Pas sincère, s’abstenir

Pas un jour ne passe sans qu’un notable, un décideur, un mégalomane ne présente ses vœux en grande pompe et à grand renfort de presse et de forces de police. Hier, notre nain compétent présentait les siens aux fonctionnaires, donc à moi en l’occurrence, à Lille, ce qui a fait dire à l’un mes commentateurs favoris et par ailleurs collègue «Tiens, notre charmant Président de la République vient chez nous présenter ses voeux z’aux z’agents. Les tireurs d’élite sont déjà positionnés sur les toits. Ne craignez rien, ils savent sur qui ils tirent !»

Auparavant, avec mes collègues, nous avons eu à subir individuellement ceux de notre ministre Valérie Pécresse, qui s’est fendue d’un mail que seuls les agences de comm savent pondre. Rien à dire, la forme est parfaite. Mais le fond, on le touche, on s’y écrase… C’est d’ailleurs ce qu’elle aurait dû faire. Je vous fais grâce du contenu .Et comme il nous était permis de répondre, je ne m’en suis pas privé :

Madame la Ministre,
N’y voyez pas un manque de politesse ni aucune offense de ma part, mais il m’est impossible de vous remercier pour vos voeux qui ne sont simplement pas sincères et transpirent la condescendance.
Ils ne peuvent pas l’être après la somme de monstruosités que vous et votre entourage politique avez proféré à l’encontre des fonctionnaires.
Non seulement vous avez saccagé le service public dans son ensemble en privant les unités de moyens, mais vous avez explicitement désigné les fonctionnaires comme une des causes de la crise du moment, vous avez menti sur bien des chiffres, vous êtes totalement vendue à une idéologie individualiste et mortifère pour qui n’est pas issue de votre caste.
Je vous souhaite néanmoins une reconversion sereine en mai prochain, qui sera, à n’en pas douter, toujours bien meilleure et plus enrichissante que celle des agents que vous avez dirigé.
Bien cordialement,

Quant à notre agité du bocal, il a, devant un parterre de pontes, haut fonctionnaires et dignitaires locaux, démontré qu’il n’a rien changé de ses marottes en faisant la promotion appuyée de la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP), et en continuant à clamer de voir «moins de fonctionnaires, mais mieux payés»… Moins de fonctionnaire, c’est fait, mieux payés, c’est une vue de l’esprit. Rien de bien neuf donc, un discours convenu, certainement le même que celui qu’il avait produit à Lille, 4 ans plus tôt. Seule surprise, l’émoi et le murmure qui s’est emparé d’une salle peu habituée aux expressions spontanées quand Toto 1er soutenait que «de 2007 à 2011, malgré la crise, l’augmentation du pouvoir d’achat pour les agents publics aura été de 10%». Incontestablement, la belle unanimité d’antan a disparu.

Il n’y a rien à répondre à ce genre de discours. Il n’y a rien de sincère, rien d’acceptable. Il y transpire toute cette ambition personnelle ressassée, tout le poids du pouvoir utilisé pour se venger de ses complexes et ses frustrations. Ce moment ordinairement consensuel est devenu une tribune au ton menaçant voire hostile, comme lors de la cérémonie des vœux au monde de l’éducation le 6 janvier dernier. Ce président aura absolument tout raté. Heureusement, le terme de ce mauvais rêve approche.

Encore 100 jours de patience.

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Qui en a, des tee-shirts Balladur ?

En matière d’affaire, la période est faste. Il en tombe de tous les côtés, et les nombreux pare-feux présidentiels se percent de toutes part. La fin de règne va être pénible. La dernière pépite du moment est la mise au jour d’un document exhumé par le juge Van Rumbeke permettant à priori de faire un lien entre le contrat des frégates saoudiennes et le financement de la campagne électorale d’Édouard Balladur. Une somme de 10 millions de francs devait être versée à titre d’acompte avant… le 1er tour de l’élection présidentielle de 1995.

tout est devenu possible, même l'explication la plus ridicule...Or, assez bizarrement, le jour du paiement par l’Arabie Saoudite, on trouve un versement d’un montant identique sur le compte de financement de la campagne éléctorale du premier Ministre d’à l’époque. Le plus insolite, du reste, n’est pas l’existence de ces mouvements de fonds astronomiques, en liquide, donc contre toute réglementation, mais son explication : selon les soutiens balladuriens, dont fait partie Toto 1er, cette somme représente le produit de la vente de tee-shirts et gadgets lors des meeting électoraux.

Argument imparable. Mais je peine à me représenter la vente d’autant de ces ridicules bouts de tissus «Made in China» à quelques soirées électorales. Pour atteindre cette somme, il aurait fallut en vendre 1 million, à 100 francs l’unité (15 euros d’aujourd’hui…). Même Johnny n’y arrive pas. L’autre problème, et de taille, c’est qu’ils doivent vraisemblablement tous être imprimés avec la trombine à Balladur ! Vous imaginez un tee-shirt avec Balladur ? Même en très petit, dans un coin ? Ils sont peut-être vendus, mais peut-être bien que leurs heureux possesseurs n’osent les sortir de leur placards… C’est pour cela certainement qu’on ne les voit pas. Imparable je vous dis !

1 millions de tee-shirts vendus en quelques soirées, 10 millions de francs de chiffre d’affaire en un claquement de tissu, ces gens nous prennent ouvertement pour des buses, tout en réclamant nos suffrages… Et en pareil cas, l’attaque étant la meilleure des défenses, l’UMP multiplie les déclarations et les mensonges les plus abracadabrantesques, les cumulent, sans aucune retenue et surtout sans complexes. Lors de ces dernières années, tout est incontestablement devenu possible, du plus sordide au plus ridicule. Comment peut-on encore apparaitre comme un responsable politique conscient de sa fonction et de ses devoirs devant tant de manquements et de bassesse ?

J’aime le discours de Montebourg.

Edit du 1er octobre : Urielle, dans les commentaires, a publié l’adresse d’une petite annonce où l’objet du désir est visible. Je vous livre ci-dessus son verso, et vous laisse imaginer le recto…

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Trouvé le remède

Le monde avance par secousses. Il n’y a là aucun sous-entendu, surtout ces temps-ci. Il est incontestable que certains événements soudains et impromptus, heureux ou malheureux, sont le moteur de bien des évolutions sans qu’on en sache parfois le sens. La toute dernière crise financière, puis économique, a en partie provoqué d’épiques révolutions là où on ne les attendait pas, et un peu partout l’indignation gronde face aux mesures que le Fonds Monétaire International (FMI) va appliquer un peu partout en Europe afin de remédier au problème de dette des Etats.

AurélieTrouvé, ça change de Christine lagarde...A la tête du FMI, une place encore chaude est à prendre. Christine Lagarde s’est empressée de déposer sa candidature et délaisse actuellement ses fonctions de ministre pour sa campagne de charme aux quatre coins de la planète, aux frais du contribuable français soit dit en passant. Il est clair qu’à la tête de cette institution, ce personnage a toutes les qualités, dont la moindre est d’être toute aux ordres de ses maîtres les hauts dignitaires de la finances mondiale.

En France, Il y a un autre candidat à la fonction, c’est Aurélie Trouvé, 31 ans, maître de conférence en économie, mais surtout vice-présidente depuis 4 ans d’Attac France, association née du mouvement alter-mondialiste qui participe de manière globale à la reconquête par les citoyens des questions politiques, économiques, sociales et culturelles, contre l’emprise des marchés financiers. Elle vient d’adresser à Christine Lagarde, une lettre ouverte ou elle motive son action.

Attac, c’est une drôle de machine. Il y a quelques temps, je suis allé traîner mes oreilles dans les groupes locaux, et j’ai été particulièrement bluffé par le niveau d’implication, de réflexion, et des propositions qui s’échafaudent. On rétorquera qu’il n’y a là que des bobos, des personnes d’age mûr, voire plus… Mais l’étude et l’analyse des grands problèmes de la planète qui s’en dégage montre que les causes de la misère sont partout les mêmes. A force d’avoir dérégulé et laissé le monde se débrouiller tout seul, pas étonnant que les margoulins soient les seuls à retirer les marrons du feu. La dernière «péripétie» en date est de faire payer la casse du jouet par ceux qui n’ont aucun moyen d’y accéder…

Il y a bien eu des «plus jamais ça» assénés du haut de 35 cm de talonnettes mais les belles paroles n’ont jamais entravé la spéculation et la corruption, elle est repartit de plus belle, profitant du moindre prétexte comme la guerre en Libye, le concombre masqué ou la sécheresse… Les prix s’envolent, mais ne redescendent jamais la crise passée. D’ailleurs, quelle crise ?

Aurelie Trouvé propose d’arrêter les plans d’austérité destructeurs, de modifier fondamentalement le fonctionnement de l’institution pour la rendre plus démocratique et plus transparente, de créer une monnaie internationale comme alternative au dollar, mais surtout de mettre en place la fameuse taxe Tobbin et une régulation des marchés spéculatifs.

Marchera, marchera pas, la question reste entière. Mais Aurélie Trouvé a des propositions toutes autant sérieuses et crédibles que les politiques actuelles, à la différence que depuis 30 ans, les politiques libérales ont prouvé leur incapacité à répartir équitablement les fruits de la croissance et du progrès. Confronter les «utopies» issues d’un laboratoire d’idées à la réalité serait un défi intense, mais surtout un immense espoir de réel progrès social.

Le dernier hic vient du mode de désignation des candidats au poste vacant, effectué par un gouverneur ou administrateur du FMI, poste occupé pour la France par… Christine Lagarde. Pas de doutes, le système est vraiment bien conçu.

Si vous voulez vous présenter vous aussi, c’est trop tard.


On a Trouvé mieux que Lagarde pour la présidence… par lyon_videos_fr

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Double peine

La Libye vient brutalement de repasser sur le dessus de la pile de l’actualité mondiale. Eclipsé par le rayonnement de la catastrophe japonaise, le difficile combat d’un peuple luttant pour sa liberté a connu cette nuit un nouveau tournant. Désormais, par le vote de la résolution 1973 par le Conseil de sécurité de l’ONU, l’usage de la force est possible pour protéger la population civile des exactions de son dictateur, en passe de reprendre la main sur l’intégralité du territoire libyen. Une résolution bien tardive pour être efficace.

Sur le terrain, la répression envers les mutins est sanglante et criminelle. Kadhafi a regagné le terrain perdu. Il lui suffit de terminer le travail à Benghazi, dernier carré de résistance. Dans ce contexte, les atermoiements des démocraties occidentales ont considérablement servi l’ubuesque bédouin. Toutes se sont lancées dans de pompeuses considérations, dissertant sur le mérite du peuple libyen à conquérir enfin le plus beau des principes humains, la liberté. Beaucoup ont fort opportunément encouragé, de près ou de loin, cette volonté farouche de s’émanciper, de prendre son destin en main quand Kadhafi était à terre. Mais le fantasque dictateur s’est vite relevé et a fait donner la troupe sans ménagements, encouragé par l’inaction et le soudain silence de la communauté mondiale, occupée à regarder ailleurs les vagues et à surveiller les nuages potentiellement radioactifs.

En fait, cette résolution reste avant tout symbolique. A la manoeuvre, on trouve principalement la France, les anglais et la ligue des pays arabes. Elle permet ainsi d’exonérer les puissances occidentales de leurs responsabilités, se prémunissant notamment contre les reproches de n’avoir rien fait après avoir consciencieusement soufflé sur les braises…. Elle est surtout trop tardive. Elle intervient après d’interminables rencontres et palabres à répétition, où de nombreuses oppositions se sont manifestées. Pendant ce temps, les libertaires libyens battaient en retraite un peu partout, en passe d’être quasiment écrasés. Mais en l’absence de la Chine, de l’Allemagne et de la Russie qui se sont abstenues, des Etats-Unis déjà englués ailleurs, on ne voit pas trop qui va mettre la main à la poche pour mobiliser les moyens militaires nécessaires à la mise en oeuvre de la résolution. La France doit déjà se débattre pour payer son déficit abyssal et éviter la dégradation de sa note sur les marchés. Déployer avions et logistique reviendrait à gratter encore plus le fond d’un bas de laine vide et usé jusqu’à la corde, ce que beaucoup, en période de vaches anorexiques, ne comprendraient pas.

Ce qui est depuis longtemps incompréhensible, c’est le soutien inconditionnel que la France a manifesté au dictateur, tantôt clown, tantôt terroriste, pourvoyeur de pétrole (un peu moins de 10% de son approvisionnement), également client potentiel de plein de choses mais resté depuis longtemps à l’état de «potentiel»… Alors, si l’attitude de l’homme de la rue envers le mutin libyen peut paraître un rien égoïste, elle n’est rien à comparer de la double peine que leur inflige nos vaillants ministres et parlementaires de l’actuelle majorité, n’hésitant pas à remettre dans un bateau ceux qui, au péril de leur vie, ont ou vont franchir la méditerranée pour échapper à la vengeance barbare d’un fou dangereux notoire…

Chacun chez soi, et les moutons seront bien gardés.

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De quoi va t-on parler à midi ?

Ce matin, c’est presque imperceptible, mais il y a une drôle d’atmosphère en ville, un peu bizarre, un rien tragique. Qu’est ce qui a bien pu se passer ce week-end ? Quelque chose d’important, évidemment ! Ce n’est pas la défaite du XV de France devant la perfide Albion, tout de même. Ce n’est pas non plus le jeu de chaises musicales ministérielles, cet espèce de remaniement qui va rien remanier du tout, au plus pousser le tas de poussière sous le tapis !

Ca a été notre grand sujet de discussion, ce midi, à la cantine. «On aurait dit qu’on nous annonçait la guerre», qu’il fallait «se préparer à l’afflux massif de migrants»… A midi, c’est la tradition, la tablée est grande, on parle de tout, absolument de tout, au point que la gente féminine a fini par bouder ce grand rendez vous quotidien de franche convivialité. La palette est vaste, éclectique, on saute souvent du coq à l’âne avec une grivoiserie non dissimulée. Ca bâche sec, ça flatule gras, ça rigole fort, et certaines répliques devenues cultes restent longtemps en mémoire et nous font toujours sourire. De vrais tontons flingueurs.

Mais ce grand moment d’évasion dans notre monde professionnel rigoureux voit sa fin approcher. Le «politiquement correct» nous rattrape inexorablement car nos ministres successifs ont décidé de nous sensibiliser à ce beau principe qu’est la lutte contre «les discriminations» dans le quotidien par une formation individuelle obligatoire. Rien que cela. Dans une feuille de chou d’information interne de la direction, on apprend que la discrimination se définit comme une inégalité de traitement fondée sur l’un de ces 18 critères :
– l’âge
– le sexe
– l’origine
– la situation de famille
– l’orientation sexuelle
– les moeurs
– l’apparence physique
– le handicap
– l’état de santé
– l’état de grossesse
– le patronyme
– les opinions politiques
– les convictions religieuses
– les activités syndicales
– les caractéristiques génétiques
– l’appartenance vraie ou supposée à une ethnie
– l’appartenance vraie ou supposée à une nation
– l’appartenance vraie ou supposée à une race

Le quotidien, c’est dans et hors l’exercice de ses fonctions professionnelles. Normal, après tout. J’ai donc tenté d’appliquer le principe à nos ébats de la mi-journée. Finies les blagues, en particulier sur les blondes ou autres catégories de personnes. Finie aussi l’évocation de notre collègue parti en retraite il y a peu, affectueusement surnommé «le tricératops», ou «Monsieur poireau» (rien à voir avec le blogueur éponyme, que je salue d’ailleurs), pour les cheveux blancs et la queue verte. Bannis également les quolibets sur les défaites continuelles des verts aux pieds carrés face à l’Olympique Lyonnais, les moqueries diverses et variées sur les potes petits, grands, mal habillés, maladroits, endormis, boudinés, qui ont trop froid, qui n’ont pas fait leur caca habituel… Proscrits aussi les qualificatifs fort éloquents à l’encontre de la mignonnette qui vient de passer avec son plateau repas en se dandinant. Partout apparaît les critères d’age, de sexe, d’origine, de moeurs, d’apparence, de handicap, de patronyme, d’opinions, etc, etc… Ca va vraiment être dur de s’exprimer, de comparer, de se moquer.

Pas besoin de formation. Dès demain, muni d’un carton jaune et d’un autre rouge, j’officierai sans état-d’âme pour sanctionner tout écart, et remettre dans le droit chemin toutes ces brebis égarées. A lever mes cartons sans arrêt, je sens que je vais rien manger. Mais on va bien rire.

La société libérale nous pousse à la productivité. Pendant la pause méridienne, on finira par parler… boulot.

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Coup de ciseaux

Sur le chemin du boulot ou aucun centimètre carré de trottoir ne m’est inconnu, je me dépêchais pour me mettre à l’abri de la bise matinale quand j’ai été tiré de ma torpeur par un fracas soudain, mais pas inhabituel. Deux véhicules venaient de froisser un peu de tôle sur un axe majeur de la métropole lyonnaise. En somme, rien que du parfaitement ordinaire et insignifiant, d’autant plus qu’il n’y avait aucune blessure à déplorer.

Mais les choses ont rapidement évolué, et l’histoire, de mon point de vue, est devenue rapidement intéressante. Un des automobilistes a surgi de son véhicule et s’en est pris avec une rare véhémence à son camarade d’infortune, l’inondant d’insultes à la mode sans aucune autre forme de procès. La scène était un brin cocasse. Après s’être comporté sur la route en irresponsable, en prenant des risques au mépris des règles et des autres, le voilà dans un rôle de l’avocat général, vociférant, l’œil féroce, le poing vengeur, accusant la victime de tous les maux…

C’est une bien curieuse réaction, mais elle est particulièrement d’actualité. Plutôt que de faire profil bas, et face à l’évidente évidence, de reconnaître ses torts, les auteurs de faits portant préjudice, les fauteurs de troubles ou d’actes malveillants ont une tendance maladive à ne rien reconnaître, à nier farouchement, à faire supporter les responsabilités à autrui…

Dernière histoire en date, celle d’une patiente d’un établissement financier médical lyonnais particulièrement lucratif. Après six mois de douleurs abdominales, elle a du faire face à la désinvolture d’un chirurgien un rien agacé, refusant de réopérer d’urgence pour retirer une pince chirurgicale de 10 cm malencontreusement oubliée. Un petit mot d’excuse ? Vous n’y pensez pas. En politique, c’est la même chanson. C’est d’ailleurs de là que vient l’exemple. Eric Woerth, le boulot de sa femme, la légion d’honneur, les enveloppes de Mamie Zinzin, l’hippodrome, puis rien. Michèle Alliot-Marie, ses errements diplomatiques, ses devoirs de vacances et ses petites combines familiales, encore rien. Brice Hortefeux, ses condamnations pour propos ouvertement racistes, ses avis sur la justice, toujours rien. Etc, etc… Le vrai, le faux, le manipulé, quitte à menacer au grand jour, à cambrioler, à traiter les journalistes de trotskistes, qu’importe. Ils se moquent ouvertement des conséquences, ils se moquent du monde. En mai et juin 2009, quelques ministres et députés anglais, pris la main dans le sac pour avoir un peu trop abusé de leurs prérogatives, ont démissionné. Pas en France, malgré des faits avérés, incontestables… A l’image de quelques dictateurs, quand on tient le manche, il n’est pas question de le lâcher.

Personne n’y échappe plus, depuis le voleur de mobylettes jusqu’au chef de l’État. Sauf qu’en théorie, quand on est président, on est supposé faire la part des choses, être le garant des institutions. On ne peut clamer l’État de droit et s’affranchir aussi facilement des règles qui le compose, et défendre l’indéfendable, dans et hors de nos frontières. Il ne reste plus que la sanction politique, celle ressortant des urnes, comme un bon coup de ciseaux dans un bien mauvais film. 2012 sera, d’une certaine mesure, le révélateur de l’état de mémoire de l’électorat.

2012, fin du monde, ou début d’une nouvelle amnésie ?

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L’épreuve de la rue

Alors que je déambulais entre les stands du forum des associations du 3ème arrondissement de Lyon ce samedi pour faire connaitre mon Alter-Oueb, j’ai fait une bien curieuse rencontre : le député du coin. Quelle chance, me suis-je dit, un représentant du peuple, qui vote les Lois en son nom, quel privilège, surtout qu’il est plus facile, finalement, de côtoyer un joueur de foot de l’OL qu’un élu de la République. C’est décidément un jour de veine.

Je m’étais arrêté au stand de l’association France-Roumanie où j’y ai aperçu une connaissance amie, et bien évidemment, on se désolait de l’actualité brulante de la communauté Rom quand Monsieur Dominique Perben est arrivé à notre hauteur. Avenant, en tenue décontractée, sourire de circonstance, l’ancien maire de Chalons-sur Saône, ancien député de Saône-et-Loire, ancien Garde des Sceaux, plusieurs fois ministre, battu à plate couture dès le premier tour aux dernières municipales de Lyon et actuel député UMP de la circonscription, il a salué tout le monde. En s’adressant aux personnes du stand, il lance : “Ah la Roumanie, vous y allez de temps en temps ? “. La personne lui répond que non, c’est loin, et que cela fait beaucoup d’heures de voiture. Je profitais de l’aubaine et rajoutais alors “en avion, ça ne fait qu’une heure, et beaucoup des gens qui les prennent ne l’ont pas choisi. Monsieur, c’est pas bien ce que vous et vos amis avez fait, c’est vraiment pas bien…

Le sourire ne l’a pas quitté, il s’est juste figé. “Mais moi aussi, je ne suis pas d’accord” s’est-il défendu. Ah bon. Ca c’est une nouvelle. J’ai bien fait de me lever tôt aujourd’hui pour entendre ça. Il poursuit : “D’ailleurs, lisez le Progrès de ce matin”. Grand blanc. Le thermomètre a baissé de quelques degrés, mais l’homme sourit toujours. Et je continue : “Monsieur, vous êtes notre représentant. C’est bien ça ? Si vous n’êtes pas d’accord avec ce qui se fait actuellement, c’est bien de le dire dans le journal local, mais ce serait mieux de l’exprimer sur les bancs de l’Assemblée Nationale”.

Monsieur Perben, lâchant un dernier “lisez le Progrès”, est déjà parti au stand suivant faire son job : serrer des pognes. De retour à la maison, j’ai empoigné le journal. On y trouve effectivement une interview ou il est question d’élections et de lui… Sa réponse relative à l’insécurité et l’expulsion des Rom occupe 3 lignes, dans le plus pûr style de langue de bois politique : “il y a un peu d’énervement sur ce sujet. Il faut revenir à l’essentiel, c’est à dire que l’administration doit appliquer les décisions de justice. Il faut le faire avec humanité mais il est inadmissible d’accepter des situations de non droit. Les Français le savent. Nous sommes dans une bulle médiatique disproportionnée, nationalement et internationalement”. Quelle décision de justice ? Quelle situation de non-droit ? Et surtout quelle humanité ? Ou est son opposition à cette politique abjecte ? A vous de juger. Pour moi, c’est que du bla-bla.

On apprend beaucoup au contact de la rue. On y rencontre des gens du monde réel, avec leurs joies et leurs peines, leurs difficultés. On y voit comment ils vivent, comment parfois, ils s’accommodent de la misère, d’une vie inhumaine. Ce serait bien que nos élus sortent un peu des salons fastueux, plongés dans les cours de la bourse, et reviennent à la réalité de ceux qui les élisent.

Et si les élus, comme nombre de responsables d’associations, étaient bénévoles ?

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Quelle dégaine !

«Vacances, j’oublie tout !» s’exclame le quidam, pressé par le rythme harassant d’une société qui va trop vite. Une pause est nécessaire pour calmer les esprits, reposer les corps et faire oublier un temps les affaires sensibles et celles qui fâchent. Ce n’est cependant pas le cas de tout le monde. Devant le remaniement gouvernemental promis pour l’automne, il y en a qui se démènent et préparent le terrain, les appels du pied étant aussi peu discrets qu’un nez au milieu d’un visage.

Ainsi, outre le destin tragique, mais ô combien prévisible de Michel Germaneau, abandonné à son sort mais que je n’oublierai pas, ce qui a retenu mon attention cette semaine est la manoeuvre et les déclarations de David Douillet, manifestant assez ouvertement son intérêt pour le poste de Secrétaire d’Etat aux Sports qu’occupe Rama Yade. «Si on me le proposait, j’accepterais», a t’il reconnu dans un entretien paru dans le journal Var Matin. «Mon ambition est de servir l’intérêt général. Ma satisfaction : contribuer à faire avancer quelque chose ou améliorer le système». Rien que ça.

Athlète émérite, palmarès XXL, porte serviette de Bernadette dans sa tournée de ramassage des pièces jaunes, Douillet, en combattant aguerri, a vite compris comment et auprès de qui se placer. Sauf qu’en politique, c’est un bleu, et on ne brigue pas aussi vite un poste ministériel, avec si peu de pratique politique. Sur ce plan, il doit davantage travailler sa vitesse de jambes et sa présence, justement, dans les travées de l’Assemblée Nationale, où il brille par son absence. Difficile ainsi de progresser, à moins que cela ne soit inné.

Le plus choquant, finalement, venant d’un sportif, c’est que Douillet flingue dans sa propre équipe… Se placer dans la roue, montrer le maillot, porter les bidons, s’échapper au bon moment, pas de doute, il se rappelle des fondamentaux. Mais la politique, c’est pas du sport. Il y est plutôt conseillé de tricher, de tirer le premier, sinon on est mort. Avec son mentor, Jacques C., il apprend vite. Donc il se place, il se montre, et écrase lourdement les membres de sa famille. Chef, Chef, regardez comme je nage bien…

Un sportif de sa carrure au gouvernement, en charge du sport, pourquoi pas, mais pour quoi faire ? Un secrétaire d’Etat aux Sports, franchement, ça sert à quoi ? Avec Douillet en plus, qui veut «contribuer à faire avancer quelque chose ou améliorer le système» ? Il avait personnellement de quoi faire, lors des JO de Pékin, en pleine période de répression des Tibétains, avec le fameux badge comme rappel du respect que chacun doit aux droits de l’Homme. Et il s’est finalement écrasé comme tout bon politique devant la raison des marchés et de l’argent… Ipon.

S’agiter, s’agiter, il en restera toujours quelque chose.

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Auvergnat à problème

C’est la grande mode : l’ensemble du personnel de notre administration va bientôt subir une sensibilisation aux faits et situations de discrimination afin de lutter contre ce fléau humain et social. Je ne peux qu’être sensible à cette initiative, bien qu’en la matière comme pour beaucoup d’autres, cela fait un peu «politiquement correct» et ne va pas changer fondamentalement les choses.

En effet, l’immense majorité des personnes composant notre société vieillissante a tendance à consolider ses idées et ses certitudes plutôt que d’en changer. Pour chacun, le vécu, l’éducation, l’origine et statut social renforcent les opinions, les radicalisent parfois, ce qu’exploitent souvent certains partis politiques jusqu’à obtenir des clivages dangereux… Cette campagne de sensibilisation n’est peut-être pas inutile, mais ne viendra en rien modifier l’attitude des auteurs de violence conjugales ou d’attitudes racistes.

D’ailleurs, sur ce dernier point, notre Ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux ferait bien de suivre cette sensibilisation, quoique pour lui, c’est un peu tard. Condamné à 750 Euros d’amende pour des propos qui ont largement franchi la ligne jaune, tenus lors de l’université d’été en 2009, notre ministre auvergnat pure souche s’est emmêlé les pinceaux en explications et justifications aussi loufoques qu’intolérables.

Encore une fois, un ministre n’est pas le commun des citoyens. Donneur de leçon bien plus qu’à son tour, pris en flagrant délit mais totalement décomplexé, Brice Hortefeux n’assume même pas ses dires, et a immédiatement fait appel de sa condamnation. Pour ce «grand républicain» selon Julien Dray, quel exemple ! Etre Républicain n’empêche visiblement pas ce racisme rampant, ce mépris de moins en moins caché, parfois même revendiqué. C’est vraisemblablement ce que l’UMP qualifie d’exercice sans tabou de la politique. Ecoeurant.

Alors cette sensibilisation, où on nous apprendra à ne plus se moquer des blondes, des nains, des grands, des jaunes, des bleus, etc, etc… ça ne me fait plus rire du tout. C’est du grand n’importe quoi puisque même notre Ministre de l’Intérieur ne respecte rien, ni personne… De toute manière, pour expulser une famille avec enfants en bas age ou malades, il ne faut rien respecter, et surtout ne faire preuve de la plus élémentaire once d’humanisme. Ce qui compte : les chiffres, les mots, et la carrière.

Heureusement au bout du compte qu’il est possible d’obtenir quelques tranches de vie par la bande. Enregistrements ou vidéos à la dérobée, ils révèlent des facettes méconnues, la vrai nature des femmes et des hommes qui nous gouvernent.

Sachons simplement nous en rappeler le moment venu.

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Symbolique trébuchante…

James CameronAlors que le nouveau Premier ministre britannique David Cameron a annoncé une baisse du salaire alloué à sa fonction (5% de 150.000 livres annuels, le salaire de son prédécesseur, soit une baisse de 531 Euros par mois), les ministres français ont réagi comme d’habitude en ordre dispersé dès lors qu’était évoqué la possibilité d’une mesure analogue en France.

En cette période tourmentée où on ne parle que de bourse, de monnaie, d’endettement et de solvabilité, il y en a qui trouvent cette mesure dans l’ordre des choses. Rama Yade pense qu’ «il n’y aurait aucune raison de demander des efforts aux Français sans que nous en fassions de même». Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire partagent cet avis «si la décision est collective». Valérie Pécresse, toujours à fond quand il s’agit de faire un peu de démagogie, y voit «un symbole». Même Christine Lagarde n’y est pas ouvertement hostile. Bigre !

Très rapidement, François Fillon rappelle ses troupes à l’ordre et la com officielle tombe. Les premiers rebelles à monter au créneau sont les derniers arrivés dans ce gouvernement, Georges Tron et François Barroin. Parmi les fidèles, Eric Woerth ne se départit pas de sa mauvaise foi habituelle : «si je devais baisser mon salaire cela voudrait dire que les salaires des agents publics baissent aussi, ce dont il n’est pas question». Un ministre est donc un fonctionnaire ? «Ah bon ?» aurai ajouté Roselyne Bachelot.

Rappelons toutefois qu’un ministre touche actuellement en salaire brut la broutille de 13.471 euros bruts par mois, qu’ils peuvent cumuler avec leurs indemnités d’élus local (plafonné à 21.000 tout de même), ce à quoi on ajoute les 5.837 euros nets d’allocation mensuelle pour frais d’emplois… On parle bien de montants mensuels ! Et bien sûr pas non plus des avantages en nature liés à la fonction et comptabilisés nulle part.

Quelle est la part de sincérité et d’honnêteté dans cette annonce ? Entre la doctrine du «travailler plus pour gagner plus», sa future évolution en «travailler plus longtemps pour gagner moins», et les ajustements «d’équité» qui ont vu l’actuel Président doubler son salaire et faire exploser le budget de l’Elysée, nos grands dirigeants montrent à quel point ils sont déconnectés du monde réel. Une telle mesure de réduction salariale, symbolique en somme, aurait permis d’envoyer un signal fort au moment où l’on demande à tous des efforts.

On peut bien réduire les moyens d’existence des petites gens. C’est fait en Grèce, en Espagne, au Portugal. En France, on prépare soigneusement le terrain. Mais on ne touche pas les rémunérations ministérielles…

Sincérité, peut-être, quoique. Egoïsme et privilèges, sans aucun doute…

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