Il faut continuer

Vous l’avez remarqué, j’ai brutalement disparu de la circulation en laissant ici même que quelques phrases lapidaires. Je tente de refaire surface autant que faire se peut. En reprenant mon travail ce lundi, j’ai trouvé ici ou là des mots touchants, des témoignages de compassion, des encouragements, parfois venant de personnes que je ne connais pas, et qui m’ont fait chaud au coeur… J’ai retrouvé une petite flamme et un clavier pour écrire un tout petit peu, sur les conseils de Ronald et pas mal d’autres leftblogueuses et leftblogueurs. Bien plus que je ne le pensais, l’écriture est salutaire

merciJamais je n’aurais imaginé un jour traverser un tel moment : mi-juin, mon épouse a tenté de mettre fin à ses jours mais la providence a opportunément placé un groupe de promeneurs dans un endroit habituellement désert, ce qui lui a sauvé la vie. En une vingtaine d’heures à attendre la sortie du coma, on a le temps de revoir sa vie, les 26 ans passés ensemble, tout ce qui a été accompli, le meilleur, le pire, et à se poser beaucoup, beaucoup de questions. Comment continuer avec un fardeau dont on perçoit sans peine le poids exorbitant et la place indivisible qu’il prend pour la suite de l’histoire ?

C’est encore trop tôt pour parler des raisons profondes d’un tel acte. Elles sont forcément multiples, complexes, imbriqués, enfouies, résultant certainement d’une enfance rude et pas franchement heureuse. J’en vois bien quelques unes. Ce vécu difficile à porter nous a causé quelques difficultés par le passé, mais sans nous empêcher de vivre de nombreux et grands moments de bonheur. On a accompli ensemble d’immenses et nobles choses qui effacent comme par enchantement bien des obstacles.

Mais quelque part, selon moi, notre société, le monde qui nous entoure a insidieusement changé et a pesé sur nos existences bien plus qu’on ne le croit. Jusqu’alors, nos vies étaient remplies, sans extravagance, mais aussi sans trop de privations. Le contexte de la dernière dizaine d’années traversées a fini par nous imposer des renoncements de plus en plus importants, obligeant à des choix draconiens pour sauvegarder l’essentiel : tenter de donner à nos enfants des valeurs saines et des armes pour affronter un avenir des plus incertains. Quand tout est absolument compté, pesé, analysé, quand les petits moments destinés à échapper au quotidien deviennent un luxe inaccessible, et que rien ne s’arrange, que le banquier presse, que la bague de la grand-mère est déjà vendue, c’est parfois difficile à gérer. Depuis 6 ans, les vacances se passent dans mes 4 murs, et cinémas, restaurants, petits week-ends sont classés au rang de fantasmes. C’est la crise, il faut bien payer. En tant que petits fonctionnaires d’Etat à salaires bloqués, loin des primes et avantages mirobolants que l’on entend dans les médias, elle nous fait mal. Et dire qu’on n’est pas les plus mal lotis…

Je veux dire simplement qu’on a tous des hauts et des bas, mais que si j’avais pu une fois par an passer quelques jours de vacances avec ma petite femme, pour se changer les idées, elle n’aurait peut-être pas commis l’irréparable. Je suis peut-être à côté de la plaque, loin du compte, mais je dois avouer avoir très mal vécu ces 5 dernières années, à enrager sans cesse contre toutes les arnaques «légales» que nous fait subir une société inhumaine et dévoyée. Peut-être ai-je contribué au drame. Certainement même…

Il ne reste plus qu’à déplorer, et à relever la tête pour continuer d’avancer. J’avais, il y a peu, été confronté d’assez près à une détresse analogue, un appel au secours poignant. Choqué, j’en avais fait aussitôt un billet, bien loin d’en mesurer tout ce que cela pouvait réèllement impliquer. Cet acte fait maintenant partie intégrante de la vie de ma famille. Il va falloir faire avec et construire autour. Le temps, j’espère, va faire son office pour apaiser cette dévastation. On dit bien que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort… Tous les espoirs sont donc permis.

Merci infiniment à celles et ceux qui nous ont apporté leur soutien, qu’ils sachent combien des attentions simples peuvent apaiser.

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22 commentaires pour «Il faut continuer»

  1. Comme dit par mail : courage. Tu peux compter sur les copains pour penser à toi et plus si nécessaire. Tu as eu raison de reprendre la plume, ici.

    Amitiés.
    N.

  2. Il y a des culpabilités difficiles à dépasser.
    On aimerait tout comprendre et être irréprochables , on aimerait avoir fait tout ce qu’il fallait pour éviter l’irréparable.
    Mais on n’est pas des sur-hommes , on fait souvent ce qu’on peut avec ce qu’on a et c’est déjà énorme.
    Ce qui pousse un être qu’on aime plus que tout à en finir avec la vie sera toujours pour moi un mystère absolu.

    Je vous comprends oh combien et je vous dis bon courage. Le meilleur moyen c’est effectivement de continuer à écrire . L’apaisement viendra avec la vie.

    Un père dont la fille de 32 ans s’est suicidée un jour d’Octobre.

  3. J’avais vu ton petit mot mais n’avais pas osé déranger ta peine de mots ô combien dérisoires…

    Je te² souhaite de passer au mieux ce cap difficile, d’avoir assez de hargne et de niaque pour retrouver un soupçon de sérénité.

    Avec toute mon amitié.

    À tout vite,j’espère
    Is@©

  4. 🙁

    Je tombe des nues 🙁 Je ne sais pas quoi dire à part courage, et qu’on est là , même si ce n’est que de blog à blog, pour se soutenir, être solidaires …et oui, il faut continuer… avancer c’est ce qu’on a fait de mieux pour tout laisser derrière.

  5. Courage.
    Il est des moments difficiles qui font relativiser bien des choses et se dire que la vie est ce qui est le plus important.
    Bien sur il faut avoir des combats, des buts dans la vie pour avancer, mais pour les mener il faut maintenir le plus important : la vie.
    Comme toi j’essaie de comprendre depuis plus de 30 ans un geste.
    En tout cas, je suis 3 portes + loin.
    Curagiu, uniti vinceremu.

  6. Moi qui avait aussi pris le large pour des raisons infiniment moins importantes, je repasse par ici et… ouch !
    Comme on dit, ça relativise.
    Mes pensées t’accompagnent.

  7. On dit que plaie d’argent n’est pas mortelle, mais bien sûr que si, ça pourrit trop la vie, ça majore toutes les angoisses.Il faut regarder l’avenir maintenant, tourner le dos à ces mauvais moments du passé lointain et plus proche et se fixer des objectifs raisonnables pour mettre un petit peu de joie dans chaque jour. Qui pourrait vivre sans la joie du lendemain ?
    On ne se connait pas, mais je vais te dire : si des démarches sont nécessaires, genre banque de France, au cas où le banquier et autres fauves n’auraient pas remballé leurs crocs,il faut monter sans plus hésiter une seconde,un dossier avec l’aide du service social de ton administration qui est tenu au secret; avec le soulagement d’un plan d’apurement, vous retrouverez le sourire.Si j’ai dit une bêtise,tu oublies et tu me la pardonnes.
    Amicalement

  8. Marco, ta rage de vivre et de vaincre va être communicative, ton épouse veut la partager avec toi, sois en sûr. Il est beaucoup trop tôt pour être sur le bord du chemin.

    Courage à toi, à elle, à vous deux.

  9. Il faut hélas être dans la peine pour réaliser combien une simple attention, un petit mot de soutien vous apporte une étincelle de vie.
    Alors, ici comme ailleurs, nous nous relayons pour te rapporter la lumière ! 😉

  10. Ping : Rien n'a changé #RIP2012 | Alter Oueb

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