Rendez-vous dans la rue

Puisque rien n’a fondamentalement changé ces derniers jours, puisque le projet de loi, dit «travail» porté par un gouvernement dit «de gauche» continue d’être le texte de trop, je serai à nouveau dans la rue ce samedi 9 avril. Bien que peu concerné à priori puisque fonctionnaire d’Etat, du moins à court terme, je ne peux que me mobiliser contre la précarisation du monde du travail et la transformation d’une société aboutissant à l’asservissement systématique du salarié.

Parce qu’en fin de compte, les enjeux sont moins une enième reforme du travail qu’une profonde transformation de la société dans laquelle le système dominant convertirait chaque travailleur en un être d’une souplesse incroyable. Vous avez des souhaits, des besoins, des compétences, des exigences ? Oubliez-les ! Seul le MEDEF sait ce qui est bon pour vous, et surtout pour lui. Ainsi pour vous utiliser, et grâce à un gouvernement socialiste, nul besoin de votre accord, ni même de réfléchir, et encore moins de vous plaindre si votre nouveau Maître ne respectait pas le peu de réglementation qui reste… Et ne parlons pas de salaire, estimez vous juste heureux de travailler un peu, par ci, par là, car la denrée est rare.

Séparation de l'Etat et du MEDEFEt surtout, ne pensez pas qu’il s’agisse d’une caricature. Comme pour la fraude fiscale ou l’ampleur révélée chaque jour qui passe dépasse l’entendement, notre environnement professionnel vire lentement mais sûrement, dans des proportions dont nous peinons à mesurer toutes les conséquences. Dans le même temps, les montants mis au frais dans les paradis fiscaux sont délirants jusqu’à l’écoeurement quand on les mets en perspective des efforts et autres chantages demandés aux salariés dans les différentes mesures de sauvegarde de l’emploi ou de flexibilité exacerbée.

Ainsi, pendant que vous renoncez chaque année à vos droits élémentaires, quand votre salaire est diminué sous de vils prétextes, quand vos protections sociales sont révisées à la baisse et détricotées chaque année davantage, des milliards naviguent au loin pour constituer des sociétés fictives en charge d’évaporer la fortune des puissants au yeux du monde.

Juste un rapide rappel : le déficit de la France s’élevait à 85,7 milliards d’Euros en 2014, et 77,4 en 2015. Pile poil le montant estimé de la fraude fiscale française chaque année. Ce qui voudrait dire que sans voyous financiers, il n’y aurait aucun déficit, ni pour les caisses de retraire, de sécurité sociale et de chômage… Le problème est bien que dans cette très petite minorité qui se livre à ce pillage de fonds publics, on trouve quelques dirigeants politiques mais surtout nombre de sympathisants du MEDEF et de décideurs qui sont à l’origine de lois indignes comme la loi El Khomri. Au train ou vont les choses, l’étape suivante s’appelle le retour à l’esclavage.

Le samedi 9 avril est le moment pour exprimer cette colère sourde et de rappeler quelques vérités fondamentales. Et il y a vraiment besoin de le faire en nombre. Les motifs ne manquent pas. Si seulement toutes les victimes du système que sont les précaires, les chômeurs, ainsi que tout ceux qui se sentent opprimés, brimés ou harcelés par leur hiérarchie, dont les conditions de travail sont détestables, qui font l’objet de chantage à l’emploi, ou qui simplement se sentent mal à l’aise pour se mettre en grève en semaine, si tout ce monde pouvait venir défiler ensemble plutôt que de faire ses courses dans les temples du dieu fric.

Samedi, il n’y a plus d’excuse, on est libre. Pour l’heure, les loups ne gardent pas encore le troupeau. Quand ils seront installés, ce sera nettement plus difficile.

Allons esclave, debout, debout

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Connaissez vous vraiment TAFTA ?

Pas un jour ne passe sans son alerte sur la fin de notre monde, à ses petits acquis arrachés ça et là, et qui constituent aujourd’hui notre espace plus ou moins démocratique, avec une liberté enviée par tout ceux qui n’en disposent pas.

Cependant, à force de crier à tord ou à raison au loup, l’attention et les mobilisations s’étiolent et les gardes se baissent. Et pourtant, compte-tenu des enjeux et des conséquences sur notre quotidien immédiat, il est vital de s’informer tout en gardant un esprit ouvert et critique. Cela demande souvent des efforts conséquents et le monde politique et des affaires le savent bien : quand un projet rencontre une opposition, il ne suffit que de patienter afin d’atteindre sans se fatiguer le moment ou la résistance disparaîtra d’elle-même faute de combattants.

Pour le «Transatlantic Free Trade Area», ou TAFTA, ou en bon français la «zone de libre-échange transatlantique» ou encore «accord commercial transatlantique», la méthode est identique : secret des négociations, des négociateurs et même du contenu, heureusement éventé par des fuites. D’autres projets aux méthodes et objectifs similaires, comme SOPA, PIPA, et récemment ACTA, ont été repoussés par la vigilance citoyenne et aussi internationale puisque ces tentatives de réglementations sont de plus en plus transfrontalières et s’imposent à nous sans que nous n’ayons notre mot à dire. Ce n’est pas acceptable.

Toutes ces tentatives pour structurer encore plus l’espace mondial globalisé reviennent par vagues et en silence, bien déguisées. TAFTA est la dernière en date : elle est monstrueuse de cynisme et jette ce qui reste de notre monde à des prédateurs implacables que sont les banques et les multinationales. Jetez donc un oeil attentif à ces quelques vidéos qui valent toutes bien mieux que tous les discours.

ou celle-là :

ou celle-là des Anonymous :

ou encore celle-là :

et celle-là :

ou celle-là, très documentée :

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Alors bonne année…

On n’échappe pas à une tradition aussi séculaire : après les agapes et leurs lentes digestions, le cérémonial des vœux de bonne année est incontournable. On sert les pognes par ci, on claque une bise par là, un franche accolade encore ici, et même avec des gens que d’ordinaire on apprécie guère. Une bonne année, une bonne santé, avec aussi du pognon ! Des vœux pieux, évidemment…

Heureusement, je repère bien vite ceux qui sont de pure forme. Ils sont les plus mielleux, croisant un sourire béat à une emphase ridicule. Et dans ce domaine, les personnalités politiques, comme celles placées haut sur l’échelle sociale, excellent. Ils nous promettent chaque année le meilleur, mais toutes se ressemblent, avec cette maxime en dogme absolu, et qui fait toute la différence : «dites nous de quoi vous avez besoin, on vous expliquera comment vous en passer»…

2014Quelques minutes après les vœux aux français de François Hollande, cette pitrerie de Coluche m’est revenue en tête. C’est donc un président qui se dit à gauche qui propose de refaire confiance aux entreprises pour qu’elles embauchent, avec en contrepartie, un allègement significatif des charges et une réduction toute autant significative de la dépense publique. Mais bien sûr… Sur le coup, je n’étais pas bien sûr de ce que j’avais entendu. Après le Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi (CICE) attribué sans aucune contrepartie – on voit bien comment la mesure a dopé l’emploi – , voilà une annonce qui ressemble à un nouvel abandon de ceux qui ont porté Hollande aux affaires.

Charges, encore des charges, toujours des charges, on n’entend plus que ce mot qui alimente tous les fantasmes pour la compétitivité du pays. On oublie un peu vite que les fameuses «charges sociales» représentent d’abord une portion non négligeable du salaire. Mais son versement au travailleur est en somme «différé» et sert d’abord à alimenter les système de solidarité en contrepartie de droits dont les effets peuvent être immédiats (chômage, maladie, accidents du travail) ou à terme (retraite). Alléger ces fameuses charges revient dont à baisser purement et simplement les salaires. Ou de laisser la charge de ces salaires différés à la collectivité. En exonérant les entreprises des cotisations sociales, on ne fait que creuser les déficits publics puisque les droits sont acquis, et qu’à ce titre, il faut bien payer la protection sociale, les allocations et les retraites.

Si on cumule à ce petit cadeau une réduction de la dette publique, la boucle est bouclée : on réduit de fait les salaires en baissant le montant des prestations, on entrave l’action de l’Etat dans ses missions des contrôle et de régulation par la suppression d’emploi public, et on va donner à la droite libérale et conservatrice tout ce qu’elle demande. Parce qu’il ne faut pas se leurrer : moins de dépense publique, c’est rogner sur les retraites, mouvement déjà bien entamé, c’est réduire les prestations sociales, mouvement également en cours, c’est supprimer les subventions aux associations, c’est étrangler le service public pour le remplacer par des entreprises privées qui sauront se faire grassement rémunérer. Cela ne concerne évidemment pas les projets pharaoniques de quelques élus mégalomanes, certains cadeaux fiscaux aux puissants du monde, et les «sauteries aux petits fours» des très hauts fonctionnaires.

Le plus agaçant dans cette histoire est que la cerise arrive sur le gâteau alors que l’UMP en tant qu’opposant politique est complètement muet, trop occupé par la lutte intestine qui sévit à sa tête. Le manque de compétitivité et le chômage sont savamment entretenus et résultent d’abord de l’accaparement de la richesse par la haute finance et ses ayant-droits, en soustrayant les montants normalement dévolus à l’investissement pour alimenter les dirigeants, les rentiers et les actionnaires. De ce coté, pas de crise : Les stations d’hiver ont fait le plein pour les vacances…

Alors bonne année puisqu’il le faut. En tant que petit fonctionnaire, je sais à quoi m’attendre pour cette année. Elle commence d’ailleurs bien : un récent déménagement forcé d’un bâtiment adapté vers un taudis immonde et confiné dans la poussière a considérablement fait évoluer mes conditions de travail au point de ne plus pouvoir exercer mon métier dans les règles de l’art. Tout cela ressemble à s’y meprendre à un sabotage venu de l’intérieur.  Et pourtant, dans ses vœux tous frais, mon big-boss me souhaite le meilleur dans un monde de bisounours. Qu’il se les taille en pointe, et se les mette ou je pense…

Bonne année sincère à tous les LB et à vous qui passez ici.

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Ave Marché, morituri te salutant !

Je suis un peu assoupi volontaire en ce moment, mais je ne dors que d’un œil, d’une narine, d’une oreille… Alors forcement, quand on annonce un nombre record de chômeurs, je ne peux que me réveiller. Et la deuxième lame vient de passer avec le confirmation de ce qu’on présentait depuis longtemps : Mittal ferme les derniers hauts-fourneaux de Florange.

Les hauts fourneaux, vu du cimetière voisinCe site est assez emblématique du système mondialisé actuel : voilà un outil rentable qui fait les frais d’une recherche exacerbée du profil quel qu’en soit le coût humain. Depuis 2008, les salariés d’Arcélor-Mittal en ont entendu des promesses et vu défiler des personnalités, avec cet arrière goût de déjà vu : une fin inéluctable. «Ave Cesar, morituri te salutant !».

Arcelor-Mittal maîtrise la totalité de la chaîne depuis l’extraction jusqu’à la transformation du minerai. En réduisant sa capacité de production d’acier face à une demande mondiale en constante augmentation, le magnat indien fait monter les prix et les bénéfices… Un peu comme le cas Sanofi, largement subventionné en France par la Sécurité Sociale, 3ème plus forte rentabilité du CAC40, plusieurs milliards d’euros de dividendes dont la moitié n’est pas réinvestie puisque distribuée aux parasites actionnaires, qui n’hésite pas à annoncer malgré tout la suppression de 2500 emplois.

Je n’ai pas l’impression qu’en France, on se rende bien compte de l’ampleur et de la portée du crime : 3 millions de chômeurs officiels, et certainement beaucoup plus, des annonces et des plans sociaux qui se suivent, des nouvelles peu sujettes à optimisme, pendant que les bailleurs de fonds continuent et amplifient leur razzia. C’est pas la crise pour tout le monde.

On marche tout droit dans les pas de la Grèce et de l’Espagne, ces merveilleux pays pris comme laboratoire d’expérimentation et de mesure de la capacité de résistance des populations face aux remèdes libéraux. Il n’y même plus besoin d’en débattre tant la situation est limpide. Contrairement à Pierre Chappaz, qui croit dur comme fer que le «libéralisme est LA réponse à la crise», chaque jour nouveau montre à l’évidence que le libéralisme est la CAUSE de la crise.

Reste à savoir combien de morts il faudra avant qu’on se réveille.

Crédit photo : Vincent Kessler (Reuters)

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Dansez maintenant !

Je dois faire ici un aveu qui me coûte : hier soir, j’ai regardé TF1. J’ai même résisté plus de 2 minutes 30 face à Claire Chazal sans zapper, sans aller aux gogues ou me pointer devant le réfrigérateur pour attraper une petite boisson houblonnée. Le Président de la République, passablement chahuté en ce moment, avait des choses bigrement importantes à dire.

J’ai bien écouté. François Hollande a demandé du temps pour le juger. «Je ne vais pas faire en 4 mois, ce que d’autres n’ont pas fait en 5 voire en 10 ans». Il a annoncé un redressement du pays en 2 ans, avec un budget 2013 basé sur un taux de croissance réaliste de 0,8 % et la nécessité de trouver 33 milliards pour parvenir aux fameux 3%, un des critères de convergence stupides instaurés par le Traité de Maastricht. Aucun mystère n’est fait : tout le monde mettra la main à la poche, même si elle est déjà vide ou percée.

On peut raconter beaucoup de choses sur la présidence Hollande, sur son gouvernement, sur sa manière de prendre en compte les soucis des français. On peut évidemment céder à l’invective, mais pour l’heure, il exécute un budget établi par l’équipe précédente désavouée par les électeurs. Il n’y a que les nostalgiques de Sarkozy, les agités du «yaka fokon» qui pensent que tous les problèmes se résolvent d’un simple coup de doigt, sous l’action supérieure de la seule volonté ou d’un geste nerveux d’épaule. On en voit encore les résultats : 3 millions de chômeurs, un salaire médian en baisse sensible, des français qui s’appauvrissent pendant que les plus riches continuent de se gaver. Pour eux, rien ne change, sauf pour quelques-uns la nationalité.

Il faudra bien un jour commencer par accepter l’idée que Hollande ne va pas pouvoir faire grand chose pour nos petites vie individuelles. Nous ne sommes que quantité négligeable, même plus une variable d’ajustement de l’économie mondiale. L’européen moyen patauge et se débat comme il peut dans une société déclinante, de plus en plus malade de son individualisme et de son incapacité à se rebeller. Le chômage ne fera qu’augmenter, et les protections sociales finiront par disparaître. C’est inéluctable sans révolte. Le monde se dirige dans les salles de marchés, et les bonnes volontés de Hollande sont de simples gouttes d’eau insignifiantes dans un océan de dollars. En Grèce, c’est le FMI qui soumet aux ministres les textes des réformes ahurissantes à entreprendre…

Hollande n’a peut être pas la solution, ni les moyens de ses promesses, mais il sera toujours mille fois meilleur que le précédent qui n’a fait que démolir, diviser, menacer, invectiver, sans parler de sa contribution en 5 ans de plus de 600 milliards au déficit de la France. On ne peut donc pas dire que je déchante, loin de là. Mais il n’y a pas de quoi danser non plus.

Pour retrouver un peu le sourire, je vous offre ces quelques instantanés du défilé de la 15ème Biennale de la Danse dans les rues de Lyon. C’était un magnifique spectacle.

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Cherchez l’erreur

Plus que quelques jours à patienter. Ensuite, ce sera un vrai changement : le quidam lambda ne sera plus harcelé par les instituts de sondages, ou abordé à la hussarde sur les marchés, entre l’étale de fruits et légumes et la camionnette du crémier, par un candidat à une quelconque fonction élective. Ainsi, jusqu’en mars 2014, date des prochaines élections municipales, j’ai toutes les raisons de penser que nos chers représentants, de quelques bords qu’ils soient, vont subitement devenir invisibles et disparaître sous les ors de la République.

Depuis 5 ans, les campagnes se suivent et se ressemblent. L’ère Sarkozy n’aura connu aucun succès depuis juin 2007, soit les dernières législatives. Tout a été perdu, même les sénatoriales, pourtant régies sur une loi taillée sur mesure pour ne jamais virer de bord. On n’a pas non plus assisté à une vague rose, mais ce n’est franchement pas important. Un certain changement est en marche.

Les valeurs de Nadine Morano...Finalement, au lendemain de ce premier tour, la seule chose qui m’interpelle vraiment est le taux d’abstention record de presque 43 %. Et très curieusement, si les responsables politiques le soulignent, c’est pour minimiser la victoire de la gauche, mais jamais pour insister sur leur immense responsabilité dans ce chiffre. Si l’électeur boude les urnes, c’est qu’il a, à tord ou à raison, la certitude que son vote est inutile et que les choses ne vont que peu changer pour rester dans le symbolique négligeable. Ce défaut d’expression est aussi un forme de rejet d’une certaine classe d’élus affairistes et corrompus, une espèce de mafia indétrônable prête à tout pour garder ses privilèges. J’y assimile ceux dont les convictions sont à géométrie variable, et qui n’hésitent pas à s’acoquiner avec la peste brune pour continuer d’exister. Les actuelles danses du ventre de l’UMP pour tenter de capter l’électeur frontiste sans l’exprimer formellement seraient désopilantes si elles n’étaient pas aussi dangereuses pour l’avenir de la France et celle de la démocratie. Faire entrer le loup dans la bergerie ne se fait jamais sans risque…

Il reste un tour de scrutin. Dans ma circonscription, la 12ème du Rhône, la candidate du PS Joëlle Sechaud a recueilli 31,85 % des voix, là où sont prédécesseur en 2007 n’en avait obtenu que 20,97 %. En réduisant l’écart de 18,14 à 7,26 % au premier tour, elle garde une toute petite chance de déposséder le député UMP sortant Michel Terrot de son 7ème mandat. 7 mandats, franchement, est-ce raisonnable ?

En attendant un vrai changement, les grecs n’ont toujours pas remboursé le moindre centime d’euro de dette publique puisque, depuis 2 ans, ils ne paient que des intérêts aux banques, pendant que 100 milliards d’argent, toujours public, renflouent d’autres banques pour combler leurs dettes de jeux, nées d’une irrationnelle spéculation immobilière. Pas d’erreur, ce monde ne tourne pas bien rond.

Le changement, il y en a plus que jamais besoin.

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L’arnaque Facebook

Il y a bien des choses qui me passent devant les yeux tous les jours et que j’évacue sans même m’en rendre compte. Les cours de bourse, omniprésents dans n’importe quel média au point de s’offrir un déroulant continu sur les chaînes infos, en font évidemment partie. Mais quand j’entends parler de Facebook, même dans la rubrique finances, forcement, je dresse l’oreille. Ce truc totalement hors norme à bien des égards, est entièrement construit en buzz perpétuel. Et la récente actualité ne me démentira pas.

L'ouverture de la séance d'introduction de Facebook, tous hilares, et pour cause.Au demeurant, c’est moins le joujou de Zuckerberg que l’attitude des banques qui me fait réagir aujourd’hui. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’entrée en bourse du premier réseau social du monde ne s’est pas fait dans la transparence la plus limpide, et au risque de devoir bientôt devoir me fendre d’un euro de dommage et intérêt, le principal opérateur de cette opération, la banque américaine Morgan Stanley semble bien être à la tête d’une gigantesque escroquerie.

Et comme par hasard, 3 jours après une introduction en bourse tonitruante, les marchés découvrent avec une innocence confondante que l’entreprise était vraisemblablement survalorisée, et que le modèle économique ainsi que sa stratégie reste à l’état de vue de l’esprit, et que ses capacités à faire des bénéfices et générer du cash très loin d’être probantes. Que Zuckerberg ait pété les plombs à se voir plus grand et fort qu’il ne l’était en réalité n’est pas bien grave. Il n’est pas le seul, et la mégalomanie n’est pas encore un crime. Mais que des banques et institutions financières aient permis sans sourcilier un tel carnage me semble d’une gravité majeure, permettant inpunément à 20 milliards de dollars de changer de poche en 3 jours… N’ayez crainte, ils ne se sont pas envolés, ils sont bien au chaud !

Cela me rappelle la fameuse crise de 2008 dite des «subprimes» où les banques étaient déjà en première ligne, diffusant des produits pourris en pleine connaissance de cause. Et pourtant, ni Morgan Stanley, ni JPMorgan Chase, ni Goldman Sachs, toutes conseils de Facebook pour l’opération, n’ont alerté le monde alors qu’elles avaient toutes perçu le pot aux roses. Seule une poignée de clients privilégiés de ces banques aurait été informé des dangers. Au passage, elles n’ont pas oublié de toucher quelques colossales commissions pour leur oeuvre. Imparable.

Les plaintes n’ont pas tardé à pleuvoir. Cela me fait bien rire, parce que compte-tenu de tous les scandales passés, il faut être un peu crétin pour acheter de tels produits. Déjà, rien que des actions… Un minimum de jugeote, de réflexe de «bon père de famille», de bon sens quoi, permet de s’abstenir assez facilement de ce genre d’attrape-gogos à la mode, reposant sur du vent. Visiblement outre-manche, les leçons et les coups de pieds au cul à répétition ont bien du mal à être assimilés. Alors on porte plaine, et on fait la fortune des avocats. Puis on recommence.

Parce que dans ce système là, ça va recommencer, forcémment !

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Marche forcée

Décembre est le mois des lumières et des cadeaux. A Lyon, depuis 1852, c’est la fête le 8 décembre, et pendant quelques jours, on va en prendre plein la vue. Dans le centre-ville, mais aussi dans les quartiers, la lumière va se jouer de la nuit et nous offrir des spectacles éphémères, souvent insolites, parfois émouvants. Mais cette sortie momentanée des turpitudes du quotidien n’arrive pas à me faire oublier les récentes déclarations de nos grands argentiers, et me fait dire qu’on a pas fini d’en prendre plein la gueule…

L'image d'une société riche et fracassée... Imaginez les démunis au milieu...Le quotidien ? Des «sommets» européens se suivant comme des perles sur un trop long collier, invariablement clôturés par un belle déclaration de victoire, des interventions savamment distillées des agences de notation qui font habilement passer l’inéluctable pour une future possibilité, des responsables politiques obnubilés par leur idéologie, prisonniers de leurs bailleurs de fonds qui les pressent de surcroît de supprimer rapidement ce qui reste des protections sociales, ces graves entraves à générer davantage de profit.

Le cadeau du moment, l’outil magique, l’instrument ultime, oserais-je la solution finale, s’appelle la règle d’or. Devant la fronde de la représentation nationale, y compris dans les rangs de l’UMP d’ailleurs, et de la difficulté à la faire adopter en France, voilà que notre Grand Saigneur veut l’imposer à l’Europe entière, via un traité dont rien ne serait discutable puisque renfermant LA solution par essence. Ainsi, dans le seul espace au monde ou demeurent quelques systèmes de solidarités, forcément déficitaires puisqu’on en réduit les financements via les allègements fiscaux des plus aisés, cette règle d’or supra-nationale emporterait légalement ce qui reste des retraites par répartition, des prestations familiales, de l’indemnisation du chômage et de la maladie…

On se gausse dans la presse des errements dans la gestion de certains comités d’entreprises, en s’interrogeant, à raison, sur la destination réelle de quelques millions. Mais pas un mot sur les 500 milliards qui manquent dans le budget de la France depuis 5 ans… Pas un mot sur l’adoption d’un taux de croissance manifestement gonflé, contre toutes les prévisions, générant à lui seul quelques dizaines de milliards de déficit. Quand on réclame aussi bruyamment la mise en place d’un dispositif tel que cette règle d’or, on commence, en principe par se l’appliquer à soi même. Or le budget 2012 de la France est à la base déjà déséquilibré de plus de 80 milliards, auxquels vont se rajouter, du fait de la dégradation inéluctable du AAA, au minimum 10 milliards rien qu’en intérêts… Dans le même temps on annonce qu’il n’y aura pas de nouveau plan de rigueur. On y croit tous, du grand art !

La règle d’or qu’on veut imposer à marche forcée existe pourtant déjà : elle est prévue au Traité de Maastricht via les fameux critères de convergence. Aussi, avant d’élaborer un nouveau traité européen, il faudrait peut-être rappeler à ces messieurs de commencer à respecter ceux qui existent.

A moins que son but soit d’y cacher plein de nouveaux cadeaux.

Pour un prochain pot de départ ?

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La boucle est (presque) bouclée

Ce week-end, on a «fêté» des victimes, celles de la grande guerre, décimant des générations complètes de pauvres hères, mais aussi celles, plus contemporaines, désignées par le marché, accusées de ne pas se plier aux exigences que réclame la situation actuelle de crise… Parler de fête est un brin exagéré, j’en conviens, même si les rues italiennes déversaient une liesse peu commune. On peut se réjouir de l’écart du «Cavaliere» pour l’ensemble de son œuvre, mais faut-il pour autant se réjouir pour la suite ?

Malheureusement, nous devons, en principe, patienter jusqu'en mai 2012...Personne jusqu’à aujourd’hui n’a contesté la collusion entre le pouvoir politique et les milieux financiers, qui semblaient même faire bon ménage : chacun son rôle, chacun sa part de pouvoir et de gloriole. Après l’épisode grec du référendum avorté de justesse, la donne a changé. Désormais la finance prend résolument la main, écartant ouvertement les personnalités politiques, gênés qu’ils sont par les bribes restantes de démocratie, pour y placer ses pions. En Grèce, en Italie, les successeurs ont de drôles d’accointances avec Goldman Sachs, dont le rôle dans la constitution des dettes souveraines est primordial, et fabuleusement rentable.

Les problèmes de l’Europe ne se résument pas à la dette, et surtout pas à sa monnaie qui contrairement à ce qui est clamé un peu partout, n’est pas en crise. Le problème de l’Europe vient surtout de son mode de gouvernance : dans un tel espace où la seule chose commune est la monnaie, les disparités économiques, fiscales, sociales, ne peuvent qu’engendrer des crises à répétition. Le fédéralisme, avec la mise en commun des règles, des faiblesses, mais aussi des atouts est la seule solution. On m’opposera bien sûr la perte de souveraineté des Etats en pareil cas. Mais Goldman Sachs, qui défait les gouvernements à son envie, et impose les mesures antisociales que réclame les marchés, ce n’est pas déjà une perte de souveraineté ?

Ni les politiques, et encore moins les financiers ne peuvent envisager une telle uniformisation parce que ce faisant, ils se priveraient, non seulement d’un pouvoir jusque-là absolu, mais aussi de tout un espace de production non contraignante, à bas coût, sans législation sociale ou de protection des ouvriers, celle qui permet une rentabilité record sans passer par la Chine ou le Maghreb… Cet alignement aurait aussi des vertus sur les flux migratoires, devenus inutiles puisque les conditions de vie sont régies par les mêmes réglementations… Mais nos puissants n’en veulent pas. Donc, on va continuer à subir, et les financiers à s’enrichir.

Il n’y a rien de bon à attendre des changements qui s’opèrent dans les arrières boutiques. Même si El Minimo se fait écrabouiller «démocratiquement» en mai 2012, la curée va continuer, sous la férule des marchés et le jugement implacable des cours de bourse. C’est eux qui décident, et en plein jour maintenant. La fête est finie, la boucle quasiment bouclée.

Mais pas tout à fait. C’est bien connu, dans la grisaille, les blogueurs savent dénicher les perles rares, et profiter des moments essentiels. En l’occurrence, à l’occasion de la venue d’EricCitoyen en famille dans la capitale des Gaules, un KDB décentralisé s’est organisé dans un bouchon lyonnais, et a permis de passer une soirée fort agréable avec Bembelly et Madame, Vallemain et sa maman Minijupe, le très classe JeandelaXR en cravate fort seyante, et l’inoxydable Romain, sorti à grand peine de son arrondissement à l’odeur alléché du St-Joseph. Tout ou presque, a été abordé, l’accent alsacien chantant d’Eric, Apple, les blogs, l’écologie, les nœuds de cravate, les blogueurs, leur plume, leurs lieux de perdition… Nos récits d’ancien combattant sur nos souvenir du 1er KDB, cet espèce de dépucelage bloguesque à la Comète, le passage obligé de tout blogueur (de gauche) qui se respecte, a même donné envie à Vallenain et Minijupe de tenter l’expérience. Nicolas, je te les recommande. Mais on me souffle à l’oreille qu’ils sont de droite… Pas grave, ils sont vraiment sympa, et, entre Rhône et Saône, on recommencera, avec Trublyonne, Sasa (qui vient d’y passer, au KDB…), Littelcelt, Lemotdugone, et plein d’autres.

Quant au Pinot gris, il est à l’état d’excellent souvenir…

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La vengeance

Cela fait des années, des dizaines même, où j’entends prononcer les mêmes logorrhées : c’est la crise, le pays vit au dessus de ses moyens, il n’est plus possible de continuer ainsi. Depuis que je travaille, soit depuis 30 ans, les crans sur la ceinture ont bougé, et pas qu’un peu, mais pas dans le sens voulu, au propre comme au figuré… Je consomme dans la limite de ce qui m’est possible de faire, sans fantaisie aucune, et contribue normalement aux charges de la Nation. Je ne peux vivre à crédit et paie tout, sans aides, au prix fort. Je compte tout à l’euro près, et empile de plus en plus fréquemment des renoncements qui se transforment dans la durée en sacrifices chaque fois un peu plus douloureux. Mon livret A, comme seule épargne, a un solde positif de 0,65 euros… Mais de quoi suis-je donc coupable pour reprendre un nouveau coup de bâton dans les jambes ?

Visiblement, je dois être un dangereux générateur de dette publique. Déjà, je suis petit fonctionnaire, besogneux mais invisible, taillable et corvéable… Mais au delà, ce nouveau plan de rigueur, imposé par la communauté internationale, m’apparaît d’abord comme une reprise en main vigoureuse des peuples au sens large. Parce que les pouvoirs, politiques et financiers, ont été pris d’une peur panique. L’épisode grec du référendum, invitant le citoyen à se prononcer, a sonné comme une terrible remise en cause de leur autorité alors qu’aucune question n’était encore élaborée… Le seul fait d’évoquer la possible expression des «sujets» a soulevé des énergies colossales pour que le 1er ministre grec soit prié de revenir sur sa décision et invité à plier les gaules sans moufter davantage.

Suite présidentielle au Majestic à Cannes, à la rigueur...Le boulet est passé près, et nos politiques ont vite fait de concocter un nouveau plan de rigueur, qui sonne comme une vengeance contre toute velléité d’expression. Les indignés du parvis de la Défense en savent quelque chose, harcelés, puis débarrassés qu’ils sont par les Condés de leur matériel de couchage, ce qui s’apparente soit dit en passant à du vol ou destruction volontaire de biens d’autrui puisque rien n’interdit leur présence pacifique dans espace public… Rigueur, rigueur…

Les milliards à trouver sont censés équilibrer un budget 2012 bancal dès la conception, en raison principalement de la prise en compte d’un taux de croissance fixé au doigt mouillé, mais pas que. Sera ainsi ponctionnée la masse laborieuse qui fait déjà les frais de réformes iniques, qui paie au prix fort l’égocentrisme et la mégalomanie du pouvoir. Mais toujours rien de significatif concernant les niches fiscales. Le dispositif Scellier est certes abrogé, mais les plus importantes, coûteuses et improductives demeurent. Par exemple, la «niche Copé», votée en catimini en 2004 sous l’impulsion du Ministre du budget éponyme. Elle exonère d’impôt sur les sociétés les plus-values encaissées par des personnes physiques ou morales en cas de vente de leurs filiales ou titres de participation détenus depuis plus de deux ans. Elle a coûté au budget de l’Etat, la bagatelle de 9 à 10 milliards en 2007, 2008 et 2009… Pour 2010 bizarrement, le chiffre n’est pas connu. On en ferait bien des choses en abrogeant une disposition des plus inutile et improductive économiquement, qui profite essentiellement à 10 grandes entreprises du CAC40. Mais on préfère faire supporter la rigueur aux salariés.

Je ne suis pas responsable de ces âneries, ces mesures de copinage et d’auto-protection, de passe-droit, de magouilles à peine dissimulées, qui font les fortunes sur du vent en peu de temps, mais j’en paie les conséquences tous les jours. Les systèmes de solidarités se délitent, la protection sociale s’effiloche, les retraites fondent alors que nous payons ces dispositifs de plus en plus chers. Mes enfants dégustent aussi, de manière assez invisible pour l’instant, par le sabotage du système éducatif, les livrant le moment venu «clef-en-main» aux prédateurs du monde du travail, démunis, prêts à consentir à tous les caprices de ces esclavagistes modernes pour s’aligner sur les modèles productifs à la chinoise.

Des efforts, cela fait 30 ans que j’en fais. Un peu plus, un peu moins, je suis rodé, et je n’ai guère d’illusion pour la suite. On se passera de sapin pour Noël, et on s’offrira une orange, comme quand j’étais gosse. Je n’en suis pas mort… Demain, c’est ma paie qu’on réduira, comme en Grèce. C’est déjà écrit : il faut réduire la dépense. Il faudra faire avec, en silence, puisque l’indifférence est devenu le sentiment général. Mais je ne peux pas m’empêcher de voir le monde autour de moi, ces grosses berlines dépasser mon bus matin et soir. Je me demande, le nez collé à la vitre humide, si El Minimo ou François Fillon se rappellent la dernière fois qu’il ont sorti leur chéquier pour payer de leurs deniers leur cantine, leur EDF ou leur gasoil, et comment ils ressentent cette période de disette. Parce que pour moi, avec 17% de perte de pouvoir d’achat depuis 2000 et la rigueur actuelle, c’est ceinture ET bretelles.

Je me demande comment on peut prôner la rigueur en posant ses fesses une seule nuit dans un hôtel pour 37.000 euros, payé par le contribuable. Et à crédit.

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