Etre « raisonnable »

Lettre ouverte au Maire de Lyon

Permettez, Monsieur le Maire, que je réagisse à vos propos parus dans le quotidien « Le Progrès» du mardi 27 mars où vous appelez les éboueurs du Grand-Lyon en grève depuis 3 semaines à «la raison et au bon sens» dans un conflit qui se radicalise, sans aucun commencement de solution, et qui dérive même sur un terrain complètement déraisonnable.

Je m’adresse à vous en tant que simple citoyen, certes un peu plus engagé que la moyenne, qui n’a absolument aucun lien de près ou de loin avec la corporation qui s’oppose à votre projet. Nous nous sommes déjà rencontré plusieurs fois, en tant qu’ancien président d’un club sportif majeur, puis lors de rencontres avec le monde de l’économie numérique et des blogueurs, où je tentais notamment de vous interpeller sur les grands dangers de la remise en cause de la neutralité du net.

En grève...Mon attitude aujourd’hui émane de mes lectures, de mon vécu, et de la période actuelle particulière. C’est l’objet de ce modeste blog, le titre en est précis. Nous avons en commun, à priori, une sensibilité politique de gauche. Mais votre gestion du conflit actuel, tel que vous le percevez, me questionne à plus d’un titre. Pour tout dire, elle m’agace profondément et d’autant plus qu’elle émane d’un homme, vous, qui se réclame d’une gauche se voulant plus respectueuse et à l’écoute des citoyens, à l’opposé de la manière dont le pays est dirigé depuis une décennie.

Vos propos sont éloquents et sans ambiguïté. Vous ne comprenez pas le mouvement, vous ne trouvez pas d’interlocuteurs, mais vous annoncez d’emblée que le point d’achoppement est non négociable. Vous promettez une remise à plat de la répartition des tournées en 2017, et répondez favorablement à une promesse déjà faite en 2003 à la profession de ne travailler qu’un samedi sur deux. Vous annoncez surtout que le ramassage privé coûte moins cher à la collectivité. Il y a là quelques vérités contestables, et des omissions qui ne vous honorent pas.

Vous le savez bien. Ce nouveau marché, réclamé par Veolia et Suez, a des raisons bien plus obscures. Il doit permettre d’augmenter substantiellement leurs profits, et l’inversion de la répartition des tournées répond à cet objectif : pour le centre de Lyon, c’est 15 tonnes par jour et par secteur pour 15 km parcouru, alors qu’ailleurs, c’est 10 tonnes par jour et par secteur pour 90 km parcourus. Mais on respecte la règle des 50/50 en terme de population couverte. Le service public, au milieu, on s’en fiche bien : plus de tonnage, sur lequel est basé la rétribution, en moins de kilomètres, et le tour est joué. Entrer dans cette combine, pour un homme de gauche, me dérange.

Vous le savez bien, renvoyer l’étude du fond du problème en 2017, c’est dégager grossièrement en touche. Il y aura un autre contexte, vraisemblablement d’autres hommes qui n’auront que faire des promesses de leurs prédécesseurs, d’autres méthodes, d’autres technologies… D’ailleurs, en 11 ans, les promesses de 2003 n’ont toujours pas vu un commencement de mise en place, et on voudrait que les grévistes soient «raisonnables» ? Il y a là une forme à peine voilée de mépris…

Vous le savez bien, la collecte privée ne coûte pas moins cher que celle pratiquée en régie publique. On fait bien dire aux chiffres ce que l’on veut. Vous savez, j’espère, les différences entre les tournées en matière de matériels et d’effectifs utilisés, en matière de services pratiqués, le «service complet», (soit bacs sortis, vidés, rentrés) n’étant pratiqué qu’à Lyon et Villeurbanne, en régie publique, ce qui demande forcément plus d’effectifs… Là, on est dans la manipulation pure et simple.

Vous le savez bien, les entreprises privées possèdent déjà le ramassage des ordures de fin de marchés alimentaires, les corbeilles de rue et une partie du ramassage des feuilles mortes et du tri sélectif. On est loin de la simple redistribution des cartes. En fait, toute cette affaire voit son origine dans des changements plus profonds, comme une contrepartie pour compenser le retour futur en régie publique de l’exploitation de l’eau, donc un gros manque à gagner pour les entreprises concernées… Ce sont donc les éboueurs qui «payeraient» la différence. Et ils devraient se laisser faire «avec bon sens» sans rien dire, pour faire plaisir à des mastodontes déjà riches à millions ?

On ne peut agir ainsi. En tant qu’entrepreneur dans le monde numérique, je ne peux procéder de la sorte quand je perds un client. Je n’ignore rien des enjeux et des pressions émanant de ces grands groupes du CAC40, mais il me semble que ces basses contingences financières, tant à la mode actuellement, sont massivement rejetées par les français, las de faire des sacrifices pendant que l’économie réelle est régulièrement pillée au profit d’une oligarchie égocentrique et hypocrite.

Les Lyonnais ne comprennent pas cette grève. D’une manière générale, le quidam de base ne comprend jamais une grève quelle qu’elle soit, et d’autant plus que l’image qui est modelée par les pouvoirs à destination de l’opinion publique est savamment construite. On a déblatéré sur les salaires des rippeurs pour discréditer. C’est clair, ils sont richissimes. 1.100 euros net primes comprises pour un débutant, c’est un scandale pour une activité si peu importante, tellement gratifiante, par tous les temps, et avec des horaires de rêve… J’ai toujours un peu de mal quand une personnalité politique, dont les revenus mensuels s’expriment au moyen de 5 chiffres devant la virgule, considère comme avantageux les salaires de la base. De surcroît, on a embauché des intérimaires pour casser le mouvement, et vous leur demandez d’être «raisonnables» ? Dans ce contexte, on ne peut guère blâmer les grévistes de bloquer l’outil de travail. En tout état de cause, faire donner la justice à grand frais pour le contribuable n’est pas correct, le tribunal n’étant pas le lieu pour discuter. Ce n’est pas digne.

En tant qu’élu, gestionnaire d’une collectivité de toute première importance, il me semble que votre fonction soit d’abord de protéger l’intérêt public, ce qui ne me semble pas être le cas dans ce dossier précis. On remarque tous les jours les ravages causés par l’«initiative» privée, même en mission de service public : le cas de l’eau, des transports, de la santé, de l’énergie sont emblématiques. Est-il besoin d’y revenir ?

En cette période électorale majeure, pour un membre du parti socialiste, le signal envoyé n’est pas vraiment bon. Cette gestion de crise et de ces salariés, certes fonctionnaires, ce pourrissement du mouvement (et des ordures) n’ont pas grand chose à envier aux modes actuels pratiqués par l’état UMP que le citoyen aujourd’hui dénonce. Il n’en peut plus. Il veut un changement de manière, que cesse ce discours biaisé, tronqué, partiel et partial. Après tant de coups bas dans le fonctionnement de notre société, il exige maintenant la justice sociale, celle notamment de ne plus céder aussi outrageusement aux lobbys des entreprises privées. Mais peut-être, n’avez vous pas perçu cette attente.

Je m’adresse à vous avec mon cœur de citoyen fatigué à la vue d’une société brisée, malade d’un individualisme forcené, rongée par une violence omniprésente, débarrassée des solidarités élémentaires. L’incertitude du lendemain est devenu la règle. L’avenir bascule trop facilement par les décisions que vous prenez au nom de tous. A mon insignifiante place, j’attends un changement de considération envers des gens qui n’en peuvent plus d’être constamment la variable d’ajustement, entre le marteau et l’enclume d’une économie déshumanisée. Comment, dans ces conditions, avancer et faire des projets, être serein et confiant ?

Je compte sur vous.

Veuillez agréer, Monsieur le Maire, ma grande considération.

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Négociez !

Le printemps revient en force. Les tenues vestimentaires se sont considérablement allégées, et les bas-ports du Rhône, à Lyon, proposent de belles images de vacances et de farniente avant l’heure. La carte postale est lumineuse et colorée, mais dès que l’on s’enfonce sur les boulevards et les ruelles, les senteurs changent et le spectacle est tout autre : les poubelles dégueulent et s’entassent dans la plus grande anarchie.

Le conflit opposant les éboueurs et le Grand-Lyon (la communauté urbaire) entre dans sa troisième semaine. Depuis le début, les motifs et les possibles solutions de sortie de crise n’ont guère évolué. Face aux revendications, on oppose une fin de non-recevoir ferme assortie d’une action en justice pour bien monter qui dirige la manœuvre… Inutile de dire que ce mode de concertation ne peut que radicaliser les discours.

Jean-François Carenco, Préfet de la région Rhône-Alpes, un sacré client...En la matière, il faut dire que la région détient un champion du monde, en la personne du préfet Jean-François Carenco. Découvrant le problème depuis son immense bureau doré et meublé avec prix et un certain goût, il a «globalement trouvé que les éboueurs du Grand Lyon ne travaillaient pas beaucoup». Là, c’est sûr, voilà une déclaration qui va utilement contribuer aux débats et apporter un éclairage nouveau.

Avant de lancer des âneries aussi définitives, j’aurais aimé, pour une fois, que ce monsieur parle en connaissance de cause. J’aurais beaucoup aimé le voir accroché pendant 5 heures au cul d’un camion-benne qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, de -15 à +30 degrés. J’aurais beaucoup apprécié de voir cet habitué du costard 3 pièces de grande marque en tenue verte et jaune fluo courir entre les bacs, mettre les mains dans la merde des autres et éviter de jouer les quilles pour les automobiles pressées de doubler en grommelant. J’aurais même payé pour le voir se lever bien avant l’heure du laitier et travailler sans être assisté par une armée de larbins serviles et obséquieux. J’adorerais enfin le voir accueillir avec un sourire radieux une fiche de paye sans commune mesure avec celle d’un préfet de région pour 6 jours de travail sur 7 alors qu’une promesse d’un samedi travaillé sur 2 avait été obtenue en 2003, mais jamais appliquée….

Oui, les heures de travail d’un éboueur ne sont certainement pas au nombre des vôtres, Monsieur le Préfet. Il y a derrière l’aspect purement comptable bien d’autres choses qui vous échappent, que vous refusez de voir, à commencer par la notion même de «travail» qu’il vous est impossible d’appréhender simplement.

En agissant de la sorte, nos élites oublient leur rôle, parce que dans un tel conflit, on est deux, et chaque partie a sa part de responsabilité. Crier sans cesse aux privilèges (sic) des grévistes irresponsables (re-sic) brandissant sans cesse l’étendard rouge de la grève (re-re-sic) face à des mesures et réformes concertées (re-re-re-sic) tout en étant payés (re-re-re-re-sic), c’est déformer sciemment la réalité. En jouant le pourrissement plutôt que de dialoguer, comme dans une démocratie saine, c’est la société entière qui est prise en otage. L’inacceptable n’est pas la grève, c’est l’absence de dialogue.

Et puisqu’on prend sans cesse l’Allemagne comme exemple, continuons. Ils ont, dit-on, cette capacité à négocier, à désamorcer les conflits avant le blocage, d’agir de manière raisonnable. Dans le cas qui nous concerne, c’est tout le contraire. Cette opération de modifier les tournées (pour augmenter de façon invisible les tonnages de collecte des compagnies privées, donc leur chiffre d’affaire, en contrepartie de la perte d’une partie de la distribution d’eau…) est-elle vraiment judicieuse pour l’intérêt général ? On ne gagne rien à s’arquebouter, sauf si l’objectif est de dominer, de casser, d’humilier. On doit bien pouvoir progresser et avancer ensemble. Non ?

Le changement, c’est maintenant.

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Le piège est en place

Je ne sais pas pour vous, mais personnellement cette semaine a été malsaine, avec un horrible arrière-goût âcre et permanent de vomi. Je n’ai jamais aimé cette ambiance de curée, ou la populace se masse frénétiquement devant son poste de télévision pour ne rien rater de l’effrayant mais fascinant spectacle. Pour les faits, face à l’horreur pure, il y avait de quoi être retourné par tant de haine et de sauvagerie. Mais ce n’est pas tout. Pour ne rien vous cacher, le malaise et l’odeur venait également du traitement médiatique de cette affaire et du gain potentiel que le pouvoir actuel pourrait en retirer.

5 ans de gachis, avec Toulouse en point d'orgue...Ce dégoût tarde à passer. Même les contenus des blogs des copains cette semaine, pourtant si brillants d’habitude, m’ont paru fades et creux, comme si eux aussi restaient scotchés, assistant incapables à l’habillage gouvernemental de l’évenement, à la confiscation habile de l’attention des futurs électeurs. La campagne présidentielle n’a pas été suspendue pour tout le monde de la même manière, et l’UMP a fait feu sur tout ce qui bougeait alentour sans discernement et sans état-d’âme. A la manière Merah.

Ce n’est pas le moment de faire une pause. Il faut vite se ressaisir et fourbir ses armes parce que l’effet Merah peut produire des conséquences dévastatrices pour l’avenir entier du pays. Ce dramatique épisode est du pain béni pour notre monarque en talonnette qui se demandait bien comment déplacer le débat sur l’aspect sécuritaire sans aide extérieure, sans un fait scabreux bien concret comme la fort opportune affaire Papy Voise en 2002 ou l’émeute causée par le contrôle musclé d’un voyageur, Gare du Nord le 27 mars 2007. Outre le message et l’impact des crimes abjectes commis ces derniers jours, il y a surtout l’omniprésence télévisuelle jour et nuit de Toto 1er ou l’un de ses sbires, se posant là comme le seul gardien des valeurs et de l’ordre, le pompier salvateur, alors que cela fait 10 ans qu’il souffle patiemment sur les braises. Vous avez dit suspension de campagne ?

Au moment de tirer un certain nombre d’enseignements d’un tel drame, le naturel est revenu au galop pour annoncer comme pour chaque fait divers une brouette de nouvelles lois, dont quelque chose qui ressemble à une nouvelle charge sur l’internaute butineur, dans la grande tradition de ce qui se fait déjà depuis 10 ans. Ce qui voudrait donc dire que LOPPSI, DADVSI, LCEN et consoeurs passées ou à venir comme ACTA seraient inefficaces ou n’iraient pas assez loin dans l’intrusion ? Lire serait ainsi devenu un délit ? Suis-je un dangereux terroriste parce qu’il m’arrive, dans ma veille internet et d’actualité, de passer sur des sites de ce type ? Sous le fallacieux prétexte de dire non à la barbarie, au mieux, cela ressemble à un nouvel grossier effet d’annonce, une nouvelle gesticulation, comme pour celle d’imposer les exilés fiscaux… Au pire, il s’agit d’une manœuvre pour obtenir, sans passer par les processus démocratiques, un contrôle complet de l’internet du pays. Et dans ce cas, traquer l’islamiste sur la toile serait bien le cadet des soucis du président-candidat. L’islamiste lui est bien trop utile, il ne va pas s’en priver comme cela, aussi bêtement… A plus d’un titre, le piège est bien en place.

J’aimerais tant que les français ne soient pas dupes une nouvelle fois. La première, c’était en 2007, au sortir des 5 ans d’agitation et d’affairisme à la tête de tous les ministères pour faciliter son dessein présidentiel. L’excuse consistant à clamer qu’on ne savait pas n’avait déjà aucune validité. Pour 2012, il y a un bilan. Celui d’un président en plein exercice. Il est consistant et désastreux. Il n’a protégé le pays ni de la crise, ni de la violence, et favorisé plus qu’il ne le dit le communautarisme, le sectarisme, le radicalisme, le ressentiment, l’exclusion, la méfiance des autres jusqu’à la crainte. Incontestablement un beau projet de société. Aujourd’hui, on ne le sait que trop. Surtout, ne retombons pas dans ce piège grossier une seconde fois.

Le changement, c’est maintenant.

PS : je retombe à l’instant sur un vieux billet, écrit au lendemain de la tragédie d’Oslo. C’est fou ce qu’il est encore d’actualité. Je dois être un peu devin…

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Le jeu des 7 erreurs

Les informations selon Fox News...

Je vous laisse chercher toutes les erreurs présentes dans cette magnifique capture d’écran de Fox News, chaîne d’information câblée la plus regardée outre-atlantique. A vous de les trouver, en précisant qu’il est bien possible qu’on dépasse le 7 traditionnel… Grandiose.

J’ai hâte de lire vos trouvailles en commentaires.

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En deuil

On a sauvagement tué des enfants, dans une école. On a froidement assassiné au simple motif que l’autre est différent. Ce n’est pas une communauté ni même la France qu’on a attaqué, c’est l’humanité toute entière.

Depuis quelques temps, on a considérablement baissé la garde. Une classe politique dite décomplexée a laissé se propager des petites phrases qui finissent par banaliser une xénophobie jusque la cantonnée à quelques petits groupuscules. Un verrou a incontestablement sauté. Dire qu’on va sans aucune honte jusqu’à différencier l’origine des français… On n’a rien retenu de l’Histoire, et on vient ensuite jouer les vierges effarouchées devant l’horrible spectacle. C’est immonde, c’est criminel.

Je ne peux me réduire au silence. Je n’ai qu’envie de crier, comme Gabriel, Arieh et Myriam aimaient certainement le faire, dans la cour de récréation. Comme j’aimerais les entendre encore, avec Jonathan, Abel, Mohamed et Imad…

Et maintenant, j’essuie mes larmes, et je me tais, pour la journée.

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Plus jamais ça

J-33. Personne n’échappe à l’odeur de souffre qui agite le pays et accompagne les joutes verbales des candidats à la présidence de la république . On en serait presque à se demander quel coup sordide va encore sortir du chapeau, celui qui assommera à coup sûr l’adversaire et permettra de rafler la mise. Autant dire le coup de grâce. Aujourd’hui, toute la politosphère se rue à Toulouse pour se faire voir et commenter une actualité dramatique, mais qui aurait peut-être connu un autre éclairage en dehors de l’actuelle période électorale. Il s’agit une nouvelle fois de secouer l’opinion publique avec un sempiternel «plus jamais ça». La bonne vieille recette du tout sécuritaire qui a permis à l’actuel monarque et son prédécesseur d’accéder au Graal a toujours bien cours.

Ainsi, quelques vies ont encore basculé sous la barbarie ce matin, devant une école. L’acte est ignoble, monstrueux, abjecte, mais autant le dire tout net, il me semble que ce drame deux ans plus tôt, n’aurait pas eu un tel retentissement et une telle emprise médiatique que celle constatée actuellement. Bien d’autres malheureusement ont été touchés par des tragédies épouvantables sans que cela ne soucie ou ne déplace un quelconque personnage politique. Mais là, falcons et cameras chauffent…

L’opinion publique peut s’indigner et les raisons ne manquent pas. Elles sont chaque jour un plus nombreuses, mais paradoxalement, les réactions sont de moins en moins vives. Depuis quelques temps maintenant, on constate une sorte d’apathie entrecoupée par de maigres soubresauts maladroits ou réduits par un gazage de bon aloi si besoin.

Aujourd’hui, l’opinion publique est presque blasée, personne ne bouge plus. Tout est permis, tout est possible. Des propos ouvertement xénophobes prononcés par des personnalités de l’Etat en exercice, des collusions à peine dissimulées avec les dictateurs, les mafias et le monde de l’argent pour des menus besoins personnels, un peu de sang sur les mains, un peu de favoritisme et d’arrangements par-ci par-là, beaucoup de gourdin pour qui ne gagne pas 5.000 euros par mois, tout passe, tout glisse avec un facilité déconcertante. Même le droit de grève a été bien encadré, et personne, hormis une poignée d’irréductibles, n’a bronché. Un petit matin brun…

En ce jour sombre, je ne peux m’empêcher de penser à toutes ces petites phrases assassines sur les autres, sur la stigmatisation de catégories de personnes, en désignant des communautés entières comme trop différentes. En laissant dire, on a banalisé des propos inadmissibles. On s’étonne ensuite quand des illuminés passent aux actes.

Je suis sidéré par cette société amnésique et moutonnière, nourrie en perfusion et à haute dose par TF1, le tiercé et le nouveau smartphone à la mode… A la veille de se présenter à nouveau devant le suffrage universel, le petit excité, toujours sans projet digne de ce nom, fait feu de tout bois et rebondit sur tout pour secouer une population amorphe, et même l’actualité la plus abjecte peut lui apporter un éclairage un peu plus favorable. Raconter et promettre tout en son contraire dans le même discours, même après 5 ans d’exercice du pouvoir suprême, flirter sans arrêt avec la ligne jaune de la xénophobie, de l’exclusion et de «l’humainement supportable» n’est pas nouveau. C’est le seul domaine ou il excelle, avec les résultats que l’on sait.

Qui sème la haine récolte le feu. Non, vraiment, plus jamais ça.

C’est dérisoire, mais je pense aux victimes, à leurs familles, à leurs proches.

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Alors, il est ou ?

Cherche-moi coucou coucou, je suis caché sous un chou ! Ou pas...Je cherche, je cherche encore, mais rien. A Lyon, on se risquerai même à scruter dans les poubelles qui gisent dans les rues, faute de ramassage. Pourtant, le programme de l’homme à talonnettes, s’il existait, s’il reprenait toutes les âneries proférées depuis 10 ans de pouvoir hors limite, y trouverait une juste place. Mais non, même pas, vraiment rien…

Mais je suis tenace, je vais continuer, et je ne suis pas seul : les recherches sont entreprises de partout dans le monde. La date limite absolue est le 6 mai 2012. Vous aussi, soyez charitable avec le candidat sortant. Cherchez avec nous le programme de l’UMP et publiez vos démarches sur Twitter avec le hashtag #OukileLeProgrammeDeSarko.

Quelque chose me dit qu’on risque de chercher longtemps. Pour François Hollande, son programme est connu depuis longtemps. Il est à télécharger ici.

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SFR ces escrocs

Je n’ai pas l’habitude de réagir dans l’instant, d’écrire sous la rage, mais la Société Française du Radiotéléphone m’y contraint. Une opératrice vient carrément de me raccrocher au nez quand je lui ai annoncé que l’assurance du téléphone portable continuait à être prélevé sur mon compte bien que les démarches de radiation aient été entreprises dans les règles il y a un mois. Lors de la prise d’information, SFR m’avait pourtant bien certifié que cela n’arriverait pas, qu’il ne fallait pas s’inquiéter…

Exemple de boutique d'escrocs à fuir...Je suis furieux contre ces escrocs de SFR parce qu’ils m’ont taxé 6 euros pour rien. Il y a quelques temps j’aurais considéré que 6 euros, ce n’était pas grand chose, mais la donne a bien changé. Depuis plus d’un an, à salaire bloqué, voire même en légère réduction, je dépense mensuellement plus que ce que je gagne, et je passe mon temps à retourner le budget familial dans tous les sens pour gratter partout où c’est possible. Pas vraiment facile avec un étudiant de 20 ans et une ado de 16, et quand les postes vacances, resto, ciné sont déjà supprimés depuis 4 ans. Je crois qu’il va falloir maintenant s’attaquer aux produits culturels…

Je suis furieux parce que ce genre de méthode se multiplient de partout. Quelques centimes par-ci, quelques euros par-là, pour rien, mais multiplié par quelques milliers de manœuvres analogues, les sommes gagnées de la sorte par ces mastodontes des affaires peuvent vite êtres conséquentes. Des exemples ? Une facturation de 1 à 2 euros d’appels établis à l’étranger alors que je n’y avais jamais mis les pieds. Mieux, je remarquais souvent une différence de 1 centime sur l’addition du montant hors taxe et la TVA pour donner ce que je payais. Multiplions ce centime par, disons 2 millions de factures de gogo comme moi, puis par 12 mois. Cela fait 240.000 euros par an, tout bénéfice, à l’oeil, ni vu ni connu, même du fisc !

Je chipote, bien sûr. Mais en face, ils savent bien que je ne vais pas secouer un quelconque médiateur ou les associations de consommateurs pour si peu. SFR, et toutes ces sociétés de la même eau ne le savent que trop. Prélever sans titre quelques euros comme cela sur un compte est un abus de droit, c’est un vol pur et simple, de l’escroquerie manifeste. Sans même parler de la politesse la plus élémentaire requise dans une relation client normale : au téléphone, j’ai été rejeté comme un malpropre. Je ne décolère pas.

Heureusement, ce fut l’ultime rapport que j’aurais eu avec ces voyous d’SFR. Ils ne me prendront plus rien car j’ai changé d’opérateur, celui qui permet de s’affranchir des tarifs usuraires nés d’arrangements permis par la «concurrence libre et non faussée». En attendant, je vais soigner les mots clefs du billet et faire la publicité qui s’impose à cette bande de salopards.

Cela ne mérite pas d’autres qualificatifs.

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Ca ne sent pas bon

Les lyonnais s’apprêtent à passer quelques journées difficiles. En pleine campagne électorale, un rien puante, voilà que les éboueurs de la ville en remettent une couche, en reconduisant ce matin la grève dans un conflit qui les opposent à la communauté urbaine. La mauvaise mayonnaise prend déjà depuis quelques jours entre les différentes parties, incapables de s’entendre, jusqu’à l’inéluctable : le grève, et son cortège de nuisances.

2ème jour de grève des éboueurs à LyonLes motifs ? Les éboueurs dénoncent la part grandissante attribuée à des entreprises privées de collecte des ordures ménagères. Jusqu’alors réparties à parts égales, la communauté urbaine a défini une nouvelle distribution des tournées de ramassage entre la régie publique et les sociétés privées pour octobre 2012, laissant craindre, selon l’intersyndicale, un «grignotage» progressif de la mission au profit de ces dernières.

Derrière cette histoire, il y a des intérêts subtils, bien cachés, mais qui n’ont pas échappé aux syndicalistes. Les camions privés étant rémunérés au poids collecté, les changements induits ne sont pas complètement neutres, et pour Suez et Véolia, les grands bénéficiaires, on parle carrément de jackpot ! Il y a aussi cette vilaine promesse d’un samedi travaillé sur 2, déjà promis en 2003 et jamais appliqué, et proposé comme avancée en cas de renoncement à la grève. Du grand foutage de gueule… La suite est logique, d’autant plus qu’il a été fait appel à des intérimaires pour faire sortir les camions des protestataires, ce qui a eu pour effet de durcir et radicaliser toutes les positions.

Maintenant que l’affaire est sur la place publique, on retombe dans les poncifs à la mode, les vilains grévistes preneurs d’otage, ces fonctionnaires perpétuels «va-t-en guerre» pour un oui ou un non, réfractaires à tout changement, abusant d’un droit disproportionné, etc, etc… Je suis cette affaire de loin, ni plus ni moins informé que le citoyen moyen. Je ne sais rien de leur paye, de leurs horaires, de leurs conditions de travail, mais ce conflit me parle parce qu’il témoigne de l’état actuel détestable du dialogue social. Malgré les grands discours, il n’a jamais existé. La mode du moment, c’est la brutalité, l’amnésie, la schlague : vous pliez, sinon on vous casse. Joli projet de société. On ne dirige pas une collectivité ainsi. Et encore moins un pays.

Il risque fort d’y avoir de grandes répercussions dans les rue lyonnaises. Et alors ? Ne cédons pas à la facilité de vilipender les grévistes car ils sont autant victimes que l’usager. Il n’est question ni de salaires, ni de défendre un quelconque droit ou acquis, il est question du service public, de conserver son boulot et de ne pas favoriser outrageusement un mastodonte déjà riche à millions.. De l’autre côté il y a Gérard Collomb, Maire de Lyon et Président du Grand-Lyon, la communauté urbaine, et ponte du parti socialiste. Sa manière de gérer cette affaire me hérisse et le signal envoyé est inquiétant : cela augure mal de la manière dont le PS va gérer le pays après le 6 mai. Il serait bon d’y mettre un peu plus d’humanité, de justice et de sagesse. Il serait bon de remettre enfin les grands groupes de pression à leur place. Vraiment. Il serait bon de se parler, d’être responsable avant d’en arriver à de telles extrêmes. Monsieur Hollande, j’aimerai beaucoup vous entendre sur le sujet.

«Désormais, quand il y a une grève en France, plus personne ne s’en aperçoit.» Avec ce genre d’affirmation, c’est sûr, on a fait un grand pas, en arrière !

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Chaîne humaine

L’heure est aux grands rassemblements. Leurs réussites médiatiques ne tiennent qu’à un chiffre, élaboré au doigt mouillé, ou à la louche par jour sans vent, celui du nombre de participants. Ce dimanche, je n’en retiendrai qu’un seul : 230. Cela ne représente pas un nombre de manifestants, mais la longueur, en kilomètres, d’une chaîne d’hommes et de femmes qui se donnent la main et crient leur hostilité au nucléaire, un an après la catastrophe de Fukushima.

Sortir du nucléaire, vite !On a quasiment tout dit sur la filière nucléaire qui permet au monde moderne de se permettre toutes sortes d’excès en matière énergétique, une panacée universelle. L’atome, c’est l’avenir. La ressource est inépuisable, moderne, innovante, totalement maîtrisée, totalement incontournable… Le rêve de l’énergie quasiment gratuite, et immensément profitable…

Mais la vraie vie est différente. Elle peut être rude et compliquée si on renonce à tenir compte des signaux reçus d’un peu partout, si l’on oublie l’histoire, si l’on s’obstine à écarter ce qui constitue l’expérience. C’est un peu ce qui se passe avec l’énergie nucléaire. Engoncée dans son confort, la partie argentée de ce monde refuse de voir l’évidence : quoiqu’en disent les spécialistes, il y a trop d’inconnues non maîtrisées.

La réalité est que beaucoup de questions sont éludées, ou avec une réponse invariable : «il n’y a aucune raison de s’inquiéter, tout est sous contrôle». Pensez donc ! On ne sait toujours pas quoi faire avec les déchets issus de la fission. Alors on les lègue tels des jolis cadeaux empoisonnés, à nos enfants et leurs descendances. Sous de beaux rubans colorés, c’est la mort lente qui est distribuée. Bien peu en parlent, mais le démantèlement, en dehors de sa dangerosité pour le personnel concerné et la pollution engendrée, est d’un montant astronomique, et bien entendu, non compris dans la facture, ce qui rend le coût final de l’électricité nucléaire bien moins intéressant qu’annoncé. On frise l’escroquerie.

Mais il y a surtout les accidents qui n’arrivent jamais, mais qui sont la réalité quotidienne des ukrainiens et des japonnais, qui bouleversent leur vies en les exposant au feu invisible sous des discours faussement rassurants. J’ai encore ce souvenir de la centrale du Blayais inondée en 1999, puis de Fessenheim, en 2003, en pleine canicule, frôlant là-aussi la catastrophe par manque d’eau, sans tremblement de terre, sans tsunami… J’imagine ma terre natale, cette terre d’abondance, souillée pendant 30.000 ans. Plus de Pinot Gris, de Gewurztraminer… Inimaginable.

Les pouvoirs n’en n’ont que faire. C’est le risque à payer rétorquent-ils, le risque «zéro» n’existant pas. Le risque, au demeurant, c’est le moteur de la société, la contrepartie ultime qui justifie la taille démesurée des gains financiers possibles. Le risque justifie tout, jusqu’à l’absurde, et on ne va tout de même pas tuer la poule aux œufs d’or.

Mais jusqu’à quand ? A tous les niveaux, la facture est bien trop chère. De la prochaine catastrophe, parce qu’elle arrivera forcement, on apprendra qu’elle ressemble dans ses effet à ses devancières, avec cette même impuissance face à la radioactivité, et que face à la démesure, il serait temps de penser à stopper tout cela. Je crois fermement qu’on peut faire l’économie d’un tel nouveau chaos. Je crois sincèrement qu’il est possible de produire propre dans une échéance de 10 ans. La difficulté n’est pas technique, les lobbys de l’électricité et du nucléaire s’attachant à peser sur les politiques de tout leur poids. Et comme ces deux là sont copains comme cochons… Un motif de plus pour changer de président.

J’aurais aimé être présent dans cette chaîne et me faire entendre. J’en ai été empêché, ayant réservé depuis 6 mois une place à l’Opéra de Lyon pour assister au Parsifal de Wagner. 6 heures fabuleuses hors du monde qui court et crie, féeriques et inoubliables. Ce billet sera donc ma modeste participation pour demander la sortie du nucléaire.

Parce qu’il faut sortir du nucléaire, vite.

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