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2011
La vengeance
Cela fait des années, des dizaines même, où j’entends prononcer les mêmes logorrhées : c’est la crise, le pays vit au dessus de ses moyens, il n’est plus possible de continuer ainsi. Depuis que je travaille, soit depuis 30 ans, les crans sur la ceinture ont bougé, et pas qu’un peu, mais pas dans le sens voulu, au propre comme au figuré… Je consomme dans la limite de ce qui m’est possible de faire, sans fantaisie aucune, et contribue normalement aux charges de la Nation. Je ne peux vivre à crédit et paie tout, sans aides, au prix fort. Je compte tout à l’euro près, et empile de plus en plus fréquemment des renoncements qui se transforment dans la durée en sacrifices chaque fois un peu plus douloureux. Mon livret A, comme seule épargne, a un solde positif de 0,65 euros… Mais de quoi suis-je donc coupable pour reprendre un nouveau coup de bâton dans les jambes ?
Visiblement, je dois être un dangereux générateur de dette publique. Déjà, je suis petit fonctionnaire, besogneux mais invisible, taillable et corvéable… Mais au delà, ce nouveau plan de rigueur, imposé par la communauté internationale, m’apparaît d’abord comme une reprise en main vigoureuse des peuples au sens large. Parce que les pouvoirs, politiques et financiers, ont été pris d’une peur panique. L’épisode grec du référendum, invitant le citoyen à se prononcer, a sonné comme une terrible remise en cause de leur autorité alors qu’aucune question n’était encore élaborée… Le seul fait d’évoquer la possible expression des «sujets» a soulevé des énergies colossales pour que le 1er ministre grec soit prié de revenir sur sa décision et invité à plier les gaules sans moufter davantage.
Le boulet est passé près, et nos politiques ont vite fait de concocter un nouveau plan de rigueur, qui sonne comme une vengeance contre toute velléité d’expression. Les indignés du parvis de la Défense en savent quelque chose, harcelés, puis débarrassés qu’ils sont par les Condés de leur matériel de couchage, ce qui s’apparente soit dit en passant à du vol ou destruction volontaire de biens d’autrui puisque rien n’interdit leur présence pacifique dans espace public… Rigueur, rigueur…
Les milliards à trouver sont censés équilibrer un budget 2012 bancal dès la conception, en raison principalement de la prise en compte d’un taux de croissance fixé au doigt mouillé, mais pas que. Sera ainsi ponctionnée la masse laborieuse qui fait déjà les frais de réformes iniques, qui paie au prix fort l’égocentrisme et la mégalomanie du pouvoir. Mais toujours rien de significatif concernant les niches fiscales. Le dispositif Scellier est certes abrogé, mais les plus importantes, coûteuses et improductives demeurent. Par exemple, la «niche Copé», votée en catimini en 2004 sous l’impulsion du Ministre du budget éponyme. Elle exonère d’impôt sur les sociétés les plus-values encaissées par des personnes physiques ou morales en cas de vente de leurs filiales ou titres de participation détenus depuis plus de deux ans. Elle a coûté au budget de l’Etat, la bagatelle de 9 à 10 milliards en 2007, 2008 et 2009… Pour 2010 bizarrement, le chiffre n’est pas connu. On en ferait bien des choses en abrogeant une disposition des plus inutile et improductive économiquement, qui profite essentiellement à 10 grandes entreprises du CAC40. Mais on préfère faire supporter la rigueur aux salariés.
Je ne suis pas responsable de ces âneries, ces mesures de copinage et d’auto-protection, de passe-droit, de magouilles à peine dissimulées, qui font les fortunes sur du vent en peu de temps, mais j’en paie les conséquences tous les jours. Les systèmes de solidarités se délitent, la protection sociale s’effiloche, les retraites fondent alors que nous payons ces dispositifs de plus en plus chers. Mes enfants dégustent aussi, de manière assez invisible pour l’instant, par le sabotage du système éducatif, les livrant le moment venu «clef-en-main» aux prédateurs du monde du travail, démunis, prêts à consentir à tous les caprices de ces esclavagistes modernes pour s’aligner sur les modèles productifs à la chinoise.
Des efforts, cela fait 30 ans que j’en fais. Un peu plus, un peu moins, je suis rodé, et je n’ai guère d’illusion pour la suite. On se passera de sapin pour Noël, et on s’offrira une orange, comme quand j’étais gosse. Je n’en suis pas mort… Demain, c’est ma paie qu’on réduira, comme en Grèce. C’est déjà écrit : il faut réduire la dépense. Il faudra faire avec, en silence, puisque l’indifférence est devenu le sentiment général. Mais je ne peux pas m’empêcher de voir le monde autour de moi, ces grosses berlines dépasser mon bus matin et soir. Je me demande, le nez collé à la vitre humide, si El Minimo ou François Fillon se rappellent la dernière fois qu’il ont sorti leur chéquier pour payer de leurs deniers leur cantine, leur EDF ou leur gasoil, et comment ils ressentent cette période de disette. Parce que pour moi, avec 17% de perte de pouvoir d’achat depuis 2000 et la rigueur actuelle, c’est ceinture ET bretelles.
Je me demande comment on peut prôner la rigueur en posant ses fesses une seule nuit dans un hôtel pour 37.000 euros, payé par le contribuable. Et à crédit.
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10 Réponses
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Alter Oueb, déclaré à la
pâs le temps de tout lire, I’ll be back. Mais je met au défi quiconque de prouver que cette fameuse suite a couté 37000 euros (hormis les copies de copies de copies d’articles de journaux qui affirment sans rien prouver factuellement )
DSK, à ce prix, avait une chambre garnie…
le plus drôle, c’est que le candidat Hollande veut juste redonner du sens à la rigueur…
Je plussoie à 100% ton avant dernier paragraphe … tu vis ma vie ou bien ?
Merci pour le lien aussi
@corto74,

Te fatigue pas, même le responsable de la comm de l’Elysée a reconnu que de tels tarifs étaient pratiqués…Notre Lider Minimo ne brille que par la grandeur de ses frasques.
@toto,
@des pas perdus,
Hollande, c’est dans le bon sens qu’il faut le mettre, et d’entrée…
@Princesse101,
Je crois malheureusement qu’on est très nombreux à vivre la même vie, et à percevoir ce qui arrive ! Et on est nombreux aussi à percevoir, comme le souligne @des pas perdus, qu’Hollande n’est pas la solution !
Comment on peut se foutre de la gueule du peuple ?
Très facilement, comme le font les grosses entreprises en préférant détruire notre environnement pour gagner un petit dollar. Et le Peuple est obligé de manger des poisons, emballés dans du plastique pollueur qu’on nous fait payer après nous en avoir rendu accros sous prétexte de respect de l’environnement.
Tiens, j’avais une copine qui bossait dans un centre commercial où la grande surface avait une jolie boîte à l’entrée de récupération des piles usagées pour le tri sélectif que faut pas les jeter dans la nature. Et le soir, la boîte était vidée avec le reste des ordures. Avec les restes des produits comestibles que de plus en plus de gens du peuple tentent de récupérer pour bouffer sans aller aux restos du cœur.
Non, franchement, le pouvoir, c’est que du bonheur. Il suffit de se contempler le nombril ou celui d’un-e con-joint-e et le reste du monde peut crever.
Elle est déjà vielle l’image du premier film inspiré par « La Planète des Singes » de Pierre Boule, réalisé par Franklin J. Schaffner, qui nous montre un personnage venu de notre époque, et pleurant devant le reste englouti de la Statut de la Liberté : Ils l’ont faite sauter, leur bombe !
Oh, certes, la bombe n’est plus qu’un mauvais tour (désolé !) mais le fléau économique persiste et signe.
Même un référendum ne fait plus peur, c’est des conneries. Les français avaient voté contre le projet de constitution européenne et on s’en est foutu. Les irlandais ont du re-voter jusqu’à ce qu’ils se décident à voter Oui car sinon, comme les grecs de 2011, ils allaient foutre le Monde en l’air.
Et je suis sur, disait la chanson, et je suis sur sur qu’on nous prend pour des cons, mais j’en suis certain !
@Vincent
Oui, la bombe a changé de nature, sans aucun doute : d’atomique, elle est passée à économique.
Il y a peut-être une pointe de péssimisme en moi, mais l’observation du monde actuel et de ses multiples soubresauts, quelque chose me dit que l’atomique reviendrait bientôt…
Pour la véracité des 37.000 euros, voir http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/g20-suite-a-37-000-eur-le-103877 . Intéressant…