ACTA : tous en prison !

Depuis le fameux 19 janvier, pas un jour ne passe sans que l’actualité n’aborde le vaste sujet d’internet. La réalité est qu’un bras de fer monumental s’est engagé entre les «institutions» au sens large et une petite catégorie d’utilisateurs suffisamment informés pour alerter des tenants et aboutissants des différents projets de réglementation et de contrôle de ce qui passe dans les tuyaux du net. Ainsi exposé, le manant de passage ici pourrait penser être en présence d’un énième billet pour geek boutonnant. Il n’en est rien : le sujet est éminemment politique parce qu’il concerne notre vie de tous les jours, parce qu’il touche à l’aspect le plus fondamental de nos sociétés dites moderne : la liberté.

Dans la guerre qui se dessine, on fourbit ses armes : HADOPI, SOPA, PIPA, etc… Maintenant, il y a ACTA, pour AntiCounterfeiting Trade Agrement. En France, ce traité international, élaboré depuis plusieurs années dans le plus grand secret par de sombres représentants de 39 pays, a été adopté le 26 janvier. Son objet ? Les infractions au droit d’auteur. Mais le sujet est trop vaste pour le résumer en quelques lignes. Pour appréhender ACTA, je vous conseille vivement d’aller au bout des 6 minutes de cette présentation explicite des plus limpides.

Cela permet de remettre bien des faits dans une perceptive différente.

Revenons au 19 janvier. Megaupload est fermé à grand renfort de médias, abreuvés par les lobbys et l’industrie du disque de propos et commentaires mensongers et déplacés sur l’activité et la personnalité de Kim Schmitz Dotcom et ses comparses, accusés des pires crimes, d’agissements sordides, d’un train de vie honteux, construit sur le bien d’autrui… Pour ACTA, pour la seule reproduction de cette illustration certainement protégée par un copyright, je risque la fermeture de mon blog...Une grossière manipulation. On sait aujourd’hui que Mégaupload était en mesure de lancer, 2 jours plus tard, une offre de téléchargement «légal» rétribuant directement les artistes, c’est à dire sans passer par les Majors et autres institutions de profiteurs. Comme l’image parle plus qu’un long discours sur les conséquences de cette modification de répartition des fruits de la création, je vous laisse contempler ces quelques chiffres. A vous de trouver les vrais raisons de cette fermeture.

C’est la guerre, et le terrain actuel, c’est internet. D’un coté, il y a une industrie privée qui s’est mis le monde politique (et complètement incompétent sur le sujet) dans la poche, en lui amenant sur un plateau un instrument de contrôle d’un outil de communication planétaire réputé jusque là totalement in-maîtrisable. De l’autre, il y a une nouvelle forme de résistance, solide, ultra technique, efficace et médiatique, politiquement mature, insaisissable et déterminée, les Anonymous. Les tentatives de salir leur image, de les faire passer pour des pirates, des voyous, des irresponsables, des criminels qui se cachent sous leurs masques n’y feront rien : ils sont le seul contre-pouvoir actuel disposant d’une capacité de nuisance à la mesure des attaques subies par la démocratie et la liberté individuelle… Il y a 22 règles (pas de liens, vous comprendrez pourquoi, mais pour l’heure, Google vous les livrera encore) qui régissent leurs actions et permettent de percevoir les usurpations et les manipulations des puissants : pas de violence, pas de dégradation, pas d’action contre les journalistes, les circuits et relais d’information… Et, en toute circonstance, rester cool.

C’est la guerre, et elle finira par déborder de l’internet, parce qu’en fin de compte, c’est l’avenir de la démocratie et l’évolution des libertés telles que nous les connaissons actuellement qui se jouent. Il n’y a aucune paranoïa dans ce constat, il y a une réalité globale, qui dépasse les frontières : le partage, quel qu’il soit, quel que soit son objet, sera payant, ou ne sera pas, ou sera puni. Une chose est absolument sûre : avec un tel arsenal de censure, les révolutions arabes n’auraient jamais vu le jour, et c’est bien de cela qu’ont besoin nos dirigeants : d’avoir les mains libres.

Ou qu’on se trouve, il va falloir se serrer les coudes.

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Encore un acte manqué

Je n’ai pas eu le courage de Dada. J’avais pourtant annoncé que je me tiendrais éloigné de la boite à image, pour me préserver. C’est jamais bon de finir une journée énervé. Mais je n’ai pas résisté longtemps. Encore aurait-il fallut avoir le choix. En zappant, il n’y avait guère de possibilité d’y échapper : 8 chaînes, rien que cela, retransmettaient la sainte parole.

De guerre lasse, j’ai finalement résisté jusqu’à la fin alors que les annonces étaient largement éventées. Le Chef de l’Etat, enfin celui qui colonise le poste pour 3 mois encore, ne fait qu’occuper le terrain médiatique face à François Hollande. Le terrain économique et politique est perdu depuis longtemps : ce qu’on a pas été capable de faire en 10 ans ne se fait pas en 3 mois. Economiquement, le Lider Minimo a oeuvré pour ses bailleurs de fonds, entretenant suffisamment le chômage comme outil de discipline sociale : quand on est précaire, on ne se rebelle pas. Politiquement, il est cuit, il le sait. Les faits sont là, le bilan est désastreux, et une forme de lassitude transpire. Dès lors, il est bien facile d’annoncer de belles mesures quand un terme aussi proche s’annonce : j’ai fini l’émission le cœur léger : tout ce décorum, cette grand-messe pour ça, au final pour pas grand chose… Rien ne se fera, ou sera défait.

Les mesures annoncées sont sans surprise, sauf celle qui permet de construire 30% de plus pour faire baisser les prix des logements. J’ai rien compris, je m’excuse, mais j’imagine que quelques-uns ont déjà perçu le gain possible. Le tour de force est tout de même d’avoir annoncé des mesures sans les nommer : normal pour un candidat qui dit n’être pas encore candidat. Supprimer certaines charges patronales et augmenter en contrepartie la TVA, c’est la TVA sociale. Je sens bien le bénéfice de la mesure, qui sans surprise va produire les mêmes effets que la baisse de TVA pour les restaurateurs… L’autre grande idée, toujours sans la nommer, c’est négocier l’organisation du travail par entreprise : c’est la fin des 35 heures, où le terme «négocier» veut dire acquiescer, sinon c’est la porte… Si les salariés décidaient quoi que ce soit en entreprise, ça se saurait. Il reste encore une espèce de Taxe Tobin, toujours sans la nommer, sur les transactions financières franco-françaises, histoire de donner de la consistance à l’agitation, et quelques bricoles qui m’ont échappé, noyées dans le blabla politicien.

La nouveauté, quelque part, a été la prestation des journalistes. Compte-tenu du panel en présence, il y avait fort à craindre d’assister à une séance d’application de brillantine. On y aura vu une Claire Chazal dans un exercice hors de l’habitude, à la limite de l’outrage… et un Jean-Marc Sylvestre peu actif, loin de son habituel regard béat d’admiration envers son maître, laissant même échapper plusieurs soupirs réprobateurs aux réponses du monarque. Les amitiés effilochent, les soutiens se distendent, on bruisse dans son dos. Bref, les caves se rebiffent.

Au delà, le seul point vraiment agaçant a été cette référence continue et appuyée au voisin d’outre-Rhin. Tout n’y est pas aussi rose : c’est un pays qui n’a aucune marge de manœuvre à assez court-terme, plombé par le vieillissement d’une population que rien ne peut compenser, surtout pas sa jeunesse, bien moins nombreuse d’en France (18%, en constance baisse, contre 25 en France). Une vision à si court-terme fait peur, mais peut-on vraiment lui reprocher de ne pas savoir prendre de la hauteur ?

Enfin, c’est sans surprise qu’on a eu droit un exercice d’introspection à faire chialer, et à l’habituelle litanie des fautes d’autrui : la crise, les 35 heures, les 60 ans, les autres, les socialistes, évidemment, peut-être même Jean Jaurès et Léon Blum… A bien y réfléchir, la plus grande bêtise vient probablement du père, celui qui un jour, décida d’émigrer, de fuir son pays la Hongrie, pour s’installer en France plutôt qu’en Allemagne…

J’oubliais. En 1944, en Allemagne, il y avait Guéant et Hortefeux.

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Une cabane au Canada

Le second entretien d’embauche s’est bien passé pour François Hollande. Il y avait pourtant beaucoup à craindre d’Alain Juppé, le fils naturel de Jacques Chirac, désigné successeur incontestable et incontesté, le «meilleur d’entre-eux» pour accéder au Saint-Graal, jusqu’à ce que la justice contrecarre quelque peu son plan de carrière.

Alain Juppé, bon pour la retraite J’avais un peu d’appréhension quand Juppé s’est installé face à Hollande, avec ce sourire un rien agaçant du professeur qui en impose naturellement, qui va faire la leçon au bizut. Dès ses premières paroles, empreintes d’arrogance, cette suffisance si coutumière à l’UMP en toute circonstance, surtout pour défendre l’indéfendable, ma crainte s’est soudainement dissipée. Hollande était ferme, résolu, concret, maîtrisait son sujet, haussant le ton à bon escient.

Parmi ses grandes qualités, Juppé est tenace, droit dans ses bottes, légiférant contre vents et marées des textes dont il est le premier à s’affranchir, faisant par exemple valoir ses droits à la retraite à 58 ans, alors qu’il vient d’allonger la durée de cotisation à 40 annuités en 1995… L’autre, et non des moindres, est la fidélité à toute épreuve à son maître. Pour le protéger, il a payé de sa personne et évité de peu le séjour en cabane, puis s’est fait oublier quelques années au Canada, ce qui l’a tout de même un peu ramolli et déconnecté de certaines réalités. Il n’a rejoint son nouveau maître que tardivement, par défaut, ce qui lui permettait d’exister encore un peu, sait-on jamais…

Sur le plateau de France 2, Juppé avait plusieurs missions , dont celle de faire prononcer le nom de son maître. C’est la seule qu’il a remplie. Il semblait ravi de son effet, mais il a échoué partout ailleurs et s’est consumé assez facilement, exposant désormais totalement le candidat pas encore candidat, qui à son tour occupera le petit écran dimanche 29 janvier. Ce qu’il y annoncera, comme la fin des 35 heures, et un nouveau tour de vis dans les dépenses sociales, n’a plus guère d’importance, la messe semble dite : la droite a failli sur toute la ligne. Les graphiques présentés par le journaliste de BFMTV se sont tous retournés contre le gouvernement au pouvoir, soulignant son implication dans la protection des plus fortunés. En la matière, ce n’est pas une question de conjoncture, mais une volonté manifeste, ce que j’assimile à une faute morale, une tromperie, un détournement. Le vrai programme du PS

Chaque jour qui passe nous rapproche du 22 avril. Avec Hollande, l’avenir ne sera peut être pas meilleur, parce qu’il ne dépend «pas entièrement» du barreur. Mais il sera incontestablement différent du quinquennat que l’on subit actuellement, plus humain, plus respectueux des gens, j’espère plus à l’écoute, et rien que pour cela, j’y souscris.

Dimanche, le Nain, je le zappe. Le vrai programme de l’UMP

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Faire du gras

Il y a une semaine, la police a mis hors d’état de nuire des individus très dangereux, escrocs notoires, qui sévissaient au mépris des lois, par dessus les frontières, sans aucune limite, et exclusivement sur le net. La pêche au gros a rapporté au delà des espérances : des masses insensées de billets, des comptes bancaires un peu partout, des voitures luxueuses à foison, et même des armes…

Kim Dotcom, un gros poisson qui fait du lard...C’est ainsi qu’une certaine presse a rapporté la rocambolesque fermeture de Megaupload et l’arrestation en Nouvelle-Zélande de Kim Dotcom, le patron de la plus grande plate-forme d’échange de fichiers, alias Kim Schmitz, ou le contraire, et de quelques comparses. Même les responsables politiques s’en sont mêlés, en soutenant ostensiblement l’opération, en fustigeant ces criminels qui font du gras sur le dos d’autrui.

A vrai dire, bien que porté sur la chose, j’en sais bien peu sur le fondateur de Megaupload et sur son modèle économique. Les acteurs majeurs du net passent tous pour être des personnalités marquées et singulières, comme Bill Gates, Mark Zuckerberg, Linus Torvald, Steve Jobs, Larry Wall, et autre Richard Stallman. Le poisson du moment appartient bien à cette catégorie, brillant, excentrique, hors de toute norme, insaisissable. Ils ont à peu près tous bâti des fortunes colossales grâce à ce qu’internet permettait : le partage sous toutes ses formes. Mais aujourd’hui, le partage, c’est mal… Mais Kim Dotcom est tombé pour ses provocations perpétuelles et surtout en raison de sa titanesque fortune. le reste n’est que prétexte.

Faire du gras serait donc un crime. Je me suis pincé jusqu’au sang à l’annonce des justifications avancées : les responsables de Mégaupload étaient avant tout des voleurs, leurs revenus provenaient de la spoliation des artistes et des ayant-droits… Pourtant, il en est d’autres à faire éhontément du gras, autrement dit un bénéfice hors norme, sans conséquences aussi funestes. Et certains magots résultent manifestement d’escroqueries exécutées au grand jour. Total, par exemple, a fait 14 milliards de bénéfice au plus fort de la crise des subprimes quand Bernard Arnaud, patron de LVMH et parrain du dernier de la famille régnante, doublait quasiment sa fortune personnelle. Et cela continue. Pour les opérateurs de téléphonie mobile, dont l’un est dirigé par un intime du roi, l’escroquerie est toute autant colossale, puisque, dans leur grande mansuétude, ils ont divisé sans dommages le prix de certains forfaits par 3 du jour au lendemain pour s’aligner sur le dernier entré. De son côté, EDF, sur un secteur monopolistique, annonce devoir augmenter ses prix de 30%, excusez du peu, alors que la maintenance et l’avenir devrait en principe être compris dans le prix actuel. C’est pourtant ainsi que fonctionnent les TPE et PME… La grande distribution mérite une mention spéciale en asséchant producteurs et consommateurs, et en règle générale, toutes les boites cotées au CAC40 se gavent à un point inimaginable. Et pendant ce temps, le tissu économique local se meurt en silence, ignoré, abandonné.

Je suis volé tous les jours, et vous aussi, le plus légalement du monde, et il n’y a pas de police pour intervenir. Ce n’est pas une surprise, c’est le résultat du vrai programme de l’UMP, et dont le vrai bilan s’affiche au grand jour : en 10 ans de pouvoir absolu de la droite, c’est toujours plus de chômage, plus de précarité et plus de bénéfices….

Ce jour, François Hollande a dévoilé son programme, le vrai programme du PS, celui qui doit faire consensus entre le 22 avril et le 6 mai 2012 et rassembler toutes les voix d’une France attachée à d’autres valeurs que celles de l’argent roi, du bling-bling et du clientélisme exacerbé. Dans ce programme, il y a 60 mesures réalisables, pouvant opérer un véritable changement, déjà dans la manière d’exercer le pouvoir. Ensuite viendra peut-être le temps du partage équitable des produits d’une société apaisée, raisonnable et responsable, libre et solidaire. J’espère, mais très honnêtement, j’ai beaucoup de mal à y croire.

Une chose est sûre : les vaches maigres, ça suffit.

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Lettre ouverte des salariés de LEJABY

Monsieur le Président,

Nous avons décidé, nous les 93 salariés de l’entreprise LEJABY à Yssingeaux en Haute-Loire de nous adresser à vous pour vous faire part de notre indignation.

Nous allons recevoir toutes et tous, nos lettres de licenciement après des dizaines d’années de travail au rendement pour des salaires voisins du SMIC. Nous sommes victimes des délocalisations des productions et de la recherche permanente de la baisse de la rémunération du travail.

Pour nous, le licenciement signifie, non seulement, la précarisation et l’angoisse mais aussi la marche inexorable vers les minima sociaux. Et nous avons bien conscience que nous ne sommes pas les seuls. Notre situation est semblable à des centaines de milliers de nos compatriotes.

Nous ne l’acceptons pas pour nous, nos familles et notre territoire.

Nous refusons cette perspective qui conduit à toujours plus de chômage et toujours moins de salaire!

Nous refusons les licenciements et voulons continuer à gagner notre vie en travaillant. Pour cela, nous demandons le redémarrage de notre atelier et la ré-industrialisation du site.

Beaucoup d’entre-nous ont plus de 35 ans d’ancienneté. Nous préférons être préretraités plutôt que chômeurs ou percevoir le RSA. Nous demandons donc la mise en place d’une préretraite à 55 ans, surtout à un moment où notre jeunesse est sans emploi.

Après une vie de travail, le chômage c’est la précarité. Au lieu de primes de licenciement dérisoires, nous voulons une prime de licenciement à la hauteur de la prime précarité, soit 10 % de nos salaires travaillés.

Unis et solidaires, nous attendons des réponses concrètes, pas des promesses, ni des discours.

Nous resterons mobilisés jusqu’à la réponse à ces exigences. Notre détermination est à la hauteur de notre colère contre l’injustice qui nous est faite. Et c’est un devoir de s’opposer à l’injustice.

En espérant être entendus, recevez nos salutations respectueuses.

Assemblée générale du personnel LEJABY Yssingeaux, le 23 janvier 2012.

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The rocket has been launched

Ca y est, François Hollande est lancé. La grand-messe du Bourget fait désormais partie des grands moments de la politique française, au même titre que ceux qui ont fondé naguère les mouvements d’ampleur, les grandes espérances, et qui mènent leur orateur aux plus hautes fonctions. Incontestablement François Hollande a changé de cape, abandonnant définitivement sa tenue «Flamby» pour une posture nettement plus déterminée, combative, quasi présidentielle.

Hollande, HuffPouf, même lancement...Le parti socialiste avait pourtant annoncé la couleur. Le vrai programme du PS, celui que François Hollande reprendra à son compte ne sera annoncé que jeudi 26. mais ce qu’il a laissé entrevoir est un coup de barre à gauche, somme toute bien modéré diront certains, mais la direction est clairement marquée. Au-delà, j’ai surtout apprécié de l’orateur sa volonté de remettre une dimension humaine dans sa manière d’exercer le pouvoir. Il y a un vrai besoin de supprimer toutes ces liaisons dangereuses avec les puissances de l’argent, et qui se servent de l’intérêt général à des fins bien particulières.

On voit tous les jours les résultats du vrai programme de l’UMP. c’est le chômage, la dette, les cadeaux pour les uns et les menaces pour les autres dans cette grande machine à broyer mondialisée. Mieux, la conjoncture est si dure qu’elle pousse, avec la bénédiction du Medef et consorts, au travail gratuit. Ah, ces pauvres gens, quelle chance ils ont, ils échappent ainsi au désoeuvrement…

Cette méthode assurément moderne touche également le monde de l’édition et de la presse en ligne. Il n’aura pas échappé au lecteur assidu qu’Arianna Huffington a lancé aujourd’hui une version française du Huffington Post, un «Pure Player» qui propose à des blogueurs et personnalités de contribuer au contenu, mais sans aucune rémunération. Là, on est carrément au travailler plus pour gagner… rien ! A la limite, il n’y a pas de tromperie, c’est bien l’application pleine, entière, et pas assumée du programme de l’UMP. Non, c’est la faute à la crise, aux autres, à Mittérand…

En ce jour de lancement du «HuffPost», le petit nom de ce nouveau média dirigé d’ailleurs par Anne Sinclair, une bande de joyeux drilles, blogueurs invétérés et constamment déssechés lancent le HuffPouf, «Pure Player & Serious PouffBloging», une nouvelle fusée qui va faire du bruit et égayer sensiblement l’actualité. Le taulier est sympa et le comptoir large et accueillant. Que demander de plus ?

Longue vie au HuffPouf.

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Le vrai programme du PS

Le vrai programme du Parti SocialisteJe suis loin d’être un inconditionnel de François Hollande, mais dans cette campagne pour la Présidentielle de 2012 qui ne fait que commencer, les coups bas se préparent… L’UMP n’a d’ailleurs pas fait mystère de son action, Brice Hortefeux, l’auvergnat qui pose problème même quand il est tout seul, est à la tête d’une cellule devant décortiquer le discours du candidat déclaré du parti socialiste et organiser la «iriposte». En tant que citoyen de gauche, cette tentative d’inonder le web de mots-clefs pour tromper l’électeur m’insupporte.

Ils auront beau jeu de railler le vrai programme du PS puisqu’ils sont les seuls à l’attendre, aujourd’hui au Bourget. Le vrai programme du parti socialiste ne sera dévoilé que jeudi 26 janvier. En attendant, on peut se délecter du vrai programme de l’UMP, et admirer, si l’on peut dire, le déplorable bilan de 5 ans d’agitation.

On est bien parti pour une campagne à l’américaine, à la recherche des cadavres dans la cave, plutôt que de se frotter projet contre projet.

Pour cela, il faudrait déjà que l’UMP en ai un.

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Partageons…

Je ne pensais pas refaire un billet sur le sujet si vite. Je ne pensais pas trouver si rapidement une preuve aussi évidente de ce que j’avançais hier, illustrant les conséquences des lois HADOPI, SOPA, PIPA et consorts. Dans le monde du net, il y a des dates incontournables. Depuis hier, il en est une nouvelle : le 19 janvier 2012. Megaupload, site de partage et de diffusion d’un peu tout, y compris de documents personnels, est inaccessible sur décision de justice américaine, et son fondateur arrêté en Nouvelle-Zélande !

Copie d'écran de megaupload le 19 janvierJe ne vais pas paraphraser Korben, qui fait un exposé très complet des événements. Megaupload était dans l’oeil du cyclone depuis longtemps. A lui seul, c’est 4% du trafic mondial. Certains applaudissent, dont notre monarque. Mais Megaupload, ce n’est pas seulement du contenu de pirate, de dangereux faussaires, d’escrocs qui piquent la mine d’or aux artistes et ayants-droits désormais à poil. C’est aussi pour le quidam lamba le moyen de partager une foule de documents de toutes sortes comme des photos de vacances, des vidéos de ses gamins, de la documentation, etc, etc… Tout cela est désormais inaccessible, perdu.

En la matière, je vais aller un peu plus loin. Les quelques geeks qui passent ici connaissent ma position sur la mode du moment, sur la possibilité d’externaliser ses données, notamment via les «clouds». Techniquement, cette solution est un bijou absolu, mais dans le cadre actuel et à venir, elle reste terriblement dangereuse. Imaginons que vos données transitent via le réseau, quelque part, mais que leur hébergement se fasse pourrir colatéralement par une décision de justice telle celle qui frappe Mégaupload… Considérons également l’indiscrétion que constitue l’inspection continue des flux qui circulent pour permettre le contrôle réclamé par les «ayant-droits» sur vos propres données… C’est bien la réalité du moment, non ?

La gageure n’était pas mince. Comme il était compliqué de poser un mouchard sur chaque machine, ou du moins, trop facile à contourner, on a fait croire à l’utilisateur moyen que le cloud était LA solution permettant un l’accès universel à ses données, qu’il répondait parfaitement aux impératifs liés au nomadisme. C’est en partie vrai, mais l’objectif est ailleurs. Il fallait surtout obtenir le consentement de l’utilisateur pour qu’il externalise lui-même ses données, ce qui, sous le couvert de la nouveauté, a été très facilement obtenu. Un attrape geek facile.

La boucle est quasi bouclée. Les données sont sur le réseau, et les lois sur le filtrage, dont on vient de voir la portée, en passe d’être prises sans qu’on se rende compte de quoi que se soit. Pour le négligent, l’étourdit, l’addition sera salée. Un exemple simple du risque désomais encouru : aux US, télécharger «illégalement» un titre de Michael Jackson vous coûtera 6 ans de prison, soit 2 ans de plus que son toubib qui l’a fait passer de vie à trépas. On marche sur la tête… Pendant ce temps, le rédacteur de SOPA, sur son site d’élu, contrevient au copyright de la manière la plus grossière.

Mégaupload est mort ? Pas sûr, le web a des ressources. Il y a les réactions de la communauté, qui elle aussi, ne connaît pas de frontières, les Anonymous en représailles ayant réduit au silence les site du FBI, UniversalMusic, et même HADOPI. En matière de site de partage, il en existe d’autres. Pour Megaupload, il doit bien y avoir quelques sites miroirs qui doivent dormir et qui vont se reveiller bientôt.

Allez voir http://109.236.83.66/

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L’image de la censure

Le web est depuis plusieurs mois en lutte contre deux projets américains de censure du web mondial. SOPA (Stop Online Piracy Act) et PIPA (Protect IP Act) sont en passe d’être votés respectivement par la chambre des représentants et le sénat des États-Unis. Compte tenu de leurs teneurs, même les mastodontes du net comme Facebook, Google, Yahoo, Ebay, Twitter ou Paypal ne sont pas à l’abri, et pourraient à titre de protestation participer au black-out pendant une courte période. Wikipédia, Reddit, Mozilla, Boing Boing, Failblog, WordPress, la Free Software Foundation ont déjà officialisé la leur.

page d'accueil d'Alter-Oueb, le 18 janvier 2012SOPA, c’est un HADOPI puissance 10 dont les limites ne s’arrêtent pas à la frontière US, ni, pour les contrevenants, à la suppression de l’abonnement ADSL… Pour toute utilisation d’un contenu protégé par droit d’auteur, c’est la cape d’invisibilité immédiate garantie. Les effets de SOPA se ressentiront dans les DNS (sur les 13 root-servers assurant le service de traduire le nom du site en adresse IP, seule routable, 9 sont américains…), rendant l’accès par l’adresse URL du site (Uniform Ressource Locator, le fameux www.quelchechose.com) impossible. Elle obligera les moteurs de recherche de désindexer les contenus, les FAI de bloquer tout transport, les éditeurs de retirer les liens. Pour finir l’asphixie, la SOPA interdira aux prestataires publicitaires et financiers (comme Paypal par exemple) de traiter avec de tels sites sous peine d’être eux même lourdement condamnés.

Les plus au fait de la chose diront que SOPA est mort-né, la Maison Blanche ayant menacé de mettre son veto sur certains aspects du texte. Mais il n’a guère cette possibilité pour son clone quasi parfait, PIPA, examiné par le Sénat le 24 janvier… Même commanditaires, même formulation vague du délit permettant d’écouter et bloquer tout site, y compris d’opinion, même arsenal répressif. Le différence ? SOPA c’est l’Amérique : on flingue d’abord, on discute après. Avec PIPA, on est notifié avant le blocage. Ca change vraiment tout.

Enfin, penser que ce problème est purement américain serait une grave erreur. La majorité des grands acteurs sont implantés outre-atlantique et une grande partie de l’innovation en matière de web en vient. Les répercussions d’une telle loi seraient dramatiques à l’échelle de la planète : contenu policé, uniforme, aucune page dissonante, aucune tête qui dépasse, un rève pour tout dirigeant quel qu’il soit, de Ben Ali, en passant par Poutine, Kim Jong-eun, Orban, jusqu’à notre bellâtre en talonnettes.

Il y a grand besoin que le net se rebiffe. Imaginez la toile, un seul jour, simplement sans Google… Ca aurait vraiment de la gueule.

A mon tout petit niveau, je participe.

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Les rats et le navire

A l’annonce de la dégradation de S&P avec perspective négative, faut-il le rappeler, j’ai vu, entendu et lu de tout ce week-end. La blogosphère s’est surpassée, décrivant avec délice un épisode bien connu de tous les cancres lors de la remise du carnet de note scolaire aux parents, entre les remontrances du paternel excédé et les tentatives d’avancer des excuses crédibles par un élève qui sait pertinemment l’ampleur des ses manquements. La sanction est tombée. Franchement, elle nous pendait au nez depuis un petit moment.

Il y a des capitaines qui frôlent trop les côtes et qui conduisent leurs bateaux sur les récifs...Je ne vais pas en rajouter une couche, elle est déjà bien assez épaisse. Ce qui m’intéresse, c’est la suite. Après une longue période de prostration, le Lider Minimo a annoncé vouloir parler aux français à la fin du mois, pour leur annoncer les décisions importantes qu’il faut prendre sans perdre de temps… Il n’en fallait pas plus pour moi pour tenter d’imaginer ce que pourrait être ces nouvelles réformes de l’ultime dernière chance de sauver ce qui peut l’être.

Il me faut donc me mettre dans l’idéologie de cette droite au pouvoir depuis une décennie, et chercher ou il est possible encore de gratter sans gêner les copains, évidemment. Allons, courage, ce n’est pas difficile, les thuriféraires de l’UMP ont largement balisé le chemin : pour stopper l’hémorragie, il faut tailler dans le code du travail, et dans la dépense publique.

Le principal credo pour être à nouveau compétitif, c’est baisser le coût du travail. L’UMP n’a cessé de le dire, il faut abolir la semaine de 35 heures, il faut supprimer les charges, et tant qu’à faire, revenir également sur la 5ème semaine de congés payés… Peu le savent, mais la France est le pays à la plus forte productivité horaire. Dans ce contexte, rallonger le temps de travail sans contrepartie n’est rien d’autre qu’une mesure de baisse généralisée des salaires. La différence, comme lors d’une baisse de TVA, je sais dans quelle poche elle ira s’engouffrer.

Même topo concernant les fameuses charges, qui constituent en fait un salaire différé (retraite) et une participation aux solidarités (retenues maladie, chômage, etc…). Leurs remise en cause fragiliserait encore davantage une société de plus en plus individualiste, mais au plus grand bénéfice des employeurs et actionnaires. Si, dans le même mouvement, il était possible de «réguler» le mouvement syndical, d’introduire un peu plus de flexibilité, et de fermer le robinet de l’assistance, ce serait assurément un mandat enfin bien rempli.

Il reste encore un levier à actionner, très efficace en matière d’économie : en s’attaquant directement à la paye des quelques 5 millions de fonctionnaires, on réduit visiblement la dépense publique. Ce poste représente un peu plus de 40% du budget de l’Etat, et 12% du Produit Intérieur Brut du pays… Baisser leur salaire, «c’est une idée qui n’est pas du tout absurde», a estimé très récemment Agnès Verdier-Molinié, la directrice de l’IFRAP. «Il faut savoir que 5% de baisse sur les salaires en France laisseraient espérer une économie de 4 à 5 milliards d’euros. Donc c’est pas du tout inimaginable, surtout quand on sait à quel point il est difficile dans notre pays de réaliser des économies». Electoralement, comme les fonctionnaires votent assez majoritairement à gauche, la mesure est neutre. Mais elle devient vite payante en tant que signal vers la fraction de population de droite déçue par l’inaction du monarque. Un bon coup de pied au cul à ces fainéants va assurément faire plaisir dans bien des chaumières.

On verra bien fin janvier. En attendant, les rats sont encore sur le navire. Babord est toujours hors de l’eau, le reste baigne, et le capitaine, quelque part, mégalomane, fier comme un coq de combat, ergots dressés contre toute critique, est encore à la manœuvre. Il vient de fracasser son jouet sur les rochers. Pendant ce temps, les passagers, en bas, se battent pour tenter se survivre, piétinant les enfants sur le chemin des canots de sauvetage. Les procédures de secours, les protections, les gilets, les consignes de bon sens, il y en avait. Mais faute de les entretenir, parce qu’on a décreté que cela coûte cher, que cela ne sert à rien, parce cela empêche de faire du «business», du fric, toujours plus d’oseille, on a arrêté, et on a fermé les yeux sans réagir. Maintenant, que chacun se débrouille, ou crève.

On a 97 jours pour rectifier le tir.

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