Stop ou encore ?

Nous voilà revenus quelques années en arrière, à cet instant précis d’octobre 2010 ou, entre pourrissement et mobilisation, le rapport de force choisit son camp. La nouvelle couche de mesures punitives en guise de reforme des retraites laissait alors entrevoir des lendemains difficiles pour les futurs inactifs. Mais on peinait à mesurer l’exacte répercussion, entre l’exagération syndicale et l’exagération toute aussi maladive de la bienveillance du gouvernement d’alors envers le petit peuple.

Malgré tout, nombreux, dont je fais partie, ont alerté sur la réalité de cette réforme. Le recul de l’âge de départ à la retraite n’avait bien peu de justification en matière de temps de travail et même de production. Cette disposition avait juste une conséquence dont les politiques et financiers ont alors soigneusement omis de s’épancher : en allongeant la période de référence, compte-tenu de la situation de l’emploi, personne ne pourrait se prévaloir des trimestres requis pour avoir une retraite pleine. Ce qui correspond tout bonnement à baisser les pensions, c’est à dire de priver les salariés de cette partie de revenus déportée dans le temps pour leur vieux jours. Facile et imparable, et d’autant plus que le constat sera fait plus tard… au moment de la liquidation de ses droits à pension.

Art brut dégénéré, entre oeuf et peintureLe chien a aboyé fort, mais la caravane est passée. Des millions d’âmes ont défilé, les polémiques s’étant borné aux modes de comptage des manifestants. Et voilà qu’on nous sert à nouveau un plat analogue. Seul le chef à changé : il paraît pourtant qu’il a une fibre sociale. Cette fois, c’est le quotidien immédiat qui est affecté. Désormais, l’ensemble des Lois et règlements sont considérés comme un frein à l’emploi qu’il importe de toiletter en profondeur jusqu’à revenir sur des acquis fondamentaux. Le moment est crucial : on continue, ou on arrête avec cet immense gâchis généré par 2 entités qui, un temps, ont marché ensemble ?

Tout a déjà été dit sur la Loi El Khomri et l’incompréhensible tentative d’inverser la hiérarchie des normes qui, comme sa consoeur pour les retraites, a une finalité cachée plutôt évidente : au-delà de l’institutionnalisation de la précarité, il s’agit simplement de faire baisser les salaires. Ni plus, ni moins, l’instauration d’un ahurissant moins-disant salarial. Il ne reste plus ensuite qu’à légiférer pour limiter/supprimer les prestations sociales et en finir avec l’héritage du Conseil National de la Résistance, et la boucle sera bouclée, avec le Parti Socialiste en fossoyeur.

Ces énormes conflits sociaux sur les retraites et sur le travail sont néanmoins différents dans leur traitement. La polémique, cette fois, vient essentiellement de l’intervention sans aucune retenue de la police, échappant vraisemblablement aux ordres, agissant via une multitude d’individus plus ou moins politisés comme une bande ouvertement lepeniste et nationaliste. Casser du gauchiste devient alors une mission à peine accessoire à laquelle les condés ont mis tout leur cœur, avec la force du droit. De l’activisme politique déguisé en maintien de l’ordre. A Lyon, des échanges musclés ont eu lieu en marge entre identitaires et manifestants «antifa» dans lesquels la police avait clairement choisi son camp… Pendant qu’on parle des violences, on ne parle évidement pas du fond.

Le traitement médiatique, les gazages en règle et les coups de matraque que j’ai personnellement subi sans justification ont eu raison de mon cœur de gauche. Il reste où il est, mais pas pour les gens qui prétendent l’incarner. Je suis devenu jusqu’au-boutiste : avec désormais l’exigence du retrait du texte, ou ma colère du politique, droite comme gauche, va se transformer en une forme de haine difficile à maîtriser. Ce ressentiment, c’est la police et ce gouvernement qui l’ont créé et amplifié, comme chez de très nombreux manifestants, juste manifestants, à milles lieux des casseurs. Mobilisation et détermination s’amplifient à chaque nouvelle violence policière. Et pourtant cette gauche, je l’ai défendue envers et contre beaucoup de monde, évoquant l’héritage auquel il fallait faire face et la faible marge de manœuvre dont disposait Hollande.

Ma carte d’électeur est à la poubelle. Elle y est bien. Elle est au niveau de notre démocratie, puisque la représentation syndicale élue des salariés peut être court-circuitée – à quoi sert de voter alors -, puisque la police frappe les objectifs des caméras, puisqu’elle fai effacer les cartes mémoires des appareils photos et molestent des enfants de 11 ans… Quand quelques agités ont saccagé le stand d’un ministère au salon de l’Agriculture, aucun CRS n’a bougé, aucun des protagonistes pourtant filmés n’a été inquiété…

Qu’on ne me dise pas que mon attitude fait le chemin d’encore pire pour 2017. Que pourrait être pire que cette loi sur-mesure pour les libéraux ? Ne nous trompons pas de cause : ce n’est pas mon attitude qui dessert la gauche, c’est celle du gouvernement qui ne respecte même pas ceux qui l’ont porté aux affaires. Il a préféré se soucier des préoccupations de MEDEF, pas de la France qui vivote sans costard à moins de 2000 euros par mois, et qui perdra bien plus qu’une chemise selon le bon plaisir des employeurs.

Pour l’instant, 2017 est le cadet de mes soucis. Je dois d’abord me préserver car je risque davantage un crane défoncé ou/et une garde à vue pour me trouver au mauvais endroit au mauvais moment. On pensera aux élections quand cette loi sera morte et enterrée.

Tous en grève et à Paris le 14 juin pour demander le retrait de cette loi injuste.

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Au travail !

Cela devait finir par arriver. Après avoir vu le Parti Socialiste comme parti majoritaire s’éclater en une multitude de courants divers et variés, voilà qu’une partie non négligeable de ses forces vives bruisse. Le projet de Loi de Myriam El Khomri portant réforme du code du travail semble bien être la couleuvre de trop qui finit par briser la fragile allégeance à l’exécutif. En effet, militants, adhérents, secrétaires de section et parlementaires grognent de manière suffisamment significative pour que le recours au 49.3 sur le sujet ressorte de l’ombre, alors même que le texte n’est qu’au stade d’avant-projet.

el-khomri-gattazPour preuve : dans mon entourage «à forte sensibilité de gauche», même les plus ardents défenseurs de la ligne estampillée Valls-Macron semblent embarrassés par la teneur d’un texte dont la raison d’être, outre de régir les contrats de travail, est normalement de protéger la partie la plus faible des outrances propres à la nature humaine. Ce n’est pas le cas. Surtout que ce n’est pas le premier texte dans ce sens. Malgré de belles réalisations, le mandat de François Hollande n’est qu’une suite de reculades et de renoncements incompréhensibles. Que de rendez-vous manqués avec l’Histoire, jusqu’à faire l’inverse des principes et valeurs affirmées lors du fameux discours du Bourget. La lutte des classes, c’est le MEDEF qui l’a gagné, avec la contribution active d’un exécutif de gauche.

J’ai été de ses avocats. C’était jusque là vraiment facile de justifier les actions des gouvernements Hollande tant celles menées par le président précédent avaient été dures et brutales pour les petites gens et les précaires. On avait beau se dire que sous une nouvelle présidence de Sarkozy, débarrassé du besoin de popularité pour être réélu, les choses auraient été encore pires. C’est indéniable tant sa nature complexée est mue par un esprit de vengeance et de rancoeur maladives : ces salauds de pauvres doivent payer. Mais la réalité est aussi que cette gauche m’a fait me pincer le nez de plus en plus souvent, de plus en plus fort, évitant d’en parler ici tant les arguments me manquaient.

On va évidemment ressortir tous les poncifs à la mode, sur l’impossibilité des réformer, sur l’immobilisme maladif du français moyen, peu au fait des impératifs économiques dans un espace mondialisé. « Ne rien changer, c’est nous condamner » s’exclame Manuel Valls. Il n’a pas tort. Mais le problème n’est pas le fait de changer, c’est le contenu du changement qui pose problème. Cela me rappelle la campagne de désinformation qui a accompagné le référendum français de 2005 portant approbation du traité établissant une constitution pour l’Europe. Le «non» qui émergeait a été présenté comme un «non» à l’Europe, en l’imageant sur les conséquences surréalistes d’un tel refus. Or les électeurs ont répondu à la question posée en regard du texte : ils étaient européens convaincus, mais ils ont logiquement repoussé un texte technocratique où le citoyen et la démocratie étaient absents. Oui au changement, mais pas n’importe comment.

On est au même point. Le code du travail a certainement besoin d’être revu, mais pas sous la dictée exclusive de Pierre Gattaz qui obtient pour ses congénères au-delà de ses fantasmes les plus fous sans même avoir à le demander. Joli message envoyé aux chômeurs qui sont désormais à la merci des conséquences de la renégociation en cours des modalités d’assurance chômage. Vous comprenez, les déficits sont abyssaux, les assistés doivent aussi payer. Sauf qu’ils vont payer seuls.

Seulement, si tous ces gens importants contribuaient selon leurs moyens comme le font le commun des mortels, si la fraude fiscale, estimée entre 60 et 80 milliards d’euros par an en fourchette basse, était réduite juste des deux tiers, il n’y aurait plus de déficit,on ne parlerait plus du trou de la sécurité sociale, des caisse de retraite et du chômage… Qu’est ce qu’on attend pour réformer le système fiscal comme promis ?

Je suis stupide, on a déjà renoncé.

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Un goût amer

Les soirées électorales me gavent. Comme d’habitude, chaque camp y va de son commentaire, laissant invariablement apparaître toutes les raisons d’espérer. A écouter les ténors de toutes les couleurs politiques, les vainqueurs et les perdants, tous trouvent des satisfactions diverses dans les chiffres sortis des urnes. «On a perdu, mais on a gagné», «on a fait mieux que prévu», «on a entendu les français», etc…

Pourtant le message envoyé est limpide : on a tous perdu gros. D’abord le clan des bruns Marine qui remporte une belle tête de Toto, lui qui croyait déjà rafler la mise. On ne bouscule cependant pas ainsi la République. Elle réclame d’abord un esprit de rassemblement. C’est l’essence de la société. On ne peut espérer gagner en divisant, en clivant, en opposant les uns aux autres, en oubliant les principes élémentaires des traditions séculaires de la France. Sarkozy a perdu en 2012 en voulant s’en affranchir. La notion de vote d’adhésion tant évoqué lors du premier tour perd un peu de sa substance : mettre l’extrême-droite à la tête d’un gros exécutif reste encore et heureusement hors d’atteinte.

Bertrand et Estrosi rigolent, et vous saluent bien les gauchistesMais il faut avouer que le coup est passé près. Si le FN en a été privé, c’est uniquement le fait des électeurs de gauche et eux seuls qui ont apporté 2, voire 3 régions dans l’escarcelle des républicains, sur les 7 gagnées. Ce n’est guère glorieux pour un parti qui annonçait encore il y a peu vouloir faire une razzia monstrueuse. Dans ces conditions, c’est un râteau monumental que se prend Sarkozy et son mouvement, toujours attaché au «ni-ni» irresponsable de son omnipotent président. Parmi les républicains, seuls Pecresse et Retailleau ont remporté leur région. Morin, en Normandie, est du nouveau centre, Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes un quasi frontiste.

Le parti socialiste et une partie de la gauche ne masquent pas leur soulagement. Cela aurait effectivement pu être pire selon l’état-major. En fait, c’est catastrophique : 6 ans d’absence dans 2 grandes régions, 5 autres perdues dont Rhône-Alpes et l’emblématique Paris au terme d’une campagne exécrable. On voit mal quelle satisfaction on puisse retirer de ce bilan. Seule consolation du scrutin : jamais on ne pourra imputer à la gauche une quelconque prise du FN. Elle a été la seule à opposer aux extrêmes un front républicain solide et sans ambiguïté là ou il était nécessaire. Car voter Estrosi ou Bertrand était loin d’être simple. La droite libérale n’a jamais été capable d’en faire autant, et pour cause : le front républicain est un piège. Il amène à renoncer à défendre l’idéal qu’on représente, et laisse la porte ouverte à autrui, ce dont la droite a profité. Pas de FN, certes, mais cela reste une consolation au goût amer.

Pour ma part, je ne décolère pas de la manière dont ces régions ont été perdues. Pour avoir dans mon entourage quelques gauchistes, ceux qui se déclarent «purs et durs», ou «vraie gauche», je peux affirmer que le report des voix a très mal fonctionné. Ils se sont encore abstenus, beuglant à qui veut l’entendre, le poing levé en déversant leur logorrhée anti-capitaliste à la limite de la haine, que le PS n’est pas la gauche et ne mérite pas leur voix. Maintenant, grâce à leur silence, c’est mieux : les bébés sarko sont à nouveau dans la place. Cela réglera évidemment leurs gros problèmes de précaires qu’ils sont tous. Il y en a marre de ces révolutionnaires de bac-à sable, qui réclament la démocratie à tue-tête et ne l’utilisent pas quand elle se présente. Quand même, Pecresse la bourgeasse ultime soutenue par la manif-pour-tous, et Wauquiez avec les cathos intégristes présidents de région, ça fait passablement flipper. En Rhône-Alpes, marionnettistes, malades, chômeurs et autres cancers de la société, serrez les fesses… Ca risque de faire très mal en passant. Ici, les écoles privées se frottent déjà les mains.

Il reste que cette campagne, plus que les précédentes encore, a été émaillée de turpitudes et de petites phrases des plus déplacées qui ne grandissent pas les hommes et la fonction politique. Une fois élus quelques-uns ont évoqué aussi le climat de défiance du peuple qui exprime son rejet parfois violent de ses représentants et ses méthodes. Comme quoi le constat est fait. Mais rien ne suit, et surtout pas les préoccupations premières des citoyens, quel que soit le parti et le mandat. Un peu comme pour la COP21 : c’est un bel accord, mais d’un point de vue pratique, il est inutile. Ce qui compte vraiment pour la planète en l’occurrence, ce sont les actes concrets. Comme en politique.

Il reste 18 mois avant l’échéance la plus importante : l’élection présidentielle. Dans ce genre de consultation sans filet, la sanction sera immédiate si toute la gauche continue de la sorte. A quoi rime la belle tirade du «Moi Président» quand on nomme Manuel Macron ministre de l’économie et des finances ? Comment les socialistes ont-ils pu se couper de cette manière de son électorat ? Comment ses alliés naturels peuvent-ils préférer favoriser le camp adverse ? Il reste bien peu de temps pour redresser la barre, mais bien assez pour donner un peu de cohérence au mandat et de l’espoir aux gens.

C’est franchement pas difficile : arrêtez de faire une politique de droite.

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Le Donald Trump à la française

On peut retourner le problème dans tous les sens et dire qu’on a échappé au pire, mais rien n’est plus faux. Pour l’électeur moyen, le paysage politique a été modifié en profondeur en moins de temps qu’il n’en faut pour glisser une enveloppe dans une urne. Les plus opportunistes ont clamé que c’était prévisible, les autres se sont réveillés un lendemain de 1er tour des Régionales avec la tête dans le seau. Il ne reste quasiment qu’une seule question en suspens avant le second tour : comment empêcher le front national de briguer une ou plusieurs régions ?

Dans ce contexte, je fais figure de privilégié. Je ne vote ni dans le nord, ni dans le sud et n’ai donc pas à débattre avec moi-même sur l’opportunité de mettre un bulletin à l’odeur d’excréments l’un comme l’autre dans l’urne. Déjà en 2002, pour empêcher le borgne d’accéder à la Présidence, attraper celui de Chirac sans même parler de l’autre, me fut totalement impossible. Je vote en Rhône-Alpes-Auvergne. Ici, l’officiel du FN n’a aucune chance. La partie se jouera entre Laurent Wauquiez, l’officieux de l’extrême droite et Jean-Jack Queyranne, président PS sortant de l’ex région Rhône-Alpes.

Laurent Wauquiez, gendre idéal, et clown de serviceWauquiez a tout du beau gosse bien né. Fils à papa pas trop dans le besoin, un peu fanfaron sur les bords, perpétuellement 1er partout, surtout sur la photo et sur les bancs de l’église, il a l’air plutôt gentil avec son petit cheveu sur la langue. Mais ce n’est qu’une façade. Incapable de respecter la moindre discipline collective, ses nombreux dérapages en font un personnage qui fait peur même dans son entourage.

Le blondinet n’est pas complètement fou. Avec son bac+17, il a vite compris le monde et les règles du jeu. Voilà que démarre une carrière de haut vol, aux frais du contribuable et de généreux donateurs. Et cela commence fort : prôner à tue-tête la valeur travail alors que celui-ci est non seulement rare, mais ne paie pas, est un rien malsain ! C’est pour cela que Wauquiez fait de la politique : c’est bien plus gratifiant, bien plus rémunérateur.

Dans une lente dérive droitière initiée par son nouveau maître Nicolas Sarkozy, Wauquiez se lâche. Son crédo ? Les protections sociales, l’assistanat, et… les étrangers. De son fauteuil de notable institutionnel, il juge les chômeurs, les précaires, toute cette plèbe grouillante qualifiée sans ambages de «cancer de la société», jusqu’aux malades de ne pas agir en «responsables» en bénéficiant d’arrêts de maladie. Cela donne des déclarations comme : «Aujourd’hui, un couple qui est au RSA, en cumulant les différents systèmes de minima sociaux (sic), peut gagner plus qu’un couple dans lequel il y a une personne qui travaille au Smic». Mais bien sûr… Mais qui de censé peut croire une telle contre-vérité ?

Cela donne aussi quelques propositions ignobles visant à faire travailler gratuitement les chômeurs et quelques saillies écoeurantes sur les étrangers profiteurs «de nos différents outils de solidarité». Tout un discours qui, à l’image de la stratégie de Nicolas Sarkozy en 2007, se révèle être un pâle copié-collé du parti de l’extrême droite.

En 2014, alors ministre des Affaires européennes, Wauquiez est même allé jusqu’à vanter l’inverse des concepts traditionnels de la droite républicaine : protectionnisme, sortie de Schengen, retour d’une Europe à 6, etc. On est loin du modèle libéral qui guide l’UMP d’alors, mais tout près des thématiques préférées du front national. Jacques Barrot, qui a suivi ses premiers pas en politique, a même fini par dénoncer le «populisme» de son poulain.

Il y a cependant une forme de cohérence dans l’action de Laurent Wauquiez : c’est la surenchère perpétuelle. Il faut toujours aller plus loin, frapper plus fort. Peut-être est-ce une manière de faire allégeance à son maître, à la manière de Pitivier dans la 7ème compagnie. «Pour nager comme vous chef, c’est comme ça les mains ? »

Et plus c’est gros, plus ça passe… La dernière en date est son souhait de voir enfermé préventivement l’ensemble des personnes fichées «S» dans un «Guantanamo» à la française. Sur quelles bases ? Wauquiez n’en a cure. Tous en zonzon. Sur les 22.000 fiches actuelles, il y a pour une large part la mouvance islamique, mais il y a aussi des zadistes, des militants politiques et activistes pas forcément extrémistes, des syndicalistes, des altermondialistes, des supporters de foot… Mais dans sa grande mansuétude, Laurent-le-Sage nous rassure aussitôt : ils ne seront pas torturés. C’est toujours cela de gagné.

Pour un personnage qui vit aux crochets de la société, fustiger d’assistanat serait presque drôle. Ce qui l’est moins, c’est le rôle qu’il peut jouer dans la région s’il en prenait la présidence. La présence sur la liste d’intégristes catholiques en position éligible en dit long sur les hautes valeurs morales de Laurent Wauquiez. Il confirme, s’il en était besoin, son attachement viscéral pour les mouvements proches de l’extrême-droite qui ignorent les valeurs humanistes et laïques fondant l’identité de la république. Cette capacité à l’agitation perpétuelle, à sur-réagir en permanence à l’actualité, à agiter les peurs et à désigner ouvertement les responsables de la crise actuelle parmi les plus défavorisés de la société en font un personnage réellement dangereux, à la lubie mystique, à l’outrance «Trumpesque», à l’image du clan du FN. Une gangrène qui pourrit en profondeur la vie publique.

De grâce, ne remettez pas sur le devant de la scène la clique qu’on a chassé il y a maintenant 3 ans. Pas mal de régions restent gagnables. Je supplie la gauche boudeuse de ne pas laisser autrui décider à sa place et d’aller voter, de faire barrage à Pecresse, Sauvadet, Morin, etc. On aura déjà Bertrand et Estrosi. Ca suffit, le quota est atteint. En Rhône-Alpes-Auvergne, en votant Jean-Jack Queyranne, on votera doublement contre les idées tordues et nauséabondes de Wauquiez et des fachos du FN, et on s’évitera quelques années de galère : on a tous vu la capacité des républicains à respecter les règles (Bygmalion), et la manière dont la France et l’UMP ont été gérée en période sarkozyste… Aux urnes citoyens !

Une dernière pour la route : Wauquiez a annoncé vouloir fermer les «formations fantaisistes» comme celles des métiers du cirque et des marionnettistes. Dans le pays de Guignol – une institution – c’est à peu près tout sauf intelligent, à l’image du reste. Mais le Mickey n’en a pas besoin : comme clown, il est déjà diplômé.

Et ça, il le fait plutôt très bien. mais ce ne sont pas des qualités requises pour être président de région.

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Et maintenant, c’est mieux ?

Le premier tour de scrutin pour les régionales a livré son verdict. Si la raclée tant attendue en terme de pourcentage global est moins sévère qu’annoncée, les conséquences sont cependant des plus graves : au train ou vont les choses, la gauche va être durablement absente de pas mal d’hémicycles régionaux. Pire encore : non content de ne pouvoir voter pour ses couleurs, pour éviter la peste brune, il va falloir glisser dans l’urne le bulletin de ceux qui ont opprimé durablement les français d’une manière des plus cyniques.

Maréchal nous voilà...On a tous une part de responsabilité dans cette nouvelle affaire. C’est bien une déception de plus, une de celle qui laisse des traces et grave profondément le cuir, dont le «mérite» revient d’abord aux responsables politiques. En se parant des atours d’une vertu qui n’existe guère en la matière, le peuple de gauche a cru – certes naïvement, mais comment pouvait-il en être autrement vu la bande de mafieux au pouvoir avant 2012 – qu’il était possible d’être plus proche des gens et de leurs préoccupations du quotidien. Tout n’est pas à jeter dans ce qu’ont réalisé les gouvernements Hollande successifs. Mais les gens, à raison, n’ont retenu que les reculades et les renoncements successifs. Ils ont oublié le détricotage de lois scélérates et l’héritage du gouffre économique et sociétal laissé par les sarkolâtres. Ils n’ont retenu que le chômage galopant et les lois Macron qui promouvaient des mesures que même la droite n’avait jamais osé mettre en œuvre. Ce n’est pas ce que le peuple de gauche attendait. Ce n’était pas faute de le lui rappeler : toutes les échéances électorales depuis 2012 ont sonné comme un cinglant rappel à l’ordre. Et puis rien…

Cela état dit, les politiques ne sont pas seuls. Electeurs et abstentionnistes participent largement à cette danse désormais macabre pour les 2 grands partis institutionnels. Dimanche, ce sont 6 millions de bulletins bruns relevés dans les urnes qui croient plus que jamais que le FN va les considérer autrement que comme des jambons. A les entendre, il n’y aura désormais plus de cambriolages, plus de gros-mots proférés, plus de chômage, plus d’attentats, plus d’immigrés aussi. Demain, tous les problèmes, comme par miracle, vont s’envoler. J’aimerai juste savoir avec quel programme. Coté économique, c’est le néant cosmique. Côté sociétal par contre, il risque bien d’y avoir du changement, et même pour des bien français. A opposer les gens en permanence en fonction de leur couleur, de leur religion, de leur activité associative, le climat ne risque pas de s’apaiser… 6 millions y croient. Ils risquent d’attendre…

Reste les abstentionnistes, tous ces déçus, essentiellement de gauche, qui ont boudé les urnes. Ils clament haut et fort que le PS est devenu une composante de la droite en reprenant à son compte l’idéologie néo-libérale, en renonçant à la justice sociale la plus élémentaire et les grands principes égalitaires. Ce n’est pas faux, il faut bien le reconnaître. J’ai moi-aussi mangé mon chapeau plus d’une fois. Mais renoncer à s’exprimer est un caprice qui coûte très cher. Au moins le gouvernement d’Hollande évitait certains excès. Cette gauche boudeuse a-t-elle si vite oublié les funestes années Sarkozy et les attaques permanentes contre les petites gens au profit des Bolloré et Tapie ? Vraiment ? C’était mieux alors ?

Maintenant, on y est. Et on fait quoi ? La gauche, parti socialiste et tout le reste avec, est désintégrée, et on a devant nous la peste et le choléra. Se rend-on bien compte de la situation ? Pour qui veut remplir son devoir de citoyen, il faut choisir entre Maréchal-Nous-Voilà et Christian Estrosi, dont on peine à savoir qui est le modèle de qui. Il faut désigner Xavier Bertrand ou la maquerelle mère dont les programmes sont un pâle copier-coller l’un de l’autre. On combattait les fachos et la droite dure, et il faut désormais choisir l’un pour éviter l’autre ? On continue les gars ? Voilà le résultat de cette abstention stupide. Je vais finir par être désagréable et sortir la boite à calottes tant la bêtise a dominé ce dimanche. Ce n était peut-être pas terrible jusque là, mais maintenant, vous sentez vous bien ?

Je suis entré en guerre. Et je me sens un peu seul.

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Il faut aller voter

Me voila revenu au point de départ, un certain 7 janvier. Comme alors, égaré par la peine, j’ai été jusque-là incapable d’écrire et de bouger, à me demander comment en est-on arrivé là, et comment sera demain. Mon copain, coéquipier de foot et lointain collègue Olivier Vernadal n’y pense plus. Il est désormais assis à coté de Charb, Wolinsky, Tignous, Cabu et tous les autres de Charlie, tous fauchés par les mêmes balles imbéciles, à siroter sur son nuage quelques breuvages célestes comme on le faisait lors de mémorables 3èmes mi-temps. Salut mon pote. Je suis sûr que là où tu es, tu ne croiseras pas de tarés dégénérés.

Mais il faut continuer d’avancer. C’est un crédo très libéral : on ne peut qu’avancer. Envers et contre tout. Reste simplement de savoir dans quelle direction. Et ici bas avec l’état d’urgence, ce n’est pas simple. Nos libertés fondamentales, elles, reculent nettement. La situation l’exige certainement, mais la mesure semble déjà promise à durer au delà des 3 mois actuels. De là à devenir la nouvelle norme, il y a un petit pas que certains, notamment à droite et juste après, franchissent allègrement.

Toujours avancer. Si je me réfère à la COP21 en cours de négociation, je ne vois pas de début du commencement de l’ébauche d’une solution pour limiter l’emprise des activités humaines sur le climat. Les beaux discours d’intention sont bien loin, l’individualisme primaire et l’esprit d’entreprise si cher à l’idéologie libérale a naturellement refait surface : c’est aux autres à faire l’effort. Comme toujours, c’est une affaire de gros sous. L’enfumage ne recouvre pas seulement les villes chinoises. Nos enfants et leur descendance apprécieront.

Votez, ou taisez-vous !Mais aujourd’hui, il est temps de s’exprimer. C’est un peu paradoxal pour moi d’en parler car j’étais il y a peu à deux doigts de déchirer ma carte d’électeur. C’est vrai qu’il a fallu avaler de nombreuses couleuvres depuis mai 2012 et certaines bien dodues. Mais à y regarder de plus près, on a plutôt échappé au pire. On a déjà vu à l’oeuvre la droite dure sarkozyste : verbe haut, et main basse dans la caisse. D’ailleurs, elle n’a toujours pas compris les raisons de son éviction en 2012 et réclame vengeance à chacune de ses sorties politiques. Elle n’a pas de programme, juste une irrépressible envie de laver cet affront, comme si Hollande avait commis un crime de lèse-majesté. C’est un peu glauque de parer tout cela dans l’«intérêt général».

Et pour ce qui concerne le Front National, je n’ai aucune envie de le voir à l’oeuvre. Je n’y étais pas mais les livres m’ont appris qu’en juillet 1932, las des crises à répétitions, les allemands ont donné les clefs du pays au NSDAP (le parti nazi) qui ne les a plus lâché jusqu’à la fin que l’on connaît tous. Personne n’arrivait à résoudre les problèmes du moment, alors les allemands ont essayé autre chose. Peut-être n’avaient-ils pas de références historiques analogues d’un parti raciste, xénophobe et manipulateur. Aujourd’hui nous les avons et nous pouvons nous en préserver.

Hélas, surfant sur la vague, la droite «classique» dérive dangereusement vers l’extrême. En région Rhône-Alpes-Auvergne, c’est Wauquiez qui monte en première ligne. Grand pourfendeur de l’assistanat, lui qui n’a jamais travaillé une seule heure de sa vie, réduit aux subsides généreux de l’Etat comme parlementaire professionnel, je ne sais que trop ce que deviendrait la région sous sa présidence. Ce qu’il est (agité et sanguin comme son mentor), ce qu’il promet (guère différent du FN), ce qu’il sait du chômage (et comment il va le résoudre) fait peur. Vous peinez à distinguer la différence entre gauche et droite ? Vous n’aurez guère de temps à attendre pour vous en rendre compte. Mais ce sera trop tard.

La région avec Jean-Jack Queyranne a été bien gérée. Vouloir en changer la couleur juste parce son président actuel est socialiste est incongru alors qu’avec son équipe il a fait le job. Il n’est en rien responsable de la crise et des difficultés du pays, et le sanctionner ne servirait à rien. Ailleurs en France, la situation n’est pas différente. Bien avant 2012, le pays devait faire face à d’immenses difficultés, avec des choix de société à faire dans un espace ambivalent de liberté et sécurité où chacun doit se sentir protégé. Si les mesures à solution immédiate existaient, comme l’affirment actuellement le FN et les Républicains, ça se saurait. Aujourd’hui, le FN n’a aucune solution sociétale valable. A côté, les Républicains sont trop revanchards pour avoir un projet cohérent.

Je ne voulais pas le faire, mais j’irais voter dimanche, à la première heure pour le Parti Socialiste. A quoi bon me diront les plus sceptiques ? Pour éviter l’agitation d’avant 2012 qui a ébranlé notre modèle social plus qu’on le croit, qui a compromis le vivre-ensemble et certaines notions liées à la solidarité, qui nous a individuellement fait tant de mal. Je comprends l’amertume du peuple de gauche. Mais s’abstenir n’est pas la solution. C’est rester passif, c’est laisser le voisin décider, et il peut être brun. C’est surtout se priver ensuite de parole. Face à la menace, on en a bigrement besoin.

Quand on s’abstient de voter, on s’abstient aussi de critiquer ensuite.

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L’illusion du choix

Pour une fois, je ne vais pas faire de différences entre droite et gauche. Je vais simplement ne parler que de ceux qui constituent la classe politique dans sa globalité, ceux gèrent les affaires du pays, qui font les Lois et donnent à notre société cette matérialité si singulière héritée de la révolution française et des penseurs de lumières. C’est un long et complexe processus démocratique qui donne à cette population son pouvoir. Le peuple désigne régulièrement ceux qui vont les représenter, ceux qui édicteront en leur nom toutes les règles pour le bien de tous et du pays.

assemblee-nationaleJe crois bien n’avoir raté aucune élection depuis que j’ai le droit et le privilège de m’exprimer. Parce que c’en est un. Nombreux de par le monde ont payé de leur vie la seule espérance de pouvoir un jour aller déposer un bout de papier dans une urne. Mais voilà. Depuis quelques temps, je m’interroge sur ce geste, mais surtout sur ceux qu’on envoie nous représenter. Je sais bien qu’un mandat n’a rien d’impératif et que l’élu reste totalement libre de ses agissements. Aussi, ai-je quelque part le sentiment étrange de n’être au mieux qu’un acteur très passif de notre destin commun.

Cette impression vient brusquement de prendre une nouvelle dimension. Quand ceux qui n’avaient pas mon suffrage étaient aux affaires, il n’y avait jusque là pas trop de malaise : c’était pour moi l’expression naturelle de la démocratie. Les plus nombreux imposent aux autres leurs vues de la société. On s’y plie, et c’est ainsi, en attendant des jours meilleurs.

Mais depuis l’accession au pouvoir du Parti Socialiste, avec un programme que j’ai appelé de mes voeux, ces jours n’arrivent toujours pas. Les avancées enregistrés depuis 2012 ne compensent pas la masse de cadeaux faits aux plus aisés, et les renoncements successifs sont autant de coups de canif dans le contrat et le discours du Bourget. En ces temps-là, j’avais voté pour un homme incarnant un avenir différent, moins brutal, avec du partage, des solidarités, une autre idée de l’Europe, celle qui se soucierait d’abord des peuples. Au final, j’ai voté pour le changement et rien n’a vraiment changé, j’ai à peu près la même chose qu’avant… La seule chose qui se partage vraiment, c’est la précarité.

Juste après la victoire, l’utilité de mon expression a fait surface avec acuité particulière puisque à ce moment, nos représentants de gauche, farouches opposants au «pacte budgétaire européen», plus connu sous le nom de traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), fabuleux outil d’asservissement des systèmes publics de solidarités et de protection des circuits financiers, se sont empressés de le voter… contre l’opposition de la population.

Cela rappelle également le fameux referendum de 2005 concernant la ratification du Traité établissant la Constitution pour l’Europe. Le rejet par les urnes à 56% du peuple français a été purement et simplement ignoré, balayé d’un revers de main : le texte, habilement réhabillé dans un nouveau traité (Lisbonne) a échappé au référendum qui l’aurait à nouveau repoussé, et a été approuvé par la représentation nationale avec un score digne des plus féroces dictateurs. Mais qui donc représentent nos représentants si ce n’est qu’eux-mêmes et leurs privilèges ?

Aujourd’hui, les monstruosités s’appellent TAFTA, espèce de main-mise ultra-libérale consacrant la primauté des firmes multinationales sur les Etats et discuté dans le plus grand secret, le projet de loi relatif au Renseignement, qui détruit les libertés fondamentales qu’on a défendu en nombre un certain 11 janvier, et la loi Macron, qui au prétexte de sauver le modèle social le dépèce par petit bout… Et nos représentants, ceux qu’on a élu pour porter notre voix, vont tout approuver en nous expliquant que c’est pour notre bien…

Evidemment, ne plus aller voter ne résoudra rien. J’en suis bien conscient, et un rien désabusé, mais force est de constater que pour l’heure, mon vote n’a aucune espèce d’utilité. Et je ne suis pas le seul. Envoyer aux affaires Paul, Pierre, Jacques, voire un binôme de pûre forme, parité oblige, ne fait guère de différence, sauf de mettre un nom sur la peste et le choléra. Rendre le vote obligatoire sans aborder les raisons qui motivent ce rejet massif n’a aucun sens, sauf à décrédibiliser encore davantage nos représentants. A titre d’exemple s’il en fallait un, à la toute nouvelle métropole lyonnaise, après avoir annoncé une augmentation de 5 % de la fiscalité locale, les élus se sont octroyé une augmentation de 20% de leurs indemnités. Et le monde politique s’étonne encore et toujours de l’augmentation du nombre d’abstentionnistes avec une candeur désarmante. Consternant.

Attention cependant si vous trouviez tentant de vous exprimer autrement : avec la jolie Loi sur le renseignement, alerter, dénoncer, manifester deviendra passablement dangereux. Décidemment, le monde est bien fait. Ca me rappelle les publicités du Canada Dry des années 1980 : «Ça ressemble à l’alcool, c’est doré comme l’alcool… mais ce n’est pas de l’alcool».

Un peu comme notre démocratie. Ca vieillit mal.

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On continue ?

Les membres du 4ème gouvernement du quinquennat Hollande seront bientôt connus. A ce stade, je ne sais si on peut parler d’un nouveau positionnement réellement à gauche. C’est trop tôt. Je me rappelle juste qu’il y a un peu plus de deux ans, comme la majorité des français, j’avais placé dans une urne un bulletin qui exprimait un besoin de changement, de progrès, de partage, de solidarité, d’écologie et de respect.

Vaste programme en effet, car au sortir de l’ère du Lider Minimo, toutes ces valeurs n’existaient plus, ou qu’à l’état comateux, consciencieusement piétinées par une politique basée sur l’individualisme triomphant si cher au clan libéral, et à l’adoration sans limite du dieu pognon. Qu’il soit en dollars ou en euros importe peu, l’ivresse de la fortune vite faite reste la même.

gros-tempsParce qu’en ces temps reculés, les différents gouvernements de droite ont toujours agi d’abord pour leur électorat. C’est bien naturel. Le monde de l’entreprise, les professions libérales et supérieures, les retraités des 30 glorieuses, les fortunes diverses et grandes familles bien de souche n’ont pas eu vraiment à se plaindre : ils n’ont guère été impactés par les mesures impopulaires et contraignantes imposées par les schémas économiques du moment. Bernard Arnaud, en 2009, au plus fort de la crise, doublait quasiment sa fortune personnelle pendant que l’économie réelle fauchait les ouvriers à 1200 euros par mois. Quelques 650 milliards d’euros d’argent public ont changé de main, aux ordres d’une droite libérale et décomplexée, sauvant ainsi nos actuels étrangleurs. Cherchez l’erreur.

Devant l’injustice manifeste des choix effectués alors, mais surtout face à la brutalité de ce pouvoir d’où transpirait un imperceptible relent de vengeance, les cartes se sont petit à petit redistribuées. Une immense majorité de communes, de départements, et toutes les régions sauf une, devenaient roses. Même le très conservateur Sénat basculait à gauche pour la première fois de son histoire… Tout était en place pour, enfin, voir des promesses, des vraies et de gauche, se concrétiser. La droite s’était largement servie. Ca allait être notre tour. Enfin.

J’ai attendu. Patiemment. Et encore. J’ai applaudi aussi. Et j’ai surtout pesté. Mais j’ai toujours défendu l’homme et son action. Economiquement, il ne peut pas grand-chose car c’est ailleurs que les dés se jettent. Le système globalisé est bien trop ancré dans le quotidien pour pouvoir l’ébranler. Même l’égratigner semble d’une difficulté absolue. Mais ce n’est pas une raison pour céder ainsi au renoncement généralisé. Comment voter le TSCG alors que peu avant, dans l’opposition, le parti socialiste avait avancé des arguments des plus valables pour le dénoncer. Hollande et le PS, sans opposition, ont gâché tout seuls une bien belle occasion de concilier brillamment la liberté, l’égalité et la fraternité.

Bilan ? 2 ans et demi d’atermoiements pour quasi rien, un électorat dérouté et aigri, des institutions qui retournent à la droite, un monde politique déchiré d’où le FN tente d’émerger en sauveur. L’électeur de gauche, en prime, fait les frais de cette rigueur qui ne dit pas son nom et qui passe par vagues successives. Pire, les mesures prisent sont clairement de nature à flatter l’électorat de l’UMP : des dizaines de milliards d’euros de cadeaux et d’exonérations sans contrepartie, financées par la réduction des dépenses publiques. En clair, on donne aux patrons ce qu’on prend aux fonctionnaires. Evidemment, rien ne va à la création d’emploi ou à l’investissement : la distribution de dividendes a même atteint son plus haut, en augmentant de 30 %…

Je comprends le désarroi des pauvres gens qui se sentent abusés, et qui paient la note. Et partout la même expression jaillit : «je n’irai plus voter, A quoi bon ?» Comment leur en vouloir ? Quand la droite est au pouvoir, elle les tond et les méprise. Quand c’est la gauche, au mieux, elle ne leur offre rien. Et si le Front National y parvenait, on pourra retirer le mot «liberté» des frontons des mairies, et les autres aussi.

Cette ingratitude du PS va coûter très cher au parti et à la gauche en entier. Le discours de politique générale qui indique le cap de la nouvelle équipe gouvernementale risque d’être houleux, et dans le climat de fronde actuel, rien ne dit que la confiance sera votée… Parce que si la gauche perd le pouvoir à ce moment, elle ne le retrouvera pas de sitôt.

Malgré tout, je ne renonce pas. Mon soutien est toujours là. Je sais trop d’où l’on vient. Et compte-tenu qu’aucune famille politique n’est actuellement en état de montrer une image digne et responsable – personne à l’UMP n’a demandé de dissolution – , le PS a une petite chance de rectifier le tir. Il faut la saisir vite, très vite, et entr-autres faire la grande réforme fiscale qui s’impose et la faire entièrement, contre vents et marées s’il le faut. Les aboyeurs seront à droite. Un bon moyen de reconquérir l’électorat de gauche. Monsieur Hollande, vous avec 32 mois.

Sans renoncer une nouvelle fois au milieu du gué.

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Putain, 2 ans…

La période est certainement mal choisie pour faire preuve d’un optimisme béat en l’avenir. De tous les côtés, l’horizon nous rappelle la grisaille du moment et déverse son flot ininterrompu d’actualités déprimantes. La cour est pleine : chômage, charges, impôts, déficits, et autres dégâts collatéraux de l’économie ultra-libérale saturent l’espace vital, et la nausée est proche. C’est du moins ce que tout le monde affirme…

Aujourd’hui, impossible ou presque de renverser cette tendance. Et le grand responsable est tout désigné : François Hollande. Il y a 2 ans, jour pour jour, il débarquait celui qui, à force de chercher la croissance avec les dents, l’a fait fuir très loin tout en distribuant plus de 600 milliards d’argent public à ses copains du CAC40. Le changement tant attendu était enfin à portée de main.

Putain, 2 ans...Il est clair que ces 2 ans de gouvernance socialiste ont un goût plutôt amer, même s’il existe à mes yeux de grandes réussites. Il n’est pas bien compliqué de comprendre que dans un si court délai, il est impossible d’obtenir quoi que ce soit de tangible tant l’héritage de la décennie précédente était délabré. Comment redistribuer quoi que ce soit quand la caisse a été pillée et qu’on se trouve sous la menace des agences de notation et de traités déséquilibrés ? De surcroît, quand on renonce aussi facilement devant la pression des lobbys, quand on vote ce que l’on a combattu quelques mois auparavant, quand on reforme les retraites à la manière du gouvernement précédent, et que l’on commet de si grossières erreurs de communication, la tâche se complique sérieusement. Empêtrée dans sa volonté de faire simple, la gauche a principalement été incapable de capitaliser et promouvoir ses vrais avancées.

Evidemment que j’ai sauté de joie le 6 mai 2012. C’en était enfin fini de la gouvernance brutale de Sarkozy. Mais je ne savais que trop ce qui allait suivre et les difficultés auxquelles il faudrait faire face. Les solutions ne peuvent venir que de la société dans son ensemble, chacun selon sa position et ses moyens. Malheureusement, il est impossible d’impliquer les plus fortunés dans le redressement économique et social du pays. Cette catégorie a d’ailleurs eu en son temps la peau de Léon Blum et de Pierre Mauroy en asséchant «patriotiquement» les finances de l’Etat par une impressionnante évasion de capitaux. Rien de très surprenant…

Dans la tourmente, on entend alors des bruits réclamant une troisième voie. A les entendre, droite est gauche sont pareils, alors autant essayer autre chose. Sauf que le FN n’a absolument aucun début de solution. Si elles existaient, si elles étaient sans douleur, elles seraient déjà mises en œuvre… Fermer les frontières, revenir au franc, chasser celui qui ne nous ressemble pas finirait à coup sûr de mettre le pays à genoux, la marre de sang en plus.

J’en suis franchement désolé, mais la droite et la gauche, ce n’est pas pareil. Se rend t-on vraiment compte à quoi le pays a échappé en évinçant Sarkozy de l’Elysée, de surcroît libéré de la nécessité du bilan pour la réélection ? Le 6 mai, j’ai, pour une fois, voté pour une personnalité et non contre. En ce jour, je renouvellerai sans aucune hésitation ce geste parce qu’au delà de l’étiquette des partis, des difficultés et des hésitations, je préfère mille fois une politique basée sur la solidarité où l’état est redistributeur et aplanit autant que faire se peut les inégalités, plutôt qu’une politique d’exclusion où l’état est absent et livré à la loi du plus riche, de l’individualisme roi.

Petit retour en arrière…


LE 6 MAI de Jeremy Sahel (EnfinBrefProd)

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Mémoire courte

Et voilà, ça continue. Dans les gros titres de la presse du jour, les propos sont les mêmes que la veille, l’avant veille, la semaine passée, le mois précédent. Entre ces 2 tours de scrutin des municipales, la gauche est une nouvelle fois désavouée. Cette fois, c’est le Conseil Constitutionnel qui a censuré une grande partie de la «Loi Florange» censée protéger certaines entreprises de la prédation financière au nom du «droit de la propriété privée et de la liberté d’entreprendre». En gros, on n’a pas le droit de sanctionner le pauvre propriétaire d’une entreprise rentable qui renvoie ses gens vers Pôle Emploi pour arrondir substantiellement ses fins de mois.

Loi Florange : mal barrée...A droite on jubile, et il y a de quoi. Selon l’UMP qui a saisi l’instance suprême de la République, c’est une nouvelle ligne écrite au passif du gouvernement décidément incapable. Et dans le contexte ambiant, les porte-flingues à droite ne se privent pas de tirer sur l’ambulance et occupent tout l’espace médiatique : en haranguant l’opinion sans cesse de la sorte, on contribue essentiellement à occulter la belle image d’une défense des intérêts des patrons et de la finance au détriment des ouvriers et du chiffre du chômage. Parce qu’en période électorale sur fond de crise, le bruit profite toujours. Le bashing anti Hollande, anti PS, anti gauche est devenu une stratégie absolue, et les slogans martelés depuis deux ans par Copé et ses vassaux sont repris partout en boucle, sans aucune précaution par toute la presse pourtant dénoncée régulièrement pour être à la solde du PS.

On favorise donc les licenciements sans cause en dénonçant dans le même temps l’incapacité du gouvernement à enrayer la montée de la courbe du chômage. «Molex», cette entreprise pourtant rentable en 2009, au plus fort du sarkozysme débridé et triomphant, a été saccagée, pillée de sa technologie, sacrifié eu nom d’une logique boursière scélérate et individualiste. L’affaire est emblématique. Aujourd’hui, cette fermeture est qualifiée de «sans cause réelle et sérieuse» mais le mal est fait : les gens gonflent les chiffres des sans-emplois sans aucun retour possible. Voilà ce que défend l’UMP.

A gauche, c’est un nouveau coup de bâton dans les jambes. Le gouvernement se refuse, et c’est tout à son honneur, de se lamenter sur le passif hérité mais qui continue à plomber lourdement le quotidien et les résultats. Parce que la croissance ne se décrète pas, pas plus à droite qu’à gauche et parce que les recettes ne sont pas françaises mais mondiales… D’ailleurs, ces recettes sont simples : il est interdit d’aider d’une quelconque manière la populace. A chaque fois qu’un projet social ou relevant de la plus élémentaire justice sociale a vu le jour, il a été combattu par de puissants et influents lobbys occupés à défendre leurs privilèges, et par des instances supra-nationales qui infligent amendes et sanctions financières. On peut réformer les retraites, le code du travail, la sécurité sociale mais qu’à la baisse. On peut aussi réduire les impôts des plus riches. C’est tendance. C’est ce qu’a promis le candidat UMP de ma commune, en qualifiant cette mesure de courageuse (sic)… Ca, c’est permis, mais pas l’inverse…

Najat Vallaud-Belkacem a beau déclarer «nous devons tirer de ces municipales une leçon, celle de travailler au redressement du pays, avec plus de rapidité, plus de force, plus de cohérence et de justice sociale.», mais avec quelles marges de manœuvre pour l’exécutif du pays ? Les français demandent un résultat immédiat là ou seules des mesures à long terme peuvent produire des effets. Et sanctionnent. Dans ce contexte, le recours au Front National est au mieux une vaste blague. Certains sont prêts à tenter l’aventure ? On en connaît pourtant le résultat, le changement : Vitrolles, Marignane, Carpentras, Orange, rien que des modèles de gestion et de vertu politique où le clientélisme et l’exclusion sont la règle… Courte mémoire.

Sans aller si loin, a t-on à ce point perdu la mémoire de la gestion UMP du pays, sans même remonter plus loin que le quinquennat entre 2007 et 2012 ? Ne se rappelle t-on plus de la manière dont on a traité les ouvriers à Gandrange, Florange, ceux de Continental, Peugeot et tous les autres, comment on a contribué à faire échapper à l’impôt des plus aisés tout en contraignant tous les autres, comment on a sauvé les copains banquiers, comment le pouvoir s’est protégé de la justice pour se garantir son impunité ? A t-on oublié à ce point les raisons du marasme actuel causé par un système capitaliste dévoyé par la finance et érigé en dieu absolu par l’UMP ? La crise a plombé l’armée des smicards, pas les millionnaires qui continuent à saturer les stations de ski huppées.

Bon sang, même si rien ne semble bouger, ce qui est faux, rappelons-nous d’où l’on vient !

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