Rendez-vous dans la rue

Puisque rien n’a fondamentalement changé ces derniers jours, puisque le projet de loi, dit «travail» porté par un gouvernement dit «de gauche» continue d’être le texte de trop, je serai à nouveau dans la rue ce samedi 9 avril. Bien que peu concerné à priori puisque fonctionnaire d’Etat, du moins à court terme, je ne peux que me mobiliser contre la précarisation du monde du travail et la transformation d’une société aboutissant à l’asservissement systématique du salarié.

Parce qu’en fin de compte, les enjeux sont moins une enième reforme du travail qu’une profonde transformation de la société dans laquelle le système dominant convertirait chaque travailleur en un être d’une souplesse incroyable. Vous avez des souhaits, des besoins, des compétences, des exigences ? Oubliez-les ! Seul le MEDEF sait ce qui est bon pour vous, et surtout pour lui. Ainsi pour vous utiliser, et grâce à un gouvernement socialiste, nul besoin de votre accord, ni même de réfléchir, et encore moins de vous plaindre si votre nouveau Maître ne respectait pas le peu de réglementation qui reste… Et ne parlons pas de salaire, estimez vous juste heureux de travailler un peu, par ci, par là, car la denrée est rare.

Séparation de l'Etat et du MEDEFEt surtout, ne pensez pas qu’il s’agisse d’une caricature. Comme pour la fraude fiscale ou l’ampleur révélée chaque jour qui passe dépasse l’entendement, notre environnement professionnel vire lentement mais sûrement, dans des proportions dont nous peinons à mesurer toutes les conséquences. Dans le même temps, les montants mis au frais dans les paradis fiscaux sont délirants jusqu’à l’écoeurement quand on les mets en perspective des efforts et autres chantages demandés aux salariés dans les différentes mesures de sauvegarde de l’emploi ou de flexibilité exacerbée.

Ainsi, pendant que vous renoncez chaque année à vos droits élémentaires, quand votre salaire est diminué sous de vils prétextes, quand vos protections sociales sont révisées à la baisse et détricotées chaque année davantage, des milliards naviguent au loin pour constituer des sociétés fictives en charge d’évaporer la fortune des puissants au yeux du monde.

Juste un rapide rappel : le déficit de la France s’élevait à 85,7 milliards d’Euros en 2014, et 77,4 en 2015. Pile poil le montant estimé de la fraude fiscale française chaque année. Ce qui voudrait dire que sans voyous financiers, il n’y aurait aucun déficit, ni pour les caisses de retraire, de sécurité sociale et de chômage… Le problème est bien que dans cette très petite minorité qui se livre à ce pillage de fonds publics, on trouve quelques dirigeants politiques mais surtout nombre de sympathisants du MEDEF et de décideurs qui sont à l’origine de lois indignes comme la loi El Khomri. Au train ou vont les choses, l’étape suivante s’appelle le retour à l’esclavage.

Le samedi 9 avril est le moment pour exprimer cette colère sourde et de rappeler quelques vérités fondamentales. Et il y a vraiment besoin de le faire en nombre. Les motifs ne manquent pas. Si seulement toutes les victimes du système que sont les précaires, les chômeurs, ainsi que tout ceux qui se sentent opprimés, brimés ou harcelés par leur hiérarchie, dont les conditions de travail sont détestables, qui font l’objet de chantage à l’emploi, ou qui simplement se sentent mal à l’aise pour se mettre en grève en semaine, si tout ce monde pouvait venir défiler ensemble plutôt que de faire ses courses dans les temples du dieu fric.

Samedi, il n’y a plus d’excuse, on est libre. Pour l’heure, les loups ne gardent pas encore le troupeau. Quand ils seront installés, ce sera nettement plus difficile.

Allons esclave, debout, debout

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Au travail !

Cela devait finir par arriver. Après avoir vu le Parti Socialiste comme parti majoritaire s’éclater en une multitude de courants divers et variés, voilà qu’une partie non négligeable de ses forces vives bruisse. Le projet de Loi de Myriam El Khomri portant réforme du code du travail semble bien être la couleuvre de trop qui finit par briser la fragile allégeance à l’exécutif. En effet, militants, adhérents, secrétaires de section et parlementaires grognent de manière suffisamment significative pour que le recours au 49.3 sur le sujet ressorte de l’ombre, alors même que le texte n’est qu’au stade d’avant-projet.

el-khomri-gattazPour preuve : dans mon entourage «à forte sensibilité de gauche», même les plus ardents défenseurs de la ligne estampillée Valls-Macron semblent embarrassés par la teneur d’un texte dont la raison d’être, outre de régir les contrats de travail, est normalement de protéger la partie la plus faible des outrances propres à la nature humaine. Ce n’est pas le cas. Surtout que ce n’est pas le premier texte dans ce sens. Malgré de belles réalisations, le mandat de François Hollande n’est qu’une suite de reculades et de renoncements incompréhensibles. Que de rendez-vous manqués avec l’Histoire, jusqu’à faire l’inverse des principes et valeurs affirmées lors du fameux discours du Bourget. La lutte des classes, c’est le MEDEF qui l’a gagné, avec la contribution active d’un exécutif de gauche.

J’ai été de ses avocats. C’était jusque là vraiment facile de justifier les actions des gouvernements Hollande tant celles menées par le président précédent avaient été dures et brutales pour les petites gens et les précaires. On avait beau se dire que sous une nouvelle présidence de Sarkozy, débarrassé du besoin de popularité pour être réélu, les choses auraient été encore pires. C’est indéniable tant sa nature complexée est mue par un esprit de vengeance et de rancoeur maladives : ces salauds de pauvres doivent payer. Mais la réalité est aussi que cette gauche m’a fait me pincer le nez de plus en plus souvent, de plus en plus fort, évitant d’en parler ici tant les arguments me manquaient.

On va évidemment ressortir tous les poncifs à la mode, sur l’impossibilité des réformer, sur l’immobilisme maladif du français moyen, peu au fait des impératifs économiques dans un espace mondialisé. « Ne rien changer, c’est nous condamner » s’exclame Manuel Valls. Il n’a pas tort. Mais le problème n’est pas le fait de changer, c’est le contenu du changement qui pose problème. Cela me rappelle la campagne de désinformation qui a accompagné le référendum français de 2005 portant approbation du traité établissant une constitution pour l’Europe. Le «non» qui émergeait a été présenté comme un «non» à l’Europe, en l’imageant sur les conséquences surréalistes d’un tel refus. Or les électeurs ont répondu à la question posée en regard du texte : ils étaient européens convaincus, mais ils ont logiquement repoussé un texte technocratique où le citoyen et la démocratie étaient absents. Oui au changement, mais pas n’importe comment.

On est au même point. Le code du travail a certainement besoin d’être revu, mais pas sous la dictée exclusive de Pierre Gattaz qui obtient pour ses congénères au-delà de ses fantasmes les plus fous sans même avoir à le demander. Joli message envoyé aux chômeurs qui sont désormais à la merci des conséquences de la renégociation en cours des modalités d’assurance chômage. Vous comprenez, les déficits sont abyssaux, les assistés doivent aussi payer. Sauf qu’ils vont payer seuls.

Seulement, si tous ces gens importants contribuaient selon leurs moyens comme le font le commun des mortels, si la fraude fiscale, estimée entre 60 et 80 milliards d’euros par an en fourchette basse, était réduite juste des deux tiers, il n’y aurait plus de déficit,on ne parlerait plus du trou de la sécurité sociale, des caisse de retraite et du chômage… Qu’est ce qu’on attend pour réformer le système fiscal comme promis ?

Je suis stupide, on a déjà renoncé.

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Sarkozy, Blatter, même combat

Quand on croise une célébrité, surtout quand elle est issue du monde politique ou des affaires, dans les couloirs d’un palais de justice, le sourire de façade dissimule souvent mal la tension, ce qui ne l’empêche nullement d’asséner avec conviction l’invariable «je suis serein, le dossier est vide, et j’ai confiance en la justice»… Parce qu’on ne s’aventure en ces lieux que forcé. A l’évidence, cet endroit est assez mal adapté pour y passer un moment de détente, pour y déambuler en sifflotant l’esprit léger. Si leur présence est requise, c’est bien souvent suite à des faits suffisamment tangibles susceptibles de porter atteinte aux règles régissant le vivre ensemble, et qui fondent notre belle, grande et harmonieuse société. Ensuite la justice passe. Elle juge et se prononce. Ou pas.

Il faut cependant reconnaître que dans cet ensemble idyllique, il reste des individus qui traversent l’espace de manière atypique en nourrissant la gazette judiciaire de grandes histoires, de procès retentissants, et de décisions souvent déconcertantes. Lequel des deux est le plus filou, lequel des 2 sera condanné en premier ?Concernant le monde politique et des affaires, c’est le moins que je puisse dire. C’est un peu ainsi que je perçois le verdict que vont prononcer les juges bordelais dans l’affaire Bettencourt. Vraisemblablement, une partie de la nébuleuse entourant la richissime héritière sera condamnée pour avoir profité de son incapacité en raison d’une maladie invalidante… Dépouiller une infirme ! Quels personnages ! J’aime cette grandeur d’âme, cet état-d’esprit. Dire ce certains ensuite se présentent ensuite devant les caméras de télévision clamer leur sens du sacrifice pour le pays et leur foi dans l’intérêt général !

En fait, ce n’est pas tant le verdict que la population mise en cause qui me pose problème. Les quelques margoulins pris par la patrouille sont incontestablement d’abjects personnages, des escrocs professionnels. Mais le principal bénéficiaire, celui par lequel tout s’est fait jour ne figure même pas au rang des prévenus. S’il n’y est pas, c’est que la justice l’a blanchit, pour vice de forme, en non sur le fond, qui n’a donc jamais pu être vraiment examiné. C’est fini, enterré. Bien joué Bismuth.

Il y avait déjà le «responsable mais pas coupable», on est désormais passé à autre chose, au «je suis en plein dedans et en plein jour, mais vous fatiguez pas, je suis intouchable» avec un posture habile de victime faisant face à un acharnement maladif. Un peu comme Sepp Blatter, autre président omnipotent, grand mamamouchi d’une association à but non lucratif, qui trempe dans toutes les magouilles et à l’échelle planétaire, qui achète qui et ce qu’il veut au su et au vu du monde entier, à faire pâlir les pires mafias et voit tous ses copains de jeu se prendre un carton rouge, mais pas lui, pas sa famille… Joli dribble Blatter.

Le temps et l’état de droit sont des alliés précieux. Les Bismuth, Copé, Balkany, Tibéri et consorts ne le savent que trop. Pas une semaine ne passe sans une sordide affaire bien puante contraire à toute morale pour des individus en quête de responsabilités publiques. Sans parler de Pasqua, naguère omniprésent, grand-maître incontesté en matière de corruption et de trafic d’influence, qui a miraculeusement traversé toutes les tempêtes judiciaires sans jamais se mouiller. Et pourtant, sa vie de truand en costard était aussi visible qu’un nez au milieu de la figure.

Côté justice, du point de vue du citoyen lambda, rien ne se passe, rien qui remette un peu ces indélicats à leur place. Entre la rigueur de la procédure, le manque de moyens récurent de l’institution, et évidemment les accusations qu’elle subit sur sa non-indépendance face au pouvoir, il n’est pas facile de faire tomber les gros bonnets. La lenteur de l’ensemble leur permet de bien profiter à titre personnel des largesses qu’ils savent attirer, et quand la lame de la justice passera, ils seront sagement rangés des voitures dans un état physique qui leur épargnera, par humanité, les désagréments de la vie en promiscuité forcée, et même les réparations pécuniaires…

Là, c’est trop. J’ai l’air un peu naïf de m’emporter ainsi. Tout cela n’est guère nouveau. C’est vieux comme le monde. A son époque, Jean de la Fontaine l’avait aussi remarqué. Ce n’est pas une raison en tout cas pour s’abstenir de le répéter.


Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L’Ane vint à son tour et dit : J’ai souvenance
Qu’en un pré de Moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Les animaux malades de la peste (1678)

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Alors bonne année…

On n’échappe pas à une tradition aussi séculaire : après les agapes et leurs lentes digestions, le cérémonial des vœux de bonne année est incontournable. On sert les pognes par ci, on claque une bise par là, un franche accolade encore ici, et même avec des gens que d’ordinaire on apprécie guère. Une bonne année, une bonne santé, avec aussi du pognon ! Des vœux pieux, évidemment…

Heureusement, je repère bien vite ceux qui sont de pure forme. Ils sont les plus mielleux, croisant un sourire béat à une emphase ridicule. Et dans ce domaine, les personnalités politiques, comme celles placées haut sur l’échelle sociale, excellent. Ils nous promettent chaque année le meilleur, mais toutes se ressemblent, avec cette maxime en dogme absolu, et qui fait toute la différence : «dites nous de quoi vous avez besoin, on vous expliquera comment vous en passer»…

2014Quelques minutes après les vœux aux français de François Hollande, cette pitrerie de Coluche m’est revenue en tête. C’est donc un président qui se dit à gauche qui propose de refaire confiance aux entreprises pour qu’elles embauchent, avec en contrepartie, un allègement significatif des charges et une réduction toute autant significative de la dépense publique. Mais bien sûr… Sur le coup, je n’étais pas bien sûr de ce que j’avais entendu. Après le Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi (CICE) attribué sans aucune contrepartie – on voit bien comment la mesure a dopé l’emploi – , voilà une annonce qui ressemble à un nouvel abandon de ceux qui ont porté Hollande aux affaires.

Charges, encore des charges, toujours des charges, on n’entend plus que ce mot qui alimente tous les fantasmes pour la compétitivité du pays. On oublie un peu vite que les fameuses «charges sociales» représentent d’abord une portion non négligeable du salaire. Mais son versement au travailleur est en somme «différé» et sert d’abord à alimenter les système de solidarité en contrepartie de droits dont les effets peuvent être immédiats (chômage, maladie, accidents du travail) ou à terme (retraite). Alléger ces fameuses charges revient dont à baisser purement et simplement les salaires. Ou de laisser la charge de ces salaires différés à la collectivité. En exonérant les entreprises des cotisations sociales, on ne fait que creuser les déficits publics puisque les droits sont acquis, et qu’à ce titre, il faut bien payer la protection sociale, les allocations et les retraites.

Si on cumule à ce petit cadeau une réduction de la dette publique, la boucle est bouclée : on réduit de fait les salaires en baissant le montant des prestations, on entrave l’action de l’Etat dans ses missions des contrôle et de régulation par la suppression d’emploi public, et on va donner à la droite libérale et conservatrice tout ce qu’elle demande. Parce qu’il ne faut pas se leurrer : moins de dépense publique, c’est rogner sur les retraites, mouvement déjà bien entamé, c’est réduire les prestations sociales, mouvement également en cours, c’est supprimer les subventions aux associations, c’est étrangler le service public pour le remplacer par des entreprises privées qui sauront se faire grassement rémunérer. Cela ne concerne évidemment pas les projets pharaoniques de quelques élus mégalomanes, certains cadeaux fiscaux aux puissants du monde, et les «sauteries aux petits fours» des très hauts fonctionnaires.

Le plus agaçant dans cette histoire est que la cerise arrive sur le gâteau alors que l’UMP en tant qu’opposant politique est complètement muet, trop occupé par la lutte intestine qui sévit à sa tête. Le manque de compétitivité et le chômage sont savamment entretenus et résultent d’abord de l’accaparement de la richesse par la haute finance et ses ayant-droits, en soustrayant les montants normalement dévolus à l’investissement pour alimenter les dirigeants, les rentiers et les actionnaires. De ce coté, pas de crise : Les stations d’hiver ont fait le plein pour les vacances…

Alors bonne année puisqu’il le faut. En tant que petit fonctionnaire, je sais à quoi m’attendre pour cette année. Elle commence d’ailleurs bien : un récent déménagement forcé d’un bâtiment adapté vers un taudis immonde et confiné dans la poussière a considérablement fait évoluer mes conditions de travail au point de ne plus pouvoir exercer mon métier dans les règles de l’art. Tout cela ressemble à s’y meprendre à un sabotage venu de l’intérieur.  Et pourtant, dans ses vœux tous frais, mon big-boss me souhaite le meilleur dans un monde de bisounours. Qu’il se les taille en pointe, et se les mette ou je pense…

Bonne année sincère à tous les LB et à vous qui passez ici.

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Un bras ou un doigt ?

Plus un seul chroniqueur politique n’hésite : la campagne pour 2017 est véritablement lancée à droite. En fait, c’est devenu un état quasi permanent, depuis que certains y pensent tous les matin en se rasant. Il n’y a plus guère de périodes qui échappent à l’agitation, avec en toile de fond, les échéances électorales majeures. C’est d’ailleurs l’unique sujet où le monde politique fait preuve de sa capacité à développer une vue à long terme. La gestion du pays et les questions économiques et sociales n’ont pas droit à ce traitement.

Cet état de chose est un rien pénible car il pollue totalement le débat. L’intérêt général tant invoqué, vanté, glorifié comme moteur de l’action politique est tout bonnement relégué loin, très loin derrière les égos et les ambitions personnelles démesurées. Ce n’est guère une surprise. Le vrai changement, c’est que les protagonistes ne s’en cachent même plus. En l’occurrence, en rajoutant une couche sur son ancien maître, François Fillon ne fait que suivre la méthode du Lider Minimo qui prônait, dès la prise de la place Beauvau en 2002, le besoin de rupture avec la politique mené par sa propre famille politique. Brûler ses idoles est une mode qui ne passera pas de sitôt.

Sarkozy Fillon copains comme...Ainsi, que Fillon monte au créneau n’est guère étonnant : il lui faut occuper la scène. Et il n’y va pas avec le dos de la cuillère : «quand on perd une élection, il est impossible de dire qu’on a fait une bonne campagne (…) On a le devoir d’en analyser les raisons. On est obligé de se remettre en cause, sinon, c’est un bras d’honneur aux Français.» Sur le coup, je ne peux pas lui donner tort. Mais j’aimerai bien prolonger l’allégorie. Le bras, au lendemain d’une décision de non-lieu pour une affaire qui fleure si bon l’escroquerie institutionnelle, s’est mu pour un grand nombre de français en un gigantesque doigt qu’il faudra endurer toujours et encore pendant que le parrain fait du fric. Sarkozy se tait, mais reste omniprésent, et son majeur, un rien vengeur contre cette plèbe ignare, s’élève de plus en plus et plane au dessus de nos têtes.

Dans ce contexte de guerre fratricide à la tête de l’UMP, le gouvernement ne profite guère de ce désordre. L’héritage laissé est lourd pour François Hollande, et de la difficulté à réaliser le changement attendu par le peuple de gauche naît une incompréhension, voire une hostilité dont le Front National fait son miel, lui aussi en silence. A mon sens, l’adhésion grandissante au FN dans le pays relève plus de l’approche «décomplexée» répétée de quelques sujets chauds de notre société. En conférant à ses thèses une image plutôt respectable, notamment lors des multiples tentatives de siphonnage, l’état d’esprit d’un partie de la population a évolué par l’altération, voire la chute des barrières naturelles et de valeurs humanistes. Certaines discussions, entendues ça et là, d’un racisme glaçant, étaient impensables, il y a 10 ans… La déception n’excuse pas tout.

Sarkozy le sait et l’exprime tout les jours dans un rictus nerveux. Il est le grand responsable de cette dislocation, en plus d’avoir mis le pays par terre, vidé le coffre, fait voter des lois sur mesure pour protéger ses amis mafieux, monté la population l’une contre l’autre, allant jusqu’à criminaliser les plus démunis et ceux qui leur viennent en aide. Les étrangers n’ont qu’à crever en mer, et Mamie Zinzin de donner sans broncher son pognon. Et François Fillon, avec son ton condescendant coutumier, y a sa part. Le bras d’honneur, doublé du doigt, auront été permanent durant son ministère.

Pensez-y bien avant de glisser un bulletin de vote UMP ou FN dans l’enveloppe si la tentation vous prenait. Bien sûr, la gauche est décevante, mais est-ce vraiment suffisant pour laisser le manche à la maquerelle brunâtre ou au nouveau calife qui veut être calife à la place du calife ?

Rappelez-vous un seul instant d’où l’on vient.

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Toujours plus

Je ne sais plus s’il faut parler de nouveauté, de scoop ou de buzz, à moins que ce soit un simple marronnier dont la presse a le secret : «44 % des foyers fiscaux ont vu leur impôt sur le revenu augmenter en 2013» annonce le journal Le Monde ce matin. En fait, cela fait bien quelques semaines, quelques mois, plus d’une année même ou aucun jour n’échappe à un titre accrocheur ou une déclaration ravageuse d’un homme politique sur la hausse honteuse des impôts.

Je fais donc partie intégrante de cette catégorie, car ma contribution aux charges de l’Etat a effectivement augmenté cette année. Et avant qu’Alzheimer me gagne, il me semble bien que c’était le cas l’an passé, et le précédent aussi. Pour faire court, cela fait au bas mot 32 ans que je paye des impôts, et que la somme que j’abandonne au Trésor Public est chaque fois plus importante. D’un côté, je pourrais ainsi, moi aussi, faire un titre ravageur sur l’escroquerie manifeste et continue de l’Etat spoliateur. Mais de l’autre, il faut reconnaître que s’il en est ainsi, c’est que je gagne ma vie, que je participe à la vie de la cité à la hauteur de mes revenus dans un système qui, à priori, est redistributif envers ceux qui n’ont pas ma chance…

Tout augmente !Je ne devrais plus, mais j’ai la faiblesse de croire encore que cette manne sert principalement, selon moi, pour faire fonctionner des services dits publics d’éducation, de santé, de justice, de distribution d’eau et d’énergie, pour activer des solidarités, pour que tout le monde puisse être préservé de la misère, la vraie, celle qui crée des camps abominables comme en Afrique, en Inde ou ailleurs. Oui, c’est volontairement réducteur, et j’entends déjà les cris d’orfraie évoquant cette masse bien grasse de vils profiteurs d’un système dévoyé qui dépouillent ceux qui travaillent, qui s’échinent jusqu’à l’épuisement, qui amassent, qui méritent… La misère, personne ne la mérite…

Comme toujours, de l’angélisme à la réalité, il y a un gouffre. Et l’amalgame n’est pas loin. Les margoulins pullulent, avec des fortunes diverses. Entre les profiteurs inévitables, les escrocs à la petite semaine, qui tirent parti de tout ce qu’ils peuvent (8 à 10 milliards d’euros par an) et les spécialistes de l’optimisation fiscale, l’autre nom de la fraude fiscale (60 milliard d’euros par an, rien que pour la France, estimation basse), tous exploitent les failles d’un système ou l’on a sciemment dépouillé les services de contrôles. La nature, qui a horreur du vide, aidé en cela par l’état de crise perpétuel, a fait le reste.

Et pourtant, sur le papier, quelle belle idée que celle où l’on contribue équitablement aux charges de la nation à hauteur de ses revenus et de ses charges par une progressivité alambiquée. Une quasi utopie qui a plus ou moins bien fonctionné pendant les 30 glorieuses avant que le gratin de la société conservatrice y trouve ombrage au lendemain du premier choc pétrolier, puis avec l’arrivée de la gauche au pouvoir. Depuis, le consentement à l’impôt a été mis à rude épreuve, avec pour point d’orgue, les lois assez incroyables permettant aux premières fortunes du pays de se faire remettre de la part du trésor public des chèques libellés en millions… Et ce, en pleine déconfiture économique !

En cette période, je trouve malvenu tout ce tapage. Surtout quand on voit d’ou il vient. N’allez pas croire cependant que je saute de joie, que je remets mon obole à mon percepteur en lui faisant une bise sur le front. Si la France en est là, si le gouvernement Ayrault est contraint à cette extrémité, à la veille d’une échéance électorale importante, c’est qu’il faut, entre-autre, payer les dettes de bringues et de jeux de l’équipe précédente. La aussi, il faudrait veiller à ne pas l’oublier, et se rappeler d’ou l’on vient.

Pour revenir au sujet, si seulement 44 % des foyers ont vu leur imposition grimper, cela signifie, à la manière de Jean-François Copé commentant un taux de grévistes, que 56 % paient moins d’impôts que l’an passé. Mais bizarrement, ce chiffre ne suscite aucune observation. Pour ma part, la somme à payer est en progression constante. C’est ainsi. Mais dans ce maelström de chiffres, il y en a un qui, pour la première fois en 32 ans, a baissé. C’est le montant que j’ai déclaré en rétribution pour 2012 comme fonctionnaire d’Etat.

Comme quoi tout arrive.

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Miaaaaoooouuuuuuu

Je n’ai jamais su faire de billet très court, qui colle à l’actualité avec trois fois rien, avec un visuel qui se suffit à lui-même. En fait, l’actualité ne m’en donne guère la possibilité. Mais aujourd’hui, j’ai le clavier paresseux. De plus, tout a déjà été dit, et je ne trouve rien à ajouter pour tenter de qualifier ce simulacre de démocratie pour désigner le chef d’une formation politique moribonde.

Je ne peux cependant pas m’empêcher de remarquer la béate admiration de cette militante UMP pour son favori. C’est extraordinaire, ce pouvoir, cette passion ! Je ne pensais pas Fillon et Copé capables de cela. Mais c’était certainement avant la magnifique auto-proclamation des résultats parce qu’à cette heure, cette militante doit être toutes griffes dehors…

Tout cela pour devenir Président d’un parti qui va se faire dicter sa ligne de conduite par le FN…

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La paille et la poutre

Ce billet sera le dernier. Je veux dire le dernier d’une ère bientôt révolue. Dès le 6 mai 20 heures, un monde va s’écrouler, un autre va s’y substituer. Après pas mal d’années d’errances à ronger notre frein, après maintes brimades et humiliations, après tellement de mensonges et de malhonnêtetés, on sortira du brouillard, comme quand on quitte la clinique après une opération de la cataracte : le monde est soudain bien plus lumineux bien que passablement flou. Hollande n’est pas mon poulain. Il a cependant l’immense qualité de pouvoir éjecter le malfaisant actuel, et faute de mieux, j’ai sincèrement envie de lui donner une chance.

La petite paille dans les yeux de l'UMPDurant cette dernière semaine de supplice pour les oreilles, l’UMP a jeté toutes ses forces dans la bataille pour tenter d’inverser la tendance menant à une déculottée mémorable en se polarisant avec une énergie hors du commun sur le seul domaine de l’étranger «musulman». Comme si les difficultés du moment trouvaient toutes leur origines sur ce seul point. Mais comme l’appel du pied envers la fachosphère ne donne que peu de résultats, surtout après le calamiteux débat du Lider Minimo, voilà que les roquets de service abondent dans la production de petites phrases bien cinglantes.

A les entendre, même sans les sortir de leur contexte, on dirait l’évocation parfaite du quinquennat finissant : «brutal», «qui promet tout et n’assume rien» (Morano), «incompétent et manquant de courtoisie» (NKM), «hyper agressif» (Copé), «arrogant et imprécis» (Bertrand), «mauvaise foi et mensonges» (Estrosi), «décalé des réalités du monde d’aujourd’hui» (Lefebvre)…En fait, elles sont impressionnantes tant elles cadrent avec les 10 années d’exercice de l’actuel pouvoir. Cela devient même un jeu de voir à quel point les arguments se retournent, et Benjamin Lancar, le patron de la jeunesse pop dorée, à au pire 6 fois mon salaire mensuel pour un vrai «faux travail», fait figure de virtuose dans ses nombreuses évocations du candidat de la gauche.

Parce que clamer que «la gauche a abîmé la République» après avoir autant brutalisé les plus faibles, calomnié les chômeurs qui sont d’abord les victimes d’un système dévoyé, vilipendé les syndicats, stigmatisé les fonctionnaires, méprisé les smicards, craché sur les étrangers, saccagé les dispositifs protecteurs nés du Conseil National de la Résistance, dépouillé la classe dite moyenne, insulté les passants, est une attitude responsable, d’un dignité telle qu’il faudrait accorder sa confiance pour ces 5 prochaines années ? Comment la gauche aurait-elle pu l’abîmer au moment ou le président mettait les institutions à sa main, en se faisant voter des lois sur mesure, en plaçant ses valets serviles aux postes clefs, en courtisant des dictateurs pour qu’ils participent à l’enrichissement du premier cercle de copains ? On remarque la paille, on oublie la poutre… Un grand classique.

Allez, cette mission s’achève, c’est la rentrée dans l’atmosphère vivable. Black-out et silence radio jusqu’à la reprise du signal, et la grande fête…

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Grands malades

J’ai entendu ce matin à la radio quelques unes des conclusions extraites d’un rapport d’une Chambre Régionale des Comptes au sujet du coût d’un projet informatique d’envergure mené par l’Assistance Publique – Hopitaux de Marseille (APHM). Engagée en 2005, cette opération aurait évaporé quelques dizaines de millions d’euros pour rien, puisque tout a été arrêté devant l’incapacité de rendre le service attendu.

Hopital de la TimoneLe rapport pointe un nombre de dysfonctionnements particulièrement importants qui me parlent puisque, en fait, c’est quasiment mon quotidien qui défile dans les pages du rapport. En effet, depuis 20 ans en services informatiques d’un grand ministère régalien, je suis confronté aux incessantes restructurations, schémas directeurs et autres projets structurants qui influent directement sur ma manière de rendre un service opérationnel pour mes collègues, et surtout pour l’usager. Le fameux service public.

Pour l’APHM, la Cour fustige, entre autres, l’absence de comité de pilotage stratégique et opérationnel, ce qui me fait doucement rigoler. De tels comités, dans mon administration, il en existe par wagons entiers, et qui occupent la quasi totalité du temps disponible d’une partie des décideurs. Mais ils ne garantissent en rien la réussite des projets. La preuve : l’application de gestion de la dépense publique ACCORD, puis ACCORD2, soit 472 millions d’euros, a été abandonné avant leur déploiement total pour être remplacé en moins de 5 ans par CHORUS, pour un autre demi-milliard, qui connaît actuellement des difficultés des plus importantes menaçant sa généralisation. Parallèlement, il y la nébuleuse application relative à la fiscalité COPERNIC, proche elle aussi du milliard. Il y a surtout l’application de gestion des collectivités territoriales et locales HELIOS qui, lors de la suspension momentané de son déploiement, a inventé la notion de «pause qualité». . Toutes ont ou avaient des comités dans tous les sens, de suivi, de pilotage, de supervision, d’étude, etc… Toutes sont ou étaient frappés de «réunionnite» aiguë et permanente. En tout cas, aucune ne donne satisfaction.

La raison de tous ces échecs n’est évidemment pas là. La lecture du rapport de la Cour des Comptes ne le dit pas expressément, mais cela transpire entre les lignes : les projets sont menés par des personnalités plus ou moins politiques, plus ou moins techniques, très loin des exigences et attentes de terrain, et quoi qu’il arrive, à marche forcée. Tout ce qui ne provient pas de l’organisation interne du projet est écarté, balayé, et assez curieusement, s’agissant de l’Etat, les contraintes budgétaires disparaissent pour autoriser des dépassement bizarres. Les difficultés sont systématiquement minimisées quand elles ne sont pas purement et simplement ignorées, voire maquillées, dans de magnifiques opérations de communication. Les spécialistes maison sont purement et simplement ignorés. Quant au coût, compte-tenu de leur ampleur et du résultat, comment ne pas entrevoir quelque part une forme de subvention déguisée vers des prestataires ayant pignon sur rue, pour ne pas parler carrément de copinage, de favoritisme, de corruption ?

C’est triste, c’est mon quotidien.

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Facture professionnelle

Mon téléphone sonne.
– Allo, bonjour ! Vous êtes bien gérant d’une SS2I ? me demande une voix féminine assurée, dont on ressent immédiatement le poids de l’expérience.
– Euh, non, pas tout à fait en fait, mais oui, je fais essentiellement du conseil, de l’accompagnement au changement et de la sécurité informatique, répondis-je en pensant : tiens, voilà du taf. Finalement, l’ami Google ne m’est pas complètement inutile. En dehors de me pister partout sur le Net, il finit par me servir et m’apporte quelques clients… Super ! Je continue donc de ma plus belle voix : que puis-je faire pour vous ?

Le prix s'oublie, la qualité reste... les Tontons flingueursS’en suit une rapide présentation, quelques politesses et banalités d’usage, et nous voilà dans le vif du sujet. La charmante dame continue.
– Nous proposons aux entreprises de votre secteur d’activité d’acquérir des vins d’exception qui s’adressent à un public connaisseur, des vins de garde de grande qualité, etc, etc…
A ce moment, je m’interroge : je l’éconduis gentiment ou je continue ? sachant pertinemment que mes moyens ne me permettent pas actuellement d’acheter les noms de rêve qu’elle me cite, même en une seule bouteille… Mais je continue, curieux, voyageant de Gigondas aux Graves, en passant par les Côtes de Beaune… Noël n’est pas loin, mais encore trop pour qu’il s’agisse d’un cadeau. Après un bon quart d’heure à parler de robe, tanins, terroirs, exposition, cépages et vendanges, j’attends la phrase qui tue : combien pour cet assortiment de 12 bouteilles ? Ce qui m’a achevé n’est pas le prix, au demeurant très raisonnable, mais le reste :
– je vous fais une facture «professionnelle», au nom de votre société…

Alors que le débat fait rage actuellement sur les questions de fraude, de triche, de passe-droit, le procédé me heurte profondément. Evidemment, je ne suis pas né de la dernière pluie, je sais bien comment fonctionne le barnum. Cette manière de faire est parfaitement légale, mais cela s’apparente dans mon esprit à une fraude caractérisée : faire prendre en charge par la boite un certain nombre de «frais» personnels réduit artificiellement son résultat, et augmente les revenus du réel bénéficiaire en toute cachette du fisc. Un gain parfaitement déguisé et invisible. Le salarié, l’assisté, le malade sans aucun sens des responsabilités, ils déclarent tout à l’euro près. Mais ce sont eux qui supportent l’entière charge des difficultés de notre société, y compris en terme d’image : on vilipende le glanage, on fustige les arrêts maladies, mais on ouvre en grand les fenêtres pour l’évasion fiscale. Et c’est pas prêt de changer.

J’ai fini par dévoiler que j’étais auto-entrepreneur, et que cette «possibilité» ne m’était pas permise, ce qui a coupé court la conversation, et la transaction… Dommage, 130 euros pour de telles bouteilles, livrées à domicile, c’était presque cadeau.

Juste en passant, la fraude fiscale, c’est plus de 40 milliards par an, et depuis 2002, juste quelques centaines d’autres. Une peccadille…

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