Il faudra vivre avec

Une journée de plus sans qu’il ne sorte un mot tant la gorge était serrée. Une journée de plus, que la bêtise humaine a marqué à jamais du sang d’infortunés anonymes, juste coupables de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. A chaque secousse, les mesures de sécurité apparaissent à chaque fois plus draconiennes, dans une escalade sans fin, sans empêcher le moins du monde le jeu de massacre de se perpétuer. Il faudra donc se résoudre à vivre désormais avec cet état de fait.

Et demain ? Côté sécurité, rien ne changera. Le niveau d’alerte du plan Vigipirate est écarlate depuis des lustres. Désormais, il faut s’attendre à ce que l’état d’urgence suive le même chemin et devienne l’ordinaire. Dans cet espace hyper contrôlé, avec des robocops surarmés à chaque coin de rue, rien n’arrêtera la poignée de terroristes pseudo-religieux fanatisés et jusqu’au-boutistes. Il suffit qu’un seul traverse les mailles du filet pour ébranler durablement nos sociétés. Aussi fin soit ce filet, la parade universelle face aux attentats n’existe pas, quoi qu’en disent les responsables politiques.

Un avenir flou se dresse devant nousIl faudra donc vivre avec cette menace continue comme une nouvelle constante. Ca ne va pas arranger l’ambiance générale, passablement plombée par un individualisme de plus en plus prégnant qui dégrade beaucoup le «vivre ensemble» jusqu’alors accepté. On a beau clamer qu’on n’a pas peur, qu’ils ne gagneront jamais, mais nos comportements ont déjà changé. On s’épie, on se surveille, chacun d’entre nous devient une menace potentielle. Le quotidien a déjà migré : on annule des événements, des manifestations, on s’autocensure. Le moindre pétard dans la rue, la moindre vibration de la rame de métro rend l’entourage irrationnel, à la limite de l’hystérisme. Forcée d’abandonner les libertés fondamentales et une certaine sécurité, la société prend un bien vilain virage et s’engage durablement sur un chemin sans retour qui est tout sauf rassurant. Un chacun pour soi bien policé.

Il faudra donc vivre avec. L’occident dans sa globalité, dit civilisé, ne fait que payer la manière dont il s’est amusé avec le proche et moyen orient, mais aussi avec l’Afrique. Les années Bush père et fils y ont largement contribué, mais ils ne sont pas les seuls. On a semé un peu partout des armes plutôt que des tableaux noirs, qui nous reviennent à la figure sous le couvert d’une religion. Il serait bon, un moment donné, de reconnaître que dans ce chaos en développement, nous avons une part non négligeable de responsabilité. Cela ne règle évidemment pas le problème, et n’adoucit en rien les quotidiens incertains qui arrivent. Quoi qu’il en soit, c’est trop tard.

Je n’ai pas peur, je dois être anesthésié. Ou déjà vacciné. Mais je vois sans peine s’effilocher derrière moi un mode de vie plutôt doux malgré la crise, et il me semble que je ne le retrouverai pas de sitôt. La suite sera constellée de plus de police encore, d’interdits, de fouilles, de contrôle, d’injonctions, de surveillance, partout, à toute heure du jour ou de la nuit, et de temps en temps des victimes tomberont sous les bombes de fanatiques, toujours et encore. Alors on pleure nos disparus, ceux des nos voisins et amis. On pleure Bruxelles à chaudes larmes. Par contre, quand le feu de Daesh tombe à Kaboul, Bagdad, Istanbul, Ouagadougou et Jakkarta, rien qu’en 2016, on ne retrouve guère un élan de compassion comparable. Et pourtant, les morts sont tout autant victimes du terrorisme, où qu’ils tombent. Cherchez l’erreur. On a un réel problème de société qui ressemble à l’égoïsme.

Et ce n’est que le début.

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10 commentaires pour «Il faudra vivre avec»

  1. Ton blog est à chier sur iPhone mais ce n’est pas pour ça que je commente.

    On est d’accord sur le fond mais pas sur la formulation de ta conclusion qui m’a réellement fait bondir. Un attentat m’horripile plus quand il a lieu en France (pour des raisons probablement sébiles) mais je ne fais pas de différence entre la Belgique et la Côte d’Ivoire.

  2. Voilà un article exemplaire d’un « progressiste » qui vient de se réveiller. Bien entendu cette horrible réalité qu’il découvre enfin (mais que beaucoup de gens avaient vu et annoncé depuis un bon bout de temps) est de notre faute, nous Blancs occidentaux, forcément. Mais ça ne va pas l’aider à oublier son monde où le Bien était si facile à identifier et le Mal (le reste) si simple à trasher. Ben oui, on élit comme président un démagogue menteur pathologique pour que le rêve continue et, patatras, la réalité nous rattrape à grands coups dans le ventre. Faudra faire avec. Vous pouvez toujours continuer à pleurnicher que c’était mieux avant mais il vaudrait mieux que vous finissiez par comprendre que c’est votre monde rêvé d’hier et son paquet d’idéologies « de progrès » qui a accouché de l’enfer d’aujourd’hui.

    • On dirait du Corto… Visiblement vous dormez encore plus fort que moi, à moins que ça soit les oeillères. Le Président soi-disant démagogue et menteur est en place depuis 4 ans, mais la situation actuelle résulte de décennies d’une politique libérale et d’asservissement de tout ce qui ne vit pas « à l’occidentale », et dans laquelle le mafieux qu’est Sarkozy a toute sa part, notamment en allant foutre un bordel sans nom en Libye. Donc diatribe inutile : les idéologies de progrès n’ont jamais fait que subir le « marche ou crève » ultra-libéral imposé par l’ami d’outre-atlantique et son vassal britannique.

  3. « L’occident dans sa globalité, dit civilisé, ne fait que payer la manière dont il s’est amusé avec le proche et moyen orient, mais aussi avec l’Afrique. »

    Ce n’est pas l’occident dans sa globalité mais la globalité de ceux qui détiennent et gèrent les ressources vitales de la planète, qui s’amusent avec tout le reste des survivants !

    Rappel de la situation économique mondiale :
    1 % de la population mondiale possède 50 % des ressources vitales de la planète contre les 99 % restant des peuples qui ne disposent de fait que du bon vouloir des premiers pour s’en répartir les miettes.
    Aussi, mettre à égalité la responsabilité des 1 % qui détiennent et dirigent mondialement notre société avec celle des 99 % qui les subissent et obéissent, c’est comme mettre à égalité de situation dans une entreprise commerciale les patrons et leurs ouvriers pour établir un contrat de travail entre eux tous.

    Non mais, c’est quoi ça ?

    • Ah le vilain procès l’intention…
      Oui 1% a le pouvoir et s’en sert, et 99 autres subissent. Et les mêmes 99 qui remettent inlassablement le même bulletin dans l’urne pour remettre les mêmes 1% aux commandes.
      On lutte toujours et encore contre ce fameux 1%, mais je me demande si ce ne sont pas les 99% moutonniers qui nous foutent dans la m…. Parce que quand il s’agit de dire non, de manifester, d’user de la liberté de dire à nos dirigeants ce qu’on pense dans les cortèges, les victimes du système, on n’en voit guère.
      Par nos choix, on est bien responsable. Ca fait mal, à moi en premier, mais c’est ainsi.

  4. Marco : « Et les mêmes 99 qui remettent inlassablement le même bulletin dans l’urne pour remettre les mêmes 1% aux commandes. »

    Dans un vote démocratique, les plus fortunés sont les seuls qui ont les moyens de se présenter aux suffrages, je ne vois pas en quoi les plus démunis peuvent en être rendus coupables ?

    Ne veux-tu à ton tour ne promettre que du sang et des larmes pour en sortir, mais alors comment prétendre à changer le monde si nous suivons les principes de ceux qui l’oppriment !

    Marco : « Par nos choix, on est bien responsable. »

    L’obéïssance est un acte légitime de la part des humains, c’est en fond la marque génétique de notre exceptionnelle empathie avec l’environnement et c’est par nos convictions acquises que cette empathie innée produit selon les circonstances un bienfait immédiat ou une calamité perpétuelle.

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