Plus fort que la haine…

Mon exemplaire de Charlie Hebdo qui a défile un 11 janvier contre la haine

Je n’oublie rien, je ne pardonne rien. C’est tout. #JeSuisCharlie

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Le dernier privilège

Parce qu'incontestablement, l’assassin court toujours. Bravo Charlie...Personne ne m’en voudra j’espère. Pour la nouvelle année, je vais faire aussi court que 2015 a été longue et pénible. Je ne suis toujours pas remis de l’attentat contre Charlie, contre le Bataclan, contre notre art de vie, contre la musique, contre la liberté sous toutes ses formes, contre l’indispensable fraternité entre les hommes. Rien ne sera plus comme avant. Notre mode de vie mêlé d’un certaine insouciance va s’en trouver durablement influencé. Et pas dans le bon sens : il faudra s’habituer à être surveillé de partout, dans la rue, sur internet, et avoir son voisin à l’oeil, au cas où…

Et ce n’est pas tout. On a même perdu la gauche telle qu’on la concevait jusque là en France. Puisque le parti socialiste est allé jusqu’à envisager de changer de nom, je lui suggérerais bien le nom de « Parti Démocrate », comme aux Etats-Unis. Ainsi, comme là-bas, il n’y aurait plus vraiment de tromperie. Pas sûr que cela suffise pour dégonfler un FN à 40 % par endroit…

Et comme les coups bas volent en escadrille, voilà que Lemmy a décidé de jeter l’éponge. C’en est trop. Reveillez-moi, c’est un vrai cauchemar.

On est en 2016. Ouf ! Bonne année alors. Je vous souhaite d’être heureux, simplement heureux. Dans ce monde de brutes épaisses et incultes qui n’a rien de fraternel, ça va devenir un vrai privilège. Etre heureux, je vous le souhaite du fond du coeur.

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L’illusion du choix

Pour une fois, je ne vais pas faire de différences entre droite et gauche. Je vais simplement ne parler que de ceux qui constituent la classe politique dans sa globalité, ceux gèrent les affaires du pays, qui font les Lois et donnent à notre société cette matérialité si singulière héritée de la révolution française et des penseurs de lumières. C’est un long et complexe processus démocratique qui donne à cette population son pouvoir. Le peuple désigne régulièrement ceux qui vont les représenter, ceux qui édicteront en leur nom toutes les règles pour le bien de tous et du pays.

assemblee-nationaleJe crois bien n’avoir raté aucune élection depuis que j’ai le droit et le privilège de m’exprimer. Parce que c’en est un. Nombreux de par le monde ont payé de leur vie la seule espérance de pouvoir un jour aller déposer un bout de papier dans une urne. Mais voilà. Depuis quelques temps, je m’interroge sur ce geste, mais surtout sur ceux qu’on envoie nous représenter. Je sais bien qu’un mandat n’a rien d’impératif et que l’élu reste totalement libre de ses agissements. Aussi, ai-je quelque part le sentiment étrange de n’être au mieux qu’un acteur très passif de notre destin commun.

Cette impression vient brusquement de prendre une nouvelle dimension. Quand ceux qui n’avaient pas mon suffrage étaient aux affaires, il n’y avait jusque là pas trop de malaise : c’était pour moi l’expression naturelle de la démocratie. Les plus nombreux imposent aux autres leurs vues de la société. On s’y plie, et c’est ainsi, en attendant des jours meilleurs.

Mais depuis l’accession au pouvoir du Parti Socialiste, avec un programme que j’ai appelé de mes voeux, ces jours n’arrivent toujours pas. Les avancées enregistrés depuis 2012 ne compensent pas la masse de cadeaux faits aux plus aisés, et les renoncements successifs sont autant de coups de canif dans le contrat et le discours du Bourget. En ces temps-là, j’avais voté pour un homme incarnant un avenir différent, moins brutal, avec du partage, des solidarités, une autre idée de l’Europe, celle qui se soucierait d’abord des peuples. Au final, j’ai voté pour le changement et rien n’a vraiment changé, j’ai à peu près la même chose qu’avant… La seule chose qui se partage vraiment, c’est la précarité.

Juste après la victoire, l’utilité de mon expression a fait surface avec acuité particulière puisque à ce moment, nos représentants de gauche, farouches opposants au «pacte budgétaire européen», plus connu sous le nom de traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), fabuleux outil d’asservissement des systèmes publics de solidarités et de protection des circuits financiers, se sont empressés de le voter… contre l’opposition de la population.

Cela rappelle également le fameux referendum de 2005 concernant la ratification du Traité établissant la Constitution pour l’Europe. Le rejet par les urnes à 56% du peuple français a été purement et simplement ignoré, balayé d’un revers de main : le texte, habilement réhabillé dans un nouveau traité (Lisbonne) a échappé au référendum qui l’aurait à nouveau repoussé, et a été approuvé par la représentation nationale avec un score digne des plus féroces dictateurs. Mais qui donc représentent nos représentants si ce n’est qu’eux-mêmes et leurs privilèges ?

Aujourd’hui, les monstruosités s’appellent TAFTA, espèce de main-mise ultra-libérale consacrant la primauté des firmes multinationales sur les Etats et discuté dans le plus grand secret, le projet de loi relatif au Renseignement, qui détruit les libertés fondamentales qu’on a défendu en nombre un certain 11 janvier, et la loi Macron, qui au prétexte de sauver le modèle social le dépèce par petit bout… Et nos représentants, ceux qu’on a élu pour porter notre voix, vont tout approuver en nous expliquant que c’est pour notre bien…

Evidemment, ne plus aller voter ne résoudra rien. J’en suis bien conscient, et un rien désabusé, mais force est de constater que pour l’heure, mon vote n’a aucune espèce d’utilité. Et je ne suis pas le seul. Envoyer aux affaires Paul, Pierre, Jacques, voire un binôme de pûre forme, parité oblige, ne fait guère de différence, sauf de mettre un nom sur la peste et le choléra. Rendre le vote obligatoire sans aborder les raisons qui motivent ce rejet massif n’a aucun sens, sauf à décrédibiliser encore davantage nos représentants. A titre d’exemple s’il en fallait un, à la toute nouvelle métropole lyonnaise, après avoir annoncé une augmentation de 5 % de la fiscalité locale, les élus se sont octroyé une augmentation de 20% de leurs indemnités. Et le monde politique s’étonne encore et toujours de l’augmentation du nombre d’abstentionnistes avec une candeur désarmante. Consternant.

Attention cependant si vous trouviez tentant de vous exprimer autrement : avec la jolie Loi sur le renseignement, alerter, dénoncer, manifester deviendra passablement dangereux. Décidemment, le monde est bien fait. Ca me rappelle les publicités du Canada Dry des années 1980 : «Ça ressemble à l’alcool, c’est doré comme l’alcool… mais ce n’est pas de l’alcool».

Un peu comme notre démocratie. Ca vieillit mal.

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Fin du fondamentalisme ?

C’est une rengaine qui refait surface à chaque secousse de nos sociétés occidentales confrontées aux problèmes sécuritaires : pour se protéger, la seule et unique solution serait de se doter d’un arsenal de moyens de surveillance drastique, quitte au passage à empiéter sur quelques libertés. En la matière, le citoyen n’aurait même rien à craindre car ceux qui n’ont rien à cacher n’ont aucune raison de s’opposer à une mesure qui garantit leur sécurité. Pourtant, rien n’est moins sûr.

Un barbu, c'est un barbu. Trois barbus, c'est des barbouzes...Au lendemain d’événements dramatiques, faisant prendre conscience de la fragilité de la notion de liberté, notamment d’expression, cette question remonte sur le dessus de la pile : le conseil des ministres de ce jeudi 19 février va présenter un «Patriot Act» à la française, un projet de Loi dit de «politique publique» sur le renseignement en vue de prévenir certains actes, notamment de terrorisme. Et le contenu fait froid dans le dos puisque, au-delà des mesures techniques chères aux barbouzes de base, le dispositif sera validé par l’autorité administrative (donc politique) et non judiciaire, ce qui laisse la porte ouverte à bien des dérives. Je n’ose imaginer l’usage que serait fait d’un tel outil s’il tombait entre de mauvaises mains, et notamment celles d’un ramassis de fachos qui rêve tout haut de prendre le pouvoir.

Et comme dans bien d’autres domaines, voila que la France s’apprête à imiter son voisin et modèle d’outre-atlantique : pour des raisons réelles ou supposées de sécurité, absolument rien de nos insignifiantes vies ne pourra échapper aux services de renseignements sur une simple demande administrative, et sans autre forme de procès. Il sera ainsi possible d’écouter, de fouiller et s’immiscer absolument partout, parce qu’un gugusse un rien paranoïaque a estimé sa cible ou son entourage comme une potentielle menace.

Et dans son éternel souci de présenter un profil de bonne foi, le législateur assène le coup de grâce : «il ne s’agit finalement que de légaliser des pratiques qui se font depuis un petit moment déjà, et d’instituer un cadre légal général à des activités susceptibles de porter atteinte à la vie privée et au secret des correspondances». Il était donc normal de cacher micros et caméras, de charger des mouchards sur les ordinateurs, de poser des balises GPS, d’intercepter SMS, mails et communications téléphoniques à tout va, sans aucune autorisation de justice. Maintenant que tout cela est légalisé, passant en plein jour de l’amateurisme à l’industrialisation, on incitera en plus, et plutôt fermement, les acteurs de l’internet à moucharder leurs clients/utilisateurs pour ceux qui auraient échappé à la première lame.

Bien sûr, ceux qui n’ont rien à cacher n’ont aucune raison d’avoir peur. Sauf que c’est méconnaître profondément l’importance du réseau et des relations qui existent entre les individus et qu’étudient (voire les déduisent de toute pièce, comme le fait très bien Facebook) les services de renseignements. Que savons-nous de l’individu avec lequel on a échangé quelques mots dans le métro sous les filtres des caméras de surveillance ? Qu’est ce qui peut-être déduit de nous selon notre entourage alors que des pans entiers de ceux que nous fréquentons peut nous être inconnu ? Le fait de côtoyer un ami dont l’entourage propre inclus de possibles indélicats, fait-il de nous un élément à surveiller ? Sans compter que les Paul Bismuth et autres vrais méchants savent se jouer de cette surveillance, même sophistiquée avec une facilité déconcertante. Dans ces condition, on se demande quelle est la véritable raison de cette mise sous tutelle ? Ce qui reste des syndicats et associations alter n’ont plus qu’a bien se tenir, sinon…

Il y aura bien une Commission Nationale de Contrôle des Techniques de Renseignement (CNCTR) chargée de statuer (à postériori) sur le respect des libertés fondamentales, mais on se demande bien ce qu’il reste de fondamental dans nos libertés. Pour reprendre l’exemple américain, le «Patriot Act», loin d’améliorer la vie et la sécurité de ses habitants, a conduit les États-Unis à basculer dans une forme de tyrannie où l’état de droit ainsi que les libertés publiques et individuelles ont gravement régressé. La moindre contestation vous transforme de facto en un ennemi de la nation dans un manichéisme maladif. Et en premier lieu, qu’adviendra t’il de tous les lanceurs d’alerte ? Pour eux, le dispositif est monstrueux d’efficacité : rien de mieux pour les réduire durablement au silence. Une liberté fondamentale détruite. Une de plus, avec toujours cette pure illusion de sécurité.

Il y a plus de 200 ans, Benjamin Franklin, l’un des pères fondateurs de la nation américaine, l’avait déjà perçu : «un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux». Parce que le fait de renoncer de la sorte à nos libertés les plus fondamentales ne nous protégera en rien d’agissements d’illuminés hors normes, parfaitement préparés à l’exercice. Mais en attendant que le pire arrive, la Word Company et ses donneurs d’ordre y trouveront leur compte. La maîtrise et l’asservissement des masses font marcher les affaires et repoussent loin les empêcheurs de faire fortune en paix. Au moment ou se trament d’étranges accords dans la plus grande opacité, ce genre de loi tombe plutôt bien…

Et dire que c’est un gouvernement de gauche qui porte ce projet, dans l’indifférence générale. Ce n’est pas pour cela que j’ai voté en mai 2012, ni marché ce 11 janvier 2015.

Bon sang, réveillons nous de ce cauchemar…

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La liberté de demain

Il n’y a plus de Charlie en kiosque. Qu’importe. Rien ne presse. L’important n’est pas là, sur ce seul mercredi, ou jeudi. Charlie existe même si je n’aurais peut-être jamais le numéro 1178 en main. Le papier, aussi fragile qu’une vie, est aussi incroyablement robuste et traverse les ages jusqu’à demeurer avec les pierres, le principal rapporteur de l’histoire des hommes. Certaines pages d’ailleurs sont même devenues fondatrices et objet de croyances diverses. C’est dire sa force.

Ce nouveau numéro, pas même encore sur les rotatives, a fait débat. Sa page de couverture montre le prophète. Etonnant, non ? Elle est magique : le prophète est triste. On y parle de pardon. Une valeur universelle et présente dans toutes les religions. Tel quel, avec ce message apaisant, je ne parlerais presque pas de caricature, même si Mahomet a clairement une tête de bite. Et nous voila revenir au point de départ : ça monte au créneau de partout pour fustiger le journal et crier au blasphème. En Turquie, le premier ministre turc, tout juste revenu de sa promenade parisienne pour réaffirmer la liberté d’expression, en a interdit la parution dans son pays.

censureDonc on n’a pas avancé d’un pouce. D’autres défilants dans le cortège VIP ont d’énormes progrès à faire en matière de liberté. En Algérie, marches et manifestations publiques sont interdites. En Turquie, déjà citée, les journalistes osant parler de la corruption qui enlace le président Erdogan sont incarcérés. Idem, au hasard, en Egypte, au Gabon, en Jordanie. En Russie, cela va sans dire. Pourtant, présidents ou représentants, tous étaient là, présents en première ligne. Comme Toto 1er.

Coté religions, on a pas évolué non plus, et ce n’est pas non plus une surprise. Le cortège d’avertissements et de menaces repart de plus belle. Cette fois, le «Canard Enchainé» est également cité. L’athée que je suis ne comprend pas cette notion de blasphème. Je respecte infiniment ceux qui croient en quelque chose, qui sont sincères dans leur pratique et sans prosélytisme exacerbé, quelle que soit la confession, mais les règles auxquelles les fidèles s’astreignent ne concernent en rien les non-croyants. Impensable donc pour eux de se plier à cette discipline, impossible aussi de blasphémer ce qui n’existe pas. Elémentaire.

«Liberté de la presse ? Vaut mieux entendre ça que d’être sourd !». C’était à la une du premier Charlie en novembre 1970, une semaine juste après l’interdiction de Hara-Kiri. Les temps ont un peu changé. C’est indéniable. La pensée et l’écriture, dans notre pays laïc exempt de références religieuses, ne sont plus entravés. Il y a bien de temps en temps des tentatives. Mais le douloureux épisode Charlie Hebdo montre que la vigilance doit être continue. Il en faudrait bien peu pour que les censeurs reprennent du service. Certains pays, dont les Etats-Unis, se sont dotés de lois d’exception qui permettent à peu près tout en surfant sur la détresse. On n’en est pas loin.

Alors, merde aux censeurs, quels qu’ils soient…

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Immortel

J’avais prévu un petit billet hier pour souhaiter au monde quelques banalités d’usage quand l’actualité m’a plongé dans une profonde tristesse jusqu’à l’ankylose. Impossible de bouger, de croire ce qui s’ést déroulé en plein jour, en plein Paris. Une rédaction entière décimée. Non, je n’y crois pas, ce ne peut pas s’être passé. Pas au 21ème siècle, dans un monde dit civilisé.

Je Suis CharlieMa seule activité de la journée a été de me transporter sur la place des Terreaux pour rendre hommage aux victimes de l’immonde barbarie. J’y suis resté longtemps, pétrifié, à applaudir Stéphane Charbonnier dit Charb, Moustapha Ourad, Jean Cabut dit Cabu, Michel Renaud, Elsa Cayat, Franck Brinsolaro, Hamed Merrabet, Bernard Verlhac dit Tignous, Georges Wolinski, Frédéric Boisseau, Philippe Honoré, Bernard Maris, mais aussi tous les blessés de cette atroce boucherie inutile, en pensant à tous leur proches désormais meurtris à jamais.

Gérard Collomb a dit, comme à l’accoutumée, quelques mots de circonstance. Je n’ai alors pas applaudi. Je ne peux occulter la responsabilité que portent les hommes politiques dans leur ensemble pour ne soutenir la presse que quand un drame s’est joué. Je ne me rappelle que trop les turpitudes auxquelles ont été soumis les journalistes d’investigation, notamment de Médiapart, du Monde et quelques autres, et le tir nourri d’une classe politique incapable de mesurer son propos. J’entends encore un ancien président de la République tancer deux journalistes pris en otage en Afghanistan alors qu’ils ne faisaient que leur métier, pour nous informer. Les louanges et les complaintes d’aujourd’hui de droite ou de gauche me sont aussi insupportables que les jérémiades fondamentalistes des fous de n’importe quel dieu… Et que dire des tentatives de récupération de l’événement qui ne vont pas tarder. D’avance, Marine, ta gueule !

La presse et sa liberté, donc la nôtre, cela se défend en permanence. Cela s’affirme tous les jours. Au lieu de cela, on gaspille le temps à attiser les haines et les rancoeurs, on radicalise absolument tout sujet, on fustige l’étranger, on diabolise le musulman, le vrai, celui qui est aussi catastrophé et consterné que moi. La liberté, contrairement à la pile électrique, ne s’étiole que si l’on ne s’en sert pas.

Charlie dérangeait. Et pas qu’un peu. Charlie est passé maître dans cet art. C’est pour cela qu’on l’a tué. Ce faisant, ces idiots dégénérés l’ont rendu immortel. Sûr que quelque part, Choron, Reiser et Cavanna ont accueilli leurs copains les bras ouverts. Mais cela ne me console nullement. Il manquera toujours quelque chose, la petite case en bas à gauche dans ce grand puzzle, ce petit rien apprécié ou non qui fait la diversité, et qui finit par faire un tout.

Mais pour l’instant, je suis désespéré. Je retourne me coucher, avec les mots de Philippe Val qui tournent en boucle dans ma tête. Demain, je serai plus que jamais combatif.

Bonne année.

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Connaissez vous vraiment TAFTA ?

Pas un jour ne passe sans son alerte sur la fin de notre monde, à ses petits acquis arrachés ça et là, et qui constituent aujourd’hui notre espace plus ou moins démocratique, avec une liberté enviée par tout ceux qui n’en disposent pas.

Cependant, à force de crier à tord ou à raison au loup, l’attention et les mobilisations s’étiolent et les gardes se baissent. Et pourtant, compte-tenu des enjeux et des conséquences sur notre quotidien immédiat, il est vital de s’informer tout en gardant un esprit ouvert et critique. Cela demande souvent des efforts conséquents et le monde politique et des affaires le savent bien : quand un projet rencontre une opposition, il ne suffit que de patienter afin d’atteindre sans se fatiguer le moment ou la résistance disparaîtra d’elle-même faute de combattants.

Pour le «Transatlantic Free Trade Area», ou TAFTA, ou en bon français la «zone de libre-échange transatlantique» ou encore «accord commercial transatlantique», la méthode est identique : secret des négociations, des négociateurs et même du contenu, heureusement éventé par des fuites. D’autres projets aux méthodes et objectifs similaires, comme SOPA, PIPA, et récemment ACTA, ont été repoussés par la vigilance citoyenne et aussi internationale puisque ces tentatives de réglementations sont de plus en plus transfrontalières et s’imposent à nous sans que nous n’ayons notre mot à dire. Ce n’est pas acceptable.

Toutes ces tentatives pour structurer encore plus l’espace mondial globalisé reviennent par vagues et en silence, bien déguisées. TAFTA est la dernière en date : elle est monstrueuse de cynisme et jette ce qui reste de notre monde à des prédateurs implacables que sont les banques et les multinationales. Jetez donc un oeil attentif à ces quelques vidéos qui valent toutes bien mieux que tous les discours.

ou celle-là :

ou celle-là des Anonymous :

ou encore celle-là :

et celle-là :

ou celle-là, très documentée :

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Pour que Internet reste libre et ouvert

Vous avez peut-être remarqué la petite bannière dans le coin en haut à droite. Une roue bien connue y tourne indéfiniment. Elle est le symbole de l’attente de la fin d’un chargement de page lors de nos butinages sur la toile. Et sans une mobilisation de notre part, nous risquons tous de la voir trôner sur nos écrans bien plus que de raison. Lors de nos prochaines sorties sur internet, on va devoir attendre, attendre, encore attendre, à moins de payer…

Pour une fois, les plus contestataires viennent d’outre-atlantique. La-bas, la réalité d’un internet à plusieurs vitesses est sur le point d’aboutir. Dans quelques jours, la Federal Communications Commission (FCC) qui régule entr-autre l’internet américain, rendra un avis lourd de sens en terme de «neutralité du réseau», et qui risque d’avoir des répercussions essentiellement sonnantes et trébuchantes et bien au-delà du simple continent américain.

En clair, le but d’un certain nombre d’acteurs du net est de faire payer les sites web pour permettre un accès optimisé à leurs contenus. Sinon, les débits seront bridées. De l’autre côté, les fournisseurs d’accès pourraient aussi proposer plusieurs offres à leurs clients pour qu’ils puissent accéder plus ou moins rapidement aux pages. On voit sans peine la dérive du système, les filtrages et autres manipulations possibles.

Imaginons que demain, l’accès soit si lent que vos sites préférés soient illisibles. Imaginons les sites d’information obligés de payer, au risque de se faire ralentir si la ligne éditoriale déplaît. Imaginons les données désormais délocalisées quelque part sur un cloud et devenant difficilement (ou plus) accessibles. Imaginons tout ce qui fait le charme du net, les blogs, les sources alternatives, le partage, etc… Invisible, disparu ! Sauf à payer.

Je parle souvent du fondement même d’Internet qu’est la neutralité du réseau. Cette notion un peu ésotérique et qui ne passionne pas le profane est pourtant essentielle, et se résume très rapidement et en termes simples en 4 points :
– transmission de données sans examiner le contenu
– transmission de données sans altérer le contenu
– transmission de données sans examiner la source (qui émet les données) et la destination (qui les reçoit)
– transmission de données sans examiner le protocole (convention de communication).

Quand un seul de ces points est invalidé, le réseau n’est plus neutre, il interagit, ce qui n’est plus l’esprit, le principe de base d’internet. Et dans notre affaire, tous sont invalidés… Un comble au moment ou les appareils mis à la disposition des internautes sont de plus en plus puissants et rapides. D’un côté, on vend de la 4G, des monstres de technologie avec une capacité de calcul telle qu’elle pourrait envoyer une fusée sur la lune, tout en bridant drastiquement les débits.

Ce 10 septembre, beaucoup de sites, et pas des moindres (Vimeo, WordPress, Reddit, Netflix… et Alter-Oueb), vont faire semblant de tourner au ralenti. Le but est d’alerter les internautes du danger que constitue ce nouveau coup de boutoir, de leur faire prendre conscience de cette part de liberté confisquée, et qu’il ne s’agit pas d’un nouveau coup d’épée dans l’eau. D’ailleurs, ce genre de campagne a naguère déjà fait plier les décideurs pour les projets de loi SOPA (Stop Online Piracy Act) et PIPA (Protect IP Act) particulièrement liberticides et scélérats. Dont acte.

Plus d’infos (en anglais) sur www.battleforthenet.com/sept10th/

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En tirer une leçon

Parmi les dates noires qui me viennent à l’esprit ce matin, il y a le 21 avril. Elle constituait le premier tournant majeur bouleversant le paysage politique français. Il y aura désormais aussi le 13 octobre. A Brignoles dans le Var, un candidat se réclamant du Front National a battu le candidat UMP après avoir éliminé celui du PS, reléguant à l’état de mythe un front républicain artificiel que seul le peuple de gauche faisait vivre.

Las des turpitudes du moment, enclin à sanctionner son camp, il a boudé les urnes, et une nouvelle page d’histoire vient de s’écrire. Je veux un peu relativiser l’événement. Il s’agit d’un scrutin cantonal, l’élection où l’on choisit les cantonniers… Et l’élu, avec 45 % de taux de participation, sur une terre particulièrement propice, ira siéger dans une assemblée moribonde parce que l’échelon départemental sera amené tôt ou tard à être avalé par les régions. En tout cas, on est loin du plébiscite, du vote d’adhésion, de l’enracinement vanté par les responsables nationaux du FN, illuminés et éblouis comme des papillons de nuit par tant de lumière.

brignolesLe coup est cependant sérieux, et on ne peut pas vraiment dire qu’on ne l’a pas vu venir. A force de ne pas répondre aux questions, d’éluder les problèmes, de céder aux pigeons, moineaux, canaris, vautours et autres pensionnaires du CAC40, la sanction est cinglante. Evidemment, dans un monde à l’économie globalisée, sous la contrainte des argentiers surpuissants, il est difficile d’avancer tout seul. Je peux comprendre qu’il faille du temps, beaucoup de temps pour défaire tout ce qui a été entrepris depuis des années pour entraver les solidarités et faire sauter les protections des moins favorisés. J’excuse même certaines promesses qu’on entend invariablement pendant les campagne électorales et dont on sait qu’elles ne seront suivies d’aucune action. C’est le jeu, et tous les camps en présence se livrent de la sorte à la surenchère, même et surtout le Front National. Mais quand même…

Il y a peu, je me suis laissé aller à exprimer ma lassitude, en évoquant notamment mon possible renoncement à passer par les urnes lors des prochains scrutins. A quoi bon ? Donner sa voix pour quoi ? Aujourd’hui, je me sens presque déjà coupable de ce qui arrive parce que très vraisemblablement, beaucoup de gens à Brignoles ont pensé et agi comme je m’apprêtais à le faire demain. Et voilà le résultat. Rien à voir donc, avec un quelquonque vote d’adhésion.

Une chose est sûre : la période de crise permanente et savamment entretenue rend la situation tendue. Le capitalisme est en train de tordre le monde, engendrant dans tous les courants de pensée une radicalité effrayante qui se matérialise par le développement des extrêmes comme le fondamentalisme, le communautarisme. Leur point commun : le repli sur soi, la peur de l’autre, et surtout l’illusion érigée en principe absolu. «Le chômage, l’injustice et les magouilles attisent la haine» rappelle justement El Camino.

Non, le FN n’a pas plus de solutions qu’en ont les socialistes qui font ce que la «Word Company» leur permet de faire à la tête du pays. Non, le FN ne vaut pas mieux que l’UMP, qui prépare déjà les sujets décompléxés pour 2017 comme «la lutte contre l’assistanat et contre le tout gratuit» cher à François Fillon. Oui, le FN est un parti qui promeut des valeurs qui ne sont pas celles de la France des droits de l’homme, qui sont la négation même de l’homme et de l’esprit de liberté. Il se fout bien de la classe ouvrière et des chômeurs. Il en a juste besoin pour obtenir le pouvoir. Ni plus, ni moins, comme un certain Nicolas S. Ensuite, cette fois, ce sera les larmes, puis le sang…

Je ne tente pas de convaincre les frontistes et la nébuleuse qui gravite autour. C’est inutile. Il suffit juste de ne pas se détourner de la chose publique, de l’entretenir à défaut d’y adhérer pleinement, en allant voter malgré les déceptions. C’est suffisant pour faire barrage aux idées nauséabondes. De cette percée, il y a une leçon importante à tirer : ne laissons pas à d’autres le soin de choisir pour nous. Aux râleurs patentés mais jamais dans la rue pour manifester quand il est nécessaire, je dis juste que notre destin est entre nos mains. Si les femmes et hommes en place ne conviennent pas, s’ils oublient leur mission de représentation et le mandat qui leur est confié, il est toujours possible de s’engager soi-même, de porter les idées, de les expliquer, de les argumenter, mais toujours avec le respect des autres et l’esprit républicain.

Dans une démocratie comme la nôtre, le pouvoir n’est finalement que concédé. Même avant le terme du mandat, il est toujours possible de le sanctionner. Il faut certes une mobilisation d’ampleur pour arriver à un tel résultat, et il est arrivé que le bruit de la rue en fasse renoncer quelques-uns. Sachez seulement qu’avec le FN, la donne risque de changer. En mars 1933, un pays d’Europe s’est laissé aller à la facilité en portant par les urnes un parti d’extreme droite au pouvoir. Le nouveau chancelier d’alors n’a mis que 6 mois pour suspendre toutes les libertés individuelles et d’expression… On est d’accord ?

Cessons de jouer avec le feu, et rappelons-nous bien d’où l’on revient.

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La caravane passe

Ce dimanche fut étrange. Il a été à peu près impossible d’occulter de mon esprit la manifestation du jour contre le mariage pour tous, non pas par peur de la mobilisation, mais parce que le message qui s’en échappait était empreint d’une rare radicalité, et il m’a profondément bouleversé. J’étais atterré de constater avec quelle virulence l’homophobie et l’intolérance pouvaient s’exprimer aussi librement dans notre pays.

Un slogan parmi d'autres, raccoleur et dégueulasseAutant le dire tout de suite, je ne suis pas gay. Je suis ce qu’il y a de plus commun : j’ai 49 ans, marié depuis 23 ans à une femme que j’aime, 2 enfants aujourd’hui autonomes, ce qui me donne une vision éclairée et assez éprouvée de cette entité sociale qu’est la famille. Dans mon entourage, j’en côtoie d’autres, aux histoires semblables ou différentes, qui font leur chemin avec plus ou moins de chance et de bonheur. Mais je vois aussi des enfants ballottés par la vie, repoussés, battus, délaissés, livrés à eux-mêmes, avec ce qu’il reste de parents «classiques». Ces enfants sont là, bien vivants, souvent heureux que la recomposition de la cellule familiale se fasse avec un compagnon quelque soit son sexe, qui les aime et s’occupe d’eux.

Je n’ai aucune envie d’exposer des arguments et de chercher à convaincre qui que ce soit. C’est inutile, le débat est même impossible : bigots, fachos, réactionnaires et conservateurs de tous poils s’acharnent avec des motifs éculés. Elle est belle la famille de France, toujours magnifiée par les calotins qui savent de quoi ils parlent, habitués qu’ils sont au contact de la jeunesse. Un peu trop même. Jusque là un peu délaissé, l’enfant est soudain redevenu l’argument suprême, et placé au centre de toutes les préoccupations. Je ne doute pas que dans ce rassemblement grotesque devait se trouver nombre de conjoints ayant plaqué femme et enfants sans se soucier si ces derniers pouvaient un seul instant souffrir de l’absence d’un des parents «traditionnels». Et pourtant…

Cette journée est assez emblématique de l’état de la société. Elle a jeté dans la rue une population peu au fait des évolutions du monde, engoncée qu’elle est dans son confort de petit bourgeois, avec sa télé poubelle et ses dogmes religieux ancestraux et puritains. On y a entendu des amalgames douteux, des propos d’un autre temps, on a même comparé François Hollande à Hitler. Visiblement, pour une part de la société, les homosexuels sont toujours des «Untermensch», des sous-hommes… C’est particulièrement grave, mais surtout désolant..

Ce n’est pas parce que je soutiens la gauche que je suis favorable au mariage pour tous. Je ne suis pas homosexuel et pas vraiment concerné par la mesure, mais je me rends compte de la situation globale de ces couples qui seraient durement précarisés en cas de coup dur. C’est une simple mesure d’égalité, et ce seul point mérite qu’on y accorde une attention particulière. Et pour les enfants, il vaut mieux un environnement apaisé où les faisant fonction de père et mère, quels qu’ils soient, s’aiment et soient attentionnés les uns envers les autres. Inutile donc de vociférer : le mariage civil n’a pas une fin de procréation, et au final, chacun fait bien ce qu’il veut chez lui…Fermez le ban !

Quant à François Hollande, il a pu paraître hésitant dans ses prises de décisions, allant parfois même jusqu’à renoncer devant le bruit de la rue, sauf quand il est produit par le monde ouvrier. Il ne le sait que trop : en matière économique, il n’a aucune marge de manœuvre ou presque. Le patron, le juge de paix, c’est les marchés, les banques, les agences de notation. Pour le reste, et le mariage pour tous en particulier, François Hollande n’a aucune contrainte d’aucune sorte. La 31ème proposition du candidat n’a nul besoin de passer par un référendum puisqu’il a été élu pour appliquer ce programme. Il ne reste donc plus qu’à emballer et peser le paquet final pour entrer dans l’Histoire au même titre que l’abolition de la peine de mort et la légalisation de l’avortement.

A cette époque aussi, les chiens aboyaient leur haine…

Edit du 16 janvier : pour ceux qui, droits dans leurs bottes, sont toujours sûr de leur conscience et de leur supposée bonne foi, allez lire le billet magistral de James.

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