3 jours au calme

Le voyage en bus quotidien à destination du lieu universel d’épanouissement personnel se fait souvent en mode semi-éteint. Une lutte sourde fait rage afin de garder une attitude digne et plus ou moins verticale pendant que le chauffeur au volant d’un engin articulé en termine avec sa spéciale de rallye. Et ce n’est pas tous les jours facile. Mais ce matin, une bâche garnie de caractères géants a accroché mon regard vague : «Ouverture exceptionnelle lundi 11 novembre». Vu la taille, c’était difficile de ne pas tomber dessus.

Ce qui m’a attiré dans l’affaire, c’était bien le mot «exceptionnel» car cette bâche était déjà tendue la semaine passée, pour le 1er novembre, avec le même message. Dans le contexte actuel et l’agitation provoquée par tous ces gens dont le besoin impératif est de travailler les jours traditionnellement destinés à faire autre chose, il faut bien avouer qu’il n’y a plus rien d’exceptionnel dans cette situation. Je me rappelle juste que nos aînés se sont battus jusqu’au sang pour obtenir ce qui nous semble malgré tout assez naturel, mais qui devient aujourd’hui un acquis plus que fragile.

Je vois bien le monde changer autour de moi. Il n’évolue pas forcément dans le sens que je souhaiterais, ce qui m’amène, toutes proportions gardées, à réfléchir sur ce que je peux apporter dans le tourbillon quotidien. En matière de remise en cause des jours non travaillés comme le repos dominical, légalement chômés ou fériés, ne souhaitant pour rien au monde travailler ces jours là, je me vois mal me rendre dans un commerce un jour férié quel qu’il soit, comme ce 11 novembre. Malheureusement, pour l’immense majorité, la cohérence des actes et des idées semble être une abstraction extraterrestre. De l’avis général, il y a bien peu de volontaires pour travailler ces jours là, mais à en juger par l’encombrement des parkings, les supermarchés étaient pleins le 1er novembre… Comprenne qui pourra.

Parking d'hypermarché un jour férié, consternant...La chose est d’autant plus prégnante que dans mon environnement professionnel, la question se pose et revient à la charge avec un lourde insistance tous les jours depuis 2 mois, pour savoir si, de notre plein gré évidemment, nos minutes de cerveau disponible et laborieux et nos bras mécaniques le seraient également dans des tranches horaires passablement élargies. Le tout sans compensations, cela va de soi.

L’exceptionnel dans cette affaire est l’énergie mise en œuvre pour faire accepter – plutôt qu’imposer, d’où la notion habile de «volontaires» – une tel changement dont on perçoit finalement assez mal l’intérêt si ce n’est de commencer le dépeçage du code du travail, jugé comme trop protecteur pour la classe ouvrière. Dans mon job pourtant opérationnel, il n’y a aucune justification technique ni même organisationnelle, aucune valeur ajoutée à un tel remaniement. Par solidarité, on pourrait commencer à discuter s’il y avait des embauches à la clef, mais cette éventualité est fermement exclue. Par contre, les discussions qui se développent autour du sujet avec la hiérarchie montrent la véritable nature du dialogue dit social, teinté d’agressivité mal contenue et de menaces à peines voilées… Il n’y a pas à dire, c’est beau le progrès.

Depuis 2 mois, j’emporte malgré moi, tous les soirs, un peu de cette tension malsaine qui finit par se répandre dans mon entourage privé. Je compte beaucoup sur ces 3 jours de repos bien mérité, sans supermarché ni magasin de bricolage, à lire, à me préparer comme tout lyonnais qui se respecte au derby avec le voisin vert en compagnie de quelques copains, et à me préparer une fricassée de champignons fraîchement ramassés dans les bois environnants. Quel programme alléchant.

Dire que l’avenir, qu’on nous promet toujours meilleur, pourrait m’en priver…

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