Libre-échange Vs démocratie

le
janv14

Conférence débat avec Susan George, à 19h au Centre Culturel et de la Vie Associative (CCVA) de Villeurbanne (Métro A – Arrêt Flachet)

« Accord de libre-échange transatlantique : la démocratie en danger ! »

La deuxième session de négociation d’un Pacte transatlantique sur le commerce et l’investissement (PTCI) entre les États-Unis et l’Europe s’est ouverte cet été.

Comme pour l’Accord avec le Canada, les négociations se sont engagées sans que ni l’opinion publique ni ses représentants n’aient eu accès au mandat de négociation, alors qu’à contrario les entreprises et leurs groupes d’intérêt jouissent d’un accès privilégié aux négociateurs européens.

Sous couvert d’harmonisation, cet accord s’attaque aux règles en matière de production agricole ou industrielle, de protection des données numériques et des licences, aux mesures de prévention des risques environnementaux et sanitaires ainsi qu’aux droits de douane.

Par un mécanisme dit de «protection des investissements», cet accord vise en outre à ouvrir le droit à une entreprise de poursuivre un État ou une collectivité locale si une réglementation fait entrave au commerce et la prive de bénéfices escomptés, les différends étant arbitrés par un panel d’experts privés. Des sujets clefs où l’opposition citoyenne reste forte comme sur les OGM ou les gaz de schistes feraient ainsi l’objet de «compensations» avec l’argent du contribuable.

Dans la plus grande opacité, et au mépris de la démocratie, est en train de se négocier une remise en cause des valeurs, des préférences et des choix collectifs qui prévalent aujourd’hui en Europe. Cet accord aboutirait en fait à l’établissement d’une zone de libre échange couvrant plus de la moitié de l’économie mondiale.

Susan GeorgeSusan George, fondatrice d’Attac, très au fait de ces dossiers pour avoir déjà été coordinatrice de la lutte contre l’AMI (accord multilatéral sur l’investissement, dangereux précédent de ce nouveaux projet) nous éclairera sur le contenu et les enjeux de ce nouveau projet d’accord de libre échange transatlantique.

Organisé par ATTAC Rhône et les AMD de Lyon.
Entrée libre.

Share Button

L’écologie, ça commence à bien faire

L’écologie politique traverse une nouvelle tourmente. Une de plus pourrait-on dire dans ce milieu particulièrement rompu à l’exercice. Dominique Voynet a annoncé sa mise au vert en ne briguant pas un nouveau mandat à la tête de la ville de Montreuil dont elle était maire depuis mars 2008. Défections, départs ou mise en retrait ont un temps alimenté l’actualité du parti écologiste dont le silence dans le paysage politique est de plus en plus profond.

Voynet, ça commence à bien faire...Dans ce contexte, la dernière déclaration de Voynet fait du bruit. Elle y dénonce pêle-mêle le climat politique général et l’état de tension extrême dans sa ville, l’obligeant selon elle à des compromis qui bousculeraient ses valeurs et ses convictions. L’ex fer de lance des verts n’est pas une bleue en politique, et sa découverte d’un monde heurté et violent qu’est celui de la politique me semble un rien déplacé, voire carrément ridicule. Pour arriver à son rang actuel, depuis le militantisme de base au pied des centrales nucléaires de l’est de la France, jusqu’aux différentes fonctions de dirigeant de parti, députée, sénatrice, ministre, candidate 2 fois aux élections présidentielles, son ascension n’aura été possible que grâce aux compromis qui sont l’essence fondamentale quand on ambitionne une telle destinée. Quitte parfois, souvent, à renier quelques convictions… Que ne ferait-on pas pour être ministre de la République ?

Avec mon étiquette beaucoup plus verte que rosée, et très loin de Montreuil, je suis mal placé pour juger de l’action de Dominique Voynet dans sa mairie. Mais en tant qu’observateur un peu attentionné de la vie politique depuis quelques années, je peux par contre me prononcer sur son bilan durant son parcours dans les différents ministères qu’elle a occupé avec son étiquette écolo bien trempée. Elle est tout de même passé très loin de sujets ou l’écologie est en première ligne. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle a été absente sur des dossiers comme le ferroutage, le traitement de l’eau, le nucléaire, les marées noires, les énergies renouvelables, ou complice lors de l’autorisation du maïs OGM Bt et du laboratoire d’enfouissement des déchets radioactifs de Bure. Entre-autres. Très – trop – souvent reléguée à l’arrière plan gouvernemental, contrainte de «fermer sa gueule» selon la maxime de Chevènement, elle n’a finalement constitué que l’élément visible pour calmer l’électorat écolo pendant que le parti socialiste récupérait les voix…

A maintes reprises, Dominique, vos valeurs et vos convictions, vous les a oublié en contemplant avec ravissement les ors de la République, en vous taisant lamentablement. Il ne reste en somme que la peur de perdre, de devoir laisser derrière soi tous les privilèges de la fonction et le protocole obséquieux qui va avec et qui flate l’égo. Ce n’est guère glorieux. Même votre sortie est ratée.

Des sujets, pourtant, il y en plus que de raison. Le succès d’Europe-Ecologie lors des élections européennes de 2009 (16,3%) montre qu’il y a besoin de les porter. Aujourd’hui, on perçoit les vrais conséquences du productivisme exacerbé. A l’époque, les lanceurs d’alertes étaient considérés au mieux comme des doux utopistes, au pire comme des dangereux activistes irresponsables. Sous le poids de puissants lobbys agrippés à leurs colossaux bénéfices, la transition énergétique vers le renouvelable et la limitation factuelle des causes des dérèglements climatiques ne sont toujours pas engagés, mais les effets sur l’environnement et les maladies sont bien présentes, bien mesurables : l’air, invisible et essentiel, est cancérogène et irrespirable. Voyez ce cube noircir… en quelques jours. On continue ?

Continuons donc avec les camions, les grosses bagnoles à 200 chevaux, le nucléaire, les pesticides. Continuons à polluer, à condamner les paysans qui refusent de salir la terre, à semer et consommer des produits infectes. Continuons à gaspiller et à mentir. Persistons à repousser l’échéance, parce qu’à ce titre, comme dans une publicité entendue ce matin, il n’y aura même plus à choisir entre la génération à sacrifier, celle de nos enfants ou de nos petits-enfants. A cette vitesse, les 2, et les suivantes seront balayées, soit par le chomage, soit par les ouragans.

Pour quelques-uns d’entre nous qui donnons notre voix aux listes vertes, ça commence sérieusement à bien faire… Ces voix ont pleinement participé à faire élire François Hollande. Mais rien ne se passe, rien ne bouge. A la trappe l’éco-taxe et la taxe sur le diesel. Quant à l’éolien, il est sévèrement entravé, et on continue à marche forcée comme si de rien n’était. Il semble pourtant me souvenir qu’il existe encore deux ministres verts dans le gouvernement actuel, mais leurs noms, comme leurs actions, m’échappent complètement.

Il me semble que l’écologie est plutôt un urgence. Absolue.

Share Button

Champion du monde

Impossible de me défiler, il y a 15 jours, quand ma fille m’a supplié de l’emmener à l’avant-première d’un biopic sur un sportif singulier et quasi inconnu. J’ai cédé devant son insistance, mais aussi parce que la projection se faisait en présence de l’équipe du film, ce qui est somme toute fort rare et potentiellement intéressant. Me voilà donc embarqué dans une histoire dont je ne soupçonnais pas vraiment la portée.

Je ne suis pas cinéphile et vais rarement au cinéma. Depuis peu, j’ai même renoncé à certaines affiches tant la contrainte démesurée de subir les publicités d’avant projection est longue et pesante. Mais cette fois, rien. En guise d’ouverture, Jacques Ouaniche, réalisateur, et Brahim Asloum, ex-boxeur émérite et principal acteur du film sont venu présenter «Victor Young Perez», ou l’ascension fulgurante d’un enfant de Tunis à la destinée tragique, champion du monde de boxe à 20 ans dans les années 1930 mais passé dans l’oubli jusqu’à ce jour.

Brahim Asloum est Victor Young PerezLa boxe n’est pas ma tasse de thé non plus, et un film sur le sujet m’aurait plutôt laissé indifférent. Mais il faut avouer que je me suis laissé porter par cette évocation remarquablement interprétée par un Asloum surprenant. S’il reste dans un rôle sur mesure, bien dans ses cordes quand il s’agit de l’ascension vers la gloire et les exploits pugilistiques du jeune tunisien, l’ancien champion olympique et champion du monde est carrément bluffant en déporté dans les camps de la mort. Pour une première apparition à l’écran, c’est formidablement réussi.

Mais derrière l’écran, derrière l’histoire de ce jeune boxeur, il y a un message qui ne me laisse pas indifférent, qui me fait serrer les dents de rage comme un boxeur. Né juif en Tunisie, comme l’a expliqué avec justesse Brahim Asloum après la projection, Victor Younki, son vrai nom, est passé de l’ombre à la lumière pour finir prématurément sous la barbarie nazie. Français quand cela arrangeait la France, que tunisien pour d’autres, mais surtout juif, ce fond grandissant d’antisémitisme et de xénophobie de l’entre deux guerres me rappelle avec tristesse la période actuelle avec ses relents de plus en plus puants de racisme banal et ordinaire, décomplexé et gratuit. Avec un tout petit peu de recul, on y perçoit des analogies bien actuelles, cette lente mais bien réelle évolution, encouragée par l’état de crise, la misère, la peur de l’avenir. Il est plus que temps d’en prendre toute la mesure avant d’en arriver aux drames.

Reste enfin que Brahim Asloum m’a vraiment impressionné, à l’écran comme à la ville. Lors du débat, il a montré un esprit, une réflexion aboutie, une clairvoyance et une simplicité peu commune, boxeur ou pas. Pas d’esquive ou de pirouette, avec ce jeu de jambe qui m’a fait défoncer mon canapé devant ma télé lors des jeux olympiques de Sidney, il a évoqué quelques sujets du moment avec intelligence et sensibilité qui, quelque part, m’ont réconforté face à la bêtise du quotidien garni de singes et de bananes.

Un vrai champion. Chapeau bas Monsieur Asloum. Allez le voir.

Share Button

La peur

La France a peur. Ce n’est pas Roger Gicquel qui le dit mais les préfets de la république dans une note confidentielle qui ne l’est déjà plus. Ainsi, pas seulement en Bretagne mais partout sur le territoire, il n’y aurait de manière «presque spontanée» que «crispation, exaspération et colère» : «la situation sociale laisse peu de place à l’optimisme», parlant même d’une possible «explosion sociale». Rien que cela…

Qu’il y ait un malaise dans la société française n’est pas vraiment une surprise. Mais ce n’est pas franchement nouveau non plus. Les signes de crispation, d’exaspération et de colère sont monnaie courante et occupent depuis longtemps une place centrale dans le quotidien au travers des difficultés comme le chômage, le coût de la vie et les diverses réformes et attaques des système de solidarité. Les chocs pétroliers des années 1970 et l’américanisation de l’économie ont sonné le grand départ du tourbillon néo-libéral avec toutes les conséquences qu’on connait.

Manifestation spontannée ? Ben voyons...Cette évolution, si je puis dire, a produit des fortunes immuables : il n’y a qu’à observer dans la rue, les comportements, les gens, les voitures, les titres dans les journaux : les riches le sont de plus en plus, les pauvres aussi, et la classe moyenne l’est de moins en moins. L’ensemble des propos tenus pas les préfets ne résultent pas d’un fait précis, suffisamment grave et destructeur, mais d’une évolution naturelle d’un système économique qui agit lentement mais sûrement, à l’image de la fameuse allégorie de la grenouille. Rien de bien nouveau donc.

Les préfets semblent ainsi sentir l’eau chauffer autour d’eux. François Hollande est devenu clairement la cause de tous les maux et cristallise autour de lui toutes les critiques. Avec son gouvernement, il doit gérer une friche laissée par son prédécesseur et même au-delà : on ne retourne pas en quelques coups de bêche un champ aussi vaste, autant caillouteux. Confronté aux lobbys de toutes sortes, Hollande à reculé un peu sur tous les sujets, surtout ceux concernant les «possédants», et a déçu, même dans son camp. Et alors ? L’eau du bain est chaude depuis un moment. Sarkozy, pour sa part, y a mis un sérieux coup de lance-flamme en tenant chaque nouveau jour des propos plus qu’outranciers, divisant le pays en jetant à la vindicte populaire, le doigt tendu et le rictus aiguisé, telle ou telle catégorie de français, ou de moins français. Les préfets n’ont alors rien trouvé d’anormal dans le climat social alors que 3 millions de paires de jambes battaient le pavé la même journée lors du dépeçage des systèmes de retraites.

Aucun sondeur ne m’a jamais interrogé pour alimenter la côte de popularité de président Hollande. Et autour de moi, si le moral n’est guère brillant, je ne compte malgré tout que peu d’avis vraiment hostiles. Je ne suis donc pas le seul à penser que Hollande reste le seul rempart crédible face au mouvement libéral réformateur et dérégulateur généralisé. Il y une forme évidente de fatalisme, et même de désillusion face à la politique en général, parce que la chose publique a été entièrement phagocyté par la haute finance globale qui dirige seule le monde. Et cela, Hollande n’y peut absolument rien.

Peut-être qu’aussi pour moi, inconsciemment, il y a le souvenir de ce qu’a été le quotidien sous un gouvernement de droite, avec sa vision très particulière du monde du travail dit moderne et décomplexé : imaginons un seul instant «TalonetteMan» au manche, de surcroît débarrassé de la nécessité de ménager l’opinion pour la réélection… Le peuple de gauche oublie un peu vite à quoi il a échappé.

D’ailleurs, le seul fait de l’évoquer me fait frissonner, de peur, mais certainement plus de rage. Rappelons nous bien d’où l’on revient.

Share Button

3 jours au calme

Le voyage en bus quotidien à destination du lieu universel d’épanouissement personnel se fait souvent en mode semi-éteint. Une lutte sourde fait rage afin de garder une attitude digne et plus ou moins verticale pendant que le chauffeur au volant d’un engin articulé en termine avec sa spéciale de rallye. Et ce n’est pas tous les jours facile. Mais ce matin, une bâche garnie de caractères géants a accroché mon regard vague : «Ouverture exceptionnelle lundi 11 novembre». Vu la taille, c’était difficile de ne pas tomber dessus.

Ce qui m’a attiré dans l’affaire, c’était bien le mot «exceptionnel» car cette bâche était déjà tendue la semaine passée, pour le 1er novembre, avec le même message. Dans le contexte actuel et l’agitation provoquée par tous ces gens dont le besoin impératif est de travailler les jours traditionnellement destinés à faire autre chose, il faut bien avouer qu’il n’y a plus rien d’exceptionnel dans cette situation. Je me rappelle juste que nos aînés se sont battus jusqu’au sang pour obtenir ce qui nous semble malgré tout assez naturel, mais qui devient aujourd’hui un acquis plus que fragile.

Je vois bien le monde changer autour de moi. Il n’évolue pas forcément dans le sens que je souhaiterais, ce qui m’amène, toutes proportions gardées, à réfléchir sur ce que je peux apporter dans le tourbillon quotidien. En matière de remise en cause des jours non travaillés comme le repos dominical, légalement chômés ou fériés, ne souhaitant pour rien au monde travailler ces jours là, je me vois mal me rendre dans un commerce un jour férié quel qu’il soit, comme ce 11 novembre. Malheureusement, pour l’immense majorité, la cohérence des actes et des idées semble être une abstraction extraterrestre. De l’avis général, il y a bien peu de volontaires pour travailler ces jours là, mais à en juger par l’encombrement des parkings, les supermarchés étaient pleins le 1er novembre… Comprenne qui pourra.

Parking d'hypermarché un jour férié, consternant...La chose est d’autant plus prégnante que dans mon environnement professionnel, la question se pose et revient à la charge avec un lourde insistance tous les jours depuis 2 mois, pour savoir si, de notre plein gré évidemment, nos minutes de cerveau disponible et laborieux et nos bras mécaniques le seraient également dans des tranches horaires passablement élargies. Le tout sans compensations, cela va de soi.

L’exceptionnel dans cette affaire est l’énergie mise en œuvre pour faire accepter – plutôt qu’imposer, d’où la notion habile de «volontaires» – une tel changement dont on perçoit finalement assez mal l’intérêt si ce n’est de commencer le dépeçage du code du travail, jugé comme trop protecteur pour la classe ouvrière. Dans mon job pourtant opérationnel, il n’y a aucune justification technique ni même organisationnelle, aucune valeur ajoutée à un tel remaniement. Par solidarité, on pourrait commencer à discuter s’il y avait des embauches à la clef, mais cette éventualité est fermement exclue. Par contre, les discussions qui se développent autour du sujet avec la hiérarchie montrent la véritable nature du dialogue dit social, teinté d’agressivité mal contenue et de menaces à peines voilées… Il n’y a pas à dire, c’est beau le progrès.

Depuis 2 mois, j’emporte malgré moi, tous les soirs, un peu de cette tension malsaine qui finit par se répandre dans mon entourage privé. Je compte beaucoup sur ces 3 jours de repos bien mérité, sans supermarché ni magasin de bricolage, à lire, à me préparer comme tout lyonnais qui se respecte au derby avec le voisin vert en compagnie de quelques copains, et à me préparer une fricassée de champignons fraîchement ramassés dans les bois environnants. Quel programme alléchant.

Dire que l’avenir, qu’on nous promet toujours meilleur, pourrait m’en priver…

Share Button

Qui va payer ?

Je ne sais pas si le phénomène de grogne, présenté comme une quasi généralisation, est plus ample que par le passé, sous les gouvernements précédents. Mais une chose est sûre : les relais fonctionnent à pleine capacité et ratissent large, et la concentration géographique finit d’amplifier un malaise qui, s’il est réel pour certains, reste surtout une bataille idéologique d’une classe pas vraiment aux abois. Il faut redresser la France, mais sans rien leur demander.

La manifestation de Quimper du 2 novembre où défilaient ensemble syndicats et MEDEF a tout de même eu une couleur glauque et une allure bigrement contre-nature, les uns défendant leurs emplois au milieu des autres arc-boutés sur leurs profits… Je ne discute jamais des motifs qui amènent les gens dans la rue ou qui se mettent en grève parce que pour l’avoir vécu plus que de raison, je considère ces actes comme matérialisant souvent un fort sentiment d’injustice. Cela demande de l’abnégation et une énergie décuplée par l’état de tension perpétuelle. On ne manifeste jamais par amusement : c’est un acte politique ereintant à l’issue très incertaine.

Mais, parmi la multitude de raisons qui ont provoqué ce rassemblement, pour tous les bords en présence, il y a dans cette Bretagne irritée une constante immuable qui est d’oublier les véritables responsables de la situation pour reporter toute la rancoeur sur le gouvernement. C’est un peu facile : les patrons-routiers ont omis qu’ils doivent l’écotaxe au gouvernement précédent qui roulait bien à droite, comme eux, avec à la clef, une gestion très particulière de l’argent public. On dirait qu’on a trouvé bien plus opaque que le brouillard breton. Et cerise sur le gâteau comme un bonnet rouge sur le chef de futur chômeur, les ouvriers des industries du saumon, poulets et autres barbaques vocifèrent et s’en prennent violemment au ministre de l’agriculture alors que leurs malheurs sont surtout dus aux manœuvres douteuses de leurs employeurs respectifs qui ont sciemment dégradé leur outil de production en bâtissant leurs modèles économiques sur des subventions européennes, donc de l’argent public, pour casser des marchés à l’export. C’est économiquement discutable et moralement méprisable. Du gagnant-gagnant fortement lucratif à court terme et sans risque, aux frais du contribuable. Du bon capitalisme en somme. Devinez qui va payer.

Les contis : saccage = condamnation...Cela n’a pas empêché bourreaux et victimes de marcher ensemble, et à l’occasion de brûler et saccager le bien public. J’ai le souvenir vivace et douloureux d’un des «conti» de Clairoix, Xavier Mathieu, envoyant voler un ordinateur d’un bureau d’une sous-préfecture à l’annonce de licenciements honteux. Je me rappelle de quelques copains faucheurs de végétaux OGM pourtant interdits. Tous ont été lourdement condamnés sans aucune forme de compréhension. Aujourd’hui, en Bretagne, des portiques brûlent. Une autre sous-préfecture subit des dégâts volontaires et filmés en toute impunité. Et je sais qui va payer.

Pour les dégradations répétées du domaine public, pour cette écotaxe pourtant nécessaire en vertu du principe «pollueur-payeur», pour le marché avec Ecomouv, ce groupement de sociétés chargé par la bande à Fillon de la mise en œuvre et la collecte de la taxe qui illustre à merveille le triomphe du capitalisme mafieux, le contribuable y pourvoira.

Et encore, quand je dis «le contribuable», il s’agit de ceux qui n’ont aucun moyen de défiscaliser…

Share Button

Non essentiel

Encore une fois, le monde vient de frôler l’apocalypse absolu. Le défaut de paiement du principal argentier de la planète n’aura pas lieu, enfin pas immédiatement. Les élus américains, en relevant provisoirement le plafond de la dette, permettent à l’Etat yankee d’emprunter sur les marchés, et autorisent le retour à leur poste des fonctionnaires mis au chômage technique pendant 15 jours.

Essentiel ou non ?Car de l’autre coté de l’atlantique, on ne rigole pas. Le côté très tranché, quasi binaire de bien des aspects de cette société nous laisse, nous autres du vieux continent, un peu dubitatif. Le budget n’est pas voté au premier jour de l’exercice comptable ? Aucun souci, la machine s’arrête net : toutes les dépenses non essentielles sont purement et simplement ajournées jusqu’à l’adoption du texte. Reste à définir cette notion de «non essentielle».

Je ne me lancerai pas dans l’explication du mécanisme du «shutdown». Mais la chose a fait parler parce que dans l’histoire, des simples gens perdent, momentanément ou non, leurs moyens de subsistance. Autour de moi, j’ai entendu des réactions assez bizarres, voire absurdes (*), qui montrent qu’une partie de l’élite libérale n’a décidément plus aucun complexe. Nos institutions ont d’ailleurs prévu l’éventualité d’un budget non voté et mis en place des systèmes évitant de tels blocages. Quelques uns semblent d’ailleurs le regretter, tels Raymond Soubie, Michel Godet, Agnès Verdier-Molinié et quelques autres parasites, se précipitant sur les plateaux télé pour vanter les mérites en terme de dépense publique du «shutdown» à l’américaine.

Pensez-donc : rien qu’à l’idée de ne plus payer les fonctionnaires, certains ont eu du mal à cacher la bosse sur leur pantalon et leur extase…Et associer de façon aussi visible l’agent de l’Etat avec la qualification de «non essentiel», c’était l’orgasme en direct. Voila le remède pour éviter de creuser la dette du pays. C’est simple, sans douleur, quasi invisible puisque non essentiel. Et terriblement efficace. Mais pourquoi n’y a t’on pas pensé plut tôt ? Mais les américains ont fait leur compte. La plaisanterie, selon Standard & Poor’s (c’est dire si c’est sérieux) a coûté 24 milliards de dollars et 0,6 point de pourcentage à la croissance économique pour le 4ème trimestre. Rien que cela.

Cela fait tout de même beaucoup pour des gens soi-disant non essentiels…

(*) Pas de lien. Comprenez que je ne vais pas linker des aneries…

Quelques billets non essentiels de copains pris au hasard :

Share Button

En tirer une leçon

Parmi les dates noires qui me viennent à l’esprit ce matin, il y a le 21 avril. Elle constituait le premier tournant majeur bouleversant le paysage politique français. Il y aura désormais aussi le 13 octobre. A Brignoles dans le Var, un candidat se réclamant du Front National a battu le candidat UMP après avoir éliminé celui du PS, reléguant à l’état de mythe un front républicain artificiel que seul le peuple de gauche faisait vivre.

Las des turpitudes du moment, enclin à sanctionner son camp, il a boudé les urnes, et une nouvelle page d’histoire vient de s’écrire. Je veux un peu relativiser l’événement. Il s’agit d’un scrutin cantonal, l’élection où l’on choisit les cantonniers… Et l’élu, avec 45 % de taux de participation, sur une terre particulièrement propice, ira siéger dans une assemblée moribonde parce que l’échelon départemental sera amené tôt ou tard à être avalé par les régions. En tout cas, on est loin du plébiscite, du vote d’adhésion, de l’enracinement vanté par les responsables nationaux du FN, illuminés et éblouis comme des papillons de nuit par tant de lumière.

brignolesLe coup est cependant sérieux, et on ne peut pas vraiment dire qu’on ne l’a pas vu venir. A force de ne pas répondre aux questions, d’éluder les problèmes, de céder aux pigeons, moineaux, canaris, vautours et autres pensionnaires du CAC40, la sanction est cinglante. Evidemment, dans un monde à l’économie globalisée, sous la contrainte des argentiers surpuissants, il est difficile d’avancer tout seul. Je peux comprendre qu’il faille du temps, beaucoup de temps pour défaire tout ce qui a été entrepris depuis des années pour entraver les solidarités et faire sauter les protections des moins favorisés. J’excuse même certaines promesses qu’on entend invariablement pendant les campagne électorales et dont on sait qu’elles ne seront suivies d’aucune action. C’est le jeu, et tous les camps en présence se livrent de la sorte à la surenchère, même et surtout le Front National. Mais quand même…

Il y a peu, je me suis laissé aller à exprimer ma lassitude, en évoquant notamment mon possible renoncement à passer par les urnes lors des prochains scrutins. A quoi bon ? Donner sa voix pour quoi ? Aujourd’hui, je me sens presque déjà coupable de ce qui arrive parce que très vraisemblablement, beaucoup de gens à Brignoles ont pensé et agi comme je m’apprêtais à le faire demain. Et voilà le résultat. Rien à voir donc, avec un quelquonque vote d’adhésion.

Une chose est sûre : la période de crise permanente et savamment entretenue rend la situation tendue. Le capitalisme est en train de tordre le monde, engendrant dans tous les courants de pensée une radicalité effrayante qui se matérialise par le développement des extrêmes comme le fondamentalisme, le communautarisme. Leur point commun : le repli sur soi, la peur de l’autre, et surtout l’illusion érigée en principe absolu. «Le chômage, l’injustice et les magouilles attisent la haine» rappelle justement El Camino.

Non, le FN n’a pas plus de solutions qu’en ont les socialistes qui font ce que la «Word Company» leur permet de faire à la tête du pays. Non, le FN ne vaut pas mieux que l’UMP, qui prépare déjà les sujets décompléxés pour 2017 comme «la lutte contre l’assistanat et contre le tout gratuit» cher à François Fillon. Oui, le FN est un parti qui promeut des valeurs qui ne sont pas celles de la France des droits de l’homme, qui sont la négation même de l’homme et de l’esprit de liberté. Il se fout bien de la classe ouvrière et des chômeurs. Il en a juste besoin pour obtenir le pouvoir. Ni plus, ni moins, comme un certain Nicolas S. Ensuite, cette fois, ce sera les larmes, puis le sang…

Je ne tente pas de convaincre les frontistes et la nébuleuse qui gravite autour. C’est inutile. Il suffit juste de ne pas se détourner de la chose publique, de l’entretenir à défaut d’y adhérer pleinement, en allant voter malgré les déceptions. C’est suffisant pour faire barrage aux idées nauséabondes. De cette percée, il y a une leçon importante à tirer : ne laissons pas à d’autres le soin de choisir pour nous. Aux râleurs patentés mais jamais dans la rue pour manifester quand il est nécessaire, je dis juste que notre destin est entre nos mains. Si les femmes et hommes en place ne conviennent pas, s’ils oublient leur mission de représentation et le mandat qui leur est confié, il est toujours possible de s’engager soi-même, de porter les idées, de les expliquer, de les argumenter, mais toujours avec le respect des autres et l’esprit républicain.

Dans une démocratie comme la nôtre, le pouvoir n’est finalement que concédé. Même avant le terme du mandat, il est toujours possible de le sanctionner. Il faut certes une mobilisation d’ampleur pour arriver à un tel résultat, et il est arrivé que le bruit de la rue en fasse renoncer quelques-uns. Sachez seulement qu’avec le FN, la donne risque de changer. En mars 1933, un pays d’Europe s’est laissé aller à la facilité en portant par les urnes un parti d’extreme droite au pouvoir. Le nouveau chancelier d’alors n’a mis que 6 mois pour suspendre toutes les libertés individuelles et d’expression… On est d’accord ?

Cessons de jouer avec le feu, et rappelons-nous bien d’où l’on revient.

Share Button

Un bras ou un doigt ?

Plus un seul chroniqueur politique n’hésite : la campagne pour 2017 est véritablement lancée à droite. En fait, c’est devenu un état quasi permanent, depuis que certains y pensent tous les matin en se rasant. Il n’y a plus guère de périodes qui échappent à l’agitation, avec en toile de fond, les échéances électorales majeures. C’est d’ailleurs l’unique sujet où le monde politique fait preuve de sa capacité à développer une vue à long terme. La gestion du pays et les questions économiques et sociales n’ont pas droit à ce traitement.

Cet état de chose est un rien pénible car il pollue totalement le débat. L’intérêt général tant invoqué, vanté, glorifié comme moteur de l’action politique est tout bonnement relégué loin, très loin derrière les égos et les ambitions personnelles démesurées. Ce n’est guère une surprise. Le vrai changement, c’est que les protagonistes ne s’en cachent même plus. En l’occurrence, en rajoutant une couche sur son ancien maître, François Fillon ne fait que suivre la méthode du Lider Minimo qui prônait, dès la prise de la place Beauvau en 2002, le besoin de rupture avec la politique mené par sa propre famille politique. Brûler ses idoles est une mode qui ne passera pas de sitôt.

Sarkozy Fillon copains comme...Ainsi, que Fillon monte au créneau n’est guère étonnant : il lui faut occuper la scène. Et il n’y va pas avec le dos de la cuillère : «quand on perd une élection, il est impossible de dire qu’on a fait une bonne campagne (…) On a le devoir d’en analyser les raisons. On est obligé de se remettre en cause, sinon, c’est un bras d’honneur aux Français.» Sur le coup, je ne peux pas lui donner tort. Mais j’aimerai bien prolonger l’allégorie. Le bras, au lendemain d’une décision de non-lieu pour une affaire qui fleure si bon l’escroquerie institutionnelle, s’est mu pour un grand nombre de français en un gigantesque doigt qu’il faudra endurer toujours et encore pendant que le parrain fait du fric. Sarkozy se tait, mais reste omniprésent, et son majeur, un rien vengeur contre cette plèbe ignare, s’élève de plus en plus et plane au dessus de nos têtes.

Dans ce contexte de guerre fratricide à la tête de l’UMP, le gouvernement ne profite guère de ce désordre. L’héritage laissé est lourd pour François Hollande, et de la difficulté à réaliser le changement attendu par le peuple de gauche naît une incompréhension, voire une hostilité dont le Front National fait son miel, lui aussi en silence. A mon sens, l’adhésion grandissante au FN dans le pays relève plus de l’approche «décomplexée» répétée de quelques sujets chauds de notre société. En conférant à ses thèses une image plutôt respectable, notamment lors des multiples tentatives de siphonnage, l’état d’esprit d’un partie de la population a évolué par l’altération, voire la chute des barrières naturelles et de valeurs humanistes. Certaines discussions, entendues ça et là, d’un racisme glaçant, étaient impensables, il y a 10 ans… La déception n’excuse pas tout.

Sarkozy le sait et l’exprime tout les jours dans un rictus nerveux. Il est le grand responsable de cette dislocation, en plus d’avoir mis le pays par terre, vidé le coffre, fait voter des lois sur mesure pour protéger ses amis mafieux, monté la population l’une contre l’autre, allant jusqu’à criminaliser les plus démunis et ceux qui leur viennent en aide. Les étrangers n’ont qu’à crever en mer, et Mamie Zinzin de donner sans broncher son pognon. Et François Fillon, avec son ton condescendant coutumier, y a sa part. Le bras d’honneur, doublé du doigt, auront été permanent durant son ministère.

Pensez-y bien avant de glisser un bulletin de vote UMP ou FN dans l’enveloppe si la tentation vous prenait. Bien sûr, la gauche est décevante, mais est-ce vraiment suffisant pour laisser le manche à la maquerelle brunâtre ou au nouveau calife qui veut être calife à la place du calife ?

Rappelez-vous un seul instant d’où l’on vient.

Share Button

Toujours plus

Je ne sais plus s’il faut parler de nouveauté, de scoop ou de buzz, à moins que ce soit un simple marronnier dont la presse a le secret : «44 % des foyers fiscaux ont vu leur impôt sur le revenu augmenter en 2013» annonce le journal Le Monde ce matin. En fait, cela fait bien quelques semaines, quelques mois, plus d’une année même ou aucun jour n’échappe à un titre accrocheur ou une déclaration ravageuse d’un homme politique sur la hausse honteuse des impôts.

Je fais donc partie intégrante de cette catégorie, car ma contribution aux charges de l’Etat a effectivement augmenté cette année. Et avant qu’Alzheimer me gagne, il me semble bien que c’était le cas l’an passé, et le précédent aussi. Pour faire court, cela fait au bas mot 32 ans que je paye des impôts, et que la somme que j’abandonne au Trésor Public est chaque fois plus importante. D’un côté, je pourrais ainsi, moi aussi, faire un titre ravageur sur l’escroquerie manifeste et continue de l’Etat spoliateur. Mais de l’autre, il faut reconnaître que s’il en est ainsi, c’est que je gagne ma vie, que je participe à la vie de la cité à la hauteur de mes revenus dans un système qui, à priori, est redistributif envers ceux qui n’ont pas ma chance…

Tout augmente !Je ne devrais plus, mais j’ai la faiblesse de croire encore que cette manne sert principalement, selon moi, pour faire fonctionner des services dits publics d’éducation, de santé, de justice, de distribution d’eau et d’énergie, pour activer des solidarités, pour que tout le monde puisse être préservé de la misère, la vraie, celle qui crée des camps abominables comme en Afrique, en Inde ou ailleurs. Oui, c’est volontairement réducteur, et j’entends déjà les cris d’orfraie évoquant cette masse bien grasse de vils profiteurs d’un système dévoyé qui dépouillent ceux qui travaillent, qui s’échinent jusqu’à l’épuisement, qui amassent, qui méritent… La misère, personne ne la mérite…

Comme toujours, de l’angélisme à la réalité, il y a un gouffre. Et l’amalgame n’est pas loin. Les margoulins pullulent, avec des fortunes diverses. Entre les profiteurs inévitables, les escrocs à la petite semaine, qui tirent parti de tout ce qu’ils peuvent (8 à 10 milliards d’euros par an) et les spécialistes de l’optimisation fiscale, l’autre nom de la fraude fiscale (60 milliard d’euros par an, rien que pour la France, estimation basse), tous exploitent les failles d’un système ou l’on a sciemment dépouillé les services de contrôles. La nature, qui a horreur du vide, aidé en cela par l’état de crise perpétuel, a fait le reste.

Et pourtant, sur le papier, quelle belle idée que celle où l’on contribue équitablement aux charges de la nation à hauteur de ses revenus et de ses charges par une progressivité alambiquée. Une quasi utopie qui a plus ou moins bien fonctionné pendant les 30 glorieuses avant que le gratin de la société conservatrice y trouve ombrage au lendemain du premier choc pétrolier, puis avec l’arrivée de la gauche au pouvoir. Depuis, le consentement à l’impôt a été mis à rude épreuve, avec pour point d’orgue, les lois assez incroyables permettant aux premières fortunes du pays de se faire remettre de la part du trésor public des chèques libellés en millions… Et ce, en pleine déconfiture économique !

En cette période, je trouve malvenu tout ce tapage. Surtout quand on voit d’ou il vient. N’allez pas croire cependant que je saute de joie, que je remets mon obole à mon percepteur en lui faisant une bise sur le front. Si la France en est là, si le gouvernement Ayrault est contraint à cette extrémité, à la veille d’une échéance électorale importante, c’est qu’il faut, entre-autre, payer les dettes de bringues et de jeux de l’équipe précédente. La aussi, il faudrait veiller à ne pas l’oublier, et se rappeler d’ou l’on vient.

Pour revenir au sujet, si seulement 44 % des foyers ont vu leur imposition grimper, cela signifie, à la manière de Jean-François Copé commentant un taux de grévistes, que 56 % paient moins d’impôts que l’an passé. Mais bizarrement, ce chiffre ne suscite aucune observation. Pour ma part, la somme à payer est en progression constante. C’est ainsi. Mais dans ce maelström de chiffres, il y en a un qui, pour la première fois en 32 ans, a baissé. C’est le montant que j’ai déclaré en rétribution pour 2012 comme fonctionnaire d’Etat.

Comme quoi tout arrive.

Share Button