jan
12
2012

Boucs émissaires

J’avais préparé hier une ébauche de mon billet du jour. J’y parlais de quotient familial, sur la nécessité absolue pour le candidat du PS de défendre son projet, de démontrer son utilité sociale sans se défiler, avec courage et pugnacité. J’y abordais aussi les ridicules allégations de «sabordage de l’acquis majeur du modèle social et familial français» proférées par une droite aux abois, et dont les élucubrations collent de plus en plus finement à la devise de notre bon Maréchal : «Travail, Famille, Patrie».

Gilles Jacquier, 1968 - 2012J’ai tout envoyé à la corbeille. Dérisoire. Gilles Jacquier, journaliste, grand reporter, est mort hier, tué à Homs en Syrie en filmant pour France Télévisions le quotidien d’un pays en guerre. Français ou pas, un journaliste mort d’où qu’il vienne est une part de liberté qui s’envole, ce sont des yeux qu’on ferme, des témoins gênants qu’on bâillonne, ouvrant la porte ouverte à toutes les dérives, à toutes les manipulations. Le journaliste seul ne les empêche pas, mais sa présence contraint les pouvoirs. Il est un observateur et un rapporteur. Gilles Jacquier, 43 ans, prix Albert-Londres en 2003, avait parcouru le globe entier pour relater ce qui s’y passait, et pas seulement pour les grands conflits armés. Il exécrait la guerre «mais sur ces terrains, je peux faire de vraies rencontres» rappelait-il.

L’Institut International de la Presse basé à Vienne a recensé 103 journalistes tués en 2011 en raison de leur activité professionnelle, 36 en Amérique latine, 21 au Moyen-Orient, 17 en Asie, le Mexique et l’Irak étant alors les pays les plus risqués.

Il faut malheureusement de tels départs pour rappeler l’importance du journaliste dans notre monde. Cette disparition me bouleverse parce que de temps en temps, comme les modes, la période est au matraquage assez régulier de la profession : servile, irresponsable, aux ordres, etc…. et la blogosphère participe à ce quasi lynchage. En tant qu’observateurs de tout et de rien, les journalistes jouissent de la proximité des puissants, des producteurs d’actus et d’événements, ce qui en fait quelque part des privilégiés, et dont l’audience et l’influence est loin d’être négligeable. Il en est effectivement de bien pourris. Mais comme en toutes choses, il faut se méfier des généralités, comme celles que le pouvoir diffuse et entretient avec constance comme les chômeurs/profiteurs, les fonctionnaires/fainéants, auxquels j’ajouterais les commerçants/voleurs, et même les patrons/voyous. Comme la grande majorité de ses confrères, Gilles Jacquier pratiquait son métier avec foi, celle d’informer, de relater, de montrer, d’analyser, de recouper sur le terrain, pas à la façon Pujadas, quelque peu obséquieuse, dans la chaleur et la lumière d’un plateau de télévision.

Je me garderai bien d’accabler cette profession. Elle est en crise, comme bien d’autres, et pour des raisons qui ne sont pas toujours conjoncturelles. C’est l’évolution dit-on, le virage numérique que certains ont mal négocié. La modernité, c’est l’info pré-machée, prête à gober, immédiate, en 200 signes, et forcement gratuite. Pas facile pour un jeune journaliste de s’affranchir du moule du «politiquement correct» et d’échapper à la peur, celle omniprésente du chômage. Je peux comprendre. Nos émissaires deviennent des boucs dont on préfère se plaindre. Seulement, parmi nous, combien achètent un journal ? Combien contribuent à un journalisme de qualité, objectif, impartial, indépendant ? On a finalement bien la presse qu’on mérite.

Et si on réfléchissait un peu par soi-même ?

Du coup, je pense aussi à Guy-André Kieffer, froidement assassiné en 2004 à Abidjan, et à quelques autres…

Sur le même thème, quoique :

  • Rémi Ochlik (photo Yoan Valat / Maxppp)De plus en plus intolérable
    C'est par ces mots qu'Alain Juppé a déploré la mort de 2 journalistes occidentaux à Homs, en Syrie. Rémi Ochlik, phot...
  • Hollande, HuffPouf, même lancement...The rocket has been launched
    Ca y est, François Hollande est lancé. La grand-messe du Bourget fait désormais partie des grands moments de la polit...
  • marianneL’arroseur arrosé
    C'est la mi-août. L'actualité devrait normalement laisser un répit au blogueur afin qu'il puisse vaquer. Que nenni, a...
  • derakhshanLes mollahs mollissent
    Le blogueur blogue pour s'exprimer. Ca semble évident, comme ça, à première vue, mais c'est pas si simple, car ce qui...
  • chine-censureLa Chine s’est éveillée
    Hu Jintao s'en est retourné chez lui après avoir fait son marché en France. A y regarder de plus près, ces 2 jours de...
  • Elle est poubelle la vie ?Elle est poubelle la vie ?
    Il y a quelques temps, à la lecture d'un billet de Romain Blachier, j'avais passé un grand moment de franche rigolade...
Envoyer cet article à un ami... Envoyer cet article à un ami... 

Une Réponse

  1.    Al West le 13 janvier 2012 09:07

    Point Godwin avant même d’être entré dans le vif du billet, chapeau l’artiste ! Dommage, ça discrédite le reste.

    Amicalement.
    Al.


Abonnez vous au flux RSS des commentaires de ce billet

Laisser un commentaire :

Votre nom (obligatoire)  

Votre email (obligatoire)  

Site Web  

Vos commentaires



URL de retrolien de ce billet : http://www.alter-oueb.fr/2012/01/boucs-emissaires/trackback/

2010-2013 Alter Oueb, déclaré à la CNIL sous le n°1432138 - A propos - Me contacter - Mentions légales
Propulsé par WordPress, thème adapté à partir de SkyHigh traduit par niss.fr, hébergé par Alter-Oueb