Non essentiel

Encore une fois, le monde vient de frôler l’apocalypse absolu. Le défaut de paiement du principal argentier de la planète n’aura pas lieu, enfin pas immédiatement. Les élus américains, en relevant provisoirement le plafond de la dette, permettent à l’Etat yankee d’emprunter sur les marchés, et autorisent le retour à leur poste des fonctionnaires mis au chômage technique pendant 15 jours.

Essentiel ou non ?Car de l’autre coté de l’atlantique, on ne rigole pas. Le côté très tranché, quasi binaire de bien des aspects de cette société nous laisse, nous autres du vieux continent, un peu dubitatif. Le budget n’est pas voté au premier jour de l’exercice comptable ? Aucun souci, la machine s’arrête net : toutes les dépenses non essentielles sont purement et simplement ajournées jusqu’à l’adoption du texte. Reste à définir cette notion de «non essentielle».

Je ne me lancerai pas dans l’explication du mécanisme du «shutdown». Mais la chose a fait parler parce que dans l’histoire, des simples gens perdent, momentanément ou non, leurs moyens de subsistance. Autour de moi, j’ai entendu des réactions assez bizarres, voire absurdes (*), qui montrent qu’une partie de l’élite libérale n’a décidément plus aucun complexe. Nos institutions ont d’ailleurs prévu l’éventualité d’un budget non voté et mis en place des systèmes évitant de tels blocages. Quelques uns semblent d’ailleurs le regretter, tels Raymond Soubie, Michel Godet, Agnès Verdier-Molinié et quelques autres parasites, se précipitant sur les plateaux télé pour vanter les mérites en terme de dépense publique du «shutdown» à l’américaine.

Pensez-donc : rien qu’à l’idée de ne plus payer les fonctionnaires, certains ont eu du mal à cacher la bosse sur leur pantalon et leur extase…Et associer de façon aussi visible l’agent de l’Etat avec la qualification de «non essentiel», c’était l’orgasme en direct. Voila le remède pour éviter de creuser la dette du pays. C’est simple, sans douleur, quasi invisible puisque non essentiel. Et terriblement efficace. Mais pourquoi n’y a t’on pas pensé plut tôt ? Mais les américains ont fait leur compte. La plaisanterie, selon Standard & Poor’s (c’est dire si c’est sérieux) a coûté 24 milliards de dollars et 0,6 point de pourcentage à la croissance économique pour le 4ème trimestre. Rien que cela.

Cela fait tout de même beaucoup pour des gens soi-disant non essentiels…

(*) Pas de lien. Comprenez que je ne vais pas linker des aneries…

Quelques billets non essentiels de copains pris au hasard :

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En tirer une leçon

Parmi les dates noires qui me viennent à l’esprit ce matin, il y a le 21 avril. Elle constituait le premier tournant majeur bouleversant le paysage politique français. Il y aura désormais aussi le 13 octobre. A Brignoles dans le Var, un candidat se réclamant du Front National a battu le candidat UMP après avoir éliminé celui du PS, reléguant à l’état de mythe un front républicain artificiel que seul le peuple de gauche faisait vivre.

Las des turpitudes du moment, enclin à sanctionner son camp, il a boudé les urnes, et une nouvelle page d’histoire vient de s’écrire. Je veux un peu relativiser l’événement. Il s’agit d’un scrutin cantonal, l’élection où l’on choisit les cantonniers… Et l’élu, avec 45 % de taux de participation, sur une terre particulièrement propice, ira siéger dans une assemblée moribonde parce que l’échelon départemental sera amené tôt ou tard à être avalé par les régions. En tout cas, on est loin du plébiscite, du vote d’adhésion, de l’enracinement vanté par les responsables nationaux du FN, illuminés et éblouis comme des papillons de nuit par tant de lumière.

brignolesLe coup est cependant sérieux, et on ne peut pas vraiment dire qu’on ne l’a pas vu venir. A force de ne pas répondre aux questions, d’éluder les problèmes, de céder aux pigeons, moineaux, canaris, vautours et autres pensionnaires du CAC40, la sanction est cinglante. Evidemment, dans un monde à l’économie globalisée, sous la contrainte des argentiers surpuissants, il est difficile d’avancer tout seul. Je peux comprendre qu’il faille du temps, beaucoup de temps pour défaire tout ce qui a été entrepris depuis des années pour entraver les solidarités et faire sauter les protections des moins favorisés. J’excuse même certaines promesses qu’on entend invariablement pendant les campagne électorales et dont on sait qu’elles ne seront suivies d’aucune action. C’est le jeu, et tous les camps en présence se livrent de la sorte à la surenchère, même et surtout le Front National. Mais quand même…

Il y a peu, je me suis laissé aller à exprimer ma lassitude, en évoquant notamment mon possible renoncement à passer par les urnes lors des prochains scrutins. A quoi bon ? Donner sa voix pour quoi ? Aujourd’hui, je me sens presque déjà coupable de ce qui arrive parce que très vraisemblablement, beaucoup de gens à Brignoles ont pensé et agi comme je m’apprêtais à le faire demain. Et voilà le résultat. Rien à voir donc, avec un quelquonque vote d’adhésion.

Une chose est sûre : la période de crise permanente et savamment entretenue rend la situation tendue. Le capitalisme est en train de tordre le monde, engendrant dans tous les courants de pensée une radicalité effrayante qui se matérialise par le développement des extrêmes comme le fondamentalisme, le communautarisme. Leur point commun : le repli sur soi, la peur de l’autre, et surtout l’illusion érigée en principe absolu. «Le chômage, l’injustice et les magouilles attisent la haine» rappelle justement El Camino.

Non, le FN n’a pas plus de solutions qu’en ont les socialistes qui font ce que la «Word Company» leur permet de faire à la tête du pays. Non, le FN ne vaut pas mieux que l’UMP, qui prépare déjà les sujets décompléxés pour 2017 comme «la lutte contre l’assistanat et contre le tout gratuit» cher à François Fillon. Oui, le FN est un parti qui promeut des valeurs qui ne sont pas celles de la France des droits de l’homme, qui sont la négation même de l’homme et de l’esprit de liberté. Il se fout bien de la classe ouvrière et des chômeurs. Il en a juste besoin pour obtenir le pouvoir. Ni plus, ni moins, comme un certain Nicolas S. Ensuite, cette fois, ce sera les larmes, puis le sang…

Je ne tente pas de convaincre les frontistes et la nébuleuse qui gravite autour. C’est inutile. Il suffit juste de ne pas se détourner de la chose publique, de l’entretenir à défaut d’y adhérer pleinement, en allant voter malgré les déceptions. C’est suffisant pour faire barrage aux idées nauséabondes. De cette percée, il y a une leçon importante à tirer : ne laissons pas à d’autres le soin de choisir pour nous. Aux râleurs patentés mais jamais dans la rue pour manifester quand il est nécessaire, je dis juste que notre destin est entre nos mains. Si les femmes et hommes en place ne conviennent pas, s’ils oublient leur mission de représentation et le mandat qui leur est confié, il est toujours possible de s’engager soi-même, de porter les idées, de les expliquer, de les argumenter, mais toujours avec le respect des autres et l’esprit républicain.

Dans une démocratie comme la nôtre, le pouvoir n’est finalement que concédé. Même avant le terme du mandat, il est toujours possible de le sanctionner. Il faut certes une mobilisation d’ampleur pour arriver à un tel résultat, et il est arrivé que le bruit de la rue en fasse renoncer quelques-uns. Sachez seulement qu’avec le FN, la donne risque de changer. En mars 1933, un pays d’Europe s’est laissé aller à la facilité en portant par les urnes un parti d’extreme droite au pouvoir. Le nouveau chancelier d’alors n’a mis que 6 mois pour suspendre toutes les libertés individuelles et d’expression… On est d’accord ?

Cessons de jouer avec le feu, et rappelons-nous bien d’où l’on revient.

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Un bras ou un doigt ?

Plus un seul chroniqueur politique n’hésite : la campagne pour 2017 est véritablement lancée à droite. En fait, c’est devenu un état quasi permanent, depuis que certains y pensent tous les matin en se rasant. Il n’y a plus guère de périodes qui échappent à l’agitation, avec en toile de fond, les échéances électorales majeures. C’est d’ailleurs l’unique sujet où le monde politique fait preuve de sa capacité à développer une vue à long terme. La gestion du pays et les questions économiques et sociales n’ont pas droit à ce traitement.

Cet état de chose est un rien pénible car il pollue totalement le débat. L’intérêt général tant invoqué, vanté, glorifié comme moteur de l’action politique est tout bonnement relégué loin, très loin derrière les égos et les ambitions personnelles démesurées. Ce n’est guère une surprise. Le vrai changement, c’est que les protagonistes ne s’en cachent même plus. En l’occurrence, en rajoutant une couche sur son ancien maître, François Fillon ne fait que suivre la méthode du Lider Minimo qui prônait, dès la prise de la place Beauvau en 2002, le besoin de rupture avec la politique mené par sa propre famille politique. Brûler ses idoles est une mode qui ne passera pas de sitôt.

Sarkozy Fillon copains comme...Ainsi, que Fillon monte au créneau n’est guère étonnant : il lui faut occuper la scène. Et il n’y va pas avec le dos de la cuillère : «quand on perd une élection, il est impossible de dire qu’on a fait une bonne campagne (…) On a le devoir d’en analyser les raisons. On est obligé de se remettre en cause, sinon, c’est un bras d’honneur aux Français.» Sur le coup, je ne peux pas lui donner tort. Mais j’aimerai bien prolonger l’allégorie. Le bras, au lendemain d’une décision de non-lieu pour une affaire qui fleure si bon l’escroquerie institutionnelle, s’est mu pour un grand nombre de français en un gigantesque doigt qu’il faudra endurer toujours et encore pendant que le parrain fait du fric. Sarkozy se tait, mais reste omniprésent, et son majeur, un rien vengeur contre cette plèbe ignare, s’élève de plus en plus et plane au dessus de nos têtes.

Dans ce contexte de guerre fratricide à la tête de l’UMP, le gouvernement ne profite guère de ce désordre. L’héritage laissé est lourd pour François Hollande, et de la difficulté à réaliser le changement attendu par le peuple de gauche naît une incompréhension, voire une hostilité dont le Front National fait son miel, lui aussi en silence. A mon sens, l’adhésion grandissante au FN dans le pays relève plus de l’approche «décomplexée» répétée de quelques sujets chauds de notre société. En conférant à ses thèses une image plutôt respectable, notamment lors des multiples tentatives de siphonnage, l’état d’esprit d’un partie de la population a évolué par l’altération, voire la chute des barrières naturelles et de valeurs humanistes. Certaines discussions, entendues ça et là, d’un racisme glaçant, étaient impensables, il y a 10 ans… La déception n’excuse pas tout.

Sarkozy le sait et l’exprime tout les jours dans un rictus nerveux. Il est le grand responsable de cette dislocation, en plus d’avoir mis le pays par terre, vidé le coffre, fait voter des lois sur mesure pour protéger ses amis mafieux, monté la population l’une contre l’autre, allant jusqu’à criminaliser les plus démunis et ceux qui leur viennent en aide. Les étrangers n’ont qu’à crever en mer, et Mamie Zinzin de donner sans broncher son pognon. Et François Fillon, avec son ton condescendant coutumier, y a sa part. Le bras d’honneur, doublé du doigt, auront été permanent durant son ministère.

Pensez-y bien avant de glisser un bulletin de vote UMP ou FN dans l’enveloppe si la tentation vous prenait. Bien sûr, la gauche est décevante, mais est-ce vraiment suffisant pour laisser le manche à la maquerelle brunâtre ou au nouveau calife qui veut être calife à la place du calife ?

Rappelez-vous un seul instant d’où l’on vient.

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