Stop ou encore ?

Nous voilà revenus quelques années en arrière, à cet instant précis d’octobre 2010 ou, entre pourrissement et mobilisation, le rapport de force choisit son camp. La nouvelle couche de mesures punitives en guise de reforme des retraites laissait alors entrevoir des lendemains difficiles pour les futurs inactifs. Mais on peinait à mesurer l’exacte répercussion, entre l’exagération syndicale et l’exagération toute aussi maladive de la bienveillance du gouvernement d’alors envers le petit peuple.

Malgré tout, nombreux, dont je fais partie, ont alerté sur la réalité de cette réforme. Le recul de l’âge de départ à la retraite n’avait bien peu de justification en matière de temps de travail et même de production. Cette disposition avait juste une conséquence dont les politiques et financiers ont alors soigneusement omis de s’épancher : en allongeant la période de référence, compte-tenu de la situation de l’emploi, personne ne pourrait se prévaloir des trimestres requis pour avoir une retraite pleine. Ce qui correspond tout bonnement à baisser les pensions, c’est à dire de priver les salariés de cette partie de revenus déportée dans le temps pour leur vieux jours. Facile et imparable, et d’autant plus que le constat sera fait plus tard… au moment de la liquidation de ses droits à pension.

Art brut dégénéré, entre oeuf et peintureLe chien a aboyé fort, mais la caravane est passée. Des millions d’âmes ont défilé, les polémiques s’étant borné aux modes de comptage des manifestants. Et voilà qu’on nous sert à nouveau un plat analogue. Seul le chef à changé : il paraît pourtant qu’il a une fibre sociale. Cette fois, c’est le quotidien immédiat qui est affecté. Désormais, l’ensemble des Lois et règlements sont considérés comme un frein à l’emploi qu’il importe de toiletter en profondeur jusqu’à revenir sur des acquis fondamentaux. Le moment est crucial : on continue, ou on arrête avec cet immense gâchis généré par 2 entités qui, un temps, ont marché ensemble ?

Tout a déjà été dit sur la Loi El Khomri et l’incompréhensible tentative d’inverser la hiérarchie des normes qui, comme sa consoeur pour les retraites, a une finalité cachée plutôt évidente : au-delà de l’institutionnalisation de la précarité, il s’agit simplement de faire baisser les salaires. Ni plus, ni moins, l’instauration d’un ahurissant moins-disant salarial. Il ne reste plus ensuite qu’à légiférer pour limiter/supprimer les prestations sociales et en finir avec l’héritage du Conseil National de la Résistance, et la boucle sera bouclée, avec le Parti Socialiste en fossoyeur.

Ces énormes conflits sociaux sur les retraites et sur le travail sont néanmoins différents dans leur traitement. La polémique, cette fois, vient essentiellement de l’intervention sans aucune retenue de la police, échappant vraisemblablement aux ordres, agissant via une multitude d’individus plus ou moins politisés comme une bande ouvertement lepeniste et nationaliste. Casser du gauchiste devient alors une mission à peine accessoire à laquelle les condés ont mis tout leur cœur, avec la force du droit. De l’activisme politique déguisé en maintien de l’ordre. A Lyon, des échanges musclés ont eu lieu en marge entre identitaires et manifestants «antifa» dans lesquels la police avait clairement choisi son camp… Pendant qu’on parle des violences, on ne parle évidement pas du fond.

Le traitement médiatique, les gazages en règle et les coups de matraque que j’ai personnellement subi sans justification ont eu raison de mon cœur de gauche. Il reste où il est, mais pas pour les gens qui prétendent l’incarner. Je suis devenu jusqu’au-boutiste : avec désormais l’exigence du retrait du texte, ou ma colère du politique, droite comme gauche, va se transformer en une forme de haine difficile à maîtriser. Ce ressentiment, c’est la police et ce gouvernement qui l’ont créé et amplifié, comme chez de très nombreux manifestants, juste manifestants, à milles lieux des casseurs. Mobilisation et détermination s’amplifient à chaque nouvelle violence policière. Et pourtant cette gauche, je l’ai défendue envers et contre beaucoup de monde, évoquant l’héritage auquel il fallait faire face et la faible marge de manœuvre dont disposait Hollande.

Ma carte d’électeur est à la poubelle. Elle y est bien. Elle est au niveau de notre démocratie, puisque la représentation syndicale élue des salariés peut être court-circuitée – à quoi sert de voter alors -, puisque la police frappe les objectifs des caméras, puisqu’elle fai effacer les cartes mémoires des appareils photos et molestent des enfants de 11 ans… Quand quelques agités ont saccagé le stand d’un ministère au salon de l’Agriculture, aucun CRS n’a bougé, aucun des protagonistes pourtant filmés n’a été inquiété…

Qu’on ne me dise pas que mon attitude fait le chemin d’encore pire pour 2017. Que pourrait être pire que cette loi sur-mesure pour les libéraux ? Ne nous trompons pas de cause : ce n’est pas mon attitude qui dessert la gauche, c’est celle du gouvernement qui ne respecte même pas ceux qui l’ont porté aux affaires. Il a préféré se soucier des préoccupations de MEDEF, pas de la France qui vivote sans costard à moins de 2000 euros par mois, et qui perdra bien plus qu’une chemise selon le bon plaisir des employeurs.

Pour l’instant, 2017 est le cadet de mes soucis. Je dois d’abord me préserver car je risque davantage un crane défoncé ou/et une garde à vue pour me trouver au mauvais endroit au mauvais moment. On pensera aux élections quand cette loi sera morte et enterrée.

Tous en grève et à Paris le 14 juin pour demander le retrait de cette loi injuste.

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J’en ai gros

Tout est dit, j’en ai vraiment gros sur le cœur. L’ambiance générale délétère et cette odeur continue de gaz lacrymogène me hante. L’écoeurement est quasi permanent, alimenté en continu d’images sans cesse différentes d’une société en totale décomposition, où les plus aisés, par CRS interposés, piétinent les plus faibles pour juste conserver leurs prérogatives et leurs privilèges. Le tout sous un gouvernement de gauche…

La Loi El Khomri aura été la goutte de trop. Naïvement, je pensais que porter au pouvoir un autre personnage que celui proposé par la droite actuelle aurait permis d’adoucir quelque peu tous les déséquilibres engendrés par un capitalisme débridé et surtout décomplexé. Il y a objectivement peu d’alternative à ce système qui a envahit l’espace mondial. Même les adeptes les plus extrêmes du collectivisme y sont passés. En somme, il faut juste limiter les excès dont l’homme est coutumier quand il sombre dans l’individualisme. J’espérais, comme 52 % des français, que François Hollande, après 5 années sarkozystes éprouvantes, réalise cette alchimie. Je rêvais.

injusticeAujourd’hui, le pays se déchire autour d’une loi totalement déséquilibrée. Même l’UMP d’alors n’avait jamais osé aller si loin. Les conséquences en terme de précarités nouvelles engendrées pour la jeunesse en quête d’emploi et les salariés font bien plus mal que les gaz, les coup de tonfas et coups de poings que je ramasse avec tant d’autres depuis un mois de la part des forces de police.

Je ne suis pas un casseur, loin de là, juste un simple salarié servile, qui se plie aux caprices d’un encadrement professionnel incompétent et de plus en plus méchant. Je m’exprime en votant, en manifestant quand c’est nécessaire. Une expression qui n’est guère entendue : ceux que j’ai choisi sont tout autant dans le même système que les précédents, avec un peu moins de véhémence à l’encontre des syndicats et des salauds de pauvres qui ne pensent qu’à frauder et à réclamer. Ca commence à aller mieux ? Oui, certainement, mais pour moi, l’avenir reste sombre : pas de vacances encore cette année, et à ce jour, il me reste 120 euros pour finir le mois…

Une colère sourde est montée en moi. Lors de la manifestation du 9 avril à Lyon, la tête du cortège ou je me trouvais a été gazée à plusieurs reprises et dispersée sans aucune raison, préventivement j’imagine. J’y étais, c’était incohérent. Violenté parce que assis sur la place Bellecour sans aucune agressivité ne peut provoquer qu’un fort ressentiment. Les agressions policières inouïes répétées contre #Nuitdebout en haut de la Grande-Côte (Croix-Rousse) puis place Guichard n’ont pas arrangé les choses. Le 29 avril, rebelote, en pire : la présence tellement serrée des CRS et leur attitude incompréhensible ne pouvait que mettre le feu. Sans compter ces individus dont on ne perçoit pas le visage sous les écharpes et capuches, distribuant des pierres aux premiers rangs et haranguant les jeunes, renversant poubelles ou montant à l’assaut des vitrines, et qui brusquement sortent un brassard de police et désignent les sois-disants meneurs à mettre au frais…

Un peu partout, les images de gens menottés, puis frappés au visage, de gamins de 10 ans présents pour la manif du 1er mai gazés à 1 mètre, d’individus bloqués au sol et roués de coups, d’agressions disproportionnées sur des gens absolument pas dangereux. Pendant ce temps, les vrais casseurs rigolent : on les laisse faire. Cela arrange bien le pouvoir. Jour après jour, nuit après nuit, c’est insupportable. Je ne suis pas prêt d’oublier les coups. Ils refond surface à chaque nouvelle vidéo de violences policières. Cela n’a rien à voir avec du maintien de l’ordre, c’est gratuit, injustifiable. Cela contribue à exacerber une haine pour l’instant encore contenue. Mais demain ?

Casser du gauchiste, mettre au pas la jeunesse, éteindre rapidement toute forme de contestation témoignent de la fermeté à maintenir aux yeux d’une opinion publique plutôt âgée et bien conservatrice, cette image d’une police défendant l’intérêt général. Elle défend surtout un modèle de société qui est devenu depuis 2005 sous l’impulsion de l’agitation sarkozyste un ring sans règles où les inégalités ont explosé et l’individualisme poussé à l’extrême, champ de bataille sur lequel surnage une bourgeoisie revancharde de la défaite électorale prise en 2012.

Je ne suis pas un casseur. Je ne sais même plus ce que sera demain. Mon existence sociale n’a été jusqu’à présent qu’une sage attente de jours meilleurs. Je ne fais que payer sans rien en retour, et attendre. J’ai appris la patience et le renoncement alors que la société m’enjoint de consommer toujours plus. Je suis malade d’attendre et de crever sans n’avoir rien vu du monde pendant qu’on s’empiffre autour de moi, et à mes dépens.

Ca ne peut plus durer. Ca me fait mal de voir tous ces gens impunément violentés, poussés à la précarité, sans boulot, avec une retraite de misère, malades de leur sur-exploitation, contrôlés de toutes parts pendant que les puissants détournent et cognent. Et les coups de matraques ne sont rien à côté.

Je sais que demain, je retournerai devant, dans la manif, plus déterminé que jamais, et équipé.

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Rendez-vous dans la rue

Puisque rien n’a fondamentalement changé ces derniers jours, puisque le projet de loi, dit «travail» porté par un gouvernement dit «de gauche» continue d’être le texte de trop, je serai à nouveau dans la rue ce samedi 9 avril. Bien que peu concerné à priori puisque fonctionnaire d’Etat, du moins à court terme, je ne peux que me mobiliser contre la précarisation du monde du travail et la transformation d’une société aboutissant à l’asservissement systématique du salarié.

Parce qu’en fin de compte, les enjeux sont moins une enième reforme du travail qu’une profonde transformation de la société dans laquelle le système dominant convertirait chaque travailleur en un être d’une souplesse incroyable. Vous avez des souhaits, des besoins, des compétences, des exigences ? Oubliez-les ! Seul le MEDEF sait ce qui est bon pour vous, et surtout pour lui. Ainsi pour vous utiliser, et grâce à un gouvernement socialiste, nul besoin de votre accord, ni même de réfléchir, et encore moins de vous plaindre si votre nouveau Maître ne respectait pas le peu de réglementation qui reste… Et ne parlons pas de salaire, estimez vous juste heureux de travailler un peu, par ci, par là, car la denrée est rare.

Séparation de l'Etat et du MEDEFEt surtout, ne pensez pas qu’il s’agisse d’une caricature. Comme pour la fraude fiscale ou l’ampleur révélée chaque jour qui passe dépasse l’entendement, notre environnement professionnel vire lentement mais sûrement, dans des proportions dont nous peinons à mesurer toutes les conséquences. Dans le même temps, les montants mis au frais dans les paradis fiscaux sont délirants jusqu’à l’écoeurement quand on les mets en perspective des efforts et autres chantages demandés aux salariés dans les différentes mesures de sauvegarde de l’emploi ou de flexibilité exacerbée.

Ainsi, pendant que vous renoncez chaque année à vos droits élémentaires, quand votre salaire est diminué sous de vils prétextes, quand vos protections sociales sont révisées à la baisse et détricotées chaque année davantage, des milliards naviguent au loin pour constituer des sociétés fictives en charge d’évaporer la fortune des puissants au yeux du monde.

Juste un rapide rappel : le déficit de la France s’élevait à 85,7 milliards d’Euros en 2014, et 77,4 en 2015. Pile poil le montant estimé de la fraude fiscale française chaque année. Ce qui voudrait dire que sans voyous financiers, il n’y aurait aucun déficit, ni pour les caisses de retraire, de sécurité sociale et de chômage… Le problème est bien que dans cette très petite minorité qui se livre à ce pillage de fonds publics, on trouve quelques dirigeants politiques mais surtout nombre de sympathisants du MEDEF et de décideurs qui sont à l’origine de lois indignes comme la loi El Khomri. Au train ou vont les choses, l’étape suivante s’appelle le retour à l’esclavage.

Le samedi 9 avril est le moment pour exprimer cette colère sourde et de rappeler quelques vérités fondamentales. Et il y a vraiment besoin de le faire en nombre. Les motifs ne manquent pas. Si seulement toutes les victimes du système que sont les précaires, les chômeurs, ainsi que tout ceux qui se sentent opprimés, brimés ou harcelés par leur hiérarchie, dont les conditions de travail sont détestables, qui font l’objet de chantage à l’emploi, ou qui simplement se sentent mal à l’aise pour se mettre en grève en semaine, si tout ce monde pouvait venir défiler ensemble plutôt que de faire ses courses dans les temples du dieu fric.

Samedi, il n’y a plus d’excuse, on est libre. Pour l’heure, les loups ne gardent pas encore le troupeau. Quand ils seront installés, ce sera nettement plus difficile.

Allons esclave, debout, debout

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Sans commentaires

Je pose ça là, tel que je viens de le lire.

« Oui, monsieur le ministre ; la violence, c’est chose grossière, palpable, saisissable chez les ouvriers : un geste de menace, il est vu, il est noté. Un acte de brutalité, il est vu, il est retenu. Une démarche d’intimidation est saisie, constatée, traînée devant les juges. Le propre de l’action ouvrière dans ce conflit, lorsqu’elle s’exagère, lorsqu’elle s’exaspère, c’est de procéder, en effet, par la brutalité visible et saisissable des actes.
Ah ! Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclats de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continuent la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. […]
Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité.
»

Jean Jaurès (Chambre des députés, séance du 19 juin 1906)

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Comprendre

Le bus, le métro constituent mon quotidien invariable : c’est mon mode de déplacement incontournable, au milieu d’une forêt de regards hagards qui évitent à tout prix de se croiser. Mais on perçoit aussi çà et là des conversations plus ou moins feutrés qui se révèlent être souvent fort intéressantes. Au-delà des petites histoires personnelles, certaines discutions témoignent de la manière dont l’actualité est perçue par la frange de la population qui constitue une bonne partie – du moins suffisamment significative – de la société : étudiants, précaires, prolétaires… Pour en prendre le pouls du moment, prenez le métro, et laissez traîner les oreilles.

Et ce que j’y ai entendu à propos de «l’incident» lors du comité central d’entreprise de Air France m’a suffisamment marqué pour l’évoquer ici. A chaque fois que ce sujet était cité, les personnes ne semblaient nullement choquées par les faits, comme la presse et Manuel Valls l’ont martelé. Au contraire. Il semblait que dans de nombreux cas, la chose aurait très bien pu se passer chez eux de manière identique. Et que, si tel n’était pas le cas encore, cela n’allait tarder tant certains dirigeants, assurément, le méritaient.

Tout de même, ce genre de propos font réfléchir. Pour ma part, l’utilisation de la violence n’est guère acceptable, quelle qu’en soit la forme. Cela dit, nul besoin regarder bien loin en arrière pour constater que les mouvements et défilés pacifiques, aussi imposants soient-ils, sont purement et simplement ignorés. Mais en cassant, comme les bonnets rouges, un exemple parmi d’autres, on médiatise, et on obtient… sauf si on est écologiste, sauf si l’on vient d’une cité célèbre pour abriter une population grouillante et basanée.

Puis reste la notion de degré. La violence physique est immédiatement condamnée, celle des attitudes et des faits jamais. Le mépris et la froideurs des décideurs annonçant l’anéantissement social de milliers de gens sans aucun état d’âme sont souvent d’une violence inouïe, mais personne alors ne s’en offusque. Il n’y a plus ni ministre, ni presse pour dénoncer des méthodes ahurissantes. La condamnation subie est sans appel, et vous fait passer ensuite dans la catégorie des fainéants profiteurs, assistés professionnels, comme tous ces sans-emplois qui ne font rien pour retrouver de l’activité. Une double peine, qui vous fait perdre bien plus qu’une chemise.

Quand une entreprise décide d’un plan d’économies, ce n’est jamais les décideurs qui font les frais de l’opération, ce sont les subalternes qui trinquent. Ceux qui déclarent les guerres n’y envoient pas leurs enfants, mais ceux des autres…

Et malgré tout, on parle du dialogue social, qui n’a de dialogue que le nom. En écoutant le monde autour de nous, on remarque juste que cela craque de partout, que les endroits ou l’on se parle encore dans les entreprises font figure d’exception digne du Guiness’book. Car on se rend compte que le management actuel ressemble de plus en plus au management par la peur. La mésaventure Volkswagen en cours, pourtant sans lien apparent avec Air France, laisse petit à petit entrevoir toute la lourdeur et l’intransigeance d’un management moderne et inhumain, poussant peut-être des ingénieurs apeurés à concevoir de curieux dispositifs pour réaliser des objectifs inatteignables… Possible ou pas, le cas est cependant révélateur d’un malaise généralisé qui ne peut qu’éclater de la sorte. Surtout qu’au final, ce sont les ouvriers qui feront les frais de l’affaire et se retrouveront à poil.

Dans mon entourage plus ou moins proche, ce n’est guère différent. Il est un endroit ou toutes les attitudes sont injustes, incompréhensibles, voire contre-productives, quand elles ne sont pas carrément brutales et volontairement humiliantes pour les personnels. Il y a un espèce de sadisme malsain qui renvoie systématiquement la même réponse à toute requête, personnelle ou collective : c’est non, entretenant une colère sourde dans un cocktail de plus en plus détonnant. C’est très mal de le dire, mais il y en a quelques-uns que j’apprécierais bien de voir décamper en caleçon.

Je le dis cependant fermement : je n’approuve pas. Comment je pourrais-je ? Mais je comprends. Le désespoir peut pousser à de telles extrémités irrationnelles. Il faut condamner la violence, mais sans être aveugle, sans oublier la tyrannie du chiffre, le despotisme des élites qui savent mieux que quiconque ce qui est bon pour les masses. Une société dans laquelle la violence est tolérée devient invivable. Et de toute évidence, on y est.

Voyez cette vidéo captée lors du fameux comité central d’entreprise de Air France. Continue t-on ainsi ?

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Connaissez vous vraiment TAFTA ?

Pas un jour ne passe sans son alerte sur la fin de notre monde, à ses petits acquis arrachés ça et là, et qui constituent aujourd’hui notre espace plus ou moins démocratique, avec une liberté enviée par tout ceux qui n’en disposent pas.

Cependant, à force de crier à tord ou à raison au loup, l’attention et les mobilisations s’étiolent et les gardes se baissent. Et pourtant, compte-tenu des enjeux et des conséquences sur notre quotidien immédiat, il est vital de s’informer tout en gardant un esprit ouvert et critique. Cela demande souvent des efforts conséquents et le monde politique et des affaires le savent bien : quand un projet rencontre une opposition, il ne suffit que de patienter afin d’atteindre sans se fatiguer le moment ou la résistance disparaîtra d’elle-même faute de combattants.

Pour le «Transatlantic Free Trade Area», ou TAFTA, ou en bon français la «zone de libre-échange transatlantique» ou encore «accord commercial transatlantique», la méthode est identique : secret des négociations, des négociateurs et même du contenu, heureusement éventé par des fuites. D’autres projets aux méthodes et objectifs similaires, comme SOPA, PIPA, et récemment ACTA, ont été repoussés par la vigilance citoyenne et aussi internationale puisque ces tentatives de réglementations sont de plus en plus transfrontalières et s’imposent à nous sans que nous n’ayons notre mot à dire. Ce n’est pas acceptable.

Toutes ces tentatives pour structurer encore plus l’espace mondial globalisé reviennent par vagues et en silence, bien déguisées. TAFTA est la dernière en date : elle est monstrueuse de cynisme et jette ce qui reste de notre monde à des prédateurs implacables que sont les banques et les multinationales. Jetez donc un oeil attentif à ces quelques vidéos qui valent toutes bien mieux que tous les discours.

ou celle-là :

ou celle-là des Anonymous :

ou encore celle-là :

et celle-là :

ou celle-là, très documentée :

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On continue ?

Les membres du 4ème gouvernement du quinquennat Hollande seront bientôt connus. A ce stade, je ne sais si on peut parler d’un nouveau positionnement réellement à gauche. C’est trop tôt. Je me rappelle juste qu’il y a un peu plus de deux ans, comme la majorité des français, j’avais placé dans une urne un bulletin qui exprimait un besoin de changement, de progrès, de partage, de solidarité, d’écologie et de respect.

Vaste programme en effet, car au sortir de l’ère du Lider Minimo, toutes ces valeurs n’existaient plus, ou qu’à l’état comateux, consciencieusement piétinées par une politique basée sur l’individualisme triomphant si cher au clan libéral, et à l’adoration sans limite du dieu pognon. Qu’il soit en dollars ou en euros importe peu, l’ivresse de la fortune vite faite reste la même.

gros-tempsParce qu’en ces temps reculés, les différents gouvernements de droite ont toujours agi d’abord pour leur électorat. C’est bien naturel. Le monde de l’entreprise, les professions libérales et supérieures, les retraités des 30 glorieuses, les fortunes diverses et grandes familles bien de souche n’ont pas eu vraiment à se plaindre : ils n’ont guère été impactés par les mesures impopulaires et contraignantes imposées par les schémas économiques du moment. Bernard Arnaud, en 2009, au plus fort de la crise, doublait quasiment sa fortune personnelle pendant que l’économie réelle fauchait les ouvriers à 1200 euros par mois. Quelques 650 milliards d’euros d’argent public ont changé de main, aux ordres d’une droite libérale et décomplexée, sauvant ainsi nos actuels étrangleurs. Cherchez l’erreur.

Devant l’injustice manifeste des choix effectués alors, mais surtout face à la brutalité de ce pouvoir d’où transpirait un imperceptible relent de vengeance, les cartes se sont petit à petit redistribuées. Une immense majorité de communes, de départements, et toutes les régions sauf une, devenaient roses. Même le très conservateur Sénat basculait à gauche pour la première fois de son histoire… Tout était en place pour, enfin, voir des promesses, des vraies et de gauche, se concrétiser. La droite s’était largement servie. Ca allait être notre tour. Enfin.

J’ai attendu. Patiemment. Et encore. J’ai applaudi aussi. Et j’ai surtout pesté. Mais j’ai toujours défendu l’homme et son action. Economiquement, il ne peut pas grand-chose car c’est ailleurs que les dés se jettent. Le système globalisé est bien trop ancré dans le quotidien pour pouvoir l’ébranler. Même l’égratigner semble d’une difficulté absolue. Mais ce n’est pas une raison pour céder ainsi au renoncement généralisé. Comment voter le TSCG alors que peu avant, dans l’opposition, le parti socialiste avait avancé des arguments des plus valables pour le dénoncer. Hollande et le PS, sans opposition, ont gâché tout seuls une bien belle occasion de concilier brillamment la liberté, l’égalité et la fraternité.

Bilan ? 2 ans et demi d’atermoiements pour quasi rien, un électorat dérouté et aigri, des institutions qui retournent à la droite, un monde politique déchiré d’où le FN tente d’émerger en sauveur. L’électeur de gauche, en prime, fait les frais de cette rigueur qui ne dit pas son nom et qui passe par vagues successives. Pire, les mesures prisent sont clairement de nature à flatter l’électorat de l’UMP : des dizaines de milliards d’euros de cadeaux et d’exonérations sans contrepartie, financées par la réduction des dépenses publiques. En clair, on donne aux patrons ce qu’on prend aux fonctionnaires. Evidemment, rien ne va à la création d’emploi ou à l’investissement : la distribution de dividendes a même atteint son plus haut, en augmentant de 30 %…

Je comprends le désarroi des pauvres gens qui se sentent abusés, et qui paient la note. Et partout la même expression jaillit : «je n’irai plus voter, A quoi bon ?» Comment leur en vouloir ? Quand la droite est au pouvoir, elle les tond et les méprise. Quand c’est la gauche, au mieux, elle ne leur offre rien. Et si le Front National y parvenait, on pourra retirer le mot «liberté» des frontons des mairies, et les autres aussi.

Cette ingratitude du PS va coûter très cher au parti et à la gauche en entier. Le discours de politique générale qui indique le cap de la nouvelle équipe gouvernementale risque d’être houleux, et dans le climat de fronde actuel, rien ne dit que la confiance sera votée… Parce que si la gauche perd le pouvoir à ce moment, elle ne le retrouvera pas de sitôt.

Malgré tout, je ne renonce pas. Mon soutien est toujours là. Je sais trop d’où l’on vient. Et compte-tenu qu’aucune famille politique n’est actuellement en état de montrer une image digne et responsable – personne à l’UMP n’a demandé de dissolution – , le PS a une petite chance de rectifier le tir. Il faut la saisir vite, très vite, et entr-autres faire la grande réforme fiscale qui s’impose et la faire entièrement, contre vents et marées s’il le faut. Les aboyeurs seront à droite. Un bon moyen de reconquérir l’électorat de gauche. Monsieur Hollande, vous avec 32 mois.

Sans renoncer une nouvelle fois au milieu du gué.

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Putain, 2 ans…

La période est certainement mal choisie pour faire preuve d’un optimisme béat en l’avenir. De tous les côtés, l’horizon nous rappelle la grisaille du moment et déverse son flot ininterrompu d’actualités déprimantes. La cour est pleine : chômage, charges, impôts, déficits, et autres dégâts collatéraux de l’économie ultra-libérale saturent l’espace vital, et la nausée est proche. C’est du moins ce que tout le monde affirme…

Aujourd’hui, impossible ou presque de renverser cette tendance. Et le grand responsable est tout désigné : François Hollande. Il y a 2 ans, jour pour jour, il débarquait celui qui, à force de chercher la croissance avec les dents, l’a fait fuir très loin tout en distribuant plus de 600 milliards d’argent public à ses copains du CAC40. Le changement tant attendu était enfin à portée de main.

Putain, 2 ans...Il est clair que ces 2 ans de gouvernance socialiste ont un goût plutôt amer, même s’il existe à mes yeux de grandes réussites. Il n’est pas bien compliqué de comprendre que dans un si court délai, il est impossible d’obtenir quoi que ce soit de tangible tant l’héritage de la décennie précédente était délabré. Comment redistribuer quoi que ce soit quand la caisse a été pillée et qu’on se trouve sous la menace des agences de notation et de traités déséquilibrés ? De surcroît, quand on renonce aussi facilement devant la pression des lobbys, quand on vote ce que l’on a combattu quelques mois auparavant, quand on reforme les retraites à la manière du gouvernement précédent, et que l’on commet de si grossières erreurs de communication, la tâche se complique sérieusement. Empêtrée dans sa volonté de faire simple, la gauche a principalement été incapable de capitaliser et promouvoir ses vrais avancées.

Evidemment que j’ai sauté de joie le 6 mai 2012. C’en était enfin fini de la gouvernance brutale de Sarkozy. Mais je ne savais que trop ce qui allait suivre et les difficultés auxquelles il faudrait faire face. Les solutions ne peuvent venir que de la société dans son ensemble, chacun selon sa position et ses moyens. Malheureusement, il est impossible d’impliquer les plus fortunés dans le redressement économique et social du pays. Cette catégorie a d’ailleurs eu en son temps la peau de Léon Blum et de Pierre Mauroy en asséchant «patriotiquement» les finances de l’Etat par une impressionnante évasion de capitaux. Rien de très surprenant…

Dans la tourmente, on entend alors des bruits réclamant une troisième voie. A les entendre, droite est gauche sont pareils, alors autant essayer autre chose. Sauf que le FN n’a absolument aucun début de solution. Si elles existaient, si elles étaient sans douleur, elles seraient déjà mises en œuvre… Fermer les frontières, revenir au franc, chasser celui qui ne nous ressemble pas finirait à coup sûr de mettre le pays à genoux, la marre de sang en plus.

J’en suis franchement désolé, mais la droite et la gauche, ce n’est pas pareil. Se rend t-on vraiment compte à quoi le pays a échappé en évinçant Sarkozy de l’Elysée, de surcroît libéré de la nécessité du bilan pour la réélection ? Le 6 mai, j’ai, pour une fois, voté pour une personnalité et non contre. En ce jour, je renouvellerai sans aucune hésitation ce geste parce qu’au delà de l’étiquette des partis, des difficultés et des hésitations, je préfère mille fois une politique basée sur la solidarité où l’état est redistributeur et aplanit autant que faire se peut les inégalités, plutôt qu’une politique d’exclusion où l’état est absent et livré à la loi du plus riche, de l’individualisme roi.

Petit retour en arrière…


LE 6 MAI de Jeremy Sahel (EnfinBrefProd)

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Stop bashing !

Ce n’est un secret pour personne, je suis impliqué dans ce projet qui, depuis quelques jours, se fait lentement une petite place parmi les sites politiques. J’avoue que cette aventure dépasse déjà largement mes attentes. Sa genèse est en soi une belle histoire, qui part de pas grand chose, comme souvent. Une idée simple, une volonté, un peu d’huile de coude…

Quand j’ai été contacté, l’idée m’a plu d’emblée. D’abord parce qu’il y avait absolument besoin d’un espace d’expression en plein milieu de la pseudo-tempête agitée par la conservato-fachosphère, parce que le dénigrement gratuit, insistant et surtout sans fondement devenait insupportable. Le blogueur que je suis ne connaît que trop ce besoin de s’exprimer, même si la portée en est toute relative. Quoique. Ensuite, il y avait pour moi un défi technique en tant que développeur : tenter de proposer dans des délais courts une solution stable et robuste qui réponde au besoin. C’est mon métier, je milite au quotidien pour le logiciel libre, et c’était l’occasion rêvée de mettre en avant mes convictions en la matière. Enfin, l’initiative provenait de personnes de milieux divers, qui sont très loin d’avoir toutes des responsabilités politiques… Cette diversité me semble d’ailleurs des plus intéressantes pour construire quelque chose de viable.

stopbashingEvidemment, les inévitables critiques ont surtout tourné autour le la proximité directe du PS dans le projet. Certains ont cherché le WHOIS du domaine pour y trouver le nom d’un élu effectivement encarté. D’autres ont remarqué, très fort, que l’hebergeur (moi…) est membre des Leftblogs, qu’un blogueur influent dit «de gouvernement» était omniprésent. D’où la conclusion sans appel : c’est le parti socialiste qui pilote cette chose…

Le PS n’est pour rien dans cette initiative. S’il l’avait voulu, il l’aurait fait sans s’adresser à un petit autoentrepreneur dont le fond de commerce est le conseil aux associations du monde alter… S’il me l’avait demandé, je n’aurais pas accepté. J’ai, à franchement parler, un peu de mal avec ce parti qui n’est pas un modèle dans son action politique. Il consomme plus d’énergie pour les intérêts particuliers de ses hauts dignitaires que pour structurer la société avec une véritable politique de justice sociale, et pour une répartition équitable de la richesse produite. Localement, il existe des baronnies insupportables qui défrayent la chronique et brouillent l’image de probité demandée par Hollande, et qui devrait s’imposer sans qu’on le rappelle. En fait, c’est le fonctionnement général de tout parti quel qu’il soit…

On me rétorquera facilement que, par ma participation dans ce projet, j’apporte un soutien implicite au PS. Eh bien non. Je soutiens ce gouvernement qui se débat dans les difficultés induites par le capitalisme dérégulé, et je préfère 1000 fois que ce soit l’équipe actuelle, composée principalement par le PS, plutôt que venant de l’UMP. Sans le changement opéré en mai 2012, les attaques contre les systèmes de solidarités seraient bien plus sévères, et les basses castes seraient priés de payer les impôts dont les classes moyennes et supérieures seraient exemptés… Rappelons-nous simplement d’où l’on revient.

Forcement, si notre jouet fonctionne, le PS peut s’y intéresser et communiquer… ce qui relancera évidemment les suspicions de collusion. Tans pis. Les aigris repartiront dans les tours. Encore une fois, l’opposant s’attaque à la forme, pas au fond. Fâcheuse habitude…

Pour l’heure, ce sont surtout des encouragements et des remerciements que nous obtenons.
Merci aussi à vous. StopBashing !

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Violence ordinaire

Pour une fois, je vais m’embarquer sur un sujet que je ne maîtrise globalement pas pour ne jamais y avoir été confronté personnellement. Je peux cependant en parler parce qu’il est omniprésent et constitue la première raison de préoccupation des populations et pas seulement en France. Mon seul lien avec lui reste l’actualité et évidemment la situation de quantité de proches pour lesquels le quotidien en est dramatiquement saturé.

Ce sont les images des futurs chômeurs de l’usine Goodyear d’Amiens-nord, retenant 2 chefaillons dans une salle de réunion, qui m’ont décidé. Le chômage est un sujet grave et délicat et j’ai cette grande chance, pour l’instant, de ne pas avoir à envisager cette situation. Mais j’en mesure la portée parce que, comme tout le monde, j’ai une famille à nourrir, des enfants à éduquer et à lancer dans le grand bain. Je n’ose même pas imaginer le cataclysme que constitue un licenciement, de surcroît dans certaines contrées déjà sinistrées, et passé un certain age. Rien que l’idée me fait trembler, moi qui, avec mon salaire garanti de petit fonctionnaire affecté aux taches d’exécution, compte chaque jour au centime près pour tenter de donner à ma descendance des armes contre ce fléau.

GoodyearAlors, quand j’entends le monde politique quel qu’il soit parler de chômage et des solutions pour arriver au plein emploi, je bous. Dans les systèmes libéraux tels que ceux du moment, aux mains des puissances de l’argent, régis par la loi de l’offre et de la demande, il n’y a aucun intérêt d’y parvenir. Un volant élevé de chômeurs est primordial car il empêche de fait toutes velléités des travailleurs qui sont systématiquement cantonnés à l’état de demandeurs. L’employeur est tout puissant et impose ses conditions d’autant plus facilement que les demandeurs sont nombreux. Et comme l’épée de Damoclès de la perte d’emploi frôle les têtes, il n’y a quasiment plus de grèves et de manifestations. L’autorégulation, c’est cela. C’est ainsi qu’en 2013, les seules manifs ont été celles des chefs d’entreprises/pigeons/rapaces friqués défendant leurs fortunes trop facilement acquises, et de fachos/bigots effrayés que tous disposent de mêmes droits…

Les vrais victimes de la crise ne battent plus le pavé. Et je persiste à le dire : le chômeur est d’abord une victime, statut parfois confirmé en raison des agissements peu scrupuleux des donneurs d’ordre. La sanction est immédiate, violente, abrupte et sans recours, avec des conséquences démesurées et à vie. Sans opposition, sans contrôle puisque dans le même temps on a asséché tous les corps de contrôle de l’Etat, tout devient possible et ordinaire. Parce que tout est possible pour cette catégorie de dirigeants. Ils ne connaissent pas la crise, et si jamais elle pointait le bout du nez dans leurs affaires, ils actionnent leurs réseaux et montent au créneau comme jamais pour ne subir aucune chute même minime de revenu. La crise, ce n’est pas pour eux, que les pauvres se débrouillent. Sous Sarkozy, on leur a fait et tenu des promesses sur mesure. Sous Hollande, menaces incessantes et lobbying agressif reçoivent bizarrement une oreille attentive. Mais quand un ouvrier défend son emploi et ses 1600 euros brut mensuel après 30 ans de labeur, maladie professionnelle comprise, toutes les portes se ferment et on lui envoie les CRS.

Le monde a la fièvre, et les dollars montent dans le thermomètre plus vite que le mercure. Les 300 premières fortunes de la planète ont vu leurs avoirs gonfler de 524 milliards de dollars. Pour Goodyear, la société a annoncé en février 2013 sa prévision de bénéfice de 1,4 milliard en même temps la fermeture de son site d’Amiens-nord. Et à y regarder de plus près, cet arrêt d’exploitation ressemble assez à une punition pour ne pas avoir, comme les ouvriers du site du même groupe d’Amiens-sud, accepté quelques menus sacrifices comme la réorganisation d’horaires en 4×8 qui est particulièrement perturbante pour la vie familiale. Quant aux bénéfices, bien réels, ils partent sous le manteau directement au Luxembourg pendant qu’on annonce que l’usine n’est pas compétitive. Du grand art.

Guère étonnant alors d’assister à ces secousses de personnalités. On se demande juste pourquoi cela n’arrive pas plus souvent. Et d’ailleurs, que faire d’autre devant le mépris affiché et l’absence de tout discussion ? Comment pourrait-il y avoir puisque dans la majorité des cas, il s’agit de soigner un cours de bourse, donc des actionnaires. Je comprends et soutiens toutes ces personnes abattues, aux yeux rougis de fatigue et de colère à force de se battre contre du vent. Que reste t-il à part secouer un peu les esclavagistes ou saccager son outil de travail pour solde de tous comptes ? Je comprends et serais même capable d’être en première ligne dans la bagarre parce qu’en restant bien gentiment dans la légalité, on ne récolte guère que des miettes. De toute manière, les mets de choix, on ne les aura jamais.

Mais parallèlement, s’en prendre à Hollande et Montebourg m’apparaît comme assez injuste. Dans cet espace mondialisé, il n’y sont pour rien dans l’attitude ignoble de Goodyear, de Mittal, de Total et autres grands profiteurs. Cela reste quand même la conséquence directe de ce que promeuvent les libéraux les plus acharnés de la «World Company» dont notre parti de droite dite populaire fait son fond de commerce : faire du pognon, vite et beaucoup, sans entrave, et quelles qu’en soient les conséquences. On y est. Puisque la casse est permise pour eux, cassons aussi.

Et évitons juste à l’avenir de leur redonner les clefs du camion.

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