Stop ou encore ?

Nous voilà revenus quelques années en arrière, à cet instant précis d’octobre 2010 ou, entre pourrissement et mobilisation, le rapport de force choisit son camp. La nouvelle couche de mesures punitives en guise de reforme des retraites laissait alors entrevoir des lendemains difficiles pour les futurs inactifs. Mais on peinait à mesurer l’exacte répercussion, entre l’exagération syndicale et l’exagération toute aussi maladive de la bienveillance du gouvernement d’alors envers le petit peuple.

Malgré tout, nombreux, dont je fais partie, ont alerté sur la réalité de cette réforme. Le recul de l’âge de départ à la retraite n’avait bien peu de justification en matière de temps de travail et même de production. Cette disposition avait juste une conséquence dont les politiques et financiers ont alors soigneusement omis de s’épancher : en allongeant la période de référence, compte-tenu de la situation de l’emploi, personne ne pourrait se prévaloir des trimestres requis pour avoir une retraite pleine. Ce qui correspond tout bonnement à baisser les pensions, c’est à dire de priver les salariés de cette partie de revenus déportée dans le temps pour leur vieux jours. Facile et imparable, et d’autant plus que le constat sera fait plus tard… au moment de la liquidation de ses droits à pension.

Art brut dégénéré, entre oeuf et peintureLe chien a aboyé fort, mais la caravane est passée. Des millions d’âmes ont défilé, les polémiques s’étant borné aux modes de comptage des manifestants. Et voilà qu’on nous sert à nouveau un plat analogue. Seul le chef à changé : il paraît pourtant qu’il a une fibre sociale. Cette fois, c’est le quotidien immédiat qui est affecté. Désormais, l’ensemble des Lois et règlements sont considérés comme un frein à l’emploi qu’il importe de toiletter en profondeur jusqu’à revenir sur des acquis fondamentaux. Le moment est crucial : on continue, ou on arrête avec cet immense gâchis généré par 2 entités qui, un temps, ont marché ensemble ?

Tout a déjà été dit sur la Loi El Khomri et l’incompréhensible tentative d’inverser la hiérarchie des normes qui, comme sa consoeur pour les retraites, a une finalité cachée plutôt évidente : au-delà de l’institutionnalisation de la précarité, il s’agit simplement de faire baisser les salaires. Ni plus, ni moins, l’instauration d’un ahurissant moins-disant salarial. Il ne reste plus ensuite qu’à légiférer pour limiter/supprimer les prestations sociales et en finir avec l’héritage du Conseil National de la Résistance, et la boucle sera bouclée, avec le Parti Socialiste en fossoyeur.

Ces énormes conflits sociaux sur les retraites et sur le travail sont néanmoins différents dans leur traitement. La polémique, cette fois, vient essentiellement de l’intervention sans aucune retenue de la police, échappant vraisemblablement aux ordres, agissant via une multitude d’individus plus ou moins politisés comme une bande ouvertement lepeniste et nationaliste. Casser du gauchiste devient alors une mission à peine accessoire à laquelle les condés ont mis tout leur cœur, avec la force du droit. De l’activisme politique déguisé en maintien de l’ordre. A Lyon, des échanges musclés ont eu lieu en marge entre identitaires et manifestants «antifa» dans lesquels la police avait clairement choisi son camp… Pendant qu’on parle des violences, on ne parle évidement pas du fond.

Le traitement médiatique, les gazages en règle et les coups de matraque que j’ai personnellement subi sans justification ont eu raison de mon cœur de gauche. Il reste où il est, mais pas pour les gens qui prétendent l’incarner. Je suis devenu jusqu’au-boutiste : avec désormais l’exigence du retrait du texte, ou ma colère du politique, droite comme gauche, va se transformer en une forme de haine difficile à maîtriser. Ce ressentiment, c’est la police et ce gouvernement qui l’ont créé et amplifié, comme chez de très nombreux manifestants, juste manifestants, à milles lieux des casseurs. Mobilisation et détermination s’amplifient à chaque nouvelle violence policière. Et pourtant cette gauche, je l’ai défendue envers et contre beaucoup de monde, évoquant l’héritage auquel il fallait faire face et la faible marge de manœuvre dont disposait Hollande.

Ma carte d’électeur est à la poubelle. Elle y est bien. Elle est au niveau de notre démocratie, puisque la représentation syndicale élue des salariés peut être court-circuitée – à quoi sert de voter alors -, puisque la police frappe les objectifs des caméras, puisqu’elle fai effacer les cartes mémoires des appareils photos et molestent des enfants de 11 ans… Quand quelques agités ont saccagé le stand d’un ministère au salon de l’Agriculture, aucun CRS n’a bougé, aucun des protagonistes pourtant filmés n’a été inquiété…

Qu’on ne me dise pas que mon attitude fait le chemin d’encore pire pour 2017. Que pourrait être pire que cette loi sur-mesure pour les libéraux ? Ne nous trompons pas de cause : ce n’est pas mon attitude qui dessert la gauche, c’est celle du gouvernement qui ne respecte même pas ceux qui l’ont porté aux affaires. Il a préféré se soucier des préoccupations de MEDEF, pas de la France qui vivote sans costard à moins de 2000 euros par mois, et qui perdra bien plus qu’une chemise selon le bon plaisir des employeurs.

Pour l’instant, 2017 est le cadet de mes soucis. Je dois d’abord me préserver car je risque davantage un crane défoncé ou/et une garde à vue pour me trouver au mauvais endroit au mauvais moment. On pensera aux élections quand cette loi sera morte et enterrée.

Tous en grève et à Paris le 14 juin pour demander le retrait de cette loi injuste.

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Violence ordinaire

Pour une fois, je vais m’embarquer sur un sujet que je ne maîtrise globalement pas pour ne jamais y avoir été confronté personnellement. Je peux cependant en parler parce qu’il est omniprésent et constitue la première raison de préoccupation des populations et pas seulement en France. Mon seul lien avec lui reste l’actualité et évidemment la situation de quantité de proches pour lesquels le quotidien en est dramatiquement saturé.

Ce sont les images des futurs chômeurs de l’usine Goodyear d’Amiens-nord, retenant 2 chefaillons dans une salle de réunion, qui m’ont décidé. Le chômage est un sujet grave et délicat et j’ai cette grande chance, pour l’instant, de ne pas avoir à envisager cette situation. Mais j’en mesure la portée parce que, comme tout le monde, j’ai une famille à nourrir, des enfants à éduquer et à lancer dans le grand bain. Je n’ose même pas imaginer le cataclysme que constitue un licenciement, de surcroît dans certaines contrées déjà sinistrées, et passé un certain age. Rien que l’idée me fait trembler, moi qui, avec mon salaire garanti de petit fonctionnaire affecté aux taches d’exécution, compte chaque jour au centime près pour tenter de donner à ma descendance des armes contre ce fléau.

GoodyearAlors, quand j’entends le monde politique quel qu’il soit parler de chômage et des solutions pour arriver au plein emploi, je bous. Dans les systèmes libéraux tels que ceux du moment, aux mains des puissances de l’argent, régis par la loi de l’offre et de la demande, il n’y a aucun intérêt d’y parvenir. Un volant élevé de chômeurs est primordial car il empêche de fait toutes velléités des travailleurs qui sont systématiquement cantonnés à l’état de demandeurs. L’employeur est tout puissant et impose ses conditions d’autant plus facilement que les demandeurs sont nombreux. Et comme l’épée de Damoclès de la perte d’emploi frôle les têtes, il n’y a quasiment plus de grèves et de manifestations. L’autorégulation, c’est cela. C’est ainsi qu’en 2013, les seules manifs ont été celles des chefs d’entreprises/pigeons/rapaces friqués défendant leurs fortunes trop facilement acquises, et de fachos/bigots effrayés que tous disposent de mêmes droits…

Les vrais victimes de la crise ne battent plus le pavé. Et je persiste à le dire : le chômeur est d’abord une victime, statut parfois confirmé en raison des agissements peu scrupuleux des donneurs d’ordre. La sanction est immédiate, violente, abrupte et sans recours, avec des conséquences démesurées et à vie. Sans opposition, sans contrôle puisque dans le même temps on a asséché tous les corps de contrôle de l’Etat, tout devient possible et ordinaire. Parce que tout est possible pour cette catégorie de dirigeants. Ils ne connaissent pas la crise, et si jamais elle pointait le bout du nez dans leurs affaires, ils actionnent leurs réseaux et montent au créneau comme jamais pour ne subir aucune chute même minime de revenu. La crise, ce n’est pas pour eux, que les pauvres se débrouillent. Sous Sarkozy, on leur a fait et tenu des promesses sur mesure. Sous Hollande, menaces incessantes et lobbying agressif reçoivent bizarrement une oreille attentive. Mais quand un ouvrier défend son emploi et ses 1600 euros brut mensuel après 30 ans de labeur, maladie professionnelle comprise, toutes les portes se ferment et on lui envoie les CRS.

Le monde a la fièvre, et les dollars montent dans le thermomètre plus vite que le mercure. Les 300 premières fortunes de la planète ont vu leurs avoirs gonfler de 524 milliards de dollars. Pour Goodyear, la société a annoncé en février 2013 sa prévision de bénéfice de 1,4 milliard en même temps la fermeture de son site d’Amiens-nord. Et à y regarder de plus près, cet arrêt d’exploitation ressemble assez à une punition pour ne pas avoir, comme les ouvriers du site du même groupe d’Amiens-sud, accepté quelques menus sacrifices comme la réorganisation d’horaires en 4×8 qui est particulièrement perturbante pour la vie familiale. Quant aux bénéfices, bien réels, ils partent sous le manteau directement au Luxembourg pendant qu’on annonce que l’usine n’est pas compétitive. Du grand art.

Guère étonnant alors d’assister à ces secousses de personnalités. On se demande juste pourquoi cela n’arrive pas plus souvent. Et d’ailleurs, que faire d’autre devant le mépris affiché et l’absence de tout discussion ? Comment pourrait-il y avoir puisque dans la majorité des cas, il s’agit de soigner un cours de bourse, donc des actionnaires. Je comprends et soutiens toutes ces personnes abattues, aux yeux rougis de fatigue et de colère à force de se battre contre du vent. Que reste t-il à part secouer un peu les esclavagistes ou saccager son outil de travail pour solde de tous comptes ? Je comprends et serais même capable d’être en première ligne dans la bagarre parce qu’en restant bien gentiment dans la légalité, on ne récolte guère que des miettes. De toute manière, les mets de choix, on ne les aura jamais.

Mais parallèlement, s’en prendre à Hollande et Montebourg m’apparaît comme assez injuste. Dans cet espace mondialisé, il n’y sont pour rien dans l’attitude ignoble de Goodyear, de Mittal, de Total et autres grands profiteurs. Cela reste quand même la conséquence directe de ce que promeuvent les libéraux les plus acharnés de la «World Company» dont notre parti de droite dite populaire fait son fond de commerce : faire du pognon, vite et beaucoup, sans entrave, et quelles qu’en soient les conséquences. On y est. Puisque la casse est permise pour eux, cassons aussi.

Et évitons juste à l’avenir de leur redonner les clefs du camion.

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Pas content

«Les fonctionnaires sont une nouvelle fois en grève» ai-je distingué ce matin dans une discussion au loin, avec une pointe manifeste d’agacement, entre le ronronnement mécanique habituel et les bips stridents qui découpent chaque voyage en métro. Effectivement, les quelques 5 millions d’agents publics sont appelés à cesser le travail ce jour pour protester essentiellement contre les suppressions d’emplois qui pèsent dramatiquement sur les conditions de travail, et sur les rémunérations qui engendrent un perte sévère de pouvoir d’achat.

Et pourtant, je ne suis pas en grève. N’allez pas imaginer une seconde que c’est par esprit de soutien au gouvernement actuel. La raison est bien plus terre-à-terre : je n’en ai plus les moyens. Jugez vous même. Les chiffres ci-dessous sont issus de l’INSEE. Depuis 2000, et sans évoquer l’invisible hausse lié au passage à l’euro, c’est au moins 16,70 % de pouvoir d’achat qui manquent, soit une dévaluation de mon travail qui pourtant, a considérablement évolué en technicité et en productivité, le tout sous les dénigrements et les coups infligés par le sarkosysme délirant en proie aux poncifs coutumiers liés à cette catégorie de salariés. Depuis 2011, il n’y a eu aucune augmentation de salaire alors qu’autour de moi, les prix de l’alimentaire le plus courant s’affolent, ceux de l’électricité et du gaz explosent, ceux des transports et des services s’envolent. Et j’en oublie…

Année Variation du
salaire brut
Inflation Résultat
2000 + 0,5 % le 1/12 + 1,70 % – 1,20 %
2001 + 0,5 % le 1/05 + 1,70 % – 0,70 %
+ 0,5 % le 1/12
2002 + 0,6 % le 1/03 + 2,20 % – 0,90 %
+ 0,7 % le 1/12
2003 rien… + 2,20 % – 2,20 %
2004 + 0,5 % le 1/01 + 2,10 % – 1,60 %
2005 + 0,5 % le 1/02 + 1,80 % =
+ 0,5 % le 1/07
+ 0,8 % le 1/11
2006 + 0,5 % le 1/07 + 1,60 % – 1,10 %
2007 + 0,8 % le 1/02 + 2.60 % – 1.80 %
2008 + 0,5 % le 1/03 + 2.80 % – 2,00 %
+ 0,3 % le 1/10
2009 + 0,5 % le 1/07 + 0,90 % – 0,10 %
+ 0,3 % le 1/10
2010 + 0,5 % le 1/07 + 1,80 % – 1,30 %
2011 rien + 2,50 % – 2,50 %
2012 rien + 1,30 % – 1,30 %
2013 déja annoncé : rien + ? % – ? %
résultat – 16,70 %

Non je ne suis pas en grève. Je passe mon tour, j’ai déjà donné, et plus que de raison. Un nouveau jour unique à se compter, ça ne sert à rien. Il y a juste un foyer de quatre personnes dont une lycéenne et un ancien étudiant aujourd’hui diplômé sans emploi et sans indemnisation, qui gère ses priorités et ses privations à l’euro près. Un seul jour manquant en fin de mois, que ce soit pour une journée de carence, le joli cadeau du gouvernement précédent, ou une journée de grève, ce n’est simplement pas envisageable.

Je continuerai donc à me débattre jusqu’à mon hypothétique mise à la retraite dans cette armée mexicaine où l’on décide de remplacer deux agents d’exécution payé 1800 euros en fin de carrière par un cadre A++ et qui émargera joyeusement à plus de 4000 euros hors primes sans jamais mettre le moindre doigt dans le cambouis, et dont la seule fonction de management est d’entraver le planning de toutes sortes de tâches annexes sans lien ni utilité avec la mission. Et le résultat est garanti : il y a effectivement moins de fonctionnaires, mais la masse salariale et le salaire moyen ont sensiblement augmenté, ce qui, en ces temps de disette, permet encore et toujours à l’idéologie libérale de désigner cette catégorie nantie à la vindicte populaire. Cela cache surtout d’énormes disparités dont les moyennes se foutent, et les dirigeants politiques aussi. D’ailleurs, la fameuse prime de résultats instaurée par le clan Sarkozy, la prime du pseudo-mérite, a été refilée qu’aux très hauts dignitaires, déjà fortement rétribués. Les vrais méritants, les exécutants du bas, ceux qui produisent, qui font le job, et subissent les effets du dépouillement des moyens et de la crise n’ont que le mépris à se partager.

Pas en grève ne veut pas dire satisfait de son sort, et le gouvernement Ayrault, qui va évidemment minimiser les chiffres, serait bien inspiré de tenir compte de l’avertissement d’un monde un peu dépité et résigné, mis où domine surtout un fort sentiment d’injustice et de colère qui peut très rapidement devenir très bruyant et pressant.

Ce serait dommage, car rappelons-nous toujours et encore d’où l’on revient.

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Qu’en penser ?

C’est la question qui tourne en boucle dans ma tête, un rien lancinante, jusqu’à me hanter. Je ne parle pas de la magistrale démonstration d’égo de l’UMP mais de la décision gouvernementale concernant l’avenir du site de Florange. J’ai beau lire à droite et à gauche pas mal de choses sur le sujet mais j’avoue être un peu perdu, incapable en somme de me déterminer sur ce qu’il faut vraiment faire pour sauver les emplois.

Ce qu'il reste de Florange...Ce que je sais en revanche, au delà de la sombre agitation politicienne, c’est qu’à l’ombre des haut-fourneaux vivent des gens simples, en chair et en os, et guère favorisés par la vie. Ils apparaissent au gré des articles de presse et des reportages comme une masse anonyme posée là, quelque part en Lorraine, autant dire au bout du monde. Inutile de feindre d’ignorer que les quelques centaines de fondeurs ne sont qu’une insignifiante variable d’ajustement au yeux du capitalisme moderne, ce monstre glouton passé maître dans l’art et la manière de provoquer la pénurie pour mieux faire monter les prix de l’énergie et des matières premières.

Je pourrais me satisfaire de l’attitude de ce gouvernement. On ne peut guère lui reprocher de ne pas avoir cherché de solutions. Le précédent n’aurait rien fait du tout. Mais les marges de manœuvre face au marché, face à des mastodontes comme Mittal sont faibles… Evidemment, une nationalisation temporaire aurait été un sacré signal, mais avec d’autres conséquences et obligations économiques pas forcément faciles à assumer. La montagne a donc accouché de petites promesses.

Pas sûr du tout que cela constitue une victoire, comme je peux le lire parfois. On ne parle certes plus de plan social, le site est pérennisé mais il est à l’arrêt. A Florange comme ailleurs dans les bassins ouvriers en lutte pour l’emploi, on sait ce qu’on fait habituellement des promesses. Je me rappelle de celles proclamées haut et fort au sommet d’un tas de palettes à Gandrange. Les salariés connaissent leur invariable destination après les avoir taillés en pointe. Comment se prémunir du cynisme de Mittal, comment lui accorder une once de crédibilité dans sa démarche ? Chacun le sait bien, ce ne sera probablement qu’un court répit alors que le besoin, la technologie et le savoir-faire sont présents. C’est bien celà le pire.

Je suis un peu dérouté. J’ai même du mal à écrire ces temps, mais je me rappelle tout de même d’où l’on revient…

J’en profite pour faire ressurgir une vieille tradition, celle du premier billet du mois consacré à remercier les copains et copines qui m’ont envoyé quelques visiteurs grâce aux 18 liens qu’ils ou elles ont fait sur mon Alter-Oueb ce mois de novembre. Merci à :
Ecume de mes jours
Partageons l’addiction
Affichage libre
– Les échos de la gauchosphère
Le jour et la nuit
Les coulisses de Juan
Partageons mon avis
Le Grumeau
Une autre vie
Ce que je pense
et aussi à Lolobobo (après, je dis ça, je dit rien…)

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Le signal

J’entends d’ici les mains qui se frottent d’aise dans les états-majors politiques de l’ancienne majorité. A la veille du 14 juillet, les premières bombes à retardement, savamment confectionnées, habilement réglées pour produire un maximum de dégâts dans les rangs du nouveau gouvernement et de ses soutiens, commencent à illuminer le paysage, et retombent en chapelets sur une population hagarde et désemparée. Devant un tel choc, la tentation est grande de vouloir s’en prendre à François Hollande, à Jean-Marc Ayrault et consorts. Même la blogosphère, dite de gauche, se chauffe.

PSA, la bombe à retardement de l'UMPPour ma part, le coup porté avec l’annonce du plan social de PSA s’apparente même à une déclaration de guerre. D’autres, et non des moindres comme Sanofi (5,7 milliards d’euros de bénéfices en 2011), Areva, les opérateurs de téléphonie mobile, le volailler Doux, Arcelor à Florange, mais aussi Carrefour, la Société Générale, Air France, Groupama, Danone, la Fnac et quelques autres mastodontes ont ou vont très bientôt communiquer dans ce sens. On y trouve des fleurons naguère, voire toujours ultra-profitables, et on peut légitimement se demander ou sont passés les colossaux bénéfices, et les diverses aides mises à disposition par la collectivité.

Je parle à dessein de guerre, parce que tout simplement, la société a été trompée. La droite précédemment au pouvoir a trompé la France. Cette manne a essentiellement servi à développer les délocalisations et à entretenir les rémunérations des actionnaires et dirigeants, tous grands soutiens de l’état UMP d’alors, pendant qu’on exigeait des salariés toujours plus d’efforts, de sacrifices, et de productivité, faute de quoi, le chômage serait au bout du chemin. Aujourd’hui, on y est. La crise a bon dos. Elle n’explique pas tout, et surtout pas les choix stratégiques désastreux, le manque d’anticipation et de vue à long terme. Rappeler que tout cela est la faute aux 35 heures, au coût du travail, au manque de compétitivité, de formation, d’innovation, c’est oublier qui était au manche pendant les 10 dernières années.

En principe, personne de devrait être dupe. Il est de notoriété publique que l’annonce d’un nombre conséquent de plans sociaux a été repoussé au delà des élections présidentielles afin de ne pas alourdir un peu plus le bilan du président sortant. La bombe PSA est un bien mauvais signal, une peau de banane en bonne et due forme, annonçant une période mouvementée, certainement violente, dont l’actuel gouvernement va inévitablement souffrir.

Que faire, de surcroît dans des entreprises souveraines, libres de leurs choix ? Le gouvernement a peu de marge de manœuvre, sauf qu’en la matière, l’incurie des directions engage la nation puisque c’est la collectivité qui mettra au final la main au portefeuille. J’ai personnellement bien peu d’idées à proposer dans ce vaste gâchis. Mais je commencerai par supprimer toutes les parties variables des rémunérations des décideurs, puis je limiterai leur fixe à 20 fois le salaire minimum de l’entreprise, comme l’a proposé François Hollande lors de la campagne présidentielle, ce qui sauverait certainement quelques centaines d’emplois…

Chiche !

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Dernier 1er mai avant renaissance

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Crédit photo : @MaiMelhor

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Etre « raisonnable »

Lettre ouverte au Maire de Lyon

Permettez, Monsieur le Maire, que je réagisse à vos propos parus dans le quotidien « Le Progrès» du mardi 27 mars où vous appelez les éboueurs du Grand-Lyon en grève depuis 3 semaines à «la raison et au bon sens» dans un conflit qui se radicalise, sans aucun commencement de solution, et qui dérive même sur un terrain complètement déraisonnable.

Je m’adresse à vous en tant que simple citoyen, certes un peu plus engagé que la moyenne, qui n’a absolument aucun lien de près ou de loin avec la corporation qui s’oppose à votre projet. Nous nous sommes déjà rencontré plusieurs fois, en tant qu’ancien président d’un club sportif majeur, puis lors de rencontres avec le monde de l’économie numérique et des blogueurs, où je tentais notamment de vous interpeller sur les grands dangers de la remise en cause de la neutralité du net.

En grève...Mon attitude aujourd’hui émane de mes lectures, de mon vécu, et de la période actuelle particulière. C’est l’objet de ce modeste blog, le titre en est précis. Nous avons en commun, à priori, une sensibilité politique de gauche. Mais votre gestion du conflit actuel, tel que vous le percevez, me questionne à plus d’un titre. Pour tout dire, elle m’agace profondément et d’autant plus qu’elle émane d’un homme, vous, qui se réclame d’une gauche se voulant plus respectueuse et à l’écoute des citoyens, à l’opposé de la manière dont le pays est dirigé depuis une décennie.

Vos propos sont éloquents et sans ambiguïté. Vous ne comprenez pas le mouvement, vous ne trouvez pas d’interlocuteurs, mais vous annoncez d’emblée que le point d’achoppement est non négociable. Vous promettez une remise à plat de la répartition des tournées en 2017, et répondez favorablement à une promesse déjà faite en 2003 à la profession de ne travailler qu’un samedi sur deux. Vous annoncez surtout que le ramassage privé coûte moins cher à la collectivité. Il y a là quelques vérités contestables, et des omissions qui ne vous honorent pas.

Vous le savez bien. Ce nouveau marché, réclamé par Veolia et Suez, a des raisons bien plus obscures. Il doit permettre d’augmenter substantiellement leurs profits, et l’inversion de la répartition des tournées répond à cet objectif : pour le centre de Lyon, c’est 15 tonnes par jour et par secteur pour 15 km parcouru, alors qu’ailleurs, c’est 10 tonnes par jour et par secteur pour 90 km parcourus. Mais on respecte la règle des 50/50 en terme de population couverte. Le service public, au milieu, on s’en fiche bien : plus de tonnage, sur lequel est basé la rétribution, en moins de kilomètres, et le tour est joué. Entrer dans cette combine, pour un homme de gauche, me dérange.

Vous le savez bien, renvoyer l’étude du fond du problème en 2017, c’est dégager grossièrement en touche. Il y aura un autre contexte, vraisemblablement d’autres hommes qui n’auront que faire des promesses de leurs prédécesseurs, d’autres méthodes, d’autres technologies… D’ailleurs, en 11 ans, les promesses de 2003 n’ont toujours pas vu un commencement de mise en place, et on voudrait que les grévistes soient «raisonnables» ? Il y a là une forme à peine voilée de mépris…

Vous le savez bien, la collecte privée ne coûte pas moins cher que celle pratiquée en régie publique. On fait bien dire aux chiffres ce que l’on veut. Vous savez, j’espère, les différences entre les tournées en matière de matériels et d’effectifs utilisés, en matière de services pratiqués, le «service complet», (soit bacs sortis, vidés, rentrés) n’étant pratiqué qu’à Lyon et Villeurbanne, en régie publique, ce qui demande forcément plus d’effectifs… Là, on est dans la manipulation pure et simple.

Vous le savez bien, les entreprises privées possèdent déjà le ramassage des ordures de fin de marchés alimentaires, les corbeilles de rue et une partie du ramassage des feuilles mortes et du tri sélectif. On est loin de la simple redistribution des cartes. En fait, toute cette affaire voit son origine dans des changements plus profonds, comme une contrepartie pour compenser le retour futur en régie publique de l’exploitation de l’eau, donc un gros manque à gagner pour les entreprises concernées… Ce sont donc les éboueurs qui «payeraient» la différence. Et ils devraient se laisser faire «avec bon sens» sans rien dire, pour faire plaisir à des mastodontes déjà riches à millions ?

On ne peut agir ainsi. En tant qu’entrepreneur dans le monde numérique, je ne peux procéder de la sorte quand je perds un client. Je n’ignore rien des enjeux et des pressions émanant de ces grands groupes du CAC40, mais il me semble que ces basses contingences financières, tant à la mode actuellement, sont massivement rejetées par les français, las de faire des sacrifices pendant que l’économie réelle est régulièrement pillée au profit d’une oligarchie égocentrique et hypocrite.

Les Lyonnais ne comprennent pas cette grève. D’une manière générale, le quidam de base ne comprend jamais une grève quelle qu’elle soit, et d’autant plus que l’image qui est modelée par les pouvoirs à destination de l’opinion publique est savamment construite. On a déblatéré sur les salaires des rippeurs pour discréditer. C’est clair, ils sont richissimes. 1.100 euros net primes comprises pour un débutant, c’est un scandale pour une activité si peu importante, tellement gratifiante, par tous les temps, et avec des horaires de rêve… J’ai toujours un peu de mal quand une personnalité politique, dont les revenus mensuels s’expriment au moyen de 5 chiffres devant la virgule, considère comme avantageux les salaires de la base. De surcroît, on a embauché des intérimaires pour casser le mouvement, et vous leur demandez d’être «raisonnables» ? Dans ce contexte, on ne peut guère blâmer les grévistes de bloquer l’outil de travail. En tout état de cause, faire donner la justice à grand frais pour le contribuable n’est pas correct, le tribunal n’étant pas le lieu pour discuter. Ce n’est pas digne.

En tant qu’élu, gestionnaire d’une collectivité de toute première importance, il me semble que votre fonction soit d’abord de protéger l’intérêt public, ce qui ne me semble pas être le cas dans ce dossier précis. On remarque tous les jours les ravages causés par l’«initiative» privée, même en mission de service public : le cas de l’eau, des transports, de la santé, de l’énergie sont emblématiques. Est-il besoin d’y revenir ?

En cette période électorale majeure, pour un membre du parti socialiste, le signal envoyé n’est pas vraiment bon. Cette gestion de crise et de ces salariés, certes fonctionnaires, ce pourrissement du mouvement (et des ordures) n’ont pas grand chose à envier aux modes actuels pratiqués par l’état UMP que le citoyen aujourd’hui dénonce. Il n’en peut plus. Il veut un changement de manière, que cesse ce discours biaisé, tronqué, partiel et partial. Après tant de coups bas dans le fonctionnement de notre société, il exige maintenant la justice sociale, celle notamment de ne plus céder aussi outrageusement aux lobbys des entreprises privées. Mais peut-être, n’avez vous pas perçu cette attente.

Je m’adresse à vous avec mon cœur de citoyen fatigué à la vue d’une société brisée, malade d’un individualisme forcené, rongée par une violence omniprésente, débarrassée des solidarités élémentaires. L’incertitude du lendemain est devenu la règle. L’avenir bascule trop facilement par les décisions que vous prenez au nom de tous. A mon insignifiante place, j’attends un changement de considération envers des gens qui n’en peuvent plus d’être constamment la variable d’ajustement, entre le marteau et l’enclume d’une économie déshumanisée. Comment, dans ces conditions, avancer et faire des projets, être serein et confiant ?

Je compte sur vous.

Veuillez agréer, Monsieur le Maire, ma grande considération.

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Négociez !

Le printemps revient en force. Les tenues vestimentaires se sont considérablement allégées, et les bas-ports du Rhône, à Lyon, proposent de belles images de vacances et de farniente avant l’heure. La carte postale est lumineuse et colorée, mais dès que l’on s’enfonce sur les boulevards et les ruelles, les senteurs changent et le spectacle est tout autre : les poubelles dégueulent et s’entassent dans la plus grande anarchie.

Le conflit opposant les éboueurs et le Grand-Lyon (la communauté urbaire) entre dans sa troisième semaine. Depuis le début, les motifs et les possibles solutions de sortie de crise n’ont guère évolué. Face aux revendications, on oppose une fin de non-recevoir ferme assortie d’une action en justice pour bien monter qui dirige la manœuvre… Inutile de dire que ce mode de concertation ne peut que radicaliser les discours.

Jean-François Carenco, Préfet de la région Rhône-Alpes, un sacré client...En la matière, il faut dire que la région détient un champion du monde, en la personne du préfet Jean-François Carenco. Découvrant le problème depuis son immense bureau doré et meublé avec prix et un certain goût, il a «globalement trouvé que les éboueurs du Grand Lyon ne travaillaient pas beaucoup». Là, c’est sûr, voilà une déclaration qui va utilement contribuer aux débats et apporter un éclairage nouveau.

Avant de lancer des âneries aussi définitives, j’aurais aimé, pour une fois, que ce monsieur parle en connaissance de cause. J’aurais beaucoup aimé le voir accroché pendant 5 heures au cul d’un camion-benne qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, de -15 à +30 degrés. J’aurais beaucoup apprécié de voir cet habitué du costard 3 pièces de grande marque en tenue verte et jaune fluo courir entre les bacs, mettre les mains dans la merde des autres et éviter de jouer les quilles pour les automobiles pressées de doubler en grommelant. J’aurais même payé pour le voir se lever bien avant l’heure du laitier et travailler sans être assisté par une armée de larbins serviles et obséquieux. J’adorerais enfin le voir accueillir avec un sourire radieux une fiche de paye sans commune mesure avec celle d’un préfet de région pour 6 jours de travail sur 7 alors qu’une promesse d’un samedi travaillé sur 2 avait été obtenue en 2003, mais jamais appliquée….

Oui, les heures de travail d’un éboueur ne sont certainement pas au nombre des vôtres, Monsieur le Préfet. Il y a derrière l’aspect purement comptable bien d’autres choses qui vous échappent, que vous refusez de voir, à commencer par la notion même de «travail» qu’il vous est impossible d’appréhender simplement.

En agissant de la sorte, nos élites oublient leur rôle, parce que dans un tel conflit, on est deux, et chaque partie a sa part de responsabilité. Crier sans cesse aux privilèges (sic) des grévistes irresponsables (re-sic) brandissant sans cesse l’étendard rouge de la grève (re-re-sic) face à des mesures et réformes concertées (re-re-re-sic) tout en étant payés (re-re-re-re-sic), c’est déformer sciemment la réalité. En jouant le pourrissement plutôt que de dialoguer, comme dans une démocratie saine, c’est la société entière qui est prise en otage. L’inacceptable n’est pas la grève, c’est l’absence de dialogue.

Et puisqu’on prend sans cesse l’Allemagne comme exemple, continuons. Ils ont, dit-on, cette capacité à négocier, à désamorcer les conflits avant le blocage, d’agir de manière raisonnable. Dans le cas qui nous concerne, c’est tout le contraire. Cette opération de modifier les tournées (pour augmenter de façon invisible les tonnages de collecte des compagnies privées, donc leur chiffre d’affaire, en contrepartie de la perte d’une partie de la distribution d’eau…) est-elle vraiment judicieuse pour l’intérêt général ? On ne gagne rien à s’arquebouter, sauf si l’objectif est de dominer, de casser, d’humilier. On doit bien pouvoir progresser et avancer ensemble. Non ?

Le changement, c’est maintenant.

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Ca ne sent pas bon

Les lyonnais s’apprêtent à passer quelques journées difficiles. En pleine campagne électorale, un rien puante, voilà que les éboueurs de la ville en remettent une couche, en reconduisant ce matin la grève dans un conflit qui les opposent à la communauté urbaine. La mauvaise mayonnaise prend déjà depuis quelques jours entre les différentes parties, incapables de s’entendre, jusqu’à l’inéluctable : le grève, et son cortège de nuisances.

2ème jour de grève des éboueurs à LyonLes motifs ? Les éboueurs dénoncent la part grandissante attribuée à des entreprises privées de collecte des ordures ménagères. Jusqu’alors réparties à parts égales, la communauté urbaine a défini une nouvelle distribution des tournées de ramassage entre la régie publique et les sociétés privées pour octobre 2012, laissant craindre, selon l’intersyndicale, un «grignotage» progressif de la mission au profit de ces dernières.

Derrière cette histoire, il y a des intérêts subtils, bien cachés, mais qui n’ont pas échappé aux syndicalistes. Les camions privés étant rémunérés au poids collecté, les changements induits ne sont pas complètement neutres, et pour Suez et Véolia, les grands bénéficiaires, on parle carrément de jackpot ! Il y a aussi cette vilaine promesse d’un samedi travaillé sur 2, déjà promis en 2003 et jamais appliqué, et proposé comme avancée en cas de renoncement à la grève. Du grand foutage de gueule… La suite est logique, d’autant plus qu’il a été fait appel à des intérimaires pour faire sortir les camions des protestataires, ce qui a eu pour effet de durcir et radicaliser toutes les positions.

Maintenant que l’affaire est sur la place publique, on retombe dans les poncifs à la mode, les vilains grévistes preneurs d’otage, ces fonctionnaires perpétuels «va-t-en guerre» pour un oui ou un non, réfractaires à tout changement, abusant d’un droit disproportionné, etc, etc… Je suis cette affaire de loin, ni plus ni moins informé que le citoyen moyen. Je ne sais rien de leur paye, de leurs horaires, de leurs conditions de travail, mais ce conflit me parle parce qu’il témoigne de l’état actuel détestable du dialogue social. Malgré les grands discours, il n’a jamais existé. La mode du moment, c’est la brutalité, l’amnésie, la schlague : vous pliez, sinon on vous casse. Joli projet de société. On ne dirige pas une collectivité ainsi. Et encore moins un pays.

Il risque fort d’y avoir de grandes répercussions dans les rue lyonnaises. Et alors ? Ne cédons pas à la facilité de vilipender les grévistes car ils sont autant victimes que l’usager. Il n’est question ni de salaires, ni de défendre un quelconque droit ou acquis, il est question du service public, de conserver son boulot et de ne pas favoriser outrageusement un mastodonte déjà riche à millions.. De l’autre côté il y a Gérard Collomb, Maire de Lyon et Président du Grand-Lyon, la communauté urbaine, et ponte du parti socialiste. Sa manière de gérer cette affaire me hérisse et le signal envoyé est inquiétant : cela augure mal de la manière dont le PS va gérer le pays après le 6 mai. Il serait bon d’y mettre un peu plus d’humanité, de justice et de sagesse. Il serait bon de remettre enfin les grands groupes de pression à leur place. Vraiment. Il serait bon de se parler, d’être responsable avant d’en arriver à de telles extrêmes. Monsieur Hollande, j’aimerai beaucoup vous entendre sur le sujet.

«Désormais, quand il y a une grève en France, plus personne ne s’en aperçoit.» Avec ce genre d’affirmation, c’est sûr, on a fait un grand pas, en arrière !

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Grosse fatigue…

Cuicui a raison. En cette fin d’année, il est temps pour moi de décrocher un peu, et de me consacrer entièrement à mes proches pour me ressourcer. Ces derniers jours de 2011 sont de trop. Je suis fatigué, physiquement et dans ma tête, à lutter partout contre les vents dans une société qui ne veut plus des précaires, des chômeurs, des fonctionnaires, des basanés, des grevistes, des gens différents… et qui le fait ouvertement savoir.

Ca fait longtemps que ça suffit...J’avais repris sur un fil des leftBlogs une illustration bien parlante du bilan de l’UMP au pouvoir depuis des lustres, et en ai fait un billet, comme pas mal d’autres blogs, jusqu’à ne voir que cela… Cuicui a raison : la blogosphère tourne en rond, incapable de sortir du cercle d’une poignée de brillantes plumes qui dévorent quantités de pages du net et se rendent liens pour liens. Mais cela reste un bien petit univers, cantonné à quelques rares exceptions à sa mouvance, et ignoré assez largement par l’électeur de base, dont la couleur du bulletin de vote reste la plupart du temps lié à son éducation quand ce n’est pas celle du dernier qui a parlé… Les projets et l’argumentaire qui va avec ne sont que décorum, et l’influence des blogs en politique une vue de l’esprit. Je ne blogue d’ailleurs pas pour cela, et heureusement.

Ce mois de décembre est d’une pénibilité extrême. Aux inévitables bilans et rétrospectives de fin d’année, histoire de bien rappeler la situation dans laquelle on se trouve, il faudra encore avaler pas mal de nouvelles couleuvres. Avec l’accumulation des mauvaises nouvelles, je suis sidéré par le peu de résistance dans le pays. Pire, l’aptitude des gens déjà écrasés par la crise à s’en prendre, non pas aux responsables, mais à ceux pareils qu’eux, leurs voisins d’infortune, qui survivent comme ils peuvent dans cette jungle moderne, me glace. Dans ma consternation, j’en ai même oublié de faire un billet pour des causes qui me tiennent à cœur. C’est à vomir.

Au détour de quelques conversations, certaines réactions sont éloquentes : c’est désormais le smicard qui fustige le chômeur en le traitant de nuisible, de profiteur, de responsable de la crise. Et que dire du carré qui se débat encore un peu, et utilise la grève comme ultime moyen de se défendre. Je peux comprendre la situation actuelle du voyageur bloqué, pris en tenaille dans un conflit qui le dépasse, mais je ne comprend pas les réactions d’une violence inouïe contre les salariés. On ne fait jamais la grève par plaisir, cela n’existe pas. On ne choisit même pas de la faire, elle s’impose à vous parce que la situation n’est plus supportable, parce que la discussion est impossible, parce qu’on a largement franchi l’intolérable. Je n’ai jamais fais la grève sans avoir la rage et une grosse boule dans le ventre qui vous ronge 24 heures sur 24. Parce que la grève est un conflit, dans lequel le «preneur d’otage» est autant du coté de l’employeur que des salariés, mais curieusement, seuls les grévistes sont vilipendés, pas un mot sur les raisons de leur arrêt de travail. Le gouvernement n’a pas tardé : bientôt, le salarié lambda sera totalement muet, et toujours plus flexible : le droit de grève va être très encadré. Mais toujours rien pour les patrons voyous et exploiteurs.

Je fatigue, je radote. Quelques jours loin des écrans me feront du bien.

Passez tous de bonnes fêtes.

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