Requiem pour un Caïman

Les Editions du CaïmanIl n’est point question de pleurer des larmes de… cette espèce de crocodile pouvant atteindre les 7 mètres. Pour celui-là, en grande difficulté, c’est même le moment de se battre : Le Caïman, c’est une maison d’édition créée en 2010, gérée avec passion et qui se trouve en difficulté, victime collatérale de la mouise d’autres. J’y connais un peu un des auteurs, par ailleurs aussi collègue dans une autre vie. Alors, ça me touche. Voici son appel.

Ça aurait pu faire un très bon titre de polar.

Oui, mais voilà, cette histoire ne nous amuse pas vraiment…

Il y a quelques jours, nous avions commencé à alerter nos amis libraires : les difficultés de notre diffuseur De Borée (en clair : un redressement judiciaire), risquaient de compromettre les livraisons. Nous vous invitions alors à passer vos commandes directement aux Éditions du Caïman.

Puis les choses sont allées très vite, et pas dans le bon sens. Aujourd’hui, la défaillance du diffuseur met sérieusement en péril ses partenaires, en particulier notre maison d’édition : nos créances chez De Borée (le produit de la vente de nos livres, de juin à septembre) ne pourront pas être honorées et, par effet de cascade, nous risquons de ne pas pouvoir payer à l’imprimeur les derniers titres de notre collection. Et donc, de devoir écrire le mot FIN sur notre histoire…

Nous ne nous résolvons pas à une telle issue.

Nous, auteurs du Caïman solidaires de notre éditeur, ne pouvons accepter que cette petite maison d’édition pleine de promesses soit brutalement rayée du paysage. Nous ne pouvons accepter que soient anéanties cinq années de travail, de rigueur et d’efforts qui commençaient à porter leurs fruits : un catalogue en plein développement, une notoriété croissante, des lecteurs qui nous suivent de plus en plus nombreux, une reconnaissance dans le milieu du polar.

Et puis aussi, pour nous auteurs, un éditeur engagé qui sait donner leur chance à de nouveaux textes. Plus qu’une maison d’édition : une «maison d’auteurs», une éthique.

Et maintenant ? Le collectif (informel et amical) des auteurs du Caïman a proposé à Jean-Louis Nogaro, qui l’a accepté, le lancement d’une souscription pour sauver le Caïman. Nous en appelons donc à votre solidarité : quelques euros, ce n’est pas grand-chose à l’échelle individuelle mais, si l’on est nombreux – et l’on sait pouvoir compter sur de nombreux amis –

ils peuvent vite devenir huit mille : la somme qui nous manque pour ne pas couler…

Amis du Caïman, merci de votre engagement et merci de vos soutiens !

Les auteurs du Caïman et Jean-Louis Nogaro

Pour aider le Caïman à surmonter l’épreuve, une souscription est ouverte ici : https://www.leetchi.com/c/solidarite-pour-editions-du-caiman

Mais vous pouvez aussi apporter votre soutien et votre aide en commandant directement les titres du Caïman sur le site des Éditions, ici : http://www.editionsducaiman.fr/pages/pour-commander/

Amateurs de polars, les fêtes de Noël approchent. Offrez, offrez-vous, faites vous offrir un ou plusieurs livres ! Un Caïman au pied de l’arbre de Noël, c’est autre chose que Fnac et Amazon, ça en jette.

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Sans commentaires

Je pose ça là, tel que je viens de le lire.

« Oui, monsieur le ministre ; la violence, c’est chose grossière, palpable, saisissable chez les ouvriers : un geste de menace, il est vu, il est noté. Un acte de brutalité, il est vu, il est retenu. Une démarche d’intimidation est saisie, constatée, traînée devant les juges. Le propre de l’action ouvrière dans ce conflit, lorsqu’elle s’exagère, lorsqu’elle s’exaspère, c’est de procéder, en effet, par la brutalité visible et saisissable des actes.
Ah ! Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclats de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continuent la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. […]
Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité.
»

Jean Jaurès (Chambre des députés, séance du 19 juin 1906)

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Comprendre

Le bus, le métro constituent mon quotidien invariable : c’est mon mode de déplacement incontournable, au milieu d’une forêt de regards hagards qui évitent à tout prix de se croiser. Mais on perçoit aussi çà et là des conversations plus ou moins feutrés qui se révèlent être souvent fort intéressantes. Au-delà des petites histoires personnelles, certaines discutions témoignent de la manière dont l’actualité est perçue par la frange de la population qui constitue une bonne partie – du moins suffisamment significative – de la société : étudiants, précaires, prolétaires… Pour en prendre le pouls du moment, prenez le métro, et laissez traîner les oreilles.

Et ce que j’y ai entendu à propos de «l’incident» lors du comité central d’entreprise de Air France m’a suffisamment marqué pour l’évoquer ici. A chaque fois que ce sujet était cité, les personnes ne semblaient nullement choquées par les faits, comme la presse et Manuel Valls l’ont martelé. Au contraire. Il semblait que dans de nombreux cas, la chose aurait très bien pu se passer chez eux de manière identique. Et que, si tel n’était pas le cas encore, cela n’allait tarder tant certains dirigeants, assurément, le méritaient.

Tout de même, ce genre de propos font réfléchir. Pour ma part, l’utilisation de la violence n’est guère acceptable, quelle qu’en soit la forme. Cela dit, nul besoin regarder bien loin en arrière pour constater que les mouvements et défilés pacifiques, aussi imposants soient-ils, sont purement et simplement ignorés. Mais en cassant, comme les bonnets rouges, un exemple parmi d’autres, on médiatise, et on obtient… sauf si on est écologiste, sauf si l’on vient d’une cité célèbre pour abriter une population grouillante et basanée.

Puis reste la notion de degré. La violence physique est immédiatement condamnée, celle des attitudes et des faits jamais. Le mépris et la froideurs des décideurs annonçant l’anéantissement social de milliers de gens sans aucun état d’âme sont souvent d’une violence inouïe, mais personne alors ne s’en offusque. Il n’y a plus ni ministre, ni presse pour dénoncer des méthodes ahurissantes. La condamnation subie est sans appel, et vous fait passer ensuite dans la catégorie des fainéants profiteurs, assistés professionnels, comme tous ces sans-emplois qui ne font rien pour retrouver de l’activité. Une double peine, qui vous fait perdre bien plus qu’une chemise.

Quand une entreprise décide d’un plan d’économies, ce n’est jamais les décideurs qui font les frais de l’opération, ce sont les subalternes qui trinquent. Ceux qui déclarent les guerres n’y envoient pas leurs enfants, mais ceux des autres…

Et malgré tout, on parle du dialogue social, qui n’a de dialogue que le nom. En écoutant le monde autour de nous, on remarque juste que cela craque de partout, que les endroits ou l’on se parle encore dans les entreprises font figure d’exception digne du Guiness’book. Car on se rend compte que le management actuel ressemble de plus en plus au management par la peur. La mésaventure Volkswagen en cours, pourtant sans lien apparent avec Air France, laisse petit à petit entrevoir toute la lourdeur et l’intransigeance d’un management moderne et inhumain, poussant peut-être des ingénieurs apeurés à concevoir de curieux dispositifs pour réaliser des objectifs inatteignables… Possible ou pas, le cas est cependant révélateur d’un malaise généralisé qui ne peut qu’éclater de la sorte. Surtout qu’au final, ce sont les ouvriers qui feront les frais de l’affaire et se retrouveront à poil.

Dans mon entourage plus ou moins proche, ce n’est guère différent. Il est un endroit ou toutes les attitudes sont injustes, incompréhensibles, voire contre-productives, quand elles ne sont pas carrément brutales et volontairement humiliantes pour les personnels. Il y a un espèce de sadisme malsain qui renvoie systématiquement la même réponse à toute requête, personnelle ou collective : c’est non, entretenant une colère sourde dans un cocktail de plus en plus détonnant. C’est très mal de le dire, mais il y en a quelques-uns que j’apprécierais bien de voir décamper en caleçon.

Je le dis cependant fermement : je n’approuve pas. Comment je pourrais-je ? Mais je comprends. Le désespoir peut pousser à de telles extrémités irrationnelles. Il faut condamner la violence, mais sans être aveugle, sans oublier la tyrannie du chiffre, le despotisme des élites qui savent mieux que quiconque ce qui est bon pour les masses. Une société dans laquelle la violence est tolérée devient invivable. Et de toute évidence, on y est.

Voyez cette vidéo captée lors du fameux comité central d’entreprise de Air France. Continue t-on ainsi ?

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