Au travail !

Cela devait finir par arriver. Après avoir vu le Parti Socialiste comme parti majoritaire s’éclater en une multitude de courants divers et variés, voilà qu’une partie non négligeable de ses forces vives bruisse. Le projet de Loi de Myriam El Khomri portant réforme du code du travail semble bien être la couleuvre de trop qui finit par briser la fragile allégeance à l’exécutif. En effet, militants, adhérents, secrétaires de section et parlementaires grognent de manière suffisamment significative pour que le recours au 49.3 sur le sujet ressorte de l’ombre, alors même que le texte n’est qu’au stade d’avant-projet.

el-khomri-gattazPour preuve : dans mon entourage «à forte sensibilité de gauche», même les plus ardents défenseurs de la ligne estampillée Valls-Macron semblent embarrassés par la teneur d’un texte dont la raison d’être, outre de régir les contrats de travail, est normalement de protéger la partie la plus faible des outrances propres à la nature humaine. Ce n’est pas le cas. Surtout que ce n’est pas le premier texte dans ce sens. Malgré de belles réalisations, le mandat de François Hollande n’est qu’une suite de reculades et de renoncements incompréhensibles. Que de rendez-vous manqués avec l’Histoire, jusqu’à faire l’inverse des principes et valeurs affirmées lors du fameux discours du Bourget. La lutte des classes, c’est le MEDEF qui l’a gagné, avec la contribution active d’un exécutif de gauche.

J’ai été de ses avocats. C’était jusque là vraiment facile de justifier les actions des gouvernements Hollande tant celles menées par le président précédent avaient été dures et brutales pour les petites gens et les précaires. On avait beau se dire que sous une nouvelle présidence de Sarkozy, débarrassé du besoin de popularité pour être réélu, les choses auraient été encore pires. C’est indéniable tant sa nature complexée est mue par un esprit de vengeance et de rancoeur maladives : ces salauds de pauvres doivent payer. Mais la réalité est aussi que cette gauche m’a fait me pincer le nez de plus en plus souvent, de plus en plus fort, évitant d’en parler ici tant les arguments me manquaient.

On va évidemment ressortir tous les poncifs à la mode, sur l’impossibilité des réformer, sur l’immobilisme maladif du français moyen, peu au fait des impératifs économiques dans un espace mondialisé. « Ne rien changer, c’est nous condamner » s’exclame Manuel Valls. Il n’a pas tort. Mais le problème n’est pas le fait de changer, c’est le contenu du changement qui pose problème. Cela me rappelle la campagne de désinformation qui a accompagné le référendum français de 2005 portant approbation du traité établissant une constitution pour l’Europe. Le «non» qui émergeait a été présenté comme un «non» à l’Europe, en l’imageant sur les conséquences surréalistes d’un tel refus. Or les électeurs ont répondu à la question posée en regard du texte : ils étaient européens convaincus, mais ils ont logiquement repoussé un texte technocratique où le citoyen et la démocratie étaient absents. Oui au changement, mais pas n’importe comment.

On est au même point. Le code du travail a certainement besoin d’être revu, mais pas sous la dictée exclusive de Pierre Gattaz qui obtient pour ses congénères au-delà de ses fantasmes les plus fous sans même avoir à le demander. Joli message envoyé aux chômeurs qui sont désormais à la merci des conséquences de la renégociation en cours des modalités d’assurance chômage. Vous comprenez, les déficits sont abyssaux, les assistés doivent aussi payer. Sauf qu’ils vont payer seuls.

Seulement, si tous ces gens importants contribuaient selon leurs moyens comme le font le commun des mortels, si la fraude fiscale, estimée entre 60 et 80 milliards d’euros par an en fourchette basse, était réduite juste des deux tiers, il n’y aurait plus de déficit,on ne parlerait plus du trou de la sécurité sociale, des caisse de retraite et du chômage… Qu’est ce qu’on attend pour réformer le système fiscal comme promis ?

Je suis stupide, on a déjà renoncé.

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Mémoire courte

Et voilà, ça continue. Dans les gros titres de la presse du jour, les propos sont les mêmes que la veille, l’avant veille, la semaine passée, le mois précédent. Entre ces 2 tours de scrutin des municipales, la gauche est une nouvelle fois désavouée. Cette fois, c’est le Conseil Constitutionnel qui a censuré une grande partie de la «Loi Florange» censée protéger certaines entreprises de la prédation financière au nom du «droit de la propriété privée et de la liberté d’entreprendre». En gros, on n’a pas le droit de sanctionner le pauvre propriétaire d’une entreprise rentable qui renvoie ses gens vers Pôle Emploi pour arrondir substantiellement ses fins de mois.

Loi Florange : mal barrée...A droite on jubile, et il y a de quoi. Selon l’UMP qui a saisi l’instance suprême de la République, c’est une nouvelle ligne écrite au passif du gouvernement décidément incapable. Et dans le contexte ambiant, les porte-flingues à droite ne se privent pas de tirer sur l’ambulance et occupent tout l’espace médiatique : en haranguant l’opinion sans cesse de la sorte, on contribue essentiellement à occulter la belle image d’une défense des intérêts des patrons et de la finance au détriment des ouvriers et du chiffre du chômage. Parce qu’en période électorale sur fond de crise, le bruit profite toujours. Le bashing anti Hollande, anti PS, anti gauche est devenu une stratégie absolue, et les slogans martelés depuis deux ans par Copé et ses vassaux sont repris partout en boucle, sans aucune précaution par toute la presse pourtant dénoncée régulièrement pour être à la solde du PS.

On favorise donc les licenciements sans cause en dénonçant dans le même temps l’incapacité du gouvernement à enrayer la montée de la courbe du chômage. «Molex», cette entreprise pourtant rentable en 2009, au plus fort du sarkozysme débridé et triomphant, a été saccagée, pillée de sa technologie, sacrifié eu nom d’une logique boursière scélérate et individualiste. L’affaire est emblématique. Aujourd’hui, cette fermeture est qualifiée de «sans cause réelle et sérieuse» mais le mal est fait : les gens gonflent les chiffres des sans-emplois sans aucun retour possible. Voilà ce que défend l’UMP.

A gauche, c’est un nouveau coup de bâton dans les jambes. Le gouvernement se refuse, et c’est tout à son honneur, de se lamenter sur le passif hérité mais qui continue à plomber lourdement le quotidien et les résultats. Parce que la croissance ne se décrète pas, pas plus à droite qu’à gauche et parce que les recettes ne sont pas françaises mais mondiales… D’ailleurs, ces recettes sont simples : il est interdit d’aider d’une quelconque manière la populace. A chaque fois qu’un projet social ou relevant de la plus élémentaire justice sociale a vu le jour, il a été combattu par de puissants et influents lobbys occupés à défendre leurs privilèges, et par des instances supra-nationales qui infligent amendes et sanctions financières. On peut réformer les retraites, le code du travail, la sécurité sociale mais qu’à la baisse. On peut aussi réduire les impôts des plus riches. C’est tendance. C’est ce qu’a promis le candidat UMP de ma commune, en qualifiant cette mesure de courageuse (sic)… Ca, c’est permis, mais pas l’inverse…

Najat Vallaud-Belkacem a beau déclarer «nous devons tirer de ces municipales une leçon, celle de travailler au redressement du pays, avec plus de rapidité, plus de force, plus de cohérence et de justice sociale.», mais avec quelles marges de manœuvre pour l’exécutif du pays ? Les français demandent un résultat immédiat là ou seules des mesures à long terme peuvent produire des effets. Et sanctionnent. Dans ce contexte, le recours au Front National est au mieux une vaste blague. Certains sont prêts à tenter l’aventure ? On en connaît pourtant le résultat, le changement : Vitrolles, Marignane, Carpentras, Orange, rien que des modèles de gestion et de vertu politique où le clientélisme et l’exclusion sont la règle… Courte mémoire.

Sans aller si loin, a t-on à ce point perdu la mémoire de la gestion UMP du pays, sans même remonter plus loin que le quinquennat entre 2007 et 2012 ? Ne se rappelle t-on plus de la manière dont on a traité les ouvriers à Gandrange, Florange, ceux de Continental, Peugeot et tous les autres, comment on a contribué à faire échapper à l’impôt des plus aisés tout en contraignant tous les autres, comment on a sauvé les copains banquiers, comment le pouvoir s’est protégé de la justice pour se garantir son impunité ? A t-on oublié à ce point les raisons du marasme actuel causé par un système capitaliste dévoyé par la finance et érigé en dieu absolu par l’UMP ? La crise a plombé l’armée des smicards, pas les millionnaires qui continuent à saturer les stations de ski huppées.

Bon sang, même si rien ne semble bouger, ce qui est faux, rappelons-nous d’où l’on vient !

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L’outrance ordinaire

Les derniers jours de campagne électorale sont souvent le moment où les ultimes arguments sont lâchés pêle-mêle, où l’on assène à la hâte la petite phrase qui tue, comme s’il fallait absolument être le dernier à parler. Perdu pour perdu, secouer le cocotier avec vigueur, quitte à dépasser les bornes des limites, n’est pas forcément un mauvais calcul dans le contexte de forte abstention annoncée. Les derniers propos de Paul Bismuth dans le Figaro ne me démentiront pas.

Chez moi, FranchevilleLa surenchère ordinaire des discours électoraux constitue un folklore finalement assez amusant pour des oreilles un peu rompues à l’exercice, et chez moi, les candidats pour la mairie de Francheville, dans la proche banlieue lyonnaise, n’échappent pas au principe. D’un côté, il y a l’équipe municipale socialiste, qui s’appuie sur un bilan consistant, et qui n’a guère à s’employer outre mesure. Au milieu, une liste EELV tente de sensibiliser sur des thématiques très spécifiques compte-tenu du contexte géographique de la commune, et qui sont justifiées. A l’autre bout, l’opposition UMP, écartée des affaires locales depuis 1989, tente paradoxalement d’exister dans une commune classée dans la catégorie «banlieue chic»… Et c’est là que cela se gâte.

Les slogans accrocheurs, affichées sur la vitrine du local du candidat UMP, en bien plus gros que le maigre programme, sont éloquents : «Les socialistes augmentent les impôts pour dépenser plus ! Les écologistes augmentent vos impôts pour vous compliquer la vie ! L’UMP baissera les impôts locaux ! » Bien sûr qu’ils vont baisser, s’ils sont élus… Et la marmotte met le chocolat… Pour ma part, je ne le souhaite pas. L’impôt est, en principe, un instrument de redistribution et de lissage des excès induits par la nature humaine… En principe. Il ne me semble pas anormal de contribuer en fonction de ses revenus au fonctionnement de la commune dont la fonction sociale et l’aide apportée aux plus faibles m’apparaît capitale. Quant à l’écologie qui complique la vie, on distingue bien le degré de considération accordé par les libéraux pour notre environnement outrancièrement pollué et exploité. N’y a t-il vraiment que l’argent sans entrave qui compte ?

Mais je disserte dans le vide. Personne à l’UMP ne va contredire ces slogans. Avec la diatribe sarkoziste du jour, aussi outrancière soit-elle dans le plus pur style cortoesque ou berlusconien, cette droite semble retrouver une espèce de fierté perdue et une nouvelle énergie pour se déplacer dans l’isoloir. C’était pourtant loin d’être évident tant le poids des casseroles à traîner était important. C’était aussi le but immédiat à atteindre. Pour le reste, si tout ce bruit existe, c’est que Sarkozy-Bismuth y est quand même un peu pour quelque chose.

Au final, il ne faut pas se tromper : les élections municipales désignent un maire, mais surtout un équipe qui est au plus près du citoyen, qui est en charge du quotidien des habitants en terme d’équipements, de voirie, de commerces, de services, d’accessibilité, etc… Le vote sanction, tant prôné par la droite et le FN contre l’action du gouvernement ne sanctionne personne d’autre que l’électeur lui-même et l’armée des abstentionnistes. Parce que s’abstenir, c’est fuir avec lâcheté son devoir, c’est se moquer avec outrance de l’histoire et de ceux qui se sont battus pour obtenir ce privilège, parfois jusqu’à la mort.

Dimanche, allez voter !

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La peur

La France a peur. Ce n’est pas Roger Gicquel qui le dit mais les préfets de la république dans une note confidentielle qui ne l’est déjà plus. Ainsi, pas seulement en Bretagne mais partout sur le territoire, il n’y aurait de manière «presque spontanée» que «crispation, exaspération et colère» : «la situation sociale laisse peu de place à l’optimisme», parlant même d’une possible «explosion sociale». Rien que cela…

Qu’il y ait un malaise dans la société française n’est pas vraiment une surprise. Mais ce n’est pas franchement nouveau non plus. Les signes de crispation, d’exaspération et de colère sont monnaie courante et occupent depuis longtemps une place centrale dans le quotidien au travers des difficultés comme le chômage, le coût de la vie et les diverses réformes et attaques des système de solidarité. Les chocs pétroliers des années 1970 et l’américanisation de l’économie ont sonné le grand départ du tourbillon néo-libéral avec toutes les conséquences qu’on connait.

Manifestation spontannée ? Ben voyons...Cette évolution, si je puis dire, a produit des fortunes immuables : il n’y a qu’à observer dans la rue, les comportements, les gens, les voitures, les titres dans les journaux : les riches le sont de plus en plus, les pauvres aussi, et la classe moyenne l’est de moins en moins. L’ensemble des propos tenus pas les préfets ne résultent pas d’un fait précis, suffisamment grave et destructeur, mais d’une évolution naturelle d’un système économique qui agit lentement mais sûrement, à l’image de la fameuse allégorie de la grenouille. Rien de bien nouveau donc.

Les préfets semblent ainsi sentir l’eau chauffer autour d’eux. François Hollande est devenu clairement la cause de tous les maux et cristallise autour de lui toutes les critiques. Avec son gouvernement, il doit gérer une friche laissée par son prédécesseur et même au-delà : on ne retourne pas en quelques coups de bêche un champ aussi vaste, autant caillouteux. Confronté aux lobbys de toutes sortes, Hollande à reculé un peu sur tous les sujets, surtout ceux concernant les «possédants», et a déçu, même dans son camp. Et alors ? L’eau du bain est chaude depuis un moment. Sarkozy, pour sa part, y a mis un sérieux coup de lance-flamme en tenant chaque nouveau jour des propos plus qu’outranciers, divisant le pays en jetant à la vindicte populaire, le doigt tendu et le rictus aiguisé, telle ou telle catégorie de français, ou de moins français. Les préfets n’ont alors rien trouvé d’anormal dans le climat social alors que 3 millions de paires de jambes battaient le pavé la même journée lors du dépeçage des systèmes de retraites.

Aucun sondeur ne m’a jamais interrogé pour alimenter la côte de popularité de président Hollande. Et autour de moi, si le moral n’est guère brillant, je ne compte malgré tout que peu d’avis vraiment hostiles. Je ne suis donc pas le seul à penser que Hollande reste le seul rempart crédible face au mouvement libéral réformateur et dérégulateur généralisé. Il y une forme évidente de fatalisme, et même de désillusion face à la politique en général, parce que la chose publique a été entièrement phagocyté par la haute finance globale qui dirige seule le monde. Et cela, Hollande n’y peut absolument rien.

Peut-être qu’aussi pour moi, inconsciemment, il y a le souvenir de ce qu’a été le quotidien sous un gouvernement de droite, avec sa vision très particulière du monde du travail dit moderne et décomplexé : imaginons un seul instant «TalonetteMan» au manche, de surcroît débarrassé de la nécessité de ménager l’opinion pour la réélection… Le peuple de gauche oublie un peu vite à quoi il a échappé.

D’ailleurs, le seul fait de l’évoquer me fait frissonner, de peur, mais certainement plus de rage. Rappelons nous bien d’où l’on revient.

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Qui va payer ?

Je ne sais pas si le phénomène de grogne, présenté comme une quasi généralisation, est plus ample que par le passé, sous les gouvernements précédents. Mais une chose est sûre : les relais fonctionnent à pleine capacité et ratissent large, et la concentration géographique finit d’amplifier un malaise qui, s’il est réel pour certains, reste surtout une bataille idéologique d’une classe pas vraiment aux abois. Il faut redresser la France, mais sans rien leur demander.

La manifestation de Quimper du 2 novembre où défilaient ensemble syndicats et MEDEF a tout de même eu une couleur glauque et une allure bigrement contre-nature, les uns défendant leurs emplois au milieu des autres arc-boutés sur leurs profits… Je ne discute jamais des motifs qui amènent les gens dans la rue ou qui se mettent en grève parce que pour l’avoir vécu plus que de raison, je considère ces actes comme matérialisant souvent un fort sentiment d’injustice. Cela demande de l’abnégation et une énergie décuplée par l’état de tension perpétuelle. On ne manifeste jamais par amusement : c’est un acte politique ereintant à l’issue très incertaine.

Mais, parmi la multitude de raisons qui ont provoqué ce rassemblement, pour tous les bords en présence, il y a dans cette Bretagne irritée une constante immuable qui est d’oublier les véritables responsables de la situation pour reporter toute la rancoeur sur le gouvernement. C’est un peu facile : les patrons-routiers ont omis qu’ils doivent l’écotaxe au gouvernement précédent qui roulait bien à droite, comme eux, avec à la clef, une gestion très particulière de l’argent public. On dirait qu’on a trouvé bien plus opaque que le brouillard breton. Et cerise sur le gâteau comme un bonnet rouge sur le chef de futur chômeur, les ouvriers des industries du saumon, poulets et autres barbaques vocifèrent et s’en prennent violemment au ministre de l’agriculture alors que leurs malheurs sont surtout dus aux manœuvres douteuses de leurs employeurs respectifs qui ont sciemment dégradé leur outil de production en bâtissant leurs modèles économiques sur des subventions européennes, donc de l’argent public, pour casser des marchés à l’export. C’est économiquement discutable et moralement méprisable. Du gagnant-gagnant fortement lucratif à court terme et sans risque, aux frais du contribuable. Du bon capitalisme en somme. Devinez qui va payer.

Les contis : saccage = condamnation...Cela n’a pas empêché bourreaux et victimes de marcher ensemble, et à l’occasion de brûler et saccager le bien public. J’ai le souvenir vivace et douloureux d’un des «conti» de Clairoix, Xavier Mathieu, envoyant voler un ordinateur d’un bureau d’une sous-préfecture à l’annonce de licenciements honteux. Je me rappelle de quelques copains faucheurs de végétaux OGM pourtant interdits. Tous ont été lourdement condamnés sans aucune forme de compréhension. Aujourd’hui, en Bretagne, des portiques brûlent. Une autre sous-préfecture subit des dégâts volontaires et filmés en toute impunité. Et je sais qui va payer.

Pour les dégradations répétées du domaine public, pour cette écotaxe pourtant nécessaire en vertu du principe «pollueur-payeur», pour le marché avec Ecomouv, ce groupement de sociétés chargé par la bande à Fillon de la mise en œuvre et la collecte de la taxe qui illustre à merveille le triomphe du capitalisme mafieux, le contribuable y pourvoira.

Et encore, quand je dis «le contribuable», il s’agit de ceux qui n’ont aucun moyen de défiscaliser…

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Toujours plus

Je ne sais plus s’il faut parler de nouveauté, de scoop ou de buzz, à moins que ce soit un simple marronnier dont la presse a le secret : «44 % des foyers fiscaux ont vu leur impôt sur le revenu augmenter en 2013» annonce le journal Le Monde ce matin. En fait, cela fait bien quelques semaines, quelques mois, plus d’une année même ou aucun jour n’échappe à un titre accrocheur ou une déclaration ravageuse d’un homme politique sur la hausse honteuse des impôts.

Je fais donc partie intégrante de cette catégorie, car ma contribution aux charges de l’Etat a effectivement augmenté cette année. Et avant qu’Alzheimer me gagne, il me semble bien que c’était le cas l’an passé, et le précédent aussi. Pour faire court, cela fait au bas mot 32 ans que je paye des impôts, et que la somme que j’abandonne au Trésor Public est chaque fois plus importante. D’un côté, je pourrais ainsi, moi aussi, faire un titre ravageur sur l’escroquerie manifeste et continue de l’Etat spoliateur. Mais de l’autre, il faut reconnaître que s’il en est ainsi, c’est que je gagne ma vie, que je participe à la vie de la cité à la hauteur de mes revenus dans un système qui, à priori, est redistributif envers ceux qui n’ont pas ma chance…

Tout augmente !Je ne devrais plus, mais j’ai la faiblesse de croire encore que cette manne sert principalement, selon moi, pour faire fonctionner des services dits publics d’éducation, de santé, de justice, de distribution d’eau et d’énergie, pour activer des solidarités, pour que tout le monde puisse être préservé de la misère, la vraie, celle qui crée des camps abominables comme en Afrique, en Inde ou ailleurs. Oui, c’est volontairement réducteur, et j’entends déjà les cris d’orfraie évoquant cette masse bien grasse de vils profiteurs d’un système dévoyé qui dépouillent ceux qui travaillent, qui s’échinent jusqu’à l’épuisement, qui amassent, qui méritent… La misère, personne ne la mérite…

Comme toujours, de l’angélisme à la réalité, il y a un gouffre. Et l’amalgame n’est pas loin. Les margoulins pullulent, avec des fortunes diverses. Entre les profiteurs inévitables, les escrocs à la petite semaine, qui tirent parti de tout ce qu’ils peuvent (8 à 10 milliards d’euros par an) et les spécialistes de l’optimisation fiscale, l’autre nom de la fraude fiscale (60 milliard d’euros par an, rien que pour la France, estimation basse), tous exploitent les failles d’un système ou l’on a sciemment dépouillé les services de contrôles. La nature, qui a horreur du vide, aidé en cela par l’état de crise perpétuel, a fait le reste.

Et pourtant, sur le papier, quelle belle idée que celle où l’on contribue équitablement aux charges de la nation à hauteur de ses revenus et de ses charges par une progressivité alambiquée. Une quasi utopie qui a plus ou moins bien fonctionné pendant les 30 glorieuses avant que le gratin de la société conservatrice y trouve ombrage au lendemain du premier choc pétrolier, puis avec l’arrivée de la gauche au pouvoir. Depuis, le consentement à l’impôt a été mis à rude épreuve, avec pour point d’orgue, les lois assez incroyables permettant aux premières fortunes du pays de se faire remettre de la part du trésor public des chèques libellés en millions… Et ce, en pleine déconfiture économique !

En cette période, je trouve malvenu tout ce tapage. Surtout quand on voit d’ou il vient. N’allez pas croire cependant que je saute de joie, que je remets mon obole à mon percepteur en lui faisant une bise sur le front. Si la France en est là, si le gouvernement Ayrault est contraint à cette extrémité, à la veille d’une échéance électorale importante, c’est qu’il faut, entre-autre, payer les dettes de bringues et de jeux de l’équipe précédente. La aussi, il faudrait veiller à ne pas l’oublier, et se rappeler d’ou l’on vient.

Pour revenir au sujet, si seulement 44 % des foyers ont vu leur imposition grimper, cela signifie, à la manière de Jean-François Copé commentant un taux de grévistes, que 56 % paient moins d’impôts que l’an passé. Mais bizarrement, ce chiffre ne suscite aucune observation. Pour ma part, la somme à payer est en progression constante. C’est ainsi. Mais dans ce maelström de chiffres, il y en a un qui, pour la première fois en 32 ans, a baissé. C’est le montant que j’ai déclaré en rétribution pour 2012 comme fonctionnaire d’Etat.

Comme quoi tout arrive.

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Fuite en avant

J’ai parfois de drôles de lectures. Comme si je n’en avais pas assez à parcourir les billets des copains présents dans ma «blogroll», je me suis volontairement aventuré au delà de la ligne jaune, celle qui ressemble à la délimitation des deux espaces d’opinion politique de notre pays. Il y a de l’autre coté des choses intéressantes et quelquefois bien dites, mais globalement, je ne peux m’empêcher de percevoir dans leur expression, au delà de l’amertume d’avoir perdu le manche, une forme d’égoïsme extrême quand il s’agit d’évoquer la manière de combler les déficits des Etats.

Non aux coupes budgétaires en EspagneCe genre d’attitude est un peu problématique parce que cela ne cadre pas avec les valeurs qui fondent notre société au sens large. Dans le pays des Lumières et des Droits de l’Homme, il y existe des éléments de cohésion sociale plus développés qu’ailleurs avec des dispositifs de solidarité et d’assistance nés de luttes épiques et de la volonté de grands hommes. Hélas, tous ces beaux principes volent en éclat au moment où, justement, face à l’adversité, cette belle société devrait se resserrer et se protéger collectivement.

Au-lieu de cela, on se divise, on attaque, on rappelle toujours et encore les effets des années Mitterand. Depuis, rien de ce que l’Etat met en œuvre n’est rentable, hôpitaux, école, sécurité sociale, même la SNCF… On fustige les socialistes oeuvrant ici et ailleurs en Europe, qui prennent tout aux riches sans rien changer dans leur gouvernance dépensière, laxiste et irresponsable. On déclame d’un ton professoral que le problème des déficits ne sera jamais réglé puisqu’aucune des «mesures structurelles» indispensables n’est prise pour réduire les dépenses et amorcer la croissance. Je ne mets pas de liens sur ce style de sources, nul besoin de leur faire de la publicité. C’en est parfois abjecte de bêtise et d’individualisme. Quand on est riche et en bonne santé, c’est évidemment plus facile.

Reste le dernier argument, et non des moindres : «à force de les taxer, les riches vont fuir». Donc contribuer à la hauteur de ses revenus, une autre base de notre société, se révèle être une autre douce chimère. Depuis la brutale secousse de 2008, je vois bien dans mon entourage que les gens aisés n’ont en rien changé leurs habitudes de consommation, comme si la crise n’avait quasiment aucune prise sur leur train de vie. Il ne faut rien leur demander, au risque de les effrayer. Il vaut mieux se rabattre sur les chômeurs, les précaires, les fonctionnaires, pleinement concernés par les fameuses mesures structurelles. Ceux là ne risquent pas de traverser la frontière suisse ou luxembourgeoise avec une valise en croco. De surcroît, déjà passablement étranglés, ils ne descendront même pas dans la rue pour protester contre l’inégalité de l’effort à consentir.

Sauf en Espagne, où les manifestations spontanées sont devenues impressionnantes. Les commentaires qu’on y entend font preuve de détermination et d’une grande maturité : oui il y a crise, oui il faut payer, oui on paye, mais pas n’importe comment, et il faut que tout le monde en fasse autant, et surtout ceux qui ont provoqué cette situation… Ce qui est très loin d’être le cas aujourd’hui.

C’est là toute la difficulté. Réduire les indemnisations du chômage, les retraites, ponctionner de 15% un salaire de 1.500 euros, c’est brutal, non-négociable, et terriblement douloureux. Mais augmenter la pression fiscale dans les mêmes proportions envers la bourgeoisie, c’est totalement impossible sinon ils se délocalisent. Visiblement, ce doit être un véritable catastrophe de changer l’Audi tous les 3 ans au lieu de 2… Avec de tels principes, la situation ne risque pas de s’arranger.

Le menu ce soir : le 20 du mois, c’est jambon – pâtes au beurre, sans beurre.

Crédit photo : © AFP – Dominique Faget

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Facture professionnelle

Mon téléphone sonne.
– Allo, bonjour ! Vous êtes bien gérant d’une SS2I ? me demande une voix féminine assurée, dont on ressent immédiatement le poids de l’expérience.
– Euh, non, pas tout à fait en fait, mais oui, je fais essentiellement du conseil, de l’accompagnement au changement et de la sécurité informatique, répondis-je en pensant : tiens, voilà du taf. Finalement, l’ami Google ne m’est pas complètement inutile. En dehors de me pister partout sur le Net, il finit par me servir et m’apporte quelques clients… Super ! Je continue donc de ma plus belle voix : que puis-je faire pour vous ?

Le prix s'oublie, la qualité reste... les Tontons flingueursS’en suit une rapide présentation, quelques politesses et banalités d’usage, et nous voilà dans le vif du sujet. La charmante dame continue.
– Nous proposons aux entreprises de votre secteur d’activité d’acquérir des vins d’exception qui s’adressent à un public connaisseur, des vins de garde de grande qualité, etc, etc…
A ce moment, je m’interroge : je l’éconduis gentiment ou je continue ? sachant pertinemment que mes moyens ne me permettent pas actuellement d’acheter les noms de rêve qu’elle me cite, même en une seule bouteille… Mais je continue, curieux, voyageant de Gigondas aux Graves, en passant par les Côtes de Beaune… Noël n’est pas loin, mais encore trop pour qu’il s’agisse d’un cadeau. Après un bon quart d’heure à parler de robe, tanins, terroirs, exposition, cépages et vendanges, j’attends la phrase qui tue : combien pour cet assortiment de 12 bouteilles ? Ce qui m’a achevé n’est pas le prix, au demeurant très raisonnable, mais le reste :
– je vous fais une facture «professionnelle», au nom de votre société…

Alors que le débat fait rage actuellement sur les questions de fraude, de triche, de passe-droit, le procédé me heurte profondément. Evidemment, je ne suis pas né de la dernière pluie, je sais bien comment fonctionne le barnum. Cette manière de faire est parfaitement légale, mais cela s’apparente dans mon esprit à une fraude caractérisée : faire prendre en charge par la boite un certain nombre de «frais» personnels réduit artificiellement son résultat, et augmente les revenus du réel bénéficiaire en toute cachette du fisc. Un gain parfaitement déguisé et invisible. Le salarié, l’assisté, le malade sans aucun sens des responsabilités, ils déclarent tout à l’euro près. Mais ce sont eux qui supportent l’entière charge des difficultés de notre société, y compris en terme d’image : on vilipende le glanage, on fustige les arrêts maladies, mais on ouvre en grand les fenêtres pour l’évasion fiscale. Et c’est pas prêt de changer.

J’ai fini par dévoiler que j’étais auto-entrepreneur, et que cette «possibilité» ne m’était pas permise, ce qui a coupé court la conversation, et la transaction… Dommage, 130 euros pour de telles bouteilles, livrées à domicile, c’était presque cadeau.

Juste en passant, la fraude fiscale, c’est plus de 40 milliards par an, et depuis 2002, juste quelques centaines d’autres. Une peccadille…

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Que des indélicats

Notre gouvernement sentant l’écurie toute proche, se démène et fait feu de tout bois pour conserver son triple A, qu’il est d’ailleurs le seul à percevoir comme tel puisque les marchés lui prêtent au taux du double A. En matière de gesticulation autour de la dette du pays, la récente accélération quasi «supraluminique», comme les derniers neutrinos mesurés, de nos sages gestionnaires les ont conduit à une grande découverte. L’argent, il y en a, partout, à foison, et résulterait essentiellement de la fraude…

Article du Canard Enchaîné du 9 novembre, cliquez pour agrandirLa fraude, c’est selon mon vieux dictionnaire, un acte qui a été réalisé en utilisant des moyens déloyaux destinés à surprendre un consentement, à obtenir un avantage matériel ou moral indu ou réalisé avec l’intention d’échapper à l’exécution des Lois. On peut évidemment palabrer sur la teneur des règlements, mais en principe, c’est tout de même l’intérêt général qui prévaut. Et en tant que tel, frauder, c’est incontestablement faire du tort à autrui.

Mes proches pourront le certifier, j’ai réagi assez violemment sur les propos du roquet de l’UMP, l’autre jour, quand il a annoncé la nième mise en cause des profiteurs du RSA sans rien faire, et des amateurs d’arrêts maladie, poussant pour tous les salariés le curseur de la carence encore un peu plus loin. La fraude dite «sociale» existe, indiscutablement, comme en matière fiscale, dans le monde du travail, dans le sport, la restauration, le commerce… Dans variété de domaines, elle concerne une poignée d’individus indélicats qu’il suffirait d’empêcher du nuire au moyen de contrôles et de services adaptés. Seulement voilà, ces services, on les ferme, on les désosse, on les brise, et le gouvernement met ses personnels fonctionnaires, ses propres salariés, au ban de la société. Non seulement, il se permet de critiquer la Grèce pour son absence de règles, pour la pagaille et le côté «oléolé» de son administration, mais en plus, il conduit le pays dans le même état, incapable de faire respecter les lois qu’il prend, incapable d’endiguer, non les 220 millions d’euros perdus sur des arrêts maladie, mais les 45 milliards envolés chaque année en fraude fiscale, pour ne parler que de cela… Dans mon département, pour ma seule direction, je viens d’apprendre la suppression de 56 emplois.

Que l’on punisse les fraudeurs, riches ou pauvres, selon leurs manquements, je trouverais cela plutôt normal. Mais on remarquera bien vite que les véritables enjeux ne sont pas sur ceux qui supportent actuellement les foudres de l’Etat UMP. Le but ultime n’est pas là, évidemment. En allongeant la durée de travail, on a trouvé un truc infaillible pour baisser les retraites. En augmentant la carence, on grignote un peu le salaire qui fait bouillir la soupe. Et ce n’est qu’un début, soyez-en sûr. Juge et parti tiennent les rennes : la Grèce aujourd’hui, l’Italie demain, menée par un grand spécialiste apolitique, ancien consultant de Goldman Sachs, sont aux commandes d’un formidable laboratoire, où les solutions s’élaborent sans tabou. Vraiment aucun !

Et pour les rabat-joie de droite, j’ai trouvé cela : «Lorsqu’on presse les états-majors de faire des économies, il faut les empêcher de les faire sur les haricots du soldat». Ch. De Gaulle (De Gaulle, traits d’esprit Ed. Le Cherche midi). A méditer

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La vengeance

Cela fait des années, des dizaines même, où j’entends prononcer les mêmes logorrhées : c’est la crise, le pays vit au dessus de ses moyens, il n’est plus possible de continuer ainsi. Depuis que je travaille, soit depuis 30 ans, les crans sur la ceinture ont bougé, et pas qu’un peu, mais pas dans le sens voulu, au propre comme au figuré… Je consomme dans la limite de ce qui m’est possible de faire, sans fantaisie aucune, et contribue normalement aux charges de la Nation. Je ne peux vivre à crédit et paie tout, sans aides, au prix fort. Je compte tout à l’euro près, et empile de plus en plus fréquemment des renoncements qui se transforment dans la durée en sacrifices chaque fois un peu plus douloureux. Mon livret A, comme seule épargne, a un solde positif de 0,65 euros… Mais de quoi suis-je donc coupable pour reprendre un nouveau coup de bâton dans les jambes ?

Visiblement, je dois être un dangereux générateur de dette publique. Déjà, je suis petit fonctionnaire, besogneux mais invisible, taillable et corvéable… Mais au delà, ce nouveau plan de rigueur, imposé par la communauté internationale, m’apparaît d’abord comme une reprise en main vigoureuse des peuples au sens large. Parce que les pouvoirs, politiques et financiers, ont été pris d’une peur panique. L’épisode grec du référendum, invitant le citoyen à se prononcer, a sonné comme une terrible remise en cause de leur autorité alors qu’aucune question n’était encore élaborée… Le seul fait d’évoquer la possible expression des «sujets» a soulevé des énergies colossales pour que le 1er ministre grec soit prié de revenir sur sa décision et invité à plier les gaules sans moufter davantage.

Suite présidentielle au Majestic à Cannes, à la rigueur...Le boulet est passé près, et nos politiques ont vite fait de concocter un nouveau plan de rigueur, qui sonne comme une vengeance contre toute velléité d’expression. Les indignés du parvis de la Défense en savent quelque chose, harcelés, puis débarrassés qu’ils sont par les Condés de leur matériel de couchage, ce qui s’apparente soit dit en passant à du vol ou destruction volontaire de biens d’autrui puisque rien n’interdit leur présence pacifique dans espace public… Rigueur, rigueur…

Les milliards à trouver sont censés équilibrer un budget 2012 bancal dès la conception, en raison principalement de la prise en compte d’un taux de croissance fixé au doigt mouillé, mais pas que. Sera ainsi ponctionnée la masse laborieuse qui fait déjà les frais de réformes iniques, qui paie au prix fort l’égocentrisme et la mégalomanie du pouvoir. Mais toujours rien de significatif concernant les niches fiscales. Le dispositif Scellier est certes abrogé, mais les plus importantes, coûteuses et improductives demeurent. Par exemple, la «niche Copé», votée en catimini en 2004 sous l’impulsion du Ministre du budget éponyme. Elle exonère d’impôt sur les sociétés les plus-values encaissées par des personnes physiques ou morales en cas de vente de leurs filiales ou titres de participation détenus depuis plus de deux ans. Elle a coûté au budget de l’Etat, la bagatelle de 9 à 10 milliards en 2007, 2008 et 2009… Pour 2010 bizarrement, le chiffre n’est pas connu. On en ferait bien des choses en abrogeant une disposition des plus inutile et improductive économiquement, qui profite essentiellement à 10 grandes entreprises du CAC40. Mais on préfère faire supporter la rigueur aux salariés.

Je ne suis pas responsable de ces âneries, ces mesures de copinage et d’auto-protection, de passe-droit, de magouilles à peine dissimulées, qui font les fortunes sur du vent en peu de temps, mais j’en paie les conséquences tous les jours. Les systèmes de solidarités se délitent, la protection sociale s’effiloche, les retraites fondent alors que nous payons ces dispositifs de plus en plus chers. Mes enfants dégustent aussi, de manière assez invisible pour l’instant, par le sabotage du système éducatif, les livrant le moment venu «clef-en-main» aux prédateurs du monde du travail, démunis, prêts à consentir à tous les caprices de ces esclavagistes modernes pour s’aligner sur les modèles productifs à la chinoise.

Des efforts, cela fait 30 ans que j’en fais. Un peu plus, un peu moins, je suis rodé, et je n’ai guère d’illusion pour la suite. On se passera de sapin pour Noël, et on s’offrira une orange, comme quand j’étais gosse. Je n’en suis pas mort… Demain, c’est ma paie qu’on réduira, comme en Grèce. C’est déjà écrit : il faut réduire la dépense. Il faudra faire avec, en silence, puisque l’indifférence est devenu le sentiment général. Mais je ne peux pas m’empêcher de voir le monde autour de moi, ces grosses berlines dépasser mon bus matin et soir. Je me demande, le nez collé à la vitre humide, si El Minimo ou François Fillon se rappellent la dernière fois qu’il ont sorti leur chéquier pour payer de leurs deniers leur cantine, leur EDF ou leur gasoil, et comment ils ressentent cette période de disette. Parce que pour moi, avec 17% de perte de pouvoir d’achat depuis 2000 et la rigueur actuelle, c’est ceinture ET bretelles.

Je me demande comment on peut prôner la rigueur en posant ses fesses une seule nuit dans un hôtel pour 37.000 euros, payé par le contribuable. Et à crédit.

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