J’en ai gros

Tout est dit, j’en ai vraiment gros sur le cœur. L’ambiance générale délétère et cette odeur continue de gaz lacrymogène me hante. L’écoeurement est quasi permanent, alimenté en continu d’images sans cesse différentes d’une société en totale décomposition, où les plus aisés, par CRS interposés, piétinent les plus faibles pour juste conserver leurs prérogatives et leurs privilèges. Le tout sous un gouvernement de gauche…

La Loi El Khomri aura été la goutte de trop. Naïvement, je pensais que porter au pouvoir un autre personnage que celui proposé par la droite actuelle aurait permis d’adoucir quelque peu tous les déséquilibres engendrés par un capitalisme débridé et surtout décomplexé. Il y a objectivement peu d’alternative à ce système qui a envahit l’espace mondial. Même les adeptes les plus extrêmes du collectivisme y sont passés. En somme, il faut juste limiter les excès dont l’homme est coutumier quand il sombre dans l’individualisme. J’espérais, comme 52 % des français, que François Hollande, après 5 années sarkozystes éprouvantes, réalise cette alchimie. Je rêvais.

injusticeAujourd’hui, le pays se déchire autour d’une loi totalement déséquilibrée. Même l’UMP d’alors n’avait jamais osé aller si loin. Les conséquences en terme de précarités nouvelles engendrées pour la jeunesse en quête d’emploi et les salariés font bien plus mal que les gaz, les coup de tonfas et coups de poings que je ramasse avec tant d’autres depuis un mois de la part des forces de police.

Je ne suis pas un casseur, loin de là, juste un simple salarié servile, qui se plie aux caprices d’un encadrement professionnel incompétent et de plus en plus méchant. Je m’exprime en votant, en manifestant quand c’est nécessaire. Une expression qui n’est guère entendue : ceux que j’ai choisi sont tout autant dans le même système que les précédents, avec un peu moins de véhémence à l’encontre des syndicats et des salauds de pauvres qui ne pensent qu’à frauder et à réclamer. Ca commence à aller mieux ? Oui, certainement, mais pour moi, l’avenir reste sombre : pas de vacances encore cette année, et à ce jour, il me reste 120 euros pour finir le mois…

Une colère sourde est montée en moi. Lors de la manifestation du 9 avril à Lyon, la tête du cortège ou je me trouvais a été gazée à plusieurs reprises et dispersée sans aucune raison, préventivement j’imagine. J’y étais, c’était incohérent. Violenté parce que assis sur la place Bellecour sans aucune agressivité ne peut provoquer qu’un fort ressentiment. Les agressions policières inouïes répétées contre #Nuitdebout en haut de la Grande-Côte (Croix-Rousse) puis place Guichard n’ont pas arrangé les choses. Le 29 avril, rebelote, en pire : la présence tellement serrée des CRS et leur attitude incompréhensible ne pouvait que mettre le feu. Sans compter ces individus dont on ne perçoit pas le visage sous les écharpes et capuches, distribuant des pierres aux premiers rangs et haranguant les jeunes, renversant poubelles ou montant à l’assaut des vitrines, et qui brusquement sortent un brassard de police et désignent les sois-disants meneurs à mettre au frais…

Un peu partout, les images de gens menottés, puis frappés au visage, de gamins de 10 ans présents pour la manif du 1er mai gazés à 1 mètre, d’individus bloqués au sol et roués de coups, d’agressions disproportionnées sur des gens absolument pas dangereux. Pendant ce temps, les vrais casseurs rigolent : on les laisse faire. Cela arrange bien le pouvoir. Jour après jour, nuit après nuit, c’est insupportable. Je ne suis pas prêt d’oublier les coups. Ils refond surface à chaque nouvelle vidéo de violences policières. Cela n’a rien à voir avec du maintien de l’ordre, c’est gratuit, injustifiable. Cela contribue à exacerber une haine pour l’instant encore contenue. Mais demain ?

Casser du gauchiste, mettre au pas la jeunesse, éteindre rapidement toute forme de contestation témoignent de la fermeté à maintenir aux yeux d’une opinion publique plutôt âgée et bien conservatrice, cette image d’une police défendant l’intérêt général. Elle défend surtout un modèle de société qui est devenu depuis 2005 sous l’impulsion de l’agitation sarkozyste un ring sans règles où les inégalités ont explosé et l’individualisme poussé à l’extrême, champ de bataille sur lequel surnage une bourgeoisie revancharde de la défaite électorale prise en 2012.

Je ne suis pas un casseur. Je ne sais même plus ce que sera demain. Mon existence sociale n’a été jusqu’à présent qu’une sage attente de jours meilleurs. Je ne fais que payer sans rien en retour, et attendre. J’ai appris la patience et le renoncement alors que la société m’enjoint de consommer toujours plus. Je suis malade d’attendre et de crever sans n’avoir rien vu du monde pendant qu’on s’empiffre autour de moi, et à mes dépens.

Ca ne peut plus durer. Ca me fait mal de voir tous ces gens impunément violentés, poussés à la précarité, sans boulot, avec une retraite de misère, malades de leur sur-exploitation, contrôlés de toutes parts pendant que les puissants détournent et cognent. Et les coups de matraques ne sont rien à côté.

Je sais que demain, je retournerai devant, dans la manif, plus déterminé que jamais, et équipé.

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10 commentaires pour «J’en ai gros»

  1. On est d’accord. Autant, j’étais relativement content jusqu’à octobre ou novembre, autant la coupe est pleine.

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