’est vous et vous seuls qui trouverez la solution. Y a pas de sauveur suprême, y a pas de super-caïd, y a pas de Superman. C’est vous, prenez-vous par la main, sachez ce que vous voulez, demandez-le, voyons ce qu’on peut faire, et avancez ! Alors, ou on aura la crise, ou on sortira de la crise, et dans les deux cas, on aura ce qu’on mérite.  » C’était dit en 1984 par Yves Montand, dans une émission au nom évocateur : « Vive la crise ». Ce n’est donc pas en restant gentiment à la maison, devant sa télé, que cela va changer. Les grands argentiers et les richissimes profiteurs ne souhaitent que cela. Un jour ou l’autre, il va bien falloir serrer les poings, et prendre des risques.

Si tous les hommes du monde voulaient se donner la main…

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Raining stones

Il était un jeu que je faisais souvent, stupidement d’ailleurs, quand je galopais en culotte courte dans ma superbe cité toute neuve, celle même qui aujourd’hui détient le record des voitures brulées lors de la nuit de la Saint-Sylvestre. Avec quelques camarades, entre le toboggan, les bancs de pierre et un carré boueux dans lequel auraient dû grandir quelques plantes vertes ou colorées mais qui n’en ont jamais eu le temps, on lançait en l’air des cailloux pour voir comment ils retombaient. Les variantes, parce qu’il y en avaient, nous intéressaient beaucoup, mais fort heureusement, cela nous a passé, nos activités ont naturellement évolué…

Depuis quelque temps, j’ai remarqué que cette passion revenait à la mode : on lance en l’air, non pas un caillou, quoique, mais une idée, si possible la plus grosse possible, et on observe les ronds que fait l’impact dans la société. Les lanceurs sont tous issus du même sérail : l’UMP, à une exception près… il faut toujours des exceptions. Depuis 3 ans, à tour de rôle, ses sbires se sont relayés avec une belle constance : après les Roms, le code du travail, les profs, les chômeurs, les vieux, les barbus, les 35 heures, le caillou du moment s’appelle “l’embauche à vie des fonctionnaires”.

Le grand problème de ces grandes questions existentielles est qu’il divise profondément la société. A la limite, il pourrait y avoir débat. C’est toujours intéressant de débattre pour faire avancer les choses et évoluer dans une certaine harmonie. Mais pas dans l’environnement actuel, pas avec ce gouvernement là ! Les débats posés sont biaisés d’avance, les non-dits sont tellement bruyants, les objectifs tellement retords pour qu’il soit impossible de trouver le plus petit dénominateur commun. Les faits montrent que, depuis plusieurs années, les pavés volants s’abattent systématiquement sur les mêmes, ceux qui n’ont d’autres choix que de se contenter de revenus dérisoires, ceux qui subissent toutes les hausses mais pas celle du salaire, et fracassent sans bruit les protections sociales les unes après les autres. L’objectif est de précariser, pour rendre servile ceux qui osent encore résister au libéralisme le plus débridé.

La tête de turc, le sujet bien fédérateur du moment, c’est le fonctionnaire. C’est LE responsable idéal de la crise, du déficit, de la gabegie, de la bureaucratie, l’empêcheur de faire du fric avec rien, le pointilleux exécuteur des Lois de la République. Et s’il est bien exact qu’il applique les textes, il faut bien rappeler qui en sont les rédacteurs : le pouvoir législatif, les politiques, pas les fonctionnaires, du moins pas le cadre B et C… S’il est un privilège exorbitant de disposer d’une sécurité de l’emploi quand d’autres en sont dépourvus, le fait d’avoir un salaire mensuel à 6 chiffres face à tous ceux qui n’en ont que 4, voire 3 l’est tout autant. Mais dans ce sens, il n’y a personne pour souligner l’augmentation continuelle, disproportionnée et injustifiable en période de crise des écarts.

Dans la présente polémique, l’instigateur semble oublier beaucoup de choses, notamment qu’un fonctionnaire peut déjà être renvoyé dans ses foyers, quelques miens collègues en ont fait les frais. En outre, les lois telle la Loi Organique relative aux Lois de Finances (LOLF) et la révision générale des politiques publiques (RGPP) préparent bien le terrain. Un des grands principes de la LOLF est de supprimer tous les moyens d’une mission, y compris les moyens en personnel, si les objectifs de la mission en cause ne sont pas remplis. Quant à la RGPP, la mobilité est actée, au point que son refus se traduise par une mise en disponibilité sans traitement, un doux euphémisme pour exprimer un renvoi pur et simple. A titre personnel, il est évident qu’en me proposant un poste d’aide infirmier dans un hopital psy, de gardien de la paix en région parisienne, puis de maton à Fresnes, je deviendrai “de facto” chômeur, de surcroît sans indemnités. Pour l’instant heureusement, le statut des fonctionnaires empêche la pleine application de ces directives. Mais pour combien de temps encore, car les attaques sont de plus en plus nombreuses, de plus en plus rapprochées.

En étant encore plus fin, je suis intimement convaincu que la mobilité des hauts fonctionnaires, qui du reste existe déjà (dont le passage public-privé, et inversement), va vraiment leur profiter, surtout en terme de rémunération. Mais pour un cadre B ou C, il n’y a rien à gagner, il ny a que des contraintes fortes et coûteuses, rien qu’en terme de logement. Normal, la règle est faite par et pour l’administration, par et pour les cadors.

D’autres attaques pointent, d’un bien nouveau genre : la mise en cause personnelle. Quand certains agents publics constatent des malversations particulièrement gravissimes comme Philippe Sion relatés dans son wikileaks 13 ou Gérard Filoche, ancien inspecteur du travail, qui passe à nouveau devant la justice ce mardi 11 janvier pour avoir chatouillé un peu trop des employeurs indélicats, ils deviennent la cible des puissants jusqu’à risquer leur vie… Pour Philippe Sion, agent du Conseil Général de Bouches-du-Rhône, en tenant compte du contexte très local, cette tentative de suicide ressemble bigrement à une exécution ! Courage, mon gars.

Pour revenir aux cailloux, il convient maintenant de faire attention aux trajectoires. Elles pourraient bien se retourner sur les lanceurs en 2012, et peut-être avant : les pavés ont souvent été les pierres angulaires des grandes révoltes, et pas mal de sociétés frissonnent…

Vous le savez maintenant, je suis un admirateur de Ken Loach.

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Mauvaises et bonnes résolutions

Une nouvelle année commence. Un calendrier à remplacer, quelques bonnes résolutions, peut-être un nouveau départ, mais en fait, rien ne change. Ou presque, le train-train continue. Ce qui m’a stoppé net cette semaine est un reportage télé sur un nouveau logiciel pour espionner son ou ses salariés dans leur utilisation de l’outil informatique sur leur lieu de travail.

Pour vous faire une idée du “bidule” je vous renvoie directement sur l’excellent billet sur le sujet de Korben, comme d’habitude. Comme l’essentiel des fonctionnalités sont maintenant assimilées, la question que je me pose est de savoir qui a besoin d’un tel outil. Dans le reportage, l’homme interviewé, visiblement un cadre, dans des locaux de bureaux, explique que ses subordonnés jouent, visionnent des films ou vaquent à des occupations pas forcément professionnelles… et qu’il veut en être informé. Comme il n’y a aucune indication de lieu, tout laisse à penser selon le cliché à la mode, que de tels agissements ne sont possibles qu’à la SNCF, La Poste, à l’EDF ou au Trésor Public… Et bien surprise. La démonstration est faite dans une petite entreprise, une force vive, une de celle qui participe à la grandeur du secteur privé, dont les salariés travaillent et se donnent sans compter. Une de celle aussi qui braille à tout va sur les charges monumentales qui ne sont destinées qu’à alimenter les privilèges des salariés de la fonction publique, payés grassement à ne rien faire toute la journée. Je vous avais prévenu : cliché.

Vous le savez, je suis informaticien au Trésor Public. Dans cette administration, pas besoin de mouchard car l’accès au Net est plus verrouillé que le coffre d’une perception. Donc, pas de .avi, de .mov, de .mp3 ou autre .wmw, pas de .pps non plus… On a accès au site du Figaro ou aux horaires des vols d’Air France, mais pas sur des sites banals de documentation… On peut toujours demander, mais avec la réorganisation des services et la politique d’économies , il faut être très patient, et anticiper un refus. Plutôt que de surveiller, on a préféré interdire. Purement et simplement. Les solutions techniques sont simples, et je ne peux m’empêcher de penser que si les entreprises sont prêtes à lâcher près de 1000 euros par ordinateur pour un tel mouchard, c’est qu’elles ont bien des marges de manoeuvre, en tout cas bien plus qu’elles ne le disent…

2011 est ainsi dans la continuité de 2010. Parmi les grandes résolutions de la bande du Fouquet’s, on trouve en bonne place la surveillance et le contrôle de la population. 30 millions d’Euros pour la vidéo-surveillance, 1000 nouvelles caméras rien que sur Paris, Hadopi, Loppsi2… N’en jetez plus, la cour est pleine. En période pré-électorale, c’est un sujet qui a payé.

Pour ma part, puisqu’on parle de bonne résolution, après 29 années de bons (c’est un peu à mon employeur de le dire…) et loyaux (ça, c’est incontestable) services auprès de mon employeur unique, j’ai décidé désormais de cesser toute initiative, tout avis ou réalisation technique, toutes ces tâches ô combien intéressantes mais pour lesquelles je ne suis pas rémunéré, et qui ne ressortent pas des fonctions professionnelles que l’on m’assigne. Je vais désormais m’en tenir aux strictes procédures, aux lourdeurs administratives dont je m’affranchissais chaque fois que possible. Je vais aussi subir sans broncher les choix opérés en dépit du bon sens, par frousse, ignorance, ou plus encore. Cela m’évitera profitablement des sempiternels conflits avec la hiérarchie, et de bien d’énervements que je ramenais le soir chez moi… Comme résolution, ça a de la gueule non ?

Depuis 29 ans, je vais enfin être… fonctionnaire.

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Bonne année, pour qui ?

On a changé d’année, de décennie même, et pour ma part, le bilan va être vite fait : je ne vais pas pleurer 2010… J’y ai pris quelques coups de pieds au cul, des coups de poing dans la gueule, pas mal de gaz, tout en me faisant consciencieusement tondre le peu de laine qui me restait sur le dos. J’ai des bleus partout, surtout à l’intérieur, mais je suis toujours debout.

Un peu partout, on voit s’afficher des bilans, on entend des commentaires et des perceptions des évènements certes différentes selon les sensibilités, mais une constante demeure : la pauvreté et les inégalités en France et dans le monde n’ont jamais atteint de telles proportions. La vue de quelques chiffres concernant les profits des firmes multi-nationales, le coût des différents conflits armés et des plans de sortie de crise dont la finalité est toujours de servir des intérêts privés, ça ne peut que faire bondir, surtout quand on se rend compte que cela permettrait d’éradiquer la misère, la maladie et la faim dans le monde 10 fois…

On a fait le voeu pour moi d’être plus pondéré dans mes réactions face aux grandes injustices, face aux manquements manifestes de nos dirigeants. En somme, il faudrait se taire, boucher les écoutilles, laisser glisser, rester sans réaction. J’aimerais bien. Sincèrement. Mais en ce moment, je n’y arrive pas. Je fais plutôt un voeu pour que le peuple retrouve de la voix, une conscience, et reprenne son destin en main en se réappropriant le pouvoir pour le distribuer à des gens responsables et respectueux des règles de fonctionnement de la société. «Le respect de la loi est intangible et on ne la bafoue pas» a t’on récemment entendu. J’aimerai aussi qu’on ne l’adapte pas à ses besoins personnels, qu’on n’entrave pas la justice, qu’on ne menace pas les journalistes, qu’on ne stigmatise pas telle ou telle communauté, etc, etc. En bref, qu’on soit simplement au service du peuple… Ce serait déjà pas mal non ?

Je vous souhaite une heureuse nouvelle année, pour vous et tous vos proches, qu’elle vous permette de réaliser toutes vos utopies, mêmes les plus folles.

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