Pardonnez-leur

ils ne savent pas ce qu’ils font…

Donc, si j’en crois l’affichage sauvage aperçu ce matin, le cirque de dimanche dernier, avec son cortège de slogans et de gestes nauséabonds va se reproduire, et pas qu’à Paris. Ces défilés, ainsi que les conséquences de cette contestation ont fait couler beaucoup d’encre au point qu’une poignée d’enfants ont été retirés de l’école publique et républicaine le temps d’une journée… A première vue, le phénomène pourrait sembler sérieux, mais dès qu’on jette un œil sur les pancartes, qu’on perçoit les slogans et les motivations, je n’ai pu m’empêcher de rire. Franchement.

Exemple d'image anodine qui fait polémique : une interrogation simple, mais détournée du fait d'une apparence trop «androgyne»... et c'est parti le cirque.Derrière toute la gravité des sujets abordés, face aux cris d’orfraie poussés ça et là, je me suis follement amusé. Parce que mobiliser à ce point sur les thèmes comme l’apprentissage de la masturbation dès la maternelle, il fallait le faire. Le plus dingue, c’est ce volume insensé de crédulité qui pousse ces gens à brandir avec le plus grand sérieux des pancartes contre l’avortement désormais obligatoire, contre le meurtre légal et gratuit (si si), contre la promotion de la fameuse fumeuse théorie du genre, contre l’homoséxualité et autres joyeusetés de cette espèce, le tout présenté obligatoirement aux enfants captifs. Les têtes pensantes ont vraiment fait très fort : il y aurait même distribution de peluches de pénis et de vagins dans les maternelles…. et tous sont descendus dans la rue pour le dénoncer. Incroyable. C’est trop drôle.

Il faut tout de même admettre que le message s’adresse à un population assez coutumière à gober n’importe quoi. C’est forcement vrai puisque Monsieur le curé l’a dit. D’ailleurs, rien de ce qui concerne la famille et l’éducation des enfants ne lui est étranger. Parfois, souvent, il s’en occupe même d’un peu trop près. Pour ma part, je ne peux m’empêcher de croire que pour exprimer des telles peurs et exprimer des concepts aussi décalés que la masturbation et la maternelle, il faut être quelque peu névrosé soi-même… Là, c’est nettement moins drôle.

Les extrémistes de religions diverses ne sont pas les seuls adeptes de la manipulation. En dehors des conservateurs et réactionnaires indécrottables, il y en a, ouvriers, indigents et précaires, paysans, chômeurs, sans grades divers, qui ont cru aveuglement il y a 7 ans aux boniments d’un homme providentiel qui assurait chercher la croissance avec les dents, qui promettait 5 % de chômage et 0 SDF en fin de mandat. On a vu le résultat : il aura juste creusé le trou de la dette publique de 600 milliard de plus, en faisant en sorte que ces quelques euros tombent dans la poche de ses copains. Aujourd’hui, Sarkozy apparaît sans apparaître, mais laisse filtrer un message insistant de retour sur la scène politique, ce qui est franchement une très bonne nouvelle pour 2017. Et la méthode ne change pas : il bave par allusions sur l’action du gouvernement en occultant évidement que si la société est actuellement autant clivée, c’est principalement le résultat de cette politique sarkozyste empreinte de populisme malsain. Attiser la haine, et se présenter en sauveur est une posture désormais bien trop éventée. Dans le marasme actuel, cette demi-annonce m’a arraché un sourire parce que la campagne de 2017 face à Sarkozy sera largement plus facile que face à un Fillon, Copé, Juppé, Jacob, Bertrand ou autre…

En attendant, il faut faire avec ce sketch permanent, ce concours de bras tendus, de pancartes et de dessins qui finit par être lourd et nauséabond comme Dieudonné. C’est la démocratie qui s’exprime. Elle est imparfaite, comme tout ce qui se trouve en ce bas monde. Mais quand même. Dire que dans le bureau de vote que je fréquente, l’isoloir voisin est peut-être occupé par un de ces marcheurs du dimanche qui refuse que sa fille joue avec des petites voitures, et qui joue à pile ou face avec la démocratie selon ce que quelques dégénérés lui auront intimé de voter… Voilà qui devrait faire réfléchir.

Et ne vous inquiétez donc pas du lendemain, car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. (Mat 6-34)

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Violence ordinaire

Pour une fois, je vais m’embarquer sur un sujet que je ne maîtrise globalement pas pour ne jamais y avoir été confronté personnellement. Je peux cependant en parler parce qu’il est omniprésent et constitue la première raison de préoccupation des populations et pas seulement en France. Mon seul lien avec lui reste l’actualité et évidemment la situation de quantité de proches pour lesquels le quotidien en est dramatiquement saturé.

Ce sont les images des futurs chômeurs de l’usine Goodyear d’Amiens-nord, retenant 2 chefaillons dans une salle de réunion, qui m’ont décidé. Le chômage est un sujet grave et délicat et j’ai cette grande chance, pour l’instant, de ne pas avoir à envisager cette situation. Mais j’en mesure la portée parce que, comme tout le monde, j’ai une famille à nourrir, des enfants à éduquer et à lancer dans le grand bain. Je n’ose même pas imaginer le cataclysme que constitue un licenciement, de surcroît dans certaines contrées déjà sinistrées, et passé un certain age. Rien que l’idée me fait trembler, moi qui, avec mon salaire garanti de petit fonctionnaire affecté aux taches d’exécution, compte chaque jour au centime près pour tenter de donner à ma descendance des armes contre ce fléau.

GoodyearAlors, quand j’entends le monde politique quel qu’il soit parler de chômage et des solutions pour arriver au plein emploi, je bous. Dans les systèmes libéraux tels que ceux du moment, aux mains des puissances de l’argent, régis par la loi de l’offre et de la demande, il n’y a aucun intérêt d’y parvenir. Un volant élevé de chômeurs est primordial car il empêche de fait toutes velléités des travailleurs qui sont systématiquement cantonnés à l’état de demandeurs. L’employeur est tout puissant et impose ses conditions d’autant plus facilement que les demandeurs sont nombreux. Et comme l’épée de Damoclès de la perte d’emploi frôle les têtes, il n’y a quasiment plus de grèves et de manifestations. L’autorégulation, c’est cela. C’est ainsi qu’en 2013, les seules manifs ont été celles des chefs d’entreprises/pigeons/rapaces friqués défendant leurs fortunes trop facilement acquises, et de fachos/bigots effrayés que tous disposent de mêmes droits…

Les vrais victimes de la crise ne battent plus le pavé. Et je persiste à le dire : le chômeur est d’abord une victime, statut parfois confirmé en raison des agissements peu scrupuleux des donneurs d’ordre. La sanction est immédiate, violente, abrupte et sans recours, avec des conséquences démesurées et à vie. Sans opposition, sans contrôle puisque dans le même temps on a asséché tous les corps de contrôle de l’Etat, tout devient possible et ordinaire. Parce que tout est possible pour cette catégorie de dirigeants. Ils ne connaissent pas la crise, et si jamais elle pointait le bout du nez dans leurs affaires, ils actionnent leurs réseaux et montent au créneau comme jamais pour ne subir aucune chute même minime de revenu. La crise, ce n’est pas pour eux, que les pauvres se débrouillent. Sous Sarkozy, on leur a fait et tenu des promesses sur mesure. Sous Hollande, menaces incessantes et lobbying agressif reçoivent bizarrement une oreille attentive. Mais quand un ouvrier défend son emploi et ses 1600 euros brut mensuel après 30 ans de labeur, maladie professionnelle comprise, toutes les portes se ferment et on lui envoie les CRS.

Le monde a la fièvre, et les dollars montent dans le thermomètre plus vite que le mercure. Les 300 premières fortunes de la planète ont vu leurs avoirs gonfler de 524 milliards de dollars. Pour Goodyear, la société a annoncé en février 2013 sa prévision de bénéfice de 1,4 milliard en même temps la fermeture de son site d’Amiens-nord. Et à y regarder de plus près, cet arrêt d’exploitation ressemble assez à une punition pour ne pas avoir, comme les ouvriers du site du même groupe d’Amiens-sud, accepté quelques menus sacrifices comme la réorganisation d’horaires en 4×8 qui est particulièrement perturbante pour la vie familiale. Quant aux bénéfices, bien réels, ils partent sous le manteau directement au Luxembourg pendant qu’on annonce que l’usine n’est pas compétitive. Du grand art.

Guère étonnant alors d’assister à ces secousses de personnalités. On se demande juste pourquoi cela n’arrive pas plus souvent. Et d’ailleurs, que faire d’autre devant le mépris affiché et l’absence de tout discussion ? Comment pourrait-il y avoir puisque dans la majorité des cas, il s’agit de soigner un cours de bourse, donc des actionnaires. Je comprends et soutiens toutes ces personnes abattues, aux yeux rougis de fatigue et de colère à force de se battre contre du vent. Que reste t-il à part secouer un peu les esclavagistes ou saccager son outil de travail pour solde de tous comptes ? Je comprends et serais même capable d’être en première ligne dans la bagarre parce qu’en restant bien gentiment dans la légalité, on ne récolte guère que des miettes. De toute manière, les mets de choix, on ne les aura jamais.

Mais parallèlement, s’en prendre à Hollande et Montebourg m’apparaît comme assez injuste. Dans cet espace mondialisé, il n’y sont pour rien dans l’attitude ignoble de Goodyear, de Mittal, de Total et autres grands profiteurs. Cela reste quand même la conséquence directe de ce que promeuvent les libéraux les plus acharnés de la «World Company» dont notre parti de droite dite populaire fait son fond de commerce : faire du pognon, vite et beaucoup, sans entrave, et quelles qu’en soient les conséquences. On y est. Puisque la casse est permise pour eux, cassons aussi.

Et évitons juste à l’avenir de leur redonner les clefs du camion.

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Alors bonne année…

On n’échappe pas à une tradition aussi séculaire : après les agapes et leurs lentes digestions, le cérémonial des vœux de bonne année est incontournable. On sert les pognes par ci, on claque une bise par là, un franche accolade encore ici, et même avec des gens que d’ordinaire on apprécie guère. Une bonne année, une bonne santé, avec aussi du pognon ! Des vœux pieux, évidemment…

Heureusement, je repère bien vite ceux qui sont de pure forme. Ils sont les plus mielleux, croisant un sourire béat à une emphase ridicule. Et dans ce domaine, les personnalités politiques, comme celles placées haut sur l’échelle sociale, excellent. Ils nous promettent chaque année le meilleur, mais toutes se ressemblent, avec cette maxime en dogme absolu, et qui fait toute la différence : «dites nous de quoi vous avez besoin, on vous expliquera comment vous en passer»…

2014Quelques minutes après les vœux aux français de François Hollande, cette pitrerie de Coluche m’est revenue en tête. C’est donc un président qui se dit à gauche qui propose de refaire confiance aux entreprises pour qu’elles embauchent, avec en contrepartie, un allègement significatif des charges et une réduction toute autant significative de la dépense publique. Mais bien sûr… Sur le coup, je n’étais pas bien sûr de ce que j’avais entendu. Après le Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi (CICE) attribué sans aucune contrepartie – on voit bien comment la mesure a dopé l’emploi – , voilà une annonce qui ressemble à un nouvel abandon de ceux qui ont porté Hollande aux affaires.

Charges, encore des charges, toujours des charges, on n’entend plus que ce mot qui alimente tous les fantasmes pour la compétitivité du pays. On oublie un peu vite que les fameuses «charges sociales» représentent d’abord une portion non négligeable du salaire. Mais son versement au travailleur est en somme «différé» et sert d’abord à alimenter les système de solidarité en contrepartie de droits dont les effets peuvent être immédiats (chômage, maladie, accidents du travail) ou à terme (retraite). Alléger ces fameuses charges revient dont à baisser purement et simplement les salaires. Ou de laisser la charge de ces salaires différés à la collectivité. En exonérant les entreprises des cotisations sociales, on ne fait que creuser les déficits publics puisque les droits sont acquis, et qu’à ce titre, il faut bien payer la protection sociale, les allocations et les retraites.

Si on cumule à ce petit cadeau une réduction de la dette publique, la boucle est bouclée : on réduit de fait les salaires en baissant le montant des prestations, on entrave l’action de l’Etat dans ses missions des contrôle et de régulation par la suppression d’emploi public, et on va donner à la droite libérale et conservatrice tout ce qu’elle demande. Parce qu’il ne faut pas se leurrer : moins de dépense publique, c’est rogner sur les retraites, mouvement déjà bien entamé, c’est réduire les prestations sociales, mouvement également en cours, c’est supprimer les subventions aux associations, c’est étrangler le service public pour le remplacer par des entreprises privées qui sauront se faire grassement rémunérer. Cela ne concerne évidemment pas les projets pharaoniques de quelques élus mégalomanes, certains cadeaux fiscaux aux puissants du monde, et les «sauteries aux petits fours» des très hauts fonctionnaires.

Le plus agaçant dans cette histoire est que la cerise arrive sur le gâteau alors que l’UMP en tant qu’opposant politique est complètement muet, trop occupé par la lutte intestine qui sévit à sa tête. Le manque de compétitivité et le chômage sont savamment entretenus et résultent d’abord de l’accaparement de la richesse par la haute finance et ses ayant-droits, en soustrayant les montants normalement dévolus à l’investissement pour alimenter les dirigeants, les rentiers et les actionnaires. De ce coté, pas de crise : Les stations d’hiver ont fait le plein pour les vacances…

Alors bonne année puisqu’il le faut. En tant que petit fonctionnaire, je sais à quoi m’attendre pour cette année. Elle commence d’ailleurs bien : un récent déménagement forcé d’un bâtiment adapté vers un taudis immonde et confiné dans la poussière a considérablement fait évoluer mes conditions de travail au point de ne plus pouvoir exercer mon métier dans les règles de l’art. Tout cela ressemble à s’y meprendre à un sabotage venu de l’intérieur.  Et pourtant, dans ses vœux tous frais, mon big-boss me souhaite le meilleur dans un monde de bisounours. Qu’il se les taille en pointe, et se les mette ou je pense…

Bonne année sincère à tous les LB et à vous qui passez ici.

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