Mémoire courte

Et voilà, ça continue. Dans les gros titres de la presse du jour, les propos sont les mêmes que la veille, l’avant veille, la semaine passée, le mois précédent. Entre ces 2 tours de scrutin des municipales, la gauche est une nouvelle fois désavouée. Cette fois, c’est le Conseil Constitutionnel qui a censuré une grande partie de la «Loi Florange» censée protéger certaines entreprises de la prédation financière au nom du «droit de la propriété privée et de la liberté d’entreprendre». En gros, on n’a pas le droit de sanctionner le pauvre propriétaire d’une entreprise rentable qui renvoie ses gens vers Pôle Emploi pour arrondir substantiellement ses fins de mois.

Loi Florange : mal barrée...A droite on jubile, et il y a de quoi. Selon l’UMP qui a saisi l’instance suprême de la République, c’est une nouvelle ligne écrite au passif du gouvernement décidément incapable. Et dans le contexte ambiant, les porte-flingues à droite ne se privent pas de tirer sur l’ambulance et occupent tout l’espace médiatique : en haranguant l’opinion sans cesse de la sorte, on contribue essentiellement à occulter la belle image d’une défense des intérêts des patrons et de la finance au détriment des ouvriers et du chiffre du chômage. Parce qu’en période électorale sur fond de crise, le bruit profite toujours. Le bashing anti Hollande, anti PS, anti gauche est devenu une stratégie absolue, et les slogans martelés depuis deux ans par Copé et ses vassaux sont repris partout en boucle, sans aucune précaution par toute la presse pourtant dénoncée régulièrement pour être à la solde du PS.

On favorise donc les licenciements sans cause en dénonçant dans le même temps l’incapacité du gouvernement à enrayer la montée de la courbe du chômage. «Molex», cette entreprise pourtant rentable en 2009, au plus fort du sarkozysme débridé et triomphant, a été saccagée, pillée de sa technologie, sacrifié eu nom d’une logique boursière scélérate et individualiste. L’affaire est emblématique. Aujourd’hui, cette fermeture est qualifiée de «sans cause réelle et sérieuse» mais le mal est fait : les gens gonflent les chiffres des sans-emplois sans aucun retour possible. Voilà ce que défend l’UMP.

A gauche, c’est un nouveau coup de bâton dans les jambes. Le gouvernement se refuse, et c’est tout à son honneur, de se lamenter sur le passif hérité mais qui continue à plomber lourdement le quotidien et les résultats. Parce que la croissance ne se décrète pas, pas plus à droite qu’à gauche et parce que les recettes ne sont pas françaises mais mondiales… D’ailleurs, ces recettes sont simples : il est interdit d’aider d’une quelconque manière la populace. A chaque fois qu’un projet social ou relevant de la plus élémentaire justice sociale a vu le jour, il a été combattu par de puissants et influents lobbys occupés à défendre leurs privilèges, et par des instances supra-nationales qui infligent amendes et sanctions financières. On peut réformer les retraites, le code du travail, la sécurité sociale mais qu’à la baisse. On peut aussi réduire les impôts des plus riches. C’est tendance. C’est ce qu’a promis le candidat UMP de ma commune, en qualifiant cette mesure de courageuse (sic)… Ca, c’est permis, mais pas l’inverse…

Najat Vallaud-Belkacem a beau déclarer «nous devons tirer de ces municipales une leçon, celle de travailler au redressement du pays, avec plus de rapidité, plus de force, plus de cohérence et de justice sociale.», mais avec quelles marges de manœuvre pour l’exécutif du pays ? Les français demandent un résultat immédiat là ou seules des mesures à long terme peuvent produire des effets. Et sanctionnent. Dans ce contexte, le recours au Front National est au mieux une vaste blague. Certains sont prêts à tenter l’aventure ? On en connaît pourtant le résultat, le changement : Vitrolles, Marignane, Carpentras, Orange, rien que des modèles de gestion et de vertu politique où le clientélisme et l’exclusion sont la règle… Courte mémoire.

Sans aller si loin, a t-on à ce point perdu la mémoire de la gestion UMP du pays, sans même remonter plus loin que le quinquennat entre 2007 et 2012 ? Ne se rappelle t-on plus de la manière dont on a traité les ouvriers à Gandrange, Florange, ceux de Continental, Peugeot et tous les autres, comment on a contribué à faire échapper à l’impôt des plus aisés tout en contraignant tous les autres, comment on a sauvé les copains banquiers, comment le pouvoir s’est protégé de la justice pour se garantir son impunité ? A t-on oublié à ce point les raisons du marasme actuel causé par un système capitaliste dévoyé par la finance et érigé en dieu absolu par l’UMP ? La crise a plombé l’armée des smicards, pas les millionnaires qui continuent à saturer les stations de ski huppées.

Bon sang, même si rien ne semble bouger, ce qui est faux, rappelons-nous d’où l’on vient !

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Le prix du silence

Il fallait bien que cela arrive : le 1er tour des élections municipales laissent un sacré goût d’inachevé. Un tel résultat n’était plus arrivé depuis 2007. L’UMP pavoise, le FN exulte, le PS minimise, et le reste de la gauche critique. C’est de bonne guerre. Cette droite revancharde et sans retenue, toute à sa joie d’avoir enfin un peu de lumière après toutes ces sales affaires, devrait cependant se garder de trop de triomphalisme : on n’est qu’à la mi-temps du match. Le bon sens paysan ne le sait que trop : c’est à la fin du marché qu’on compte les bouses. Pas avant. Mais là, ça ne sent pas bon…

Ce qui arrive n’est pas une surprise. L’UMP a martelé que voter pour un candidat socialiste, c’était voter pour Hollande. Le FN a brandi son unique slogan habituel et éculé sur l’UMPS et le «tous pourris». Et l’électeur moyen, fatigué par la bagarre continuelle des égos des personnalités politiques sur un lit d’affaires nauséabondes où se brassent des sommes absolument folles et hors de toutes proportions dignes, a préféré rester chez lui en soupirant «à quoi bon ? »

Allez voter, bordel...D’un autre côté, toute consultation électorale de mi-mandat présidentiel porte traditionnellement un message de sanction. En 2008, ce fut une vague rose d’une bien autre ampleur dont la conséquence alors invisible fut le retournement ultérieur du Sénat pourtant conçu pour ne jamais bouger… Depuis l’élection de Hollande, la population n’a pas perçu le changement annoncé parce les situations individuelles, globalement, n’ont pas évolué. Et pourtant, bien du chemin a été fait, déjà pour défaire nombre de lois iniques du quinquennat précédent, sans que cela marque nécessairement le quotidien.

Il ne faut surtout pas oublier que dans un espace libéral mondialisé qui est celui de notre planète, le gouvernement de la France n’a que peu de prise sur les questions économiques et surtout sociales sans tomber sous les foudres du FMI, de l’OMC et des agences de notation. Toute mesure qualifiée d’un peu «sociale» serait immédiatement sanctionnée par des organisations supra-nationales et se solderait par des amendes colossales, voire par un abaissement de note dont l’effet immédiat, via les taux d’intérêts serait d’augmenter d’un coup la dette du pays, donc le déficit de quelques milliards…

Sanctionner les listes socialistes sortantes avec le prétexte qu’il faut sanctionner Hollande est stupide parce qu’au delà de l’étiquette, le maire est la personnalité politique la plus proche des habitants et de leurs préoccupations, il apporte souvent des réponses concrètes qui dépassent les simples étiquettes des partis. Ce 23 mars, les maires socialistes n’ont été battus que par les abstentionnistes et par la montée de l’intolérance brunâtre.

Dans les communes où le FN va faire la loi, c’est sûr, il y aura du changement. Mais pas celui qu’on imagine. Les méthodes Buisson, on ne les connaît que trop : écoutes, surveillance, intimidations, comme naguère déjà à Orange et Carpentras. Qu’ils ne s’étonnent pas de l’arrêt des subventions au club de foot, parce qu’il y joue un peu trop de gamins basanés, à la MJC parce que c’est un repaire de gauchistes. Qu’ils ne soient pas surpris qu’on retire certains ouvrages des bibliothèques, qu’on ferme le local de planning familial sous de fallacieux motifs… L’argent public va désormais enrichir un peu plus la famille Le Pen et donner des moyens de diffusion hors norme à une idéologie mortifère. Que les habitants se rappellent bien du jour où le loup est entré dans la bergerie. Parce que pour l’en chasser, les moyens démocratiques risquent de ne pas suffirent.

Il y aura un second tour. Voter est un droit arraché par nos aïeux au prix des larmes et du sang. Il est surtout un devoir absolu. Le silence des abstentionnistes coûte très cher à la gauche et au pays tout entier : en renonçant, la gauche a contribué indirectement à la percée des fachos. Il n’est désormais que question de limiter les dégâts au prix d’un retour massif à l’isoloir. Perdu pour perdu, autant faire barrage à la vermine partout ou le risque existe, même s’il faut contribuer à élire une liste UMP, même si l’UMP n’en fera pas autant…

Dimanche, de grâce, votez, ou taisez-vous à jamais.

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L’outrance ordinaire

Les derniers jours de campagne électorale sont souvent le moment où les ultimes arguments sont lâchés pêle-mêle, où l’on assène à la hâte la petite phrase qui tue, comme s’il fallait absolument être le dernier à parler. Perdu pour perdu, secouer le cocotier avec vigueur, quitte à dépasser les bornes des limites, n’est pas forcément un mauvais calcul dans le contexte de forte abstention annoncée. Les derniers propos de Paul Bismuth dans le Figaro ne me démentiront pas.

Chez moi, FranchevilleLa surenchère ordinaire des discours électoraux constitue un folklore finalement assez amusant pour des oreilles un peu rompues à l’exercice, et chez moi, les candidats pour la mairie de Francheville, dans la proche banlieue lyonnaise, n’échappent pas au principe. D’un côté, il y a l’équipe municipale socialiste, qui s’appuie sur un bilan consistant, et qui n’a guère à s’employer outre mesure. Au milieu, une liste EELV tente de sensibiliser sur des thématiques très spécifiques compte-tenu du contexte géographique de la commune, et qui sont justifiées. A l’autre bout, l’opposition UMP, écartée des affaires locales depuis 1989, tente paradoxalement d’exister dans une commune classée dans la catégorie «banlieue chic»… Et c’est là que cela se gâte.

Les slogans accrocheurs, affichées sur la vitrine du local du candidat UMP, en bien plus gros que le maigre programme, sont éloquents : «Les socialistes augmentent les impôts pour dépenser plus ! Les écologistes augmentent vos impôts pour vous compliquer la vie ! L’UMP baissera les impôts locaux ! » Bien sûr qu’ils vont baisser, s’ils sont élus… Et la marmotte met le chocolat… Pour ma part, je ne le souhaite pas. L’impôt est, en principe, un instrument de redistribution et de lissage des excès induits par la nature humaine… En principe. Il ne me semble pas anormal de contribuer en fonction de ses revenus au fonctionnement de la commune dont la fonction sociale et l’aide apportée aux plus faibles m’apparaît capitale. Quant à l’écologie qui complique la vie, on distingue bien le degré de considération accordé par les libéraux pour notre environnement outrancièrement pollué et exploité. N’y a t-il vraiment que l’argent sans entrave qui compte ?

Mais je disserte dans le vide. Personne à l’UMP ne va contredire ces slogans. Avec la diatribe sarkoziste du jour, aussi outrancière soit-elle dans le plus pur style cortoesque ou berlusconien, cette droite semble retrouver une espèce de fierté perdue et une nouvelle énergie pour se déplacer dans l’isoloir. C’était pourtant loin d’être évident tant le poids des casseroles à traîner était important. C’était aussi le but immédiat à atteindre. Pour le reste, si tout ce bruit existe, c’est que Sarkozy-Bismuth y est quand même un peu pour quelque chose.

Au final, il ne faut pas se tromper : les élections municipales désignent un maire, mais surtout un équipe qui est au plus près du citoyen, qui est en charge du quotidien des habitants en terme d’équipements, de voirie, de commerces, de services, d’accessibilité, etc… Le vote sanction, tant prôné par la droite et le FN contre l’action du gouvernement ne sanctionne personne d’autre que l’électeur lui-même et l’armée des abstentionnistes. Parce que s’abstenir, c’est fuir avec lâcheté son devoir, c’est se moquer avec outrance de l’histoire et de ceux qui se sont battus pour obtenir ce privilège, parfois jusqu’à la mort.

Dimanche, allez voter !

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Voter FN, c’est approuver les méthodes Buisson

Il y aurait de quoi écrire des centaines de pages sur la crise politique que traverse la droite qui se dit encore républicaine. Mais je ne vais pas perdre mon temps pour expliquer des évidences tant elles sautent aux yeux au moment de devoir se prononcer sur ceux qui vont diriger nos cités pour les 5 prochaines années.

Dans cette affaire des enregistrements, les seules questions qui m’intéressent sont de savoir à qui profite le crime, qui va bénéficier au final de cet épisode ? D’aucuns y voient une manœuvre de l’ex-président Sarkozy, qui a démontré depuis longtemps ses capacités à surnager dans les coups les plus tordus et à inverser avantageusement la perception de certaines affaires pour apparaître en victime et finalement en sauveur….

Sarkozy, Buisson, tous pourris !Malgré cette posture pour des actes accomplis visiblement dans le dos de l’ex-président, ce qui reste cependant à démontrer, je rappellerais tout de même que c’est Sarkozy tout seul qui a appelé Patrick Buisson à ses côtés en tant que conseiller spécial, pour droitiser son discours, pour radicaliser ses positions et chasser sur les terres extrêmes… Il a ignoré tous les avertissements concernant ce personnage déjà controversé, même ceux venus de son propre camp. Parce que, outre son idéologie inhumaine, cet oiseau est connu pour tenir un discours pour le moins puant et être un habitué de l’enregistrement en douce dans la rédaction d’un torchon d’extreme-droite. Jouer ensuite les vierges effarouchées devant les faits est autant scandaleux que les enregistrements eux-mêmes, surtout quand on est président. Encore un expérimenté donneur de leçon qui s’est fait avoir comme un bleu. Et dire que son camp traite la gauche d’amateurs…

L’autre point important est le contenu de ces enregistrements. Ici, on n’apprend finalement pas grand chose qu’on ne savait pas déjà : un exercice du pouvoir brutal, paranoïaque, dénué de tout respect d’autrui, empreint de manipulation, de grossièreté, considérant le pays comme un simple support pour mener ses petites affaires et régler quelques comptes personnels. On dirait un film de série B relatant le parcours d’un boss d’une mafia quelconque, entouré de ses vassaux et quelques porte-flingues… Sarkozy victime ? Impossible de m’y résoudre.

Le coup est cependant rude pour l’ensemble de la classe politique. Le «tous pourri» va sûrement amener beaucoup d’eau au moulin du Front National. Seulement voilà : que ceux qui sont tentés par un bulletin FN aux prochaines élections municipales comme sanction d’un espace naturellement imparfait se rendent bien compte à qui ils donnent les clefs. Voter FN, c’est approuver les méthodes Buissson. Ce sinistre personnage vient de son sein et a appliqué ce qu’il y a appris. Le FN n’est pas républicain, le FN est la négation de la démocratie. Il enregistre, manipule, discrimine, exclut… D’ailleurs toutes les municipalités dirigées par le FN par le passé ont été balayées en raison d’un affairisme et d’une corruption exacerbée.

Coté UMP, les donneurs de leçons ont montré toutes leurs aptitudes en matière de gestion. Comptes de campagne retoqués, argent envolé, sans compter leurs exploits lors du dernier quinquennat : 600 milliards de déficit… et une constance à s’affranchir des règles qui fondent une société. Bel exemple de compétence. Et ces gens veulent revenir au pouvoir sans déontologie, sans aucun programme, en utilisant le seul bashing comme argument ?

Finalement, j’irai à nouveau voter rose alors qu’il y a peu encore, j’étais prêt à déchirer ma carte d’électeur. Je peste souvent contre certaines mesures et face à la lenteur du redressement. Mais petit à petit, les choses commencent à bouger… J’ai entendu ce matin un chiffre encourageant concernant le taux de chômage.

Franchement, on n’est pas si mal. Rappelons-nous d’où l’on vient.

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