La reprise

C’est quasi fait. La reprise est là. On en sent les premiers relents, elle est toute proche. Elle tend déjà les bras à quelques petits malins qui sont passés sans encombre au travers des gouttes de la crise. Les parapluies plus ou moins légaux n’ont pas manqué : optimisation fiscale, lois sur mesure, réseaux, lobbys et influence sont les mamelles de tout bon homme d’affaire qui se respecte. Pour les autres, ceux qui ne décident de rien, parfois pas même de la consistance de la soupe du soir, c’est la reprise des hostilités. Rapellons-nous juste que l’évasion fiscale, c’est la soustraction par une minorité clinquante d’un pactole de 50 milliards par an, estimation basse, et juste pour la France. Maitre Folace avait raison : pas touche au grisbi…

A l’occasion, on reprendra bien un petit coup de retraites, juste 4 ans après la «der des der», cette grande et courageuse réforme qui devait, selon le grand monarque d’alors, tout arranger pour au moins 20 ans. Cette fois, c’est un gouvernement de gauche qui la mène, avec toujours la même problématique : comment gratter quelques milliards sur le dos des salariés, ceux là même qui se débattent au quotidien avec la vraie crise ?

Les amis démocrates de la SarkozieLa reprise, c’est aussi ce bruit de bottes et des armes qu’on fourbit sur un air de valse à 2 temps. Y aller ou pas, en Syrie, telle est la question. En ces temps incertains, je ne sais vraiment pas ce qu’il faut faire. On ne peut raisonnablement pas laisser Assad, naguère accueilli en Sarkozie en grand ami, gazer impunément son peuple sans courir le risque de mettre le feu à une poudrière qui ne demande que cela. En tout cas, la France ne pourra agir seule militairement. Si les intentions sont louables, il faut se rendre à l’évidence : les moyens manquent, et c’est peu de le dire. Cela fait longtemps que la puissance de la nation a été siphonnée au profit de la «World Company». Merci qui ?

Plus près de nous, en ce jour de rentrée des classes, j’observe le nombre de classes à 38 élèves et plus, et compatis avec les jeunes enseignants, tout justes diplômés, fraîchement placés devant une classe sans formation spécifique. Avec de telles surcharges, le classement PISA de la France ne risque pas de s’améliorer. Les coups de bâton assénés dans les jambes du système éducatif lors du dernier quinquennat laissent encore des traces marquées. Cette rentrée verra bien des créations significatives de postes, mais l’assèchement des finances publiques imposé par les Goldman-Sachs et consors pour les années à venir n’engage pas à un optimisme béat.

La reprise, pour ce blog, c’est aussi maintenant. Depuis quelques mois, j’avais besoin de me détacher un peu de la politique, des affaires, de faire autre chose que de réagir à un peu tout, de faire autre chose tout court… Même si la vie politique actuelle est loin de celle que j’appelle de mes vœux, elle nous permet d’éviter de subir encore les méfaits d’un petit excité complexé et revanchard. Aux déceptions bruyantes, aux critiques souvent acerbes face à l’action gouvernementale, je suis parfois décontenancé. Le Partageux a raison : «La gauche, c’est toujours se soucier d’abord des plus pauvres, des plus faibles, des plus délaissés, des plus oubliés, des plus méprisés. Dès que la gauche oublie un instant cette boussole, elle devient une droite qui désespère les humbles». J’y mettrais quand même des nuances. Tout n’est pas mauvais ou injuste. N’oublions pas d’où l’on revient, l’héritage qu’il faut gérer, et tout ce qu’il faut reconstruire.

D’ailleurs, c’est le meilleur moment pour relancer le blog. La pression commence à monter car des élections s’annoncent pour mars et juin 2014. Il faut avouer que la teneur des pages réservées à l’opposition de droite dans le bulletin municipal de ma commune ont fini par me décider tant les propos sont lamentables et mensongers. Cela tombe bien, j’avais envie de faire un peu plus local, et démontrer qu’un exécutif socialiste sait gérer…

Et bienvenue à Jacques et au voisin Thibaut, deux nouveaux blogueurs admis au sein des LeftBlogs.

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Pas content

«Les fonctionnaires sont une nouvelle fois en grève» ai-je distingué ce matin dans une discussion au loin, avec une pointe manifeste d’agacement, entre le ronronnement mécanique habituel et les bips stridents qui découpent chaque voyage en métro. Effectivement, les quelques 5 millions d’agents publics sont appelés à cesser le travail ce jour pour protester essentiellement contre les suppressions d’emplois qui pèsent dramatiquement sur les conditions de travail, et sur les rémunérations qui engendrent un perte sévère de pouvoir d’achat.

Et pourtant, je ne suis pas en grève. N’allez pas imaginer une seconde que c’est par esprit de soutien au gouvernement actuel. La raison est bien plus terre-à-terre : je n’en ai plus les moyens. Jugez vous même. Les chiffres ci-dessous sont issus de l’INSEE. Depuis 2000, et sans évoquer l’invisible hausse lié au passage à l’euro, c’est au moins 16,70 % de pouvoir d’achat qui manquent, soit une dévaluation de mon travail qui pourtant, a considérablement évolué en technicité et en productivité, le tout sous les dénigrements et les coups infligés par le sarkosysme délirant en proie aux poncifs coutumiers liés à cette catégorie de salariés. Depuis 2011, il n’y a eu aucune augmentation de salaire alors qu’autour de moi, les prix de l’alimentaire le plus courant s’affolent, ceux de l’électricité et du gaz explosent, ceux des transports et des services s’envolent. Et j’en oublie…

Année Variation du
salaire brut
Inflation Résultat
2000 + 0,5 % le 1/12 + 1,70 % – 1,20 %
2001 + 0,5 % le 1/05 + 1,70 % – 0,70 %
+ 0,5 % le 1/12
2002 + 0,6 % le 1/03 + 2,20 % – 0,90 %
+ 0,7 % le 1/12
2003 rien… + 2,20 % – 2,20 %
2004 + 0,5 % le 1/01 + 2,10 % – 1,60 %
2005 + 0,5 % le 1/02 + 1,80 % =
+ 0,5 % le 1/07
+ 0,8 % le 1/11
2006 + 0,5 % le 1/07 + 1,60 % – 1,10 %
2007 + 0,8 % le 1/02 + 2.60 % – 1.80 %
2008 + 0,5 % le 1/03 + 2.80 % – 2,00 %
+ 0,3 % le 1/10
2009 + 0,5 % le 1/07 + 0,90 % – 0,10 %
+ 0,3 % le 1/10
2010 + 0,5 % le 1/07 + 1,80 % – 1,30 %
2011 rien + 2,50 % – 2,50 %
2012 rien + 1,30 % – 1,30 %
2013 déja annoncé : rien + ? % – ? %
résultat – 16,70 %

Non je ne suis pas en grève. Je passe mon tour, j’ai déjà donné, et plus que de raison. Un nouveau jour unique à se compter, ça ne sert à rien. Il y a juste un foyer de quatre personnes dont une lycéenne et un ancien étudiant aujourd’hui diplômé sans emploi et sans indemnisation, qui gère ses priorités et ses privations à l’euro près. Un seul jour manquant en fin de mois, que ce soit pour une journée de carence, le joli cadeau du gouvernement précédent, ou une journée de grève, ce n’est simplement pas envisageable.

Je continuerai donc à me débattre jusqu’à mon hypothétique mise à la retraite dans cette armée mexicaine où l’on décide de remplacer deux agents d’exécution payé 1800 euros en fin de carrière par un cadre A++ et qui émargera joyeusement à plus de 4000 euros hors primes sans jamais mettre le moindre doigt dans le cambouis, et dont la seule fonction de management est d’entraver le planning de toutes sortes de tâches annexes sans lien ni utilité avec la mission. Et le résultat est garanti : il y a effectivement moins de fonctionnaires, mais la masse salariale et le salaire moyen ont sensiblement augmenté, ce qui, en ces temps de disette, permet encore et toujours à l’idéologie libérale de désigner cette catégorie nantie à la vindicte populaire. Cela cache surtout d’énormes disparités dont les moyennes se foutent, et les dirigeants politiques aussi. D’ailleurs, la fameuse prime de résultats instaurée par le clan Sarkozy, la prime du pseudo-mérite, a été refilée qu’aux très hauts dignitaires, déjà fortement rétribués. Les vrais méritants, les exécutants du bas, ceux qui produisent, qui font le job, et subissent les effets du dépouillement des moyens et de la crise n’ont que le mépris à se partager.

Pas en grève ne veut pas dire satisfait de son sort, et le gouvernement Ayrault, qui va évidemment minimiser les chiffres, serait bien inspiré de tenir compte de l’avertissement d’un monde un peu dépité et résigné, mis où domine surtout un fort sentiment d’injustice et de colère qui peut très rapidement devenir très bruyant et pressant.

Ce serait dommage, car rappelons-nous toujours et encore d’où l’on revient.

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Dites 67

Encore un nombre, des chiffres. Il faut faire du chiffre, pondre de la statistique, des indicateurs, remplir des tableaux, façonner des camemberts. C’est moderne, limite geek, il y en a dans tous les sens. Notre société est devenu malade des chiffres. Mais pas de panique, le docteur est en route. Il est un peu particulier : il vient de Davos. Et me dit-on, en matière de chiffre, c’est un cador.

C’est donc Angela Merkel qui délivre l’ordonnance : «on ne peut avoir une monnaie unique et des systèmes sociaux complètement divergents». Comme dirait un tonton flingueur, elle va être sévère. En fait, elle ne fait que lancer en Europe l’idée d’harmonisation sociale, un vaste projet de société qu’aucun état ne pourra remettre en cause, traité de Lisbonne oblige…

Premier domaine visé : les retraites. En France, on vient juste de modifier notre système. On a fait de fumeuses études pour asseoir la charge sur les revenus du travail et rien sur ceux du capital, en se donnant rendez-vous en 2018 pour continuer la ponction ajuster le système. Vous n’avez pas aimé le passage à 62 ans ? Faute de n’avoir pas su refermer la porte, vous n’allez pas aimer son passage plus rapide que prévu à 67. On en reparlera après les élections de 2012… En la matière, l’Allemagne est déjà à 67 ans, l’Espagne est pressée par le FMI de le faire, le Danemark l’étudie activement. A part une poignée dont la France, tous les états de la zone Euros sont à 65 ans. Personne ne pourra s’y soustraire. Au vu des déficits, c’est par le bas que les différentes harmonisations vont s’opérer. La crise, toujours la crise.

Notre société est bien malade. Le mot «crise» est agité sans discontinuer pour tout justifier, tout détruire, tout maitriser, tout contrôler. Pendant ce temps, la grande finance, les banques et ses acteurs sur les marchés se goinfrent, spéculant comme au plus beau jour, au point que les denrées de première nécessité deviennent hors de prix, même dans un pays comme le notre. Pendant ce temps, les labos pharmaceutiques se gavent honteusement, sans entraves et vendent impunément la mort en comprimé. Et fort cher, sur le dos du contribuable. Normal, le petit frère de Monsieur est PDG de Biogaran, filiale de Servier…

Il y a un coté clanique dans ce pouvoir qui me rappelle quelque chose.

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Les bleus voient rouge

La France est incontestablement en pointe. Nos bleus sont champions du monde, au point qu’un ministre, et non des moindres, propose à qui le souhaite d’exporter notre méthode et notre savoir-faire. La période actuelle est propice à ce genre de proposition, mais nos bleus sont fatigués, un brin désabusés, au point que 90% des membres d’une même équipe se fasse porter pâle jeudi 20 janvier.

Une compagnie entière de CRS sur le flanc, c’est pas banal. C’est peut-être la suite d’un repas en commun au fast-food du coin. Mais en creusant un peu, on constate un certain malaise qui n’a rien de gastrique dans cette corporation un peu particulière : un “bruit”, donc rien d’officiel, mais pas démenti non plus, parle de la fermeture de quelques compagnies, dont la CRS 46, stationnée sur les hauteurs de Lyon, à Ste-Foy. C’est à deux pas de chez moi, et je passe assez régulièrement devant le fort, en faisant mon jogging habituel.

La grande surprise pour ces “travailleurs de l’ordre” habitués à obéir droit dans leurs bottes avec le petit doigt sur la couture du pantalon, c’est l’expression de leur désapprobation… Ils découvrent qu’ils sont soumis aux mêmes méthodes que pour fermer une usine : aucune communication, aucun dialogue, des informations au compte-goutte. Rien de nouveau : on distille la rumeur menant aux incertitudes, à la peur, au malaise. Etant soumis à des règles strictes d’expression excluant notamment le droit de grève, il ne leur est guère facile de se plaindre. C’est donc les familles qui ont manifesté devant la caserne, avec gamins et pancartes.

J’ai été à deux doigts d’aller rejoindre les manifestants. Mais au dernier moment, je me suis demandé quelle mouche m’a piqué : aller soutenir les “cognes”, les “condés” ou “schtroumpfs” qui matraquent les infirmières et les ouvriers, qui détruisent les baraquements certes insalubres des précaires en saccageant le peu qu’ils possèdent, qui expulsent les étudiants des squats, pour beaucoup leurs seules possibilités de logement… sans parler de leurs agissements inadmissibles pour une démocratie, notamment envers la jeunesse dans “la souricière de Bellecour”, monumentale garde-à-vue en plein air un certain 21 octobre 2010, et puis quoi d’autre ? Soutenir des CRS dans leur “combat”, cela devenait complètement surréaliste.

Le bras armé d’une république devenue quasi bananière a des états-d’âme ? Qu’ils se débrouillent avec leur patron. Ils aiment la castagne, et l’ont prouvé à maintes reprises, en devançant les désirs de l’Elysée et du MEDEF, en envoyant la matraque plus que de raison pour casser du jeune, de l’étranger, du contestataire avec une constance et une abnégation à toute épreuve. Ils n’ont pas vraiment manifesté d’état-d’âme en rossant rétablissant l’ordre face aux salariés désemparés qui voient leurs vies professionnelles et personnelles anéanties, leurs retraites s’évaporer, et leurs enfants condamnés au chômage faute de pouvoir leur payer des études… Les voilà remerciés comme l’Etat sait si bien le faire. On va pas les plaindre non plus.

Pour ma part, depuis la page “réforme des retraites”, mon quota de solidarité étant passablement entamé, je me vois mal sacrifier davantage mon temps libre afin de partager leur peine de devoir se remuer la couenne pour aller caserner ailleurs. Ceux-là ne risquent pas de perdre leur boulot. Il a plutôt de l’avenir : les petites gens broyées par le libéralisme, ça court déjà les rues, et quelque chose me dit que c’est pas prêt de s’arrêter. Et si la France ne bouge plus, par manque de cran, par individualisme forcené, écrasée sous les lois sécuritaires, il sera toujours possible d’exporter nos “bleus” pour servir ailleurs… Les terrains de jeux ne manquent pas.

On annonce un peu partout que la crise est terminée. Une autre commence, bien plus grave.

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Battons le fer, il est encore chaud

Vous avez remarqué, à la télé, la publicité a changé. En lieu et place de la réclame pour la lessive, le jambon, le dernier CD de Johnny, les serviettes hygiéniques et le laxatif dernier cri, voilà qu’apparait un nouvel objet du désir : l’épargne retraite. Omniprésent dans tout intermède publicitaire digne de ce nom, le message ne cesse de vanter un produit souple, adapté, accessible à tous, et désormais indispensable pour assurer ses vieux jours. C’est vrai, puisque la télé le dit…

Je n’ai pas attendu les conseils donnés par ces officines pour m’occuper de mes moyens d’existence pendant mes futurs vieux jours. Cela fait 2 mois que je descends régulièrement dans la rue pour dire mon attachement à un système basé sur la solidarité inter-générationnelle. Une réforme est nécessaire, évidemment, mais elle aurait dû protéger les plus faibles, et rééquilibrer le financement en impactant les revenus financiers et les profits hors-normes des entreprises et de certains particuliers au même niveau que les revenus du travail. Au lieu de cela, on individualise, on divise. Il n’en sortira que des retenues…

La réalité du moment, déjà en action outre-atlantique notamment, le grand modèle néolibéral, est un glissement insidieux vers le monde de l’assurance. Dans ce domaine d’activité, il n’y a pas de gens pauvres, on ne compte qu’en millions. La grande question est de savoir qui pourra s’offrir l’assurance retraite, l’assurance dépendance, l’assurance chômage, l’assurance maladie, toutes privées. J’ai malheureusement pu constater durant les cortèges, que ceux qui ne pourront pas se payer de tels produits étaient absents… même quand le défilé était organisé le samedi.

Mes actes de solidarité ont un coût que j’assume. Mais au final, je ne suis pas le plus touché par la réforme et celles à venir. A titre individuel, elles entraineront inévitablement des sacrifices, mais je pourrai consentir aux assurances si besoin. Beaucoup ne pourront même pas l’envisager. C’est pourquoi je serai une nouvelle fois dans la rue, samedi 6 novembre, pour combattre cette réforme ignoble… Par solidarité, et par devoir.

Je serai dans la rue également pour d’autres raisons. La plus importante vient de ce qui s’est passé à Lyon un jour noir pour la démocratie, le jeudi 21 octobre. Ne cherchez pas dans les médias classiques, vous n’y trouverez que la voix de son maître. Ce jour là, la place Bellecour s’est transformée en prison à ciel ouvert, et, sous prétexte de présence de casseurs, la police a tenté de faire passer à la jeunesse son envie de crier….

Sur l’excellent site rebellyon.info, on y trouve des témoignages poignants où l’on retrouve partout ce même sentiment de dégout face aux méthodes employées. En fin de matinée, il y avait quelques groupes de jeunes sur la place, aucune violence, pas de casseurs, aucune agitation particulière. La police les laissaient arriver puis refermaient le piège, ne laissant sortir que les tempes grisonantes, isolant les jeunes. La curée pouvait commencer..

Charge après charge, matraquage et gazage jusqu’à plus de 18 heures, envoyant les groupes en tous sens, ce spectacle a donné à la bourgeoisie de superbes images de sa police rétablissant l’ordre. La réalité est toute autre. La provocation, la violence, les insultes racistes étaient policières. Les individus violents ceinturés par des pompiers présents ont sorti une carte de police ! Il valait mieux ne pas être autre chose que blanc à la sortie du filtre musclé et moralisateur. Pour les autres, c’était voyage en car jusqu’au poste. Rien de tel pour faire passer l’envie de manifester. Une mère de famille, prisonnière elle aussi, a même lâché «que doivent ressentir ces jeunes constamment stigmatisés si moi-même je peux ressentir un telle haine en un après-midi». Voilà ou on en est en France. Prenez un peu de temps pour lire l’ensemble des témoignages et réactions. C’est édifiant..

Devant la Mairie de mon village avec son drapeau et sa belle devise, je baisse les yeux, j’ai honte, je maitrise la colère qui monte et cet horrible sentiment de n’être que les jouets d’un gnome agité. Il n’y a plus ni liberté, ni égalité, encore moins de fraternité dans ce pays… Il n’ y a plus que l’envie de révolte, de justice. Les évènements ne m’ont pas calmé, ils ne font que me conforter : RESISTANCE ! Samedi, je serai encore dans la rue.

Ce n’est pas fini. Ca ne fait que commencer.

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Est-ce qu’il y aura de l’essence pour les vacances ?

Pas besoin de tourner autour du pot, la grande question du moment ne concerne en rien le conflit opposant une grande majorité de la population avec leurs représentants. Dans un contexte quasi insurrectionnel, ça en dit long sur l’état de notre société, clivée, éclatée, de plus en plus individualiste. Alors que le petit peuple lutte, non pas pour gagner mais pour ne pas perdre une disposition structurante pour notre société, quelques autres se demandent s’il y aura de l’essence pour partir en vacances…

Ca ressemble à une provocation de plus. A l’image de cette question décalée, le conflit en cours a largement dépassé le cadre de la réforme des retraites. En fait, ce n’est pas une surprise. Depuis 3 ans de cette présidence, on a l’habitude de ce genre de grand écart. Le petit candidat devenu président n’a cessé de prôner tout et son contraire, à joué les pyromanes avant de se transformer en pompier, balaye une à une les protections et solidarités envers les plus faibles, et pactise actuellement ouvertement avec le diable en personne en scellant des alliances avec le FN.

Avec un peu de recul, le chemin parcouru est plus que cohérent. Au début, on s’agite, on dénigre les membres de sa propre équipe dont on est d’ailleurs le principal acteur. On verrouille la machine de guerre, l’UMP, en excluant en silence les opposants. On absorbe les partis alliés, non sans menaces. On promet à tout va : « jamais GDF ne sera privatisée« , et le 2 mai 2007 au micro de RTL : « passer à 62 ans, je ne le ferai pas […] parce que je n’en ai pas parlé pendant la campagne présidentielle. Ce n’est pas un engagement que j’ai pris pour les français, je n’ai donc pas de mandat pour faire cela« . On réforme les institutions en limitant le rôle de l’opposition parlementaire, en s’arrogeant des droits exorbitants. On augmente la répression policière, on nomme les hommes clefs, on matte les médias. On raidit la justice en virant les juges indépendants. On modifie le régime de la garde à vue au point que n’importe qui peut être inquiété. S’exprimer devient un outrage, comme cette mère de famille qualifiant Nadine Morano de menteuse. Notre internet, avec l’alibi HADOPI, est prêt pour le filtrage de contenu, et parallèlement, on autorise le grand racket qu’est le jeu en ligne. On encadre de plus en plus le droit de grève. Les jeunes sont tous des délinquants, surtout s’ils ne sont pas blonds aux yeux bleus, tout comme ces hordes de sans papiers venus piller des richesses de notre beau pays. On marginalise les moins défendables et certaines communautés. On amalgame, on oppose les chômeurs et les actifs, le jeunes et les vieux, les fonctionnaires et ceux qui travaillent… On divise la solidarité et on multiplie la misère et les profits. Ainsi, la France est prête pour le grand nettoyage libéral.

Pas étonnant alors que les conflits évoluent et dépassent les discours habituels et les parties prenantes originelles. En l’occurrence, il est évident que la problématique des retraites ne touche pas les lycéens, très peu les étudiants. Ce qui leur parle en revanche, c’est l’évolution de la société, son pouvoir d’exclusion, sa dérive sécuritaire, un espace de liberté qui se restreint chaque jour un peu plus, un monde du travail quasi hostile et impénétrable, une précarisation généralisée. Et dans le même temps, les fortunes s’entretiennent et s’amplifient, même en pleine crise, surtout en pleine crise. La corruption et conflits d’intérêts se généralisent et la démocratie perd des plumes. Pas de problèmes, la présidence choie ses copains de fortune.

Mardi, place Bellecour à Lyon, en fin de manifestation, quelques casseurs, pas plus d’une cinquantaine, ont fait l’actualité. J’ai alors été frappé par l’attitude des fameuses “forces de l’ordre”. Même le moins évolué des casqués aurait du être capable de les reconnaitre. C’était du niveau BEPC. Au lieu de cela, ils ont laissé faire, préférant gazer un groupe de jeunes assis sur la place. La suite était prévisible. Les casseurs, les vrais, sont revenus, profitant de l’aubaine et des caméras, produisant des images jamais vues jusque là. Hortefeux n’a rien trouvé de mieux que de jeter de l’huile sur le feu en venant sur place. L’homme qui lui a lancé “Vous n’êtes pas le bienvenu ici” a été immédiatement placé en garde à vue. Face aux jeunes comme face aux manifestants, syndicalistes, grévistes, qui portent un message légitime qu’ils s’expriment comme ils le peuvent, on montre les muscles et la matraque comme outil de négociation, et on gaze. Quel courage !

Je n’irai pas jusqu’à soutenir les casseurs, mais je comprends cette jeunesse exaspérée par tant de cynisme, de tromperie et de violence de la part de nos élites. Je n’ai pas pu écrire ces derniers jours. En voyant la République faire donner la troupe avec tant d’application pour casser l’expression du peuple, j’avais trop de rage au ventre. A mon age de bon père de famille, j’aurai moi aussi pu lancer aux bleus ce qui me passait sous la main. Deux français sur trois refusent une réforme injuste, fondée sur des mensonges, destinée essentiellement à ne pas amputer les faramineux profits réalisés par les grandes fortunes. C’est d’une violence inouïe. Le Président n’a aucune légitimité sur ce projet, les représentants du peuple ne représentent qu’eux mêmes. Jamais le pouvoir n’a été exercé avec tant d’acharnement contre les citoyens, jamais une catégorie particulière de la population n’a autant été protégée, favorisée, et à l’abri de toute justice.

Le bouquet de cette malheureuse histoire, c’est d’avoir invoqué Guy Moquet, symbole de la résistance de la jeunesse de 1941, et de demander à la jeunesse d’aujourd’hui de se plier de bonne grâce au diktat de la bande du Fouquet’s. Mais c’est surtout d’avoir délivré des réquisitions aux grévistes des raffineries sous des motifs de Défense Nationale pour pouvoir permettre des départs en vacances…

C’est pour cela que je suis descendu dans la rue. Pas seulement pour dire non à cette réforme, mais surtout pour dire aux politiques toute ma rage de les voir détruire nos vie d’hommes solidaires dans une société encore à peu près solidaire, de ne rien respecter, ni les institutions, encore moins leurs électeurs, sans parler de les voir profiter comme des nababs en demandant aux petites gens toujours plus d’efforts. Dans un pays se réclamant démocratique, ça ne peut plus durer.

C’est la guerre. Pour lutter contre d’authentiques voyous, de vrais tueurs.

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Refermer la porte…

Il faut avoir la santé et une solide volonté pour continuer de la sorte à faire la même promenade, sur le même parcours, dans le bruit et les cris, parfois sous la pluie. Heureusement à chaque fois, il y a de nouvelles têtes, de nouvelles personnalités, de nouveaux témoignages de cette exaspération et de ce besoin toujours grandissant de faire entendre, face à la propagande gouvernementale, la voix du peuple.

Comme à l’habitude, je ne commenterai aucun comptage de manifestants. Le seul chiffre qui me parle est 260. C’est le nombre de cortèges ce mardi. Il en dit long sur l’état dans lequel nos hommes politiques ont mis le pays, en s’arc-boutant sur une réforme injuste, basée sur des mensonges honteux. Il témoigne surtout, après 4 mobilisations de grande ampleur en un mois, que le contestation est loin de fléchir. Et ça, c’est déjà une petite victoire.

L’autre avancée, c’est la prise de conscience d’une partie de la jeunesse que les équilibres dans la société, ça s’entretient, et que tout est question d’équilibre. Warren Buffet, 2ème fortune mondiale, déclarait il y a peu “La lutte des classes existe, et c’est la mienne qui l’a gagnée”, prouvant bien, s’il en était besoin, qu’il faut se refaire un peu de place, qu’il est nécessaire aux petits, aux sans-grades, sans voix, sans boulots, de se faire entendre. Sauf que, pour l’heure, il n’y a rien à gagner, mais tout à perdre.

Dans ce grand bras de fer, il est vital de refermer la porte que les dirigeants, aux ordres du MEDEF et de la bourse, tentent d’ouvrir de force. Car la réforme des retraites ne constitue qu’un hors d’oeuvre, une épreuve probatoire. En cas de succès, on devine facilement les attaques qui suivront : l’indemnisation du chômage, les allocations familiales, les services publics. Mais la plus grosse remise en cause se fera plus surement du côté de la sécurité sociale… et tout le monde sera concerné. Lâcher maintenant comporte donc beaucoup plus d’enjeux que simplement la réforme des retraites.

Ce serait vraiment bien que les attentistes prennent pleinement conscience du danger qui menace. A défaut de se mettre en grève reconductible, des moyens de soutiens existent, à commencer par rejoindre le nouveau cortège samedi 16 octobre. Pour l’heure, face à l’entêtement, répondons avec le même entêtement, bloquons tout ce qui peut l’être, montrons-nous un peu moins gentils, la grande bagarre ne fait que commencer.

La porte, claquons-la, en espérant fort que le nain y laisse ses doigts…

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Ca ne peut plus durer

Voilà, une manif de plus, la 3ème d’envergure en un mois. Jamais on n’a autant battu le pavé, jamais les manifestants ne sont apparus autant exaspérés. Et ce n’est pas l’annonce du nombre officiel du ministère de l’Intérieur qui va les calmer : 899.000 personnes ont défilé se samedi en France. Ridicule. On dirait un prix de voiture de sport…

Je ne cache pas que je suis retourné chez moi déçu. Pendant ce temps, le salon de l’automobile a fait le plein, tout comme l’ensemble des centres commerciaux de France. Il y a bien quelques nouvelles têtes dans le cortège, mais globalement, c’est incontestable, il n’y a pas l’emballement voulu. La mobilisation reste particulièrement importante, mais elle évolue peu. A mon sens, ce sont les jeunes et les chômeurs qui ont manqué.

Les jeunes générations n’ont effectivement pas cette culture de la lutte. Ils n’ont jamais eu à se battre, ils ont la chance de pouvoir bénéficier du résultat des combats épiques qui ont construit un système social envié. Sauf que toutes ses composantes, les retraites, la sécurité sociale, les congés payés, etc, etc, tout a été arraché au prix de luttes acharnées, rien n’a été donné, rien n’a été offert. Ce qui a parfois été payé par le sang constitue les fameux acquis sociaux, les mêmes qui sont remis en cause un par un.

Côté chômeurs, c’est encore plus simple. Voilà une population de quelques millions de personnes privées de ce qui matérialise l’appartenance à la société : le travail. Voilà une population qui pourrait légitimement descendre dans la rue car ils servent tous de variable d’ajustement à une économie au service d’une poignée de richissimes exploiteurs. Mais ils ne le font pas, parce que sans travail, ils se considèrent en marge, et l’inconscient collectif les poussent à se cacher et à se replier sur eux. En les culpabilisant sans cesse alors qu’ils sont victimes d’un système, le pouvoir inhibe chez eux toutes velléités de révolte. Et pourtant, 6, 7 ou 8 millions de chômeurs et précaires dans la rue, ça aurait de la gueule…

La réforme des retraites est symptomatique des reculs que le gouvernement veut opérer parmi ces fameux acquis. Il y aurait bien des solutions pour préserver cet acquis, et équilibrer le système. On a bien trouvé l’argent pour les banques. Mais on n’en trouve pas pour les retraites des petites gens. Les mensonges, les conflits d’intérêts, la cupidité, l’individualisme conduisent à s’attaquer aux plus faibles, c’est bien plus facile. Seules deux catégories d’organismes agissent ainsi : les prédateurs et les parasites.

Avec le recul, la déception m’a quitté. Le 12 octobre, je serai à nouveau dans la rue, plus déterminé que jamais. Ce qui aura changé, c’est mon regard sur ces grandes centrales syndicales. Elles ne mobilisent pas plus parce que leur discours, comme celui des partis politiques, n’est pas concret. Elle n’ont jamais réussi à faire passer le message que la retraite, bien que lointaine pour les plus jeunes, est en fait une partie intégrante du salaire, un salaire différé. En tant que tel, réduire les pensions en conservant l’actuel taux de prélèvement revient purement et simplement à spolier les salariés. Une escroquerie de plus. Et quand on sait que ce taux va fatalement augmenter…

Il est grand temps de les empêcher de nuire.

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Un 2 octobre monstrueux

Ainsi, au lieu d’aller dans la verte campagne en quête de champignons pour agrémenter l’omelette du soir, on ira battre une nouvelle fois le pavé avec vuvuzelas et banderoles pour manifester notre opposition à cette réforme des retraites. La seule nouveauté, c’est qu’on le fera en famille, et avec tous ceux qui ne peuvent exercer leur droit de grève. Parce que dans notre grand pays de liberté, se mettre en grève se paye cash, direction Pôle-Emploi…

Dans ces conditions, un grand mouvement, une déferlante populaire, pourquoi pas ? Car bien avant la fin des cortèges, le 23 septembre, grâce à un savant comptage dont il a le secret, le gouvernement se gargarisait du nombre réduit de manifestants, en proclamant que “les Français ont compris qu’on ne pouvait pas faire autrement». Désinformation, quand tu nous tiens…

Pour ma part, j’ai plutôt la nette impression que les français ont compris où cette réforme allait les mener : beaucoup continueront à se priver, à compter plus que de raison, à trimer à l’usure, à renoncer à se soigner ou à poursuivre des études, à se bagarrer pour ne pas finir le mois le 15. Chacun a compris que ce qui restera de retraite, c’est peau de chagrin après une vie passée, entre travail harassant et accidents de la vie, à enrichir les pensionnaires du CAC40, leurs soutiens politiques, et maintenant les riches des pays pauvres. Chacun s’est rendu compte du déséquilibre dans la répartition des fruits du travail, entre les exécutants, les donneurs d’ordre et les bailleurs de fonds, et on ne peut qu’être écoueuré devant la misère grandissante que ce monde produit et entretient. Mais on continue de faire peser la charge des réformes sur les seuls salariés. Pendant ce temps, Mamie Zinzin entasse.

Samedi, il n’y aura pas la pression du patron, pas de retenue de grève, pas de grève des transports empêchant de rejoindre le lieu de manifestation. Surtout, ne nous y trompons pas : c’est la dernière occasion de montrer significativement notre opposition à ce texte qui va nous couter tous très très cher dans quelques années. Je ne veux pas que mes enfants me rappellent que notre génération a laissé faire une telle chose. Ne ratons pas cette occasion. Et puisque la guerre des chiffres fera encore rage, ridiculisons une fois pour toutes les menteurs et les fossoyeurs des solidarités en manifestant toutes et tous, partout, en famille, avec vos amis, vos voisins et vos collègues ce samedi 2 octobre !

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Colère en hausse

Un peu plus de 2 semaines après s’être copieusement mouillé, les lyonnais ont remis ça sous le premier soleil de l’automne et sur un parcours un poil rallongé. Il n’y a évidemment rien à attendre des comptages quels qu’ils soient, mais dans le monde boursier, on dirait que l’action est “portée par un mouvement sous-jacent puissant puisque la consolidation de l’impulsion haussière s’effectue dans un canal ascendant”. Vous avez compris ?

Peu importe, mais pas tout à fait, parce que c’est bien avec ce genre de jargon que le monde se dirige aujourd’hui. C’est l’activité la plus lucrative du moment, celle qui fait, entretient et développe les fortunes. Tout n’est pas fictif, les caisses publiques sont vides, mais les sous, les vrais, tombent bien dans les bonnes poches. La grande finance échappe totalement à toute réforme, elle ne participe à aucun financement social. Si l’on ponctionnait ces profits exorbitants au même niveau que ce que vont subir les salariés pour sauver les retraites par répartition, il n’y aurait plus besoin de réforme…

C’est en partie ce que j’ai entendu ce matin dans la manif de Lyon. Un superbe cortège, incontestablement plus long, plus dense, plus bruyant. La différence avec le 7 septembre, c’est la montée, un bon cran de plus, du mécontentement général, de l’opposition au démantèlement des protections sociales, de hostilité envers des mesures drastiques, à l’utilité douteuse, basées sur des mensonges, décidées par des privilégiés à l’encontre des plus faibles… J’y ai vu également un nombre bien plus important de femmes, les grandes victimes. Pour la plupart, pas de discussion, ce sera 67 ans, vraisemblablement plus dans quelque temps…

L’Elysée n’a pas attendu la fin des manifestations pour pavoiser. Face à ce qui pourrait passer pour de l’humour noir ou de la provocation, les syndicats parlent de “pari gagné”. Aujourd’hui, rien n’est gagné. L’un comme l’autre jouent un jeu dangereux et plutôt convergeant, celui de voir la contestation s’amplifier, se radicaliser en échappant à tout contrôle, en rejetant des organisations syndicales, trop sages, trop complaisantes, à l’action molle. Il doit rester quelque chose dans les caisses de l’UIMM…

Une nouvelle manif, un samedi ou tout autre jour, ne changera plus rien du tout. On a à faire à des autistes. Face à une réforme aussi structurante, aussi défavorable aux classes moyennes, je ne parle même pas des classes populaires, le seul moyen possible pour faire reculer les boeufs, c’est une grève générale massive… Chiche. Mais quelle que soit l’issue, il faut se rappeler que la démocratie s’exprime utilement dans les urnes. Tâchons de nous en rappeler dans 18 mois.

Je propose de donner au président une retraite anticipée.

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