La liberté de demain

Il n’y a plus de Charlie en kiosque. Qu’importe. Rien ne presse. L’important n’est pas là, sur ce seul mercredi, ou jeudi. Charlie existe même si je n’aurais peut-être jamais le numéro 1178 en main. Le papier, aussi fragile qu’une vie, est aussi incroyablement robuste et traverse les ages jusqu’à demeurer avec les pierres, le principal rapporteur de l’histoire des hommes. Certaines pages d’ailleurs sont même devenues fondatrices et objet de croyances diverses. C’est dire sa force.

Ce nouveau numéro, pas même encore sur les rotatives, a fait débat. Sa page de couverture montre le prophète. Etonnant, non ? Elle est magique : le prophète est triste. On y parle de pardon. Une valeur universelle et présente dans toutes les religions. Tel quel, avec ce message apaisant, je ne parlerais presque pas de caricature, même si Mahomet a clairement une tête de bite. Et nous voila revenir au point de départ : ça monte au créneau de partout pour fustiger le journal et crier au blasphème. En Turquie, le premier ministre turc, tout juste revenu de sa promenade parisienne pour réaffirmer la liberté d’expression, en a interdit la parution dans son pays.

censureDonc on n’a pas avancé d’un pouce. D’autres défilants dans le cortège VIP ont d’énormes progrès à faire en matière de liberté. En Algérie, marches et manifestations publiques sont interdites. En Turquie, déjà citée, les journalistes osant parler de la corruption qui enlace le président Erdogan sont incarcérés. Idem, au hasard, en Egypte, au Gabon, en Jordanie. En Russie, cela va sans dire. Pourtant, présidents ou représentants, tous étaient là, présents en première ligne. Comme Toto 1er.

Coté religions, on a pas évolué non plus, et ce n’est pas non plus une surprise. Le cortège d’avertissements et de menaces repart de plus belle. Cette fois, le «Canard Enchainé» est également cité. L’athée que je suis ne comprend pas cette notion de blasphème. Je respecte infiniment ceux qui croient en quelque chose, qui sont sincères dans leur pratique et sans prosélytisme exacerbé, quelle que soit la confession, mais les règles auxquelles les fidèles s’astreignent ne concernent en rien les non-croyants. Impensable donc pour eux de se plier à cette discipline, impossible aussi de blasphémer ce qui n’existe pas. Elémentaire.

«Liberté de la presse ? Vaut mieux entendre ça que d’être sourd !». C’était à la une du premier Charlie en novembre 1970, une semaine juste après l’interdiction de Hara-Kiri. Les temps ont un peu changé. C’est indéniable. La pensée et l’écriture, dans notre pays laïc exempt de références religieuses, ne sont plus entravés. Il y a bien de temps en temps des tentatives. Mais le douloureux épisode Charlie Hebdo montre que la vigilance doit être continue. Il en faudrait bien peu pour que les censeurs reprennent du service. Certains pays, dont les Etats-Unis, se sont dotés de lois d’exception qui permettent à peu près tout en surfant sur la détresse. On n’en est pas loin.

Alors, merde aux censeurs, quels qu’ils soient…

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Immortel

J’avais prévu un petit billet hier pour souhaiter au monde quelques banalités d’usage quand l’actualité m’a plongé dans une profonde tristesse jusqu’à l’ankylose. Impossible de bouger, de croire ce qui s’ést déroulé en plein jour, en plein Paris. Une rédaction entière décimée. Non, je n’y crois pas, ce ne peut pas s’être passé. Pas au 21ème siècle, dans un monde dit civilisé.

Je Suis CharlieMa seule activité de la journée a été de me transporter sur la place des Terreaux pour rendre hommage aux victimes de l’immonde barbarie. J’y suis resté longtemps, pétrifié, à applaudir Stéphane Charbonnier dit Charb, Moustapha Ourad, Jean Cabut dit Cabu, Michel Renaud, Elsa Cayat, Franck Brinsolaro, Hamed Merrabet, Bernard Verlhac dit Tignous, Georges Wolinski, Frédéric Boisseau, Philippe Honoré, Bernard Maris, mais aussi tous les blessés de cette atroce boucherie inutile, en pensant à tous leur proches désormais meurtris à jamais.

Gérard Collomb a dit, comme à l’accoutumée, quelques mots de circonstance. Je n’ai alors pas applaudi. Je ne peux occulter la responsabilité que portent les hommes politiques dans leur ensemble pour ne soutenir la presse que quand un drame s’est joué. Je ne me rappelle que trop les turpitudes auxquelles ont été soumis les journalistes d’investigation, notamment de Médiapart, du Monde et quelques autres, et le tir nourri d’une classe politique incapable de mesurer son propos. J’entends encore un ancien président de la République tancer deux journalistes pris en otage en Afghanistan alors qu’ils ne faisaient que leur métier, pour nous informer. Les louanges et les complaintes d’aujourd’hui de droite ou de gauche me sont aussi insupportables que les jérémiades fondamentalistes des fous de n’importe quel dieu… Et que dire des tentatives de récupération de l’événement qui ne vont pas tarder. D’avance, Marine, ta gueule !

La presse et sa liberté, donc la nôtre, cela se défend en permanence. Cela s’affirme tous les jours. Au lieu de cela, on gaspille le temps à attiser les haines et les rancoeurs, on radicalise absolument tout sujet, on fustige l’étranger, on diabolise le musulman, le vrai, celui qui est aussi catastrophé et consterné que moi. La liberté, contrairement à la pile électrique, ne s’étiole que si l’on ne s’en sert pas.

Charlie dérangeait. Et pas qu’un peu. Charlie est passé maître dans cet art. C’est pour cela qu’on l’a tué. Ce faisant, ces idiots dégénérés l’ont rendu immortel. Sûr que quelque part, Choron, Reiser et Cavanna ont accueilli leurs copains les bras ouverts. Mais cela ne me console nullement. Il manquera toujours quelque chose, la petite case en bas à gauche dans ce grand puzzle, ce petit rien apprécié ou non qui fait la diversité, et qui finit par faire un tout.

Mais pour l’instant, je suis désespéré. Je retourne me coucher, avec les mots de Philippe Val qui tournent en boucle dans ma tête. Demain, je serai plus que jamais combatif.

Bonne année.

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Incivilité ordinaire

Lors des célébrations de l’armistice de la grande guerre, la der des der comme tout le monde le sait, un petit avion de tourisme a survolé le Mémorial de Notre-Dame de Lorette en tirant une banderole demandant la démission de François Hollande. Cela a bien évidemment fait un instant la une de la plupart des médias, entre Nabilla, les écolos casseurs et quelques voleurs de grand chemin.

Notre-Dame-de-NorettePour reprendre brièvement le clavier, il fallait vraiment que je sois outré : sortir une telle banderole un jour de souvenir et de respect pour ceux qui ont vécu l’enfer et donné leur vie pour notre liberté représente un acte des plus odieux. L’inauguration de cet «anneau de la mémoire» regroupant sans aucune distinction toutes les victimes anonymes de la bêtise humaine n’est en aucun cas le moment de revendiquer quoi que ce soit, sinon la fin des boucheries stupides qui foisonnent toujours de par le monde.

Ce survol est ignoble et revient à cracher sur tous les noms gravés sans aucun égard. Pour le monde libéral, tout est permis : la morale et le bon-sens sont à géométrie douteuse. Et dire que le protagoniste, qui aura mis des moyens assez conséquents dans son geste (il en faut pas mal pour faire voler un avion, sans parler du prix de la bâche), n’en finit pas de manifester pour protester contre l’État, contre Hollande, contre la gauche, contre on ne sait plus trop quoi… Nul doute qu’il doit fulminer régulièrement face à l’impôt spoliateur. Il ne manquerait plus qu’il s’offusque de l’insécurité grandissante et les incivilités quotidiennes, la cohérence étant visiblement le cadet de ses soucis… Et ce sont des gens de cet acabit, parés de respect d’autrui et des règles fondant la société, qui aspirent à exercer demain le pouvoir ? Rappelons-nous d’urgence d’où l’on vient.

Mais le plus grave finalement, c’est le mutisme du Parti Socialiste, incapable de communiquer, de protester et de défendre son propre camp.

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Médiapart, encore…

Il n’y a aucun miracle ou hasard en matière de boules puantes politiques : quand elles tombent dans un camp, il y a une très forte probabilité qu’elles ne mettent guère de temps à s’abattre dans celui d’en face. C’est la vie diront certains analystes cyniques, mais toutes les victimes de ce jeu de massacre grandeur nature n’ont pas la même aptitude à résister à ce qui s’apparente à une corrida en bonne et due forme. La queue et les oreilles ne repoussent jamais, même si l’on ressort blanchi de l’arène…

Médiapart, encore...A vrai dire, l’affaire de la semaine soulevée par Médiapart sur le prétendu compte suisse de Jérome Cahuzac est symptomatique de notre société malade et clivée. A gauche, on joue le pompier de service pendant qu’à droite on appuie de tout son poids sur l’endroit ou ça fait mal avec l’énergie de la vengeance et du souvenir du traitement infligé jadis entr-autres à Eric Woerth. Du coup, quelques valeurs jusque là bien figées ont brutalement changé d’ordre, les sympathisant de droite se laissant aller à soutenir et encenser un média tenu par des activistes à la solde des socialo-communistes mangeurs d’enfants…

J’ai toujours été très méfiant face à ce genre du curée, de quelque coté d’où vienne le vent. D’abord parce que nos sources d’information sont forcément partiales, souvent partielles, et qu’en particulier les intérêts politiques en jeu font que le quidam moyen ne perçoit que ce qu’on veut bien lui laisser attraper. La manipulation n’est jamais loin. Ensuite parce que derrière le supposé scandale, il y a un homme ou une femme, une famille, des proches, qui seront à divers degrés immanquablement impactés, surtout quand les reproches ne reposent sur rien. Pierre Bérégovoy en est mort. L’effet de meute est un amplificateur déraisonnable et destructeur.

Dans ce dossier, il me semble urgent d’attendre que la passion se tasse un peu pour qu’on y voit plus clair. Encore une fois, je suis perplexe. Je me fiche de savoir si c’est plus ou moins grave que d’escroquer mamie Zinzin. Si l’actuel ministre du budget détenait effectivement un compte en Suisse, il doit en assumer les conséquences au titre de l’exemplarité prônée par le Président de la République. Quant à Médiapart, remettre aussi vite en cause la probité de sa rédaction me semble également excessif. Toutes ses enquêtes sont jusque-là de grande qualité, et les «affaires» relatées n’ont jamais été publiées à la légère. Je vois mal ce média lancer une bombe sans avoir assuré ses arrières, au risque de voir sa crédibilité ébranlée au point d’entraîner l’ensemble par le fond…

J’en retire surtout qu’il faudrait un peu plus de médias indépendants de ce type, qui fassent de l’investigation afin de démêler le vrai du manipulé, de débusquer et relayer toutes ces turpitudes qui polluent la vie politique, contribuant à creuser le fossé séparant la population de ses représentants. La moralisation de la vie politique reste un vœux pieu, maintes fois promis et jamais réalisé, et à défaut de vrai gendarme, cette presse pourrait bien être cet empêcheur de se comporter au dessus des lois, des usages et de la bienséance.

Attendons, écoutons, mais toujours se rappeler d’ou l’on revient.

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Question d’allure

Il est bien des choses qui se font depuis des temps reculés parce, tout simplement, il en est ainsi. On s’y plie de bonne grâce, sans même y réfléchir d’ailleurs, tant ces actes sont naturels, tant ils sont ancrés dans l’inconscient collectif ou font partie de ce que je qualifierais de valeurs nobles. Mais cette période de fin de règne pour quelques uns voit de bien curieuses remises en causes de la tradition humaniste de la France, et de bien vilains concepts sur la manière de traiter l’étranger, responsable de l’insécurité et du pillage de la solidarité nationale. Rien de mieux pour soutenir l’industrie que de relancer massivement la fabrication de barbelés afin de garnir les frontières de notre beau pays…

Mitterand à gauche, Giscard à droite, presque en noir et blanc...Fini les grandes traditions. Même les plus insignifiantes sont balayées. Le gnome n’a d’ailleurs pas daigné serrer les pognes des footballeurs finalistes de la Coupe de France comme cela se fait d’ordinaire, craignant sans doute une bronca appuyée, ce qui n’a tout de même pas manqué de se produire, lors d’une brève apparition de son auguste personne sur les écrans du stade.

Partout autour de moi, je ressens ce rejet absolu du personnage. Il ne lui reste pour exister que le fameux débat télévisé d’entre deux tours. Cette vieille tradition alimente l’Histoire de petites phrases bien préparées et bien servies, qui, avec un brin de nostalgie, font sourire aujourd’hui. Cependant, cet exercice incontournable, qui s’apparente à un ridicule combat de coqs, ne fait, sauf accident, que très peu bouger les lignes parce qu’il est trop préparé, trop formaté pour aborder réellement le fond des programmes. On y jugera un personnage sur une phrase, une mimique, un sourire, un désarroi mal maîtrisé…

Cette péripétie m’indiffère. L’exaspération est là, palpable, envahissante, et chaque jour plus vivace à mesure que le terme approche. Et je suis loin d’être le seul à la ressentir. Ça et là, dans le bus ou ailleurs, il y a des phrases qui fusent, mêlant le quotidien, le temps qu’il fait et d’étranges double-sens, comme une espérance secrète, comme pour accélérer le temps et nous rapprocher un peu plus vite de cette fameuse frontière du dimanche 6 mai 20 heures…

Parmi les agacements qui m’interpellent, il y a cet édito du Petit Bulletin de l’entre deux tours. Cet hebdo papier gratuit sur l’actualité cinéma, spectacles, concerts, théâtre, danse, expositions, musique à Lyon, Grenoble et Saint-Étienne est une mine d’or en matière d’information culturelle. Sur fond de présentation du naufrage du Titanic en bande dessinée, la redac’chef Dorotée Aznar, qu’on ne peut franchement pas classer comme activiste politique, a livré une pépite que je souhaitais partager ici.

En attendant le retour d’une vraie monnaie qui a de la gueule (le franc), le retour des femmes à leur vraie place (la maison), l’arrivée tant attendue du libre choix de ne pas avorter (pour avoir de quoi s’occuper à la maison), la création d’un vrai ministère utile (le ministère des souverainetés), et le rétablissement de la peine de mort (à partir de treize ans, si possible, en laissant une marge de négociation jusqu’à quinze), en attendant la mise en œuvre de ces thèmes chers à un nombre grandissant de nos concitoyens (6.421.773 pour être exact), nous avons tous de même décidé de ne pas nous priver de la joie de voir le navire prendre l’eau. Le Petit Bulletin d’entre deux tours vous invite donc à regarder le bateau couler, et à trouver ça beau. Pour ce faire, nous avons taillé un bout d’iceberg avec le scénariste Cédric Rassat et le dessinateur Emre Orhun qui éditent, en plein revival « My my heart will go on and ooooooon », « La malédiction du Titanic », une bande dessinée qui, certes, n’empêchera pas le naufrage de se produire, mais qui aura le mérite de montrer que, même dans la chute, on peut avoir de l’allure.

Voilà, c’est envoyé. Et quelle allure…

Demain, si vous me cherchez, je suis dans la rue, en vraie manifestation.

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Le jeu des 7 erreurs

Les informations selon Fox News...

Je vous laisse chercher toutes les erreurs présentes dans cette magnifique capture d’écran de Fox News, chaîne d’information câblée la plus regardée outre-atlantique. A vous de les trouver, en précisant qu’il est bien possible qu’on dépasse le 7 traditionnel… Grandiose.

J’ai hâte de lire vos trouvailles en commentaires.

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Je ne suis pas mort

Cette période électorale a décidément des relents étranges. Pas un seul sujet de discussion n’échappe au prisme de la remise en cause inutile, parfois gratuite, souvent polémique. Jamais la famille des mots issus de «mensonge» est autant utilisée, et certains concepts refont surface avec plus ou moins de finesse. Dans cet exercice du grand n’importe quoi, ce n’est pas un billet de Rue89, annonçant la mort des blogs politiques, qui me contredira.

Cimetière de blogs politique ou de presse ?Je ne suis blogueur que depuis presque 2 ans, et publie des billets dont la portée n’est pas que politique à mon rythme, sans m’imposer de règles. Un billet tous les 2 ou 3 jours. Je ne suis guère influent, et ne souhaite d’ailleurs pas l’être car cette étiquette me donnerait des obligations, voire des responsabilités que je ne veux pas endosser. Derrière cette activité, il y a certes un engagement personnel, un ressenti du monde qui tourne plus ou moins bien, mais il y a essentiellement une dimension plaisir, convivialité, rencontre, partage, à laquelle je tiens et que j’ai perçu chez beaucoup d’autres blogueuses et blogueurs politiques. Les habituels railleurs diront certainement que je cède à la facilité. Evidemment.

Cela sentirait dont la fin des blogs politiques ? Ce type d’affirmation, du reste assez récurrente dans certains médias au format très proche du blog, m’amuse. Les constats de ce genre montrent un étonnante méconnaissance du sujet, ou plus grave, un transformation de la réalité, très à la mode en ce moment. On compare une chèvre à un choux pour en retirer des conclusions douteuses. Désolé, mais pour moi, les blogs politiques et réseaux sociaux ne sont pas comparables et le format «blog» est loin d’être obsolète puisqu’il est repris par l’intégralité de la presse en ligne et autres agrégateurs. Et surtout, le blogueur n’est pas contraint au scoop, à instantanéité, ni aux exigences liées à l’actionnaire ou aux marchés publicitaires…

Ce qui est vrai en revanche, c’est la reprise en main du web, la perte de son image alternative, une forme à peine masquée de privatisation, de confiscation de l’outil, auxquelles participent des Lois comme LCEN, DADVSI, LOPPSI, HADOPI et au-dessus, SOPA, ACTA… Dans ces nébuleuses, ce sont les modes d’expressions individuels tout court qui sont menacés d’extinction pure et simple. Le vrai danger pour l’avenir est là : l’arsenal répressif et de censure est quasiment en place, la neutralité du réseau déjà une illusion, le filtrage des flux une certitude.

La réalité d’aujourd’hui en matière de blog politique semble bien différente : ils ne sont pas morts, loin de la. C’est un monde en perpétuel renouvellement. La principale raison est certainement la tentative de débauchage en masse de blogueurs pour alimenter des pure-players et sites de presse en ligne, évidemment gratuitement. Décréter la mort des blogs politiques est un rien manipulatoire en période électorale quand les grands quotidiens peinent à vendre, quand les journalistes font face à la défiance du citoyen, quand les blogs de droite ont disparu des classements et autres outils d’évaluation de la blogosphère.

Pour un temps, il reste un espace immense d’expression sans contraintes, et c’est bien ce point qui gêne les grands pouvoirs, qui fait de l’ombre. Avec un peu de bouteille et de jugeote, on prend vite l’habitude de démasquer les trolls. Affirmer est une chose, la réalité en est une autre.

Tout est finalement dans la taille de la ficelle

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De plus en plus intolérable

C’est par ces mots qu’Alain Juppé a déploré la mort de 2 journalistes occidentaux à Homs, en Syrie. Rémi Ochlik, photographe de guerre, lauréat du prix World Press Photo 2012 pour ses clichés pris en Libye et Marie Colvin, ressortissante américaine installée à Londres et correspondante de guerre pour le Sunday Times sont les nouvelles victimes de la barbarie du pouvoir de Bachar El Assad. D’ailleurs, notre frétillant ministre des affaires étrangères ne s’y trompe pas : «c’est une démonstration supplémentaire de la dégradation de la situation en Syrie». Sans blague…

Rémi Ochlik (photo Yoan Valat/Maxppp)Marie Colvin (photo AFP/Getty Images)J’avais prévu un autre billet aujourd’hui, mais ces réactions officielles m’ont mis hors de moi. La disparition de Gilles Jacquier le 11 janvier avait déjà été qualifiée d’intolérable. Mais rien n’a changé pour notre classe dirigeante. Elle observe, de loin, bien au chaud, sans bouger d’un pouce, sans froisser en rien les 2 géants qui s’opposent à toute intervention sur place. Par sa passivité, elle laisse des pauvres gens se faire massacrer, en direct à la télé. Elle se contente de petites phrases servies entre la poire et le café, de banalités d’usage, comme la déclaration du jour de Toto 1er : «maintenant, ça suffit, ce régime doit partir. Il n’y a aucune raison que les Syriens n’aient pas le droit de vivre leur vie et de choisir leur destin librement».

Il a raison. Mais ça fait longtemps que ça suffit. 2 nouveaux journalistes sont morts et on s’en émeut, mais cela fait longtemps que les meurtres d’enfants, les tirs dans les cimetières, les chars dans les rues, la terreur et la barbarie ordinaire sont monnaie courante. Selon les rares ONG sur place, la répression syrienne aurait fait à ce jour 7.600 victimes… On va continuer longtemps ainsi ? Notre expérimenté président, celui même qui raille la capacité de son adversaire à gérer ce type d’affaire, si réactif et volontariste dans la crise libyenne, qu’attend-il pour agir ? Qu’attend-il pour cesser de taper inutilement du poing sur la table ? Peut-être que sur le plan humanitaire, perçoit-il une différence entre le destin du peuple libyen et syrien ! Ou plutôt a t-il peur de froisser russes et chinois, ces grandes nations des droits de l’Homs et leurs marchés ou ses proches ont de gros intérêts !

On me rétorquera qu’il y a le droit international, l’ONU, bla-bla, tout cela… Bien sûr. Mais si le droit international doit laisser se dérouler une telle boucherie pour un intérêt très particulier, à la face du monde, sans même se cacher, cela n’a aucun sens. J’avais vigoureusement critiqué l’intervention française à Tripoli, jugeant qu’elle servait d’autres intérêts, notamment celui de redorer le blason de notre monarque. Mais au fond de moi, il ne faisait aucun doute qu’il fallait aider ce peuple à se défaire d’un tyran notoire et sanguinaire. On se trouve dans le même cas de figure, à ceci près que les exactions de Bachar El-Assad pour se maintenir au pouvoir sont à une toute autre échelle, suivant de peu son feu père, auteur d’un massacre similaire à Hama en février 1982, pour écraser une révolte motivée par la même soif de liberté.

Finalement, au bout de ces cinq années de brassage d’air, à force de s’agiter, de toiser le monde, d’avoir réponse à tout comme le fayot du premier rang à chaque question de l’institutrice, je me demande si notre monarque n’a pas perdu toute crédibilité sur la scène internationale au point d’être ignoré de tous, et surtout des vrais puissants. On ne sait jamais. En période électorale, continuer d’aboyer peut encore faire illusion.

La grandeur de la France en a pris un sacré coup.

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The rocket has been launched

Ca y est, François Hollande est lancé. La grand-messe du Bourget fait désormais partie des grands moments de la politique française, au même titre que ceux qui ont fondé naguère les mouvements d’ampleur, les grandes espérances, et qui mènent leur orateur aux plus hautes fonctions. Incontestablement François Hollande a changé de cape, abandonnant définitivement sa tenue «Flamby» pour une posture nettement plus déterminée, combative, quasi présidentielle.

Hollande, HuffPouf, même lancement...Le parti socialiste avait pourtant annoncé la couleur. Le vrai programme du PS, celui que François Hollande reprendra à son compte ne sera annoncé que jeudi 26. mais ce qu’il a laissé entrevoir est un coup de barre à gauche, somme toute bien modéré diront certains, mais la direction est clairement marquée. Au-delà, j’ai surtout apprécié de l’orateur sa volonté de remettre une dimension humaine dans sa manière d’exercer le pouvoir. Il y a un vrai besoin de supprimer toutes ces liaisons dangereuses avec les puissances de l’argent, et qui se servent de l’intérêt général à des fins bien particulières.

On voit tous les jours les résultats du vrai programme de l’UMP. c’est le chômage, la dette, les cadeaux pour les uns et les menaces pour les autres dans cette grande machine à broyer mondialisée. Mieux, la conjoncture est si dure qu’elle pousse, avec la bénédiction du Medef et consorts, au travail gratuit. Ah, ces pauvres gens, quelle chance ils ont, ils échappent ainsi au désoeuvrement…

Cette méthode assurément moderne touche également le monde de l’édition et de la presse en ligne. Il n’aura pas échappé au lecteur assidu qu’Arianna Huffington a lancé aujourd’hui une version française du Huffington Post, un «Pure Player» qui propose à des blogueurs et personnalités de contribuer au contenu, mais sans aucune rémunération. Là, on est carrément au travailler plus pour gagner… rien ! A la limite, il n’y a pas de tromperie, c’est bien l’application pleine, entière, et pas assumée du programme de l’UMP. Non, c’est la faute à la crise, aux autres, à Mittérand…

En ce jour de lancement du «HuffPost», le petit nom de ce nouveau média dirigé d’ailleurs par Anne Sinclair, une bande de joyeux drilles, blogueurs invétérés et constamment déssechés lancent le HuffPouf, «Pure Player & Serious PouffBloging», une nouvelle fusée qui va faire du bruit et égayer sensiblement l’actualité. Le taulier est sympa et le comptoir large et accueillant. Que demander de plus ?

Longue vie au HuffPouf.

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Boucs émissaires

J’avais préparé hier une ébauche de mon billet du jour. J’y parlais de quotient familial, sur la nécessité absolue pour le candidat du PS de défendre son projet, de démontrer son utilité sociale sans se défiler, avec courage et pugnacité. J’y abordais aussi les ridicules allégations de «sabordage de l’acquis majeur du modèle social et familial français» proférées par une droite aux abois, et dont les élucubrations collent de plus en plus finement à la devise de notre bon Maréchal : «Travail, Famille, Patrie».

Gilles Jacquier, 1968 - 2012J’ai tout envoyé à la corbeille. Dérisoire. Gilles Jacquier, journaliste, grand reporter, est mort hier, tué à Homs en Syrie en filmant pour France Télévisions le quotidien d’un pays en guerre. Français ou pas, un journaliste mort d’où qu’il vienne est une part de liberté qui s’envole, ce sont des yeux qu’on ferme, des témoins gênants qu’on bâillonne, ouvrant la porte ouverte à toutes les dérives, à toutes les manipulations. Le journaliste seul ne les empêche pas, mais sa présence contraint les pouvoirs. Il est un observateur et un rapporteur. Gilles Jacquier, 43 ans, prix Albert-Londres en 2003, avait parcouru le globe entier pour relater ce qui s’y passait, et pas seulement pour les grands conflits armés. Il exécrait la guerre «mais sur ces terrains, je peux faire de vraies rencontres» rappelait-il.

L’Institut International de la Presse basé à Vienne a recensé 103 journalistes tués en 2011 en raison de leur activité professionnelle, 36 en Amérique latine, 21 au Moyen-Orient, 17 en Asie, le Mexique et l’Irak étant alors les pays les plus risqués.

Il faut malheureusement de tels départs pour rappeler l’importance du journaliste dans notre monde. Cette disparition me bouleverse parce que de temps en temps, comme les modes, la période est au matraquage assez régulier de la profession : servile, irresponsable, aux ordres, etc…. et la blogosphère participe à ce quasi lynchage. En tant qu’observateurs de tout et de rien, les journalistes jouissent de la proximité des puissants, des producteurs d’actus et d’événements, ce qui en fait quelque part des privilégiés, et dont l’audience et l’influence est loin d’être négligeable. Il en est effectivement de bien pourris. Mais comme en toutes choses, il faut se méfier des généralités, comme celles que le pouvoir diffuse et entretient avec constance comme les chômeurs/profiteurs, les fonctionnaires/fainéants, auxquels j’ajouterais les commerçants/voleurs, et même les patrons/voyous. Comme la grande majorité de ses confrères, Gilles Jacquier pratiquait son métier avec foi, celle d’informer, de relater, de montrer, d’analyser, de recouper sur le terrain, pas à la façon Pujadas, quelque peu obséquieuse, dans la chaleur et la lumière d’un plateau de télévision.

Je me garderai bien d’accabler cette profession. Elle est en crise, comme bien d’autres, et pour des raisons qui ne sont pas toujours conjoncturelles. C’est l’évolution dit-on, le virage numérique que certains ont mal négocié. La modernité, c’est l’info pré-machée, prête à gober, immédiate, en 200 signes, et forcement gratuite. Pas facile pour un jeune journaliste de s’affranchir du moule du «politiquement correct» et d’échapper à la peur, celle omniprésente du chômage. Je peux comprendre. Nos émissaires deviennent des boucs dont on préfère se plaindre. Seulement, parmi nous, combien achètent un journal ? Combien contribuent à un journalisme de qualité, objectif, impartial, indépendant ? On a finalement bien la presse qu’on mérite.

Et si on réfléchissait un peu par soi-même ?

Du coup, je pense aussi à Guy-André Kieffer, froidement assassiné en 2004 à Abidjan, et à quelques autres…

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