J’ai tout compris

C’est le jour pour publier un billet qui date. La prochaine occasion ne se représentera pas avant 4 ans. Alors, tant qu’à faire, autant exprimer quelque chose de différent. J’ai bien trop l’habitude de réagir à l’actualité, à bondir sur des attitudes, des faits ou des propos que je juge déplacés, disproportionnés, inappropriés, injustes, ou carrément malhonnêtes. On a tous tendance à se braquer quand quelque chose ne va pas et d’en donner la publicité que cela mérite, mais l’inverse est beaucoup plus rare. C’est le moment de compenser ce déséquilibre.

J'ai Free, j'ai tout compris...Une récente déconvenue matérielle m’a donné la possibilité de tester le service après-vente d’une boite qui fait actuellement le buzz sur le marché de la téléphonie mobile. D’ailleurs, pour la petite histoire, les 4 téléphones de la maison sont tous passé sur ce nouvel opérateur. Si l’attente a été un peu longue, ce qui est assez facilement compréhensible, les cartes SIM annoncées sont arrivées en temps et en heure, et la portabilité s’est effectuée de la même manière… Depuis, rien à redire, c’est nickel, je suis plus que satisfait, surtout quand je pense à l’arnaque monumentale dont je viens de m’extraire. Belle concurrence, libre et non faussée !

J’en reviens à l’objet principal. J’avais ma box Free cassée (fricassée…). Le disque dur de ma V6, que j’utilise comme NAS, a décidé de se réincarner ailleurs, sans autre message que des grincements bien caractéristiques de ce genre de panne, sans en affecter les autres fonctions. Un petit appel au 3244 et 3 minutes d’attentes (un lundi matin) plus tard, le hot-lineur m’informait fort courtoisement de l’échange de l’élément défectueux 2 jours plus tard via le transporteur aux camions bizarres. Un SMS suivra qui explique tout, les modalités, les dates, heures… Super.

Le lendemain 11 heures, un livreur était à ma porte, la box à la main. Il fallut à la hâte tout débrancher sans pouvoir prévenir mes clients de l’interruption de service, remplacer l’élément, tout rebrancher sans se tromper, répondre au téléphone pour rassurer, et reconstruire le réseau local… 35 minutes plus tard, le service était à nouveau opérationnel, et le boss (c’est moi) content et soulagé. Dans l’après-midi, je recevais un autre SMS confirmant l’échange pour le lendemain à 10 heures… Au final, que dire ? Servi 26 heures après l’appel, le rêve absolu.

Je suis freenaute depuis la première heure, et je n’ai jamais eu à m’en plaindre. Il y a bien eu un ou deux écrasements de ligne il y a longtemps, mais d’autres opérations comme un déménagement, et le dégroupage sont passés comme une lettre à la poste. Il y a aussi que je suis du métier, qu’il y a des erreurs à ne pas commettre, et que vraisemblablement, j’ai dû par moment avoir un peu de chance.

Je ne fais pas de publicité, je suis simplement satisfait du service et adhère assez à la philosophie véhiculée par cette société face aux mastodontes de son secteur d’activité. Mais tout n’y est pas rose, loin de là, et je ne suis pas naïf : son but, c’est l’oseille. Comme tous les autres, mais un peu moins que les autres… Voilà, c’est dit.

Pour les mécontents, les frustrés, les sympathisants UMP, pitié, pas taper !

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Je continue

Je suis enchaîné, lié de partout pour répondre à onze questions. Lancée par Io, le premier à me taguer a été FalconHill, suivi de peu par Lolo, Vallenain, puis Homer, et le jeu ne manque pas de sel. Sauf qu’à cette heure, j’ai 44 questions à examiner, et certaines, à double sens, sont particulièrement pointues, et demandent un temps de réflexion que je n’ai pas en ce moment.

Peut-être y reviendrai-je, mais pour l’heure, une autre question bien sérieuse m’a été posé par Romain ainsi qu’à quelques poids-lourds de la blogosphère : vais-je continuer à bloguer après le 6 mai 2012 ?

Pas de question sur l'image, c'est n'importe quoi...A cette date, Alter-Oueb aura juste 2 ans. C’est le temps qu’il faut pour lire, apprendre, comprendre et rencontrer les gens qui rendent le web vivant et vibrant. Je me suis ouvert un nouvel horizon, trouvé un rythme et un équilibre, presque une sérénité, et je n’ai nulle envie de fermer boutique juste après avoir soufflé mes bougies.

Il reste le contexte particulier d’une période électorale cruciale pour l’avenir du pays. Je n’ai connu que la situation d’opposition, le conflit, pour ne pas dire l’agression perpétuelle de la part de nos dirigeants actuels. Elle a été une motivation importante, mais pas essentielle dans mon désir d’écrire. Je me revendique bien volontiers à gauche, mais je me caractériserais surtout comme humaniste, au delà du clivage droite/gauche pur et dur. Dans ce contexte, je crains fort que dès les dernières bulles de champagne dissipées dans la soirée du 6 mai, je revienne taper du poing et rappeler quelques évidences : il y a les discours, et ce qu’ils impliquent dans notre quotidien. C’est marqué en grosses lettres un peu plus haut.

Hollande sera très vraisemblablement élu. Il exercera sans peine une fonction présidentielle différente, plus respectueuse des gens et des institutions. Mais il ne changera pas grand chose dans notre quotidien. Il a en partie déjà annoncé qu’il ne reviendrait pas sur la réforme des retraites, sur celle de la justice, sur la carte hospitalière, sur HADOPI, l’OTAN, sur un certain nombres d’injustices sociales… Pour le reste, il doit gérer le passif laissé par son prédécesseur et composer avec la planche savonnée par les marchés avec fort peu de marge de manœuvre. Mais ce n’est pas une raison de tout acquiescer.

Hollande n’est pas mon candidat. Je m’en expliquerai bientôt. Il aura néanmoins ma voix parce qu’il est le seul à pouvoir briser la carrière du nain compétent, et pour l’heure, à mes yeux, c’est la seule chose qui compte. Mon blog va donc continuer, parque les raisons de s’indigner ne vont pas s’éteindre par magie, parce que les hommes politiques ont en commun le fait d’oublier trop rapidement les motifs qui les ont porté au pouvoir, parce qu’il est nécessaire de leur les rappeler souvent. Le nouveau taulier ne va pas échapper à la règle…

Je continue. Iboux aussi, autrement. Et que feront El Camino, Melclalex, MajicWoofy, Arnaud, Captain Haka, Monsieur Poireau, Matfanus, LouisLep, Elmone, Gabale, StefLe pudding, Cuicui, Aurel, Cyril, Dedalus, Sarkofrance et ses coulisses, Triton, Bembelly, auxquels j’ajoute Erwan, Bibi, le Partageux, Thierry, Minijupe, et pour le fun Corto ?

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De Gandrange à Florange…

« … Et je viendrai moi-même dans l’usine, je reviendrai pour annoncer la solution qu’on aura trouvée. Voilà. Et je vous dis une chose, je ne peux pas annoncer une solution que je n’ai pas. Mais on va se battre pour en trouver une et de toute manière, il faut bien se serrer les coudes parce que vous avez besoin de votre propriétaire MITTAL, vous avez besoin de l’Etat et nous on a besoin du savoir-faire qui est le votre. Voilà le message que je voulais vous dire ce matin. Vous n’êtes pas seuls, on ne laissera pas tomber… »

Toto 1er vient d’annoncer avoir fait ce jour des «propositions très précises» concernant l’usine quasiment fermée à Florange en Moselle. Mais les propos ci-dessus n’ont pas été Cette plaque, à Gandrange, a mystérieusement disparu... prononcé ce matin, ils datent du 4 février 2008, il y a 4 ans, et concernaient le site de Gandrange, une aciérie voisine du même opérateur ArcelorMittal. Des promesses dont tout le monde a pu apprécier la suite : aujourd’hui, ce site est une friche, et 575 personnes ont été renvoyé dans leurs foyers, aux bons soins de la société de l’assistanat tant vilipendée par le président-candidat qui peine à se rappeler de tous les engagements qu’il a pris naguère.

A Florange, l’amnésie est soudainement passée, au point de ressortir les mêmes promesses aux 5.000 personnes dépendantes de l’aciérie sans aucun état d’âme, sans aucune honte. A ce point, on est loin du mensonge institutionnel et courant du politicien de base. De la part du président sortant, ces actes relèvent de la maltraitance, de la manipulation, de la malhonnêteté la plus crasse. Lui confier la barre 5 ans de plus dans de telles conditions serait suicidaire. Qu’on y croit ou pas, les victimes sont toutes désignées et sans aucune possibilité de se défendre… Vivement que cette campagne cesse pour qu’on en finisse de jouer avec la vie des gens aussi légèrement.

Gandrange, Florange, rien ne change. La particularité de la rime est qu’on en connaît invariablement sa fin : identique.

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Vivre de son travail

Depuis hier, l’agriculture fait salon. Cette grand-messe annuelle permet de faire découvrir aux jeunes parisiens veaux, vaches, cochons, couvées, mais aussi d’attirer l’attention du grand public sur l’état actuel de la profession. Parmi eux, Pierre Priolet a fini sa longue «marche des doléances» vers Paris dans la quasi indifférence. Cet ex-arboriculteur de 59 ans provençal, réduit à arracher ses arbres parce que personne ne voulait plus de sa production, souhaitait par cette action attirer l’attention sur les difficultés et déséquilibres que subit le monde paysan face aux marchés.

Son passage au journal télévisé, en novembre 2010, m’avait ému et révolté. Mais rien n’a vraiment changé. Le personnage est pittoresque et sait communiquer : c’est un bon client pour les médias. Son dernier acte de bravoure : rallier Paris à pied. Il a ainsi parcouru 800 km en 40 jours, enregistrant sans relâche les doléances d’un monde qu’il connaît bien et qui meurt peu à peu, réduit à accepter des prix imposés par la grande distribution et les centrales d’achat. Evidemment, il y a de quoi être scandalisé quand le kilo de poires, dans les étales, est proposé à 3,40 euros, alors que le producteur est seulement rétribué à 17 centimes.

Pierre Priolet en marche vers ParisPour compenser cette insupportable écart, les ministres successifs ont systématiquement proposé des aides financières, alors qu’il serait si simple d’agir sur les intermédiaires et la grande distribution, afin que l’ensemble soit plus raisonnable et juste. Toto 1er, en visite avant l’ouverture au public pour éviter tout quolibet, a beau jeu de vanter les vertus du travail et sa rétribution au juste prix. C’est bien son idéologie qui a déséquilibré l’ensemble, et pas seulement dans le monde agricole. D’où l’idée proposée par le paysan marcheur de «consommer juste» et le développement de magasins de produits locaux payés à prix rémunérateur au producteur et vendus avec moins de marge que la grande distribution pour être moins chers au consommateur.

C’est bien beau de taper sur la grande distribution et ses outils. C’est certes fondé, mais le consommateur, dans ce pillage en règle, porte aussi une part de responsabilité dans ses actes courants de consommation. En ne faisant du prix l’unique critère, en provoquant une demande déraisonnable de produits sans rapport avec les temps de production, il a donné aux marchés de quoi faire la pluie et le beau temps et permis aux intermédiaires de se tailler des marges conséquentes, à la fois sur le dos des producteurs et des consommateurs.

Aujourd’hui, il faut enfin apprendre à être consom’acteur, et dans ce domaine, il y a un travail d’éducation colossal à entreprendre. Parce que côté producteurs, des organisations existent, qui développent des systèmes de distribution en circuit court, en agriculture au moins raisonnée, respectueuse de la nature et des consommateurs, qui surtout, rétribuent directement les paysans et producteurs au juste prix… C’est le cas des AMAP et autres systèmes de distribution de paniers agricoles. J’ai fait ce choix depuis plus de 3 ans : des légumes et fruits de saison, des producteurs qu’on connaît, qu’on apprécie, passionnés par leur métier, loin des clichés productivistes de l’élite fortunée qui expose au salon de la porte de Versailles. Dans ce monde là, on oublie très vite la grande distribution, je vous assure.

Un peu marre de toujours passer pour une poire.

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De plus en plus intolérable

C’est par ces mots qu’Alain Juppé a déploré la mort de 2 journalistes occidentaux à Homs, en Syrie. Rémi Ochlik, photographe de guerre, lauréat du prix World Press Photo 2012 pour ses clichés pris en Libye et Marie Colvin, ressortissante américaine installée à Londres et correspondante de guerre pour le Sunday Times sont les nouvelles victimes de la barbarie du pouvoir de Bachar El Assad. D’ailleurs, notre frétillant ministre des affaires étrangères ne s’y trompe pas : «c’est une démonstration supplémentaire de la dégradation de la situation en Syrie». Sans blague…

Rémi Ochlik (photo Yoan Valat/Maxppp)Marie Colvin (photo AFP/Getty Images)J’avais prévu un autre billet aujourd’hui, mais ces réactions officielles m’ont mis hors de moi. La disparition de Gilles Jacquier le 11 janvier avait déjà été qualifiée d’intolérable. Mais rien n’a changé pour notre classe dirigeante. Elle observe, de loin, bien au chaud, sans bouger d’un pouce, sans froisser en rien les 2 géants qui s’opposent à toute intervention sur place. Par sa passivité, elle laisse des pauvres gens se faire massacrer, en direct à la télé. Elle se contente de petites phrases servies entre la poire et le café, de banalités d’usage, comme la déclaration du jour de Toto 1er : «maintenant, ça suffit, ce régime doit partir. Il n’y a aucune raison que les Syriens n’aient pas le droit de vivre leur vie et de choisir leur destin librement».

Il a raison. Mais ça fait longtemps que ça suffit. 2 nouveaux journalistes sont morts et on s’en émeut, mais cela fait longtemps que les meurtres d’enfants, les tirs dans les cimetières, les chars dans les rues, la terreur et la barbarie ordinaire sont monnaie courante. Selon les rares ONG sur place, la répression syrienne aurait fait à ce jour 7.600 victimes… On va continuer longtemps ainsi ? Notre expérimenté président, celui même qui raille la capacité de son adversaire à gérer ce type d’affaire, si réactif et volontariste dans la crise libyenne, qu’attend-il pour agir ? Qu’attend-il pour cesser de taper inutilement du poing sur la table ? Peut-être que sur le plan humanitaire, perçoit-il une différence entre le destin du peuple libyen et syrien ! Ou plutôt a t-il peur de froisser russes et chinois, ces grandes nations des droits de l’Homs et leurs marchés ou ses proches ont de gros intérêts !

On me rétorquera qu’il y a le droit international, l’ONU, bla-bla, tout cela… Bien sûr. Mais si le droit international doit laisser se dérouler une telle boucherie pour un intérêt très particulier, à la face du monde, sans même se cacher, cela n’a aucun sens. J’avais vigoureusement critiqué l’intervention française à Tripoli, jugeant qu’elle servait d’autres intérêts, notamment celui de redorer le blason de notre monarque. Mais au fond de moi, il ne faisait aucun doute qu’il fallait aider ce peuple à se défaire d’un tyran notoire et sanguinaire. On se trouve dans le même cas de figure, à ceci près que les exactions de Bachar El-Assad pour se maintenir au pouvoir sont à une toute autre échelle, suivant de peu son feu père, auteur d’un massacre similaire à Hama en février 1982, pour écraser une révolte motivée par la même soif de liberté.

Finalement, au bout de ces cinq années de brassage d’air, à force de s’agiter, de toiser le monde, d’avoir réponse à tout comme le fayot du premier rang à chaque question de l’institutrice, je me demande si notre monarque n’a pas perdu toute crédibilité sur la scène internationale au point d’être ignoré de tous, et surtout des vrais puissants. On ne sait jamais. En période électorale, continuer d’aboyer peut encore faire illusion.

La grandeur de la France en a pris un sacré coup.

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Une seule direction

Mes séjours à la capitale sont toujours des moments rares, bien à part. La semaine dernière, l’indécrottable provincial que je suis a roulé sa bosse dans un monde particulier, un rien perturbant, où tout est différent : plus grand, plus rapide, plus à la mode, plus riche. Ici, c’est Paris. Et pour bien marquer le coup, hors l’incontournable passage au centre du monde de la blogosphère gauchisante, j’ai passé une fin d’après-midi à me promener sur la plus belle des avenues selon le parisien himself, les Champs-Elysées.

Une manif sur les Champs : si seulement...C’est avec des yeux de touriste, d’étranger un peu perdu, à la Jacques Tati, que je déambulais dans un monde hors du monde. Tout y est démesuré, rutilant, protégé. Il y a des vigiles aux entrées des boutiques prestigieuses, et des véhicules de sports font entendre des vrombissement étonnants dans cette inextricable circulation. Ici, il faut savoir se faire remarquer. On y croise de tout, des apprenties-starlettes aux allures de nouveaux-riches russes, aux saltimbanques qui animent un coin de trottoir sous l’oeil de la maréchaussée armée jusqu’aux dents. Le luxe transpire outrageusement de partout. Visiblement, la crise n’est pas passée sur l’avenue et ses environs.

Il y avait foule sur les trottoirs. Mais à un endroit particulier, il se passait manifestement quelque chose. Des barrières, 2 cars de CRS, des jeunes filles agglutinées à l’entrée d’un grand distributeur de produits de loisirs criaient, pleuraient, l’iphone à bout de bras pour capturer l’image du siècle, en tentant de se frayer un chemin vers l’intérieur de la boutique. J’ai observé la scène très amusé. Le spectacle pour un bouseux comme moi est un rien irréel : qui peut mériter un tel engouement, une telle passion ? Et j’ai continué mon chemin en restant dans l’ignorance… Mais deux choses m’ont marqué : l’extrême jeunesse du public exclusivement féminin, et le fait qu’on y entende beaucoup d’autres langues, et même du canard à la mode de George W. Bush.

Bien involontairement, mes questions ont reçu des réponses une fois de retour dans mes foyers. Je revoyais au petit écran les scènes d’hystérie collective dont j’avais été témoin. J’apprenais que la raison de tout ce battage venait du passage du boys-band pré-pubère «One Direction» dont j’ignorais jusqu’à l’existence. Mais le reportage est réellement devenu intéressant quand un groupe de jeunettes, puis un autre, déçues de n’avoir pu voir leurs idoles, s’en sont pris à l’organisateur en regrettant que la priorité n’ait pas été donné au public français pour approcher les vedettes.

Un frisson m’a traversé l’échine. Si à 14 ou 15 ans, on évoque déjà ce besoin de priorité face à d’autres ne parlant pas la même langue, c’est assez inquiétant. Cela signifie que ce mode de pensée est déjà acquit, ancré, enfouit, et irrévocablement banal et normalisé. Dès 15 ans… C’est d’autant plus grave que le motif présent est futile et dérisoire, mais qu’en sera t-il plus tard, quand cette population sera en âge d’exprimer sa voix dans un scrutin, d’émettre un avis ou des opinions nettement plus lourds de sens ?

Le résultat est là. A force de marteler le message à la mode Guéant, de stigmatiser l’autre, de désigner le voisin comme cause de tous les maux, de prôner un individualisme forcené, les esprits sont marqués, la direction clairement désignée… Il ne reste plus qu’à attendre.

Encore un élément à mettre au passif du candidat sortant.

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N’oubliez jamais

Mercredi soir, je sirotais avec insouciance quelques mousses en bonne compagnie. Nous étions accoudés, là, calmement, et le monde avait tourné sans nous : celui qui, un temps, a endossé la tunique suprême du pouvoir sans en assumer les fonctions annonçait sa candidature à sa propre succession et fort de son bilan, brigue fièrement un nouveau mandat. Croix de bois, croix de fer, juré craché, cette fois ce sera différent : il est le seul à pouvoir finir le travail, et quel travail…

Brasserie A la Comète, le centre de la blogosphèrePour être totalement franc, je n’ai aucune envie de lui donner une nouvelle chance, et le seul fait d’envisager une prolongation de l’expérience me fait monter la tension. A mon âge, il faudrait éviter… Voilà un homme qui n’a fait que gouverner avec une brutalité inouïe, envers et contre tous, avec une volonté manifeste d’en découdre, de faire plier, de casser, d’humilier. Il n’y a aucun courage dans cette attitude invariable depuis 10 ans de présence aux plus hauts postes de l’Etat. Il y a juste l’expression d’une revanche malsaine, une réponse à la hauteur d’un complexe personnel démesuré : être suffisamment argenté pour ne pas avoir à travailler, mais pas assez pour figurer et faire autorité dans le grand monde, sans parler du reste… Dans ce cas, l’engagement politique comme instrument de vengeance, comme tremplin au bling-bling, à la haute société, cela ne fait pas illusion longtemps.

Mais le monde a changé. L’homme fort du moment aussi. Il l’affirme. Désormais, il va écouter le peuple : «Chaque fois qu’il y aura blocage, je ferai trancher le peuple Français». Il ne reste plus qu’à définir cette belle notion de peuple, qui durant ces 5 longues et malheureuses années, s’est limitée aux patrons du CAC40 et quelques habitants de l’ouest parisien. Ils ont tout obtenu, au delà même de leurs espérances, et tranché des têtes, coupé des bras, piétinés des solidarités. Après s’être mis les institutions à sa main de telle manière à ce qu’aucun blocage ne survienne, ce genre de discours est à l’image du personnage : petit, mesquin, trompeur.

J’ai l’impression d’être revenu en 2007. Après 5 années à diriger le pays comme multi-ministre omnipotent, il s’était déjà positionné comme le candidat de la rupture, n’hésitant pas à pousser son propre bilan sous le tapis de Chirac. Et voilà qu’il prend les mêmes arguments éculés et la même tête de cocker battu pour se poser en victime : c’est la faute des autres, à la crise, au peuple, ce peuple un rien stupide qui ne comprend rien à cette politique.

Pendant l’annonce de la candidature de Toto 1er, les commentaires des convives du KDB, ce mercredi à la Comète, qu’ils soient de droite ou de gauche, allaient tous dans le même sens : il y a d’abord un rejet du personnage. Cela m’aurait cependant beaucoup gêné qu’il ne se représente pas. Plus que tout, je veux le voir perdre, je veux le voir tomber de sa chaise et mordre la poussière Je veux qu’il sente cette humiliation que portent tous ceux qui pointent au Pôle-Emploi et dont le mois se finit le 15 quand ce n’est pas plus tôt encore.

On ne gagne rien à prendre les autres pour des cons.

PS : et n’oubliez pas d’aller voir la vidéo du KDB chez Seb.

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Demain le dégel

Cela fait bien longtemps que je n’étais pas sorti sans couvre-chef, sans gants ni écharpe. J’ai quitté lundi mon domicile pour monter dans la capitale alors que le thermomètre sur mon balcon indiquait encore -11°, et voilà que mon barda est à présent inutile. D’ailleurs, ils l’ont dit à la télévision. Les 15 jours de grand froid ont fait la une tous les jours sans exception, et voilà que le redoux continue d’occuper les médias. Pendant ce temps, on ne parle pas d’autre chose…

Lyon, dimanche 12 février 2012Nicolas, pas celui qui fait la pluie et le beau temps, nous avait prévenu. Cette vague de froid va marquer l’histoire comme l’une des plus rudes, des plus intenses, allant jusqu’à figer la Saône à Lyon, d’une rive à l’autre, alors que son débit sous la passerelle St-Georges, à deux pas de la place Bellecour, y est habituellement vif et tumultueux. Ce n’était plus arrivé depuis 1956.

J’ai passé ces quinze jours particuliers avec une impression bizarre, avec un sentiment d’appréhension diffus. Je pourrais même parler d’impuissance devant une évidence cachée : un drame a dû se jouer sous nos yeux, mais rien n’a filtré. Malgré mon accoutrement de «classe moyenne», le froid transperçait sans peine mes gants, passant sous mon anorak au bout de 10 minutes de marche. La tête enfoncée dans les épaules, je ne pensais plus, je fuyais, mesurant du regard, à chaque nouveau pas, la distance restant à parcourir jusqu’à la porte de l’immeuble où je travaille, ou la bouche de métro.

Tous ces jours d’épreuve, des chiffres sont affichés dès 20 heures sur tous les écrans. La température ressentie est présente dans toutes les conversations. Pendant ce temps, tous ces gens sans toit, sans moyens, sans chauffage, sans électricité, que peuvent-ils ressentir ? Comment survivre dans ce blizzard sibérien alors que je résiste à peine en étant honnêtement équipé ? Ces questions me hantent et me glacent.

Il doit bien y avoir un bilan. Mon avis est qu’il doit être loin de la douzaine de victimes officielles. Parce que la réalité de la misère, celle qui se cache, celle qu’on gomme, est inconnue de nos élites. Ce n’est globalement qu’un chiffre, une statistique, un pourcentage, un simple courant d’air qui n’émeut aucun des ministres actuels, trop occupés à deviser sur la supériorité de certains hommes sur d’autres, et d’escamoter le bilan de la clique aux affaires.

Aujourd’hui, on en parlera pas d’avantage, l’information du jour, c’est la neige, suivi de l’entrée imminente en campagne d’un petit excité. La glace fond, mais on en est loin pour l’exclusion sociale. Dans les bidonvilles, les fossés, les logements isolés, mal chauffés, sous les cartons, il y a des morts, de froid, de misère, provoqués par une civilisation supérieure, que l’on découvrira tôt ou tard avec surprise, comme lors du fameux été 2003…

On est bien en France. Vivement le printemps.

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Anti ACTA à Lyon, en images

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Crédit photo : @MaiMelhor

Aujourd’hui, alors que les journaux titraient en «une» le scoop de l’année : «Il fait froid !», des manifestants ont ignoré la météo pour exprimer leur opposition à l’accord international ACTA sur la contrefaçon signé par l’Europe. Oui, des dizaines de milliers de personnes ont eu le courage de sortir de chez eux pour lutter contre l’atteinte à la liberté d’expression et aux droits des utilisateurs d’Internet menacés par ce traité international. Mais, c’est quoi cet ACTA ?

Lire la suite chez Gizmodo.fr

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Sous(rire) jaune

On n’en parle très peu, du moins jusqu’à cette heure, mais samedi 11 février est le dernier jour pour ramener les tirelires jaunes à la Poste, c’est l’épilogue de la fameuse opération «pièces jaunes». Fondée en 1989, la fondation présidée par Bernadette Chirac s’est donné pour objectif d’apporter bien-être et réconfort aux personnes hospitalisées les plus fragiles. C’est parfaitement louable, et j’ai par le passé apporté avec fierté quelques boites au facteur. Mais pas cette année.

Tiens, tu l'as vu ma boite de pièces jaunes ?Depuis 1989, pas mal de personnalités se sont affichées aux coté de l’ex première dame qui se targue de plus de 10.000 projets dans les hôpitaux français. Il y a là beaucoup de réalisations de tout premier ordre, indispensables, structurantes, financées en grande partie par les petites pièces en cuivre qui échappent régulièrement à nos doigts et croupissent au fond des porte-monnaies. Mais je ne puis m’empêcher de penser que c’est plutôt à l’Etat de combler les manques en matière de santé publique, carences d’ailleurs savamment provoquées. Cette manière de susciter la générosité publique en provoquant la pénurie et le sous-équipement me dérange.

Cela me révolte d’autant plus que les sommes récoltées sont importantes et qu’elles proviennent d’une population généreuse, mais pas vraiment aisée. En cette période troublée d’insolente opulence et de grande misère, il n’est plus guère question de faire des cadeaux. Mes pièces jaunes ne sont pas inutiles, je les utilise jusqu’à la dernière parce qu’avec l’augmentation des prix et la stagnation, voire la baisse des revenus, ce genre de fantaisie est devenu un grand luxe. Ce ne sont que quelques centimes par enfant, quelques euros par familles, quelques centaines d’euros par bureau de Poste. Les petites rivières font les grands fleuves, et les personnalités le savent et en usent : la cause est belle et les réalisations sonnantes et trébuchantes, mais qu’en est-il vraiment ? Des réceptions au décorum toujours somptueux, des défraiements hors normes pour le commun des mortels, des avantages liés au rang des «prestataires», sur des fonds généreusement attribués, ce n’est pas acceptable. Sans parler de l’exposition médiatique maximum et gratuite…

Il se dit que David Douillet a utilisé un temps pour ses déplacements privés un puissant et prestigieux 4X4 founi par la fondation. Je ne suis pas journaliste, je n’ai pas à vérifier la véracité du fait. On me soutiendra certainement que c’est faux, sans que je puisse en être convaincu. Le vrai, le faux, ce n’est que de la communication. J’ai bien été obligé de croire, comme on me l’avait affirmé, que Eric Woerth était un homme honnête, que Jannie Longo n’était pas dopée, que la crise est du fait des chômeurs, et qu’un agité inculte et agressif était président de la République.

Je garde les centimes de mon ménage. Comme je suis à Paname pour formation professionnelle la semaine prochaine, je les dépenserai plus utilement un soir, à la Comète.

Santé.

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