Il faudra vivre avec

Une journée de plus sans qu’il ne sorte un mot tant la gorge était serrée. Une journée de plus, que la bêtise humaine a marqué à jamais du sang d’infortunés anonymes, juste coupables de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. A chaque secousse, les mesures de sécurité apparaissent à chaque fois plus draconiennes, dans une escalade sans fin, sans empêcher le moins du monde le jeu de massacre de se perpétuer. Il faudra donc se résoudre à vivre désormais avec cet état de fait.

Et demain ? Côté sécurité, rien ne changera. Le niveau d’alerte du plan Vigipirate est écarlate depuis des lustres. Désormais, il faut s’attendre à ce que l’état d’urgence suive le même chemin et devienne l’ordinaire. Dans cet espace hyper contrôlé, avec des robocops surarmés à chaque coin de rue, rien n’arrêtera la poignée de terroristes pseudo-religieux fanatisés et jusqu’au-boutistes. Il suffit qu’un seul traverse les mailles du filet pour ébranler durablement nos sociétés. Aussi fin soit ce filet, la parade universelle face aux attentats n’existe pas, quoi qu’en disent les responsables politiques.

Un avenir flou se dresse devant nousIl faudra donc vivre avec cette menace continue comme une nouvelle constante. Ca ne va pas arranger l’ambiance générale, passablement plombée par un individualisme de plus en plus prégnant qui dégrade beaucoup le «vivre ensemble» jusqu’alors accepté. On a beau clamer qu’on n’a pas peur, qu’ils ne gagneront jamais, mais nos comportements ont déjà changé. On s’épie, on se surveille, chacun d’entre nous devient une menace potentielle. Le quotidien a déjà migré : on annule des événements, des manifestations, on s’autocensure. Le moindre pétard dans la rue, la moindre vibration de la rame de métro rend l’entourage irrationnel, à la limite de l’hystérisme. Forcée d’abandonner les libertés fondamentales et une certaine sécurité, la société prend un bien vilain virage et s’engage durablement sur un chemin sans retour qui est tout sauf rassurant. Un chacun pour soi bien policé.

Il faudra donc vivre avec. L’occident dans sa globalité, dit civilisé, ne fait que payer la manière dont il s’est amusé avec le proche et moyen orient, mais aussi avec l’Afrique. Les années Bush père et fils y ont largement contribué, mais ils ne sont pas les seuls. On a semé un peu partout des armes plutôt que des tableaux noirs, qui nous reviennent à la figure sous le couvert d’une religion. Il serait bon, un moment donné, de reconnaître que dans ce chaos en développement, nous avons une part non négligeable de responsabilité. Cela ne règle évidemment pas le problème, et n’adoucit en rien les quotidiens incertains qui arrivent. Quoi qu’il en soit, c’est trop tard.

Je n’ai pas peur, je dois être anesthésié. Ou déjà vacciné. Mais je vois sans peine s’effilocher derrière moi un mode de vie plutôt doux malgré la crise, et il me semble que je ne le retrouverai pas de sitôt. La suite sera constellée de plus de police encore, d’interdits, de fouilles, de contrôle, d’injonctions, de surveillance, partout, à toute heure du jour ou de la nuit, et de temps en temps des victimes tomberont sous les bombes de fanatiques, toujours et encore. Alors on pleure nos disparus, ceux des nos voisins et amis. On pleure Bruxelles à chaudes larmes. Par contre, quand le feu de Daesh tombe à Kaboul, Bagdad, Istanbul, Ouagadougou et Jakkarta, rien qu’en 2016, on ne retrouve guère un élan de compassion comparable. Et pourtant, les morts sont tout autant victimes du terrorisme, où qu’ils tombent. Cherchez l’erreur. On a un réel problème de société qui ressemble à l’égoïsme.

Et ce n’est que le début.

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Le dernier privilège

Parce qu'incontestablement, l’assassin court toujours. Bravo Charlie...Personne ne m’en voudra j’espère. Pour la nouvelle année, je vais faire aussi court que 2015 a été longue et pénible. Je ne suis toujours pas remis de l’attentat contre Charlie, contre le Bataclan, contre notre art de vie, contre la musique, contre la liberté sous toutes ses formes, contre l’indispensable fraternité entre les hommes. Rien ne sera plus comme avant. Notre mode de vie mêlé d’un certaine insouciance va s’en trouver durablement influencé. Et pas dans le bon sens : il faudra s’habituer à être surveillé de partout, dans la rue, sur internet, et avoir son voisin à l’oeil, au cas où…

Et ce n’est pas tout. On a même perdu la gauche telle qu’on la concevait jusque là en France. Puisque le parti socialiste est allé jusqu’à envisager de changer de nom, je lui suggérerais bien le nom de « Parti Démocrate », comme aux Etats-Unis. Ainsi, comme là-bas, il n’y aurait plus vraiment de tromperie. Pas sûr que cela suffise pour dégonfler un FN à 40 % par endroit…

Et comme les coups bas volent en escadrille, voilà que Lemmy a décidé de jeter l’éponge. C’en est trop. Reveillez-moi, c’est un vrai cauchemar.

On est en 2016. Ouf ! Bonne année alors. Je vous souhaite d’être heureux, simplement heureux. Dans ce monde de brutes épaisses et incultes qui n’a rien de fraternel, ça va devenir un vrai privilège. Etre heureux, je vous le souhaite du fond du coeur.

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Il faut aller voter

Me voila revenu au point de départ, un certain 7 janvier. Comme alors, égaré par la peine, j’ai été jusque-là incapable d’écrire et de bouger, à me demander comment en est-on arrivé là, et comment sera demain. Mon copain, coéquipier de foot et lointain collègue Olivier Vernadal n’y pense plus. Il est désormais assis à coté de Charb, Wolinsky, Tignous, Cabu et tous les autres de Charlie, tous fauchés par les mêmes balles imbéciles, à siroter sur son nuage quelques breuvages célestes comme on le faisait lors de mémorables 3èmes mi-temps. Salut mon pote. Je suis sûr que là où tu es, tu ne croiseras pas de tarés dégénérés.

Mais il faut continuer d’avancer. C’est un crédo très libéral : on ne peut qu’avancer. Envers et contre tout. Reste simplement de savoir dans quelle direction. Et ici bas avec l’état d’urgence, ce n’est pas simple. Nos libertés fondamentales, elles, reculent nettement. La situation l’exige certainement, mais la mesure semble déjà promise à durer au delà des 3 mois actuels. De là à devenir la nouvelle norme, il y a un petit pas que certains, notamment à droite et juste après, franchissent allègrement.

Toujours avancer. Si je me réfère à la COP21 en cours de négociation, je ne vois pas de début du commencement de l’ébauche d’une solution pour limiter l’emprise des activités humaines sur le climat. Les beaux discours d’intention sont bien loin, l’individualisme primaire et l’esprit d’entreprise si cher à l’idéologie libérale a naturellement refait surface : c’est aux autres à faire l’effort. Comme toujours, c’est une affaire de gros sous. L’enfumage ne recouvre pas seulement les villes chinoises. Nos enfants et leur descendance apprécieront.

Votez, ou taisez-vous !Mais aujourd’hui, il est temps de s’exprimer. C’est un peu paradoxal pour moi d’en parler car j’étais il y a peu à deux doigts de déchirer ma carte d’électeur. C’est vrai qu’il a fallu avaler de nombreuses couleuvres depuis mai 2012 et certaines bien dodues. Mais à y regarder de plus près, on a plutôt échappé au pire. On a déjà vu à l’oeuvre la droite dure sarkozyste : verbe haut, et main basse dans la caisse. D’ailleurs, elle n’a toujours pas compris les raisons de son éviction en 2012 et réclame vengeance à chacune de ses sorties politiques. Elle n’a pas de programme, juste une irrépressible envie de laver cet affront, comme si Hollande avait commis un crime de lèse-majesté. C’est un peu glauque de parer tout cela dans l’«intérêt général».

Et pour ce qui concerne le Front National, je n’ai aucune envie de le voir à l’oeuvre. Je n’y étais pas mais les livres m’ont appris qu’en juillet 1932, las des crises à répétitions, les allemands ont donné les clefs du pays au NSDAP (le parti nazi) qui ne les a plus lâché jusqu’à la fin que l’on connaît tous. Personne n’arrivait à résoudre les problèmes du moment, alors les allemands ont essayé autre chose. Peut-être n’avaient-ils pas de références historiques analogues d’un parti raciste, xénophobe et manipulateur. Aujourd’hui nous les avons et nous pouvons nous en préserver.

Hélas, surfant sur la vague, la droite «classique» dérive dangereusement vers l’extrême. En région Rhône-Alpes-Auvergne, c’est Wauquiez qui monte en première ligne. Grand pourfendeur de l’assistanat, lui qui n’a jamais travaillé une seule heure de sa vie, réduit aux subsides généreux de l’Etat comme parlementaire professionnel, je ne sais que trop ce que deviendrait la région sous sa présidence. Ce qu’il est (agité et sanguin comme son mentor), ce qu’il promet (guère différent du FN), ce qu’il sait du chômage (et comment il va le résoudre) fait peur. Vous peinez à distinguer la différence entre gauche et droite ? Vous n’aurez guère de temps à attendre pour vous en rendre compte. Mais ce sera trop tard.

La région avec Jean-Jack Queyranne a été bien gérée. Vouloir en changer la couleur juste parce son président actuel est socialiste est incongru alors qu’avec son équipe il a fait le job. Il n’est en rien responsable de la crise et des difficultés du pays, et le sanctionner ne servirait à rien. Ailleurs en France, la situation n’est pas différente. Bien avant 2012, le pays devait faire face à d’immenses difficultés, avec des choix de société à faire dans un espace ambivalent de liberté et sécurité où chacun doit se sentir protégé. Si les mesures à solution immédiate existaient, comme l’affirment actuellement le FN et les Républicains, ça se saurait. Aujourd’hui, le FN n’a aucune solution sociétale valable. A côté, les Républicains sont trop revanchards pour avoir un projet cohérent.

Je ne voulais pas le faire, mais j’irais voter dimanche, à la première heure pour le Parti Socialiste. A quoi bon me diront les plus sceptiques ? Pour éviter l’agitation d’avant 2012 qui a ébranlé notre modèle social plus qu’on le croit, qui a compromis le vivre-ensemble et certaines notions liées à la solidarité, qui nous a individuellement fait tant de mal. Je comprends l’amertume du peuple de gauche. Mais s’abstenir n’est pas la solution. C’est rester passif, c’est laisser le voisin décider, et il peut être brun. C’est surtout se priver ensuite de parole. Face à la menace, on en a bigrement besoin.

Quand on s’abstient de voter, on s’abstient aussi de critiquer ensuite.

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Requiem pour un Caïman

Les Editions du CaïmanIl n’est point question de pleurer des larmes de… cette espèce de crocodile pouvant atteindre les 7 mètres. Pour celui-là, en grande difficulté, c’est même le moment de se battre : Le Caïman, c’est une maison d’édition créée en 2010, gérée avec passion et qui se trouve en difficulté, victime collatérale de la mouise d’autres. J’y connais un peu un des auteurs, par ailleurs aussi collègue dans une autre vie. Alors, ça me touche. Voici son appel.

Ça aurait pu faire un très bon titre de polar.

Oui, mais voilà, cette histoire ne nous amuse pas vraiment…

Il y a quelques jours, nous avions commencé à alerter nos amis libraires : les difficultés de notre diffuseur De Borée (en clair : un redressement judiciaire), risquaient de compromettre les livraisons. Nous vous invitions alors à passer vos commandes directement aux Éditions du Caïman.

Puis les choses sont allées très vite, et pas dans le bon sens. Aujourd’hui, la défaillance du diffuseur met sérieusement en péril ses partenaires, en particulier notre maison d’édition : nos créances chez De Borée (le produit de la vente de nos livres, de juin à septembre) ne pourront pas être honorées et, par effet de cascade, nous risquons de ne pas pouvoir payer à l’imprimeur les derniers titres de notre collection. Et donc, de devoir écrire le mot FIN sur notre histoire…

Nous ne nous résolvons pas à une telle issue.

Nous, auteurs du Caïman solidaires de notre éditeur, ne pouvons accepter que cette petite maison d’édition pleine de promesses soit brutalement rayée du paysage. Nous ne pouvons accepter que soient anéanties cinq années de travail, de rigueur et d’efforts qui commençaient à porter leurs fruits : un catalogue en plein développement, une notoriété croissante, des lecteurs qui nous suivent de plus en plus nombreux, une reconnaissance dans le milieu du polar.

Et puis aussi, pour nous auteurs, un éditeur engagé qui sait donner leur chance à de nouveaux textes. Plus qu’une maison d’édition : une «maison d’auteurs», une éthique.

Et maintenant ? Le collectif (informel et amical) des auteurs du Caïman a proposé à Jean-Louis Nogaro, qui l’a accepté, le lancement d’une souscription pour sauver le Caïman. Nous en appelons donc à votre solidarité : quelques euros, ce n’est pas grand-chose à l’échelle individuelle mais, si l’on est nombreux – et l’on sait pouvoir compter sur de nombreux amis –

ils peuvent vite devenir huit mille : la somme qui nous manque pour ne pas couler…

Amis du Caïman, merci de votre engagement et merci de vos soutiens !

Les auteurs du Caïman et Jean-Louis Nogaro

Pour aider le Caïman à surmonter l’épreuve, une souscription est ouverte ici : https://www.leetchi.com/c/solidarite-pour-editions-du-caiman

Mais vous pouvez aussi apporter votre soutien et votre aide en commandant directement les titres du Caïman sur le site des Éditions, ici : http://www.editionsducaiman.fr/pages/pour-commander/

Amateurs de polars, les fêtes de Noël approchent. Offrez, offrez-vous, faites vous offrir un ou plusieurs livres ! Un Caïman au pied de l’arbre de Noël, c’est autre chose que Fnac et Amazon, ça en jette.

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Marche ou crève

Aylan Kurdi, petit homme de 3 ans, mort par la bétise de ses congénèresUn enfant, parmi tant d’autres est mort sur une plage. L’image a fait le tour du monde. Elle est glaçante. C’est un «migrant», un de plus, qualificatif ubuesque qu’on complète souvent par «illégal». Celui-là est mort. Il avait 3 ans. Il s’appelait Aylan Kurdi. Ce n’est pas illégal, c’est juste inhumain et insupportable.

Manipulation ? Peut-être. Mais en l’état, l’immigration n’en est plus au stade d’être un problème. C’est un tsunami humain qui est en train de se produire. Rien ne l’empêchera, et surtout pas les propos d’une frange bien décomplexée de la droite européenne et nationaliste qui souhaiterait ni plus ni moins pouvoir rejeter toute cette plèbe à l’eau.

Nous sommes tous égaux, tous de la même poussière d’étoiles, tombée quelque part au hasard sur cette planète. Car c’est le plus pur hasard qui fait qu’on commence sa vie en France ou en Syrie, et absolument rien ne permet au premier d’interdire au second de venir s’y faire une place.

Une fois l’émotion passée, rien ne bougera. Comme d’habitude. Le monde occidental, bien trop attaché à son mode de vie égocentrique, continuera d’abuser de la planète et d’ériger des murs contre cette banalité appelée sobrement «immigration illégale». Comme depuis l’origine, le monde dit civilisé poursuivra l’exploitation honteuse du continent africain et des petites nations par son libéralisme sauvage et destructeur et y délocalisera tous les conflits armés qui opposent les grandes puissances du moment, qu’elles soient étatiques, économiques ou religieuses.

Ce n’est guère étonnant que les populations locales fuient. Elles y sont contraintes. Elles n’y ont que le néant comme avenir, avec aucun moyen d’y changer quoi que ce soit. Notre belle civilisation va y semer durablement le trouble et s’offusque ensuite de devoir accueillir des «migrants». Quelle mesquinerie. La guerre et la famine ne sont que des marchés, de surcroît les plus lucratifs qui soient. Celà ne peut plus durer.

Une fois de plus, on descendra, je descendrai dans la rue pour crier «plus jamais cela» bien qu’on sache sans aucune hésitation que le phénomène n’est pas prêt de s’arrêter. Car aucun pouvoir politique n’agira. Tous commentent : «il est temps d’agir…». Mais chacun attend que le voisin fasse le premier pas, geste qui ne viendra jamais. La compétition économique est implacable : marche ou crève.

Le monde, notre monde, entame une longue et douloureuse agonie.

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Et maintenant ?

Quelque part, cette journée du 11 janvier s’est résumée en une avalanche de superlatifs pour décrire une nouvelle page d’histoire. De cette marche silencieuse et recueillie est montée une clameur qui exprime sans ambiguïté un attachement à une foule de valeurs qui sont loin d’être universelles partout. Au premier rang se trouvent la liberté d’expression, la liberté tout court, mais aussi le respect d’autrui, la solidarité, la tolérance, le recueillement… Le message est passé avec force, mais à y regarder de plus près, ce n’est pas aussi simple. Les bons sentiments, comme des bonnes résolutions de début d’année, ont une tendance régulière de s’étioler très rapidement.

Charlie HebdoLe consensus du temps de crise ne durera pas bien longtemps. A peine les cendres refroidies, les traces de sang effacées, le monde politique va reprendre son activité principale, c’est à dire dézinguer le camp d’en face, avec la petite phrase qui tue. Il faudra évidemment tirer les leçons de cette tragédie et aussi de la communion du peuple, mais l’histoire étant un perpétuel recommencement, je suis plus que circonspect.

En fait, on a beau clamer haut et fort qu’on se battra, qu’on est pugnace et solidaire, qu’on est peut-être atteint mais qu’on a pas peur, mais pour ma part, j’ai du mal. «Ohé ! partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme !» résonne en boucle dans ma tête, jour et nuit. Partout, depuis mercredi, dans la rue, le gens se parlent : «Ami, si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place». mais pour combien de temps ? Charlie est immortel, mais sans Charb et ses potes qui réservent à jamais leurs dessins aux nuages. Et qui seront les suivants ?

Depuis mercredi, je n’ai que des questions et assez peu de réponses. Pour l’heure, on entend déjà quelques-uns parler de cet outil de malheur qu’est internet, de la nécessité d’empiler de nouvelles lois, de démultiplier les moyens policiers et de surveillance. On vient à peine de défiler pour défendre la liberté qu’on veut déjà la restreindre… Sans parler que les lois existent déjà, et que, quelque soit l’arsenal déployé, on ne parviendra jamais à tout bloquer. Malheureusement.

Malgré l’ambiance générale dopée par la participation aux marches républicaines, mon inquiétude est renforcée par des attitudes captées un peu partout. Dans mon entourage, il y avait de l’indifférence à peine voilé, parfois appuyé de propos amers tels «ils l’ont un peu cherché». J’ai entendu et lu bien plus grave aussi. J’ai mis tout cela sur le compte de la liberté d’expression. Mais cela me fait froid dans le dos et ne me rassure pas vraiment sur la suite. On était nombreux à dire notre attachement à la liberté, à rendre hommages aux victimes, mais ailleurs, ils sont tout autant nombreux à se satisfaire de cet épisode. Dans un contexte ou l’individualisme est une nouvelle religion, qu’importe les valeurs solidaires, la liberté d’expression pourvu qu’elles ne gênent pas les affaires et l’empilement des profits. Ce n’est pas une vue de l’esprit, c’est une réalité. La aussi, il y a des fanatiques.

Et maintenant ? On va continuer. Le temps passe et atténue les peines. Et facilite aussi l’oubli, et c’est bien tout le problème. Mais promis, autant que possible, on va rester vigilant, tant qu’on pourra, tant qu’on vivra.

Salut Charlie.

Marche républicaine Lyon

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Immortel

J’avais prévu un petit billet hier pour souhaiter au monde quelques banalités d’usage quand l’actualité m’a plongé dans une profonde tristesse jusqu’à l’ankylose. Impossible de bouger, de croire ce qui s’ést déroulé en plein jour, en plein Paris. Une rédaction entière décimée. Non, je n’y crois pas, ce ne peut pas s’être passé. Pas au 21ème siècle, dans un monde dit civilisé.

Je Suis CharlieMa seule activité de la journée a été de me transporter sur la place des Terreaux pour rendre hommage aux victimes de l’immonde barbarie. J’y suis resté longtemps, pétrifié, à applaudir Stéphane Charbonnier dit Charb, Moustapha Ourad, Jean Cabut dit Cabu, Michel Renaud, Elsa Cayat, Franck Brinsolaro, Hamed Merrabet, Bernard Verlhac dit Tignous, Georges Wolinski, Frédéric Boisseau, Philippe Honoré, Bernard Maris, mais aussi tous les blessés de cette atroce boucherie inutile, en pensant à tous leur proches désormais meurtris à jamais.

Gérard Collomb a dit, comme à l’accoutumée, quelques mots de circonstance. Je n’ai alors pas applaudi. Je ne peux occulter la responsabilité que portent les hommes politiques dans leur ensemble pour ne soutenir la presse que quand un drame s’est joué. Je ne me rappelle que trop les turpitudes auxquelles ont été soumis les journalistes d’investigation, notamment de Médiapart, du Monde et quelques autres, et le tir nourri d’une classe politique incapable de mesurer son propos. J’entends encore un ancien président de la République tancer deux journalistes pris en otage en Afghanistan alors qu’ils ne faisaient que leur métier, pour nous informer. Les louanges et les complaintes d’aujourd’hui de droite ou de gauche me sont aussi insupportables que les jérémiades fondamentalistes des fous de n’importe quel dieu… Et que dire des tentatives de récupération de l’événement qui ne vont pas tarder. D’avance, Marine, ta gueule !

La presse et sa liberté, donc la nôtre, cela se défend en permanence. Cela s’affirme tous les jours. Au lieu de cela, on gaspille le temps à attiser les haines et les rancoeurs, on radicalise absolument tout sujet, on fustige l’étranger, on diabolise le musulman, le vrai, celui qui est aussi catastrophé et consterné que moi. La liberté, contrairement à la pile électrique, ne s’étiole que si l’on ne s’en sert pas.

Charlie dérangeait. Et pas qu’un peu. Charlie est passé maître dans cet art. C’est pour cela qu’on l’a tué. Ce faisant, ces idiots dégénérés l’ont rendu immortel. Sûr que quelque part, Choron, Reiser et Cavanna ont accueilli leurs copains les bras ouverts. Mais cela ne me console nullement. Il manquera toujours quelque chose, la petite case en bas à gauche dans ce grand puzzle, ce petit rien apprécié ou non qui fait la diversité, et qui finit par faire un tout.

Mais pour l’instant, je suis désespéré. Je retourne me coucher, avec les mots de Philippe Val qui tournent en boucle dans ma tête. Demain, je serai plus que jamais combatif.

Bonne année.

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Comme des abrutis…

ferry

Rien à ajouter, sauf que je n’aime pas Luc Ferry en tant qu’homme politique, mais il faut bien avouer que je partage son regard désabusé sur cette caste dévoyée.

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Rien n’a changé #RIP2012

Voila le «hashtag» du moment : #rip2012. Il apparaît sur Twitter juste après une fin du monde avortée, comme 182 autres auparavant. La seule chose véritable, mesurable, inéluctable, c’est bien la fin de l’année 2012. Et si la mode est de faire une petite rétro, je n’y céderai pas. Je n’ai vraiment aucune envie de me retourner tant cette année m’a tordu, épuisé, presque broyé, jusqu’à ces derniers jours. Encore.

Inutile d’y revenir puisque rien ne change. La vie quotidienne reste plus que jamais contrainte et encadrée par cette formidable chape un rien artificielle qu’est la crise, dans laquelle on finit par se sentir privilégié puisqu’on a pour un temps encore un boulot. Finalement, de quoi se plaint-on puisqu’on a de la chance… Seul fait notablement nouveau : on a un président calme et posé, respectueux des autres, qui n’invective ni ne menace ses compatriotes, mais qui ne peut rien ou presque face à la gouvernance du monde par les marchés et les banques. C’est bien, mais ça ne donne aucune consistance nouvelle à la soupe quotidienne.

Inutile d’y revenir puisqu’il me reste cette année de douloureux souvenirs de couloirs d’hôpital blafards parcourus trop souvent à mon goût, avec son cortège illimité de questions sans réponses. Je les ai à nouveau parcourus cette semaine. Bien tapi derrière une simple appendicite, le crabe, ou ce qui y ressemble étrangement, est venu emporter quelques centimètres d’intestins de mon fils de 21 ans. Imaginez. Cette année, encore plus que les précédentes, est vraiment pourrie.

Voilà, je suis fatigué sans avoir fait la fête. Ce sera pour plus tard. J’espère. J’en suis sûr.

A l’année prochaine. Bises à tous.

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Il faut continuer

Vous l’avez remarqué, j’ai brutalement disparu de la circulation en laissant ici même que quelques phrases lapidaires. Je tente de refaire surface autant que faire se peut. En reprenant mon travail ce lundi, j’ai trouvé ici ou là des mots touchants, des témoignages de compassion, des encouragements, parfois venant de personnes que je ne connais pas, et qui m’ont fait chaud au coeur… J’ai retrouvé une petite flamme et un clavier pour écrire un tout petit peu, sur les conseils de Ronald et pas mal d’autres leftblogueuses et leftblogueurs. Bien plus que je ne le pensais, l’écriture est salutaire

merciJamais je n’aurais imaginé un jour traverser un tel moment : mi-juin, mon épouse a tenté de mettre fin à ses jours mais la providence a opportunément placé un groupe de promeneurs dans un endroit habituellement désert, ce qui lui a sauvé la vie. En une vingtaine d’heures à attendre la sortie du coma, on a le temps de revoir sa vie, les 26 ans passés ensemble, tout ce qui a été accompli, le meilleur, le pire, et à se poser beaucoup, beaucoup de questions. Comment continuer avec un fardeau dont on perçoit sans peine le poids exorbitant et la place indivisible qu’il prend pour la suite de l’histoire ?

C’est encore trop tôt pour parler des raisons profondes d’un tel acte. Elles sont forcément multiples, complexes, imbriqués, enfouies, résultant certainement d’une enfance rude et pas franchement heureuse. J’en vois bien quelques unes. Ce vécu difficile à porter nous a causé quelques difficultés par le passé, mais sans nous empêcher de vivre de nombreux et grands moments de bonheur. On a accompli ensemble d’immenses et nobles choses qui effacent comme par enchantement bien des obstacles.

Mais quelque part, selon moi, notre société, le monde qui nous entoure a insidieusement changé et a pesé sur nos existences bien plus qu’on ne le croit. Jusqu’alors, nos vies étaient remplies, sans extravagance, mais aussi sans trop de privations. Le contexte de la dernière dizaine d’années traversées a fini par nous imposer des renoncements de plus en plus importants, obligeant à des choix draconiens pour sauvegarder l’essentiel : tenter de donner à nos enfants des valeurs saines et des armes pour affronter un avenir des plus incertains. Quand tout est absolument compté, pesé, analysé, quand les petits moments destinés à échapper au quotidien deviennent un luxe inaccessible, et que rien ne s’arrange, que le banquier presse, que la bague de la grand-mère est déjà vendue, c’est parfois difficile à gérer. Depuis 6 ans, les vacances se passent dans mes 4 murs, et cinémas, restaurants, petits week-ends sont classés au rang de fantasmes. C’est la crise, il faut bien payer. En tant que petits fonctionnaires d’Etat à salaires bloqués, loin des primes et avantages mirobolants que l’on entend dans les médias, elle nous fait mal. Et dire qu’on n’est pas les plus mal lotis…

Je veux dire simplement qu’on a tous des hauts et des bas, mais que si j’avais pu une fois par an passer quelques jours de vacances avec ma petite femme, pour se changer les idées, elle n’aurait peut-être pas commis l’irréparable. Je suis peut-être à côté de la plaque, loin du compte, mais je dois avouer avoir très mal vécu ces 5 dernières années, à enrager sans cesse contre toutes les arnaques «légales» que nous fait subir une société inhumaine et dévoyée. Peut-être ai-je contribué au drame. Certainement même…

Il ne reste plus qu’à déplorer, et à relever la tête pour continuer d’avancer. J’avais, il y a peu, été confronté d’assez près à une détresse analogue, un appel au secours poignant. Choqué, j’en avais fait aussitôt un billet, bien loin d’en mesurer tout ce que cela pouvait réèllement impliquer. Cet acte fait maintenant partie intégrante de la vie de ma famille. Il va falloir faire avec et construire autour. Le temps, j’espère, va faire son office pour apaiser cette dévastation. On dit bien que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort… Tous les espoirs sont donc permis.

Merci infiniment à celles et ceux qui nous ont apporté leur soutien, qu’ils sachent combien des attentions simples peuvent apaiser.

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