Pas content

«Les fonctionnaires sont une nouvelle fois en grève» ai-je distingué ce matin dans une discussion au loin, avec une pointe manifeste d’agacement, entre le ronronnement mécanique habituel et les bips stridents qui découpent chaque voyage en métro. Effectivement, les quelques 5 millions d’agents publics sont appelés à cesser le travail ce jour pour protester essentiellement contre les suppressions d’emplois qui pèsent dramatiquement sur les conditions de travail, et sur les rémunérations qui engendrent un perte sévère de pouvoir d’achat.

Et pourtant, je ne suis pas en grève. N’allez pas imaginer une seconde que c’est par esprit de soutien au gouvernement actuel. La raison est bien plus terre-à-terre : je n’en ai plus les moyens. Jugez vous même. Les chiffres ci-dessous sont issus de l’INSEE. Depuis 2000, et sans évoquer l’invisible hausse lié au passage à l’euro, c’est au moins 16,70 % de pouvoir d’achat qui manquent, soit une dévaluation de mon travail qui pourtant, a considérablement évolué en technicité et en productivité, le tout sous les dénigrements et les coups infligés par le sarkosysme délirant en proie aux poncifs coutumiers liés à cette catégorie de salariés. Depuis 2011, il n’y a eu aucune augmentation de salaire alors qu’autour de moi, les prix de l’alimentaire le plus courant s’affolent, ceux de l’électricité et du gaz explosent, ceux des transports et des services s’envolent. Et j’en oublie…

Année Variation du
salaire brut
Inflation Résultat
2000 + 0,5 % le 1/12 + 1,70 % – 1,20 %
2001 + 0,5 % le 1/05 + 1,70 % – 0,70 %
+ 0,5 % le 1/12
2002 + 0,6 % le 1/03 + 2,20 % – 0,90 %
+ 0,7 % le 1/12
2003 rien… + 2,20 % – 2,20 %
2004 + 0,5 % le 1/01 + 2,10 % – 1,60 %
2005 + 0,5 % le 1/02 + 1,80 % =
+ 0,5 % le 1/07
+ 0,8 % le 1/11
2006 + 0,5 % le 1/07 + 1,60 % – 1,10 %
2007 + 0,8 % le 1/02 + 2.60 % – 1.80 %
2008 + 0,5 % le 1/03 + 2.80 % – 2,00 %
+ 0,3 % le 1/10
2009 + 0,5 % le 1/07 + 0,90 % – 0,10 %
+ 0,3 % le 1/10
2010 + 0,5 % le 1/07 + 1,80 % – 1,30 %
2011 rien + 2,50 % – 2,50 %
2012 rien + 1,30 % – 1,30 %
2013 déja annoncé : rien + ? % – ? %
résultat – 16,70 %

Non je ne suis pas en grève. Je passe mon tour, j’ai déjà donné, et plus que de raison. Un nouveau jour unique à se compter, ça ne sert à rien. Il y a juste un foyer de quatre personnes dont une lycéenne et un ancien étudiant aujourd’hui diplômé sans emploi et sans indemnisation, qui gère ses priorités et ses privations à l’euro près. Un seul jour manquant en fin de mois, que ce soit pour une journée de carence, le joli cadeau du gouvernement précédent, ou une journée de grève, ce n’est simplement pas envisageable.

Je continuerai donc à me débattre jusqu’à mon hypothétique mise à la retraite dans cette armée mexicaine où l’on décide de remplacer deux agents d’exécution payé 1800 euros en fin de carrière par un cadre A++ et qui émargera joyeusement à plus de 4000 euros hors primes sans jamais mettre le moindre doigt dans le cambouis, et dont la seule fonction de management est d’entraver le planning de toutes sortes de tâches annexes sans lien ni utilité avec la mission. Et le résultat est garanti : il y a effectivement moins de fonctionnaires, mais la masse salariale et le salaire moyen ont sensiblement augmenté, ce qui, en ces temps de disette, permet encore et toujours à l’idéologie libérale de désigner cette catégorie nantie à la vindicte populaire. Cela cache surtout d’énormes disparités dont les moyennes se foutent, et les dirigeants politiques aussi. D’ailleurs, la fameuse prime de résultats instaurée par le clan Sarkozy, la prime du pseudo-mérite, a été refilée qu’aux très hauts dignitaires, déjà fortement rétribués. Les vrais méritants, les exécutants du bas, ceux qui produisent, qui font le job, et subissent les effets du dépouillement des moyens et de la crise n’ont que le mépris à se partager.

Pas en grève ne veut pas dire satisfait de son sort, et le gouvernement Ayrault, qui va évidemment minimiser les chiffres, serait bien inspiré de tenir compte de l’avertissement d’un monde un peu dépité et résigné, mis où domine surtout un fort sentiment d’injustice et de colère qui peut très rapidement devenir très bruyant et pressant.

Ce serait dommage, car rappelons-nous toujours et encore d’où l’on revient.

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La caravane passe

Ce dimanche fut étrange. Il a été à peu près impossible d’occulter de mon esprit la manifestation du jour contre le mariage pour tous, non pas par peur de la mobilisation, mais parce que le message qui s’en échappait était empreint d’une rare radicalité, et il m’a profondément bouleversé. J’étais atterré de constater avec quelle virulence l’homophobie et l’intolérance pouvaient s’exprimer aussi librement dans notre pays.

Un slogan parmi d'autres, raccoleur et dégueulasseAutant le dire tout de suite, je ne suis pas gay. Je suis ce qu’il y a de plus commun : j’ai 49 ans, marié depuis 23 ans à une femme que j’aime, 2 enfants aujourd’hui autonomes, ce qui me donne une vision éclairée et assez éprouvée de cette entité sociale qu’est la famille. Dans mon entourage, j’en côtoie d’autres, aux histoires semblables ou différentes, qui font leur chemin avec plus ou moins de chance et de bonheur. Mais je vois aussi des enfants ballottés par la vie, repoussés, battus, délaissés, livrés à eux-mêmes, avec ce qu’il reste de parents «classiques». Ces enfants sont là, bien vivants, souvent heureux que la recomposition de la cellule familiale se fasse avec un compagnon quelque soit son sexe, qui les aime et s’occupe d’eux.

Je n’ai aucune envie d’exposer des arguments et de chercher à convaincre qui que ce soit. C’est inutile, le débat est même impossible : bigots, fachos, réactionnaires et conservateurs de tous poils s’acharnent avec des motifs éculés. Elle est belle la famille de France, toujours magnifiée par les calotins qui savent de quoi ils parlent, habitués qu’ils sont au contact de la jeunesse. Un peu trop même. Jusque là un peu délaissé, l’enfant est soudain redevenu l’argument suprême, et placé au centre de toutes les préoccupations. Je ne doute pas que dans ce rassemblement grotesque devait se trouver nombre de conjoints ayant plaqué femme et enfants sans se soucier si ces derniers pouvaient un seul instant souffrir de l’absence d’un des parents «traditionnels». Et pourtant…

Cette journée est assez emblématique de l’état de la société. Elle a jeté dans la rue une population peu au fait des évolutions du monde, engoncée qu’elle est dans son confort de petit bourgeois, avec sa télé poubelle et ses dogmes religieux ancestraux et puritains. On y a entendu des amalgames douteux, des propos d’un autre temps, on a même comparé François Hollande à Hitler. Visiblement, pour une part de la société, les homosexuels sont toujours des «Untermensch», des sous-hommes… C’est particulièrement grave, mais surtout désolant..

Ce n’est pas parce que je soutiens la gauche que je suis favorable au mariage pour tous. Je ne suis pas homosexuel et pas vraiment concerné par la mesure, mais je me rends compte de la situation globale de ces couples qui seraient durement précarisés en cas de coup dur. C’est une simple mesure d’égalité, et ce seul point mérite qu’on y accorde une attention particulière. Et pour les enfants, il vaut mieux un environnement apaisé où les faisant fonction de père et mère, quels qu’ils soient, s’aiment et soient attentionnés les uns envers les autres. Inutile donc de vociférer : le mariage civil n’a pas une fin de procréation, et au final, chacun fait bien ce qu’il veut chez lui…Fermez le ban !

Quant à François Hollande, il a pu paraître hésitant dans ses prises de décisions, allant parfois même jusqu’à renoncer devant le bruit de la rue, sauf quand il est produit par le monde ouvrier. Il ne le sait que trop : en matière économique, il n’a aucune marge de manœuvre ou presque. Le patron, le juge de paix, c’est les marchés, les banques, les agences de notation. Pour le reste, et le mariage pour tous en particulier, François Hollande n’a aucune contrainte d’aucune sorte. La 31ème proposition du candidat n’a nul besoin de passer par un référendum puisqu’il a été élu pour appliquer ce programme. Il ne reste donc plus qu’à emballer et peser le paquet final pour entrer dans l’Histoire au même titre que l’abolition de la peine de mort et la légalisation de l’avortement.

A cette époque aussi, les chiens aboyaient leur haine…

Edit du 16 janvier : pour ceux qui, droits dans leurs bottes, sont toujours sûr de leur conscience et de leur supposée bonne foi, allez lire le billet magistral de James.

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Merci Free

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que je ponde le 1er billet geek de l’année. L’affaire buzze depuis à peine quelques heures, et si j’ai décidé d’en parler et aussi vite, c’est parce que le sujet abordé est très important et touche une question fondamentale entre toutes : la sacro-sainte «neutralité du net», un des piliers, sinon le pilier d’internet.

La chose n’apparaît pas ainsi dans la communication de Free concernant la mise à jour du firmware de la Freebox Révolution en version 1.1.9 : «ajout d’une option adblocker permettant de bloquer des publicités (bêta)». A première vue, j’aurais même plutôt approuvé tant la publicité m’apparaît intrusive et charge inutilement les pages que je consulte sur le web. De surcroît, de nombreux navigateurs (pas de pub…) disposent en natif ou sous forme d’extensions de dispositifs bloquant sélectivement ou non les fameuses réclames.

Alors pourquoi tout ce bruit ? Tout simplement parce qu’en bloquant des flux identifiés, on rompt les principes essentiels qui régissent la transmission des données sur le réseau en discriminant ou en altérant la source, ou/et la destination, ou/et le protocole, ou/et le contenu. le réseau n’est plus neutre, il interragit. Un article ancien de Rue89 illustre bien le principe, et pour aller plus loin, la Quadrature du Net tient un dossier très complet sur le sujet.

Avec ce dispositif, activé par défaut via l’interface de gestion de la freebox, aucune sélection ou personnalisation n’est possible : le blocage est total pour des systèmes de diffusion de publicité à la seule discrétion de Free, ce qui pose tout de même quelques questions. Ce n’est d’ailleurs pas une première en la matière puisque Free, en bizbille avec Google, bride les flux issus de Youtube depuis un bon moment. Cet opérateur n’est également pas le seul, d’autres, même en France ayant des pratiques similaires. L’enjeu est de taille, et le marché est colossal : on discute déjà ça et là de droits de passage, de faire payer les liens sur les contenus de presse, de taxer les moteurs de recherche, de proposer des abonnements ADSL et internet mobile «premium »… L’internaute lambda, et le blogueur que je suis n’en sortira pas gagnant, c’est une certitude.

Il y a peu, j’étais un Applemaniaque indécrottable limite sectaire, mais j’en suis revenu parce que la marque a pris plusieurs virages qui m’ont fortement déplu, notamment en pratiquant une politique d’exclusion logicielle et de flicage des comportement de leurs utilisateurs. J’ai l’impression de revivre cet épisode avec Free. Après avoir été la locomotive de l’ADSL en France, et cassé le monopole de la téléphonie mobile, je ne jurais que par Free. Mais ses présents agissements comme opérateur sont gravissimes et ternissent considérablement une belle réussite. C’est dommage.

Zéro pointé, copie à revoir, sinon je risque de dire merci, définitivement.

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Ca va déjà mieux

A peine les cendres de 2012 et de quelques malencontreuses voitures balayées, voilà qu’il faut reprendre le chemin de la mine. C’est qu’il y a un pays à redresser, quasi à reconstruire, au point de ne savoir par quoi commencer. Après 7 mois aux affaires, le gouvernement Ayrault a été sujet à des turbulences provenant plus de lobbys et de vieux corporatismes que d’une opposition par ailleurs en pleine déconfiture, laissant poindre à gauche même parmi les plus mordus une certaine part de déception.

Et pourtant, comme l’a clamé mon pote Bembelly en commentaire chez Nicolas, en se rappelant d’où l’on vient et ce qu’on a subi depuis ces dernières années, comment pourrait-on être déçu : «Je me sens bien dans la France de François, personne ne m’agresse à la télé, chez moi devant mes gosses. Mes origines « étrangères » ne sont plus l’alpha et l’oméga de la politique du gouvernement, je ne suis plus l’excuse, ni la « cause » des maux de la république, Enfin libre… Et cette liberté porte un nom : François Hollande. Pour moi, le rêve se lit aussi sur le volume quiétude gagné au jour le jour, depuis ce jour historique du 06 mai 2012». Et 7 mois ont été nécessaire pour prendre la totale mesure de la tâche en commençant par détricoter un certain nombre de lois iniques, comme la loi instituant le délit de solidarité et désormais effacé, et de mesurer la vigueur et l’endroit d’où viendrait les coups.

C’est donc une nouvelle période qui commence, une nouvelle page d’histoire à écrire. Elle est encore vierge, mais on en connaît déjà les contours : des droits, des devoirs, dans l’ordre que l’on voudra, un peu plus d’égalité devant l’adversité, de liberté, et pourquoi pas de fraternité, mais surtout plus de respect, cette valeur essentielle tellement galvaudée, piétinée, mêlée à toute les sauces au point de ne plus savoir de quoi on parle. FalconHill l’a évoqué de manière émouvante, repris fort justement par Nicolas A vrai dire, je ne crois pas que la blogosphère gauchisante, pour parler de ce que je connais le mieux, a perdu cette valeur. Elle a sensiblement glissé durant le sarkosysme délirant, comme tout le monde, sous l’influence d’un pouvoir décomplexé qui ne s’est pas gêné pour clouer au pilori toute cette plèbe grouillante et assistée qui n’a pas su se doter d’une rolex avant 50 ans. Sans aucun respect.

Il suffit d’un ou deux excités disait l’autre pour modifier la perception intrinsèque des choses. Evidemment qu’il y a des débordements, surtout sur internet. C’est le corollaire de la liberté d’expression. On peut le déplorer mais c’est ainsi. Et ce n’est nullement un raison pour remettre cette liberté en cause comme l’a tenté la droite. J’ai un jour eu l’outrecuidance de commenter chez Corto, avec des arguments sincères qui me semblaient cohérents, éprouvés. Qu’est ce que j’ai pris ! C’est inévitable. La solution est simple : qu’ils restent entre-eux ! Je comprends le sentiment désabusé du Faucon, renforcé par le fait que ses idées et ses souhaits pour la société soient maintenant relégués au second plan alors qu’elles sont incontestablement empreintes d’humanisme et de bon sens. Je serai très déçu s’il renonçait.

Et je partage avec lui la perte de cet esprit de famille qu’était la blogosphère dans son ensemble. Le classement Wikio lui donnait sa matérialité. Mais la société qui mettait en œuvre cet outil a appliqué les règles du capitalisme triomphant à la #geonpi : pognon, pognon, pognon… tout en restant sourd à l’esprit des blogs, du terrain et de ceux qui font les blogs. Je note au passage la grande similitude de ce qui se passe actuellement dans mon milieu professionnel. A bien des égards, le respect des choses et des petites mains, les forces productives qui font avancer le bateau, n’existe plus depuis belle lurette.

Devant ce constat certes assez accablant, je veux rester optimiste parce que je suis de nature optimiste. Il reviendra le temps où les passions seront moins exacerbées, et le dialogue un peu plus facile. Pour cela, il est nécessaire de passer à une société un peu moins individualiste, parce que la solution, on le voit tous les jours, est collective. Aujourd’hui, malgré tous les défauts qu’on lui prête et les quelques erreurs dans son parcours, François Hollande est le seul en capacité de le faire, avec la légitimité des urnes. C’est ainsi.

Pour moi, ce début d’année m’a déjà apporté de bonnes nouvelles. Pour 2013, je vous souhaite à tous, familiers, amis, lecteurs, blogueurs, d’être tout simplement heureux…

Allez, cadeau…

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