Stop ou encore ?

Nous voilà revenus quelques années en arrière, à cet instant précis d’octobre 2010 ou, entre pourrissement et mobilisation, le rapport de force choisit son camp. La nouvelle couche de mesures punitives en guise de reforme des retraites laissait alors entrevoir des lendemains difficiles pour les futurs inactifs. Mais on peinait à mesurer l’exacte répercussion, entre l’exagération syndicale et l’exagération toute aussi maladive de la bienveillance du gouvernement d’alors envers le petit peuple.

Malgré tout, nombreux, dont je fais partie, ont alerté sur la réalité de cette réforme. Le recul de l’âge de départ à la retraite n’avait bien peu de justification en matière de temps de travail et même de production. Cette disposition avait juste une conséquence dont les politiques et financiers ont alors soigneusement omis de s’épancher : en allongeant la période de référence, compte-tenu de la situation de l’emploi, personne ne pourrait se prévaloir des trimestres requis pour avoir une retraite pleine. Ce qui correspond tout bonnement à baisser les pensions, c’est à dire de priver les salariés de cette partie de revenus déportée dans le temps pour leur vieux jours. Facile et imparable, et d’autant plus que le constat sera fait plus tard… au moment de la liquidation de ses droits à pension.

Art brut dégénéré, entre oeuf et peintureLe chien a aboyé fort, mais la caravane est passée. Des millions d’âmes ont défilé, les polémiques s’étant borné aux modes de comptage des manifestants. Et voilà qu’on nous sert à nouveau un plat analogue. Seul le chef à changé : il paraît pourtant qu’il a une fibre sociale. Cette fois, c’est le quotidien immédiat qui est affecté. Désormais, l’ensemble des Lois et règlements sont considérés comme un frein à l’emploi qu’il importe de toiletter en profondeur jusqu’à revenir sur des acquis fondamentaux. Le moment est crucial : on continue, ou on arrête avec cet immense gâchis généré par 2 entités qui, un temps, ont marché ensemble ?

Tout a déjà été dit sur la Loi El Khomri et l’incompréhensible tentative d’inverser la hiérarchie des normes qui, comme sa consoeur pour les retraites, a une finalité cachée plutôt évidente : au-delà de l’institutionnalisation de la précarité, il s’agit simplement de faire baisser les salaires. Ni plus, ni moins, l’instauration d’un ahurissant moins-disant salarial. Il ne reste plus ensuite qu’à légiférer pour limiter/supprimer les prestations sociales et en finir avec l’héritage du Conseil National de la Résistance, et la boucle sera bouclée, avec le Parti Socialiste en fossoyeur.

Ces énormes conflits sociaux sur les retraites et sur le travail sont néanmoins différents dans leur traitement. La polémique, cette fois, vient essentiellement de l’intervention sans aucune retenue de la police, échappant vraisemblablement aux ordres, agissant via une multitude d’individus plus ou moins politisés comme une bande ouvertement lepeniste et nationaliste. Casser du gauchiste devient alors une mission à peine accessoire à laquelle les condés ont mis tout leur cœur, avec la force du droit. De l’activisme politique déguisé en maintien de l’ordre. A Lyon, des échanges musclés ont eu lieu en marge entre identitaires et manifestants «antifa» dans lesquels la police avait clairement choisi son camp… Pendant qu’on parle des violences, on ne parle évidement pas du fond.

Le traitement médiatique, les gazages en règle et les coups de matraque que j’ai personnellement subi sans justification ont eu raison de mon cœur de gauche. Il reste où il est, mais pas pour les gens qui prétendent l’incarner. Je suis devenu jusqu’au-boutiste : avec désormais l’exigence du retrait du texte, ou ma colère du politique, droite comme gauche, va se transformer en une forme de haine difficile à maîtriser. Ce ressentiment, c’est la police et ce gouvernement qui l’ont créé et amplifié, comme chez de très nombreux manifestants, juste manifestants, à milles lieux des casseurs. Mobilisation et détermination s’amplifient à chaque nouvelle violence policière. Et pourtant cette gauche, je l’ai défendue envers et contre beaucoup de monde, évoquant l’héritage auquel il fallait faire face et la faible marge de manœuvre dont disposait Hollande.

Ma carte d’électeur est à la poubelle. Elle y est bien. Elle est au niveau de notre démocratie, puisque la représentation syndicale élue des salariés peut être court-circuitée – à quoi sert de voter alors -, puisque la police frappe les objectifs des caméras, puisqu’elle fai effacer les cartes mémoires des appareils photos et molestent des enfants de 11 ans… Quand quelques agités ont saccagé le stand d’un ministère au salon de l’Agriculture, aucun CRS n’a bougé, aucun des protagonistes pourtant filmés n’a été inquiété…

Qu’on ne me dise pas que mon attitude fait le chemin d’encore pire pour 2017. Que pourrait être pire que cette loi sur-mesure pour les libéraux ? Ne nous trompons pas de cause : ce n’est pas mon attitude qui dessert la gauche, c’est celle du gouvernement qui ne respecte même pas ceux qui l’ont porté aux affaires. Il a préféré se soucier des préoccupations de MEDEF, pas de la France qui vivote sans costard à moins de 2000 euros par mois, et qui perdra bien plus qu’une chemise selon le bon plaisir des employeurs.

Pour l’instant, 2017 est le cadet de mes soucis. Je dois d’abord me préserver car je risque davantage un crane défoncé ou/et une garde à vue pour me trouver au mauvais endroit au mauvais moment. On pensera aux élections quand cette loi sera morte et enterrée.

Tous en grève et à Paris le 14 juin pour demander le retrait de cette loi injuste.

Share Button

Un goût amer

Les soirées électorales me gavent. Comme d’habitude, chaque camp y va de son commentaire, laissant invariablement apparaître toutes les raisons d’espérer. A écouter les ténors de toutes les couleurs politiques, les vainqueurs et les perdants, tous trouvent des satisfactions diverses dans les chiffres sortis des urnes. «On a perdu, mais on a gagné», «on a fait mieux que prévu», «on a entendu les français», etc…

Pourtant le message envoyé est limpide : on a tous perdu gros. D’abord le clan des bruns Marine qui remporte une belle tête de Toto, lui qui croyait déjà rafler la mise. On ne bouscule cependant pas ainsi la République. Elle réclame d’abord un esprit de rassemblement. C’est l’essence de la société. On ne peut espérer gagner en divisant, en clivant, en opposant les uns aux autres, en oubliant les principes élémentaires des traditions séculaires de la France. Sarkozy a perdu en 2012 en voulant s’en affranchir. La notion de vote d’adhésion tant évoqué lors du premier tour perd un peu de sa substance : mettre l’extrême-droite à la tête d’un gros exécutif reste encore et heureusement hors d’atteinte.

Bertrand et Estrosi rigolent, et vous saluent bien les gauchistesMais il faut avouer que le coup est passé près. Si le FN en a été privé, c’est uniquement le fait des électeurs de gauche et eux seuls qui ont apporté 2, voire 3 régions dans l’escarcelle des républicains, sur les 7 gagnées. Ce n’est guère glorieux pour un parti qui annonçait encore il y a peu vouloir faire une razzia monstrueuse. Dans ces conditions, c’est un râteau monumental que se prend Sarkozy et son mouvement, toujours attaché au «ni-ni» irresponsable de son omnipotent président. Parmi les républicains, seuls Pecresse et Retailleau ont remporté leur région. Morin, en Normandie, est du nouveau centre, Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes un quasi frontiste.

Le parti socialiste et une partie de la gauche ne masquent pas leur soulagement. Cela aurait effectivement pu être pire selon l’état-major. En fait, c’est catastrophique : 6 ans d’absence dans 2 grandes régions, 5 autres perdues dont Rhône-Alpes et l’emblématique Paris au terme d’une campagne exécrable. On voit mal quelle satisfaction on puisse retirer de ce bilan. Seule consolation du scrutin : jamais on ne pourra imputer à la gauche une quelconque prise du FN. Elle a été la seule à opposer aux extrêmes un front républicain solide et sans ambiguïté là ou il était nécessaire. Car voter Estrosi ou Bertrand était loin d’être simple. La droite libérale n’a jamais été capable d’en faire autant, et pour cause : le front républicain est un piège. Il amène à renoncer à défendre l’idéal qu’on représente, et laisse la porte ouverte à autrui, ce dont la droite a profité. Pas de FN, certes, mais cela reste une consolation au goût amer.

Pour ma part, je ne décolère pas de la manière dont ces régions ont été perdues. Pour avoir dans mon entourage quelques gauchistes, ceux qui se déclarent «purs et durs», ou «vraie gauche», je peux affirmer que le report des voix a très mal fonctionné. Ils se sont encore abstenus, beuglant à qui veut l’entendre, le poing levé en déversant leur logorrhée anti-capitaliste à la limite de la haine, que le PS n’est pas la gauche et ne mérite pas leur voix. Maintenant, grâce à leur silence, c’est mieux : les bébés sarko sont à nouveau dans la place. Cela réglera évidemment leurs gros problèmes de précaires qu’ils sont tous. Il y en a marre de ces révolutionnaires de bac-à sable, qui réclament la démocratie à tue-tête et ne l’utilisent pas quand elle se présente. Quand même, Pecresse la bourgeasse ultime soutenue par la manif-pour-tous, et Wauquiez avec les cathos intégristes présidents de région, ça fait passablement flipper. En Rhône-Alpes, marionnettistes, malades, chômeurs et autres cancers de la société, serrez les fesses… Ca risque de faire très mal en passant. Ici, les écoles privées se frottent déjà les mains.

Il reste que cette campagne, plus que les précédentes encore, a été émaillée de turpitudes et de petites phrases des plus déplacées qui ne grandissent pas les hommes et la fonction politique. Une fois élus quelques-uns ont évoqué aussi le climat de défiance du peuple qui exprime son rejet parfois violent de ses représentants et ses méthodes. Comme quoi le constat est fait. Mais rien ne suit, et surtout pas les préoccupations premières des citoyens, quel que soit le parti et le mandat. Un peu comme pour la COP21 : c’est un bel accord, mais d’un point de vue pratique, il est inutile. Ce qui compte vraiment pour la planète en l’occurrence, ce sont les actes concrets. Comme en politique.

Il reste 18 mois avant l’échéance la plus importante : l’élection présidentielle. Dans ce genre de consultation sans filet, la sanction sera immédiate si toute la gauche continue de la sorte. A quoi rime la belle tirade du «Moi Président» quand on nomme Manuel Macron ministre de l’économie et des finances ? Comment les socialistes ont-ils pu se couper de cette manière de son électorat ? Comment ses alliés naturels peuvent-ils préférer favoriser le camp adverse ? Il reste bien peu de temps pour redresser la barre, mais bien assez pour donner un peu de cohérence au mandat et de l’espoir aux gens.

C’est franchement pas difficile : arrêtez de faire une politique de droite.

Share Button

Et maintenant, c’est mieux ?

Le premier tour de scrutin pour les régionales a livré son verdict. Si la raclée tant attendue en terme de pourcentage global est moins sévère qu’annoncée, les conséquences sont cependant des plus graves : au train ou vont les choses, la gauche va être durablement absente de pas mal d’hémicycles régionaux. Pire encore : non content de ne pouvoir voter pour ses couleurs, pour éviter la peste brune, il va falloir glisser dans l’urne le bulletin de ceux qui ont opprimé durablement les français d’une manière des plus cyniques.

Maréchal nous voilà...On a tous une part de responsabilité dans cette nouvelle affaire. C’est bien une déception de plus, une de celle qui laisse des traces et grave profondément le cuir, dont le «mérite» revient d’abord aux responsables politiques. En se parant des atours d’une vertu qui n’existe guère en la matière, le peuple de gauche a cru – certes naïvement, mais comment pouvait-il en être autrement vu la bande de mafieux au pouvoir avant 2012 – qu’il était possible d’être plus proche des gens et de leurs préoccupations du quotidien. Tout n’est pas à jeter dans ce qu’ont réalisé les gouvernements Hollande successifs. Mais les gens, à raison, n’ont retenu que les reculades et les renoncements successifs. Ils ont oublié le détricotage de lois scélérates et l’héritage du gouffre économique et sociétal laissé par les sarkolâtres. Ils n’ont retenu que le chômage galopant et les lois Macron qui promouvaient des mesures que même la droite n’avait jamais osé mettre en œuvre. Ce n’est pas ce que le peuple de gauche attendait. Ce n’était pas faute de le lui rappeler : toutes les échéances électorales depuis 2012 ont sonné comme un cinglant rappel à l’ordre. Et puis rien…

Cela état dit, les politiques ne sont pas seuls. Electeurs et abstentionnistes participent largement à cette danse désormais macabre pour les 2 grands partis institutionnels. Dimanche, ce sont 6 millions de bulletins bruns relevés dans les urnes qui croient plus que jamais que le FN va les considérer autrement que comme des jambons. A les entendre, il n’y aura désormais plus de cambriolages, plus de gros-mots proférés, plus de chômage, plus d’attentats, plus d’immigrés aussi. Demain, tous les problèmes, comme par miracle, vont s’envoler. J’aimerai juste savoir avec quel programme. Coté économique, c’est le néant cosmique. Côté sociétal par contre, il risque bien d’y avoir du changement, et même pour des bien français. A opposer les gens en permanence en fonction de leur couleur, de leur religion, de leur activité associative, le climat ne risque pas de s’apaiser… 6 millions y croient. Ils risquent d’attendre…

Reste les abstentionnistes, tous ces déçus, essentiellement de gauche, qui ont boudé les urnes. Ils clament haut et fort que le PS est devenu une composante de la droite en reprenant à son compte l’idéologie néo-libérale, en renonçant à la justice sociale la plus élémentaire et les grands principes égalitaires. Ce n’est pas faux, il faut bien le reconnaître. J’ai moi-aussi mangé mon chapeau plus d’une fois. Mais renoncer à s’exprimer est un caprice qui coûte très cher. Au moins le gouvernement d’Hollande évitait certains excès. Cette gauche boudeuse a-t-elle si vite oublié les funestes années Sarkozy et les attaques permanentes contre les petites gens au profit des Bolloré et Tapie ? Vraiment ? C’était mieux alors ?

Maintenant, on y est. Et on fait quoi ? La gauche, parti socialiste et tout le reste avec, est désintégrée, et on a devant nous la peste et le choléra. Se rend-on bien compte de la situation ? Pour qui veut remplir son devoir de citoyen, il faut choisir entre Maréchal-Nous-Voilà et Christian Estrosi, dont on peine à savoir qui est le modèle de qui. Il faut désigner Xavier Bertrand ou la maquerelle mère dont les programmes sont un pâle copier-coller l’un de l’autre. On combattait les fachos et la droite dure, et il faut désormais choisir l’un pour éviter l’autre ? On continue les gars ? Voilà le résultat de cette abstention stupide. Je vais finir par être désagréable et sortir la boite à calottes tant la bêtise a dominé ce dimanche. Ce n était peut-être pas terrible jusque là, mais maintenant, vous sentez vous bien ?

Je suis entré en guerre. Et je me sens un peu seul.

Share Button

Putain, 2 ans…

La période est certainement mal choisie pour faire preuve d’un optimisme béat en l’avenir. De tous les côtés, l’horizon nous rappelle la grisaille du moment et déverse son flot ininterrompu d’actualités déprimantes. La cour est pleine : chômage, charges, impôts, déficits, et autres dégâts collatéraux de l’économie ultra-libérale saturent l’espace vital, et la nausée est proche. C’est du moins ce que tout le monde affirme…

Aujourd’hui, impossible ou presque de renverser cette tendance. Et le grand responsable est tout désigné : François Hollande. Il y a 2 ans, jour pour jour, il débarquait celui qui, à force de chercher la croissance avec les dents, l’a fait fuir très loin tout en distribuant plus de 600 milliards d’argent public à ses copains du CAC40. Le changement tant attendu était enfin à portée de main.

Putain, 2 ans...Il est clair que ces 2 ans de gouvernance socialiste ont un goût plutôt amer, même s’il existe à mes yeux de grandes réussites. Il n’est pas bien compliqué de comprendre que dans un si court délai, il est impossible d’obtenir quoi que ce soit de tangible tant l’héritage de la décennie précédente était délabré. Comment redistribuer quoi que ce soit quand la caisse a été pillée et qu’on se trouve sous la menace des agences de notation et de traités déséquilibrés ? De surcroît, quand on renonce aussi facilement devant la pression des lobbys, quand on vote ce que l’on a combattu quelques mois auparavant, quand on reforme les retraites à la manière du gouvernement précédent, et que l’on commet de si grossières erreurs de communication, la tâche se complique sérieusement. Empêtrée dans sa volonté de faire simple, la gauche a principalement été incapable de capitaliser et promouvoir ses vrais avancées.

Evidemment que j’ai sauté de joie le 6 mai 2012. C’en était enfin fini de la gouvernance brutale de Sarkozy. Mais je ne savais que trop ce qui allait suivre et les difficultés auxquelles il faudrait faire face. Les solutions ne peuvent venir que de la société dans son ensemble, chacun selon sa position et ses moyens. Malheureusement, il est impossible d’impliquer les plus fortunés dans le redressement économique et social du pays. Cette catégorie a d’ailleurs eu en son temps la peau de Léon Blum et de Pierre Mauroy en asséchant «patriotiquement» les finances de l’Etat par une impressionnante évasion de capitaux. Rien de très surprenant…

Dans la tourmente, on entend alors des bruits réclamant une troisième voie. A les entendre, droite est gauche sont pareils, alors autant essayer autre chose. Sauf que le FN n’a absolument aucun début de solution. Si elles existaient, si elles étaient sans douleur, elles seraient déjà mises en œuvre… Fermer les frontières, revenir au franc, chasser celui qui ne nous ressemble pas finirait à coup sûr de mettre le pays à genoux, la marre de sang en plus.

J’en suis franchement désolé, mais la droite et la gauche, ce n’est pas pareil. Se rend t-on vraiment compte à quoi le pays a échappé en évinçant Sarkozy de l’Elysée, de surcroît libéré de la nécessité du bilan pour la réélection ? Le 6 mai, j’ai, pour une fois, voté pour une personnalité et non contre. En ce jour, je renouvellerai sans aucune hésitation ce geste parce qu’au delà de l’étiquette des partis, des difficultés et des hésitations, je préfère mille fois une politique basée sur la solidarité où l’état est redistributeur et aplanit autant que faire se peut les inégalités, plutôt qu’une politique d’exclusion où l’état est absent et livré à la loi du plus riche, de l’individualisme roi.

Petit retour en arrière…


LE 6 MAI de Jeremy Sahel (EnfinBrefProd)

Share Button

J’approuve, mais…

Comme Bembelly, j’approuve beaucoup de choses, à quelques petits détails près…

Share Button

Clause de conscience

La société française est en train d’écrire un nouvelle page de son histoire. Après la légalisation de l’avortement, l’abolition de la peine de mort, un gouvernement se réclamant à gauche va déposer une proposition de loi sur un sujet qui fait débat depuis des décennies, le mariage pour tous, respectant ainsi une promesse de campagne emblématique. C’était inévitable. La droite n’a pas su ou voulu se mettre dans le sens de l’histoire et de l’évolution des choses. La gauche, du moins ceux qui s’en réclament, est en passe de le réaliser. Je dis bravo.

Pour tous, cela veux dire pour tous, quel que soit le sexe. Il s’agit tout simplement, comme Jean-Marc Ayrault l’a rappelé «d’une décision de justice et d’égalité, qui prend acte de l’évolution de notre société». Si le mariage en tant que tel n’est pas un droit, il donne par-contre des droits importants, incontestables, et des protections en cas de décès du conjoint. Le mariage gay, on ne peut s’y opposer aujourd’hui qu’en étant d’une mauvaise foi empreinte de traditionalisme mêlé d’un certain extrémisme religieux. C’est un peu les mêmes d’ailleurs qui soulignent perpétuellement l’attitude quasi primitive de l’Islam et son incapacité d’adapter ses préceptes au monde qui l’entoure…

Agir en conscience : José Bové et les arracheurs d'OGMMais le plus bizarre finalement, c’est cette menace à peine voilée émanant d’élus de la nation, de le pas respecter la Loi si elle venait à être adoptée par la représentation nationale à laquelle la plupart appartient… Une pétition circule. Jacques Bompard, ex FN, en est à l’origine. Il y parle de «la liberté primordiale de ne pas cautionner ce qui ne correspond pas à son éthique» (sic), et demande «l’instauration d’un droit de retrait pour les élus en vertu d’une clause de conscience» (re-sic).

Bigre. Ces gens ne manquent pas d’air. Je vais poser une autre question. Pourrais-je faire valoir cette clause de conscience quand, en conscience, j’irai me livrer à des actes de lutte sur des sujets qui vont à l’encontre de mon éthique, comme par exemple arracher avec quelques copains des plants OGM poussant en plein champs alors que cette pratique est sous moratoire ? Certainement pas ! Le rappel à la Loi, avec sanction sonnante et trébuchante sera immédiate…

Au delà, constater qu’une élite veuille mettre en œuvre une clause de conscience, alors que ces dernières années, elle a prouvé par ses actes qu’elle n’en avait absolument aucune, est truculent au début, puis rapidement écœurant.

Je sens que mon 44 fillette va bientôt être plus efficace qu’une quelconque clause, fût-elle de conscience.

Share Button

Dernier 1er mai avant renaissance

[simple_slideshow]

Crédit photo : @MaiMelhor

Share Button

Le cœur ou la raison

Je dois vous faire un aveu. A quelques jours du premier tour de la présidentielle, je me questionne toujours pour savoir quel bulletin je vais glisser dans l’enveloppe. N’ayez pas peur, je n’ai pas viré ma cuti, je n’ai aucunement changé de bord. Mon cœur reste bien ancré parmi ceux qui placent les valeurs humanistes avant toute autre chose. La problématique repose essentiellement sur deux points : qui propose un vrai programme d’équité, donc de partage des richesses, qui peut battre l’usurpateur actuel qui nous sert de président ?

Perdu ? Non, pas vraiment...En fait, selon moi, il s’en rajoute un autre, des plus prégnants : comment transmettre notre environnement à nos enfants dans un état acceptable ? La diffusion sur les chaînes du service public des clips officiels de la campagne a un peu amplifié mon questionnement. Il y a maintenant un choix douloureux à faire, marqué entre la volonté de changement radical, excluant à priori de donner sa voix à un candidat jugé marginal, et celui d’exprimer ses convictions profondes. Pour une fois, j’aimerais tant voter «pour» et non «contre» quelqu’un ou quelque chose.

Je vais peut-être surprendre, mais j’aime bien Eva Joly. C’est mon premier choix, celui du cœur. Elle représente la synthèse de ce que devrait être un personnage politique : un citoyen issu de la société civile, non un professionnel issu du sérail, rompu à la rhétorique propre à ce monde particulier. Ses adversaires ont vite compris le danger du «parler simple», et en ont rapidement fait un handicap. Et pourtant, ce monde là, elle le connaît pour l’avoir côtoyé de très près, dans les palais de justice. Plus que tout autre, elle a mis au jour tous les liens pourris entre le pouvoir et l’économie, elle en a distingué toutes les turpitudes les plus ignobles. C’est aussi comme simple citoyen qu’elle perçoit quotidiennement les attaques contre l’environnement, les mensonges et les arrangements des pollueurs à des fins très très particulières. Comme elle a raison : on ne peut continuer ainsi à négliger aussi aveuglement notre environnement, en laissant les bétonneurs, les semenceurs, les atomistes et autres apprenti-sorciers jouer à quitte-ou-double avec la planète à chaque prétendue avancée technologie. Surtout au vu du résultat : de plus en plus de gadgets, de besoins inutiles, de consommation effrénée, mais aussi de plus en plus de misère, d’isolement, et de dérèglements climatiques, de catastrophes soi-disant «naturelles»… On ne peut plus se passer de l’écologie : elle devrait trouver une place centrale dans toute décision politique.

Mais il y a aussi la raison, celle induite par le besoin de changement, aussi par la nécessité de bouter l’actuel locataire de l’Elysée hors des lieux. François Hollande est le seul en capacité de le faire. L’homme a travaillé sa posture depuis bien longtemps et peaufiné une image et un programme à la hauteur de son ambition. C’est là que réside le problème principal : Hollande est un homme de parti, de système, qui ne s’est jamais frotté par sa naissance à ce qu’est la vraie vie, comme acheter le pain, prendre le métro, trouver ou garder un emploi. Un quotidien banal, une réalité devenue pesante sous l’effet de la crise pour l’immense majorité. Son programme est certes différent de celui de la droite au pouvoir depuis 10 ans, mais il reste très loin des aspirations d’équité et de justice sociale que réclame le pays, parce qu’il accompagne le système, il ne s’y oppose pas.

Ansi, c’est un peu naturellement que j’ai été amené à m’intéresser à Jean-Luc Mélenchon. Ayant voté à la primaire PS pour Arnaud Montebourg, le cheminement n’est pas illogique. Mélenchon est un tribun émérite, et son discours, dans le contexte actuel, porte : comment de simples gens, n’ayant pas le droit ni la possibilité de dépenser plus de ce qu’ils ont, peuvent-ils, comme on nous le rabâche, être la cause de la crise ? Pourquoi doivent-ils alors régler la note de jeu de la caste des banquiers et autres profiteurs d’un capitalisme cupide et inhumain ? Pourquoi les fruits du travail échappent autant à ceux qui donnent leur bras pour produire, et pourquoi tant en sont privés ? Ces questions ont toutes des réponses, simplement évidentes et de bon sens. Mais le programme de François Hollande n’y répond pas, ou trop partiellement. Le changement, c’est maintenant. Il ne doit pas se mesurer uniquement à la marge, ni se résumer à un simple remplacement de tête.

Cette vague incertitude a d’autres origines. Elle résulte aussi de la position inflexible du candidat du PS, refusant tout compromis sur les questions écologiques, rejetant toute dérive «gauchière» de certaines propositions du Front de Gauche. Cette manière de faire n’est pas très rassembleuse.

Elle résulte surtout de la quasi assurance de voir Toto 1er battu largement au second tour. Le spectre d’avril 2002 étant désormais totalement effacé, le duel final opposera les deux gros, ce qui pourrait laisser un peu de marge dans l’attitude à adopter au premier tour. Mais la raison m’invite de nouveau à reconsidérer mon attitude puisque je souhaite plus que tout que Toto 1er soit battu dès le premier tour. J’y tiens absolument afin que le margoulin ne puisse se vanter d’avoir ainsi obtenu un quitus pour son action à la tête du pays. Vraiment sans aucun complexe.

Il me reste 11 jours pour peser tous les tenants et aboutissants…

Share Button

Une finale qui promet

La partie vient de se terminer. Elle a été âpre, disputée. Le match s’est incontestablement joué sur des détails. Mais au coup de sifflet final, on oublie les coups bas, les regards noirs, les phases assassines et les ultimes provocations gratuites. Le vainqueur affiche un sourire de circonstance, rassuré malgré une prestation en demi-teinte, et le vaincu rend hommage à son bourreau. Mais rien n’est acquis. En coupe du monde de rugby comme dans le paysage politique français, le principal reste à faire : gagner la finale.

Hollande-Aubry, un essai à transformerMon billet arrive une fois de plus après la bataille. Tout a été dit par les copains, sur la nécessité du rassemblement, sur l’admirable organisation et le travail monumental des militants et des bénévoles pour que ce moment de démocratie soit une réussite. Cela n’a jamais été réalisé, et je suis heureux que la gauche soit pionnière en la matière. Mais cette France bruisse. Le désormais possible futur Président de la République doit savoir que cette désignation est loin de faire l’unanimité, et qu’il y a un besoin urgent de faire une synthèse qui prenne en compte, non seulement les attentes de toutes les composantes du PS, mais également au-delà, celles des rangs des écologistes, des Mélanchoniens (nistes ?)…

Je ne fais qu’énoncer de criantes vérités. Il me reste devant les yeux, comme des larmes, les images d’avril 2002, puis de mai 2007, où la constante était au-delà de l’invariable : une gauche très insuffisamment unie, jouant contre elle-même. Que de finales perdues stupidement. Que de blessures dont les cicatrisations ne sont toujours pas complètes. Hollande a été choisi démocratiquement, dans un processus admirable. Quel que soit son parcours, ses erreurs, ses manquements passés, ses calculs pour en arriver là, il est le candidat qui peut renverser notre cassoulet national (la petite saucisse et les fayots autour).

Tout est en place. Un candidat légitime, un programme, une équipe. Martine Aubry, dans son discours de dimanche, m’a d’ailleurs semblé comme rassurée par le résultat. Je trouve qu’elle ferait un excellent Premier-Ministre. Mais pour cela, il faut la gagner, cette finale, ne pas sous-estimer l’adversaire même si, plombé par son bilan, il gesticule et aboie plus souvent qu’il ne mord, dans un ridicule haka désordonné et insignifiant. Il reste peu de temps, mais juste ce qu’il faut pour la gauche, pour travailler et parfaire la posture, la solidarité, l’humilité, l’abnégation, parce qu’il n’est pas concevable de perdre à nouveau.

Comme disait Roger Couderc, allez les petits…

Share Button

A nous de choisir

Ouf, c’est fini. Depuis la mi-septembre, les débats se suivent, mais finissent par se ressembler. Je n’y ai pas appris grand chose de fondamentalement nouveau, j’ai même l’impression de m’être ennuyé par moment. En fait, je n’attendais pas le clash magistral tant espéré par Copé, Morano et les hordes d’aboyeurs de droite, je ne redoutais pas non plus l’expression de divergences flagrantes, je restais en veille, sans zapper, presque uniquement pour mesurer la manière dont chaque candidat à la candidature allait répondre à la lettre ouverte envoyée par Arnaud Montebourg.

C'est vous qui décidezTout l’enjeu était là, finalement, puisque tous les autres battus du premier tour se sont rallié sans ambiguïté à François Hollande. Le programme de chacun, leurs motivations, leur manière d’exercer le pouvoir sont exprimées depuis longtemps, et je n’ai guère entendu de grande évolutions, au point de me demander si la fameuse lettre leur est bien parvenue. J’espère qu’Arnaud a bien mis un timbre sur l’enveloppe, et qu’il ne s’est pas trompé d’adresse ou de boite aux lettres… Les candidats ont bien parlé un peu des banques, comme d’autres sujets graves qui hantent notre quotidien, qui bloquent l’ascenseur social, mais cette retenue permanente, destinée à ne pas trop faire peur au potentiel électeur du centre-droit et autre déçu du grand bonimenteur, enlève la symbolique forte des mesures proposées par Montebourg, en les diluant jusqu’à les rendre quasi invisibles. D’ailleurs, il me semble bien que ce nom n’a jamais été prononcé par Aubry et Hollande.

Avec une nuit de recul, je suis même un peu déçu. J’ai assisté à un débat technique, relativement pointu et maîtrisé de part et d’autre. En la matière déjà, cela tranche avec l’usurpateur qui nous sert actuellement de président. Mais je n’y ai toujours pas senti de flamme humaniste, celle qui place l’Homme au centre du dispositif, pour lequel l’économie est un outil à son service, et non une fin en soi. On a effleuré les banques, le mix nécessaire entre maîtrise de la dette et croissance. Mais on n’y a toujours pas parlé de logement, de la condition étudiante, de l’indigence et l’indépendance de la justice, de la gestion de la dépendance. On n’a toujours pas parlé de l’armée des travailleurs pauvres qui ont chacun besoin de deux ou trois petits boulots pour rassembler péniblement un SMIG, et sur qui on fait peser la totalité des efforts à consentir. Pendant ce temps, on rembourse les impôts de Mamie Zinzin…

Entre Aubry et Hollande, il n’y a franchement pas grand chose, les positions sont souvent partagées. Il y a un affichage constant de mettre en œuvre des mesures justes, rationnelles, sincères et réalisables. L’un et l’autre sont bien préparés et capables de battre Toto 1er, parce qu’en fin de compte, il n’y a que la victoire qui compte, quel que soit celui ou celle qui la matérialisera, et il n’y aura pas de victoire sans unité, sans rassemblement. J’ai trouvé Martine un peu mieux, plus agressive qu’à l’accoutumée, et François moins fringant, en retard, souvent sur la défensive, sans que cela change mon impression du départ : pour le moment, je ne sais toujours pas quel billet je glisserai dans l’enveloppe dimanche.

Qu’est ce que l’un va apporter de plus que l’autre à la tête du pays ? Je n’en sais rien. La différence, comme souvent finalement, est une question de ressenti de la personne, de «feeling». On choisira un individu plus qu’un programme, puisqu’il est le même, et que l’équipe qui le mettra en œuvre, sauf grande surprise, sera issue de la grande famille rassemblée…

Votez Aubry, votez Hollande, votez blanc (pas Laurent), mais votez.

Share Button