Un goût amer

Les soirées électorales me gavent. Comme d’habitude, chaque camp y va de son commentaire, laissant invariablement apparaître toutes les raisons d’espérer. A écouter les ténors de toutes les couleurs politiques, les vainqueurs et les perdants, tous trouvent des satisfactions diverses dans les chiffres sortis des urnes. «On a perdu, mais on a gagné», «on a fait mieux que prévu», «on a entendu les français», etc…

Pourtant le message envoyé est limpide : on a tous perdu gros. D’abord le clan des bruns Marine qui remporte une belle tête de Toto, lui qui croyait déjà rafler la mise. On ne bouscule cependant pas ainsi la République. Elle réclame d’abord un esprit de rassemblement. C’est l’essence de la société. On ne peut espérer gagner en divisant, en clivant, en opposant les uns aux autres, en oubliant les principes élémentaires des traditions séculaires de la France. Sarkozy a perdu en 2012 en voulant s’en affranchir. La notion de vote d’adhésion tant évoqué lors du premier tour perd un peu de sa substance : mettre l’extrême-droite à la tête d’un gros exécutif reste encore et heureusement hors d’atteinte.

Bertrand et Estrosi rigolent, et vous saluent bien les gauchistesMais il faut avouer que le coup est passé près. Si le FN en a été privé, c’est uniquement le fait des électeurs de gauche et eux seuls qui ont apporté 2, voire 3 régions dans l’escarcelle des républicains, sur les 7 gagnées. Ce n’est guère glorieux pour un parti qui annonçait encore il y a peu vouloir faire une razzia monstrueuse. Dans ces conditions, c’est un râteau monumental que se prend Sarkozy et son mouvement, toujours attaché au «ni-ni» irresponsable de son omnipotent président. Parmi les républicains, seuls Pecresse et Retailleau ont remporté leur région. Morin, en Normandie, est du nouveau centre, Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes un quasi frontiste.

Le parti socialiste et une partie de la gauche ne masquent pas leur soulagement. Cela aurait effectivement pu être pire selon l’état-major. En fait, c’est catastrophique : 6 ans d’absence dans 2 grandes régions, 5 autres perdues dont Rhône-Alpes et l’emblématique Paris au terme d’une campagne exécrable. On voit mal quelle satisfaction on puisse retirer de ce bilan. Seule consolation du scrutin : jamais on ne pourra imputer à la gauche une quelconque prise du FN. Elle a été la seule à opposer aux extrêmes un front républicain solide et sans ambiguïté là ou il était nécessaire. Car voter Estrosi ou Bertrand était loin d’être simple. La droite libérale n’a jamais été capable d’en faire autant, et pour cause : le front républicain est un piège. Il amène à renoncer à défendre l’idéal qu’on représente, et laisse la porte ouverte à autrui, ce dont la droite a profité. Pas de FN, certes, mais cela reste une consolation au goût amer.

Pour ma part, je ne décolère pas de la manière dont ces régions ont été perdues. Pour avoir dans mon entourage quelques gauchistes, ceux qui se déclarent «purs et durs», ou «vraie gauche», je peux affirmer que le report des voix a très mal fonctionné. Ils se sont encore abstenus, beuglant à qui veut l’entendre, le poing levé en déversant leur logorrhée anti-capitaliste à la limite de la haine, que le PS n’est pas la gauche et ne mérite pas leur voix. Maintenant, grâce à leur silence, c’est mieux : les bébés sarko sont à nouveau dans la place. Cela réglera évidemment leurs gros problèmes de précaires qu’ils sont tous. Il y en a marre de ces révolutionnaires de bac-à sable, qui réclament la démocratie à tue-tête et ne l’utilisent pas quand elle se présente. Quand même, Pecresse la bourgeasse ultime soutenue par la manif-pour-tous, et Wauquiez avec les cathos intégristes présidents de région, ça fait passablement flipper. En Rhône-Alpes, marionnettistes, malades, chômeurs et autres cancers de la société, serrez les fesses… Ca risque de faire très mal en passant. Ici, les écoles privées se frottent déjà les mains.

Il reste que cette campagne, plus que les précédentes encore, a été émaillée de turpitudes et de petites phrases des plus déplacées qui ne grandissent pas les hommes et la fonction politique. Une fois élus quelques-uns ont évoqué aussi le climat de défiance du peuple qui exprime son rejet parfois violent de ses représentants et ses méthodes. Comme quoi le constat est fait. Mais rien ne suit, et surtout pas les préoccupations premières des citoyens, quel que soit le parti et le mandat. Un peu comme pour la COP21 : c’est un bel accord, mais d’un point de vue pratique, il est inutile. Ce qui compte vraiment pour la planète en l’occurrence, ce sont les actes concrets. Comme en politique.

Il reste 18 mois avant l’échéance la plus importante : l’élection présidentielle. Dans ce genre de consultation sans filet, la sanction sera immédiate si toute la gauche continue de la sorte. A quoi rime la belle tirade du «Moi Président» quand on nomme Manuel Macron ministre de l’économie et des finances ? Comment les socialistes ont-ils pu se couper de cette manière de son électorat ? Comment ses alliés naturels peuvent-ils préférer favoriser le camp adverse ? Il reste bien peu de temps pour redresser la barre, mais bien assez pour donner un peu de cohérence au mandat et de l’espoir aux gens.

C’est franchement pas difficile : arrêtez de faire une politique de droite.

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Le Donald Trump à la française

On peut retourner le problème dans tous les sens et dire qu’on a échappé au pire, mais rien n’est plus faux. Pour l’électeur moyen, le paysage politique a été modifié en profondeur en moins de temps qu’il n’en faut pour glisser une enveloppe dans une urne. Les plus opportunistes ont clamé que c’était prévisible, les autres se sont réveillés un lendemain de 1er tour des Régionales avec la tête dans le seau. Il ne reste quasiment qu’une seule question en suspens avant le second tour : comment empêcher le front national de briguer une ou plusieurs régions ?

Dans ce contexte, je fais figure de privilégié. Je ne vote ni dans le nord, ni dans le sud et n’ai donc pas à débattre avec moi-même sur l’opportunité de mettre un bulletin à l’odeur d’excréments l’un comme l’autre dans l’urne. Déjà en 2002, pour empêcher le borgne d’accéder à la Présidence, attraper celui de Chirac sans même parler de l’autre, me fut totalement impossible. Je vote en Rhône-Alpes-Auvergne. Ici, l’officiel du FN n’a aucune chance. La partie se jouera entre Laurent Wauquiez, l’officieux de l’extrême droite et Jean-Jack Queyranne, président PS sortant de l’ex région Rhône-Alpes.

Laurent Wauquiez, gendre idéal, et clown de serviceWauquiez a tout du beau gosse bien né. Fils à papa pas trop dans le besoin, un peu fanfaron sur les bords, perpétuellement 1er partout, surtout sur la photo et sur les bancs de l’église, il a l’air plutôt gentil avec son petit cheveu sur la langue. Mais ce n’est qu’une façade. Incapable de respecter la moindre discipline collective, ses nombreux dérapages en font un personnage qui fait peur même dans son entourage.

Le blondinet n’est pas complètement fou. Avec son bac+17, il a vite compris le monde et les règles du jeu. Voilà que démarre une carrière de haut vol, aux frais du contribuable et de généreux donateurs. Et cela commence fort : prôner à tue-tête la valeur travail alors que celui-ci est non seulement rare, mais ne paie pas, est un rien malsain ! C’est pour cela que Wauquiez fait de la politique : c’est bien plus gratifiant, bien plus rémunérateur.

Dans une lente dérive droitière initiée par son nouveau maître Nicolas Sarkozy, Wauquiez se lâche. Son crédo ? Les protections sociales, l’assistanat, et… les étrangers. De son fauteuil de notable institutionnel, il juge les chômeurs, les précaires, toute cette plèbe grouillante qualifiée sans ambages de «cancer de la société», jusqu’aux malades de ne pas agir en «responsables» en bénéficiant d’arrêts de maladie. Cela donne des déclarations comme : «Aujourd’hui, un couple qui est au RSA, en cumulant les différents systèmes de minima sociaux (sic), peut gagner plus qu’un couple dans lequel il y a une personne qui travaille au Smic». Mais bien sûr… Mais qui de censé peut croire une telle contre-vérité ?

Cela donne aussi quelques propositions ignobles visant à faire travailler gratuitement les chômeurs et quelques saillies écoeurantes sur les étrangers profiteurs «de nos différents outils de solidarité». Tout un discours qui, à l’image de la stratégie de Nicolas Sarkozy en 2007, se révèle être un pâle copié-collé du parti de l’extrême droite.

En 2014, alors ministre des Affaires européennes, Wauquiez est même allé jusqu’à vanter l’inverse des concepts traditionnels de la droite républicaine : protectionnisme, sortie de Schengen, retour d’une Europe à 6, etc. On est loin du modèle libéral qui guide l’UMP d’alors, mais tout près des thématiques préférées du front national. Jacques Barrot, qui a suivi ses premiers pas en politique, a même fini par dénoncer le «populisme» de son poulain.

Il y a cependant une forme de cohérence dans l’action de Laurent Wauquiez : c’est la surenchère perpétuelle. Il faut toujours aller plus loin, frapper plus fort. Peut-être est-ce une manière de faire allégeance à son maître, à la manière de Pitivier dans la 7ème compagnie. «Pour nager comme vous chef, c’est comme ça les mains ? »

Et plus c’est gros, plus ça passe… La dernière en date est son souhait de voir enfermé préventivement l’ensemble des personnes fichées «S» dans un «Guantanamo» à la française. Sur quelles bases ? Wauquiez n’en a cure. Tous en zonzon. Sur les 22.000 fiches actuelles, il y a pour une large part la mouvance islamique, mais il y a aussi des zadistes, des militants politiques et activistes pas forcément extrémistes, des syndicalistes, des altermondialistes, des supporters de foot… Mais dans sa grande mansuétude, Laurent-le-Sage nous rassure aussitôt : ils ne seront pas torturés. C’est toujours cela de gagné.

Pour un personnage qui vit aux crochets de la société, fustiger d’assistanat serait presque drôle. Ce qui l’est moins, c’est le rôle qu’il peut jouer dans la région s’il en prenait la présidence. La présence sur la liste d’intégristes catholiques en position éligible en dit long sur les hautes valeurs morales de Laurent Wauquiez. Il confirme, s’il en était besoin, son attachement viscéral pour les mouvements proches de l’extrême-droite qui ignorent les valeurs humanistes et laïques fondant l’identité de la république. Cette capacité à l’agitation perpétuelle, à sur-réagir en permanence à l’actualité, à agiter les peurs et à désigner ouvertement les responsables de la crise actuelle parmi les plus défavorisés de la société en font un personnage réellement dangereux, à la lubie mystique, à l’outrance «Trumpesque», à l’image du clan du FN. Une gangrène qui pourrit en profondeur la vie publique.

De grâce, ne remettez pas sur le devant de la scène la clique qu’on a chassé il y a maintenant 3 ans. Pas mal de régions restent gagnables. Je supplie la gauche boudeuse de ne pas laisser autrui décider à sa place et d’aller voter, de faire barrage à Pecresse, Sauvadet, Morin, etc. On aura déjà Bertrand et Estrosi. Ca suffit, le quota est atteint. En Rhône-Alpes-Auvergne, en votant Jean-Jack Queyranne, on votera doublement contre les idées tordues et nauséabondes de Wauquiez et des fachos du FN, et on s’évitera quelques années de galère : on a tous vu la capacité des républicains à respecter les règles (Bygmalion), et la manière dont la France et l’UMP ont été gérée en période sarkozyste… Aux urnes citoyens !

Une dernière pour la route : Wauquiez a annoncé vouloir fermer les «formations fantaisistes» comme celles des métiers du cirque et des marionnettistes. Dans le pays de Guignol – une institution – c’est à peu près tout sauf intelligent, à l’image du reste. Mais le Mickey n’en a pas besoin : comme clown, il est déjà diplômé.

Et ça, il le fait plutôt très bien. mais ce ne sont pas des qualités requises pour être président de région.

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Et maintenant, c’est mieux ?

Le premier tour de scrutin pour les régionales a livré son verdict. Si la raclée tant attendue en terme de pourcentage global est moins sévère qu’annoncée, les conséquences sont cependant des plus graves : au train ou vont les choses, la gauche va être durablement absente de pas mal d’hémicycles régionaux. Pire encore : non content de ne pouvoir voter pour ses couleurs, pour éviter la peste brune, il va falloir glisser dans l’urne le bulletin de ceux qui ont opprimé durablement les français d’une manière des plus cyniques.

Maréchal nous voilà...On a tous une part de responsabilité dans cette nouvelle affaire. C’est bien une déception de plus, une de celle qui laisse des traces et grave profondément le cuir, dont le «mérite» revient d’abord aux responsables politiques. En se parant des atours d’une vertu qui n’existe guère en la matière, le peuple de gauche a cru – certes naïvement, mais comment pouvait-il en être autrement vu la bande de mafieux au pouvoir avant 2012 – qu’il était possible d’être plus proche des gens et de leurs préoccupations du quotidien. Tout n’est pas à jeter dans ce qu’ont réalisé les gouvernements Hollande successifs. Mais les gens, à raison, n’ont retenu que les reculades et les renoncements successifs. Ils ont oublié le détricotage de lois scélérates et l’héritage du gouffre économique et sociétal laissé par les sarkolâtres. Ils n’ont retenu que le chômage galopant et les lois Macron qui promouvaient des mesures que même la droite n’avait jamais osé mettre en œuvre. Ce n’est pas ce que le peuple de gauche attendait. Ce n’était pas faute de le lui rappeler : toutes les échéances électorales depuis 2012 ont sonné comme un cinglant rappel à l’ordre. Et puis rien…

Cela état dit, les politiques ne sont pas seuls. Electeurs et abstentionnistes participent largement à cette danse désormais macabre pour les 2 grands partis institutionnels. Dimanche, ce sont 6 millions de bulletins bruns relevés dans les urnes qui croient plus que jamais que le FN va les considérer autrement que comme des jambons. A les entendre, il n’y aura désormais plus de cambriolages, plus de gros-mots proférés, plus de chômage, plus d’attentats, plus d’immigrés aussi. Demain, tous les problèmes, comme par miracle, vont s’envoler. J’aimerai juste savoir avec quel programme. Coté économique, c’est le néant cosmique. Côté sociétal par contre, il risque bien d’y avoir du changement, et même pour des bien français. A opposer les gens en permanence en fonction de leur couleur, de leur religion, de leur activité associative, le climat ne risque pas de s’apaiser… 6 millions y croient. Ils risquent d’attendre…

Reste les abstentionnistes, tous ces déçus, essentiellement de gauche, qui ont boudé les urnes. Ils clament haut et fort que le PS est devenu une composante de la droite en reprenant à son compte l’idéologie néo-libérale, en renonçant à la justice sociale la plus élémentaire et les grands principes égalitaires. Ce n’est pas faux, il faut bien le reconnaître. J’ai moi-aussi mangé mon chapeau plus d’une fois. Mais renoncer à s’exprimer est un caprice qui coûte très cher. Au moins le gouvernement d’Hollande évitait certains excès. Cette gauche boudeuse a-t-elle si vite oublié les funestes années Sarkozy et les attaques permanentes contre les petites gens au profit des Bolloré et Tapie ? Vraiment ? C’était mieux alors ?

Maintenant, on y est. Et on fait quoi ? La gauche, parti socialiste et tout le reste avec, est désintégrée, et on a devant nous la peste et le choléra. Se rend-on bien compte de la situation ? Pour qui veut remplir son devoir de citoyen, il faut choisir entre Maréchal-Nous-Voilà et Christian Estrosi, dont on peine à savoir qui est le modèle de qui. Il faut désigner Xavier Bertrand ou la maquerelle mère dont les programmes sont un pâle copier-coller l’un de l’autre. On combattait les fachos et la droite dure, et il faut désormais choisir l’un pour éviter l’autre ? On continue les gars ? Voilà le résultat de cette abstention stupide. Je vais finir par être désagréable et sortir la boite à calottes tant la bêtise a dominé ce dimanche. Ce n était peut-être pas terrible jusque là, mais maintenant, vous sentez vous bien ?

Je suis entré en guerre. Et je me sens un peu seul.

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Il faut aller voter

Me voila revenu au point de départ, un certain 7 janvier. Comme alors, égaré par la peine, j’ai été jusque-là incapable d’écrire et de bouger, à me demander comment en est-on arrivé là, et comment sera demain. Mon copain, coéquipier de foot et lointain collègue Olivier Vernadal n’y pense plus. Il est désormais assis à coté de Charb, Wolinsky, Tignous, Cabu et tous les autres de Charlie, tous fauchés par les mêmes balles imbéciles, à siroter sur son nuage quelques breuvages célestes comme on le faisait lors de mémorables 3èmes mi-temps. Salut mon pote. Je suis sûr que là où tu es, tu ne croiseras pas de tarés dégénérés.

Mais il faut continuer d’avancer. C’est un crédo très libéral : on ne peut qu’avancer. Envers et contre tout. Reste simplement de savoir dans quelle direction. Et ici bas avec l’état d’urgence, ce n’est pas simple. Nos libertés fondamentales, elles, reculent nettement. La situation l’exige certainement, mais la mesure semble déjà promise à durer au delà des 3 mois actuels. De là à devenir la nouvelle norme, il y a un petit pas que certains, notamment à droite et juste après, franchissent allègrement.

Toujours avancer. Si je me réfère à la COP21 en cours de négociation, je ne vois pas de début du commencement de l’ébauche d’une solution pour limiter l’emprise des activités humaines sur le climat. Les beaux discours d’intention sont bien loin, l’individualisme primaire et l’esprit d’entreprise si cher à l’idéologie libérale a naturellement refait surface : c’est aux autres à faire l’effort. Comme toujours, c’est une affaire de gros sous. L’enfumage ne recouvre pas seulement les villes chinoises. Nos enfants et leur descendance apprécieront.

Votez, ou taisez-vous !Mais aujourd’hui, il est temps de s’exprimer. C’est un peu paradoxal pour moi d’en parler car j’étais il y a peu à deux doigts de déchirer ma carte d’électeur. C’est vrai qu’il a fallu avaler de nombreuses couleuvres depuis mai 2012 et certaines bien dodues. Mais à y regarder de plus près, on a plutôt échappé au pire. On a déjà vu à l’oeuvre la droite dure sarkozyste : verbe haut, et main basse dans la caisse. D’ailleurs, elle n’a toujours pas compris les raisons de son éviction en 2012 et réclame vengeance à chacune de ses sorties politiques. Elle n’a pas de programme, juste une irrépressible envie de laver cet affront, comme si Hollande avait commis un crime de lèse-majesté. C’est un peu glauque de parer tout cela dans l’«intérêt général».

Et pour ce qui concerne le Front National, je n’ai aucune envie de le voir à l’oeuvre. Je n’y étais pas mais les livres m’ont appris qu’en juillet 1932, las des crises à répétitions, les allemands ont donné les clefs du pays au NSDAP (le parti nazi) qui ne les a plus lâché jusqu’à la fin que l’on connaît tous. Personne n’arrivait à résoudre les problèmes du moment, alors les allemands ont essayé autre chose. Peut-être n’avaient-ils pas de références historiques analogues d’un parti raciste, xénophobe et manipulateur. Aujourd’hui nous les avons et nous pouvons nous en préserver.

Hélas, surfant sur la vague, la droite «classique» dérive dangereusement vers l’extrême. En région Rhône-Alpes-Auvergne, c’est Wauquiez qui monte en première ligne. Grand pourfendeur de l’assistanat, lui qui n’a jamais travaillé une seule heure de sa vie, réduit aux subsides généreux de l’Etat comme parlementaire professionnel, je ne sais que trop ce que deviendrait la région sous sa présidence. Ce qu’il est (agité et sanguin comme son mentor), ce qu’il promet (guère différent du FN), ce qu’il sait du chômage (et comment il va le résoudre) fait peur. Vous peinez à distinguer la différence entre gauche et droite ? Vous n’aurez guère de temps à attendre pour vous en rendre compte. Mais ce sera trop tard.

La région avec Jean-Jack Queyranne a été bien gérée. Vouloir en changer la couleur juste parce son président actuel est socialiste est incongru alors qu’avec son équipe il a fait le job. Il n’est en rien responsable de la crise et des difficultés du pays, et le sanctionner ne servirait à rien. Ailleurs en France, la situation n’est pas différente. Bien avant 2012, le pays devait faire face à d’immenses difficultés, avec des choix de société à faire dans un espace ambivalent de liberté et sécurité où chacun doit se sentir protégé. Si les mesures à solution immédiate existaient, comme l’affirment actuellement le FN et les Républicains, ça se saurait. Aujourd’hui, le FN n’a aucune solution sociétale valable. A côté, les Républicains sont trop revanchards pour avoir un projet cohérent.

Je ne voulais pas le faire, mais j’irais voter dimanche, à la première heure pour le Parti Socialiste. A quoi bon me diront les plus sceptiques ? Pour éviter l’agitation d’avant 2012 qui a ébranlé notre modèle social plus qu’on le croit, qui a compromis le vivre-ensemble et certaines notions liées à la solidarité, qui nous a individuellement fait tant de mal. Je comprends l’amertume du peuple de gauche. Mais s’abstenir n’est pas la solution. C’est rester passif, c’est laisser le voisin décider, et il peut être brun. C’est surtout se priver ensuite de parole. Face à la menace, on en a bigrement besoin.

Quand on s’abstient de voter, on s’abstient aussi de critiquer ensuite.

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Le prix du silence

Il fallait bien que cela arrive : le 1er tour des élections municipales laissent un sacré goût d’inachevé. Un tel résultat n’était plus arrivé depuis 2007. L’UMP pavoise, le FN exulte, le PS minimise, et le reste de la gauche critique. C’est de bonne guerre. Cette droite revancharde et sans retenue, toute à sa joie d’avoir enfin un peu de lumière après toutes ces sales affaires, devrait cependant se garder de trop de triomphalisme : on n’est qu’à la mi-temps du match. Le bon sens paysan ne le sait que trop : c’est à la fin du marché qu’on compte les bouses. Pas avant. Mais là, ça ne sent pas bon…

Ce qui arrive n’est pas une surprise. L’UMP a martelé que voter pour un candidat socialiste, c’était voter pour Hollande. Le FN a brandi son unique slogan habituel et éculé sur l’UMPS et le «tous pourris». Et l’électeur moyen, fatigué par la bagarre continuelle des égos des personnalités politiques sur un lit d’affaires nauséabondes où se brassent des sommes absolument folles et hors de toutes proportions dignes, a préféré rester chez lui en soupirant «à quoi bon ? »

Allez voter, bordel...D’un autre côté, toute consultation électorale de mi-mandat présidentiel porte traditionnellement un message de sanction. En 2008, ce fut une vague rose d’une bien autre ampleur dont la conséquence alors invisible fut le retournement ultérieur du Sénat pourtant conçu pour ne jamais bouger… Depuis l’élection de Hollande, la population n’a pas perçu le changement annoncé parce les situations individuelles, globalement, n’ont pas évolué. Et pourtant, bien du chemin a été fait, déjà pour défaire nombre de lois iniques du quinquennat précédent, sans que cela marque nécessairement le quotidien.

Il ne faut surtout pas oublier que dans un espace libéral mondialisé qui est celui de notre planète, le gouvernement de la France n’a que peu de prise sur les questions économiques et surtout sociales sans tomber sous les foudres du FMI, de l’OMC et des agences de notation. Toute mesure qualifiée d’un peu «sociale» serait immédiatement sanctionnée par des organisations supra-nationales et se solderait par des amendes colossales, voire par un abaissement de note dont l’effet immédiat, via les taux d’intérêts serait d’augmenter d’un coup la dette du pays, donc le déficit de quelques milliards…

Sanctionner les listes socialistes sortantes avec le prétexte qu’il faut sanctionner Hollande est stupide parce qu’au delà de l’étiquette, le maire est la personnalité politique la plus proche des habitants et de leurs préoccupations, il apporte souvent des réponses concrètes qui dépassent les simples étiquettes des partis. Ce 23 mars, les maires socialistes n’ont été battus que par les abstentionnistes et par la montée de l’intolérance brunâtre.

Dans les communes où le FN va faire la loi, c’est sûr, il y aura du changement. Mais pas celui qu’on imagine. Les méthodes Buisson, on ne les connaît que trop : écoutes, surveillance, intimidations, comme naguère déjà à Orange et Carpentras. Qu’ils ne s’étonnent pas de l’arrêt des subventions au club de foot, parce qu’il y joue un peu trop de gamins basanés, à la MJC parce que c’est un repaire de gauchistes. Qu’ils ne soient pas surpris qu’on retire certains ouvrages des bibliothèques, qu’on ferme le local de planning familial sous de fallacieux motifs… L’argent public va désormais enrichir un peu plus la famille Le Pen et donner des moyens de diffusion hors norme à une idéologie mortifère. Que les habitants se rappellent bien du jour où le loup est entré dans la bergerie. Parce que pour l’en chasser, les moyens démocratiques risquent de ne pas suffirent.

Il y aura un second tour. Voter est un droit arraché par nos aïeux au prix des larmes et du sang. Il est surtout un devoir absolu. Le silence des abstentionnistes coûte très cher à la gauche et au pays tout entier : en renonçant, la gauche a contribué indirectement à la percée des fachos. Il n’est désormais que question de limiter les dégâts au prix d’un retour massif à l’isoloir. Perdu pour perdu, autant faire barrage à la vermine partout ou le risque existe, même s’il faut contribuer à élire une liste UMP, même si l’UMP n’en fera pas autant…

Dimanche, de grâce, votez, ou taisez-vous à jamais.

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Voter FN, c’est approuver les méthodes Buisson

Il y aurait de quoi écrire des centaines de pages sur la crise politique que traverse la droite qui se dit encore républicaine. Mais je ne vais pas perdre mon temps pour expliquer des évidences tant elles sautent aux yeux au moment de devoir se prononcer sur ceux qui vont diriger nos cités pour les 5 prochaines années.

Dans cette affaire des enregistrements, les seules questions qui m’intéressent sont de savoir à qui profite le crime, qui va bénéficier au final de cet épisode ? D’aucuns y voient une manœuvre de l’ex-président Sarkozy, qui a démontré depuis longtemps ses capacités à surnager dans les coups les plus tordus et à inverser avantageusement la perception de certaines affaires pour apparaître en victime et finalement en sauveur….

Sarkozy, Buisson, tous pourris !Malgré cette posture pour des actes accomplis visiblement dans le dos de l’ex-président, ce qui reste cependant à démontrer, je rappellerais tout de même que c’est Sarkozy tout seul qui a appelé Patrick Buisson à ses côtés en tant que conseiller spécial, pour droitiser son discours, pour radicaliser ses positions et chasser sur les terres extrêmes… Il a ignoré tous les avertissements concernant ce personnage déjà controversé, même ceux venus de son propre camp. Parce que, outre son idéologie inhumaine, cet oiseau est connu pour tenir un discours pour le moins puant et être un habitué de l’enregistrement en douce dans la rédaction d’un torchon d’extreme-droite. Jouer ensuite les vierges effarouchées devant les faits est autant scandaleux que les enregistrements eux-mêmes, surtout quand on est président. Encore un expérimenté donneur de leçon qui s’est fait avoir comme un bleu. Et dire que son camp traite la gauche d’amateurs…

L’autre point important est le contenu de ces enregistrements. Ici, on n’apprend finalement pas grand chose qu’on ne savait pas déjà : un exercice du pouvoir brutal, paranoïaque, dénué de tout respect d’autrui, empreint de manipulation, de grossièreté, considérant le pays comme un simple support pour mener ses petites affaires et régler quelques comptes personnels. On dirait un film de série B relatant le parcours d’un boss d’une mafia quelconque, entouré de ses vassaux et quelques porte-flingues… Sarkozy victime ? Impossible de m’y résoudre.

Le coup est cependant rude pour l’ensemble de la classe politique. Le «tous pourri» va sûrement amener beaucoup d’eau au moulin du Front National. Seulement voilà : que ceux qui sont tentés par un bulletin FN aux prochaines élections municipales comme sanction d’un espace naturellement imparfait se rendent bien compte à qui ils donnent les clefs. Voter FN, c’est approuver les méthodes Buissson. Ce sinistre personnage vient de son sein et a appliqué ce qu’il y a appris. Le FN n’est pas républicain, le FN est la négation de la démocratie. Il enregistre, manipule, discrimine, exclut… D’ailleurs toutes les municipalités dirigées par le FN par le passé ont été balayées en raison d’un affairisme et d’une corruption exacerbée.

Coté UMP, les donneurs de leçons ont montré toutes leurs aptitudes en matière de gestion. Comptes de campagne retoqués, argent envolé, sans compter leurs exploits lors du dernier quinquennat : 600 milliards de déficit… et une constance à s’affranchir des règles qui fondent une société. Bel exemple de compétence. Et ces gens veulent revenir au pouvoir sans déontologie, sans aucun programme, en utilisant le seul bashing comme argument ?

Finalement, j’irai à nouveau voter rose alors qu’il y a peu encore, j’étais prêt à déchirer ma carte d’électeur. Je peste souvent contre certaines mesures et face à la lenteur du redressement. Mais petit à petit, les choses commencent à bouger… J’ai entendu ce matin un chiffre encourageant concernant le taux de chômage.

Franchement, on n’est pas si mal. Rappelons-nous d’où l’on vient.

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En tirer une leçon

Parmi les dates noires qui me viennent à l’esprit ce matin, il y a le 21 avril. Elle constituait le premier tournant majeur bouleversant le paysage politique français. Il y aura désormais aussi le 13 octobre. A Brignoles dans le Var, un candidat se réclamant du Front National a battu le candidat UMP après avoir éliminé celui du PS, reléguant à l’état de mythe un front républicain artificiel que seul le peuple de gauche faisait vivre.

Las des turpitudes du moment, enclin à sanctionner son camp, il a boudé les urnes, et une nouvelle page d’histoire vient de s’écrire. Je veux un peu relativiser l’événement. Il s’agit d’un scrutin cantonal, l’élection où l’on choisit les cantonniers… Et l’élu, avec 45 % de taux de participation, sur une terre particulièrement propice, ira siéger dans une assemblée moribonde parce que l’échelon départemental sera amené tôt ou tard à être avalé par les régions. En tout cas, on est loin du plébiscite, du vote d’adhésion, de l’enracinement vanté par les responsables nationaux du FN, illuminés et éblouis comme des papillons de nuit par tant de lumière.

brignolesLe coup est cependant sérieux, et on ne peut pas vraiment dire qu’on ne l’a pas vu venir. A force de ne pas répondre aux questions, d’éluder les problèmes, de céder aux pigeons, moineaux, canaris, vautours et autres pensionnaires du CAC40, la sanction est cinglante. Evidemment, dans un monde à l’économie globalisée, sous la contrainte des argentiers surpuissants, il est difficile d’avancer tout seul. Je peux comprendre qu’il faille du temps, beaucoup de temps pour défaire tout ce qui a été entrepris depuis des années pour entraver les solidarités et faire sauter les protections des moins favorisés. J’excuse même certaines promesses qu’on entend invariablement pendant les campagne électorales et dont on sait qu’elles ne seront suivies d’aucune action. C’est le jeu, et tous les camps en présence se livrent de la sorte à la surenchère, même et surtout le Front National. Mais quand même…

Il y a peu, je me suis laissé aller à exprimer ma lassitude, en évoquant notamment mon possible renoncement à passer par les urnes lors des prochains scrutins. A quoi bon ? Donner sa voix pour quoi ? Aujourd’hui, je me sens presque déjà coupable de ce qui arrive parce que très vraisemblablement, beaucoup de gens à Brignoles ont pensé et agi comme je m’apprêtais à le faire demain. Et voilà le résultat. Rien à voir donc, avec un quelquonque vote d’adhésion.

Une chose est sûre : la période de crise permanente et savamment entretenue rend la situation tendue. Le capitalisme est en train de tordre le monde, engendrant dans tous les courants de pensée une radicalité effrayante qui se matérialise par le développement des extrêmes comme le fondamentalisme, le communautarisme. Leur point commun : le repli sur soi, la peur de l’autre, et surtout l’illusion érigée en principe absolu. «Le chômage, l’injustice et les magouilles attisent la haine» rappelle justement El Camino.

Non, le FN n’a pas plus de solutions qu’en ont les socialistes qui font ce que la «Word Company» leur permet de faire à la tête du pays. Non, le FN ne vaut pas mieux que l’UMP, qui prépare déjà les sujets décompléxés pour 2017 comme «la lutte contre l’assistanat et contre le tout gratuit» cher à François Fillon. Oui, le FN est un parti qui promeut des valeurs qui ne sont pas celles de la France des droits de l’homme, qui sont la négation même de l’homme et de l’esprit de liberté. Il se fout bien de la classe ouvrière et des chômeurs. Il en a juste besoin pour obtenir le pouvoir. Ni plus, ni moins, comme un certain Nicolas S. Ensuite, cette fois, ce sera les larmes, puis le sang…

Je ne tente pas de convaincre les frontistes et la nébuleuse qui gravite autour. C’est inutile. Il suffit juste de ne pas se détourner de la chose publique, de l’entretenir à défaut d’y adhérer pleinement, en allant voter malgré les déceptions. C’est suffisant pour faire barrage aux idées nauséabondes. De cette percée, il y a une leçon importante à tirer : ne laissons pas à d’autres le soin de choisir pour nous. Aux râleurs patentés mais jamais dans la rue pour manifester quand il est nécessaire, je dis juste que notre destin est entre nos mains. Si les femmes et hommes en place ne conviennent pas, s’ils oublient leur mission de représentation et le mandat qui leur est confié, il est toujours possible de s’engager soi-même, de porter les idées, de les expliquer, de les argumenter, mais toujours avec le respect des autres et l’esprit républicain.

Dans une démocratie comme la nôtre, le pouvoir n’est finalement que concédé. Même avant le terme du mandat, il est toujours possible de le sanctionner. Il faut certes une mobilisation d’ampleur pour arriver à un tel résultat, et il est arrivé que le bruit de la rue en fasse renoncer quelques-uns. Sachez seulement qu’avec le FN, la donne risque de changer. En mars 1933, un pays d’Europe s’est laissé aller à la facilité en portant par les urnes un parti d’extreme droite au pouvoir. Le nouveau chancelier d’alors n’a mis que 6 mois pour suspendre toutes les libertés individuelles et d’expression… On est d’accord ?

Cessons de jouer avec le feu, et rappelons-nous bien d’où l’on revient.

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Un bras ou un doigt ?

Plus un seul chroniqueur politique n’hésite : la campagne pour 2017 est véritablement lancée à droite. En fait, c’est devenu un état quasi permanent, depuis que certains y pensent tous les matin en se rasant. Il n’y a plus guère de périodes qui échappent à l’agitation, avec en toile de fond, les échéances électorales majeures. C’est d’ailleurs l’unique sujet où le monde politique fait preuve de sa capacité à développer une vue à long terme. La gestion du pays et les questions économiques et sociales n’ont pas droit à ce traitement.

Cet état de chose est un rien pénible car il pollue totalement le débat. L’intérêt général tant invoqué, vanté, glorifié comme moteur de l’action politique est tout bonnement relégué loin, très loin derrière les égos et les ambitions personnelles démesurées. Ce n’est guère une surprise. Le vrai changement, c’est que les protagonistes ne s’en cachent même plus. En l’occurrence, en rajoutant une couche sur son ancien maître, François Fillon ne fait que suivre la méthode du Lider Minimo qui prônait, dès la prise de la place Beauvau en 2002, le besoin de rupture avec la politique mené par sa propre famille politique. Brûler ses idoles est une mode qui ne passera pas de sitôt.

Sarkozy Fillon copains comme...Ainsi, que Fillon monte au créneau n’est guère étonnant : il lui faut occuper la scène. Et il n’y va pas avec le dos de la cuillère : «quand on perd une élection, il est impossible de dire qu’on a fait une bonne campagne (…) On a le devoir d’en analyser les raisons. On est obligé de se remettre en cause, sinon, c’est un bras d’honneur aux Français.» Sur le coup, je ne peux pas lui donner tort. Mais j’aimerai bien prolonger l’allégorie. Le bras, au lendemain d’une décision de non-lieu pour une affaire qui fleure si bon l’escroquerie institutionnelle, s’est mu pour un grand nombre de français en un gigantesque doigt qu’il faudra endurer toujours et encore pendant que le parrain fait du fric. Sarkozy se tait, mais reste omniprésent, et son majeur, un rien vengeur contre cette plèbe ignare, s’élève de plus en plus et plane au dessus de nos têtes.

Dans ce contexte de guerre fratricide à la tête de l’UMP, le gouvernement ne profite guère de ce désordre. L’héritage laissé est lourd pour François Hollande, et de la difficulté à réaliser le changement attendu par le peuple de gauche naît une incompréhension, voire une hostilité dont le Front National fait son miel, lui aussi en silence. A mon sens, l’adhésion grandissante au FN dans le pays relève plus de l’approche «décomplexée» répétée de quelques sujets chauds de notre société. En conférant à ses thèses une image plutôt respectable, notamment lors des multiples tentatives de siphonnage, l’état d’esprit d’un partie de la population a évolué par l’altération, voire la chute des barrières naturelles et de valeurs humanistes. Certaines discussions, entendues ça et là, d’un racisme glaçant, étaient impensables, il y a 10 ans… La déception n’excuse pas tout.

Sarkozy le sait et l’exprime tout les jours dans un rictus nerveux. Il est le grand responsable de cette dislocation, en plus d’avoir mis le pays par terre, vidé le coffre, fait voter des lois sur mesure pour protéger ses amis mafieux, monté la population l’une contre l’autre, allant jusqu’à criminaliser les plus démunis et ceux qui leur viennent en aide. Les étrangers n’ont qu’à crever en mer, et Mamie Zinzin de donner sans broncher son pognon. Et François Fillon, avec son ton condescendant coutumier, y a sa part. Le bras d’honneur, doublé du doigt, auront été permanent durant son ministère.

Pensez-y bien avant de glisser un bulletin de vote UMP ou FN dans l’enveloppe si la tentation vous prenait. Bien sûr, la gauche est décevante, mais est-ce vraiment suffisant pour laisser le manche à la maquerelle brunâtre ou au nouveau calife qui veut être calife à la place du calife ?

Rappelez-vous un seul instant d’où l’on vient.

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Mais qui est la truie ?

Cela n’aura échappé à personne : le grand barnum lié à chaque échéance électorale s’est brusquement mis en branle. Il suffit de pousser un peu en s’appuyant sur un fait d’actualité quelconque, dramatique et prévisible pour que les lignes se mettent à bouger dans tous les sens. En l’occurrence, la vague produite apporte au Front National le matériau nécessaire à sa possible implantation dans de nombreuses mairies en mars prochain. D’ailleurs, la seule faiblesse de l’événement tient au prénom du voleur occis. Imaginez un seul instant que le passager du scooter s’appelle, au hasard, Mouloud… Je vous laisse imaginer la suite.

Mais qui est cette jolie petite truie lepeniste ?Cette suite, malgré tout, se dessine de plus en plus nettement. Alors que ce qui reste de l’UMP est en plein débat pour savoir quel jour sera célébré ses funérailles, Marine Le Pen, presque sans bruit, prépare son inéluctable passage à la lumière. Mais pas sans s’agiter, surtout quand il est question d’image. C’est ainsi qu’un blogueur s’est vu signifier une convocation au tribunal pour «injure publique» à l’encontre de la taulière du FN pour avoir, sans citer quiconque nommément, parlé de «truie lepeniste» dans un billet d’avril 2013.

Le blogueur n’est pas n’importe lequel. C’est un pote. Co-fondateur des LeftBlogs, très actif dans la blogosphère, Ronald a été un pilier dans la campagne numérique pour mettre hors d’état de nuire l’ancien locataire de l’Elysée. Il s’exprime sur son blog et ailleurs avec une gouaille caractéristique, une analyse juste, souvent sévère, avec parfois cet excès nécessaire parce que les sujets évoqués sont graves et structurent notre société. Parce qu’aussi, les principes républicains de justice, de liberté, d’égalité et de fraternité sont trop souvent bafoués pour rester dans le «politiquement correct». Si la locution «truie lepeniste» était véritablement une injure, elle le serait à l’encontre de la truie, qui peut légitimement trouver ombrage à être associée ainsi à un patronyme aussi peu recommandable.

Ce qui m’interpelle dans cette affaire, c’est qu’une oligarchie fascisante en passe d’arriver aux affaires imprime déjà sa marque en matière de liberté d’expression. Aujourd’hui, c’est un blogueur. Pour un motif des plus futiles. Et demain ? Inutile d’aller plus loin dans l’évocation de ce que pourrait être une république frontiste tant un passé pas si lointain nous l’a montré. Le repli sur soi, le rejet de l’autre, l’auto-défense à l’américaine sont mortifères. Ceux qui ont accepté naguère de telles compromissions ne se sont débarrassés de cette peste que par les armes dans un conflit mondial. Il faudrait veiller à ne pas l’oublier.

La période est tourmentée, et c’est peu de le dire. Tout concoure au chaos, et le FN n’y est pas étranger et pousse ses thèses en silence, mais pas sans résultat. On finit par trouver normal ce racisme désormais décomplexé et ordinaire, tout comme de tirer dans le dos d’un homme, certes braqueur, qui s’enfuit. On soutient très anonymement un fait terriblement tragique mais marginal. On décrie la justice que les gouvernements successifs ont rendu indigente. On fait monter doucement la mayonnaise en entretenant le «tous pouris», en invoquant l’incapacité et le laxisme de la classe politique. La famille Le Pen et les quelques benêts incultes gravitant autour ont beau toiletter l’image du parti pour le rendre plus respectable, il reste, dès qu’on gratte la surface, d’immondes taches brunâtres d’où transpire la puanteur de la mort.

Ronald, tu as mon soutien inconditionnel. Mais tu t’es trompé d’association. Car dans le cochon, tout est bon.

Illustration : affiche de la 12ème Biennale de Lyon,
Biennale d’art contemporain, du 12 septembre au 5 janvier,
Entre-temps… brusquement, et ensuite

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Clause de conscience

La société française est en train d’écrire un nouvelle page de son histoire. Après la légalisation de l’avortement, l’abolition de la peine de mort, un gouvernement se réclamant à gauche va déposer une proposition de loi sur un sujet qui fait débat depuis des décennies, le mariage pour tous, respectant ainsi une promesse de campagne emblématique. C’était inévitable. La droite n’a pas su ou voulu se mettre dans le sens de l’histoire et de l’évolution des choses. La gauche, du moins ceux qui s’en réclament, est en passe de le réaliser. Je dis bravo.

Pour tous, cela veux dire pour tous, quel que soit le sexe. Il s’agit tout simplement, comme Jean-Marc Ayrault l’a rappelé «d’une décision de justice et d’égalité, qui prend acte de l’évolution de notre société». Si le mariage en tant que tel n’est pas un droit, il donne par-contre des droits importants, incontestables, et des protections en cas de décès du conjoint. Le mariage gay, on ne peut s’y opposer aujourd’hui qu’en étant d’une mauvaise foi empreinte de traditionalisme mêlé d’un certain extrémisme religieux. C’est un peu les mêmes d’ailleurs qui soulignent perpétuellement l’attitude quasi primitive de l’Islam et son incapacité d’adapter ses préceptes au monde qui l’entoure…

Agir en conscience : José Bové et les arracheurs d'OGMMais le plus bizarre finalement, c’est cette menace à peine voilée émanant d’élus de la nation, de le pas respecter la Loi si elle venait à être adoptée par la représentation nationale à laquelle la plupart appartient… Une pétition circule. Jacques Bompard, ex FN, en est à l’origine. Il y parle de «la liberté primordiale de ne pas cautionner ce qui ne correspond pas à son éthique» (sic), et demande «l’instauration d’un droit de retrait pour les élus en vertu d’une clause de conscience» (re-sic).

Bigre. Ces gens ne manquent pas d’air. Je vais poser une autre question. Pourrais-je faire valoir cette clause de conscience quand, en conscience, j’irai me livrer à des actes de lutte sur des sujets qui vont à l’encontre de mon éthique, comme par exemple arracher avec quelques copains des plants OGM poussant en plein champs alors que cette pratique est sous moratoire ? Certainement pas ! Le rappel à la Loi, avec sanction sonnante et trébuchante sera immédiate…

Au delà, constater qu’une élite veuille mettre en œuvre une clause de conscience, alors que ces dernières années, elle a prouvé par ses actes qu’elle n’en avait absolument aucune, est truculent au début, puis rapidement écœurant.

Je sens que mon 44 fillette va bientôt être plus efficace qu’une quelconque clause, fût-elle de conscience.

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