Et maintenant, c’est mieux ?

Le premier tour de scrutin pour les régionales a livré son verdict. Si la raclée tant attendue en terme de pourcentage global est moins sévère qu’annoncée, les conséquences sont cependant des plus graves : au train ou vont les choses, la gauche va être durablement absente de pas mal d’hémicycles régionaux. Pire encore : non content de ne pouvoir voter pour ses couleurs, pour éviter la peste brune, il va falloir glisser dans l’urne le bulletin de ceux qui ont opprimé durablement les français d’une manière des plus cyniques.

Maréchal nous voilà...On a tous une part de responsabilité dans cette nouvelle affaire. C’est bien une déception de plus, une de celle qui laisse des traces et grave profondément le cuir, dont le «mérite» revient d’abord aux responsables politiques. En se parant des atours d’une vertu qui n’existe guère en la matière, le peuple de gauche a cru – certes naïvement, mais comment pouvait-il en être autrement vu la bande de mafieux au pouvoir avant 2012 – qu’il était possible d’être plus proche des gens et de leurs préoccupations du quotidien. Tout n’est pas à jeter dans ce qu’ont réalisé les gouvernements Hollande successifs. Mais les gens, à raison, n’ont retenu que les reculades et les renoncements successifs. Ils ont oublié le détricotage de lois scélérates et l’héritage du gouffre économique et sociétal laissé par les sarkolâtres. Ils n’ont retenu que le chômage galopant et les lois Macron qui promouvaient des mesures que même la droite n’avait jamais osé mettre en œuvre. Ce n’est pas ce que le peuple de gauche attendait. Ce n’était pas faute de le lui rappeler : toutes les échéances électorales depuis 2012 ont sonné comme un cinglant rappel à l’ordre. Et puis rien…

Cela état dit, les politiques ne sont pas seuls. Electeurs et abstentionnistes participent largement à cette danse désormais macabre pour les 2 grands partis institutionnels. Dimanche, ce sont 6 millions de bulletins bruns relevés dans les urnes qui croient plus que jamais que le FN va les considérer autrement que comme des jambons. A les entendre, il n’y aura désormais plus de cambriolages, plus de gros-mots proférés, plus de chômage, plus d’attentats, plus d’immigrés aussi. Demain, tous les problèmes, comme par miracle, vont s’envoler. J’aimerai juste savoir avec quel programme. Coté économique, c’est le néant cosmique. Côté sociétal par contre, il risque bien d’y avoir du changement, et même pour des bien français. A opposer les gens en permanence en fonction de leur couleur, de leur religion, de leur activité associative, le climat ne risque pas de s’apaiser… 6 millions y croient. Ils risquent d’attendre…

Reste les abstentionnistes, tous ces déçus, essentiellement de gauche, qui ont boudé les urnes. Ils clament haut et fort que le PS est devenu une composante de la droite en reprenant à son compte l’idéologie néo-libérale, en renonçant à la justice sociale la plus élémentaire et les grands principes égalitaires. Ce n’est pas faux, il faut bien le reconnaître. J’ai moi-aussi mangé mon chapeau plus d’une fois. Mais renoncer à s’exprimer est un caprice qui coûte très cher. Au moins le gouvernement d’Hollande évitait certains excès. Cette gauche boudeuse a-t-elle si vite oublié les funestes années Sarkozy et les attaques permanentes contre les petites gens au profit des Bolloré et Tapie ? Vraiment ? C’était mieux alors ?

Maintenant, on y est. Et on fait quoi ? La gauche, parti socialiste et tout le reste avec, est désintégrée, et on a devant nous la peste et le choléra. Se rend-on bien compte de la situation ? Pour qui veut remplir son devoir de citoyen, il faut choisir entre Maréchal-Nous-Voilà et Christian Estrosi, dont on peine à savoir qui est le modèle de qui. Il faut désigner Xavier Bertrand ou la maquerelle mère dont les programmes sont un pâle copier-coller l’un de l’autre. On combattait les fachos et la droite dure, et il faut désormais choisir l’un pour éviter l’autre ? On continue les gars ? Voilà le résultat de cette abstention stupide. Je vais finir par être désagréable et sortir la boite à calottes tant la bêtise a dominé ce dimanche. Ce n était peut-être pas terrible jusque là, mais maintenant, vous sentez vous bien ?

Je suis entré en guerre. Et je me sens un peu seul.

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Marche ou crève

Aylan Kurdi, petit homme de 3 ans, mort par la bétise de ses congénèresUn enfant, parmi tant d’autres est mort sur une plage. L’image a fait le tour du monde. Elle est glaçante. C’est un «migrant», un de plus, qualificatif ubuesque qu’on complète souvent par «illégal». Celui-là est mort. Il avait 3 ans. Il s’appelait Aylan Kurdi. Ce n’est pas illégal, c’est juste inhumain et insupportable.

Manipulation ? Peut-être. Mais en l’état, l’immigration n’en est plus au stade d’être un problème. C’est un tsunami humain qui est en train de se produire. Rien ne l’empêchera, et surtout pas les propos d’une frange bien décomplexée de la droite européenne et nationaliste qui souhaiterait ni plus ni moins pouvoir rejeter toute cette plèbe à l’eau.

Nous sommes tous égaux, tous de la même poussière d’étoiles, tombée quelque part au hasard sur cette planète. Car c’est le plus pur hasard qui fait qu’on commence sa vie en France ou en Syrie, et absolument rien ne permet au premier d’interdire au second de venir s’y faire une place.

Une fois l’émotion passée, rien ne bougera. Comme d’habitude. Le monde occidental, bien trop attaché à son mode de vie égocentrique, continuera d’abuser de la planète et d’ériger des murs contre cette banalité appelée sobrement «immigration illégale». Comme depuis l’origine, le monde dit civilisé poursuivra l’exploitation honteuse du continent africain et des petites nations par son libéralisme sauvage et destructeur et y délocalisera tous les conflits armés qui opposent les grandes puissances du moment, qu’elles soient étatiques, économiques ou religieuses.

Ce n’est guère étonnant que les populations locales fuient. Elles y sont contraintes. Elles n’y ont que le néant comme avenir, avec aucun moyen d’y changer quoi que ce soit. Notre belle civilisation va y semer durablement le trouble et s’offusque ensuite de devoir accueillir des «migrants». Quelle mesquinerie. La guerre et la famine ne sont que des marchés, de surcroît les plus lucratifs qui soient. Celà ne peut plus durer.

Une fois de plus, on descendra, je descendrai dans la rue pour crier «plus jamais cela» bien qu’on sache sans aucune hésitation que le phénomène n’est pas prêt de s’arrêter. Car aucun pouvoir politique n’agira. Tous commentent : «il est temps d’agir…». Mais chacun attend que le voisin fasse le premier pas, geste qui ne viendra jamais. La compétition économique est implacable : marche ou crève.

Le monde, notre monde, entame une longue et douloureuse agonie.

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Et maintenant ?

Quelque part, cette journée du 11 janvier s’est résumée en une avalanche de superlatifs pour décrire une nouvelle page d’histoire. De cette marche silencieuse et recueillie est montée une clameur qui exprime sans ambiguïté un attachement à une foule de valeurs qui sont loin d’être universelles partout. Au premier rang se trouvent la liberté d’expression, la liberté tout court, mais aussi le respect d’autrui, la solidarité, la tolérance, le recueillement… Le message est passé avec force, mais à y regarder de plus près, ce n’est pas aussi simple. Les bons sentiments, comme des bonnes résolutions de début d’année, ont une tendance régulière de s’étioler très rapidement.

Charlie HebdoLe consensus du temps de crise ne durera pas bien longtemps. A peine les cendres refroidies, les traces de sang effacées, le monde politique va reprendre son activité principale, c’est à dire dézinguer le camp d’en face, avec la petite phrase qui tue. Il faudra évidemment tirer les leçons de cette tragédie et aussi de la communion du peuple, mais l’histoire étant un perpétuel recommencement, je suis plus que circonspect.

En fait, on a beau clamer haut et fort qu’on se battra, qu’on est pugnace et solidaire, qu’on est peut-être atteint mais qu’on a pas peur, mais pour ma part, j’ai du mal. «Ohé ! partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme !» résonne en boucle dans ma tête, jour et nuit. Partout, depuis mercredi, dans la rue, le gens se parlent : «Ami, si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place». mais pour combien de temps ? Charlie est immortel, mais sans Charb et ses potes qui réservent à jamais leurs dessins aux nuages. Et qui seront les suivants ?

Depuis mercredi, je n’ai que des questions et assez peu de réponses. Pour l’heure, on entend déjà quelques-uns parler de cet outil de malheur qu’est internet, de la nécessité d’empiler de nouvelles lois, de démultiplier les moyens policiers et de surveillance. On vient à peine de défiler pour défendre la liberté qu’on veut déjà la restreindre… Sans parler que les lois existent déjà, et que, quelque soit l’arsenal déployé, on ne parviendra jamais à tout bloquer. Malheureusement.

Malgré l’ambiance générale dopée par la participation aux marches républicaines, mon inquiétude est renforcée par des attitudes captées un peu partout. Dans mon entourage, il y avait de l’indifférence à peine voilé, parfois appuyé de propos amers tels «ils l’ont un peu cherché». J’ai entendu et lu bien plus grave aussi. J’ai mis tout cela sur le compte de la liberté d’expression. Mais cela me fait froid dans le dos et ne me rassure pas vraiment sur la suite. On était nombreux à dire notre attachement à la liberté, à rendre hommages aux victimes, mais ailleurs, ils sont tout autant nombreux à se satisfaire de cet épisode. Dans un contexte ou l’individualisme est une nouvelle religion, qu’importe les valeurs solidaires, la liberté d’expression pourvu qu’elles ne gênent pas les affaires et l’empilement des profits. Ce n’est pas une vue de l’esprit, c’est une réalité. La aussi, il y a des fanatiques.

Et maintenant ? On va continuer. Le temps passe et atténue les peines. Et facilite aussi l’oubli, et c’est bien tout le problème. Mais promis, autant que possible, on va rester vigilant, tant qu’on pourra, tant qu’on vivra.

Salut Charlie.

Marche républicaine Lyon

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Incivilité ordinaire

Lors des célébrations de l’armistice de la grande guerre, la der des der comme tout le monde le sait, un petit avion de tourisme a survolé le Mémorial de Notre-Dame de Lorette en tirant une banderole demandant la démission de François Hollande. Cela a bien évidemment fait un instant la une de la plupart des médias, entre Nabilla, les écolos casseurs et quelques voleurs de grand chemin.

Notre-Dame-de-NorettePour reprendre brièvement le clavier, il fallait vraiment que je sois outré : sortir une telle banderole un jour de souvenir et de respect pour ceux qui ont vécu l’enfer et donné leur vie pour notre liberté représente un acte des plus odieux. L’inauguration de cet «anneau de la mémoire» regroupant sans aucune distinction toutes les victimes anonymes de la bêtise humaine n’est en aucun cas le moment de revendiquer quoi que ce soit, sinon la fin des boucheries stupides qui foisonnent toujours de par le monde.

Ce survol est ignoble et revient à cracher sur tous les noms gravés sans aucun égard. Pour le monde libéral, tout est permis : la morale et le bon-sens sont à géométrie douteuse. Et dire que le protagoniste, qui aura mis des moyens assez conséquents dans son geste (il en faut pas mal pour faire voler un avion, sans parler du prix de la bâche), n’en finit pas de manifester pour protester contre l’État, contre Hollande, contre la gauche, contre on ne sait plus trop quoi… Nul doute qu’il doit fulminer régulièrement face à l’impôt spoliateur. Il ne manquerait plus qu’il s’offusque de l’insécurité grandissante et les incivilités quotidiennes, la cohérence étant visiblement le cadet de ses soucis… Et ce sont des gens de cet acabit, parés de respect d’autrui et des règles fondant la société, qui aspirent à exercer demain le pouvoir ? Rappelons-nous d’urgence d’où l’on vient.

Mais le plus grave finalement, c’est le mutisme du Parti Socialiste, incapable de communiquer, de protester et de défendre son propre camp.

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Dieu reconnaîtra les siens

Je m’étais pourtant interdit d’en parler. Jamais. Trop passionnel, trop chargé en symboles qui font perdre le discernement le plus élémentaire, et faire passer n’importe qui pour ce qu’il n’est pas. Le seul fait d’évoquer le sujet me semblait aussi dangereux que la visite d’un missile armé dans mon salon. Parce qu’exprimer un simple avis sur le conflit israélo-palestinien dans le sens qui ne convient pas peut exposer à de sérieux ennuis. Donc, je me taisais, gardant pour moi mon indignation. Je me tenais à ma ligne directrice : motus.

Mais parfois, ce n’est plus tenable. Chaque jour nouveau, comment ne pas se révolter devant l’horreur déversée par tout ce qui transporte des images ? Ce ne sont pas les premières. Elles ne seront malheureusement pas les dernières. Et c’est Jacques Kupfer qui m’a fait sauter le rubicon. Après avoir voulu vitrifier l’Iran, ce représentant du Likoud vient, ni plus, ni moins, d’appeler à éradiquer le peuple gazaoui une fois pour toute dans une diatribe qui fait froid dans le dos, à la manière d’Arnaud Amalric décimant l’hérésie cathare il y a bien longtemps : «Tuez-les tous, Dieu reconnaitra les siens»… S’il y en a un. Et les commentaires qui suivent sont de la même eau.

dédicaces sur les bombes destinées à Gaza...Donc je vais me lâcher. Tant de haine ne révulse. Monsieur Kupfer, il semble bien que vous n’ayez rien appris des atrocités et des génocides passés. On s’en est pris à vous, à votre communauté, dans un abominable et monstrueux holocauste, avec le monde comme témoin. Les hommes ne peuvent réparer, mais ils ont pleuré avec vous, en hurlant «jamais plus», en luttant chaque jour pour que chacun respecte l’autre. Et pendant qu’on s’escrime quasi tout les jours à rappeler ces horreurs afin qu’elles ne se reproduisent plus, qu’on lutte contre des partis politiques un rien nostalgiques, voilà que vous, le peuple martyr entre tous, vous souhaitez la disparition radicale de votre voisin, votre frère. Rappelez-vous de Jacob, qui prit le nom d’Israël. Son père Isaac était le frère d’Ismaël…

Je n’ai pas de mots pour exprimer mon dégoût. Tout cela parce ce peuple, selon vous, est de race inférieure et dégénérée, parce qu’il n’a pas le même dieu, parce qu’il est certes turbulent, parce qu’il tente maladroitement de défendre la terre qu’on lui a confisqué du jour au lendemain… le tout exprimé sans aucun état-d’âme.

Monsieur Kupfer, avec de tels propos, jamais vous n’aurez la paix. Ne comprenez-vous donc pas que toute cette violence, depuis la naissance de l’État d’Israël, et encore plus depuis 1967, est totalement improductive. Pire, vous finissez tout seul par être le grand responsable de la montée de l’anti-sémitisme un peu partout dans le monde.

C’est un peu facile, cet endoctrinement maladif du péril imminent et perpétuel de votre nation. Effectivement, je ne suis pas menacé par une roquette tirée hasardeusement. Je ne suis pas menacé par quelques barbus vociférants. Mais si je l’étais, je m’y prendrais autrement. La loi du talion n’a jamais rien résolu, et écraser quelques mouches avec un lance-flamme produit forcement des dégâts. Chaque bombe qui décime les familles palestiniennes forge une jeunesse dans le combat et produit à coup sûr les futurs membres du Hamas avec une haine sans limite. Voilà le résultat de votre raisonnement dont je peine à croire qu’il émane d’un esprit humain.

gazaMonsieur Kupfer, si vous tenez vraiment à Israël, il vous faut désamorcer rapidement cette bombe à retardement qui grossit chaque jour davantage. Pourquoi le fait de tendre la main à ces populations que vous méprisez est-elle une faiblesse ? Demandez-vous juste pourquoi les Gazaouis se sont tournés vers le Hamas. Au lieu de les enfermer, leur couper l’eau et l’électricité, de les humilier à chaque passage du mur, ces vrais terroristes, parce que c’est leur véritable nature et que cela ne se discute même pas, sont venus en aide aux populations assiégées. Avant de s’attaquer aux fondements religieux, ils ont pris soin de palier d’abord les manques les plus élémentaires du quotidien : logement, nourriture, aides diverses, soins, petits boulots… qui s’apparentent le plus souvent à de la survie. Le reste vient ensuite tout seul. Vous n’isolerez les extrémistes qu’en venant en aides aux palestiniens. Et ce serait là votre plus grande force, et le monde entier vous en sera reconnaissant.

Israël et la Palestine peuvent vivre ensemble, côte à côte, chacun avec ses spécificités. Certainement pas demain, ni même après-demain. Bien sûr qu’il y aura des heurs et des drames commis par des irréductibles, mais un acte isolé ne doit pas remettre autant de choses en question. Pour cela, il faut que votre espèce, Monsieur Kupfer, et toute cette génération de vieux faucons issus des guerres passées et du Mossad, dont le passe-temps favori était de saboter tous les traités et notamment les accords d’Oslo, s’en aillent, et qu’une nouvelle classe politique moins extrémiste apparaisse et apaise enfin cette terre de providence et de repère de tant de religions. Rappelez-vous, elles sont toutes bienveillantes et respectueuses d’autrui.

Plus que jamais, j’y crois.

D’ailleurs, il ne faut jamais dire jamais.

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La reprise

C’est quasi fait. La reprise est là. On en sent les premiers relents, elle est toute proche. Elle tend déjà les bras à quelques petits malins qui sont passés sans encombre au travers des gouttes de la crise. Les parapluies plus ou moins légaux n’ont pas manqué : optimisation fiscale, lois sur mesure, réseaux, lobbys et influence sont les mamelles de tout bon homme d’affaire qui se respecte. Pour les autres, ceux qui ne décident de rien, parfois pas même de la consistance de la soupe du soir, c’est la reprise des hostilités. Rapellons-nous juste que l’évasion fiscale, c’est la soustraction par une minorité clinquante d’un pactole de 50 milliards par an, estimation basse, et juste pour la France. Maitre Folace avait raison : pas touche au grisbi…

A l’occasion, on reprendra bien un petit coup de retraites, juste 4 ans après la «der des der», cette grande et courageuse réforme qui devait, selon le grand monarque d’alors, tout arranger pour au moins 20 ans. Cette fois, c’est un gouvernement de gauche qui la mène, avec toujours la même problématique : comment gratter quelques milliards sur le dos des salariés, ceux là même qui se débattent au quotidien avec la vraie crise ?

Les amis démocrates de la SarkozieLa reprise, c’est aussi ce bruit de bottes et des armes qu’on fourbit sur un air de valse à 2 temps. Y aller ou pas, en Syrie, telle est la question. En ces temps incertains, je ne sais vraiment pas ce qu’il faut faire. On ne peut raisonnablement pas laisser Assad, naguère accueilli en Sarkozie en grand ami, gazer impunément son peuple sans courir le risque de mettre le feu à une poudrière qui ne demande que cela. En tout cas, la France ne pourra agir seule militairement. Si les intentions sont louables, il faut se rendre à l’évidence : les moyens manquent, et c’est peu de le dire. Cela fait longtemps que la puissance de la nation a été siphonnée au profit de la «World Company». Merci qui ?

Plus près de nous, en ce jour de rentrée des classes, j’observe le nombre de classes à 38 élèves et plus, et compatis avec les jeunes enseignants, tout justes diplômés, fraîchement placés devant une classe sans formation spécifique. Avec de telles surcharges, le classement PISA de la France ne risque pas de s’améliorer. Les coups de bâton assénés dans les jambes du système éducatif lors du dernier quinquennat laissent encore des traces marquées. Cette rentrée verra bien des créations significatives de postes, mais l’assèchement des finances publiques imposé par les Goldman-Sachs et consors pour les années à venir n’engage pas à un optimisme béat.

La reprise, pour ce blog, c’est aussi maintenant. Depuis quelques mois, j’avais besoin de me détacher un peu de la politique, des affaires, de faire autre chose que de réagir à un peu tout, de faire autre chose tout court… Même si la vie politique actuelle est loin de celle que j’appelle de mes vœux, elle nous permet d’éviter de subir encore les méfaits d’un petit excité complexé et revanchard. Aux déceptions bruyantes, aux critiques souvent acerbes face à l’action gouvernementale, je suis parfois décontenancé. Le Partageux a raison : «La gauche, c’est toujours se soucier d’abord des plus pauvres, des plus faibles, des plus délaissés, des plus oubliés, des plus méprisés. Dès que la gauche oublie un instant cette boussole, elle devient une droite qui désespère les humbles». J’y mettrais quand même des nuances. Tout n’est pas mauvais ou injuste. N’oublions pas d’où l’on revient, l’héritage qu’il faut gérer, et tout ce qu’il faut reconstruire.

D’ailleurs, c’est le meilleur moment pour relancer le blog. La pression commence à monter car des élections s’annoncent pour mars et juin 2014. Il faut avouer que la teneur des pages réservées à l’opposition de droite dans le bulletin municipal de ma commune ont fini par me décider tant les propos sont lamentables et mensongers. Cela tombe bien, j’avais envie de faire un peu plus local, et démontrer qu’un exécutif socialiste sait gérer…

Et bienvenue à Jacques et au voisin Thibaut, deux nouveaux blogueurs admis au sein des LeftBlogs.

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Ca glisse !

Le monde est rempli de questions existentielles qui se battent pour paraître à la une des journaux. Il en a toujours été ainsi. Mais il faut bien avouer qu’en ce moment, ce qui s’affiche m’inquiète, et les nouvelles tordues viennent de partout. Elles ne sont guère rassurantes sur la nature même de l’homme : l’évolution et la sophistication extrême de son mode de vie le conduit paradoxalement à se comporter de plus en plus souvent comme une bête immonde et écervelée, en cherchant des prétextes insensés.

Je me suis trouvé retiré du monde ce week-end, sans télé, sans radio, sans internet, ce qui constitue quasiment un privilège de temps en temps. Bien qu’isolé, je ne suis pas resté totalement ignare de l’actualité, j’ai zieuté, même de loin, les quelques mots affichés en caractères gras sur la page 1 de la presse papier. Au milieu des agissements d’une poignée d’abrutis blessés par des images ridicules, un des gros titres étaient relatifs aux «roberts» de la future reine d’Angleterre, et la mise en vente prochaine d’un nouvel iphone, rendant la version précédente obsolète mais tout de même vendue pour un montant approchant le minimum vieillesse… Des nouvelles de première importance dans un océan de haine et d’individualisme primaire.

Je crois bien que je sature. En observateur relativement averti, je passe finalement mon temps à compiler beaucoup d’informations, à tenter de comprendre le monde qui m’entoure et les phénomènes qui le secoue. Je le vois se déliter inexorablement sans rien pouvoir faire : les points chauds se multiplient, la misère progresse, l’obscurantisme s’étale, et une nouvelle forme d’esclavage devient la règle.

Le calme avant la tempête...J’ai le sentiment de plus en plus vif que je ne finirai pas mon existence sans connaître un conflit majeur, les thèses «malthusiennes», poussées par l’ignorance, la cupidité et la vanité de quelques-uns reprenant à nouveau du service. Pour la World Company aux commandes, ce n’est que du bonheur, une nouvelle possibilité de faire des affaires. Le profit maximum et immédiat est le seul moteur des décisions qu’elle prend. Le reste, le long terme, les dégâts collatéraux sur les gens où qu’ils se trouvent et l’environnement, elle n’en a cure. Après elle le déluge, ce qui est pris n’est plus à prendre.

J’ai donc passé ce week-end hors du temps, préservé du flot d’information, reclus volontaire dans une patinoire, pour découvrir et pratiquer un sport très confidentiel avec une joyeuse bande de bons-vivants. On aurait dit une secte, mais sans les gourous… Je suis rentré fourbu, heureux comme cela m’est rarement arrivé ces dernières années, mais avec plein de nouvelles questions. Après l’épreuve terrible que je viens de traverser, j’ai beaucoup de choses à changer, à commencer par une nécessaire prise de recul sur la manière d’appréhender les faits et gestes qui me passent devant les yeux. C’est complètement indispensable.

Ma manière de bloguer va s’en ressentir puisque j’étais souvent dans la réaction un peu exacerbée. Il y a tant à dire, de quoi faire 5 billets par jour à commenter scandales, méthodes de voyous, et autre escroqueries intellectuelles. Mais je ne peux plus vivre ainsi. Cela ne sert à rien sauf à s’aigrir. Je ne vais pas arrêter de bloguer, mais je vais peut-être le faire différemment, en suivant les conseils de Nicolas lors de son passage dans la Capitale des Gaules cet été. Il y aura peut-être une nouvelle interface, ou un autre blog. Je ne sais pas encore. Le changement, c’est maintenant…

Pour la petite histoire, mon équipe de balayeurs fous a fini 15ème sur 18. Inoubliable !

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La Médaille d’Or de la Syrie

Les habitués de ces pages savent qu’il est des sujets que je n’aborde pas d’emblée. Ce n’est pas qu’ils ne me touchent pas, bien au contraire, mais je sais trop le poids démesuré donné à la communication pour permettre d’évoquer des événements dramatiques comme l’actuel massacre qui se déroule en Syrie sans être instrumentalisé, manipulé. Je ne suis qu’un simple observateur, sans sources privilégiées. Je ne fais que réagir avec mon libre-arbitre, mon éducation et mes lectures. L’actuelle campagne de Médecins du Monde m’a fait changer un peu d’avis.

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En l’absence d’observateurs, de journalistes et d’ONG, systématiquement pris pour cibles, la situation dans ce pays est au-delà du chaos. Bachar El-Assad a vraisemblablement dépassé son despote de père, ordonnateur en 1982 d’une féroce répression à Hama causant vraisemblablement plus de 20.000 morts, laissant déjà la communauté internationale impuissante et incrédule. Depuis quelques mois, l’histoire recommence : le tyran qu’on a hier invité en grandes pompes dans le pays des Droits de l’Homme fait donner la troupe contre le peuple. S’en suit un numéro de haute voltige : on ergote de partout sur les protections chinoises et russes au Conseil de Sécurité de l’ONU en oubliant de souligner que le veto rouge arrange un occident faussement outré. La réalité est implacable : personne n’est prêt à envoyer des troupes à Damas, personne ne veut froisser ce berceau d’authentiques plaques tournantes du terrorisme mondial sous peine de se voir immédiatement frappé… A se demander si, en sous-main, on ne demande pas aux protecteurs de Damas de poursuivre leur entreprise, moyennant de possibles contreparties occultes…

L’attention du monde est ailleurs. A Londres, la flamme diffuse dans l’atmosphère les valeurs sacrées de l’olympisme mais aussi du microcosme des affaires. La défense de la veuve et de l’orphelin, même menacés par les hélicoptères de combat, cela peut attendre. Il faut d’abord protéger les intérêts des argentiers des jeux, quitte à piétiner allègrement les grands principes de libertés fondamentales, quitte à dépenser sans compter pour surveiller et traduire en justice quiconque utilise la plus insignifiante image des JO, faisant dire à Patrick Clastre que le CIO a besoin «d’une dictature ou d’un pays ultralibéral» pour fonctionner…

La Syrie de Bachar fait ses propres jeux chez lui et concourt pour la pire des médailles. Aucune des règles du droit international ne sont respectées. Même la trêve olympique, cette période de paix durant l’olympiade, qui fait d’ailleurs l’objet d’une résolution à l’Organisation des Nations Unies, est ignorée. L’ONU, c’est l’autre grande victime, totalement paralysée par les lobbys et les intérêts commerciaux des firmes multinationales qui dictent leurs conditions aux états influents.

Une partie du monde s’indigne, une autre s’en moque, et devant ce constat d’impuissance politique, il reste le message des ONG et des humanitaires. Cela peut sembler dérisoire, mais il n’en est rien : il faut continuer à informer, à dénoncer, à mettre la pression. La constance finira par payer.

A vous de jouer, diffusez ! (hashtag #AppelSyrie)

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Epuration toi-même

Une campagne électorale est toujours un moment particulier, un peu «punchy», où fusent d’inévitables dérapages et coups bas peu ragoutants. C’est une coutume à laquelle même des hommes à priori bien élevés, supérieurement intelligents, au fait des bonnes manières, se plient sans sourciller. Mais les événements du 1er mars 2012 vont, à mon avis, marquer durablement la suite de la vie politique.

A Bayonne, il y a des gens bons...Je n’ai pas l’habitude de réagir sur la petite phrase du jour, considérant qu’il est inutile d’amplifier le buzz, de continuer à braquer la lumière vers celui qui la réclame. Un idiot proférant des idioties ne mérite pas que l’on fasse tout un plat de ses propos, même (et surtout) s’il est ministre de la république, conseiller du président, ou chef de parti.

Les «événements» de Bayonne sont un tournant à plusieurs titres. D’abord, il y a l’image du rejet du personnage, de président sortant, auquel est normalement attaché une forme de respect dû à la fonction qu’il exerce. Un tel chahut, d’où qu’il vienne, est le reflet de l’exaspération provoquée par l’attitude, le mépris et les mensonges du candidat des riches. Voilà ce qui arrive lorsque l’UMP ne trouve plus de militants ou de sympathisants pour alimenter le premier plan d’inconditionnels pour les vidéos et les photos…

Ensuite et surtout, il y a la conférence de presse improvisée dans un bar. Toto 1er menace, fustige, accuse, et promet. Il n’a fait que cela durant son quinquennat, avec les résultats qu’on connaît : une France dressée, les uns contre les autres, une hostilité exacerbée jusqu’à produire de telles images surréalistes. Et lâche en grimaçant : «Hollande a annoncé l’épuration, ça échauffe les esprits». Comme toujours, la faute, c’est pas lui, c’est les autres.

Epuration. Le mot est fort, lourd. Il exprime pour moi quelque chose de dangereux, de dramatique, de définitif. Rendre pur, éliminer, écarter les indignes, est-ce que ces concepts parlent pour un homme dont le job est d’abord de rassembler ? Est ce que ces propos sont adaptés dans une campagne électorale ? Et un homme aussi absolu dans sa bassesse veut continuer à diriger le pays ? J’en ai les cheveux qui se dressent.

Le vrai problème des 60 jours à venir, c’est la surenchère du candidat UMP, distancé dans les sondages, sans aucun sursaut visible, sans possibilité de se refaire «à la loyale». Au vu du bilan, c’est sûr que c’est compliqué. J’ai juste peur dans cette fuite en avant qu’on finisse par des manipulations à plus grande échelle, du style à provoquer pour l’image des actions violentes, du style à monter de toute pièce un attentat bidon avorté contre sa personne… Ce serait bien dans ses cordes.

Je n’ai pu assister à la prestation brillante de François Hollande, hier à Lyon, les impératifs professionnels passant avant. Mais je ferai l’impossible pour être présent lors de la venue du candidat à talonnette, pour qu’il hume le bruit et l’odeur de l’humiliation, de la défaite.

Quoique. Le bruit et l’odeur, cela avait déjà sauvé son prédécesseur.

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De plus en plus intolérable

C’est par ces mots qu’Alain Juppé a déploré la mort de 2 journalistes occidentaux à Homs, en Syrie. Rémi Ochlik, photographe de guerre, lauréat du prix World Press Photo 2012 pour ses clichés pris en Libye et Marie Colvin, ressortissante américaine installée à Londres et correspondante de guerre pour le Sunday Times sont les nouvelles victimes de la barbarie du pouvoir de Bachar El Assad. D’ailleurs, notre frétillant ministre des affaires étrangères ne s’y trompe pas : «c’est une démonstration supplémentaire de la dégradation de la situation en Syrie». Sans blague…

Rémi Ochlik (photo Yoan Valat/Maxppp)Marie Colvin (photo AFP/Getty Images)J’avais prévu un autre billet aujourd’hui, mais ces réactions officielles m’ont mis hors de moi. La disparition de Gilles Jacquier le 11 janvier avait déjà été qualifiée d’intolérable. Mais rien n’a changé pour notre classe dirigeante. Elle observe, de loin, bien au chaud, sans bouger d’un pouce, sans froisser en rien les 2 géants qui s’opposent à toute intervention sur place. Par sa passivité, elle laisse des pauvres gens se faire massacrer, en direct à la télé. Elle se contente de petites phrases servies entre la poire et le café, de banalités d’usage, comme la déclaration du jour de Toto 1er : «maintenant, ça suffit, ce régime doit partir. Il n’y a aucune raison que les Syriens n’aient pas le droit de vivre leur vie et de choisir leur destin librement».

Il a raison. Mais ça fait longtemps que ça suffit. 2 nouveaux journalistes sont morts et on s’en émeut, mais cela fait longtemps que les meurtres d’enfants, les tirs dans les cimetières, les chars dans les rues, la terreur et la barbarie ordinaire sont monnaie courante. Selon les rares ONG sur place, la répression syrienne aurait fait à ce jour 7.600 victimes… On va continuer longtemps ainsi ? Notre expérimenté président, celui même qui raille la capacité de son adversaire à gérer ce type d’affaire, si réactif et volontariste dans la crise libyenne, qu’attend-il pour agir ? Qu’attend-il pour cesser de taper inutilement du poing sur la table ? Peut-être que sur le plan humanitaire, perçoit-il une différence entre le destin du peuple libyen et syrien ! Ou plutôt a t-il peur de froisser russes et chinois, ces grandes nations des droits de l’Homs et leurs marchés ou ses proches ont de gros intérêts !

On me rétorquera qu’il y a le droit international, l’ONU, bla-bla, tout cela… Bien sûr. Mais si le droit international doit laisser se dérouler une telle boucherie pour un intérêt très particulier, à la face du monde, sans même se cacher, cela n’a aucun sens. J’avais vigoureusement critiqué l’intervention française à Tripoli, jugeant qu’elle servait d’autres intérêts, notamment celui de redorer le blason de notre monarque. Mais au fond de moi, il ne faisait aucun doute qu’il fallait aider ce peuple à se défaire d’un tyran notoire et sanguinaire. On se trouve dans le même cas de figure, à ceci près que les exactions de Bachar El-Assad pour se maintenir au pouvoir sont à une toute autre échelle, suivant de peu son feu père, auteur d’un massacre similaire à Hama en février 1982, pour écraser une révolte motivée par la même soif de liberté.

Finalement, au bout de ces cinq années de brassage d’air, à force de s’agiter, de toiser le monde, d’avoir réponse à tout comme le fayot du premier rang à chaque question de l’institutrice, je me demande si notre monarque n’a pas perdu toute crédibilité sur la scène internationale au point d’être ignoré de tous, et surtout des vrais puissants. On ne sait jamais. En période électorale, continuer d’aboyer peut encore faire illusion.

La grandeur de la France en a pris un sacré coup.

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