Oublions-les !

C’est drôle. Depuis le 6 mai, mon monde a déjà changé. Moi qui jusque là le traversait tête basse en maudissant un peu ma modeste naissance comme cause probable de ma déchéance, je me prends à observer avec un peu plus d’attention mes congénères. Visiblement, les mouches ont changé d’âne, et parmi les passants qui grouillent ces jours, on repère vite les électeurs déçus. J’ai une aptitude particulière pour les reconnaître : j’en faisais partie depuis fort longtemps.

Le Président, c'est Hollande, pas l'autre...J’en profite. A vrai dire, je ne sais pas ce qui m’attends demain. En fait, je ne le sais que trop tant on ne modifie pas un système mondialisé, patiemment construit dans une complète opacité, à l’abri de l’expression démocratique. Les commandes ne sont pas à l’Elysée, cela se saurait. Mais je ne boude pas mon plaisir, inondé par une nouvelle clarté née un certain 6 mai à 20 heures, certes un rien blafarde, mais dont le contraste avec ce qui précède reste saisissant et particulièrement vivifiant.

Je revis, au point d’en oublier ce blog, qui vient de franchir son deuxième anniversaire tout seul. Ce violent besoin d’écrire, d’expier, de crier au monde mon indignation de vivre dans une telle société, cette fixation quasi maladive s’est évanouie comme par magie pour laisser place à une forme de quiétude, une sérénité presque inconnue jusqu’alors. Alter-Oueb est né le 12 mai 2010 au plus fort de mon antisarkozisme, de mon rejet d’une idéologie belliqueuse et inhumaine. J’ai vu que je n’étais pas seul, j’ai trouvé une sacré communauté de joyeux drilles, leftblogueurs ou pas, qui se sont mêlés avec leurs armes à la bataille de manière remarquable pour bouter l’envahisseur hors du pays des Droits de l’Homme. Merci à vous toutes et tous. Je n’aime pas trop les listes, alors je vous ai disséminé un peu partout, en éspérant avoir assez de mots dans ce billet pour vous remercier tous…

Il y a cependant des choses et des discours qui n’ont pas changé. Les procès d’intention continuent de pleuvoir en rang serrés. Ces déclarations, des plus grotesques aux plus loufoques, qui naguère m’auraient fait maltraiter un clavier avec furie, ne me font plus ni chaud ni froid. Polémiques ? Quelles polémiques ? Inutile de se fatiguer. N’y répondons pas, ignorons-les, oublions-les, ainsi que toutes ces années noires. Les cartes sont rebattues et une nouvelle partie commence. Les cadors de l’UMP, désormais dans l’opposition, vont, comme les nouveaux ministres, faire le difficile apprentissage de savoir quelles sont leurs places et leurs rôles. Mais dans cet ordre des choses, je dois avouer que je n’avais jamais perçu ainsi le côté hilarant d’un Bertrand, Copé, Morano, Lucca, et autres comique-troupiers dans leurs dérisoires gesticulations une fois la partie perdue. Je sourie, je rie même, parfois je me moque, mais toujours sans mépris. Ca fait une énorme différence…

Le Coucou, Olivier, vous que j’ai eu la chance de lire à défaut de vous avoir rencontré, vous, je ne vous oublierai pas.

Photo : AP/Jacques Brinon

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Un vulgaire licenciement

J’en avais une énorme envie. J’attendais ce moment depuis si longtemps, à ressasser sans relâche cette phrase célèbre du président à l’endroit d’un quidam l’invitant avec rudesse de partir séance tenante. Elle résonnait depuis 5 ans dans ma tête. Je m’étais juré de la crier au monde, de l’expulser au plus loin le jour venu. Il est 20 heures passé d’une minute. Le verdict est tombé et je n’ai rien dit. Je suis étonnement calme, presque serein. Ma télévision est déjà éteinte. Je n’ai aucune envie d’entendre les gémissements des vaincus expliquer l’inexplicable… Je m’apprête à descendre dans la rue avec ma bouteille de champagne.

Place Bellecour 21h : le début de la vie, en rose...François Hollande a été désigné par les français Président de la République. Pour moi, depuis ce jour, la fonction reprend une majuscule. Je me fiche bien du score, des reports de voix, et des déclarations des uns et des autres, vainqueurs ou vaincus. D’ailleurs, je ne me sens pas gagnant, je suis surtout soulagé, débarrassé d’un poids invisible qui, chaque jour davantage, me faisait baisser la tête. Par mon vote pour François Hollande, je me suis surtout exprimé pour la République, pour plus de solidarité, pour plus de respect, face à l’extrémisme, la manipulation, le mépris et le mensonge poussé en 15 jours à son paroxysme. Je n’ai visiblement pas été le seul frappé par cette opposition, par cette outrance inimaginable. Un second mandat de cet acabit aurait été une catastrophe sans nom.

Je ne veux rien entendre du bruit qui a suivi la chute du grand maître. J’en connais déjà toute la teneur : Morano, Copé, et tous les clowns de l’UMP vont se présenter tel le Caliméro moyen, argumentant que ce n’est toujours pas de leur faute, que la crise a rendu leur tâche difficile, et que les français n’ont pas compris l’action salvatrice de ce président dont les effets bénéfiques se produiront sur un terme plus long… Bien sûr, la crise… Il n’ont toujours rien appris, rien compris. Aucune humilité, aucune remise en cause. La crise, ils ne l’ont subie en aucune façon puisqu’ils l’ont entièrement provoqué et favorisé par toutes leurs décisions. Ils n’ont fait que s’en servir quotidiennement pour remettre en cause les fondement et les protections de notre société en pensant que personne ne s’en apercevrait. C’est raté.

La sanction est là. Le peuple s’est exprimé souverainement. Sarkozy, c’est fini. Lui a perdu gros. Les protections vont bien vite tomber, faisant sortir des placards les dossiers Karachi, les financements occultes de campagnes, les cadeaux démesurés aux copains et les petits arrangements avec des dictateurs… Le costume était trop grand pour lui, trop occupé à utiliser la fonction et le pouvoir attaché à se venger de tous ceux qui ne lui ont pas apporté un soutien inconditionnel. Je suis sûr que, même dans son camp, pas mal de personnes doivent être soulagées.

Je me rappelle de la liesse de 1981. Je n’avais pas 18 ans, et tout cela me passait bien haut par dessus la tête. Ce soir, je pars avec ma bouteille et ma femme sous le bras (ou l’inverse) fêter, non pas la victoire de Hollande, mais bien l’éviction de Sarkozy. Je veux dire le licenciement, pour faute professionnelle. Viré, comme un vulgaire ouvrier. Et je m’en réjouis, sans aucune insulte.

Merci à vous tous, et à très bientôt…

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La paille et la poutre

Ce billet sera le dernier. Je veux dire le dernier d’une ère bientôt révolue. Dès le 6 mai 20 heures, un monde va s’écrouler, un autre va s’y substituer. Après pas mal d’années d’errances à ronger notre frein, après maintes brimades et humiliations, après tellement de mensonges et de malhonnêtetés, on sortira du brouillard, comme quand on quitte la clinique après une opération de la cataracte : le monde est soudain bien plus lumineux bien que passablement flou. Hollande n’est pas mon poulain. Il a cependant l’immense qualité de pouvoir éjecter le malfaisant actuel, et faute de mieux, j’ai sincèrement envie de lui donner une chance.

La petite paille dans les yeux de l'UMPDurant cette dernière semaine de supplice pour les oreilles, l’UMP a jeté toutes ses forces dans la bataille pour tenter d’inverser la tendance menant à une déculottée mémorable en se polarisant avec une énergie hors du commun sur le seul domaine de l’étranger «musulman». Comme si les difficultés du moment trouvaient toutes leur origines sur ce seul point. Mais comme l’appel du pied envers la fachosphère ne donne que peu de résultats, surtout après le calamiteux débat du Lider Minimo, voilà que les roquets de service abondent dans la production de petites phrases bien cinglantes.

A les entendre, même sans les sortir de leur contexte, on dirait l’évocation parfaite du quinquennat finissant : «brutal», «qui promet tout et n’assume rien» (Morano), «incompétent et manquant de courtoisie» (NKM), «hyper agressif» (Copé), «arrogant et imprécis» (Bertrand), «mauvaise foi et mensonges» (Estrosi), «décalé des réalités du monde d’aujourd’hui» (Lefebvre)…En fait, elles sont impressionnantes tant elles cadrent avec les 10 années d’exercice de l’actuel pouvoir. Cela devient même un jeu de voir à quel point les arguments se retournent, et Benjamin Lancar, le patron de la jeunesse pop dorée, à au pire 6 fois mon salaire mensuel pour un vrai «faux travail», fait figure de virtuose dans ses nombreuses évocations du candidat de la gauche.

Parce que clamer que «la gauche a abîmé la République» après avoir autant brutalisé les plus faibles, calomnié les chômeurs qui sont d’abord les victimes d’un système dévoyé, vilipendé les syndicats, stigmatisé les fonctionnaires, méprisé les smicards, craché sur les étrangers, saccagé les dispositifs protecteurs nés du Conseil National de la Résistance, dépouillé la classe dite moyenne, insulté les passants, est une attitude responsable, d’un dignité telle qu’il faudrait accorder sa confiance pour ces 5 prochaines années ? Comment la gauche aurait-elle pu l’abîmer au moment ou le président mettait les institutions à sa main, en se faisant voter des lois sur mesure, en plaçant ses valets serviles aux postes clefs, en courtisant des dictateurs pour qu’ils participent à l’enrichissement du premier cercle de copains ? On remarque la paille, on oublie la poutre… Un grand classique.

Allez, cette mission s’achève, c’est la rentrée dans l’atmosphère vivable. Black-out et silence radio jusqu’à la reprise du signal, et la grande fête…

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Sans aucun doute

La tocante tourne. Ces 5 années m’ont paru une pesante éternité. Il a fallu en supporter des moqueries et des vexations bien blessantes. Il a fallu se plier de force aux restrictions imposées par une oligarchie pleine aux as, et accepter sans broncher de se faire gazer selon le bon vouloir des condés pour un oui ou un non. Et voilà qu’elles sont sur le point de succomber. Les grains de sable glissent inlassablement et s’échappent comme le pouvoir entre les doigts du petit Napoléon. Enfin…

Hollande à gauche, Sarkozy à l'extreme-droite...La soirée a été conforme a ce qui était attendu : un débat âpre, technique par moment, confus dans d’autres, mais qui reste globalement cantonné à ce qui se fait dans les cours de récréation des écoles maternelles. On s’y traite à tour de rôle de menteur, on de bouscule un peu, et on finit par se serrer les mains en attendant la prochaine fois. Chaque camp désigne son poulain comme vainqueur. C’est de bonne guerre, évidemment. L’objectivité en politique, c’est comme les promesses électorales, c’est un peu l’arlésienne de Daudet. Je vous laisserai donc vous faire votre opinion.

On nous annonçait un «explosage» en règle de flanby, mais le pétard a fait long-feu. Pour ma part, François Hollande est apparu très à l’aise, coriace, pertinent, affûté, professoral même. Je lui sais gré de ne pas avoir utilisé d’arguments que je juge déloyaux, notamment concernant des affaires judiciaires en cours. La matière ne manquait pas de faits croustillants, particulièrement graves et accablants : Bettencourt, les fadettes, Takieddine, Karachi, Kadhafi, etc… Inutile d’en jeter davantage, la cour était de toute façon déjà pleine. Son adversaire, lui, en évoquant DSK et ses frasques à 5 minutes de la fin, ne s’en est pas privé, comme un aveu d’impuissance. Aucune pudeur, aucune fierté, mais cela, on le savait depuis longtemps.

Dans 3 jours, le peuple parlera. Je ne doute absolument pas de l’issue : TalonnetteMan sera remercié, licencié, viré pour insuffisance professionnelle, pour injures publiques, pour non-respect de la Constitution, pour prise illégale d’intérêt, pour favoritisme, pour abus de bien sociaux et enrichissement sans cause. Cela fait beaucoup pour un seul homme, pour un homme désormais seul, qui va devoir gérer à son tour la frustration, celle d’un pouvoir bêtement retiré dans un pays foncièrement ancré à droite. Un comble. Ce triste monsieur aura tout perdu de son seul fait, et de personne d’autre. Cette fois, assumera t’il ?

C’est gagné, à condition d’aller voter dimanche. N’oubliez pas !

Le changement, c’est maintenant !

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Qui a gagné le débat ?

Selon vous, qui a gagné le débat du 2 mai ?

  • François Hollande (76%, 148 voix)
  • Nicolas Sarkozy (17%, 33 voix)
  • Obi-Wan Kenobi (6%, 11 voix)
  • Je m'en fiche (2%, 4 voix)

Total exprimés : 196

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N’hésitez pas de laisser un avis en commentaire sur ce grand moment de politique. Quelles sont les attitudes, les sujets, les petites phrases qui vont, selon vous, alimenter l’Histoire ?

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Question d’allure

Il est bien des choses qui se font depuis des temps reculés parce, tout simplement, il en est ainsi. On s’y plie de bonne grâce, sans même y réfléchir d’ailleurs, tant ces actes sont naturels, tant ils sont ancrés dans l’inconscient collectif ou font partie de ce que je qualifierais de valeurs nobles. Mais cette période de fin de règne pour quelques uns voit de bien curieuses remises en causes de la tradition humaniste de la France, et de bien vilains concepts sur la manière de traiter l’étranger, responsable de l’insécurité et du pillage de la solidarité nationale. Rien de mieux pour soutenir l’industrie que de relancer massivement la fabrication de barbelés afin de garnir les frontières de notre beau pays…

Mitterand à gauche, Giscard à droite, presque en noir et blanc...Fini les grandes traditions. Même les plus insignifiantes sont balayées. Le gnome n’a d’ailleurs pas daigné serrer les pognes des footballeurs finalistes de la Coupe de France comme cela se fait d’ordinaire, craignant sans doute une bronca appuyée, ce qui n’a tout de même pas manqué de se produire, lors d’une brève apparition de son auguste personne sur les écrans du stade.

Partout autour de moi, je ressens ce rejet absolu du personnage. Il ne lui reste pour exister que le fameux débat télévisé d’entre deux tours. Cette vieille tradition alimente l’Histoire de petites phrases bien préparées et bien servies, qui, avec un brin de nostalgie, font sourire aujourd’hui. Cependant, cet exercice incontournable, qui s’apparente à un ridicule combat de coqs, ne fait, sauf accident, que très peu bouger les lignes parce qu’il est trop préparé, trop formaté pour aborder réellement le fond des programmes. On y jugera un personnage sur une phrase, une mimique, un sourire, un désarroi mal maîtrisé…

Cette péripétie m’indiffère. L’exaspération est là, palpable, envahissante, et chaque jour plus vivace à mesure que le terme approche. Et je suis loin d’être le seul à la ressentir. Ça et là, dans le bus ou ailleurs, il y a des phrases qui fusent, mêlant le quotidien, le temps qu’il fait et d’étranges double-sens, comme une espérance secrète, comme pour accélérer le temps et nous rapprocher un peu plus vite de cette fameuse frontière du dimanche 6 mai 20 heures…

Parmi les agacements qui m’interpellent, il y a cet édito du Petit Bulletin de l’entre deux tours. Cet hebdo papier gratuit sur l’actualité cinéma, spectacles, concerts, théâtre, danse, expositions, musique à Lyon, Grenoble et Saint-Étienne est une mine d’or en matière d’information culturelle. Sur fond de présentation du naufrage du Titanic en bande dessinée, la redac’chef Dorotée Aznar, qu’on ne peut franchement pas classer comme activiste politique, a livré une pépite que je souhaitais partager ici.

En attendant le retour d’une vraie monnaie qui a de la gueule (le franc), le retour des femmes à leur vraie place (la maison), l’arrivée tant attendue du libre choix de ne pas avorter (pour avoir de quoi s’occuper à la maison), la création d’un vrai ministère utile (le ministère des souverainetés), et le rétablissement de la peine de mort (à partir de treize ans, si possible, en laissant une marge de négociation jusqu’à quinze), en attendant la mise en œuvre de ces thèmes chers à un nombre grandissant de nos concitoyens (6.421.773 pour être exact), nous avons tous de même décidé de ne pas nous priver de la joie de voir le navire prendre l’eau. Le Petit Bulletin d’entre deux tours vous invite donc à regarder le bateau couler, et à trouver ça beau. Pour ce faire, nous avons taillé un bout d’iceberg avec le scénariste Cédric Rassat et le dessinateur Emre Orhun qui éditent, en plein revival « My my heart will go on and ooooooon », « La malédiction du Titanic », une bande dessinée qui, certes, n’empêchera pas le naufrage de se produire, mais qui aura le mérite de montrer que, même dans la chute, on peut avoir de l’allure.

Voilà, c’est envoyé. Et quelle allure…

Demain, si vous me cherchez, je suis dans la rue, en vraie manifestation.

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Le vrai, le faux

Je compte les jours comme jamais, sans énergie, comme entravé par une mystérieuse force maléfique. Tout ce que je touche, tout ce que je lis ou entends me renvoie des relents de vomi en flot continu. Je n’en peux plus de cette campagne. Les thèmes glauques, tournant tous autour de «l’étranger», se lancent ouvertement, sans aucun complexe. Marine Le Pen et son idéologie est partout, au centre d’un débat qui n’en a que le nom tant il est vide. La grisaille du printemps se teinte en un brun de plus en plus soutenu, annonçant une bourrasque qui va faire bouger bien des lignes.

Plaie Mobile, en avant les bobards...Face au gros temps, sentant le pouvoir leur échapper pour de bon, l’UMP s’est livrée à une danse du ventre en règle. «Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît» faisait dire Michel Audiard à un de ses tontons flingueurs. Presque 50 ans après, la maxime reste d’une actualité brûlante. Ainsi, des personnages du sommet de la pyramide sociale, pourtant intellectuellement supérieurs, clamant à tue-tête leur attachement à la défense de l’intérêt général, se sont livrés à de sordides déclarations dignes d’une cour de récréation d’une école maternelle, enchaînant mensonges, allusions, manipulations et grossièretés à un rythme effréné. Ils ont presque tout osé. Il ne manque plus qu’une affaire de cul bien crade.

L’émission politique «Des Paroles et des Actes» de France2 n’a pas dérogé à la mode du moment. Si François Hollande y est apparu calme et posé, même carrément brillant au moment d’aborder des questions relatives aux institutions, Toto 1er faisait preuve d’une excitation extrême, attaquant dès sa première phrase son adversaire en dessous de la ceinture… Adieu programmes, bilan, affaires, les palabres ont tourné autour des étrangers, des délinquants, des délinquants étrangers, de Tariq Ramadan, du faux vrai-travail et de la situation des 80 footballeurs concernés par les 75% de taxation au dessus du million, avec un petit retour par les étrangers pour ceux qui n’auraient pas compris la première fois… Les 16.000 nouveaux chômeurs, eux, peuvent se brosser. Oubliés…

Le vrai, le faux et les aboiements d’une meute qui enrage de perdre ses privilèges ne font que renforcer la défiance des gens ordinaires envers les professionnels de la politique, de quelque bord qu’ils soient. Le débat programmé pour le 2 mai ne va rien apporter de neuf, sinon renforcer cette détestable impression. On n’y parlera pas de programme, on se contentera de pousser l’autre à la faute par l’envoi de piques plus ou moins habiles… Cela apporte de l’eau au moulin de la maquerelle. Il faut absolument casser ce cercle vicieux. De ce point de vue, les propositions de François Hollande concernant notamment le cumul des mandats et de la moralisation de la vie publique est une très bonne chose, mais il ne faut pas en rester là, il faut aller beaucoup plus loin, et redonner aux simples gens d’autres perspectives que la tonte systématique.

Le changement, c’est maintenant, c’est tout simplement indispensable.

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Plus que jamais le changement

J’avais mis une bouteille de champagne au frais. Depuis 2007, l’UMP n’a remporté aucune échéance électorale, et ce premier tour n’a pas dérogé à la règle. Mon plus ardent désir était de voir Napoléon en talonnettes battu dès le premier tour, ce qui n’était encore jamais arrivé pour un président sortant lors de cette Vème République. De ce côté, mon souhait a été exaucé, Toto 1er est désormais le premier des loosers, mais la bouteille est restée au frais. Je n’avais guère le cœur à la fête : il flotte dans la rue une puanteur insupportable. Près d’un français sur cinq a voté pour les fachos.

La dedans, 18% de bulletins de fachos...La seule parole censée que j’ai entendu parmi les ténors de la droite vient de Rama Yade : «Marine Le Pen à 40 ans, on va en prendre pour 20 ans». C’est peut-être pertinent comme remarque, mais Rama oublie sa part de responsabilité dans cette ascension qui est à la mesure de la déliquescence du pays. Voilà où nous a mené 10 ans de sarkozysme : un pays à la merci des marchés, incapable désormais de maîtriser son destin. Le plus drôle finalement est de se retrouver maintenant avec une droite broyée, principalement par ceux que l’UMP voulait absorber… Une grande réussite de plus.

Avec «tremblez le système» comme avertissement, la maquerelle brune est lâchée, n’hésitant pas à s’autoproclamer «chef de l’opposition». Malgré ses efforts pour cacher la véritable nature de son mouvement et les excès de son père, la réalité xénophobe et intolérante transpire de partout. Il ne lui manque que la frange et la moustache. J’ose encore espérer que cette expression sortie des urnes reste pour une bonne part un mode de contestation, de défiance face aux élites indifférentes et sourdes à la souffrance causée par la rigueur artificielle imposée au petit peuple. Je peux comprendre que la désespérance pousse à des choix par dépit, sans partager réellement les idéaux racistes et nationalistes. Quoique. Flirter avec le diable au mépris du danger n’a jamais sauvé personne.

Cette contestation, il y a pourtant bien d’autres manières de la porter. J’ai personnellement choisi de la matérialiser au travers de Jean-Luc Mélenchon afin de donner un signal fort au prochain président de la République. Désormais, François Hollande a une lourde responsabilité : il doit absolument entendre ce vacarme. Il ne peut se contenter d’accompagner le système, d’adoucir la sentence et gratter à la marge pour préserver je ne sais quel pseudo-privilège de la caste de la finance, sans quoi le Front National s’octroiera un score encore supérieur dans 5 ans. Il ne s’agit pas de porter les thèses du FN, mais simplement de permettre aux gens, de gauche ou d’ailleurs, égarés à l’extrême droite de retrouver des raisons de croire en la politique, de se reconnaître dans l’action menée par un président de gauche menant une politique solidaire, protectrice des excès du capitaliste, et redistributive avec équité des fruits du travail.

Le changement, c’est maintenant. Je veux dire le vrai changement…

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Retour à la lumière

Jamais un scrutin n’a été aussi important. Il s’agit tout bonnement pour moi d’effacer de ma mémoire 5 années noires. Je me rappelle ce fameux 6 mai 2007 à 20 heures et 7 secondes. Ce moment reste dans ma mémoire comme le choc qui me causa une vilaine blessure, lancinante, impossible à cicatriser, et dont la douleur s’intensifie à chaque apparition du Lider Minimo dans les médias. Autant dire que je n’ai pas souvent de répit. La lumière devient de plus en plus brillante à mesure que l’on s’approche du bout du tunnel. Et pourtant, j’ai cette détestable impression que rien ou si peu ne changera dans notre vie quotidienne.

Nombre de copains des Leftblogs ont publié un argumentaire précis en 17 points, appelant à voter François Hollande dès le dimanche 22 avril. Je n’ai pas relayé l’appel ici, non pas parce que je ne partage pas ces idées mais parce vous autres lecteurs, vous êtes assidus, déjà très concernés, et plus vraiment à convaincre sur le sujet : lire la même chose sur tous les blogs qu’on parcoure n’a aucun intérêt. Je n’ai pas relayé parce que je trouve que ces mesures, même si elles marquent une rupture radicale avec ce qui s’est fait jusqu’à présent, ne vont pas assez loin. De toute évidence, elles tentent de palier les invraisemblables dysfonctionnements d’une économie. Elles accompagnent le système, elles ne s’y opposent nullement.

Jean-Luc Melenchon 3ème, ou peut-être mieux...J’ai, jusque hier, été hésitant sur le bulletin que je déposerai dimanche dans l’urne. Mon choix du cœur envers Eva Joly serait une voix perdue, non pas par la qualité de la personne et de son discours, mais parce en l’état actuel des choses, elle n’a aucun poids dans le débat. Le choix de la raison, François Hollande, ne servirait guère davantage, puisque la victoire, sauf accident, lui est promise, ce qui me semble toute de même l’essentiel… Il reste Jean-Luc Mélenchon, résolument en lutte contre un système dévoyé. Avec ma voix, je pense être vraiment utile afin de lui donner un poids suffisant pour gauchir un programme perfectible sur bien des plans, notamment en matière de protection de la multitude servile, concernant la redistribution des fruits de travail et aussi d’écologie.

Battre Toto 1er reste cependant l’unique objectif du moment. Fini les coups de canif incessants donné au contrat, fini la confiscation du pouvoir à des fins très personnelles, les lois sur mesure, les cadeaux aux copains, fini les vendettas envers tous ceux qui osent se mettre en travers de son chemin, ce mépris à l’endroit des non-possesseurs de Rollex à 50 ans, fini les menaces et les stigmatisations pour une couleur de peau ou une religion, fini les protections judiciaires… La sanction arrive.

Malheureusement pour la suite, le reste, la vie quotidienne, quel que soit l’élu, ne changera que peu. Les problèmes de logement, de chômage, de santé, d’éducation vont perdurer, plombés par l’héritage de ces années de gabegie grandiloquente et de préservation d’intérêts privés. D’ailleurs, le FMI ne s’est pas privé d’intervenir dans le débat, fustigeant les candidats majeurs pour leurs prévision de croissance future et de remboursement de dette. J’ai déjà peur que, sous la férule de ce monde globalisé, plié aux ordres du grand frère yankee, la pression ne soit telle que la sauce hollandaise tourne rapidement jusqu’à devenir aigre et indigeste…

Dans ce contexte, n’y a t-il pas intérêt à tout casser, à repartir sur autre chose comme le propose Jean-Luc Mélenchon, à réinventer un roue qui tourne enfin pour tous ? La crise, franchement, est un artifice bien pratique, et il n’y a aucun début de solution en vue à contraindre sans fin le peuple à la rigueur pendant que l’élite s’amuse et s’engraisse. La remise en cause, la révolution diront certains, du système n’est pas si impossible comme on voudrait nous le faire croire. En 1789 aussi, c’était impossible, et l’événement a pourtant servi de modèle dans le monde entier…Quel signal ce serait à destination des oubliés grecs, espagnols, portugais, italiens, contraints de la pire manière !

Je n’ai jamais cogné sur aucun candidat de gauche. J’ai même participé aux «iripostes» pour François Hollande chaque fois que possible, parce que le changement, il y en a vraiment besoin. Selon toute vraisemblance, Hollande va gagner, avec l’aide de toutes les forces de gauche. Il convient donc de tenir compte de cette expression multiple et impatiente, parce qu’un président, contrairement au précédent, l’est pour tous les français, et pas seulement pour ceux encartés au PS.

Dimanche, allez voter.

Après la pluie, le beau temps. Et quelque chose me dit que dès lundi, il va faire grand soleil.

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Le cœur ou la raison

Je dois vous faire un aveu. A quelques jours du premier tour de la présidentielle, je me questionne toujours pour savoir quel bulletin je vais glisser dans l’enveloppe. N’ayez pas peur, je n’ai pas viré ma cuti, je n’ai aucunement changé de bord. Mon cœur reste bien ancré parmi ceux qui placent les valeurs humanistes avant toute autre chose. La problématique repose essentiellement sur deux points : qui propose un vrai programme d’équité, donc de partage des richesses, qui peut battre l’usurpateur actuel qui nous sert de président ?

Perdu ? Non, pas vraiment...En fait, selon moi, il s’en rajoute un autre, des plus prégnants : comment transmettre notre environnement à nos enfants dans un état acceptable ? La diffusion sur les chaînes du service public des clips officiels de la campagne a un peu amplifié mon questionnement. Il y a maintenant un choix douloureux à faire, marqué entre la volonté de changement radical, excluant à priori de donner sa voix à un candidat jugé marginal, et celui d’exprimer ses convictions profondes. Pour une fois, j’aimerais tant voter «pour» et non «contre» quelqu’un ou quelque chose.

Je vais peut-être surprendre, mais j’aime bien Eva Joly. C’est mon premier choix, celui du cœur. Elle représente la synthèse de ce que devrait être un personnage politique : un citoyen issu de la société civile, non un professionnel issu du sérail, rompu à la rhétorique propre à ce monde particulier. Ses adversaires ont vite compris le danger du «parler simple», et en ont rapidement fait un handicap. Et pourtant, ce monde là, elle le connaît pour l’avoir côtoyé de très près, dans les palais de justice. Plus que tout autre, elle a mis au jour tous les liens pourris entre le pouvoir et l’économie, elle en a distingué toutes les turpitudes les plus ignobles. C’est aussi comme simple citoyen qu’elle perçoit quotidiennement les attaques contre l’environnement, les mensonges et les arrangements des pollueurs à des fins très très particulières. Comme elle a raison : on ne peut continuer ainsi à négliger aussi aveuglement notre environnement, en laissant les bétonneurs, les semenceurs, les atomistes et autres apprenti-sorciers jouer à quitte-ou-double avec la planète à chaque prétendue avancée technologie. Surtout au vu du résultat : de plus en plus de gadgets, de besoins inutiles, de consommation effrénée, mais aussi de plus en plus de misère, d’isolement, et de dérèglements climatiques, de catastrophes soi-disant «naturelles»… On ne peut plus se passer de l’écologie : elle devrait trouver une place centrale dans toute décision politique.

Mais il y a aussi la raison, celle induite par le besoin de changement, aussi par la nécessité de bouter l’actuel locataire de l’Elysée hors des lieux. François Hollande est le seul en capacité de le faire. L’homme a travaillé sa posture depuis bien longtemps et peaufiné une image et un programme à la hauteur de son ambition. C’est là que réside le problème principal : Hollande est un homme de parti, de système, qui ne s’est jamais frotté par sa naissance à ce qu’est la vraie vie, comme acheter le pain, prendre le métro, trouver ou garder un emploi. Un quotidien banal, une réalité devenue pesante sous l’effet de la crise pour l’immense majorité. Son programme est certes différent de celui de la droite au pouvoir depuis 10 ans, mais il reste très loin des aspirations d’équité et de justice sociale que réclame le pays, parce qu’il accompagne le système, il ne s’y oppose pas.

Ansi, c’est un peu naturellement que j’ai été amené à m’intéresser à Jean-Luc Mélenchon. Ayant voté à la primaire PS pour Arnaud Montebourg, le cheminement n’est pas illogique. Mélenchon est un tribun émérite, et son discours, dans le contexte actuel, porte : comment de simples gens, n’ayant pas le droit ni la possibilité de dépenser plus de ce qu’ils ont, peuvent-ils, comme on nous le rabâche, être la cause de la crise ? Pourquoi doivent-ils alors régler la note de jeu de la caste des banquiers et autres profiteurs d’un capitalisme cupide et inhumain ? Pourquoi les fruits du travail échappent autant à ceux qui donnent leur bras pour produire, et pourquoi tant en sont privés ? Ces questions ont toutes des réponses, simplement évidentes et de bon sens. Mais le programme de François Hollande n’y répond pas, ou trop partiellement. Le changement, c’est maintenant. Il ne doit pas se mesurer uniquement à la marge, ni se résumer à un simple remplacement de tête.

Cette vague incertitude a d’autres origines. Elle résulte aussi de la position inflexible du candidat du PS, refusant tout compromis sur les questions écologiques, rejetant toute dérive «gauchière» de certaines propositions du Front de Gauche. Cette manière de faire n’est pas très rassembleuse.

Elle résulte surtout de la quasi assurance de voir Toto 1er battu largement au second tour. Le spectre d’avril 2002 étant désormais totalement effacé, le duel final opposera les deux gros, ce qui pourrait laisser un peu de marge dans l’attitude à adopter au premier tour. Mais la raison m’invite de nouveau à reconsidérer mon attitude puisque je souhaite plus que tout que Toto 1er soit battu dès le premier tour. J’y tiens absolument afin que le margoulin ne puisse se vanter d’avoir ainsi obtenu un quitus pour son action à la tête du pays. Vraiment sans aucun complexe.

Il me reste 11 jours pour peser tous les tenants et aboutissants…

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