L’outrance ordinaire

Les derniers jours de campagne électorale sont souvent le moment où les ultimes arguments sont lâchés pêle-mêle, où l’on assène à la hâte la petite phrase qui tue, comme s’il fallait absolument être le dernier à parler. Perdu pour perdu, secouer le cocotier avec vigueur, quitte à dépasser les bornes des limites, n’est pas forcément un mauvais calcul dans le contexte de forte abstention annoncée. Les derniers propos de Paul Bismuth dans le Figaro ne me démentiront pas.

Chez moi, FranchevilleLa surenchère ordinaire des discours électoraux constitue un folklore finalement assez amusant pour des oreilles un peu rompues à l’exercice, et chez moi, les candidats pour la mairie de Francheville, dans la proche banlieue lyonnaise, n’échappent pas au principe. D’un côté, il y a l’équipe municipale socialiste, qui s’appuie sur un bilan consistant, et qui n’a guère à s’employer outre mesure. Au milieu, une liste EELV tente de sensibiliser sur des thématiques très spécifiques compte-tenu du contexte géographique de la commune, et qui sont justifiées. A l’autre bout, l’opposition UMP, écartée des affaires locales depuis 1989, tente paradoxalement d’exister dans une commune classée dans la catégorie «banlieue chic»… Et c’est là que cela se gâte.

Les slogans accrocheurs, affichées sur la vitrine du local du candidat UMP, en bien plus gros que le maigre programme, sont éloquents : «Les socialistes augmentent les impôts pour dépenser plus ! Les écologistes augmentent vos impôts pour vous compliquer la vie ! L’UMP baissera les impôts locaux ! » Bien sûr qu’ils vont baisser, s’ils sont élus… Et la marmotte met le chocolat… Pour ma part, je ne le souhaite pas. L’impôt est, en principe, un instrument de redistribution et de lissage des excès induits par la nature humaine… En principe. Il ne me semble pas anormal de contribuer en fonction de ses revenus au fonctionnement de la commune dont la fonction sociale et l’aide apportée aux plus faibles m’apparaît capitale. Quant à l’écologie qui complique la vie, on distingue bien le degré de considération accordé par les libéraux pour notre environnement outrancièrement pollué et exploité. N’y a t-il vraiment que l’argent sans entrave qui compte ?

Mais je disserte dans le vide. Personne à l’UMP ne va contredire ces slogans. Avec la diatribe sarkoziste du jour, aussi outrancière soit-elle dans le plus pur style cortoesque ou berlusconien, cette droite semble retrouver une espèce de fierté perdue et une nouvelle énergie pour se déplacer dans l’isoloir. C’était pourtant loin d’être évident tant le poids des casseroles à traîner était important. C’était aussi le but immédiat à atteindre. Pour le reste, si tout ce bruit existe, c’est que Sarkozy-Bismuth y est quand même un peu pour quelque chose.

Au final, il ne faut pas se tromper : les élections municipales désignent un maire, mais surtout un équipe qui est au plus près du citoyen, qui est en charge du quotidien des habitants en terme d’équipements, de voirie, de commerces, de services, d’accessibilité, etc… Le vote sanction, tant prôné par la droite et le FN contre l’action du gouvernement ne sanctionne personne d’autre que l’électeur lui-même et l’armée des abstentionnistes. Parce que s’abstenir, c’est fuir avec lâcheté son devoir, c’est se moquer avec outrance de l’histoire et de ceux qui se sont battus pour obtenir ce privilège, parfois jusqu’à la mort.

Dimanche, allez voter !

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L’écologie, ça commence à bien faire

L’écologie politique traverse une nouvelle tourmente. Une de plus pourrait-on dire dans ce milieu particulièrement rompu à l’exercice. Dominique Voynet a annoncé sa mise au vert en ne briguant pas un nouveau mandat à la tête de la ville de Montreuil dont elle était maire depuis mars 2008. Défections, départs ou mise en retrait ont un temps alimenté l’actualité du parti écologiste dont le silence dans le paysage politique est de plus en plus profond.

Voynet, ça commence à bien faire...Dans ce contexte, la dernière déclaration de Voynet fait du bruit. Elle y dénonce pêle-mêle le climat politique général et l’état de tension extrême dans sa ville, l’obligeant selon elle à des compromis qui bousculeraient ses valeurs et ses convictions. L’ex fer de lance des verts n’est pas une bleue en politique, et sa découverte d’un monde heurté et violent qu’est celui de la politique me semble un rien déplacé, voire carrément ridicule. Pour arriver à son rang actuel, depuis le militantisme de base au pied des centrales nucléaires de l’est de la France, jusqu’aux différentes fonctions de dirigeant de parti, députée, sénatrice, ministre, candidate 2 fois aux élections présidentielles, son ascension n’aura été possible que grâce aux compromis qui sont l’essence fondamentale quand on ambitionne une telle destinée. Quitte parfois, souvent, à renier quelques convictions… Que ne ferait-on pas pour être ministre de la République ?

Avec mon étiquette beaucoup plus verte que rosée, et très loin de Montreuil, je suis mal placé pour juger de l’action de Dominique Voynet dans sa mairie. Mais en tant qu’observateur un peu attentionné de la vie politique depuis quelques années, je peux par contre me prononcer sur son bilan durant son parcours dans les différents ministères qu’elle a occupé avec son étiquette écolo bien trempée. Elle est tout de même passé très loin de sujets ou l’écologie est en première ligne. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle a été absente sur des dossiers comme le ferroutage, le traitement de l’eau, le nucléaire, les marées noires, les énergies renouvelables, ou complice lors de l’autorisation du maïs OGM Bt et du laboratoire d’enfouissement des déchets radioactifs de Bure. Entre-autres. Très – trop – souvent reléguée à l’arrière plan gouvernemental, contrainte de «fermer sa gueule» selon la maxime de Chevènement, elle n’a finalement constitué que l’élément visible pour calmer l’électorat écolo pendant que le parti socialiste récupérait les voix…

A maintes reprises, Dominique, vos valeurs et vos convictions, vous les a oublié en contemplant avec ravissement les ors de la République, en vous taisant lamentablement. Il ne reste en somme que la peur de perdre, de devoir laisser derrière soi tous les privilèges de la fonction et le protocole obséquieux qui va avec et qui flate l’égo. Ce n’est guère glorieux. Même votre sortie est ratée.

Des sujets, pourtant, il y en plus que de raison. Le succès d’Europe-Ecologie lors des élections européennes de 2009 (16,3%) montre qu’il y a besoin de les porter. Aujourd’hui, on perçoit les vrais conséquences du productivisme exacerbé. A l’époque, les lanceurs d’alertes étaient considérés au mieux comme des doux utopistes, au pire comme des dangereux activistes irresponsables. Sous le poids de puissants lobbys agrippés à leurs colossaux bénéfices, la transition énergétique vers le renouvelable et la limitation factuelle des causes des dérèglements climatiques ne sont toujours pas engagés, mais les effets sur l’environnement et les maladies sont bien présentes, bien mesurables : l’air, invisible et essentiel, est cancérogène et irrespirable. Voyez ce cube noircir… en quelques jours. On continue ?

Continuons donc avec les camions, les grosses bagnoles à 200 chevaux, le nucléaire, les pesticides. Continuons à polluer, à condamner les paysans qui refusent de salir la terre, à semer et consommer des produits infectes. Continuons à gaspiller et à mentir. Persistons à repousser l’échéance, parce qu’à ce titre, comme dans une publicité entendue ce matin, il n’y aura même plus à choisir entre la génération à sacrifier, celle de nos enfants ou de nos petits-enfants. A cette vitesse, les 2, et les suivantes seront balayées, soit par le chomage, soit par les ouragans.

Pour quelques-uns d’entre nous qui donnons notre voix aux listes vertes, ça commence sérieusement à bien faire… Ces voix ont pleinement participé à faire élire François Hollande. Mais rien ne se passe, rien ne bouge. A la trappe l’éco-taxe et la taxe sur le diesel. Quant à l’éolien, il est sévèrement entravé, et on continue à marche forcée comme si de rien n’était. Il semble pourtant me souvenir qu’il existe encore deux ministres verts dans le gouvernement actuel, mais leurs noms, comme leurs actions, m’échappent complètement.

Il me semble que l’écologie est plutôt un urgence. Absolue.

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Qui va payer ?

Je ne sais pas si le phénomène de grogne, présenté comme une quasi généralisation, est plus ample que par le passé, sous les gouvernements précédents. Mais une chose est sûre : les relais fonctionnent à pleine capacité et ratissent large, et la concentration géographique finit d’amplifier un malaise qui, s’il est réel pour certains, reste surtout une bataille idéologique d’une classe pas vraiment aux abois. Il faut redresser la France, mais sans rien leur demander.

La manifestation de Quimper du 2 novembre où défilaient ensemble syndicats et MEDEF a tout de même eu une couleur glauque et une allure bigrement contre-nature, les uns défendant leurs emplois au milieu des autres arc-boutés sur leurs profits… Je ne discute jamais des motifs qui amènent les gens dans la rue ou qui se mettent en grève parce que pour l’avoir vécu plus que de raison, je considère ces actes comme matérialisant souvent un fort sentiment d’injustice. Cela demande de l’abnégation et une énergie décuplée par l’état de tension perpétuelle. On ne manifeste jamais par amusement : c’est un acte politique ereintant à l’issue très incertaine.

Mais, parmi la multitude de raisons qui ont provoqué ce rassemblement, pour tous les bords en présence, il y a dans cette Bretagne irritée une constante immuable qui est d’oublier les véritables responsables de la situation pour reporter toute la rancoeur sur le gouvernement. C’est un peu facile : les patrons-routiers ont omis qu’ils doivent l’écotaxe au gouvernement précédent qui roulait bien à droite, comme eux, avec à la clef, une gestion très particulière de l’argent public. On dirait qu’on a trouvé bien plus opaque que le brouillard breton. Et cerise sur le gâteau comme un bonnet rouge sur le chef de futur chômeur, les ouvriers des industries du saumon, poulets et autres barbaques vocifèrent et s’en prennent violemment au ministre de l’agriculture alors que leurs malheurs sont surtout dus aux manœuvres douteuses de leurs employeurs respectifs qui ont sciemment dégradé leur outil de production en bâtissant leurs modèles économiques sur des subventions européennes, donc de l’argent public, pour casser des marchés à l’export. C’est économiquement discutable et moralement méprisable. Du gagnant-gagnant fortement lucratif à court terme et sans risque, aux frais du contribuable. Du bon capitalisme en somme. Devinez qui va payer.

Les contis : saccage = condamnation...Cela n’a pas empêché bourreaux et victimes de marcher ensemble, et à l’occasion de brûler et saccager le bien public. J’ai le souvenir vivace et douloureux d’un des «conti» de Clairoix, Xavier Mathieu, envoyant voler un ordinateur d’un bureau d’une sous-préfecture à l’annonce de licenciements honteux. Je me rappelle de quelques copains faucheurs de végétaux OGM pourtant interdits. Tous ont été lourdement condamnés sans aucune forme de compréhension. Aujourd’hui, en Bretagne, des portiques brûlent. Une autre sous-préfecture subit des dégâts volontaires et filmés en toute impunité. Et je sais qui va payer.

Pour les dégradations répétées du domaine public, pour cette écotaxe pourtant nécessaire en vertu du principe «pollueur-payeur», pour le marché avec Ecomouv, ce groupement de sociétés chargé par la bande à Fillon de la mise en œuvre et la collecte de la taxe qui illustre à merveille le triomphe du capitalisme mafieux, le contribuable y pourvoira.

Et encore, quand je dis «le contribuable», il s’agit de ceux qui n’ont aucun moyen de défiscaliser…

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Quel progrès ?

J’ai passé ces dernières journées à retourner l’idée de mon billet dans ma tête, comme on remet l’ouvrage 100 fois sur le métier. Jusque-là sans résultat notable… J’ai des excuses, notamment un besoin impérieux de vacances, de sortir du rythme du quotidien, et c’est pour très bientôt. Ce n’était pas un manque d’idées, de sujets, ni même d’envie, mais bel et bien d’énergie. J’ai encore un peu la tête ailleurs.

Il faut bien l’avouer, la période n’est globalement pas à l’optimisme béat. En dehors des jeux du cirque, des larmes de victoire ou de défaite, on ne parle que de la croissance comme seul remède à la crise qui nous envahit chaque jour davantage, comme moteur du progrès qui seul nous permettra de satisfaire nos besoins. Globalement donc, vivre comme les américains, qui consomment à eux seuls le quart des ressources de la planète, cela représente le progrès moderne, l’idéal ultime que les pays émergents s’acharnent à atteindre… Au rythme actuel, ce n’est pas en 2050 mais bien avant qu’il faudra 2 planètes pour satisfaire la démesure de notre civilisation.

Le smartphone, la télécommande universelle...Tout le problème est là, et je m’interroge encore sur cette notion de progrès. Un publicité anodine parmi tant d’autres pour une célèbre marque de volets roulants illustre mon propos. On y voit une femme sans apparente difficulté d’existence qui passe son temps à lire. Et comme la vie dans son séjour démesuré est vraiment trop dure, il lui faut un smartphone pour fermer ses volets. Est-ce cela le progrès ? Je ne parle même pas de l’énergie consommée, mais simplement du principe, de cette sophistication inutile, gadget, addictive, voire dangereuse. Steve Wozniak, le comparse de Steve Jobs dans la création d’Apple, vient de tirer la sonnette d’alarme au sujet du «Cloud», cette possibilité d’externaliser ses données sur le réseau mondial. Selon lui, l’impossibilité de maîtriser ses propres données «va être épouvantable». C’est parait-il un grand progrès. L’objectif est bien ailleurs.

La technologie est omniprésente, jusqu’à des endroits insoupçonnés : très bientôt, les puces RFID seront omniprésentes dans les emballages de tout ce qui se met dans un caddie de supermarché pour nous faciliter et accélérer le passage en caisse, ou nous prévenir, via un frigo «intelligent et connecté» que la bouteille de lait qui s’y trouve est vide… J’ai du mal à appeler ce type d’innovation un progrès d’autant qu’il a un coût, forcément répercuté sur le produit, dans un contexte de hausse déjà vertigineuse des prix. On frise l’escroquerie…

Si l’on regarde le monde actuel sans trop de subjectivité idéologique, il faut reconnaître qu’actuellement, pas grand chose ne tourne rond. Le fameux progrès a contribué à abîmer notre terre de manière irrémédiable pour sophistiquer une foule d’actes simples qui n’ont nul vocation à l’être. Mais il faut créer des besoins, faire des affaires, générer du cash… Pour la planète, le point de non-retour a été allègrement franchi depuis longtemps. Inutile en revanche de s’en prendre aux pouvoirs publics et aux décideurs, car c’est bien nos actes de consommation qui conduisent nos sociétés à la situation actuelle, et qui nous empêchent aussi de nous rebeller…

Le vrai progrès, c’est de partager plutôt qu’accaparer.

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Chaîne humaine

L’heure est aux grands rassemblements. Leurs réussites médiatiques ne tiennent qu’à un chiffre, élaboré au doigt mouillé, ou à la louche par jour sans vent, celui du nombre de participants. Ce dimanche, je n’en retiendrai qu’un seul : 230. Cela ne représente pas un nombre de manifestants, mais la longueur, en kilomètres, d’une chaîne d’hommes et de femmes qui se donnent la main et crient leur hostilité au nucléaire, un an après la catastrophe de Fukushima.

Sortir du nucléaire, vite !On a quasiment tout dit sur la filière nucléaire qui permet au monde moderne de se permettre toutes sortes d’excès en matière énergétique, une panacée universelle. L’atome, c’est l’avenir. La ressource est inépuisable, moderne, innovante, totalement maîtrisée, totalement incontournable… Le rêve de l’énergie quasiment gratuite, et immensément profitable…

Mais la vraie vie est différente. Elle peut être rude et compliquée si on renonce à tenir compte des signaux reçus d’un peu partout, si l’on oublie l’histoire, si l’on s’obstine à écarter ce qui constitue l’expérience. C’est un peu ce qui se passe avec l’énergie nucléaire. Engoncée dans son confort, la partie argentée de ce monde refuse de voir l’évidence : quoiqu’en disent les spécialistes, il y a trop d’inconnues non maîtrisées.

La réalité est que beaucoup de questions sont éludées, ou avec une réponse invariable : «il n’y a aucune raison de s’inquiéter, tout est sous contrôle». Pensez donc ! On ne sait toujours pas quoi faire avec les déchets issus de la fission. Alors on les lègue tels des jolis cadeaux empoisonnés, à nos enfants et leurs descendances. Sous de beaux rubans colorés, c’est la mort lente qui est distribuée. Bien peu en parlent, mais le démantèlement, en dehors de sa dangerosité pour le personnel concerné et la pollution engendrée, est d’un montant astronomique, et bien entendu, non compris dans la facture, ce qui rend le coût final de l’électricité nucléaire bien moins intéressant qu’annoncé. On frise l’escroquerie.

Mais il y a surtout les accidents qui n’arrivent jamais, mais qui sont la réalité quotidienne des ukrainiens et des japonnais, qui bouleversent leur vies en les exposant au feu invisible sous des discours faussement rassurants. J’ai encore ce souvenir de la centrale du Blayais inondée en 1999, puis de Fessenheim, en 2003, en pleine canicule, frôlant là-aussi la catastrophe par manque d’eau, sans tremblement de terre, sans tsunami… J’imagine ma terre natale, cette terre d’abondance, souillée pendant 30.000 ans. Plus de Pinot Gris, de Gewurztraminer… Inimaginable.

Les pouvoirs n’en n’ont que faire. C’est le risque à payer rétorquent-ils, le risque «zéro» n’existant pas. Le risque, au demeurant, c’est le moteur de la société, la contrepartie ultime qui justifie la taille démesurée des gains financiers possibles. Le risque justifie tout, jusqu’à l’absurde, et on ne va tout de même pas tuer la poule aux œufs d’or.

Mais jusqu’à quand ? A tous les niveaux, la facture est bien trop chère. De la prochaine catastrophe, parce qu’elle arrivera forcement, on apprendra qu’elle ressemble dans ses effet à ses devancières, avec cette même impuissance face à la radioactivité, et que face à la démesure, il serait temps de penser à stopper tout cela. Je crois fermement qu’on peut faire l’économie d’un tel nouveau chaos. Je crois sincèrement qu’il est possible de produire propre dans une échéance de 10 ans. La difficulté n’est pas technique, les lobbys de l’électricité et du nucléaire s’attachant à peser sur les politiques de tout leur poids. Et comme ces deux là sont copains comme cochons… Un motif de plus pour changer de président.

J’aurais aimé être présent dans cette chaîne et me faire entendre. J’en ai été empêché, ayant réservé depuis 6 mois une place à l’Opéra de Lyon pour assister au Parsifal de Wagner. 6 heures fabuleuses hors du monde qui court et crie, féeriques et inoubliables. Ce billet sera donc ma modeste participation pour demander la sortie du nucléaire.

Parce qu’il faut sortir du nucléaire, vite.

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Faire de la place

Entre quelques annonces de candidature à la présidentielle de 2012, l’actualité est monopolisée par le grand chamboulement des horaires des trains de la SNCF : 85% sont impactés, officiellement pour simplifier les grilles, moderniser le réseau et l’adapter aux nouvelles lignes à grandes vitesse. Mais n’y a t’il pas d’autres raisons, pas trop politiquement correctes à annoncer, vu la conjoncture actuelle ?

On ne sait pas ou on va, mais on y va tout droit...Le français de base, c’est bien connu, est un râleur étalon. Il n’aime rien, et surtout pas que l’on change ses habitudes, ancré qu’il est dans le conservatisme et un certain «usage paysan», une simple déclinaison du «un tiens vaut mieux que deux tu l’auras» ou de la fameuse «peau de l’ours qu’il ne faut pas vendre avant d’avoir tué la bête». En fait le français, toujours de base, n’apprécie guère le changement pour le changement, la «réformite» aigüe et perpétuelle, toujours présentée sous les traits majestueux de la modernité et du progrès, et qui, peu à peu, rogne ses droits et sa liberté chaque jour davantage, pour un intérêt général des plus discutables.

Notre mode de vie, dit moderne, bien peu parmi nous l’ont choisi, et les impératifs à respecter sont autant d’obligations contraignantes dans le sens ou aucune liberté n’est possible : le boulot (ou son absence), l’endroit ou l’on vit, la manière de se déplacer, autant de domaines où les alternatives sont inexistantes, rien n’est simple, mais on s’en accommode tant bien que mal. Mais quand cet espace plus ou moins stable est secoué en « modernisant » un de ses éléments, on en arrive à des situation ubuesques.

L’illustration vient une nouvelle fois d’être donnée par la SNCF. Le chamboulement des horaires des trains a rompu un équilibre fragile dans de très nombreux foyers, compliquant singulièrement leur quotidien pour travailler ou étudier, pour tous ceux qui galèrent pour simplement survivre. Les victimes de la modernisation sont toujours les mêmes. A ma connaissance, il n’y a pas de cadres supérieurs, pas de professions intellectuelles ou libérales, pas de politiques ni de décideurs dans les trains de banlieues.

On dit le français réfractaire au changement. Je crois surtout qu’il n’apprécie guère qu’une poignée de technocrates des hautes sphères viennent jouer avec son quotidien, surtout quand l’ordinaire est pesant, difficile à vivre, à la limite du supportable tant il est minuté. Qu’apporte en terme de modernité le décalage de 10 minutes d’une rame quand le nouvel horaire empêche purement et simplement son utilisation ? En quoi la suppression d’un arrêt sur une ligne va t’il permettre une meilleure maintenance (de nuit) de la voie ? En quels termes justifier le décalage d’une heure d’un train pour adapter le réseau à la grande vitesse (qui de surcroît circule sur les voies séparées) ?

La modernité à bon dos. Bizarrement dans les médias, personne a parlé de l’obligation faite par l’Europe (directive 91/440) à la SNCF, seul exploitant actuel du réseau ferré français, sommé de faire avant le 1er janvier 2012 un peu de place pour les trais de la concurrence. La politique de rénovation des voies, le cadencement, et autres simplifications des grilles ne sont qu’un seul et même nuage de fumée pour masquer la place rendue libre à la circulation de futurs trains d’opérateurs privés. Le premier train de voyageurs de ce type circule d’ailleurs depuis cette nuit…

Conséquence immédiate de la modernité : soit consentir à des journées encore plus longues et minutées, à attendre sur le quai d’une gare, soit se jeter sur la route et contribuer par obligation à saturer notre oxygène en polluants divers. Belle nouvelle application du Grenelle de l’environnement. Encore une fois, le libéralisme avance ses pions, sans discussion, sans concertation, sans même prendre des gants. L’usager, futur client, ne compte pas. Il est quantité négligeable au yeux de décideurs, mais captif quand il s’agit de payer… Il est temps que cela change, il est temps, pour nous aussi, de faire de la place, et la présence de nouveaux candidats à droite pour la présidentielle 2012 est une très bonne nouvelle.

J’espère que le PS donnera des consignes pour que ces nouveaux candidats obtiennent les 500 signatures requises…

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Beau temps

Ce matin, un peu plus que la veille, le trajet jusqu’à l’arrêt de bus a été pénible. Le brouillard avait une odeur âcre, l’air était quasiment perceptible à chaque passage vers les poumons : c’etait totalement irrespirable. Sur les grands axes, quelques panneaux lumineux informent, qui l’eût crû, que l’agglomération lyonnaise subit actuellement un pic de pollution, qui dure depuis le 17 novembre. La raison invoquée, et ce n’est pas une blague : une situation météo anticyclonique exceptionnelle !

Déjà 60 jours par an de cette pollution. On dit stop quand ?Bien sûr, c’est le grand beau temps actuellement. Pas de pluie, mais pas de soleil non plus. Et le brouillard du moment n’a rien à voir avec ceux légendaires dans la région en raison de la proximité de la Dombes toute proche. En 2011, entre Rhône et Saône, on compte déjà plus de 60 jours passés avec plus de 50 microgrammes de fines particules par mètre cube. 60 jours de soi-disant beau temps, ou le ciel n’est plus visible, au contraire de ces files ininterrompues de véhicules de toute sorte, qui se suivent pare-chocs contre pare-chocs, à la vitesse d’un escargot. Faire passer la cause de la pollution sur la météo est franchement gonflé, annoncer par voie de presse que les ennuis de santé qui en résultent sont dus au trop beau temps est à la limite de la malhonnêteté. Les vrais responsables sont connus et découlent de l’activité humaine, avec, en première cause, la circulation automobile… Mais au plus fort de l’épisode, personne ne lâche son sacro-saint volant…

Je reconnais malgré tout que les automobilistes ont des excuses. Il y a bien des moyens de transports alternatifs, mais quand il est question de les utiliser, les difficultés commencent. On ne compte plus les créations d’associations d’usagers en colère contre la SNCF et sa gestion désastreuse des trains «de banlieue», et qui supportent retards et suppression de train avec le plus profond mépris de la part de l’exploitant. Quand réponse il y a, elles invitent cyniquement les usagers «à covoiturer, ou de prendre les bus départementaux»… Côté transport en commun lyonnais, malgré une récente réorganisation et un nouvelle carte de desserte, c’est pas mieux. On n’a pas que rallongé les bus. Sur ma ligne (le C20) on passe d’une fréquence de passage de 2 à 4 minutes à 7 heures du matin à 1 passage toute les 10 minutes… A cette heure à l’arrêt Trion, il y a carrément un trou d’une demi-heure entre 2 passages. Ce n’est pas ainsi qu’on incitera l’automobiliste à lâcher son jouet, son objet fétiche, son universel signe extérieur de richesse… D’ailleurs, on voudrait tuer les transports collectifs qu’on s’y prendrait pas autrement.

Je peux comprendre ceux qui continuent, malgré les messages appelant au civisme, à utiliser leur véhicule. Mais tout de même. Hormis les gens fragiles, qui souffrent rapidement de la dégradation de l’air, l’immense majorité semble se complaire de cette situation comme si de rien n’était. Poursuivons ainsi, avec nos oeillères consuméristes à nous moquer de notre environnement. Comme en matière de crise de la dette, les mesures à prendre seront d’autant plus douloureuses et impératives qu’elles seront prises tardivement et dans l’urgence, au pied du mur. Prendre le bus est certes pénible, inconfortable, fatiguant et rallonge le temps de parcours. Mais c’est devenu tout simplement vital.

Pas de raclement de gorge à craindre chez le Maire de Lyon, il préfère ferrailler avec les «khmers verts» pour défendre le siège doré d’un de ses copains.

L’écologie, l’environnement, ça commence à bien faire… Tiens bon Eva !

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Roulé dans la farine

C’est un fait, ignorer le passé condamne immanquablement l’homme à le revivre. Ainsi, chacun d’entre nous pourrait narrer toutes sortes de tranches de vie parfois cocasses d’apprentissages forgés dans la douleur et bien ancrées tout au fond, en bas à gauche ou à droite, dans sa cervelle. Ainsi, notre histoire nous évite en principe bien des actes inconsidérés pouvant mener à d’authentiques catastrophes.

On dirait qu'on rejoue Razzia sur la chnouf...Mais visiblement ce principe de simple bon sens n’a pas de place dans notre bon pays, puisqu’il y est question de réintroduire les bonne vieilles farines animales pour l’alimentation des élevages agricoles. C’est pourtant cette substance qui est responsable d’une abominable calamité dite de la vache folle, il y a dix ans, décimant des cheptels entiers de bovins, mettant bien des paysans sur la paille, poussant même quelques uns au suicide… Une catastrophe écologique, économique et humaine…

Après coup, aucun besoin de sortir de Saint-Cyr pour comprendre les «anomalies» de la situation. Il y avait comme un malaise à donner des carcasses animales réduites en poussière à des herbivores. Mais parfois, on retrouvait des choses assez bizarres dans ces farines, comme par exemple des résidus de station d’épuration, ou des pneumatiques broyés, tous arrivés là par le plus grand des hasards, à l’insu de leur plein gré…

Ici comme ailleurs, la logique économique a repris le dessus. La FNSEA et l’industrie agroalimentaire ont poussé fort pour que la Commission Européenne remette cette mesure sur le dessus de la pile, et les institutions nationales en matière de santé et d’alimentation n’ont rien trouvé de mieux que d’approuver… Envolés tous les griefs faits jadis sur cette ineptie technologique, oublié le principe de précaution en pleine période de crise sanitaire provoqué par la bactérie Eceh dans toute l’Europe. Soyez tranquilles, le Conseil National de l’Alimentation a affirmé que la situation sanitaire était «maîtrisée» et qu’il n’y avait aucun risque pour la santé humaine. Comme pour le nucléaire. On est complètement rassuré !

J’ai l’impression d’être aux premières loges d’un nouveau désastre annoncé, de voir tomber du ciel le bandeau qui m’empêchera de voir le poêle ou à coup sûr, je vais me brûler les doigts. Je me demande surtout comment des responsables aussi importants peuvent faire fi d’autant d’avertissements et d’alertes sur un problème connu et clairement identifié. Et quand l’heure sonnera de rendre des comptes, la ligne de défense est toute tracée : responsable, mais pas coupable…

@BébéFaucon, au vu des écrits de ton père, tu as bien de la chance d’être tombé dans ce nid. Avec Falconette, il t’apprendra plein de choses puissantes, sincères et fortes comme l’amitié. Le monde est terrible et hostile, mais je ne doute pas un instant que des hommes de bonne volonté comme tes parents le pacifient un jour.
Bienvenue parmi nous, et bon vol…

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Manipuler l’atome et la vie

L’histoire est un éternel recommencement, et comme le disait Churchill, oublier le passé nous condamne à le revivre. C’est assez inéluctable. Et justement, l’Histoire, avec un grand H, nous a montré bien des choses, notamment en matière de production d’énergie et des aléas qui y sont liés. Ainsi, un certain 26 avril, il y a 25 ans, une centrale ukrainienne expulsait dans l’atmosphère sans frontières une quantité de matière invisible et inodore, chargée d’énergie et de désolation. Mais la France fut sauvée par le délégué interministériel du gouvernement Chirac chargé des énergies et du nucléaire, un petit agité agressif, repoussant de sa seule volonté le nuage à son passage à la frontière. Normal, l’intrus n’avait pas ses papiers, et la France incrédule l’a cru. C’était un rien prémonitoire.

Depuis, il y a eu Fukushima, accident nucléaire majeur, touchant non pas un mais trois réacteurs, sur un territoire exigu, à forte densité de population, vivant localement de sa terre et de la mer. Et si la catastrophe n’y est pas de même nature qu’à Tchernobyl, les conséquences pour l’environnement, donc pour l’homme, sont comparables, mais surtout durables.

Mais ce qui est encore plus comparable et désastreux, c’est la communication faite sur l’événement. On parle maintenant d’un arrêt complet du site japonnais dans quelques mois, puis d’un retour à la normale pour les habitants du coin… Une nouvelle manipulation. C’est oublier qu’en Ukraine, la zone d’exclusion reste 25 ans après, encore totalement invivable avec ses villes fantômes, sa campagne brulée, ses sous-sols souillés, et que les conséquences sanitaires sont absolument désastreuses. Elles touchent aujourd’hui des millions de personnes, au gré des vents, y compris ceux qui n’étaient pas encore de ce monde au moment des faits. Et le temps qui passe n’efface aucun des effets du poison. Mais rien n’est officiellement recensé, comptabilisé. C’est sûr, entre les «évènements» et les malades alentours et dans les pays voisins, il n’y a aucun lien.

C'est écrit sur la pancarte, le nucléaire sûr n'existe pas...Face aux images de Fukushima, rappelant celles de Tchernobyl déjà un peu oubliées, les peuples, en l’absence de débats, systématiquement occultés, prennent enfin conscience des dangers à rester assis sur une poudrière qui sera léguée sans mode d’emploi aux générations futures… Mais trop peu ont compris l’impasse dans laquelle nous plonge l’ultra-mondialisation et son mode de consommation à outrance, sauf l’opportuniste Hulot, descendu tout droit de son hélicoptère. Il ne s’agit pas de revenir au 18ème siècle, voire à l’âge de pierre, mais de retrouver ce «bon sens paysan» qui savait éviter le gaspillage généralisé et discerner l’utile du futile… Et là, c’est pas gagné. A force d’avoir créé des besoins dans tous les sens, des fils à la patte tous aussi indispensables les uns que les autres, le retour à une certaine raison va être compliqué. Car le monde et ses habitants ne peuvent plus continuer de la sorte, à épuiser les ressources, et à souiller le reste.

Ce qui reste encore aujourd’hui comme un «accident» et non une «catastrophe humanitaire» est symptomatique de la pression du lobby nucléaire et de cette société où il en faut toujours plus. Le risque a toujours été présenté comme mesuré, quantifiable, acceptable, voire nécessaire au vu de la demande… Encore aujourd’hui, le message est martelé inlassablement : un tel accident n’arrivera pas en France, comme il ne devait jamais arriver à Three Mile Island, à Tchernobyl… On en voit les conséquences, elles sont sans frontières. Et curieusement parmi les victimes, il n’y a pas de richissimes hommes d’affaires, pas de responsables politiques… Idem parmi les liquidateurs, il n’y a guère de personnalités pour réparer l’incurie des décideurs.

Les manants, quand ils se marient ou crèvent, ils ne font jamais la une des journaux télévisés.

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Pollution diurne

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi à Lyon, prendre les transports en commun est devenu une évidence. Ca ne date pas d’hier, pour aller au boulot et me déplacer en ville, j’ai échangé le relatif confort de ma voiture contre la promiscuité d’une rame de métro et l’inconfort d’un bus balloté dans une inextricable circulation, ou gravissant virage après virage la colline de Fourvière… Mais cette prise de conscience qu’il n’est plus possible de continuer de la sorte à polluer individuellement et à gaspiller très égoïstement une énergie totalement hors de prix, me coûte.

Elle se laisse vraiment aller, NKM...La perte de confort, si elle est réelle et oppressante avec son cortège d’odeurs, d’incivilité, de bousculade, et autres caractéristiques de la vie moderne, n’en est pas le moindre. Mais il faut aussi supporter le temps de transport qui varie du simple au triple. Le seul intérêt, au delà de l’aspect «purement écologique» de se dire qu’on agit de manière «responsable», c’est bien le coût financier…

Aussi, à l’annonce de Nathalie Kosciusko-Morizet cette semaine de bannir des centres-villes des véhicules anciens, potentiellement selon elle plus polluants que les récents, j’ai d’emblée plutôt bien réagi. Ma première réaction a même été de dire qu’il fallait être fou pour circuler à Paris (ou ailleurs) en voiture quand ses moyens sont réduits au point de devoir se contenter d’un véhicule usagé, suranné, délabré, usé, de collection, fatigué, décrépi, d’un âge certain, à barbe grise… en fait une guimbarde de plus de 13 ans.

La réaction du commun des mortels à l’annonce a été rapide et unanime : exit les pauvres, l’accès en ville est désormais réservé aux possesseurs de rutilantes automobiles, bien proprettes, voyantes, aux formes généreuses, à la puissance sonore, le symbole sociétal ultime après la Rolex de la réussite. Et dans l’esprit de la mesure, on y va tout droit. Je me suis alors souvenu que mon fils, étudiant en 2ème année de journalisme, souvent en stage ou en pige, donc amené à se déplacer parfois à des heures indues, dispose justement d’un véhicule d’un âge plus que respectable, mais qui est parfaitement entretenu et rempli sa mission avec vaillance et entrain. Pour lui donc, sa petite Ka et son GPS si indispensable dans son cursus, c’est fini, départ pour la casse sans pouvoir évidemment en changer dans un avenir plus ou moins proche. Et combien de foyers, combien de véhicules sont dans ce cas ? Combien de gens n’ont aucun choix en la matière ? Comment s’adapter quand il n’existe aucune marge de manoeuvre, étranglés qu’ils sont par des conditions de vie de plus en plus draconiennes ? Est-on vraiment en train de lutter contre la pollution ?

Bien sûr, l’air en ville, l’engorgement automobile, les transports, il faut faire quelque chose très vite. Alors comme nos brillants ministres ont pantouflé jusqu’à présent, à l’image du lièvre dédaigneux de son adversaire la tortue qui voit la ligne d’arrivée se profiler, on se réveille dans l’agitation pour faire n’importe quoi, du grand n’importe quoi. Les gros 4X4, si fondamentalement utiles sur les Champs-Elysées, continueront à cracher CO2, oxydes d’azote et suie en fines particules… Pour les petites gens, ils n’ont qu’à se serrer un peu plus la ceinture pour exister en tant qu’automobilistes, ou se cacher dans le métro en se serrant. En tout cas, la pollution, la vraie, ce couvercle ocre et âcre posé en ciel et bitume, derrière des vitres fumées des puissantes berlines et leur climatisation, ça ne se voit, ni ne se sent. Inutile donc de s’en préoccuper plus que de raison.

Un peu comme la misère évaluée depuis le Palais de l’Elysée.

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