C’est quand que ça chauffe ?

Pas de doutes, la France s’est replongée dans sa léthargie coutumière. Chacun est retourné dans son coin, le responsable politique dans sa tour d’ivoire, le français moyen dans sa torpeur quotidienne qui consiste à se demander à quel nouveau sacrifice il va falloir bientôt consentir… La France a voté et transmit un message que personne parmi les décideurs n’écoute, obnubilés qu’ils sont à droite par une idéologie mortifère qui place la rentabilité au dessus de toute autre considération, et à gauche par le refus de prendre en compte des faits de société actuels, ce qui poussent notamment nombre de français à se détourner de la politique ou à glisser vers le FN.

Le quotidien d’après les cantonales n’a pas changé de celui d’avant. Chaque semaine apporte son lot d’étonnement devant les étiquettes du supermarché, devant le prix des fruits et légumes pourtant essentiels, de la viande, du poisson pas encore irradié, des pâtes et du lait… Mais le plus douloureux reste bien celui de l’énergie. Eric Besson vient de démentir les velléités d’EDF d’augmenter le tarif applicable aux particuliers d’environ 30% d’ici 2015 pour faire face aux investissements liés au renouvellement des centrales vieillissantes et à la modernisation du réseau de distribution jugé vétuste. Bizarre d’ailleurs cette incapacité à investir quand on est une entreprise jouissant d’un absolu monopole, et très largement profitable (3,9 milliards pour 2009, 1 milliard pour 2010). On sait bien la valeur de ce genre de démenti : ces augmentations finiront par se faire. Pour le gaz, c’est demain : +5,2 %, soit une augmentation de 21 % en une année, de plus de 60 % depuis 2005… et je ne parle pas de celui du fioul et de la gazoline.

Ah, si mes revenus ne grimpaient que du dixième de ces valeurs annuelles, je serais aux anges. Du coup, hier soir, je me suis amusé, le mot est assez mal choisi en fait, à comparer l’évolution de mon salaire par rapport à l’inflation «officielle». J’ai compulsé mes fiches de paye depuis 10 ans, ce qui donne le constat suivant :

Année Variation du
salaire brut
Inflation Résultat
2000 + 0,5 % le 1/12 + 1,70 % – 1,20 %
2001 + 0,5 % le 1/05 + 1,70 % – 0,70 %
+ 0,5 % le 1/12
2002 + 0,6 % le 1/03 + 2,20 % – 0,90 %
+ 0,7 % le 1/12
2003 rien… + 2,20 % – 2,20 %
2004 + 0,5 % le 1/01 + 2,10 % – 1,60 %
2005 + 0,5 % le 1/02 + 1,80 % =
+ 0,5 % le 1/07
+ 0,8 % le 1/11
2006 + 0,5 % le 1/07 + 1,60 % – 1,10 %
2007 + 0,8 % le 1/02 + 2.60 % – 1.80 %
2008 + 0,5 % le 1/03 + 2.80 % – 2,00 %
+ 0,3 % le 1/10
2009 + 0,5 % le 1/07 + 0,90 % – 0,10 %
+ 0,3 % le 1/10
2010 + 0,5 % le 1/07 + 1,80 % – 1,50 %
2011 déja annoncé : rien prévu à
+ 1,8 %
– ? %
2012 déja annoncé : rien + ? % – ? %
2013 déja annoncé : rien + ? % – ? %
résultat – 12,90 %

Depuis 2000, c’est 12.9 % de salaire brut en moins, sans parler de «l’invisible» passage à l’Euro, plus par-ci, plus par-là, qui finit par faire moins partout ! C’est clair, dans la vraie vie, on est très loin de la communication officielle. Je vous laisse tirer les conclusions qui vous plairont. En tant que fonctionnaire, donc privilégié, donc nanti, j’ai pleinement conscience qu’il y a largement pire… mais quand même. On entend gronder et se plaindre de partout, mais à peine un électeur sur deux s’est déplacé dans les isoloirs, et nous ne sommes qu’une poignée dans la rue pour manifester notre opposition quand le besoin s’en fait sentir. Il faut croire que la France est depuis longtemps irradiée, sourde et aveugle, endormie assez profondément pour ne plus réagir que par réflexe mou. Même quand on est appelé à voter.

Ils ont raison, on est encore bien trop riche.

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Dans 13 mois, on remet ça

Les urnes sont closes depuis longtemps, les bureaux rangés, le matériel remisé. Les analyses paraissent : chaque camp a gagné. Les candidats élus sont heureux, et remercient une dernière fois tous ceux qui leur ont permis ainsi de passer ou de rester dans un autre monde. L’électeur, lui, retourne à son quotidien, banal, difficile, oppressant, angoissant. Les belles paroles, les engagements, les promesses, c’est déjà fini. La sentiment d’avoir fait son devoir dans la plus grande démocratie du monde s’estompe vite, très vite, pour faire place à l’indignation d’être constamment oublié par ceux qui briguent suffrages et honneurs…

Ca fait longtemps que je suis envahi par cette impression bizarre et détestable de n’être caressé dans le sens du poil que lors des échéances électorales. Mais ce dimanche, ça a même été à la limite de la nausée, devant ma télé, en regardant l’excellente émission qui suit le journal télévisé de 13 heures sur France 2. Le sujet évoquait l’assassinat de Georges Besse, alors PDG de Renault, par Action Directe, un groupuscule révolutionnaire et anarchiste connu pour son action violente et ultra-radicale…

A partir de là, le reportage plonge dans l’Histoire, et revient sur le parcours de Georges Besse. Polytechnicien, ingénieur des mines, il y est montré comme l’un des pères du nucléaire français. Mais on y distingue également toutes les turpitudes sur les montages financiers, et l’apport de l’Iran comme actionnaire et client dans Eurodif, société fondée par Besse, permettant l’enrichissement de l’uranium sur le site du Tricastin dans la Drôme. On y distingue également comment la France, après une révolution populaire et le renversement du Shah, après avoir hébergé et soutenu un sombre Ayatollah, a fait volte face et n’a respecté aucun des engagements auxquels elle était tenue. Elle a même armé puissamment l’Irak de Saddam Hussein, alors très respectable, dans un conflit de longue haleine avec l’Iran. Une aubaine.

Le retour de bâton ne s’est pas fait attendre. Le reportage montre des personnalités, Pompidou, Chirac, Giscard, Barre, Mitterand, Fabius, Dumas, Rocard, Pasqua, encore Chirac et quelques autres, tous parfaitement au fait des choses, balançant fadaises et langue de bois au sujet des otages, des attentats qui meurtrissent le cantonnement des troupes françaises au Liban et ensanglantent sauvagement Paris à intervalle régulier. Tous, avec leurs gueules de circonstance, feignant l’abattement, déplorent et jurent devant le peuple leur détermination à punir les poseurs de bombe… Pendant la terreur qu’ils ont eux-même sciemment provoqué, nos grands hommes, Chirac en tête, en ont même profité pour prendre quelques lois bien liberticides. Pour notre bien…

La suite ? La France manoeuvre, négocie et finit par payer sa dette, et récupère du coup ses derniers otages entre les 2 tours du scrutin présidentiel de 1988. Elle est également contrainte à livrer le précieux uranium, mais en cas de difficulté ou de mauvaise volonté, les hostilités peuvent reprendre sans préavis. Ce n’est pas pour rien que tout récemment, de nouveaux otages sont pris, notamment au Niger, curieusement là ou Areva, exploitant d’Eurodif, extrait de l’uranium… De petits soucis de livraison peut-être. Entre temps, on apprend qu’Action Directe a été tout simplement utilisé, commandité par l’Iran, pour éliminer le Général Audrand et Besse… Tant pis pour eux. Fin du reportage, fin du cauchemar.

Je pense aux otages d’hier et d’aujourd’hui, à leur proches, et à toutes les victimes des attentats ignobles, morts ou blessés à jamais, dans leur chair, mais surtout dans leur esprit, par la faute inexcusable de la classe politique dans son entier, par son affairisme, son besoin continuel de se montrer, par son absence absolue de la plus élémentaire clairvoyance. Quand je parle de nausée, le mot est faible. En ce jour d’élection, et dans 13 mois à nouveau, il va falloir choisir un homme ou une femme qui va présider aux destinées du pays. Il va falloir choisir un type qui, en pleine connaissance de cause, aveuglé par la lumière du pouvoir, les mains dans le sang jusqu’aux coudes, vend des armes aux tyrans et crie au fou quand il les utilise…

Je n’en peux plus de cette politique abjecte, je n’en peux plus de ces hommes corrompus jusqu’à la moelle. Se rendre compte qu’on vote depuis 30 ans pour ce genre de sinistres personnages m’a rendu malade toute l’après-midi. Le rejet absolu de ce grand gâchis humain ne me conduira jamais à voter FN, ni à m’abstenir quand on me demande de m’exprimer. On a 13 mois pour faire passer le message : fini, basta, on ne veut plus jamais de cela. Mais j’ai déjà l’impression de prêcher dans un désert.

Le même ou se trouvent Hervé, Stéphane, depuis 454 jours, et les 4 restants du Niger, depuis 6 mois. Je pense à eux.

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Billet de l’isoloir

Je n’ai pas voté ce dimanche, mon canton n’était pas renouvelable. Si j’avais eu à le faire, je serais resté longtemps dans l’isoloir à me gratter la tête, non pas sur qui voter mais pour quoi voter, tant le choix est lourd de conséquences. J’ai suivi le «spectacle électoral» dès la fermeture du scrutin, assez heureux de ne pas avoir eu à y participer. Voilé par des écrans de fumée d’origines diverses et variées, le message, à droite comme à gauche, me laisse perplexe, et montre, s’il en était besoin, la profondeur du calcul des appareils et le grand écart existant entre les citoyens et leurs représentants.

Le conseiller général (et non le cantonnier…) est, comme les conseillers municipaux, un élu de terrain, celui qui est amené à se prononcer sur des sujets locaux, sur le quotidien immédiat de chacun. Mon cantonnier à moi, à part une apparition sur le marché il y a 3 ans, juste avant les élections, je ne l’ai jamais vu, et, à moins de dépenser beaucoup de temps et d’énergie, le bilan de son action est difficile à trouver, donc à juger. C’est d’ailleurs pareil pour mon conseiller régional et mon député, sauf que pour ce dernier, il aura fait valoir ses droits à la retraite à un âge ou il me restera 10, voire 15 ans à trimer, si j’ai encore du boulot. Mes attentes, mes besoins, clairement et tous autant qu’ils sont, ils s’en foutent royalement.

Pour le commun des citoyens, ça commence sérieusement à bien faire, et ce n’est pas nouveau. Comme le choix n’en est plus un, l’électeur en mal de représentant finit par ne plus s’intéresser aux institutions, par ne plus se déplacer aux urnes, ou par sanctionner, et proteste, vraisemblablement par un vote extrême, le seul qui peut faire du bruit et secouer la société…. Le monde politique globalement, dans ses analyses, en convient, mais ne change aucunement son discours, il n’y a aucune remise en cause, aucun questionnement sur leur attitude, leur positionnement, leur idéologie. Pire, on tente même purement et simplement de siphonner les voix en rendant le discours politiquement correct, donc acceptable, «digérable».

L’électeur n’en peut plus des manœuvres d’une classe dirigeante qui a rendu l’intérêt général très particulier, composée d’individus aux ordres d’appareils idéologiques experts en langue de bois. Il ne supporte plus le double langage ambigu et dangereux des responsables de droite et de gauche, incapables de parler chacun dans leur camp d’une manière claire, sincère et respectueuse du mandat que leur confie le peuple, sans voix dissonantes et coups de boutoir d’égos surdimensionnés. Impossible d’aborder un second tour unis à gauche, impossible d’avoir une vue précise de l’attitude à adopter à droite dans les circonscriptions ou le FN sera présent en lieu et place de l’UMP, impossible d’appréhender simplement les raisons d’une déroute électorale…

L’attitude des hommes politiques semble ne répondre à aucune logique autre que le calcul et le profit immédiat. Ainsi, pour exister enfin, Notre Saigneur, n’a pas hésité une seconde, s’agitant comme à l’école maternelle pour être le premier à reconnaître le Conseil National Libyen contre tout usage en la matière et à dérouiller le chef d’Etat libyen 2 ans après lui avoir déroulé le tapis rouge et cédé à tous ses caprices les plus extravagants alors que sa nature de despote sanguinaire ne faisait aucun doute depuis longtemps. L’homme de la rue, dans l’isoloir ou ailleurs, en a assez, vraiment assez. Le tremblement politique reste mesuré, mais en 14 mois, la vague peut se creuser considérablement. Gare à ceux, de tous bords, qui ignorent ces signaux.

C’est le printemps. Pourtant, les nuages bruns s’amoncellent.

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Double peine

La Libye vient brutalement de repasser sur le dessus de la pile de l’actualité mondiale. Eclipsé par le rayonnement de la catastrophe japonaise, le difficile combat d’un peuple luttant pour sa liberté a connu cette nuit un nouveau tournant. Désormais, par le vote de la résolution 1973 par le Conseil de sécurité de l’ONU, l’usage de la force est possible pour protéger la population civile des exactions de son dictateur, en passe de reprendre la main sur l’intégralité du territoire libyen. Une résolution bien tardive pour être efficace.

Sur le terrain, la répression envers les mutins est sanglante et criminelle. Kadhafi a regagné le terrain perdu. Il lui suffit de terminer le travail à Benghazi, dernier carré de résistance. Dans ce contexte, les atermoiements des démocraties occidentales ont considérablement servi l’ubuesque bédouin. Toutes se sont lancées dans de pompeuses considérations, dissertant sur le mérite du peuple libyen à conquérir enfin le plus beau des principes humains, la liberté. Beaucoup ont fort opportunément encouragé, de près ou de loin, cette volonté farouche de s’émanciper, de prendre son destin en main quand Kadhafi était à terre. Mais le fantasque dictateur s’est vite relevé et a fait donner la troupe sans ménagements, encouragé par l’inaction et le soudain silence de la communauté mondiale, occupée à regarder ailleurs les vagues et à surveiller les nuages potentiellement radioactifs.

En fait, cette résolution reste avant tout symbolique. A la manoeuvre, on trouve principalement la France, les anglais et la ligue des pays arabes. Elle permet ainsi d’exonérer les puissances occidentales de leurs responsabilités, se prémunissant notamment contre les reproches de n’avoir rien fait après avoir consciencieusement soufflé sur les braises…. Elle est surtout trop tardive. Elle intervient après d’interminables rencontres et palabres à répétition, où de nombreuses oppositions se sont manifestées. Pendant ce temps, les libertaires libyens battaient en retraite un peu partout, en passe d’être quasiment écrasés. Mais en l’absence de la Chine, de l’Allemagne et de la Russie qui se sont abstenues, des Etats-Unis déjà englués ailleurs, on ne voit pas trop qui va mettre la main à la poche pour mobiliser les moyens militaires nécessaires à la mise en oeuvre de la résolution. La France doit déjà se débattre pour payer son déficit abyssal et éviter la dégradation de sa note sur les marchés. Déployer avions et logistique reviendrait à gratter encore plus le fond d’un bas de laine vide et usé jusqu’à la corde, ce que beaucoup, en période de vaches anorexiques, ne comprendraient pas.

Ce qui est depuis longtemps incompréhensible, c’est le soutien inconditionnel que la France a manifesté au dictateur, tantôt clown, tantôt terroriste, pourvoyeur de pétrole (un peu moins de 10% de son approvisionnement), également client potentiel de plein de choses mais resté depuis longtemps à l’état de «potentiel»… Alors, si l’attitude de l’homme de la rue envers le mutin libyen peut paraître un rien égoïste, elle n’est rien à comparer de la double peine que leur inflige nos vaillants ministres et parlementaires de l’actuelle majorité, n’hésitant pas à remettre dans un bateau ceux qui, au péril de leur vie, ont ou vont franchir la méditerranée pour échapper à la vengeance barbare d’un fou dangereux notoire…

Chacun chez soi, et les moutons seront bien gardés.

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A l’est, du nouveau ?

En congé depuis plusieurs jours, je suis inhabituellement scotché à ma télévision, à scruter une chaine de publicité d’infos en continu pour suivre les tragiques évènements qui frappent durement le pays du soleil levant. Il n’y a là aucun voyeurisme de ma part. Cette monstrueuse catastrophe, tant préparée, tant redoutée par un peuple responsable et solidaire dans l’adversité, ou plutôt ses conséquences, pose de nombreuses questions. Le plus choquant au fond, c’est qu’en France, donc très loin du Japon, beaucoup de politiques, spécialistes, consultants, journalistes, tous savent mieux qu’ailleurs, ce qui se passe, et plus fort encore, ce qu’il faut faire.

Une catastrophe à plusieurs facettes s’est déroulée en direct : un tremblement de terre d’une intensité à peine croyable provoque un tsunami lui-même hors proportion, qui noie absolument tout, y compris des centrales nucléaires construites sur le littoral… Les dégâts sont tels que le seul fait de se rendre sur place est tout simplement inimaginable. Dans ces conditions, les seules informations dont disposent les journalistes et envoyés spéciaux viennent des institutions locales, du gouvernement japonnais. Or l’information, il faut bien le reconnaitre, est distillée au compte-goutte, quand elle arrive.

Pas d’informations donc, ce qui n’empêche pas toutes les télés de tenir l’antenne sur le sujet pendant des heures, des spécialistes succédant à d’autres spécialistes, commentant dans le vide, supputant, d’hypothèses en conjectures, au vu d’explosions filmées au téléobjectif à 10 kilomètres… Visiblement, cela ne gêne pas nos ministres toujours à la pointe quand il faut occuper la scène médiatique. Besson le spécialiste, NKM en fossoyeur du «grenelle de l’environnement» et Guaino le bleu connaissent bien le sujet. Ils excellent surtout en «comm». L’état du confinement, des cuves fissurées, des coeurs en fusion, une possible maîtrise du refroidissement ? A cette heure, et depuis le 11 mars, on n’en sait toujours rien du tout. On ne sait rien, mais on la ramène sans cesse…

La seule chose incontestable car mesuré, c’est la montée locale de la radioactivité, comme l’est tout aussi réelle la peur suscitée par le sujet aux antipodes de la catastrophe. Et si pareille chose arrivait en France ? Comme la technologie, la géographie et le contexte sont radicalement différents, on finit par comparer des choux et des vélos, et la question dérive en démagogie galopante entre anti et pro nucléaires. Incontestablement, le nucléaire est une bombe solution qui reste dangereuse, mais qui surtout, par ses déchets, lègue aux générations futures une autre bombe, à retardement, ce dont personne ne parle, et dont se fichent bien les exploitants actuels… Le problème est qu’on a tout fait pour n’avoir aucune autre solution pour notre production électrique.

Les centrales sont là. On ne pourra les effacer d’un coup de gomme dans le paysage. Même s’il est un peu tôt pour tirer des enseignements des déboires des centrales japonaises, on ne pourra continuer à ignorer les risques ou à les évaluer comme acceptables. Les japonnais avaient tout prévus, séismes ET tsunamis, ils sont les plus avancés de tous en la matière. Voilà le résultat. En France, il n’y a pas de risques, même sur les centrales mise en exploitation il y a presque 40 ans…

On ne fera pas l’économie d’un débat sur la transparence de l’information et sur la filière nucléaire toute entière. Dotée d’une puissante armée de lobbyistes, l’omerta sur le sujet, en France et ailleurs, est légendaire. C’est maintenant aux citoyens de décider. Et à eux seuls. Selon les principes démocratiques en vigueur, il devient indispensable que le peuple se prononce souverainement et en pleine connaissance de cause sur la poursuite de la production électrique nucléaire. Dans le cas contraire, il faudra immanquablement réfléchir sur l’évolution des modes de vie pour réduire l’impact énergétique et l’adapter en fonction des possibilités des systèmes de production renouvelables, parce que tout simplement, on ne peut continuer comme cela, à disperser et gaspiller ainsi les ressources. C’était, il me semble, un des rôles du grenelle de l’environnement. Balayé lui aussi.

Décidément, l’environnement, ça commence à bien faire

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Gagnant-gagnant

Une scène de liesse, ces temps, c’est suffisamment rare pour être souligné. Sur un plan assez serré, on voit des gens, les bras en l’air, gesticulant, s’embrassant, tapant dans les mains, visiblement heureux. Les lieux ne ressemblent guère à des gradins de stade de football, théâtre plus habituel à ce genre d’effusion. Le plan s’agrandit et laisse deviner un lieu plus feutré, des étages avec des escalators, visiblement un grand magasin. Il y a beaucoup de monde, et tous les regards convergent vers un homme, au milieu, qui brandit une pancarte où est inscrit 18%.

La scène se passe chez John Lewis, distributeur anglais spécialisée dans les produits haut de gamme non alimentaires et les supermarchés Waitrose. Gérant un peu moins de 200 surfaces de ventes, le groupe vient d’annoncer le partage d’une grande partie des bénéfices de l’exercice 2010, en faisant profiter à ses 76.500 employés d’une prime représentant pour chacun 18% (soit 9 semaines) de salaire. 195 millions de livres (227 millions d’euros) vont ainsi être répartis. On comprend mieux l’ambiance…

Le groupe anglais n’en est pas à son coup d’essai. L’an passé, il a distribué à chacun 15% de prime. Depuis 1950, son système particulier de gouvernance participatif permet un partage des fruits de la croissance. Il est donc naturellement possible, dans un pays tout tourné vers la gloire du capitalisme le plus débridé, de répartir les fruits du travail à tout ceux qui participent au résultat final. Or, depuis longtemps maintenant, les chevaliers servants du MEDEF nous expliquent que cela n’est pas possible sans mettre en péril les entreprises.

Chez John Lewis, c’est possible, c’est même primordial. Ils ont surtout compris que c’est en faisant participer les personnels à tout ce qu’il est possible de partager, que l’ensemble avance harmonieusement. Chacun, du plus petit salarié jusqu’aux plus hautes strates de la hiérarchie s’investit, paye de sa personne et participe à la réussite de l’entreprise. Chacun, avec ses spécificités, travaille dur. Il est donc naturel que les bénéfices soient partagés. Ce retour sur investissement permet en outre de garantir constamment un haut niveau de productivité, des gens disponibles, motivés, considérés, et respectueux du système. C’est le principe du gagnant-gagnant, le vrai, pas l’argument bassement électoraliste qui nous a été servi il y a 4 ans.

Cet épisode de capitalisme moral est sacrément isolé. La constante du moment c’est des rémunérations monstrueuses pour la tête, des salaires de misère pour la base, avec en prime, le mépris. La participation, le partage, le dialogue social ne sont que des vues de l’esprit. La masse laborieuse est une armée démotivée, écoeurée, ballotée, qui tirera au flan chaque fois que cela sera possible… J’en fais partie. Pour elle, quoi qu’elle fasse, la seule évolution, le long terme incertain, la variable d’ajustement, c’est l’épée de Damoclès, le chômage, la mort sociale, qui paralyse, et qui empêche encore pour l’heure de se rebeller.

Dans pratiquement le même secteur d’activité, examinons le cas Carrefour, mastodonte du CAC40. Son PDG se goinfre avec 275.000 euros mensuels (sans le variable, les actions gratuites, et tous les accessoires, ce qui triple la rémunération), alors qu’une caissière se contente de 1.100 euros à plein temps. Le groupe employant 490.000 personnes dont 120.000 en France vient d’annoncer début mars un résultat opérationnel pour 2010 de 2,97 milliard d’euros. Avec un tel résultat, le pourcentage à redistribuer serait plus que significatif. Mais là, bizarrement, pas de partage. Tous ceux qui ont contribué à ce résultat n’auront rien, pas le moindre brouzouf, pas même une simple ligne de remerciements dans le rapport présenté à l’assemblée générale du groupe. Je vais donc continuer mon boycott : dans cette usine à broyer producteurs de fruits et légumes, à maltraiter ses personnels et à mépriser ses clients, je n’y ai plus mis les pieds depuis 3 ans…

Maintenant, si son emblématique PDG répartit rien que la moitié des bénéfices équitablement à ses salariés, façon John Lewis, je m’engage à y faire mes prochaines courses à poil…

Je ne prends aucun risque. Ils aiment beaucoup trop les sous…

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Il fallait y penser avant

On a failli assister à un spectacle intéressant le lendemain du mini remaniement ministériel du 27 février. L’entrée dans le gouvernement de 2 poids lourds, superbement lestés de batteries de cuisines en chapelets pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’intérêt général, a fait s’émouvoir quelques députés UMP en «off» devant la presse présente dans les couloirs de l’Assemblée Nationale. Ils semblaient craindre les conséquences que tireraient les électeurs de ces nominations, en sanctionnant les candidats de droite lors des échéances à venir. Depuis, les personnalités bavardes ont été fermement priés à plus de discrétion dans l’expression de leur état-d’âmes.

La sanction est un mot banal employé surtout pour évoquer la punition, la peine encourue pour des actes répréhensibles. Mais la sanction, c’est un peu plus, c’est intrinsèquement la conséquence d’un acte, que sa finalité soit bonne ou mauvaise : les études sont sanctionnées par un diplôme, et il n’y a rien de mauvais à cela… Pour les femmes et hommes politiques (faut pas oublier les femmes, bien que leur journée soit passée…) il y donc aussi sanction de leur action. Elle revêt essentiellement 2 formes : politique et… de plus en plus souvent judiciaire.

La sanction judiciaire est devenue légion, et les personnalités finissent par brandir leur état de service avec fierté comme on arbore la Légion d’Honneur… Si un passage aux «Baumettes» vous forge un homme, le transforme en caïd respecté dans sa banlieue, un passage devant le juge est une expérience certes difficile, mais dont on se relève quelques temps plus tard avec un certain profit, à l’image de Juppé et Longuet. Mais pour la plupart, cette sanction est très hypothétique, les «protections» faisant le reste. Pour un député, il faut vraiment y mettre de la bonne volonté pour être inquiété. Pensez donc pour un ex-Président de la République…

La sanction politique peut découler de la sanction judiciaire, mais quelques exemples d’insubmersibles, notamment Juppé, Longuet, mais aussi Fabius, montrent que ce n’est pas toujours le cas. Le juge en la matière, c’est l’électeur, qui par son bulletin de vote, accorde sa confiance au candidat et le reconduit aux affaires, ou non. Et il se trouve justement que les parlementaires de la majorité actuelle bruissent devant le spectre de plus en plus visible d’être battus localement, d’être sanctionnés ainsi par un peuple ulcéré des inégalités de plus en plus criantes dans un pays riche…

Eh les petits pères, il fallait y penser avant. Toutes les manoeuvres, les favoritismes, les saccages pour faire les yeux doux au Dieu Fric, au libéralisme le plus débridé, quel qu’en soit le prix, cela a un coût. Ils ont tout accepté, tout voté, sans discuter, sans même savoir parfois de quoi on parlait. Pour la seule réforme des retraites, il est clair qu’il fallait intervenir. Mais il était possible de faire quelque chose de moins dogmatique, quelque chose de plus juste et d’acceptable. Le président et ses potes ont été élus, c’est incontestable. Mais ils ont gouverné en omettant d’écouter, contre vents et marées, ils sont passés en force sous la dictée et à l’avantage exclusif des bailleurs de fonds, générant une crise scandaleuse car évitable que les plus pauvres continuent de payer. Et ils la payeront encore longtemps.

Pour les élus, aussi, il est temps. Aujourd’hui, les petits pères ont peur de perdre leur boulot, leur jouet, leur prestige, au point de ne pas afficher le logo de l’UMP sur leurs affiches électorales pour les cantonales. Quel courage, Messieurs les élus, c’est peut-être un plus facile sur les marchés, mais ne vous y trompez pas : à prendre l’électeur pour un idiot, il risque bien de vous remettre dans le bateau qui vous a emmené à votre situation de privilégié.

A mon candidat Dublog, je propose une mesure simple : la politique, c’est servir l’intérêt général, ce n’est en aucun cas un métier. En conséquence, le mandat électif est unique, non cumulable, non renouvelable, et bénéficie en contrepartie d’un véritable protection pour un retour à l’emploi occupé avant le mandat. Comme pour le service militaire naguère, fléché comme LE lien avec la Nation, chacun pourrait participer un temps à la vie de la société. Fini les oligarchies, les potentats locaux transmissibles de père en fils, fini une certaine corruption et les conflits d’intérêts…

Vivement les Présidentielles.

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Ils le valent bien

Je ne blogue pas les week-ends. Avec les yeux rivés sur une multitude d’écrans toute la semaine, j’ai besoin, à mon age, de reposer mes globules. Mais tout de même. La période est agitée, et rester informé est une nécessité quasi vitale. Par exemple, un nouveau Décret paru au Journal Officiel le mardi 1er mars change particulièrement la donne des hébergeurs, mais également celle des internautes et finalement celle de la liberté d’expression de Monsieur tout-le-monde, tout simplement.

Pour le détail, la blogosphère en a largement parlé. Cui-cui (blog que m’a conseillé MHPA) l’évoque avec justesse, et m’a renvoyé sur un billet très instructif, qui montre l’évolution durant ces 20 dernières années du tout sécuritaire. En tant qu’hébergeur (Alter-Oueb est aussi hébergeur.. et pas du tout disposé à contribuer aux nouvelles dérives fascistes) et citoyen, une rage mémorable m’a pris. Impossible dans ces conditions de bloguer et d’écrire quoi que ce soit sans raconter n’importe quoi.

Je préfère donc vous parler de mon extraordinaire aventure de vendredi dernier. On a tous un peu le réflexe de parler de ce qui ne va pas, et de bondir sur les sujets d’indignations comme El Camino avec SFR. Je suis en général très critique envers les commerçants. La plupart ont perdu le sens du contact, la convivialité qui donne tout son sens au métier, sans même parler de la compétence. Trop sont devenus des «vendeurs», oubliant le principe de base, le fondement, la relation avec le «client».

Après avoir cherché l’objet de mes désirs sur internet (une télécommande de porte de garage défaillante depuis plusieurs semaines), j’ai trouvé un site qui dispose d’une boutique en région lyonnaise. Ce vendredi, date de départ de vacances de février, j’entreprends de m’y rendre en traversant l’agglomération, et j’arrive après la fermeture dont j’ignorais l’horaire, normal… Voyant ma détresse, un grand gaillard m’invite alors à rentrer par une porte arrière, trouve mon bidule radio au milieu de milliers d’autres sur un simple coup d’oeil, s’excuse, rallume son ordinateur pour l’impression de la facture, le tout avec un grand sourire, un vendredi à 17h20… Mais alors, cela existe encore des commerçants serviables et sympas ?.

Les bras m’en sont tombés. Je l’ai remercié mille fois, un peu rassuré : il ne reste pas que des profiteurs, des malfaisants, des malpolis. Je ne compte plus les sentiments mitigés, l’impression d’avoir été mal reçu, parfois d’avoir été abusé, en passant la porte. Evidemment, il n’est pas question de tomber dans la généralité, à dire que tous les commerçants sont désagréables comme on dirait que tous les fonctionnaires sont fainéants. Mais c’est une réalité palpable, surtout dans les grandes agglomérations, parce que le chaland n’a pas toujours le choix dans ses actes de consommation, parce que la concentration de population est telle qu’il n’y a aucun besoin de rechercher et séduire le client, parce que la vie actuelle n’est pas forcément drôle, et qu’il n’est pas possible, chaque jour, de sourire. J’ai moi-même, parfois, des humeurs sauvages…

C’est tout de même suffisamment remarquable pour être souligné par un petit billet non sponsorisé. La pub, pour moi, c’est forcément gratuit, c’est le bouche à oreille, enfin le clavier à l’écran… On a pas besoin de se procurer de télécommande tous les jours, mais au besoin, hésitez pas, c’est sur www.telecommande.fr.

Ma porte de garage, depuis, c’est un vrai bonheur… Comme quoi, il n’en faut pas beaucoup.

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9 mois après…

Pas de doutes, il y a 9 mois, c’est bien une nouvelle vie qui a commencé. Je me suis lancé, un peu sur un coup de tête. Pour moi, un blog, il n’y a pas très longtemps, c’était un simple site oueb et seul l’aspect technique m’intéressait. Normal, c’est mon métier. Aujourd’hui, je me rends compte qu’il y a derrière les blogs, de quelque nature qu’ils soient, une communauté, comme dans le monde du logiciel libre. Et dans nos sociétés individualistes qui érigent la compétition effrénée en principe absolu, le coté convivial des communautés me plait beaucoup.

Ainsi, j’ai appris beaucoup de choses, qu’il y a des usages que je vais m’empresser de suivre. Il faut toujours respecter les usages des lieux qu’on fréquente, même si on oublie souvent leurs origines, même si leurs finalités nous échappe. J’ai découvert de nouveaux mots, comme «wikio», et un autre, très bizarre, le «jegounotron»… Cet outil ne renvoie pas grand chose, et c’est bien normal, ce qui ne m’empêche pas de remercier ceux qui sont passés par ici, ceux qui m’ont linké depuis la naissance d’Alter-Oueb, et ceux quoi m’ont ajouté dans leur blogoliste.

Le premier, celui dont je me rappellerai indéfiniment, c’est Fucking-Disgrace. MHPA, ses «films» et ses illustrations, c’est incontestablement un petit bijou. Mon cher MHPA, comme dans Toys Story, vous avez ma reconnaissance éternelle…
Le second, c’est gauchedecombat. Thème soigné, textes sans concessions, le «tenancier» épidermique résiste, résiste et résiste, et c’est souvent juste. J’espère jusque qu’entre ses billets, il trouve un peu de zenitude…
Juste derrière, il y a Melclalex, qui tient un blog varié et fort intéressant, une incontestable référence.
Puis, il y la comete, et la constellation de blogs de Nicolas Jegou, «the big one» du Wikio, blogueur influent, mais non retenu pour aller voir «the little one» au palais présidentiel il y a 2 mois… Il faut absolument que je monte dans la capitale pour redescendre à Bicêtre et humer si la mousse, là-bas, a un goût différent. Mais comment fait-il pour en tenir 4, avec plusieurs billets par jour, souvent habillement étayés, parfois un peu déroutants, mais toujours lucides et humains. C’est clair, le bonhomme a l’étoffe d’un Président…
Enfin, Dadavidov. On y parle de tout, de politique jusqu’à son village en Touraine. Tout, mais jamais n’importe quoi.

Les autres, tout ceux présents dans ma blogoliste, que je lis et apprécie même sans avoir fait de liens, je les remercie pour leurs passages sur mon serveur. Pele-mêle, il y a :

  • 100 000 V, pas toujours du même avis que moi, mais très souvent interessant.
  • Bah !? by CC, un blog de fille sympa. C’est vrai que ça manque.
  • Carnet de notes de Yann Savidan, des billets courts et concis, qui percutent… la grande classe, l’exemple absolu.
  • Chez El Camino, ici, je suis assuré de toujours trouver la phrase, le bon mot qui va égayer une partie de ma journée.
  • Comité de Salut Public, bien écrit et percutant.
  • Des pas perdus, le genre de blog que j’apprécie.
  • Hashtable, pas à gauche, non, mais un regard lucide sur la société. Nickel.
  • Korben, geek ou pas, une référence.
  • La Maison du Faucon, une autre référence, un avis différent et réfléchi.
  • La revue de stress, un peu de tout, mais surtout le «jegounotron»
  • Le blog de Gabale, un autre que j’aime bien.
  • Le blog de Polluxe, pas d’accord sur tout, mais c’est un blog de fille… Non, sérieusement, je recommande.
  • Le Grumeau, le capitaine mène son rafiot avec brio.
  • Le Monolecte, à parcourir dans le calme, et à déguster. J’aurais aimé écrire comme Agnès.
  • Sarkofrance, Les coulisses de Sarkofrance, les blogs de Juan, un boulot absolument remarquable, une abnégation totale autour d’un seul thème, et quel thème…
  • Marc Vasseur, indispensable dans la blogoliste.
  • Philippe Méoule, un autre indispensable, varié et agréable à lire.
  • Piratages(s), remarquable analyse et écriture soignée, je recommande.
  • Pour tout vous dire…, encore un que j’ai plaisir à parcourir, bien argumenté.
  • Ruminances, une découverte récente.
  • Slovar, une autre découverte récente, remarquable.
  • Une autre vie, encore un que je recommande.
  • Lyonnitudes, lyonnais comme moi, un brin taquin…
  • Presse-Citron, l’incontournable dans le métier.
  • Rebellyon, l’info lyonnaise alternative.
  • Trublyonne, une fenotte parmi les gones, pour parler d’un peu de tout.

Vous avez remarqué, pas de «jegounotron», que des liens à la mimine, et argumentés….
Merci à tous.

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