La traque aux syndicats a commencé

Dans quel pays la dérive a t’elle atteint le point où la police en civil, assistée d’une vingtaine de véhicules pleins de robocops, met à sac un local syndical ? Si la police a besoin de perquisitionner, elle le fait sur réquisition du préfet, même en période d’état d’urgence. En l’occurrence, rien de tel. Aucune justification n’a été produite pour autoriser le saccage des locaux de la CNT de Lille. Comme si pour la police, «etat d’urgence» signifiait période de non-droit.

Guère étonnant alors de voir fleurir l’affiche de la CGT et de plus en plus de slogans anti-police. Elle s’est pourtant montrée brillante lors des heures sombres de 2015, mais elle a dilapidé bien rapidement son capital sympathie par des comportements stupides, tant individuels que collectifs. Pour avoir été sur les devants lors des premières manifestations contre la «loi travail» à Lyon, je peux affirmer que les charges opérées sur la place Bellecour n’avaient d’autres raisons que de semer volontairement le désordre, de pousser la jeunesse à la faute. Faire passer l’agressé en agresseur est une méthode qui contente l’opinion publique plutôt vieillissante et conservatrice.

Dégradations par de jeunes casseurs ? Non, par des policiers casseurs...J’attends donc avec impatience la condamnation de ces actes ignobles par les habitués droitards de l’exercice, toujours prompt à dégainer lors des débordement de cette jeunesse qui ne naît pas du bon côté de la rue, ou de salariés qui, en perdant leur emploi, voient concomitamment leur retraite leur échapper… Il est un minimum compréhensible que ces gens soient aigris et se défendent, et d’autant plus que la dégradation de leur niveau de vie et les privations engendrées résultent d’indélicatesses et parfois d’illégalités.

A l’heure de la publication de ce billet, 2 personnes sont encore en garde à vue. Le passage devant le juge va encore déboucher sur une condamnation de l’action syndicale. Elle peut être rude par moment, mais elle n’est qu’une réaction face aux violences policières disproportionnée et aux agissement patronaux outranciers et parfois illégaux qui détruisent le contrat social. Pour ces derniers, pas de sanctions, mais une savante alchimie destinée à faire passer une fois de plus l’agresseur en agressé. Toujours et encore.

Le 28 avril, je serai en grève et en manif…
Et j’en ai marre d’être sage.

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Sarkozy, Blatter, même combat

Quand on croise une célébrité, surtout quand elle est issue du monde politique ou des affaires, dans les couloirs d’un palais de justice, le sourire de façade dissimule souvent mal la tension, ce qui ne l’empêche nullement d’asséner avec conviction l’invariable «je suis serein, le dossier est vide, et j’ai confiance en la justice»… Parce qu’on ne s’aventure en ces lieux que forcé. A l’évidence, cet endroit est assez mal adapté pour y passer un moment de détente, pour y déambuler en sifflotant l’esprit léger. Si leur présence est requise, c’est bien souvent suite à des faits suffisamment tangibles susceptibles de porter atteinte aux règles régissant le vivre ensemble, et qui fondent notre belle, grande et harmonieuse société. Ensuite la justice passe. Elle juge et se prononce. Ou pas.

Il faut cependant reconnaître que dans cet ensemble idyllique, il reste des individus qui traversent l’espace de manière atypique en nourrissant la gazette judiciaire de grandes histoires, de procès retentissants, et de décisions souvent déconcertantes. Lequel des deux est le plus filou, lequel des 2 sera condanné en premier ?Concernant le monde politique et des affaires, c’est le moins que je puisse dire. C’est un peu ainsi que je perçois le verdict que vont prononcer les juges bordelais dans l’affaire Bettencourt. Vraisemblablement, une partie de la nébuleuse entourant la richissime héritière sera condamnée pour avoir profité de son incapacité en raison d’une maladie invalidante… Dépouiller une infirme ! Quels personnages ! J’aime cette grandeur d’âme, cet état-d’esprit. Dire ce certains ensuite se présentent ensuite devant les caméras de télévision clamer leur sens du sacrifice pour le pays et leur foi dans l’intérêt général !

En fait, ce n’est pas tant le verdict que la population mise en cause qui me pose problème. Les quelques margoulins pris par la patrouille sont incontestablement d’abjects personnages, des escrocs professionnels. Mais le principal bénéficiaire, celui par lequel tout s’est fait jour ne figure même pas au rang des prévenus. S’il n’y est pas, c’est que la justice l’a blanchit, pour vice de forme, en non sur le fond, qui n’a donc jamais pu être vraiment examiné. C’est fini, enterré. Bien joué Bismuth.

Il y avait déjà le «responsable mais pas coupable», on est désormais passé à autre chose, au «je suis en plein dedans et en plein jour, mais vous fatiguez pas, je suis intouchable» avec un posture habile de victime faisant face à un acharnement maladif. Un peu comme Sepp Blatter, autre président omnipotent, grand mamamouchi d’une association à but non lucratif, qui trempe dans toutes les magouilles et à l’échelle planétaire, qui achète qui et ce qu’il veut au su et au vu du monde entier, à faire pâlir les pires mafias et voit tous ses copains de jeu se prendre un carton rouge, mais pas lui, pas sa famille… Joli dribble Blatter.

Le temps et l’état de droit sont des alliés précieux. Les Bismuth, Copé, Balkany, Tibéri et consorts ne le savent que trop. Pas une semaine ne passe sans une sordide affaire bien puante contraire à toute morale pour des individus en quête de responsabilités publiques. Sans parler de Pasqua, naguère omniprésent, grand-maître incontesté en matière de corruption et de trafic d’influence, qui a miraculeusement traversé toutes les tempêtes judiciaires sans jamais se mouiller. Et pourtant, sa vie de truand en costard était aussi visible qu’un nez au milieu de la figure.

Côté justice, du point de vue du citoyen lambda, rien ne se passe, rien qui remette un peu ces indélicats à leur place. Entre la rigueur de la procédure, le manque de moyens récurent de l’institution, et évidemment les accusations qu’elle subit sur sa non-indépendance face au pouvoir, il n’est pas facile de faire tomber les gros bonnets. La lenteur de l’ensemble leur permet de bien profiter à titre personnel des largesses qu’ils savent attirer, et quand la lame de la justice passera, ils seront sagement rangés des voitures dans un état physique qui leur épargnera, par humanité, les désagréments de la vie en promiscuité forcée, et même les réparations pécuniaires…

Là, c’est trop. J’ai l’air un peu naïf de m’emporter ainsi. Tout cela n’est guère nouveau. C’est vieux comme le monde. A son époque, Jean de la Fontaine l’avait aussi remarqué. Ce n’est pas une raison en tout cas pour s’abstenir de le répéter.


Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L’Ane vint à son tour et dit : J’ai souvenance
Qu’en un pré de Moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Les animaux malades de la peste (1678)

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Un bras ou un doigt ?

Plus un seul chroniqueur politique n’hésite : la campagne pour 2017 est véritablement lancée à droite. En fait, c’est devenu un état quasi permanent, depuis que certains y pensent tous les matin en se rasant. Il n’y a plus guère de périodes qui échappent à l’agitation, avec en toile de fond, les échéances électorales majeures. C’est d’ailleurs l’unique sujet où le monde politique fait preuve de sa capacité à développer une vue à long terme. La gestion du pays et les questions économiques et sociales n’ont pas droit à ce traitement.

Cet état de chose est un rien pénible car il pollue totalement le débat. L’intérêt général tant invoqué, vanté, glorifié comme moteur de l’action politique est tout bonnement relégué loin, très loin derrière les égos et les ambitions personnelles démesurées. Ce n’est guère une surprise. Le vrai changement, c’est que les protagonistes ne s’en cachent même plus. En l’occurrence, en rajoutant une couche sur son ancien maître, François Fillon ne fait que suivre la méthode du Lider Minimo qui prônait, dès la prise de la place Beauvau en 2002, le besoin de rupture avec la politique mené par sa propre famille politique. Brûler ses idoles est une mode qui ne passera pas de sitôt.

Sarkozy Fillon copains comme...Ainsi, que Fillon monte au créneau n’est guère étonnant : il lui faut occuper la scène. Et il n’y va pas avec le dos de la cuillère : «quand on perd une élection, il est impossible de dire qu’on a fait une bonne campagne (…) On a le devoir d’en analyser les raisons. On est obligé de se remettre en cause, sinon, c’est un bras d’honneur aux Français.» Sur le coup, je ne peux pas lui donner tort. Mais j’aimerai bien prolonger l’allégorie. Le bras, au lendemain d’une décision de non-lieu pour une affaire qui fleure si bon l’escroquerie institutionnelle, s’est mu pour un grand nombre de français en un gigantesque doigt qu’il faudra endurer toujours et encore pendant que le parrain fait du fric. Sarkozy se tait, mais reste omniprésent, et son majeur, un rien vengeur contre cette plèbe ignare, s’élève de plus en plus et plane au dessus de nos têtes.

Dans ce contexte de guerre fratricide à la tête de l’UMP, le gouvernement ne profite guère de ce désordre. L’héritage laissé est lourd pour François Hollande, et de la difficulté à réaliser le changement attendu par le peuple de gauche naît une incompréhension, voire une hostilité dont le Front National fait son miel, lui aussi en silence. A mon sens, l’adhésion grandissante au FN dans le pays relève plus de l’approche «décomplexée» répétée de quelques sujets chauds de notre société. En conférant à ses thèses une image plutôt respectable, notamment lors des multiples tentatives de siphonnage, l’état d’esprit d’un partie de la population a évolué par l’altération, voire la chute des barrières naturelles et de valeurs humanistes. Certaines discussions, entendues ça et là, d’un racisme glaçant, étaient impensables, il y a 10 ans… La déception n’excuse pas tout.

Sarkozy le sait et l’exprime tout les jours dans un rictus nerveux. Il est le grand responsable de cette dislocation, en plus d’avoir mis le pays par terre, vidé le coffre, fait voter des lois sur mesure pour protéger ses amis mafieux, monté la population l’une contre l’autre, allant jusqu’à criminaliser les plus démunis et ceux qui leur viennent en aide. Les étrangers n’ont qu’à crever en mer, et Mamie Zinzin de donner sans broncher son pognon. Et François Fillon, avec son ton condescendant coutumier, y a sa part. Le bras d’honneur, doublé du doigt, auront été permanent durant son ministère.

Pensez-y bien avant de glisser un bulletin de vote UMP ou FN dans l’enveloppe si la tentation vous prenait. Bien sûr, la gauche est décevante, mais est-ce vraiment suffisant pour laisser le manche à la maquerelle brunâtre ou au nouveau calife qui veut être calife à la place du calife ?

Rappelez-vous un seul instant d’où l’on vient.

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Exprimez-vous !

«Quand cette personne m’a ouvert, il y avait des cafards sur sa porte, deux enfants dans ses bras, trois autres assis par terre, je ne pouvais pas couper, je ne pouvais pas…» témoigne Jef Duval, 23 ans, technicien clientèle ErDF. Il avait été envoyé par sa Direction pour mettre en place un SMI (service minimum 1000 Watts), c’est-à-dire pour baisser la puissance électrique de cet appartement. L’agent du service public commet alors le seul acte humaniste que lui intime son libre arbitre : il désobéit, ce qui lui vaut une mesure de licenciement votée en conseil de discipline interne de son employeur ErDF le 17 février 2012.

Jef Duval, agent ERDF, un "juste" moderneEn ce jour de premier tour de présidentielle ou tout débat politique est proscrit, les surveilleurs du oueb peuvent aller se gratter. Aujourd’hui je ne parle pas politique, je parle d’humain, je parle de résistance. C’est peu de dire que je suis indigné devant tant de bassesse de la part d’une entreprise naguère publique, qui a dégagé 3 milliards d’euros de bénéfice en 2011. «Nous vous devons plus que la lumière» qu’ils disent…

EDF et ses filiales oublient leurs missions de service public au profit des intérêts financiers de ses actionnaires. Il est essentiel que les salariés comme Jef restent attachés au service public, ne se contentent pas d’exécuter des ordres contraires à la morale la plus élémentaire et prennent en compte l’aspect humain. C’est tout à leur honneur et nos directions ne peuvent traiter ces comportements responsables par la répression, comme elle le fait de plus en plus souvent.

L’accès à l’énergie est un droit rappelé comme suit dans la loi de février 2000 relative à la modernisation et au développement du service public de l’électricité : «[Le service public de l’électricité] concourt à la cohésion sociale, en assurant le droit à l’électricité pour tous». La précarité, qui touche de plus en plus de familles, ne peut priver personne de ce droit ! Jef n’a donc fait qu’appliquer l’esprit de la Loi, malgré les consignes de l’entreprise qui poussent de plus en plus ses salariés à procéder à des coupures sans vérification, sans prise en compte des situations individuelles et des conséquences humaines. Et je n’ai pas parlé du fameux «tarif social», lancé à grand bruit en 2008 par l’actuel gouvernement, et qui n’a toujours pas la moindre réalité dans les faits… Comme beaucoup d’autres choses d’ailleurs !

Cette histoire est une nouvelle preuve qu’une entreprise privée à but lucratif ne peut garantir correctement des missions de service public. Jef Duval est un modèle du genre, un «juste».

Mais pour l’heure, Jef a besoin de nous. Allez signer la pétition pour exiger l’abandon immédiat de la mesure qui le frappe. C’est ici.

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Un nouveau regard

Pas facile de s’extraire de l’actualité politique. Chaque jour apporte son lot de nouvelles pareilles à l’étale du poissonnier d’un village gaulois célèbre et irréductible : pas très fraîches. En l’occurrence, il ne sert à rien de tourner autour du pot pendant 107 ans sans discontinuer et de pousser l’analyse au paroxysme : je ne vois pas trop comment les positions exprimées par Arnaud Montebourg peuvent êtres solubles dans les programmes des deux derniers protagonistes des primaires du Parti Socialiste, François Hollande et Martine Aubry, tant ils sont eux-même convaincus de disposer d’un «package» parfait.

Le débat de mercredi risque d’être plus qu’intéressant puisqu’en fin de compte, il faudra choisir celui ou celle qui non seulement devra battre Toto 1er, mais ensuite et surtout, il ou elle devra mettre en place un nouveau contrat social, un nouveau mode de gouvernance, une nouvelle manière de faire de la politique, afin de prévoir et non subir les éléments, afin de retrouver un peu plus de liberté.

A propos de liberté, le TGI de Paris se prononcera demain pour le filtrage du site copwatchnord-idf.org, une première en France. En fait, l’audience, en tout et pour tout, se contentera de demander aux FAI français Orange, SFR, Bouygues, Free, Numericable et Darty «d’interdire, sous astreinte de 2000 € par jour de retard, l’accès aux pages…» parce que le Ministère de l’Intérieur n’a pas trouvé l’hébergeur et ne peut donc pas l’assigner directement. Une bonne blague, c’est à la portée d’un débutant comme le démontre Bruno de l’excellentissime Turblog. Allez le lire, son éclairage sur le filtrage et les excès de la LCEN en la matière est limpide et édifiant.

Anduze, 21 janvier, des hordes (de jeunes) (assis) assaillent un gendarme...Le site incriminé est un peu particulier. Le «copwatch» est une pratique qui vient des Etats-Unis, et vise à faire connaître et dénoncer les dérapages de policiers dans l’exercice de leurs fonctions. On comprend que Guéant cherche à le réduire au silence. Si le sujet est intéressant, légitime même, au vu du comportement indigne des forces de l’ordre dans les manifestations, notamment à Anduze le 21 janvier et à Lille ce 8 octobre, le procédé a ses limites, engendrant encore plus de violence au travers de représailles imbéciles. Mais dans tous les cas, le filtrage de l’accès à un site un brin marginal, très peu connu jusqu’alors, ne résoudra en rien ce problème, et les moyens de contournement doivent déjà être en place. A moins que l’objectif du pouvoir actuel ne soit ailleurs… L’affaire en question est un peu tordue, j’en conviens, mais la réalité est là : l’arsenal législatif existe pour, avec une formulation vague à souhait, réduire quiconque au silence, pour «prévenir un dommage ou à faire cesser un dommage occasionné par le contenu d’un service de communication au public en ligne».

Après le récent cafouillage de Hollande sur HADOPI, j’attends aussi de vraies propositions de la part des 2 candidats sur les libertés individuelles et d’expression. Le gouvernement actuel a élaboré des lois particulièrement restrictives de liberté et répressives, dont les véritables objectifs restent inconnus du grand public. Je serai sensible à l’annonce de leur abrogation parce qu’une démocratie digne de ce nom, attachée aux grands principes de liberté et des droits de l’Homme, ne saurait supporter plus longtemps de tels errements.

Le monde change, la politique et la manière de la pratiquer doit changer aussi.

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Règle d’Or

J’ai passé mon billet de vendredi à la poubelle : inutile de publier une diatribe de plus sur un homme politique pris la main dans le pot de confiture. Mais les événements se succèdent comme les perles sur un collier, toutes quasi identiques mais imperceptiblement différentes les unes des autres. Chaque jour apporte son lot écoeurant d’affaires et portent sur des unités de grandeurs hors de l’entendement pour le citoyen lambda.

même le jeu est interdit de cité (cliquer)Inutile aussi de se lancer dans un inventaire à la Prévert. On y trouve des protagonistes tous bords, un coup de masse à droite succède presque toujours à un dézingage à gauche, et inversement. Les coups viennent aussi, et de plus en plus souvent même, de son propre camp. La chose n’est pas nouvelle : aussi loin que l’on puisse remonter, l’Histoire de nourrit «d’affaires» retentissantes, parfois rocambolesques, souvent ridicules et navrantes.

Chaque nouvelle campagne électorale voit les prétendants rivaliser en circonvolution sur le thème de leur probité, sur le respect des institutions et des règles. Mais plus que jamais, les conflits d’intérêts demeurent, les valises voyagent, les poignards pleuvent. Dans le microcosme politique, on se tient fermement par la barbichette : je tombe, tu tombes… Alors viennent les contre-feux et les expédients, comme l’anosognosie, qui permet de ne pas comprendre d’éventuelles questions relatives aux emplois fictifs de la Mairie de Paris, mais d’analyser parfaitement les conséquences possibles des allégations de Robert Bourgi en déposant plainte avec une vivacité soudainement retrouvée.

Stef posait à @Jegoun, @despasperdus, @yannsavidan, @Melclalex, @captainhaka, @Romain, @elmone, @Homer, @gael, @elcamino, @sebmusset, @cc, @Juan, @David burlot, auxquels j’ajoute @Romain_Pigenel, @Bembelly, @iboux, @JesuisCetHomme et CSP, la question de la première mesure à prendre par le prochain Président de la République. Je répondrai sans hésiter de réunir le Parlement en congrès pour faire voter une règle d’or, celle de renvoyer dans ses foyers tout élu reconnu coupable de délits, dans ou hors de ses fonctions électives.

Personne ne l’ignore, dans la vraie vie, un homme accusé du seul chef d’association de malfaiteur perd immédiatement son boulot et va séjourner en zonzon sans alternative. Pour un élu de la Nation, même en y rajoutant les motifs de prise illégale d’intérêt et trafic d’influence, il continue, quoi qu’il en dise, d’exercer son mandat ses petites affaires en toute liberté. Il n’y certes pas mort d’homme, mais en cette période un peu particulière, le fait est choquant, sauf pour Martine Aubry qui fuit les interviews et les questions sur le sujet. Très mauvais point pour la candidate au discours moralisateur, et qui ne reste comme beaucoup qu’au stade des paroles…

J’avais bien parlé il y a quelques temps du statut de l’élu, et exposé ma conception de son rôle. L’épreuve du temps semble illustrer mon propos. Mais je ne me fais guère d’illusions. Même en cas d’alternance en mai 2012, rien de fondamental ne va changer, et surtout pas les règles régissant notre caste dirigeante.

On ne crache jamais dans une si bonne soupe.

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Un modèle de vertu

Le petit monde politique hexagonal, essentiellement de droite, ne manque jamais une occasion pour rappeler au peuple les causes de la mouise dans laquelle il est plongé : les français répugnent à travailler, les étrangers sont des voleurs, les chômeurs sont des fainéants, les fonctionnaires sont des profiteurs, les 35H sont une aberration… Mais ce petit monde oublie un peu vite qu’il est de plus en plus souvent secoué par de sordides affaires, et que son quota de droiture et de respectabilité est passablement consommé.

Jean-Marc Pastor, Sénateur PS et voyou...La dernière petite affaire concerne Jean-Marc Pastor, sénateur du Tarn, et questeur de cette haute assemblée. Pour la petite histoire, un questeur (chargé de la gestion administrative et financière de l’établissement), outre ses émoluments de sénateur, touche une indemnité de fonction mensuelle de 5170 euros (bruts), auxquels on rajoute des frais de représentation de 11.600 euros (par an). Visiblement, il lui en faut encore plus, puisqu’il s’est fait rembourser par le Sénat 2 notes de restaurant pour 51 et 38 convives, respectivement 1.428 et 1.064 euros, agapes qui n’ont purement et simplement jamais existé. Révélé par Médiapart et relayé localement par le Tarn Libre, l’affaire est d’une banalité confondante, du menu frottin à coté des largesses extorquées à Mamie Zinzin et autres indélicatesses propres à la nature même de l’homme, surtout quand il détient du pouvoir.

On monte franchement de plusieurs crans dans l’ignominie quand, au moment de se justifier envers la presse locale, le sénateur n’hésite pas à produire un faux grossier, simulant un communiqué émanant ni plus ni moins du Président du Sénat, Gérard Larcher qu’il rédige de sa main sans aucun complexe, vantant sa propre probité en ces termes : «la morale et la droiture de Jean-Marc Pastor, exemplaire…». Ahurrissant.

Sympatique cet auto-compliment...

Je me fiche bien de la réaction de Gérard Larcher, qui s’est mollement contenté de rappeler les règles de déontologie. D’ailleurs, quelles règles ? A quoi servent t-elles puisque chacun s’en affranchit avec une déconcertante facilité ? En somme, et à cause du bruit, l’indélicat remboursera, mais il n’y aura aucune sanction, aucune condamnation, au contraire d’un manant précaire profitant maladroitement d’un indû. Il aura beau, comme Pastor, invoquer l’«erreur d’appréciation», rien n’y fera.

Elle est belle notre République exemplaire, où les hommes chargés de voter les textes sont les premiers à s’en affanchir, trop occupés qu’ils sont à défendre leurs privilèges exorbitants, dressant les citoyens les uns contre les autres, stigmatisant les plus faibles, jetant l’anathème sur des catégories bien ciblées, instrumentalisant la peur. Pastor a été pris la main dans le pot de confiture, ce n’est pas le premier loin s’en faut. Mais faux, et usage de faux pour un sénateur, c’est grave, très grave.

On me souffle que ce sinistre personnage est de gauche…comme D$K. Il y a donc des individus ignobles de tous les côtés. Il n’y a certes pas «mort d’homme», et même pas «troussage de domestique», mais cette manière de voir le monde à travers le prisme déformant du pouvoir où tout est permis, en plaçant les protagonistes «vertueux» à l’abri de tout, exonérés de toute responsabilité, protégés, inatteignables, m’est insupportable.

Sanction ou pas, pour la part, mon jugement est sans appel : ces gens sont «humainement» des salopards.

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Censure ou pas ?

Le monde internet est en perpétuel mouvement, et l’ensemble des utilisateurs et acteurs du Net doivent chaque jour être un peu plus attentifs concernant l’évolution de ce formidable outil de communication. Outre les nouveautés techniques, il faut maintenant avoir un œil particulièrement appliqué sur le développement de la doctrine d’accès et d’utilisation du net. Et comme la période est à la surenchère sécuritaire, la vigilance doit être de tous les instants.

Inutile de se cacher, je vois tout...La neutralité du réseau, les problématiques de filtrage, c’est un peu mon cheval de bataille actuel, il y a toujours quelque chose à dire. Justement, il se trouve que le gouvernement travaille actuellement sur un projet de décret permettant l’application de l’article 18 de la Loi sur la Confiance dans l’Economie Numérique (LCEN) qui a été votée en 2004. En l’espèce, cet article stipule qu’«une autorité administrative peut de son propre chef mettre en demeure l’éditeur d’un site, l’hébergeur, ou le cas échéant, les fournisseurs d’accès Internet, de faire cesser toute activité comportant à ses yeux un risque sérieux et grave d’atteinte à l’ordre public»… La locution la plus importante de la phrase reste «autorité administrative», et c’est bien cela qui constitue l’aspect le plus dangereux de cet article 18.

Le Conseil National du Numérique (CNN), cette toute nouvelle instance consultative qui se veut indépendante mais rassemble essentiellement les potes du pouvoir, a réagi, mais mollement. Constitué essentiellement de tauliers de sites de commerce en ligne, ils sont peu concernés par le «risque sérieux et grave d’atteinte à l’ordre public» mais recommandent tout de même le recours à une autorité judiciaire. En fait, le CNN réagit plus par corporatisme bien libéral, soulignant son inquiétude à attribuer à une «autorité administrative des pouvoir d’injonction à l’encontre de toute activité de commerce électronique». Etonnant non ?

En attendant, tout est dit. La Quadrature du Net parle de texte «visant à donner au gouvernement un pouvoir de censure sur tous les sites et contenus […] ce qui serait une dérive extrêmement inquiétante», sentiment que je partage totalement, faisant d’un simple appel à manifester un risque sérieux et grave d’atteinte à l’ordre public, réduisant d’un simple coup de stylo d’un énarque quelconque les blogueurs trop bruyants au silence forcé.

Ne serait-on pas en train de préparer le terrain pour se donner les moyens de museler les outils ayant permis les révolutions tunisiennes, égyptiennes, yéménites et syriennes que notre président a salué, appuyé même. Ou plus proche de nous, ne s’agirait-il pas préventivement de poser les fondements pour bâillonner les dangereux «agitateurspédonazispirates» forcément gauchistes, quand le FMI viendra avec son cortège de mesures régler le problème de la dette française…

Côté PS, on n’entend rien sur ce sujet. Mes propositions arrivent bientôt…

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3H30 de grande lessive

Ca ne m’arrive vraiment pas souvent, mais hier soir, j’ai réservé mon fauteuil pour une soirée devant la télé. La dernière fois, c’était pour le 8ème de finale retour de la Ligue de Champions opposant les Merengue à l’OL. Et tout doit être prêt à l’heure dite : dès lors, comme le célèbre diction trouvé parfois sur la devanture des bouchons lyonnais, rien ne doit plus me déranger… le téléphone est débranché, tout doit être à portée de la main, télécommande, papier, stylo, mousse… Et c’est parti pour 3 heures 30 de haute voltige, le grand bal des menteurs…

Daniel Leconte raconte à sa manière la grande saga Clearstream qui a defrayé la chronique politique et judiciaire depuis 2001. Clearstream, point de départ général, est une banque luxembourgeoise un peu spéciale, une chambre de compensation, une banque de banques, en fait une monstrueuse machine à laver permettant entre-autres aux établissements financiers bien lisses et proprets de se livrer via des filiales dans les paradis fiscaux à des activités disons «lucratives»…

Imad Lahoud et Jean-Louis Gergorin, du menu frottin au service des politiquesUne liste de comptes circule et va tomber entre des mains expertes aux multiples facettes, pour devenir l’instrument d’une lutte de pouvoir délirante au possible. On y trouve à boire et à manger, et à peu près tous les personnages et les évènements des dernières décennies. Donc sur fond de lutte pour la domination du marché de l’armement, des frégates taïwanaises, de la mort plutôt brutale et sujette à interrogation de Jean-Luc Lagardère, du Karachi Gate, de haute finance (dont la gestion de la fortune de Ben Laden) et de corruption généralisée et à grande échelle, du renseignement et d’anti-terrorisme, 2 protagonistes crèvent l’écran : Imad Lahoud, mathématicien et financier, et Jean-Louis Gergorin, vice-président d’EADS, qui a visiblement des comptes à régler, d’abord vis-à-vis de ses concurrents dans le monde de l’armement, puis dans le milieu politique… Apparaissent aussi dans les listings falsifiés, au fur et à mesure des évènements, des mafieux, oligarques, journalistes, policiers, juges et haut-fonctionnaires, et bien sûr quelques politiques dont celui qui n’est alors que ministre des finances mais appelé à la consécration suprême. En même temps, le petit jeu du poker menteur se met en place, et chacun va consciencieusement brouiller les cartes au point que la vérité disparaisse purement et simplement. Un «c’est pas moi c’est lui» appliqué digne de l’école maternelle.

Cela va paraitre prétentieux, mais cette affaire, pour moi, est somme toute limpide : ce n’est qu’une grossière lutte de pouvoir, un combat de coq par valets interposés entre 2 clans qui veulent chacun la mort politique de l’autre. Cette affaire aura permis de mettre à jour les turpitudes ahurissantes des élites servantes de nos décideurs, et de montrer un visage inquiétant du Chef de l’Etat actuel, n’hésitant pas à commenter et intervenir dans le cour de la justice contre tous les usages. De son côté, Dominique de Villepin est loin d’être net dans sa posture de victime accroché à son croc de boucher, prisonnier maintenant d’une stratégie de défense qui lui interdit tout revirement, au risque de se décrédibiliser complètement pour 2012. A ce point du dossier, tous les initiés, la classe politique, les protagonistes savent que le premier qui livrera la vérité «est mort».

Dans ce contexte, comment interpréter le scoop final laissé par Imad Lahoud, l’homme aux 15 versions, à la fin du film ? Le réalisateur Daniel Leconte ne dit rien, il nous laisse juge. Au terme, les bras m’en tombent, et pas que de lassitude. Le jugement en appel, fixé du 2 au 26 mai avec un délibéré jusqu’en septembre, va sans nul doute peser fortement sur l’échéance électorale à venir. Mais quoi qu’il en ressorte, aucun de ces voyous n’aura ma voix. Si vous avez 3h30 à tuer, cela vaut le coup à visionner….

Pendant ce temps, la lessiveuse continue son office, toujours en silence.

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Dans 13 mois, on remet ça

Les urnes sont closes depuis longtemps, les bureaux rangés, le matériel remisé. Les analyses paraissent : chaque camp a gagné. Les candidats élus sont heureux, et remercient une dernière fois tous ceux qui leur ont permis ainsi de passer ou de rester dans un autre monde. L’électeur, lui, retourne à son quotidien, banal, difficile, oppressant, angoissant. Les belles paroles, les engagements, les promesses, c’est déjà fini. La sentiment d’avoir fait son devoir dans la plus grande démocratie du monde s’estompe vite, très vite, pour faire place à l’indignation d’être constamment oublié par ceux qui briguent suffrages et honneurs…

Ca fait longtemps que je suis envahi par cette impression bizarre et détestable de n’être caressé dans le sens du poil que lors des échéances électorales. Mais ce dimanche, ça a même été à la limite de la nausée, devant ma télé, en regardant l’excellente émission qui suit le journal télévisé de 13 heures sur France 2. Le sujet évoquait l’assassinat de Georges Besse, alors PDG de Renault, par Action Directe, un groupuscule révolutionnaire et anarchiste connu pour son action violente et ultra-radicale…

A partir de là, le reportage plonge dans l’Histoire, et revient sur le parcours de Georges Besse. Polytechnicien, ingénieur des mines, il y est montré comme l’un des pères du nucléaire français. Mais on y distingue également toutes les turpitudes sur les montages financiers, et l’apport de l’Iran comme actionnaire et client dans Eurodif, société fondée par Besse, permettant l’enrichissement de l’uranium sur le site du Tricastin dans la Drôme. On y distingue également comment la France, après une révolution populaire et le renversement du Shah, après avoir hébergé et soutenu un sombre Ayatollah, a fait volte face et n’a respecté aucun des engagements auxquels elle était tenue. Elle a même armé puissamment l’Irak de Saddam Hussein, alors très respectable, dans un conflit de longue haleine avec l’Iran. Une aubaine.

Le retour de bâton ne s’est pas fait attendre. Le reportage montre des personnalités, Pompidou, Chirac, Giscard, Barre, Mitterand, Fabius, Dumas, Rocard, Pasqua, encore Chirac et quelques autres, tous parfaitement au fait des choses, balançant fadaises et langue de bois au sujet des otages, des attentats qui meurtrissent le cantonnement des troupes françaises au Liban et ensanglantent sauvagement Paris à intervalle régulier. Tous, avec leurs gueules de circonstance, feignant l’abattement, déplorent et jurent devant le peuple leur détermination à punir les poseurs de bombe… Pendant la terreur qu’ils ont eux-même sciemment provoqué, nos grands hommes, Chirac en tête, en ont même profité pour prendre quelques lois bien liberticides. Pour notre bien…

La suite ? La France manoeuvre, négocie et finit par payer sa dette, et récupère du coup ses derniers otages entre les 2 tours du scrutin présidentiel de 1988. Elle est également contrainte à livrer le précieux uranium, mais en cas de difficulté ou de mauvaise volonté, les hostilités peuvent reprendre sans préavis. Ce n’est pas pour rien que tout récemment, de nouveaux otages sont pris, notamment au Niger, curieusement là ou Areva, exploitant d’Eurodif, extrait de l’uranium… De petits soucis de livraison peut-être. Entre temps, on apprend qu’Action Directe a été tout simplement utilisé, commandité par l’Iran, pour éliminer le Général Audrand et Besse… Tant pis pour eux. Fin du reportage, fin du cauchemar.

Je pense aux otages d’hier et d’aujourd’hui, à leur proches, et à toutes les victimes des attentats ignobles, morts ou blessés à jamais, dans leur chair, mais surtout dans leur esprit, par la faute inexcusable de la classe politique dans son entier, par son affairisme, son besoin continuel de se montrer, par son absence absolue de la plus élémentaire clairvoyance. Quand je parle de nausée, le mot est faible. En ce jour d’élection, et dans 13 mois à nouveau, il va falloir choisir un homme ou une femme qui va présider aux destinées du pays. Il va falloir choisir un type qui, en pleine connaissance de cause, aveuglé par la lumière du pouvoir, les mains dans le sang jusqu’aux coudes, vend des armes aux tyrans et crie au fou quand il les utilise…

Je n’en peux plus de cette politique abjecte, je n’en peux plus de ces hommes corrompus jusqu’à la moelle. Se rendre compte qu’on vote depuis 30 ans pour ce genre de sinistres personnages m’a rendu malade toute l’après-midi. Le rejet absolu de ce grand gâchis humain ne me conduira jamais à voter FN, ni à m’abstenir quand on me demande de m’exprimer. On a 13 mois pour faire passer le message : fini, basta, on ne veut plus jamais de cela. Mais j’ai déjà l’impression de prêcher dans un désert.

Le même ou se trouvent Hervé, Stéphane, depuis 454 jours, et les 4 restants du Niger, depuis 6 mois. Je pense à eux.

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