Pour que Internet reste libre et ouvert

Vous avez peut-être remarqué la petite bannière dans le coin en haut à droite. Une roue bien connue y tourne indéfiniment. Elle est le symbole de l’attente de la fin d’un chargement de page lors de nos butinages sur la toile. Et sans une mobilisation de notre part, nous risquons tous de la voir trôner sur nos écrans bien plus que de raison. Lors de nos prochaines sorties sur internet, on va devoir attendre, attendre, encore attendre, à moins de payer…

Pour une fois, les plus contestataires viennent d’outre-atlantique. La-bas, la réalité d’un internet à plusieurs vitesses est sur le point d’aboutir. Dans quelques jours, la Federal Communications Commission (FCC) qui régule entr-autre l’internet américain, rendra un avis lourd de sens en terme de «neutralité du réseau», et qui risque d’avoir des répercussions essentiellement sonnantes et trébuchantes et bien au-delà du simple continent américain.

En clair, le but d’un certain nombre d’acteurs du net est de faire payer les sites web pour permettre un accès optimisé à leurs contenus. Sinon, les débits seront bridées. De l’autre côté, les fournisseurs d’accès pourraient aussi proposer plusieurs offres à leurs clients pour qu’ils puissent accéder plus ou moins rapidement aux pages. On voit sans peine la dérive du système, les filtrages et autres manipulations possibles.

Imaginons que demain, l’accès soit si lent que vos sites préférés soient illisibles. Imaginons les sites d’information obligés de payer, au risque de se faire ralentir si la ligne éditoriale déplaît. Imaginons les données désormais délocalisées quelque part sur un cloud et devenant difficilement (ou plus) accessibles. Imaginons tout ce qui fait le charme du net, les blogs, les sources alternatives, le partage, etc… Invisible, disparu ! Sauf à payer.

Je parle souvent du fondement même d’Internet qu’est la neutralité du réseau. Cette notion un peu ésotérique et qui ne passionne pas le profane est pourtant essentielle, et se résume très rapidement et en termes simples en 4 points :
– transmission de données sans examiner le contenu
– transmission de données sans altérer le contenu
– transmission de données sans examiner la source (qui émet les données) et la destination (qui les reçoit)
– transmission de données sans examiner le protocole (convention de communication).

Quand un seul de ces points est invalidé, le réseau n’est plus neutre, il interagit, ce qui n’est plus l’esprit, le principe de base d’internet. Et dans notre affaire, tous sont invalidés… Un comble au moment ou les appareils mis à la disposition des internautes sont de plus en plus puissants et rapides. D’un côté, on vend de la 4G, des monstres de technologie avec une capacité de calcul telle qu’elle pourrait envoyer une fusée sur la lune, tout en bridant drastiquement les débits.

Ce 10 septembre, beaucoup de sites, et pas des moindres (Vimeo, WordPress, Reddit, Netflix… et Alter-Oueb), vont faire semblant de tourner au ralenti. Le but est d’alerter les internautes du danger que constitue ce nouveau coup de boutoir, de leur faire prendre conscience de cette part de liberté confisquée, et qu’il ne s’agit pas d’un nouveau coup d’épée dans l’eau. D’ailleurs, ce genre de campagne a naguère déjà fait plier les décideurs pour les projets de loi SOPA (Stop Online Piracy Act) et PIPA (Protect IP Act) particulièrement liberticides et scélérats. Dont acte.

Plus d’infos (en anglais) sur www.battleforthenet.com/sept10th/

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