12
2012
Quel progrès ?
J’ai passé ces dernières journées à retourner l’idée de mon billet dans ma tête, comme on remet l’ouvrage 100 fois sur le métier. Jusque-là sans résultat notable… J’ai des excuses, notamment un besoin impérieux de vacances, de sortir du rythme du quotidien, et c’est pour très bientôt. Ce n’était pas un manque d’idées, de sujets, ni même d’envie, mais bel et bien d’énergie. J’ai encore un peu la tête ailleurs.
Il faut bien l’avouer, la période n’est globalement pas à l’optimisme béat. En dehors des jeux du cirque, des larmes de victoire ou de défaite, on ne parle que de la croissance comme seul remède à la crise qui nous envahit chaque jour davantage, comme moteur du progrès qui seul nous permettra de satisfaire nos besoins. Globalement donc, vivre comme les américains, qui consomment à eux seuls le quart des ressources de la planète, cela représente le progrès moderne, l’idéal ultime que les pays émergents s’acharnent à atteindre… Au rythme actuel, ce n’est pas en 2050 mais bien avant qu’il faudra 2 planètes pour satisfaire la démesure de notre civilisation.
Tout le problème est là, et je m’interroge encore sur cette notion de progrès. Un publicité anodine parmi tant d’autres pour une célèbre marque de volets roulants illustre mon propos. On y voit une femme sans apparente difficulté d’existence qui passe son temps à lire. Et comme la vie dans son séjour démesuré est vraiment trop dure, il lui faut un smartphone pour fermer ses volets. Est-ce cela le progrès ? Je ne parle même pas de l’énergie consommée, mais simplement du principe, de cette sophistication inutile, gadget, addictive, voire dangereuse. Steve Wozniak, le comparse de Steve Jobs dans la création d’Apple, vient de tirer la sonnette d’alarme au sujet du «Cloud», cette possibilité d’externaliser ses données sur le réseau mondial. Selon lui, l’impossibilité de maîtriser ses propres données «va être épouvantable». C’est parait-il un grand progrès. L’objectif est bien ailleurs.
La technologie est omniprésente, jusqu’à des endroits insoupçonnés : très bientôt, les puces RFID seront omniprésentes dans les emballages de tout ce qui se met dans un caddie de supermarché pour nous faciliter et accélérer le passage en caisse, ou nous prévenir, via un frigo «intelligent et connecté» que la bouteille de lait qui s’y trouve est vide… J’ai du mal à appeler ce type d’innovation un progrès d’autant qu’il a un coût, forcément répercuté sur le produit, dans un contexte de hausse déjà vertigineuse des prix. On frise l’escroquerie…
Si l’on regarde le monde actuel sans trop de subjectivité idéologique, il faut reconnaître qu’actuellement, pas grand chose ne tourne rond. Le fameux progrès a contribué à abîmer notre terre de manière irrémédiable pour sophistiquer une foule d’actes simples qui n’ont nul vocation à l’être. Mais il faut créer des besoins, faire des affaires, générer du cash… Pour la planète, le point de non-retour a été allègrement franchi depuis longtemps. Inutile en revanche de s’en prendre aux pouvoirs publics et aux décideurs, car c’est bien nos actes de consommation qui conduisent nos sociétés à la situation actuelle, et qui nous empêchent aussi de nous rebeller…
Le vrai progrès, c’est de partager plutôt qu’accaparer.
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10 Réponses
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Alter Oueb, déclaré à la
Bonjour à toi. Je signe des deux mains sans changer une virgule.
Sophistication inutile… Bien dit!
Je garde.
Superbe billet qui complète parfaitement celui de SebMusset sur la bagnole.
Belle écriture aussi.
Merci!
Ouais. Le progrès technologique n’est pas toujours le progrès
Il y a croissance et croissance : produire en France ce que nous achetons de toute façon à l’étranger,me parait une bonne solution. Un ex. Pourquoi acheter des jeans en Asie,fabriqués par des esclaves qui teignent la toile avec des produits toxiques sans protection ? Ces jeans sont vendus aussi chers en France que s’ils y étaient produits. Or la toile de jean a été créée en France (Nîmes.Nous devons lutter pour développer à nouveau notre industrie textile.Nous ne devons pas rechercher la production de masse :elle ne rapporte qu’aux actionnaires qui sont incapables d’apporter la prospérité au monde … sinon ça se saurait ! pas vrai ?
On a confondu progès de la civilisation et civilisation du progrès.
Billet impeccable ! Très bien vu.
Bien d’accord !
Idée : et si on se groupait pour devenir actionnaires et peser dans les decisions des grandes entreprises ?
@Erwan
Merci
@Bembelly
J’ai vu sophistication inutile…
Très bien
@Elooooody
J’ai oublié de linker Seb…
Flûte.
@Nicolas
Exactement.
@ladyappoline
Je crois surtout que la croissance est à géométrie variable, qu’elle est une réalité pour un petite minorité de personnes… Je ne fais pas un dessin !
@Nofate
Merci,
@Fanou38
Euh, oui, mais non, la seule pensée de devenir « actionnaire » me donne une poussée d’urticaire. De surcroît, cela imposerait de mobiliser des moyens sans commune mesure et sans aucune garantie : ces gens savent protéger leurs business et pondre des clauses qui empêchent les manants de s’exprimer…
Retour de vacances, je rattrape mon retard… J’espère que tout rentre dans l’ordre pour toi et les tiens.
En lisant ce post, je n’ai pu m’empêcher de fredonner l’inénarrable « Complainte du progrès » du non moins inénarrable Boris Vian. Ni de repenser à la vision quelque peu ésotérique du monde moderne contemplé en toute bonhomie par ce cher Jacques Tati (Mon oncle).
La domotique me sera utile quand l’aspirateur se passera tout seul pour avaler les poils de mes chats ou que je ne perdrai plus un temps précieux avec le fer à repasser. En attendant, je largue ces faux progrès à ceux qui ont ce besoin pathologique d’avoir le superflu (dernier cri et le plus coûteux possible) pour avoir l’air d’être quelqu’un.
« On m’a trop donné bien avant l’envie
J’ai oublié les rêves et les merci
Toutes ces choses qui avaient un prix
Qui font l’envie de vivre et le désir
Et le plaisir aussi..
qu’on me donne l’envie
L’envie d’avoir envie…
qu’on allume ma vie ! »
Comme quoi Johnny est capable de dire autre chose que des c***eries
À bientôt Marco