Megaupload en sommeil

Au lendemain d’une nouvelle et très pertinente réflexion comme à l’accoutumée du Lider Minimo au sujet de la nécessité de filtrer les sites de streaming, une Loi HADOPI 3 en somme, la brutale impossibilité d’accès au site Mégaupoad hier vers 23 heures a enflammé la communauté, notamment sur Twitter. Le «direct download» serrait déjà impacté, filtré, interdit, inaccessible ? En fait, il n’en est rien. Mégaupload vit très bien, aux antipodes, mais un petit problème de DNS, les serveurs qui changent les noms de sites tels qu’on les connaît en adresses IP seules compréhensibles par des machines, a fichu une belle frousse aux internautes un peu partout sur la planete.

«Mais sur les sites de streaming, l'idéologie du partage, c'est l'idéologie de l'argent : je vole d'un côté et je vends de l'autre. Je ne peux pas soutenir cela. Personne ne peut soutenir cela»Ca faisait longtemps que je n’avais pas pondu un petit billet «geek», poussé en cette période pré apocalyptique électorale par une actualité bouillonnante. Mais finalement, le sujet est assez proche parce que HADOPI voit sa finalité se déplacer de son aspect «protection de la création» en «outil de surveillance», éminemment politique….

HADOPI a vu le jour sous la pression d’un lobby qui reste attaché à un modèle économique en vigueur au temps de l’industrie du vinyle. Les «Majors» n’ont pas vu les conséquences du virage numérique, et ne se sont pas adaptés aux nouveaux modes de distribution que permettait cette révolution. Pour rattraper la sauce et continuer de bénéficier d’une manne qui revient normalement aux artistes, on use ainsi d’un expédient pour le moins fallacieux en inventant le nouveau pirate des temps modernes. D’ailleurs, parallèlement, les mêmes ou leurs copains, expliquent les licenciements en masse des ouvriers comme un fait normal, presque banal, parce qu’ «ils n’ont pas su s’adapter aux méthodes modernes et aux nouveaux besoins de la société»… Ainsi, pour compenser leur manque de clairvoyance, les gros labels se sont vus offrir une Loi sur mesure. Par analogie, c’est comme si les ouvriers bénéficiaient d’une Loi interdisant les licenciements… 2 poids et 2 mesures !

Mais en même temps, HADOPI, autorité purement administrative, arrange bien les pouvoirs parce que cela permet d’exercer un filtrage, donc une potentielle surveillance des flux. En retournant la charge de la preuve sur le prétendu pirate, via l’installation obligatoire sur son PC d’un élément logiciel, un super «malware», c’est bien un mouchard en bonne et due forme qui effectue une bien sale besogne. Inutile de dire qu’un tel dispositif serait excessivement dangereux pour les libertés individuelles, même si elles ne tombaient pas entre de mauvaises mains.

Mais la donne à quelque peu changé, puisque la justice européenne vient de condamner le filtrage du Web. Par un arrêt du 24 novembre par la Cour Européenne de Justice (CEJ), dans une affaire opposant la SABAM (SACEM belge) à un FAI, la CEJ rappelle les droits fondamentaux de l’Union, notamment en matière de «protection des données à caractère personnel ainsi qu’à leur liberté de recevoir ou de communiquer des informations». En cette période ou les velléités de limitation des libertés est patente, cet arrêt sonne comme un rappel vigoureux à la Loi. Et pan sur les doigts.

Dans ce grand tourbillon HADOPI, le dernier épisode de la saga est quasi burlesque. L’ARJEL, l’autorité de régulation des jeux en ligne, cette nébuleuse destinée à promouvoir le racket à toute heure, qui arrose des mafias proche du pouvoir, mis en place avec la haute bienveillance des puissants de ce pays, voit ses ouailles contribuer via la publicité (pop-ups, page d’attente…) au financement de Megaupload que les mêmes tentent actuellement d’interdire… On avait bien pris l’habitude du n’importe quoi, mais là, on a incontestablement franchi un nouveau palier. Mort de rire.

Dans ce pays, à force de multiplier de telles gesticulations, on serait plutôt mort de honte.

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Semer du vent

Il y a un peu de monde ce jour devant l’Assemblée Nationale. Cette petite troupe bigarrée s’agite, mais son message est couvert par les bruits de la circulation. Les automobilistes pressés passent, sans rien voir, sans rien entendre d’autre que le vacarme continu des moteurs et des klaxons. Ils ont tort, parce que le cri d’alerte de quelques paysans protestataires est des plus importants : derrière les colonnes, dans l’hémicycle, on examine un texte qui remet en cause pour les hommes de la terre le droit de ressemer leur propre récolte.

Inutile de gratter plus longtemps pour savoir qui peut bien proposer une nouvelle loi si urgente, si fondamentale dans notre beau monde libéral. Christian Demuynck, sénateur UMP et proche de Toto 1er, justifie sa proposition de loi afin de «relancer la recherche agricole en France». En pratique, le texte propose d’autoriser la semence de ferme pour quelques espèces, en échange du paiement d’une «contribution volontaire obligatoire» (CVO), et d’interdire cette pratique pour toutes les autres espèces. Ainsi, les choses sont claires : pour obliger le passage vers les semenciers, on interdit purement et simplement par la Loi une pratique ancestrale : semer une partie de la récolte précédente… Au passage, vous aurez remarqué le néologisme «Contribution volontaire obligatoire». Très fort…

«Tous les exploitants du monde agricole» doivent contribuer à l’effort de financement de l’innovation, via la CVO, indique t-on dans les rangs UMP. Tout le monde va donc devoir cracher au bassinet, où plus simplement, comment comment faire payer un usage élémentaire, naturel, totalement dénué de toute notion marchande… et rémunérer sans raison une nébuleuse de type Monsanto, quelque chose d’opaque qui n’apporte rien d’autre que du vent…

Après avoir fichu par terre la recherche agronomique publique (l’INRA), victime des coups de boutoir de la RGPP, nos représentants poussent une nouvelle manne «volontaire et obligatoire» dans des poches bien privées, leur offrant sur un plateau toute l’indépendance alimentaire d’un pays, d’un continent, du Monde. Quand il s’agit de faire des affaires de ce niveau, il n’y a depuis longtemps plus de frontières. On sait bien ce qu’il en ressortira : les OGM et le progrès génétique sauveront le monde de la faim… Mais bien sûr. Et la marmotte met le chocolat dans le papier alu…

Mais il finira par se lever, le vent de la révolte.

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Beau temps

Ce matin, un peu plus que la veille, le trajet jusqu’à l’arrêt de bus a été pénible. Le brouillard avait une odeur âcre, l’air était quasiment perceptible à chaque passage vers les poumons : c’etait totalement irrespirable. Sur les grands axes, quelques panneaux lumineux informent, qui l’eût crû, que l’agglomération lyonnaise subit actuellement un pic de pollution, qui dure depuis le 17 novembre. La raison invoquée, et ce n’est pas une blague : une situation météo anticyclonique exceptionnelle !

Déjà 60 jours par an de cette pollution. On dit stop quand ?Bien sûr, c’est le grand beau temps actuellement. Pas de pluie, mais pas de soleil non plus. Et le brouillard du moment n’a rien à voir avec ceux légendaires dans la région en raison de la proximité de la Dombes toute proche. En 2011, entre Rhône et Saône, on compte déjà plus de 60 jours passés avec plus de 50 microgrammes de fines particules par mètre cube. 60 jours de soi-disant beau temps, ou le ciel n’est plus visible, au contraire de ces files ininterrompues de véhicules de toute sorte, qui se suivent pare-chocs contre pare-chocs, à la vitesse d’un escargot. Faire passer la cause de la pollution sur la météo est franchement gonflé, annoncer par voie de presse que les ennuis de santé qui en résultent sont dus au trop beau temps est à la limite de la malhonnêteté. Les vrais responsables sont connus et découlent de l’activité humaine, avec, en première cause, la circulation automobile… Mais au plus fort de l’épisode, personne ne lâche son sacro-saint volant…

Je reconnais malgré tout que les automobilistes ont des excuses. Il y a bien des moyens de transports alternatifs, mais quand il est question de les utiliser, les difficultés commencent. On ne compte plus les créations d’associations d’usagers en colère contre la SNCF et sa gestion désastreuse des trains «de banlieue», et qui supportent retards et suppression de train avec le plus profond mépris de la part de l’exploitant. Quand réponse il y a, elles invitent cyniquement les usagers «à covoiturer, ou de prendre les bus départementaux»… Côté transport en commun lyonnais, malgré une récente réorganisation et un nouvelle carte de desserte, c’est pas mieux. On n’a pas que rallongé les bus. Sur ma ligne (le C20) on passe d’une fréquence de passage de 2 à 4 minutes à 7 heures du matin à 1 passage toute les 10 minutes… A cette heure à l’arrêt Trion, il y a carrément un trou d’une demi-heure entre 2 passages. Ce n’est pas ainsi qu’on incitera l’automobiliste à lâcher son jouet, son objet fétiche, son universel signe extérieur de richesse… D’ailleurs, on voudrait tuer les transports collectifs qu’on s’y prendrait pas autrement.

Je peux comprendre ceux qui continuent, malgré les messages appelant au civisme, à utiliser leur véhicule. Mais tout de même. Hormis les gens fragiles, qui souffrent rapidement de la dégradation de l’air, l’immense majorité semble se complaire de cette situation comme si de rien n’était. Poursuivons ainsi, avec nos oeillères consuméristes à nous moquer de notre environnement. Comme en matière de crise de la dette, les mesures à prendre seront d’autant plus douloureuses et impératives qu’elles seront prises tardivement et dans l’urgence, au pied du mur. Prendre le bus est certes pénible, inconfortable, fatiguant et rallonge le temps de parcours. Mais c’est devenu tout simplement vital.

Pas de raclement de gorge à craindre chez le Maire de Lyon, il préfère ferrailler avec les «khmers verts» pour défendre le siège doré d’un de ses copains.

L’écologie, l’environnement, ça commence à bien faire… Tiens bon Eva !

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Au revoir Madame

« L’homme libre est celui qui aide l’autre à le devenir »

Danielle Mitterand (1924 – 2011)

Danielle Mitterand (1924-2011)Le monde ne vous dira jamais assez merci pour vos engagements, vous avez fait pour les hommes bien plus que tous ces hommes politiques au verbe haut et à l’égo démesuré. Vous avez oeuvré sincèrement, en silence, contre vents et marées, et redonné espoir à beaucoup de gens. Vous avez surtout redonné une image digne à la nature humaine, plus enclinte ces temps à la cupidité, la vanité et le paraître.

Avec tout mon respect et ma profonde admiration.

Seule la marionnette d’Eric Besson m’a fait sourire hier, aux Guignols de l’info : «Danielle Mitterand n’est pas morte, le gouvernement s’y opposera !»

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Facture professionnelle

Mon téléphone sonne.
– Allo, bonjour ! Vous êtes bien gérant d’une SS2I ? me demande une voix féminine assurée, dont on ressent immédiatement le poids de l’expérience.
– Euh, non, pas tout à fait en fait, mais oui, je fais essentiellement du conseil, de l’accompagnement au changement et de la sécurité informatique, répondis-je en pensant : tiens, voilà du taf. Finalement, l’ami Google ne m’est pas complètement inutile. En dehors de me pister partout sur le Net, il finit par me servir et m’apporte quelques clients… Super ! Je continue donc de ma plus belle voix : que puis-je faire pour vous ?

Le prix s'oublie, la qualité reste... les Tontons flingueursS’en suit une rapide présentation, quelques politesses et banalités d’usage, et nous voilà dans le vif du sujet. La charmante dame continue.
– Nous proposons aux entreprises de votre secteur d’activité d’acquérir des vins d’exception qui s’adressent à un public connaisseur, des vins de garde de grande qualité, etc, etc…
A ce moment, je m’interroge : je l’éconduis gentiment ou je continue ? sachant pertinemment que mes moyens ne me permettent pas actuellement d’acheter les noms de rêve qu’elle me cite, même en une seule bouteille… Mais je continue, curieux, voyageant de Gigondas aux Graves, en passant par les Côtes de Beaune… Noël n’est pas loin, mais encore trop pour qu’il s’agisse d’un cadeau. Après un bon quart d’heure à parler de robe, tanins, terroirs, exposition, cépages et vendanges, j’attends la phrase qui tue : combien pour cet assortiment de 12 bouteilles ? Ce qui m’a achevé n’est pas le prix, au demeurant très raisonnable, mais le reste :
– je vous fais une facture «professionnelle», au nom de votre société…

Alors que le débat fait rage actuellement sur les questions de fraude, de triche, de passe-droit, le procédé me heurte profondément. Evidemment, je ne suis pas né de la dernière pluie, je sais bien comment fonctionne le barnum. Cette manière de faire est parfaitement légale, mais cela s’apparente dans mon esprit à une fraude caractérisée : faire prendre en charge par la boite un certain nombre de «frais» personnels réduit artificiellement son résultat, et augmente les revenus du réel bénéficiaire en toute cachette du fisc. Un gain parfaitement déguisé et invisible. Le salarié, l’assisté, le malade sans aucun sens des responsabilités, ils déclarent tout à l’euro près. Mais ce sont eux qui supportent l’entière charge des difficultés de notre société, y compris en terme d’image : on vilipende le glanage, on fustige les arrêts maladies, mais on ouvre en grand les fenêtres pour l’évasion fiscale. Et c’est pas prêt de changer.

J’ai fini par dévoiler que j’étais auto-entrepreneur, et que cette «possibilité» ne m’était pas permise, ce qui a coupé court la conversation, et la transaction… Dommage, 130 euros pour de telles bouteilles, livrées à domicile, c’était presque cadeau.

Juste en passant, la fraude fiscale, c’est plus de 40 milliards par an, et depuis 2002, juste quelques centaines d’autres. Une peccadille…

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Que des indélicats

Notre gouvernement sentant l’écurie toute proche, se démène et fait feu de tout bois pour conserver son triple A, qu’il est d’ailleurs le seul à percevoir comme tel puisque les marchés lui prêtent au taux du double A. En matière de gesticulation autour de la dette du pays, la récente accélération quasi «supraluminique», comme les derniers neutrinos mesurés, de nos sages gestionnaires les ont conduit à une grande découverte. L’argent, il y en a, partout, à foison, et résulterait essentiellement de la fraude…

Article du Canard Enchaîné du 9 novembre, cliquez pour agrandirLa fraude, c’est selon mon vieux dictionnaire, un acte qui a été réalisé en utilisant des moyens déloyaux destinés à surprendre un consentement, à obtenir un avantage matériel ou moral indu ou réalisé avec l’intention d’échapper à l’exécution des Lois. On peut évidemment palabrer sur la teneur des règlements, mais en principe, c’est tout de même l’intérêt général qui prévaut. Et en tant que tel, frauder, c’est incontestablement faire du tort à autrui.

Mes proches pourront le certifier, j’ai réagi assez violemment sur les propos du roquet de l’UMP, l’autre jour, quand il a annoncé la nième mise en cause des profiteurs du RSA sans rien faire, et des amateurs d’arrêts maladie, poussant pour tous les salariés le curseur de la carence encore un peu plus loin. La fraude dite «sociale» existe, indiscutablement, comme en matière fiscale, dans le monde du travail, dans le sport, la restauration, le commerce… Dans variété de domaines, elle concerne une poignée d’individus indélicats qu’il suffirait d’empêcher du nuire au moyen de contrôles et de services adaptés. Seulement voilà, ces services, on les ferme, on les désosse, on les brise, et le gouvernement met ses personnels fonctionnaires, ses propres salariés, au ban de la société. Non seulement, il se permet de critiquer la Grèce pour son absence de règles, pour la pagaille et le côté «oléolé» de son administration, mais en plus, il conduit le pays dans le même état, incapable de faire respecter les lois qu’il prend, incapable d’endiguer, non les 220 millions d’euros perdus sur des arrêts maladie, mais les 45 milliards envolés chaque année en fraude fiscale, pour ne parler que de cela… Dans mon département, pour ma seule direction, je viens d’apprendre la suppression de 56 emplois.

Que l’on punisse les fraudeurs, riches ou pauvres, selon leurs manquements, je trouverais cela plutôt normal. Mais on remarquera bien vite que les véritables enjeux ne sont pas sur ceux qui supportent actuellement les foudres de l’Etat UMP. Le but ultime n’est pas là, évidemment. En allongeant la durée de travail, on a trouvé un truc infaillible pour baisser les retraites. En augmentant la carence, on grignote un peu le salaire qui fait bouillir la soupe. Et ce n’est qu’un début, soyez-en sûr. Juge et parti tiennent les rennes : la Grèce aujourd’hui, l’Italie demain, menée par un grand spécialiste apolitique, ancien consultant de Goldman Sachs, sont aux commandes d’un formidable laboratoire, où les solutions s’élaborent sans tabou. Vraiment aucun !

Et pour les rabat-joie de droite, j’ai trouvé cela : «Lorsqu’on presse les états-majors de faire des économies, il faut les empêcher de les faire sur les haricots du soldat». Ch. De Gaulle (De Gaulle, traits d’esprit Ed. Le Cherche midi). A méditer

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L’invisible bonheur néolibéral

Cela fait 5 ans qu’il est parti, jour pour jour. Le poète est mort à 94 ans, en nous laissant un héritage que nous ne sommes pas près d’oublier. Tous les jours, son ombre plane et nous rappelle son message : le libéralisme est le seul système qui permette le développement économique. Milton Friedman, prix Nobel d’économie en 1976, est LE théoricien de la révolution néo-libérale. Ses thèses, activement reprises partout sur la planète, même dans les endroits les plus improbables, alimentent les marchés et les gouvernants en doctrine dérégulatrice jusqu’à l’obsession.

Milton Friedman, fossoyeurL’Homme, le commun des mortels dans tout cela ? Inexistant en tant que tel, il est évoqué en qualité de bras, de consommateur, et bien évidemment en tant que fraudeur, quand, exemple pris au hasard, un chômeur refuse un emploi en raisons des largesses sociales «des états». Ben voyons ! On est bien au cœur de la théorie : garantir le capital contre l’érosion monétaire, mieux rémunérer les actionnaires et les créanciers, réduire la progressivité de l’impôt, réduire le coût du travail (donc les salaires), réduire le rôle redistributif de l’Etat, réduire l’Etat tout court…

Nul besoin d’être devin pour remarquer que le monde, dans ce modèle, est à bout de course, tousse et se déchire. Quand on en est à ce point à désigner parmi les sans-grades les «coupables», quand les remèdes décrétés produisent autant d’effet qu’un emplâtre sur une jambe de bois, je me dis que l’avenir et celui de mes enfants, en l’état, est passablement bouché. Mais cela n’empêche pas les politiques de droite, au manche depuis des lustres, de nous promettre le bonheur avec force conviction.

Avec mes camarades blogueurs, je pose à nos décideurs la question : quel bonheur ? Et quand ?

Madame, Monsieur,

Vous vous définissez vous-même comme étant de sensibilité « libérale » sur le plan économique et c’est bien évidemment votre droit le plus strict. Vous ne verrez donc pas d’inconvénients à être sollicité afin de répondre à une simple question.

Nous, blogueurs et citoyens de sensibilité de gauche, sommes depuis une trentaine d’années face à votre discours nous assurant que le libéralisme économique – ou néolibéralisme si vous préférez – ne sera qu’une promesse de bonheur et de liberté pour tout un chacun, humbles comme aisés, et qu’un passage, certes douloureux mais que vous nous assurez « nécessaire », par une période de temps plus ou moins difficile où serait mise en place une sévère mais juste « rigueur » économique, finira, à terme, par porter des fruits dont tout le monde sans exceptions profitera…

Disons le net : nous sommes sceptiques.

Non pas que nous mettions en doute votre bonne foi quant à ces affirmations : votre sur-présence médiatique depuis tant d’années nous a convaincu de votre sincérité. Mais tout de même, tout le monde finit par se demander, à force :

Ce fameux « bonheur néolibéral » qu’on nous promet depuis 30 ans, ça vient quand ?

Parce que dans un pays comprenant 8 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté et des salariés pressurés comme des citrons en permanence, et où malheureusement il semble bien qu’une fraction fort malhonnête de personnes trouvent à s’enrichir en se contentant de siéger dans des conseils d’administration, il est quelque peu délicat de percevoir les bienfaits des idées que vous défendez.

Comme toujours, vous répondrez à cela qu’il faut « poursuivre les réformes » parce qu’on a « pas assez libéralisé » ; mais soyons sérieux : il vous faut clairement admettre que vous vous êtes plantés. Qu’en 30 ans vous n’avez pas été foutus de faire quelque chose de bien. Et que le néolibéralisme n’a conduit qu’une fraction infime de gens très riches à encore plus s’enrichir au détriment de tous les autres.

Notre question sera donc : pourquoi ne pas admettre que votre idéologie est nuisible pour la majorité, que vous vous êtes plantés, et que dans l’intérêt général, vis-à-vis duquel vous vous référez sans cesse, il serait mieux que vous laissiez tomber et passiez à autre chose ?

Dans l’attente de votre réponse, veuillez Madame Monsieur agréer l’expression de nos salutations distinguées.

Avec les blogueurs : Océane, Mipmip, Agnès, SeeMee, Seb Musset, CSP, Dadavidov, Vogelsong, Intox2007, Dedalus, Nicolas, Christian, Valérie, et tous ceux qui voudront bien prendre la parole à leur tour et relayer cette interpellation, comme dalipas, Cycee, Hern, Stef, Gaël, Custin, Catnatt, GdeC, rannemarie, Des pas perdus, Jojo, Galuel, Altermonde sans frontière, Sophie, Totem, Sotica, Lucas Parax, Dedalus, Yann, Anthony Nelzin !

J’envoie cette missive ce jour, par mail, à quelques personnalités bien pensantes locales, et vous tiendrai bien évidemment au courant de la teneur des éventuelles des réponses.

PS repris depuis chez Seb : Nous comptons sur le lecteur pour faire tourner, avec nous, cette lettre et inonder avec les courriels et formulaires des émissions de télés et de radios toute la semaine.
En vous remerciant.

Hashtag Twitter : #bonheur_neoliberal

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La boucle est (presque) bouclée

Ce week-end, on a «fêté» des victimes, celles de la grande guerre, décimant des générations complètes de pauvres hères, mais aussi celles, plus contemporaines, désignées par le marché, accusées de ne pas se plier aux exigences que réclame la situation actuelle de crise… Parler de fête est un brin exagéré, j’en conviens, même si les rues italiennes déversaient une liesse peu commune. On peut se réjouir de l’écart du «Cavaliere» pour l’ensemble de son œuvre, mais faut-il pour autant se réjouir pour la suite ?

Malheureusement, nous devons, en principe, patienter jusqu'en mai 2012...Personne jusqu’à aujourd’hui n’a contesté la collusion entre le pouvoir politique et les milieux financiers, qui semblaient même faire bon ménage : chacun son rôle, chacun sa part de pouvoir et de gloriole. Après l’épisode grec du référendum avorté de justesse, la donne a changé. Désormais la finance prend résolument la main, écartant ouvertement les personnalités politiques, gênés qu’ils sont par les bribes restantes de démocratie, pour y placer ses pions. En Grèce, en Italie, les successeurs ont de drôles d’accointances avec Goldman Sachs, dont le rôle dans la constitution des dettes souveraines est primordial, et fabuleusement rentable.

Les problèmes de l’Europe ne se résument pas à la dette, et surtout pas à sa monnaie qui contrairement à ce qui est clamé un peu partout, n’est pas en crise. Le problème de l’Europe vient surtout de son mode de gouvernance : dans un tel espace où la seule chose commune est la monnaie, les disparités économiques, fiscales, sociales, ne peuvent qu’engendrer des crises à répétition. Le fédéralisme, avec la mise en commun des règles, des faiblesses, mais aussi des atouts est la seule solution. On m’opposera bien sûr la perte de souveraineté des Etats en pareil cas. Mais Goldman Sachs, qui défait les gouvernements à son envie, et impose les mesures antisociales que réclame les marchés, ce n’est pas déjà une perte de souveraineté ?

Ni les politiques, et encore moins les financiers ne peuvent envisager une telle uniformisation parce que ce faisant, ils se priveraient, non seulement d’un pouvoir jusque-là absolu, mais aussi de tout un espace de production non contraignante, à bas coût, sans législation sociale ou de protection des ouvriers, celle qui permet une rentabilité record sans passer par la Chine ou le Maghreb… Cet alignement aurait aussi des vertus sur les flux migratoires, devenus inutiles puisque les conditions de vie sont régies par les mêmes réglementations… Mais nos puissants n’en veulent pas. Donc, on va continuer à subir, et les financiers à s’enrichir.

Il n’y a rien de bon à attendre des changements qui s’opèrent dans les arrières boutiques. Même si El Minimo se fait écrabouiller «démocratiquement» en mai 2012, la curée va continuer, sous la férule des marchés et le jugement implacable des cours de bourse. C’est eux qui décident, et en plein jour maintenant. La fête est finie, la boucle quasiment bouclée.

Mais pas tout à fait. C’est bien connu, dans la grisaille, les blogueurs savent dénicher les perles rares, et profiter des moments essentiels. En l’occurrence, à l’occasion de la venue d’EricCitoyen en famille dans la capitale des Gaules, un KDB décentralisé s’est organisé dans un bouchon lyonnais, et a permis de passer une soirée fort agréable avec Bembelly et Madame, Vallemain et sa maman Minijupe, le très classe JeandelaXR en cravate fort seyante, et l’inoxydable Romain, sorti à grand peine de son arrondissement à l’odeur alléché du St-Joseph. Tout ou presque, a été abordé, l’accent alsacien chantant d’Eric, Apple, les blogs, l’écologie, les nœuds de cravate, les blogueurs, leur plume, leurs lieux de perdition… Nos récits d’ancien combattant sur nos souvenir du 1er KDB, cet espèce de dépucelage bloguesque à la Comète, le passage obligé de tout blogueur (de gauche) qui se respecte, a même donné envie à Vallenain et Minijupe de tenter l’expérience. Nicolas, je te les recommande. Mais on me souffle à l’oreille qu’ils sont de droite… Pas grave, ils sont vraiment sympa, et, entre Rhône et Saône, on recommencera, avec Trublyonne, Sasa (qui vient d’y passer, au KDB…), Littelcelt, Lemotdugone, et plein d’autres.

Quant au Pinot gris, il est à l’état d’excellent souvenir…

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Chacun doit payer

Alors qu’on a pas encore fini d’analyser complètement les conséquences du dernier plan de rigueur, voilà qu’en coulisse, certains députés UMP en font des tonnes, allant jusqu’à proposer que la représentation nationale, à titre d’exemple, réduise ses émoluments de 10%. Du coup, la mesure, somme toute symbolique, est une vrai rupture, mais laisse imaginer jusqu’où le prochain plan va nous mener…

Participer ou non à réparer le bordel qu'on a semé, telle est la question !Le salaire d’un député passerait ainsi de 5.200 à 4.500 euros nets, auxquels il faut rajouter les invariables 6.200 euros de frais de représentativité, sans parler de la multiplication des pains des cumulards… La proposition émane de Lionnel Luca, député UMP des Alpes-maritimes, qui se justifie : «on est dans une situation difficile, comme jamais depuis la Seconde Guerre mondiale. Je ne peux pas dire à mes concitoyens de faire des efforts et m’en exonérer». Courageux et louable en cette période troublée…

L’économie réalisée serait de 5 millions d’euros. Mais la proposition a des détracteurs, et pas seulement à droite. Parmi les aboyeurs de service, il y a surtout l’ineffable Jacques Myard, député des Yvelines, un habitué de la défense de causes foireuses. Selon lui, le salaire des députés est «amplement mérité», annonce qu’il travaille «7 jours sur 7», et que la mesure ne serait que «pure démagogie».

Sur ce dernier point, il n’a peut-être pas tord. Par contre, rejeter l’exemplarité que constituerait le parlementaire en période de crise est caricatural. Si c’est son droit le plus strict de refuser une mesure qui lui semble préjudiciable, je souhaite juste lui rappeler que les ouvriers, en pareil cas, n’ont guère le choix quand on leur annonce au mieux une baisse de salaire, une perte de leur droit à congés, au pire la suppression de leur emploi… Crise ou pas crise, ils s’y plient sans discussion possible, de gré ou de force ! Et un ouvrier n’émarge pas à 10.400 euros mensuels…

Messieurs les députés, sénateurs et autres bénéficiaires des largesses de la République, votre mesure est effectivement démagogique. Que vous défendiez vos exorbitants privilèges et votre train de vie avant tout autre chose est compréhensible, mais du haut de vos rémunérations hors-normes, votre attitude de refus est indécente et méprisante envers ceux que vous contraignez chaque jour davantage. D’ailleurs, cette évocation des baisses généralisées des salaires n’est pas innocente, et je pressens qu’il ne faudra guère attendre longtemps avant que la mesure soit sérieusement envisagée comme la nouvelle seule solution possible…

Pour n’avoir pas fait son boulot de contrôle de l’exécutif, moins 10%, c’est vraiment la moindre des choses…

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La vengeance

Cela fait des années, des dizaines même, où j’entends prononcer les mêmes logorrhées : c’est la crise, le pays vit au dessus de ses moyens, il n’est plus possible de continuer ainsi. Depuis que je travaille, soit depuis 30 ans, les crans sur la ceinture ont bougé, et pas qu’un peu, mais pas dans le sens voulu, au propre comme au figuré… Je consomme dans la limite de ce qui m’est possible de faire, sans fantaisie aucune, et contribue normalement aux charges de la Nation. Je ne peux vivre à crédit et paie tout, sans aides, au prix fort. Je compte tout à l’euro près, et empile de plus en plus fréquemment des renoncements qui se transforment dans la durée en sacrifices chaque fois un peu plus douloureux. Mon livret A, comme seule épargne, a un solde positif de 0,65 euros… Mais de quoi suis-je donc coupable pour reprendre un nouveau coup de bâton dans les jambes ?

Visiblement, je dois être un dangereux générateur de dette publique. Déjà, je suis petit fonctionnaire, besogneux mais invisible, taillable et corvéable… Mais au delà, ce nouveau plan de rigueur, imposé par la communauté internationale, m’apparaît d’abord comme une reprise en main vigoureuse des peuples au sens large. Parce que les pouvoirs, politiques et financiers, ont été pris d’une peur panique. L’épisode grec du référendum, invitant le citoyen à se prononcer, a sonné comme une terrible remise en cause de leur autorité alors qu’aucune question n’était encore élaborée… Le seul fait d’évoquer la possible expression des «sujets» a soulevé des énergies colossales pour que le 1er ministre grec soit prié de revenir sur sa décision et invité à plier les gaules sans moufter davantage.

Suite présidentielle au Majestic à Cannes, à la rigueur...Le boulet est passé près, et nos politiques ont vite fait de concocter un nouveau plan de rigueur, qui sonne comme une vengeance contre toute velléité d’expression. Les indignés du parvis de la Défense en savent quelque chose, harcelés, puis débarrassés qu’ils sont par les Condés de leur matériel de couchage, ce qui s’apparente soit dit en passant à du vol ou destruction volontaire de biens d’autrui puisque rien n’interdit leur présence pacifique dans espace public… Rigueur, rigueur…

Les milliards à trouver sont censés équilibrer un budget 2012 bancal dès la conception, en raison principalement de la prise en compte d’un taux de croissance fixé au doigt mouillé, mais pas que. Sera ainsi ponctionnée la masse laborieuse qui fait déjà les frais de réformes iniques, qui paie au prix fort l’égocentrisme et la mégalomanie du pouvoir. Mais toujours rien de significatif concernant les niches fiscales. Le dispositif Scellier est certes abrogé, mais les plus importantes, coûteuses et improductives demeurent. Par exemple, la «niche Copé», votée en catimini en 2004 sous l’impulsion du Ministre du budget éponyme. Elle exonère d’impôt sur les sociétés les plus-values encaissées par des personnes physiques ou morales en cas de vente de leurs filiales ou titres de participation détenus depuis plus de deux ans. Elle a coûté au budget de l’Etat, la bagatelle de 9 à 10 milliards en 2007, 2008 et 2009… Pour 2010 bizarrement, le chiffre n’est pas connu. On en ferait bien des choses en abrogeant une disposition des plus inutile et improductive économiquement, qui profite essentiellement à 10 grandes entreprises du CAC40. Mais on préfère faire supporter la rigueur aux salariés.

Je ne suis pas responsable de ces âneries, ces mesures de copinage et d’auto-protection, de passe-droit, de magouilles à peine dissimulées, qui font les fortunes sur du vent en peu de temps, mais j’en paie les conséquences tous les jours. Les systèmes de solidarités se délitent, la protection sociale s’effiloche, les retraites fondent alors que nous payons ces dispositifs de plus en plus chers. Mes enfants dégustent aussi, de manière assez invisible pour l’instant, par le sabotage du système éducatif, les livrant le moment venu «clef-en-main» aux prédateurs du monde du travail, démunis, prêts à consentir à tous les caprices de ces esclavagistes modernes pour s’aligner sur les modèles productifs à la chinoise.

Des efforts, cela fait 30 ans que j’en fais. Un peu plus, un peu moins, je suis rodé, et je n’ai guère d’illusion pour la suite. On se passera de sapin pour Noël, et on s’offrira une orange, comme quand j’étais gosse. Je n’en suis pas mort… Demain, c’est ma paie qu’on réduira, comme en Grèce. C’est déjà écrit : il faut réduire la dépense. Il faudra faire avec, en silence, puisque l’indifférence est devenu le sentiment général. Mais je ne peux pas m’empêcher de voir le monde autour de moi, ces grosses berlines dépasser mon bus matin et soir. Je me demande, le nez collé à la vitre humide, si El Minimo ou François Fillon se rappellent la dernière fois qu’il ont sorti leur chéquier pour payer de leurs deniers leur cantine, leur EDF ou leur gasoil, et comment ils ressentent cette période de disette. Parce que pour moi, avec 17% de perte de pouvoir d’achat depuis 2000 et la rigueur actuelle, c’est ceinture ET bretelles.

Je me demande comment on peut prôner la rigueur en posant ses fesses une seule nuit dans un hôtel pour 37.000 euros, payé par le contribuable. Et à crédit.

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