Crise en thèmes

Pas un chat dans la rue ce matin, des rues quasi désertes, et les rares automobilistes ne manifestaient guère l’entrain habituel. On aurait dit un matin d’août, la torpeur estivale et la lumière en moins. Un sourire malicieux me vient : ce serait beau, une France en grève, une de ces journées où tout s’arrête, même la circulation, même les nuages. Les motifs ne manquent pas. D’ailleurs, tout le monde se plaint, parfois avec une véhémence qui fait peur. Une grève aurait été décrétée sans que je sois au courant ? Malheureusement, ce n’est que le pont de la Toussaint, et je m’en vais au boulot, tout seul, assurer une inutile permanence puisque mon administration est fermée…

Pas de grève générale, donc, mais il y en a un mouvement social en cours, et il fait couler un peu d’encre. 4 syndicats ont maintenu leur préavis déposé le 10 octobre et appelé les PNC (personnel navigant commercial) à cesser le travail pour le long week-end de la Toussaint afin de protester essentiellement contre un projet de diminution du nombre de personnel à bord des avions, et des modifications des modes d’évaluation des hôtesses et stewards durant leur vol. Il y a aussi quelques rancoeurs concernant la création de bases en province que les syndicats n’ont pas approuvé.

Etant très loin de la chose aérienne, je n’ai franchement pas d’avis sur les questions soulevées. J’imagine facilement que voir ses conditions de travail se dégrader, même avec un statut de navigant chez Air France, avec tout l’aspect «de caste privilégiée» qui s’y attache, cela puisse faire réagir. Je perçois sans peine l’intransigeance de cette catégorie de personnel quand les questions de sécurité sont abordées, ce qui semble bien être le cas. Je retiens juste la date du dépôt du préavis : le 10 octobre.

Depuis cette date, rien ne s’est passé. Rencontres, négociations, discussions, on appellera cela comme on veut : c’est un dialogue de sourd, dans le meilleur des cas, qui a prévalu. Pendant ce temps, le spectre du voyageur, perdu dans son aérogare, personne n’en a eu cure… Appuyé par la classe politique aux commandes, la direction a ensuite beau jeu de crier à la prise d’otages. Mais Air France oublie un peu vite qu’elle est partie prenante dans le conflit, et que la situation résulte autant de son inaction que de celle de ses salariés, et les voyageurs en carafe seraient bien avisés de ne pas l’oublier.

Le matraquage en règle, habituel en pareil cas, a produit ses effets. Une certaine presse crie au scandale des grèves à répétitions. Le ministre des transports l’a jugé «irresponsable». NKM a dénoncé la période choisie, allant jusqu’à ce qui pourrait s’apparenter à des menaces : «il y en a (des compagnies NDLR) qui ont disparu». Une grève sans aucun impact, qu’on aperçoit plus, c’est le rêve ultime pour les ministres et le MEDEF, mais ce ne sera jamais la solution.

La solution n’est pas l’instauration du service minimum cher à Xavier Bertrand. La solution, la seule, est que les protagonistes s’écoutent et se parlent, afin que personne ne soit plus «otage». Quoi qu’on en dise, salariés et entreprises ont des intérêts communs. Le bien-être des uns déteint sur la santé des autres et la profitabilité réciproque s’étend alors à l’ensemble de la société. C’est une évidence. Mais la période actuelle est tout à l’opposé de ce tableau un peu simpliste mais réel : à force de stigmatiser sans cesse telle ou telle catégorie de personnes, souvent les plus fragiles, on a divisé les français à peu près sur tout les sujets, et créé des clivages irrémédiables, avec un manichéisme maladif. On a détruit la solidarité en y substituant l’individualisme forcené, et depuis 2007, le mouvement s’est considérablement amplifié… Cette mauvaise danse me donne le tournis jusqu’à la nausée.

Donnez-moi encore des bonbons, ou je vous jete un sort !

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Le buzzer, c’est pas lui !

Ayant bien mieux à faire hier soir, je n’ai pas regardé la fameuse émission où le Grand Sauveur de l’Europe (et du monde, soyons magnanime) se proposait, en toute simplicité, d’expliquer à son peuple un peu ignare comment il était parvenu à un tel résultat. Je ne peux donc objectivement rien en dire, mais comme je suis directement concerné, comme tout citoyen contribuable, j’ai cherché dans la blogosphère, les réactions et commentaires de cette grande messe.

Les 500 milliards de dette en plus, depuis 2007, c'est qui ?Alors, si j’ai bien tous compris, Toto 1er, qui avait prit grand soin de choisir des journalistes de terrain, pugnaces juste ce qu’il faut pour montrer qu’il ne se laisse pas démonter aussi facilement, n’a même pas cherché à défendre son bilan, mais a attaqué ceux de ses prédécesseurs… Je trouve personnellement que c’est petit comme attitude. Une chose est sure, ce n’est pas lui qui a arrêté UVB 76, cet émetteur russe en ondes courtes qui produit un signal depuis 1982, et qui s’est brusquement tu cet été. Non, n’exagérons rien, cet homme ne fait pas tout

Que de contorsions et de pirouettes pour affirmer que rien est de sa faute et qu’il est le seul à disposer des capacités pour gérer le pays. Que d’oeillères pour ne pas voir le piège chinois se refermer sur cette vieille Europe, que d’abnégation à éviter de prononcer le mot «rigueur»… Le même jour, les banques, qui doivent s’asseoir sur 50% de leurs créances en dette grecque, voient leurs cours de bourse grimper, pour certains, de 17%. Il y a là quelque chose de magique, de quasi mystique même, de complètement surréaliste. C’est bien le mot qui convient. Le monde, la période, lés événements, le président, son message de cour de récréation, ses défauts d’élocution, un candidat pas candidat, croix de bois, croix de fer, tout est surréaliste. Mais comment a t-on pu en arriver là ?

On a tout de même appris quelque chose de vrai : Madame et Giulia vont bien.

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Money time

Il est des moments qui comptent plus que d’autres, des destins qui basculent, des instants exceptionnels qui gravent l’Histoire et marquent les esprits. Ces grands événements étaient, il n’y a pas si longtemps, assez rares. Aujourd’hui, tout et rien est événementiel, structurant, importantissime, vital, sans vraiment de hiérarchie : une décision politique, une émission de télévision, une naissance, une rencontre sportive, la crise…

Tout est noyé dans un informe magma de communication globale où le manant ne perçoit plus ce qui est vraiment fondamental. Depuis quelques temps, chaque jour apporte son lot d’instants décisifs, sur lesquels le monde joue à quitte ou double. Chaque jour, nos responsables politiques présentent et mettent en œuvre des solutions présentées comme pérennes qui ne durent guère plus longtemps qu’une promesse électorale. Combien de fois ont-ils annoncé avoir «définitivement» réglé la question des retraites, des déficits publics, résolu les problèmes d’éducation, d’emploi, éradiqué le mal-logement et la pauvreté, et recasé tous les SDF?

Ces mêmes gens s’attaquent aujourd’hui à un morceau de bravoure : sauver ce qui reste de l’Europe et sa monnaie, entraînée dans une tourmente infernale qu’ils ont nourri, entretenu et même amplifié par vanité, mégalomanie et cupidité. Parce qu’en l’état actuel des chose, pour la vieille Europe, c’est le «money time». Le money time est cette période très particulière de toute fin de match dans une rencontre sportive, essentiellement au basket, ou la victoire se dessine dans les ultimes instants, où chaque action est cruciale, où chaque erreur, aussi minime soit-elle, se paye cash. C’est aussi le moment où dans les coursives, les derniers paris sont engagés, donc ceux qui peuvent potentiellement rapporter très gros…

Pour l’Europe politique, monétaire, économique, il reste moins d’une minute au buzzer, et les spéculations vont bon train : que va t’il se passer si un accord de règlement global de la dette n’est pas trouvé ? Certains spécialistes refusent même d’imaginer ce que seraient les conséquences d’un échec au niveau de l’économie mondiale, un espèce de big-bang à l’envers, un éclatement et un effondrement de la première puissance économique mondiale, l’effet domino sur les autres, etc, etc, inconcevable… On finira vraisemblablement par un accord de principe, à minima, sans autre action que l’habituel saupoudrage à la marge, qui condamnera les petites gens, encore eux, à un nouveau tour de vis, et préservera les hautes sphères de toute contribution. Et dans 6 semaines, on recommence.

De toutes parts, on fustige l’attitude de la Grèce, mais chez nous, nos vaillants représentants ont voté un budget sans aucune hésitation, bâti sur une prévision de croissance totalement farfelue, engendrant à lui seul plusieurs dizaines de milliards de déficits pour 2012, qui s’ajoutent aux centaines d’autres, accumulés sans aucun état-d’âme. Comment vouloir prétendre régler les problèmes de l’Europe, quand, dans ses murs, on alimente avec autant de soin le processus ? Peut-être, perdu pour perdu, s’agit-il de savonner consciencieusement la planche pour l’inéluctable alternance qui se prépare, pour mieux revenir ensuite… Quel que soit le résultat en fin de partie, les gagnants seront toujours les mêmes : la grande finance.

Je me demande si un échec ne serait pas finalement préférable, pour enfin bâtir autre chose.

Mes découvertes dans la blogosphère :

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Recherche humanité, désespérément

Le traqueur stellaire tague quelques blogueurs politiques, dont Nicolas, Homer, Eric, Des pas perdus, 100000V, Falconhill, Jujusete, Romain Pigenel, Romain Blachier et le vénérable Yann Savidan, sur un sujet qu’ils n’ont pas l’habitude de traiter : quelles orientations ces derniers voudraient voir proposées par leurs partis ou candidats préférés, quels thèmes de recherche scientifique pour demain, quelle impulsion donner à la recherche afin de remplir ses missions envers notre société ?

La question est autant vaste que très fondamentale : les idées et grands courants politiques visent tous, plus ou moins, les mêmes objectifs : développer la société et permettre de vivre heureux en son sein… et la recherche scientifique fondamentale permet d’apporter des réponses concrètes. Nous vivons entourés par tant de progrès et de technologie, parfois futiles, qui ont sorti une partie de l’humanité de conditions de vie souvent terribles. Mais une partie seulement. Vallenain est le mieux placé. Etudiant, il est directement concerné. Nicolas, depuis son comptoir, évoque les enjeux majeurs des prochaines décennies que sont le stockage de l’électricité, et la problématique de la nourriture des habitants de la planète. J’y ajouterai la recherche médicale.

En fait, tous ces domaines sont interdépendants. L’énergie, ses différentes formes, ses modes de production, ses modes de consommation, son stockage, c’est un peu la même problématique que celle d’apporter la nourriture aux 7 milliards d’individus de la planète, et cela recoupe les questions de santé et de lutte contre les maladies. Comment contenter tout le monde sans peser sur les ressources que notre hôte, la Terre, est capable de mettre à notre disposition, sans la détruire irrémédiablement ? Je crois bien que l’enjeu commun, majeur, complètement primordial à assez court terme, est de sauvegarder, non nos modes de vie, mais notre planète.

Y a-t'il vraiment besoin de recherche pour résoudre la misère et la faim dans le monde ?Notre génération, plus que tout autre, est la première à prendre conscience du leg terrible fait aux générations futures. C’est à mon goût encore un peu mou et désordonné, mais la prise de conscience existe et ne demande qu’à s’amplifier, notamment sous l’insupportable constatation des déséquilibres et des catastrophes humanitaires, des ravages que produit l’économie de marché mondialisé. La recherche actuelle doit se pencher sur cet objectif absolu, car, au final, personne n’y échappera, même les titulaires de comptes à dix zéros devant la virgule. Mais pour cela, il va falloir se battre face aux lobbys de toutes sortes, qui n’ont que faire des problèmes d’environnement. N’a t-on pas entendu assez récemment un tonitruant «l’écologie, ça commence à bien faire» ?

La recherche, l’innovation, d’accord… mais si c’est pour mettre la télé-poubelle dans un téléphone portable, c’est inutile. J’attends des prochains responsables politiques un réel changement de cap, de monter une voie totalement nouvelle et résolue en faveur de la préservation de l’environnement, de replacer l’homme au centre des toutes les préoccupations. La recherche, c’est aussi de trouver les moyens de façonner des solidarités sincères, solides et protectrices, en tout point du globe, parce que la situation actuelle de misère de la moitié de l’humanité, ce n’est pas acceptable, ce n’est plus acceptable.

Quand est-ce qu’on commence ?

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Empêché de voter

A peine remisées, les urnes sont revenues sur le devant de la scène pour trois millions de fonctionnaires, invités hier à y déposer un paquet d’enveloppes de toutes les couleurs. Les agents de la fonction publique d’Etat et hospitalière ont désigné leurs représentants dans des instances qui s’apparentent peu ou prou aux comités d’entreprise du secteur privé, au niveau local, directionnel central et ministériel.

Tel quel, cela paraît somme toute assez simple comme opération, mais en fait, c’est terriblement compliqué. C’est normal, c’est l’administration. Mais quand on ajoute une nouvelle variable, comme une fusion/acquisition, telle celle du Trésor Public avec les services fiscaux, l’administration où j’use mes fonds de culotte, on entre dans une dimension insoupçonnée, matérialisée par un déferlement de nouvelles réglementations proprement ahurissantes. De la taille des bulletins, la couleur des enveloppes, la hauteur et l’espacement des affichages officiels, les modalités de vote, rien n’a été laissé au hasard. Et là, je ne parle que des élections. Je vous laisse imaginer le reste…

A pas voté ! Parmi ces dernières mesures, il y a la nécessité de produire systématiquement une pièce d’identité avant de lâcher son bulletin dans l’urne. La mesure est incontestablement juste : être identifié dans ce contexte est tout à fait normal. Ce qui l’est moins, c’est le coté systématique et absolu de la chose : pas d’ «ausweis», pas de vote.

Ayant refusé de produire un document m’identifiant formellement, j’ai donc été empêché de déposer mes enveloppes, alors que le taulier du bureau de vote est un collègue avec qui je travaille depuis plus 10 ans…Cette dérive, puisque c’en est une, de devoir exhiber sans cesse ses papiers à la maréchaussée, au détour d’une rue, à l’entrée du métro, sur injonction fort peu courtoise la plupart du temps, et qu’il n’est guère conseillé de demander une quelconque justification sans risque de rajouter un «outrage à agent dépositaire de la force publique dans l’exercice de ses fonctions», il faudrait s’y plier même au boulot ? On va où, là ?

Le plus aberrant, dans l’histoire, est que j’étais chargé par le syndicat pour qui je roule, le SNUI-SUD, de vérifier le bon déroulement du scrutin, et de signer les différents procès-verbaux d’ouverture des urnes et de comptage avant transmission pour dépouillement. Pour ces opérations, j’étais donc parfaitement identifié, sans avoir produit aucune pièce venant prouver mon identité. Mais pas pour exprimer ma voix… J’ai donc bien été arbitrairement empêché puisque identifié sans doute possible.

Dans la maison, je suis connu comme le loup blanc, comme un pilier, de bar, de mêlée, au choix. Dans la maison, et au delà même, j’ai mon statut d’alsacien râleur, d’empêcheur de tourner en rond. Tous connaissent mes coups de gueule, qui trouvent leur unique raison d’être dans le simple bon sens face à la machine un peu inhumaine qu’est l’administration. Il n’est cependant pas question pour moi de me soustraire aux obligations légales, ou de chercher à m’en affranchir, mais en l’occurrence, une appréciation pointilleuse d’un texte m’a privé de mon droit de vote, et privé mon syndicat d’une voix. Et je persiste à dire que cela n’est pas juste.

Cela ne changera rien au résultat final dont je me fiche un peu. Ces élections professionnelles restent un événement inutile, «un non-événement» comme pas mal d’autres, puisque le dialogue social en soi, dans l’administration, cela n’existe pas. C’est une coquille vide, un concept fumeux, un leurre absolu, permettant de donner à quelques vieilles institutions syndicales qui ne représentent qu’elles-mêmes, l’impression d’exister avec une illusion de pouvoir. J’ai siégé un temps dans ces instances paritaires, et suffisamment longtemps pour comprendre qu’on ne pèse guère sur grand chose sans une base solide et une action de tous les jours. Cela veut essentiellement dire qu’il ne suffit pas de se déplacer au bureau de vote, il faut s’investir durablement et s’exprimer à chaque instant. Ce que, à mon niveau, je m’applique à faire. Sans cela, point de salut, on nous mangera la laine directement sur le dos…

Prochain rendez-vous aux urnes : le 22 avril 2012. Mais avant, il y a encore du boulot.

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Un heureux événement

Ce fut une belle soirée. Pas mal de blogueurs, de journalistes, de personnalités du web et de la politique ont répondu à l’appel de Romain, hier, et se sont entassés au Cooking Jack à Lyon, pour la 8ème République Des Blogs. On a causé de presque de tout, mais surtout des primaires, avec à peu près toutes les sensibilités du paysage politique français. Même le Tea-Party d’outre-atlantique était présent… Romain est bien le seul qui réussisse à faire cohabiter un panel aussi vaste. Mieux, tout ce beau monde boit des canons ensemble…

Le Cooking Jack, après le départ des convives... J’ai eu grand plaisir de retrouver Guy-Alain, à qui j’ai piqué la photo, et Trublyonne, et enfin fait la connaissance de Littlecelt et Sasa. Vraiment sympa. J’ai découvert de nouveaux blogs comme (des) illusions et le Lyon Bondy Blog.

Pour le blogueur que je suis, ce type de manifestation IRL est indispensable, et mettre des images sur des écrits est plus qu’important. Ce concept de rencontre existe ailleurs, et a sa Mecque en un bistrot réputé du sud de Paris, au Kremlin-Bicètre. Le maître des lieux, selon ses potes des @Leftblogs, porte des cravates à chier, mais est une solide référence de la blogosphère politique. Ses KDB sont toujours l’occasion de passer une excellente soirée, comme ce fut le cas hier à Lyon. D’ailleurs, en ce 19 octobre, il ne s’est guère passé d’autre chose d’intéressant en France. N’est ce pas ?

Ce 8ème RDB était incontestablement un heureux événement.

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Une finale qui promet

La partie vient de se terminer. Elle a été âpre, disputée. Le match s’est incontestablement joué sur des détails. Mais au coup de sifflet final, on oublie les coups bas, les regards noirs, les phases assassines et les ultimes provocations gratuites. Le vainqueur affiche un sourire de circonstance, rassuré malgré une prestation en demi-teinte, et le vaincu rend hommage à son bourreau. Mais rien n’est acquis. En coupe du monde de rugby comme dans le paysage politique français, le principal reste à faire : gagner la finale.

Hollande-Aubry, un essai à transformerMon billet arrive une fois de plus après la bataille. Tout a été dit par les copains, sur la nécessité du rassemblement, sur l’admirable organisation et le travail monumental des militants et des bénévoles pour que ce moment de démocratie soit une réussite. Cela n’a jamais été réalisé, et je suis heureux que la gauche soit pionnière en la matière. Mais cette France bruisse. Le désormais possible futur Président de la République doit savoir que cette désignation est loin de faire l’unanimité, et qu’il y a un besoin urgent de faire une synthèse qui prenne en compte, non seulement les attentes de toutes les composantes du PS, mais également au-delà, celles des rangs des écologistes, des Mélanchoniens (nistes ?)…

Je ne fais qu’énoncer de criantes vérités. Il me reste devant les yeux, comme des larmes, les images d’avril 2002, puis de mai 2007, où la constante était au-delà de l’invariable : une gauche très insuffisamment unie, jouant contre elle-même. Que de finales perdues stupidement. Que de blessures dont les cicatrisations ne sont toujours pas complètes. Hollande a été choisi démocratiquement, dans un processus admirable. Quel que soit son parcours, ses erreurs, ses manquements passés, ses calculs pour en arriver là, il est le candidat qui peut renverser notre cassoulet national (la petite saucisse et les fayots autour).

Tout est en place. Un candidat légitime, un programme, une équipe. Martine Aubry, dans son discours de dimanche, m’a d’ailleurs semblé comme rassurée par le résultat. Je trouve qu’elle ferait un excellent Premier-Ministre. Mais pour cela, il faut la gagner, cette finale, ne pas sous-estimer l’adversaire même si, plombé par son bilan, il gesticule et aboie plus souvent qu’il ne mord, dans un ridicule haka désordonné et insignifiant. Il reste peu de temps, mais juste ce qu’il faut pour la gauche, pour travailler et parfaire la posture, la solidarité, l’humilité, l’abnégation, parce qu’il n’est pas concevable de perdre à nouveau.

Comme disait Roger Couderc, allez les petits…

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Voleurs de patates

Depuis quatre ans et demi, on a presque tout vu, presque tout entendu de la part des décideurs. De nouveaux tabous tombent tous les jours, ainsi que les règles élémentaires de bien-séance. Tout est permis, pour peu que sa place sur l’échelle sociale soit à une hauteur convenable.

Voleurs de patates...Bien en place dans les hautes sphères, Stefano Chmielewski, président de Renault Trucks jusqu’au 31 décembre, a fait très fort. Constatant une forte augmentation de l’absentéisme dans les ateliers, il n’a pas hésité de traiter ses salariés de voleurs, en regrettant même de ne pas les avoir licenciés en 2009. Dans le contexte de crise où chacun se débat comme il peut, ce qualificatif utilisé à l’encontre de salariés de plus en plus serviles, résonne comme une insulte suprême.

«Voleur» est pour moi un mot à forte connotation, à symbolique lourde. Mon éducation basée sur le respect des autres et des choses m’en donne une image méprisable et assez abjecte. Mais le fait de s’attribuer le bien d’autrui est devenu un acte d’une banalité confondante, empreinte d’une grande violence pour la victime, autant psychologique que physique, et n’est pas réservé à certaines populations régulièrement désignées comme pratiquantes patentées. Il faut tout de même rappeler que, si crise il y a, elle ne résulte pas des agissements des glaneurs de poubelles à Nogent-sur-Marne, elle découle essentiellement du «transfert» ou de la «soustraction» démesurée de richesses produites aux quatre coins de la planète vers quelques poches bien privées avec des procédés boursiers et des manipulations comptables qui s’apparentant à du vol légal et de grande ampleur…

Cette manière d’inverser les rôles est malheureusement fréquente. Rappelons ici quelques évidences. Le voleur est bien celui, comme notre président, qui multiplie son salaire par 3 sans justification. Le voleur, c’est bien celui qui touche 300 fois le salaire le plus faible de son entreprise. Le voleur, c’est aussi celui qui bénéficie des subsides de l’Etat pour ne pas licencier et ne pas délocaliser mais le fait tout de même. Les voleurs, ce sont tous ceux qui ont joué en bourse avec l’argent des autres, et qui réclament aujourd’hui qu’on les renflouent, quitte à creuser les déficits publics, et dont ils tirent par ailleurs grassement profit. Les voleurs, ce sont surtout tous ceux qui permettent cet état de choses, aux ordres des multinationales, exonérant les copains, légiférant sans scrupule, utilisant la République à des fins très personnelles. Ce ne sont pas les salariés, ouvriers, à 1300 € après 20 ans de boite, chômeurs, précaires, par ailleurs tous fraudeurs, retraités indigents, cabossés de la vie, contraints aux pommes de terres 30 jours par mois, les responsables de cette situation de crise à répétition. L’UMP et son chevalier servant, le MEDEF, y ont toute leur part. Et j’arrête là mon exposé, sinon je vais devenir vulgaire !

Leur raclée, en mai prochain, ils l’auront pas volé.

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Merci pour tout, Dennis

Dennis MacAlistair Ritchie, 1941-2011#include <stdio.h>
main(void)
{
   printf(‘Au revoir, Dennis !’);
   return 0;
}

Voila ce qu’a inventé Dennis Ritchie. Le langage C. Il est partout, il est à l’origine de presque tous les systèmes et applications utilisées depuis 1970, il est la pierre angulaire de l’informatique d’aujourd’hui, qu’on a bien faussement attribué à Steve Jobs, disparu très récemment.

Un grand homme de l’informatique vient de nous quitter, lui aussi, mais sans aucun bruit médiatique, à 70 ans, terrassé par une longue maladie. On ne trouvera pas de fleurs déposées ça et là. Dennis était un monstre sacré à côté de Steve : inventeur de génie, père du langage C, il est aussi le principal contributeur du système d’exploitation UNIX. Windows, Linux, et la plupart des applications utilisées tant sur les ordinateurs familiaux qu’en informatique professionnelle sont écrits en C. Une flopée d’autres langages s’en inspirent, tels C++, Java, Perl, PHP. Sans lui, Jobs aurait certainement vendu des aspirateurs ou des assurances. Le K&R, livre de référence du langage C qu’il a co-écrit, a été un temps mon livre de chevet, et je me suis parfois endormi dessous…

Sa disparition semble remonter à plusieurs jours. Aujourd’hui, je suis triste, un peu orphelin, mais très heureux de manipuler son héritage, qui n’est pas près de disparaître.

Monsieur Ritchie, je vous tire mon chapeau en vous remerciant de m’avoir permis de faire un si beau métier.

Avec ma tristesse et ma grande admiration.

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A nous de choisir

Ouf, c’est fini. Depuis la mi-septembre, les débats se suivent, mais finissent par se ressembler. Je n’y ai pas appris grand chose de fondamentalement nouveau, j’ai même l’impression de m’être ennuyé par moment. En fait, je n’attendais pas le clash magistral tant espéré par Copé, Morano et les hordes d’aboyeurs de droite, je ne redoutais pas non plus l’expression de divergences flagrantes, je restais en veille, sans zapper, presque uniquement pour mesurer la manière dont chaque candidat à la candidature allait répondre à la lettre ouverte envoyée par Arnaud Montebourg.

C'est vous qui décidezTout l’enjeu était là, finalement, puisque tous les autres battus du premier tour se sont rallié sans ambiguïté à François Hollande. Le programme de chacun, leurs motivations, leur manière d’exercer le pouvoir sont exprimées depuis longtemps, et je n’ai guère entendu de grande évolutions, au point de me demander si la fameuse lettre leur est bien parvenue. J’espère qu’Arnaud a bien mis un timbre sur l’enveloppe, et qu’il ne s’est pas trompé d’adresse ou de boite aux lettres… Les candidats ont bien parlé un peu des banques, comme d’autres sujets graves qui hantent notre quotidien, qui bloquent l’ascenseur social, mais cette retenue permanente, destinée à ne pas trop faire peur au potentiel électeur du centre-droit et autre déçu du grand bonimenteur, enlève la symbolique forte des mesures proposées par Montebourg, en les diluant jusqu’à les rendre quasi invisibles. D’ailleurs, il me semble bien que ce nom n’a jamais été prononcé par Aubry et Hollande.

Avec une nuit de recul, je suis même un peu déçu. J’ai assisté à un débat technique, relativement pointu et maîtrisé de part et d’autre. En la matière déjà, cela tranche avec l’usurpateur qui nous sert actuellement de président. Mais je n’y ai toujours pas senti de flamme humaniste, celle qui place l’Homme au centre du dispositif, pour lequel l’économie est un outil à son service, et non une fin en soi. On a effleuré les banques, le mix nécessaire entre maîtrise de la dette et croissance. Mais on n’y a toujours pas parlé de logement, de la condition étudiante, de l’indigence et l’indépendance de la justice, de la gestion de la dépendance. On n’a toujours pas parlé de l’armée des travailleurs pauvres qui ont chacun besoin de deux ou trois petits boulots pour rassembler péniblement un SMIG, et sur qui on fait peser la totalité des efforts à consentir. Pendant ce temps, on rembourse les impôts de Mamie Zinzin…

Entre Aubry et Hollande, il n’y a franchement pas grand chose, les positions sont souvent partagées. Il y a un affichage constant de mettre en œuvre des mesures justes, rationnelles, sincères et réalisables. L’un et l’autre sont bien préparés et capables de battre Toto 1er, parce qu’en fin de compte, il n’y a que la victoire qui compte, quel que soit celui ou celle qui la matérialisera, et il n’y aura pas de victoire sans unité, sans rassemblement. J’ai trouvé Martine un peu mieux, plus agressive qu’à l’accoutumée, et François moins fringant, en retard, souvent sur la défensive, sans que cela change mon impression du départ : pour le moment, je ne sais toujours pas quel billet je glisserai dans l’enveloppe dimanche.

Qu’est ce que l’un va apporter de plus que l’autre à la tête du pays ? Je n’en sais rien. La différence, comme souvent finalement, est une question de ressenti de la personne, de «feeling». On choisira un individu plus qu’un programme, puisqu’il est le même, et que l’équipe qui le mettra en œuvre, sauf grande surprise, sera issue de la grande famille rassemblée…

Votez Aubry, votez Hollande, votez blanc (pas Laurent), mais votez.

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