On continue ?

Les membres du 4ème gouvernement du quinquennat Hollande seront bientôt connus. A ce stade, je ne sais si on peut parler d’un nouveau positionnement réellement à gauche. C’est trop tôt. Je me rappelle juste qu’il y a un peu plus de deux ans, comme la majorité des français, j’avais placé dans une urne un bulletin qui exprimait un besoin de changement, de progrès, de partage, de solidarité, d’écologie et de respect.

Vaste programme en effet, car au sortir de l’ère du Lider Minimo, toutes ces valeurs n’existaient plus, ou qu’à l’état comateux, consciencieusement piétinées par une politique basée sur l’individualisme triomphant si cher au clan libéral, et à l’adoration sans limite du dieu pognon. Qu’il soit en dollars ou en euros importe peu, l’ivresse de la fortune vite faite reste la même.

gros-tempsParce qu’en ces temps reculés, les différents gouvernements de droite ont toujours agi d’abord pour leur électorat. C’est bien naturel. Le monde de l’entreprise, les professions libérales et supérieures, les retraités des 30 glorieuses, les fortunes diverses et grandes familles bien de souche n’ont pas eu vraiment à se plaindre : ils n’ont guère été impactés par les mesures impopulaires et contraignantes imposées par les schémas économiques du moment. Bernard Arnaud, en 2009, au plus fort de la crise, doublait quasiment sa fortune personnelle pendant que l’économie réelle fauchait les ouvriers à 1200 euros par mois. Quelques 650 milliards d’euros d’argent public ont changé de main, aux ordres d’une droite libérale et décomplexée, sauvant ainsi nos actuels étrangleurs. Cherchez l’erreur.

Devant l’injustice manifeste des choix effectués alors, mais surtout face à la brutalité de ce pouvoir d’où transpirait un imperceptible relent de vengeance, les cartes se sont petit à petit redistribuées. Une immense majorité de communes, de départements, et toutes les régions sauf une, devenaient roses. Même le très conservateur Sénat basculait à gauche pour la première fois de son histoire… Tout était en place pour, enfin, voir des promesses, des vraies et de gauche, se concrétiser. La droite s’était largement servie. Ca allait être notre tour. Enfin.

J’ai attendu. Patiemment. Et encore. J’ai applaudi aussi. Et j’ai surtout pesté. Mais j’ai toujours défendu l’homme et son action. Economiquement, il ne peut pas grand-chose car c’est ailleurs que les dés se jettent. Le système globalisé est bien trop ancré dans le quotidien pour pouvoir l’ébranler. Même l’égratigner semble d’une difficulté absolue. Mais ce n’est pas une raison pour céder ainsi au renoncement généralisé. Comment voter le TSCG alors que peu avant, dans l’opposition, le parti socialiste avait avancé des arguments des plus valables pour le dénoncer. Hollande et le PS, sans opposition, ont gâché tout seuls une bien belle occasion de concilier brillamment la liberté, l’égalité et la fraternité.

Bilan ? 2 ans et demi d’atermoiements pour quasi rien, un électorat dérouté et aigri, des institutions qui retournent à la droite, un monde politique déchiré d’où le FN tente d’émerger en sauveur. L’électeur de gauche, en prime, fait les frais de cette rigueur qui ne dit pas son nom et qui passe par vagues successives. Pire, les mesures prisent sont clairement de nature à flatter l’électorat de l’UMP : des dizaines de milliards d’euros de cadeaux et d’exonérations sans contrepartie, financées par la réduction des dépenses publiques. En clair, on donne aux patrons ce qu’on prend aux fonctionnaires. Evidemment, rien ne va à la création d’emploi ou à l’investissement : la distribution de dividendes a même atteint son plus haut, en augmentant de 30 %…

Je comprends le désarroi des pauvres gens qui se sentent abusés, et qui paient la note. Et partout la même expression jaillit : «je n’irai plus voter, A quoi bon ?» Comment leur en vouloir ? Quand la droite est au pouvoir, elle les tond et les méprise. Quand c’est la gauche, au mieux, elle ne leur offre rien. Et si le Front National y parvenait, on pourra retirer le mot «liberté» des frontons des mairies, et les autres aussi.

Cette ingratitude du PS va coûter très cher au parti et à la gauche en entier. Le discours de politique générale qui indique le cap de la nouvelle équipe gouvernementale risque d’être houleux, et dans le climat de fronde actuel, rien ne dit que la confiance sera votée… Parce que si la gauche perd le pouvoir à ce moment, elle ne le retrouvera pas de sitôt.

Malgré tout, je ne renonce pas. Mon soutien est toujours là. Je sais trop d’où l’on vient. Et compte-tenu qu’aucune famille politique n’est actuellement en état de montrer une image digne et responsable – personne à l’UMP n’a demandé de dissolution – , le PS a une petite chance de rectifier le tir. Il faut la saisir vite, très vite, et entr-autres faire la grande réforme fiscale qui s’impose et la faire entièrement, contre vents et marées s’il le faut. Les aboyeurs seront à droite. Un bon moyen de reconquérir l’électorat de gauche. Monsieur Hollande, vous avec 32 mois.

Sans renoncer une nouvelle fois au milieu du gué.

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Mémoire courte

Et voilà, ça continue. Dans les gros titres de la presse du jour, les propos sont les mêmes que la veille, l’avant veille, la semaine passée, le mois précédent. Entre ces 2 tours de scrutin des municipales, la gauche est une nouvelle fois désavouée. Cette fois, c’est le Conseil Constitutionnel qui a censuré une grande partie de la «Loi Florange» censée protéger certaines entreprises de la prédation financière au nom du «droit de la propriété privée et de la liberté d’entreprendre». En gros, on n’a pas le droit de sanctionner le pauvre propriétaire d’une entreprise rentable qui renvoie ses gens vers Pôle Emploi pour arrondir substantiellement ses fins de mois.

Loi Florange : mal barrée...A droite on jubile, et il y a de quoi. Selon l’UMP qui a saisi l’instance suprême de la République, c’est une nouvelle ligne écrite au passif du gouvernement décidément incapable. Et dans le contexte ambiant, les porte-flingues à droite ne se privent pas de tirer sur l’ambulance et occupent tout l’espace médiatique : en haranguant l’opinion sans cesse de la sorte, on contribue essentiellement à occulter la belle image d’une défense des intérêts des patrons et de la finance au détriment des ouvriers et du chiffre du chômage. Parce qu’en période électorale sur fond de crise, le bruit profite toujours. Le bashing anti Hollande, anti PS, anti gauche est devenu une stratégie absolue, et les slogans martelés depuis deux ans par Copé et ses vassaux sont repris partout en boucle, sans aucune précaution par toute la presse pourtant dénoncée régulièrement pour être à la solde du PS.

On favorise donc les licenciements sans cause en dénonçant dans le même temps l’incapacité du gouvernement à enrayer la montée de la courbe du chômage. «Molex», cette entreprise pourtant rentable en 2009, au plus fort du sarkozysme débridé et triomphant, a été saccagée, pillée de sa technologie, sacrifié eu nom d’une logique boursière scélérate et individualiste. L’affaire est emblématique. Aujourd’hui, cette fermeture est qualifiée de «sans cause réelle et sérieuse» mais le mal est fait : les gens gonflent les chiffres des sans-emplois sans aucun retour possible. Voilà ce que défend l’UMP.

A gauche, c’est un nouveau coup de bâton dans les jambes. Le gouvernement se refuse, et c’est tout à son honneur, de se lamenter sur le passif hérité mais qui continue à plomber lourdement le quotidien et les résultats. Parce que la croissance ne se décrète pas, pas plus à droite qu’à gauche et parce que les recettes ne sont pas françaises mais mondiales… D’ailleurs, ces recettes sont simples : il est interdit d’aider d’une quelconque manière la populace. A chaque fois qu’un projet social ou relevant de la plus élémentaire justice sociale a vu le jour, il a été combattu par de puissants et influents lobbys occupés à défendre leurs privilèges, et par des instances supra-nationales qui infligent amendes et sanctions financières. On peut réformer les retraites, le code du travail, la sécurité sociale mais qu’à la baisse. On peut aussi réduire les impôts des plus riches. C’est tendance. C’est ce qu’a promis le candidat UMP de ma commune, en qualifiant cette mesure de courageuse (sic)… Ca, c’est permis, mais pas l’inverse…

Najat Vallaud-Belkacem a beau déclarer «nous devons tirer de ces municipales une leçon, celle de travailler au redressement du pays, avec plus de rapidité, plus de force, plus de cohérence et de justice sociale.», mais avec quelles marges de manœuvre pour l’exécutif du pays ? Les français demandent un résultat immédiat là ou seules des mesures à long terme peuvent produire des effets. Et sanctionnent. Dans ce contexte, le recours au Front National est au mieux une vaste blague. Certains sont prêts à tenter l’aventure ? On en connaît pourtant le résultat, le changement : Vitrolles, Marignane, Carpentras, Orange, rien que des modèles de gestion et de vertu politique où le clientélisme et l’exclusion sont la règle… Courte mémoire.

Sans aller si loin, a t-on à ce point perdu la mémoire de la gestion UMP du pays, sans même remonter plus loin que le quinquennat entre 2007 et 2012 ? Ne se rappelle t-on plus de la manière dont on a traité les ouvriers à Gandrange, Florange, ceux de Continental, Peugeot et tous les autres, comment on a contribué à faire échapper à l’impôt des plus aisés tout en contraignant tous les autres, comment on a sauvé les copains banquiers, comment le pouvoir s’est protégé de la justice pour se garantir son impunité ? A t-on oublié à ce point les raisons du marasme actuel causé par un système capitaliste dévoyé par la finance et érigé en dieu absolu par l’UMP ? La crise a plombé l’armée des smicards, pas les millionnaires qui continuent à saturer les stations de ski huppées.

Bon sang, même si rien ne semble bouger, ce qui est faux, rappelons-nous d’où l’on vient !

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La peur

La France a peur. Ce n’est pas Roger Gicquel qui le dit mais les préfets de la république dans une note confidentielle qui ne l’est déjà plus. Ainsi, pas seulement en Bretagne mais partout sur le territoire, il n’y aurait de manière «presque spontanée» que «crispation, exaspération et colère» : «la situation sociale laisse peu de place à l’optimisme», parlant même d’une possible «explosion sociale». Rien que cela…

Qu’il y ait un malaise dans la société française n’est pas vraiment une surprise. Mais ce n’est pas franchement nouveau non plus. Les signes de crispation, d’exaspération et de colère sont monnaie courante et occupent depuis longtemps une place centrale dans le quotidien au travers des difficultés comme le chômage, le coût de la vie et les diverses réformes et attaques des système de solidarité. Les chocs pétroliers des années 1970 et l’américanisation de l’économie ont sonné le grand départ du tourbillon néo-libéral avec toutes les conséquences qu’on connait.

Manifestation spontannée ? Ben voyons...Cette évolution, si je puis dire, a produit des fortunes immuables : il n’y a qu’à observer dans la rue, les comportements, les gens, les voitures, les titres dans les journaux : les riches le sont de plus en plus, les pauvres aussi, et la classe moyenne l’est de moins en moins. L’ensemble des propos tenus pas les préfets ne résultent pas d’un fait précis, suffisamment grave et destructeur, mais d’une évolution naturelle d’un système économique qui agit lentement mais sûrement, à l’image de la fameuse allégorie de la grenouille. Rien de bien nouveau donc.

Les préfets semblent ainsi sentir l’eau chauffer autour d’eux. François Hollande est devenu clairement la cause de tous les maux et cristallise autour de lui toutes les critiques. Avec son gouvernement, il doit gérer une friche laissée par son prédécesseur et même au-delà : on ne retourne pas en quelques coups de bêche un champ aussi vaste, autant caillouteux. Confronté aux lobbys de toutes sortes, Hollande à reculé un peu sur tous les sujets, surtout ceux concernant les «possédants», et a déçu, même dans son camp. Et alors ? L’eau du bain est chaude depuis un moment. Sarkozy, pour sa part, y a mis un sérieux coup de lance-flamme en tenant chaque nouveau jour des propos plus qu’outranciers, divisant le pays en jetant à la vindicte populaire, le doigt tendu et le rictus aiguisé, telle ou telle catégorie de français, ou de moins français. Les préfets n’ont alors rien trouvé d’anormal dans le climat social alors que 3 millions de paires de jambes battaient le pavé la même journée lors du dépeçage des systèmes de retraites.

Aucun sondeur ne m’a jamais interrogé pour alimenter la côte de popularité de président Hollande. Et autour de moi, si le moral n’est guère brillant, je ne compte malgré tout que peu d’avis vraiment hostiles. Je ne suis donc pas le seul à penser que Hollande reste le seul rempart crédible face au mouvement libéral réformateur et dérégulateur généralisé. Il y une forme évidente de fatalisme, et même de désillusion face à la politique en général, parce que la chose publique a été entièrement phagocyté par la haute finance globale qui dirige seule le monde. Et cela, Hollande n’y peut absolument rien.

Peut-être qu’aussi pour moi, inconsciemment, il y a le souvenir de ce qu’a été le quotidien sous un gouvernement de droite, avec sa vision très particulière du monde du travail dit moderne et décomplexé : imaginons un seul instant «TalonetteMan» au manche, de surcroît débarrassé de la nécessité de ménager l’opinion pour la réélection… Le peuple de gauche oublie un peu vite à quoi il a échappé.

D’ailleurs, le seul fait de l’évoquer me fait frissonner, de peur, mais certainement plus de rage. Rappelons nous bien d’où l’on revient.

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Qui va payer ?

Je ne sais pas si le phénomène de grogne, présenté comme une quasi généralisation, est plus ample que par le passé, sous les gouvernements précédents. Mais une chose est sûre : les relais fonctionnent à pleine capacité et ratissent large, et la concentration géographique finit d’amplifier un malaise qui, s’il est réel pour certains, reste surtout une bataille idéologique d’une classe pas vraiment aux abois. Il faut redresser la France, mais sans rien leur demander.

La manifestation de Quimper du 2 novembre où défilaient ensemble syndicats et MEDEF a tout de même eu une couleur glauque et une allure bigrement contre-nature, les uns défendant leurs emplois au milieu des autres arc-boutés sur leurs profits… Je ne discute jamais des motifs qui amènent les gens dans la rue ou qui se mettent en grève parce que pour l’avoir vécu plus que de raison, je considère ces actes comme matérialisant souvent un fort sentiment d’injustice. Cela demande de l’abnégation et une énergie décuplée par l’état de tension perpétuelle. On ne manifeste jamais par amusement : c’est un acte politique ereintant à l’issue très incertaine.

Mais, parmi la multitude de raisons qui ont provoqué ce rassemblement, pour tous les bords en présence, il y a dans cette Bretagne irritée une constante immuable qui est d’oublier les véritables responsables de la situation pour reporter toute la rancoeur sur le gouvernement. C’est un peu facile : les patrons-routiers ont omis qu’ils doivent l’écotaxe au gouvernement précédent qui roulait bien à droite, comme eux, avec à la clef, une gestion très particulière de l’argent public. On dirait qu’on a trouvé bien plus opaque que le brouillard breton. Et cerise sur le gâteau comme un bonnet rouge sur le chef de futur chômeur, les ouvriers des industries du saumon, poulets et autres barbaques vocifèrent et s’en prennent violemment au ministre de l’agriculture alors que leurs malheurs sont surtout dus aux manœuvres douteuses de leurs employeurs respectifs qui ont sciemment dégradé leur outil de production en bâtissant leurs modèles économiques sur des subventions européennes, donc de l’argent public, pour casser des marchés à l’export. C’est économiquement discutable et moralement méprisable. Du gagnant-gagnant fortement lucratif à court terme et sans risque, aux frais du contribuable. Du bon capitalisme en somme. Devinez qui va payer.

Les contis : saccage = condamnation...Cela n’a pas empêché bourreaux et victimes de marcher ensemble, et à l’occasion de brûler et saccager le bien public. J’ai le souvenir vivace et douloureux d’un des «conti» de Clairoix, Xavier Mathieu, envoyant voler un ordinateur d’un bureau d’une sous-préfecture à l’annonce de licenciements honteux. Je me rappelle de quelques copains faucheurs de végétaux OGM pourtant interdits. Tous ont été lourdement condamnés sans aucune forme de compréhension. Aujourd’hui, en Bretagne, des portiques brûlent. Une autre sous-préfecture subit des dégâts volontaires et filmés en toute impunité. Et je sais qui va payer.

Pour les dégradations répétées du domaine public, pour cette écotaxe pourtant nécessaire en vertu du principe «pollueur-payeur», pour le marché avec Ecomouv, ce groupement de sociétés chargé par la bande à Fillon de la mise en œuvre et la collecte de la taxe qui illustre à merveille le triomphe du capitalisme mafieux, le contribuable y pourvoira.

Et encore, quand je dis «le contribuable», il s’agit de ceux qui n’ont aucun moyen de défiscaliser…

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Pas content

«Les fonctionnaires sont une nouvelle fois en grève» ai-je distingué ce matin dans une discussion au loin, avec une pointe manifeste d’agacement, entre le ronronnement mécanique habituel et les bips stridents qui découpent chaque voyage en métro. Effectivement, les quelques 5 millions d’agents publics sont appelés à cesser le travail ce jour pour protester essentiellement contre les suppressions d’emplois qui pèsent dramatiquement sur les conditions de travail, et sur les rémunérations qui engendrent un perte sévère de pouvoir d’achat.

Et pourtant, je ne suis pas en grève. N’allez pas imaginer une seconde que c’est par esprit de soutien au gouvernement actuel. La raison est bien plus terre-à-terre : je n’en ai plus les moyens. Jugez vous même. Les chiffres ci-dessous sont issus de l’INSEE. Depuis 2000, et sans évoquer l’invisible hausse lié au passage à l’euro, c’est au moins 16,70 % de pouvoir d’achat qui manquent, soit une dévaluation de mon travail qui pourtant, a considérablement évolué en technicité et en productivité, le tout sous les dénigrements et les coups infligés par le sarkosysme délirant en proie aux poncifs coutumiers liés à cette catégorie de salariés. Depuis 2011, il n’y a eu aucune augmentation de salaire alors qu’autour de moi, les prix de l’alimentaire le plus courant s’affolent, ceux de l’électricité et du gaz explosent, ceux des transports et des services s’envolent. Et j’en oublie…

Année Variation du
salaire brut
Inflation Résultat
2000 + 0,5 % le 1/12 + 1,70 % – 1,20 %
2001 + 0,5 % le 1/05 + 1,70 % – 0,70 %
+ 0,5 % le 1/12
2002 + 0,6 % le 1/03 + 2,20 % – 0,90 %
+ 0,7 % le 1/12
2003 rien… + 2,20 % – 2,20 %
2004 + 0,5 % le 1/01 + 2,10 % – 1,60 %
2005 + 0,5 % le 1/02 + 1,80 % =
+ 0,5 % le 1/07
+ 0,8 % le 1/11
2006 + 0,5 % le 1/07 + 1,60 % – 1,10 %
2007 + 0,8 % le 1/02 + 2.60 % – 1.80 %
2008 + 0,5 % le 1/03 + 2.80 % – 2,00 %
+ 0,3 % le 1/10
2009 + 0,5 % le 1/07 + 0,90 % – 0,10 %
+ 0,3 % le 1/10
2010 + 0,5 % le 1/07 + 1,80 % – 1,30 %
2011 rien + 2,50 % – 2,50 %
2012 rien + 1,30 % – 1,30 %
2013 déja annoncé : rien + ? % – ? %
résultat – 16,70 %

Non je ne suis pas en grève. Je passe mon tour, j’ai déjà donné, et plus que de raison. Un nouveau jour unique à se compter, ça ne sert à rien. Il y a juste un foyer de quatre personnes dont une lycéenne et un ancien étudiant aujourd’hui diplômé sans emploi et sans indemnisation, qui gère ses priorités et ses privations à l’euro près. Un seul jour manquant en fin de mois, que ce soit pour une journée de carence, le joli cadeau du gouvernement précédent, ou une journée de grève, ce n’est simplement pas envisageable.

Je continuerai donc à me débattre jusqu’à mon hypothétique mise à la retraite dans cette armée mexicaine où l’on décide de remplacer deux agents d’exécution payé 1800 euros en fin de carrière par un cadre A++ et qui émargera joyeusement à plus de 4000 euros hors primes sans jamais mettre le moindre doigt dans le cambouis, et dont la seule fonction de management est d’entraver le planning de toutes sortes de tâches annexes sans lien ni utilité avec la mission. Et le résultat est garanti : il y a effectivement moins de fonctionnaires, mais la masse salariale et le salaire moyen ont sensiblement augmenté, ce qui, en ces temps de disette, permet encore et toujours à l’idéologie libérale de désigner cette catégorie nantie à la vindicte populaire. Cela cache surtout d’énormes disparités dont les moyennes se foutent, et les dirigeants politiques aussi. D’ailleurs, la fameuse prime de résultats instaurée par le clan Sarkozy, la prime du pseudo-mérite, a été refilée qu’aux très hauts dignitaires, déjà fortement rétribués. Les vrais méritants, les exécutants du bas, ceux qui produisent, qui font le job, et subissent les effets du dépouillement des moyens et de la crise n’ont que le mépris à se partager.

Pas en grève ne veut pas dire satisfait de son sort, et le gouvernement Ayrault, qui va évidemment minimiser les chiffres, serait bien inspiré de tenir compte de l’avertissement d’un monde un peu dépité et résigné, mis où domine surtout un fort sentiment d’injustice et de colère qui peut très rapidement devenir très bruyant et pressant.

Ce serait dommage, car rappelons-nous toujours et encore d’où l’on revient.

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Qu’en penser ?

C’est la question qui tourne en boucle dans ma tête, un rien lancinante, jusqu’à me hanter. Je ne parle pas de la magistrale démonstration d’égo de l’UMP mais de la décision gouvernementale concernant l’avenir du site de Florange. J’ai beau lire à droite et à gauche pas mal de choses sur le sujet mais j’avoue être un peu perdu, incapable en somme de me déterminer sur ce qu’il faut vraiment faire pour sauver les emplois.

Ce qu'il reste de Florange...Ce que je sais en revanche, au delà de la sombre agitation politicienne, c’est qu’à l’ombre des haut-fourneaux vivent des gens simples, en chair et en os, et guère favorisés par la vie. Ils apparaissent au gré des articles de presse et des reportages comme une masse anonyme posée là, quelque part en Lorraine, autant dire au bout du monde. Inutile de feindre d’ignorer que les quelques centaines de fondeurs ne sont qu’une insignifiante variable d’ajustement au yeux du capitalisme moderne, ce monstre glouton passé maître dans l’art et la manière de provoquer la pénurie pour mieux faire monter les prix de l’énergie et des matières premières.

Je pourrais me satisfaire de l’attitude de ce gouvernement. On ne peut guère lui reprocher de ne pas avoir cherché de solutions. Le précédent n’aurait rien fait du tout. Mais les marges de manœuvre face au marché, face à des mastodontes comme Mittal sont faibles… Evidemment, une nationalisation temporaire aurait été un sacré signal, mais avec d’autres conséquences et obligations économiques pas forcément faciles à assumer. La montagne a donc accouché de petites promesses.

Pas sûr du tout que cela constitue une victoire, comme je peux le lire parfois. On ne parle certes plus de plan social, le site est pérennisé mais il est à l’arrêt. A Florange comme ailleurs dans les bassins ouvriers en lutte pour l’emploi, on sait ce qu’on fait habituellement des promesses. Je me rappelle de celles proclamées haut et fort au sommet d’un tas de palettes à Gandrange. Les salariés connaissent leur invariable destination après les avoir taillés en pointe. Comment se prémunir du cynisme de Mittal, comment lui accorder une once de crédibilité dans sa démarche ? Chacun le sait bien, ce ne sera probablement qu’un court répit alors que le besoin, la technologie et le savoir-faire sont présents. C’est bien celà le pire.

Je suis un peu dérouté. J’ai même du mal à écrire ces temps, mais je me rappelle tout de même d’où l’on revient…

J’en profite pour faire ressurgir une vieille tradition, celle du premier billet du mois consacré à remercier les copains et copines qui m’ont envoyé quelques visiteurs grâce aux 18 liens qu’ils ou elles ont fait sur mon Alter-Oueb ce mois de novembre. Merci à :
Ecume de mes jours
Partageons l’addiction
Affichage libre
– Les échos de la gauchosphère
Le jour et la nuit
Les coulisses de Juan
Partageons mon avis
Le Grumeau
Une autre vie
Ce que je pense
et aussi à Lolobobo (après, je dis ça, je dit rien…)

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Et si François Hollande réussissait ?

L’exercice était attendu. Conformément à ses engagements, François Hollande, Président de la République s’est livré à un devoir périlleux en pleine tourmente : expliquer et justifier avec calme et détermination le cap qu’il entend imprimer à la France pour la sortir d’une ornière consciencieusement creusée pendant la dernière décennie.

François Hollande, un Président qui présideBousculé de partout, souffrant d’un chute brutale de popularité, il a livré, à mon sens, une copie de haute tenue. Il y avait dans cette conférence de presse une présence, une stature, une dimension présidentielle, mais surtout la démonstration d’une connaissance pointue des dossiers de la République. Aucune hésitation, aucune approximation n’a été relevée par une presse habituellement friande de ce genre de choses.

Malgré ma déception, en raison d’un début de mandat marqué par de retentissants renoncements, même s’il y a aussi de réelles avancées, je ne regrette absolument pas mon choix d’il y a 6 mois. Aujourd’hui, cette conférence de presse a modifié sensiblement ma manière de percevoir l’action de ce gouvernement. Certains y verront une forme de découragement, un renoncement, une forme de capitulation face à l’ennemi voire un ralliement au capitalisme débridé. Il n’en est rien. Absolument rien.

Ce qui est sûr, c’est qu’il est inutile de continuer à consommer son énergie à fustiger sans cesse l’action des prédécesseurs. Toute la gauche devrait en prendre acte, et garder son calme. Le bilan est là, catasptrophique, terriblement présent et tangible. C’est un fait. François Hollande n’y peut rien, mais c’est à lui qu’incombe désormais la solution, ou du moins l’atténuation des conséquences sur toutes les composantes de la nation. Il le savait en sollicitant la fonction.

Ce qui est certain aussi, c’est que s’attaquer de plein front aux patrons et aux financiers devient rapidement contre-productif. Incontestablement une majorité s’en met plein les fouilles en exploitant honteusement les ressources et en surfant habilement sur les réglementations. Ils continueront leur manèges et profiteront des recommandations du rapport Gallois en soustrayant bien des ressources à la solidarité nationale et au redressement du pays. On voit bien le résultat à chaque possible ponction du clan des riches : ils montent au créneau ou s’enfuient… Ils en ont les moyens, et la société les écoute.

Pas nous. Nous n’avons aucun moyen d’échapper à la loi du marché qui contrôle tout. Il y a la certitude de la main-mise du système, de la sanction immédiate si François Hollande se proposait soudainement de distribuer une manne dont à l’évidence l’Etat est privé. Il n’y a pas de sous, pas de boulot, juste des dettes et un sixième de la population en grande détresse. Il m’est aussi difficile de l’admettre, mais au final, n’avons-nous pas intérêt à davantage soutenir ce gouvernement dans son action ? N’avons-nous pas le devoir de montrer que le redressement du pays est non seulement possible, mais faisable, envers et contre les geonpis, les patrons-voyous et les millionnaires de Neuilly et du CAC40 ? Parce qu’il n’est pas envisageable d’échouer, parce que ce faisant, on livrerait dans 4 ans le pays à une droite rancunière et revancharde ou au Front-National, ce qui en somme est un peu pareil. Et si François Hollande réussissait ? On en profiterait tous…

Je le répète, il n’y a pas de virage de ma part, mais une forme de pragmatisme sourd, presque forcé. Même si tout n’est pas parfait, loin de là, ces 6 mois d’après Sarkozy ont définitivement démontré que droite et gauche, ce n’est vraiment pas pareil.

Rappelons-nous tout de même d’où l’on revient…

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Les donneurs de leçons

Ca y est, le rapport Gallois tant attendu est rendu public. Commenté plus que de raison avant même sa sortie, il se présente comme un diagnostic de la situation économique de la France. J’ai parcouru docilement ses 74 pages (dont 27 de titres ou carrément blanches et 7 de rappels et d’annexes) pour y trouver noir sur blanc le bilan économique désastreux des années Chirac et Sarkozy : abandon total de l’industrie, décrochage abyssal de la compétitivité, pourrissement des rapports sociaux…

Le rapport le dit : hors énergie, la balance commerciale de la France est passé de 2002 à 2011 de +25,5 milliards d’Euros à -25,4. Ce résultat n’est pas celui de l’incurie économique d’un gouvernement socialiste, comme se plaît à le souligner l’UMP à longueur de journée depuis 6 mois, c’est bien l’héritage qu’a laissé un gouvernement bien plus soucieux de protéger une France de rentiers et de profiteurs de haut vol. Et c’est à cette situation de calamité industrielle et morale que Jean-Marc Ayrault et son gouvernement doit faire face aujourd’hui. Les donneurs de leçons seraient bien avisés de la mettre en veilleuse quelque temps.

Louis GalloisL’exercice est compliqué mais peut être grandement profitable. Le constat fait sur situation économique de la France est indéniable. Inutile de se lamenter davantage sur son origine. En fait, la manière dont le gouvernement va se saisir des 22 propositions de Louis Gallois peut déterminer l’ensemble du quinquennat de François Hollande, et pourquoi pas en positif ?

Pour l’heure, je ne commenterai que la mesure phare, la 4ème proposition : le choc de compétitivité. Parce qu’elle est emblématique de la capacité à ne pas produire les effets escomptés sans un encadrement draconien. Il s’agit d’une vieille rengaine libérale maintes fois mise sur le devant de la scène : transférer 30 milliards d’allègement de cotisations patronales et salariales vers la CSG et la TVA… afin de redonner aux entreprises un «ballon d’oxygène».

Mais quelques rappels s’imposent. Il faut déjà se souvenir que la part des salaires dans la valeur ajoutée a reculé pour passer de 68 % dans les années 1980 à 58 % aujourd’hui. Les différentes politiques d’exonérations ou de réduction des cotisations sociales sont passés de 1,9 milliards en 1992 à 30,7 milliards en 2008… Durant cette période, le partage de la richesse produite a fait basculer en cumul 1.500 milliards de salaires et cotisations vers les profits. Il y avait bien de quoi investir. Qu’en ont fait les entreprises ?

En cause : la pression des actionnaires sur les salaires, mais aussi sur les investissements : les données de l’INSEE sur les sociétés non financières montrent qu’en 2009, les dividendes distribués équivalent à 12,4 % de la masse salariale, contre seulement 4,5 % au début des années 1980. Ces mêmes dividendes représentaient 41 % de l’investissement des sociétés contre 16 % au début des années 1980. En fait, le manque de compétitivité ne semble dû qu’à l’avidité des rentiers qui ponctionnent jusqu’à empêcher l’investissement le plus élémentaire…

Qu’est ce qui changerait si on appliquait en l’état la 4ème proposition Gallois ? Rien. Sans parler de l’inévitable baisse de pouvoir d ‘achat engendré par la hausse de la CSG et de la TVA, reporter le produit des cotisations sociales (un salaire indirect en somme) vers l’impôt va accentuer le déséquilibre dans le partage de la valeur ajoutée et perturber l’aspect redistributif attaché initialement au produit fiscal. Mais surtout, rien ne garantit du résultat escompté, à l’image de la fameuse baisse de la TVA dans la restauration où moins de 1/5ème des établissements concernés n’ont réellement joué le jeu. Il y aura bien un ballon d’oxygène, mais sans encadrement dans son utilisation, qui peut affirmer que le produit de la mesure ne partira pas directement dans les poches des actionnaires ?

Enfin, pour être totalement honnête, je vois mal les grands patrons du CAC40 agir autrement. Imaginons un seul instant que sous le coup de la mesure l’investissement se relance, que l’économie reparte, que le commerce extérieur s’équilibre, que la croissance revienne, donnant à ce quinquennat un bilan en béton armé et à François Hollande l’image d’un sauveur…. Comment l’UMP pourra-t’elle ensuite critiquer l’inexpérience, l’inculture économique et l’amateurisme du gouvernement et faire valoir ses méthodes qui ont mené la France dans le mur ?

Tout cela me paraît bien peu crédible. Jean-Marc Ayrault aura à faire un choix important : s’appuyer tout ou partie sur le catalogue Gallois et ses mesures dictées par le MEDEF, ou les assortir de garde-fous pour mesurer, réguler et encadrer l’utilisation des fonds destinés à l’investissement dans l’outil de production, la recherche et l’innovation. En somme, tout ce que ne veulent pas les entreprises…

On est pas sorti de l’auberge. Par contre, les pots cassés, je sais qui les paiera.

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TSCG : le cercle vicieux de l’austérité

C’est un grand jour, ou un jour noir, selon la vision qu’on porte à l’Europe. Les représentants de la nation française s’apprêtent à ratifier le Traité pour la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (TSCG). Rédigé par Angela Merkel, ce texte emblématique du monde de la finance, est le dernier bijou devant enfin et à coup sûr sauver l’Europe de ses maladies structurelles.

Qui l’eût cru, l’Europe est malade. Pourtant notre président d’avant avait bien juré craché cent fois l’avoir guéri définitivement. Mais au-delà de ces gesticulations théatrales, la succession des traités montre que la construction de l’Europe a pris un virage majeur. Depuis l’acte fondateur en 1957 (Traité de Rome) consacrant un engagement dans une union forte, cet ensemble dérive dangereusement jusqu’à se faire menaçant pour les peuples.

Le premier gros coup vient de l’Acte Unique en 1986. Sous la poussée de l’Angletterre tatchérienne, on promeut la libre circulation des biens et services, et on cherche à supprimer tout interventionnisme des états, sauf en faveur du marché. S’en suivent une série d’autres (traité de Maastricht, traité d’Amsterdam, pacte de stabilité et de croissance, traité de Nice) qui posent petit à petit les bases d’un pouvoir néolibéral au dessus des Etats. Ils font les beaux jours des financiers et spéculateurs avenc notamment une nouvelle monnaie qui ne dispose d’aucuns des outils de régulation normalement à sa disposition pour se défendre face aux autres devises. Les fortunes se sont amplifiées pendant qu’on faisait déjà payer la note à la masse laborieuse.

Cercle vicieux de l'austéritéCertains peuples n’ont toutefois pas été totalement aveugles des manigances libérales en refusant le traité constitutionnel, mais n’ont pas eu droit au chapître pour le traité de Lisbonne qui reprend mot pout mot la défunte constitution… S’en suit une activité continue, sur fond de désordres majeurs, pour finir le travail et faire totalement échapper la chose européenne au contrôle des citoyens. Les patrons en sont les éminences de Goldmann & Sachs et consorts, ceux-là même qui ont provoqué la crise et poussé les pays les plus faibles dans l’état dans lequel ils se trouvent.

Ainsi, tout est désormais en place. Pour stimuler l’emploi, la compétitivité et renforcer la stabilité financière, on en arrive à des remises en causes des plus importantes engendrant une précarité généralisée, menaçant tous les systèmes de protection et de solidarités, conduisant par exemple à considérer qu’un contrat de travail en CDI est un frein à la flexibilité… TINA (There is no alternative)…

On est très loin de l’Europe des peuples, par et pour les peuples. Le TSCG, que la gauche a dénoncé avant d’arriver aux affaires, sera ratifié en l’état, alors que le candidat Hollande avait promis de le renégocier. Par le fait, il valide cette austérité perpétuelle rendue necéssaire pour les besoins des financiers, cette tutelle continue sur les Etats avec les coups de matraques pour ceux qui oseraient crier leur désacord dans la rue. Ce n’est ni plus ni moins que l’alignement total et entier sur l’idéologie néolibérale pronée par Milton Friedman et Friedrich Von Hayek.

J’avais alerté les députés de mon département il y a peu sur les dangers du TSCG. Seul Jean-Louis Touraine, député PS de la 3ème circonscription du Rhône a pris soin de me répondre, ce qui ne m’étonne pas de sa part. Je l’en remercie, même si je ne partage pas ses arguments, notamment quand il explique que «l’adoption de ce traité fait partie d’un ensemble, d’un compromis nécessaire pour le rééquilibrage de la construction européenne vers des politiques de relance keynésiennes». Je n’y crois pas un seul instant, Keynes et Hayek n’ayant pas vraiment d’atomes crochus…. Je redoute beaucoup ce que je considère comme une volte-face dans le message politique délivré parce que les français, en mai dernier, n’ont pas changé les hommes pour poursuivre cette politique de soumission aux marchés et de promotion du libéralisme exacerbé.

La Grèce, l’Espagne et l’Italie montrent à l’évidence que l’austérité ne résoud en rien les problèmes au contraire. J’aurais apprecié que le nouveau pouvoir, dit de gauche, brise le cercle vicieux dans lequel il s’enferme tout seul, et qui risque fort de le broyer à son tour.

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Ave Marché, morituri te salutant !

Je suis un peu assoupi volontaire en ce moment, mais je ne dors que d’un œil, d’une narine, d’une oreille… Alors forcement, quand on annonce un nombre record de chômeurs, je ne peux que me réveiller. Et la deuxième lame vient de passer avec le confirmation de ce qu’on présentait depuis longtemps : Mittal ferme les derniers hauts-fourneaux de Florange.

Les hauts fourneaux, vu du cimetière voisinCe site est assez emblématique du système mondialisé actuel : voilà un outil rentable qui fait les frais d’une recherche exacerbée du profil quel qu’en soit le coût humain. Depuis 2008, les salariés d’Arcélor-Mittal en ont entendu des promesses et vu défiler des personnalités, avec cet arrière goût de déjà vu : une fin inéluctable. «Ave Cesar, morituri te salutant !».

Arcelor-Mittal maîtrise la totalité de la chaîne depuis l’extraction jusqu’à la transformation du minerai. En réduisant sa capacité de production d’acier face à une demande mondiale en constante augmentation, le magnat indien fait monter les prix et les bénéfices… Un peu comme le cas Sanofi, largement subventionné en France par la Sécurité Sociale, 3ème plus forte rentabilité du CAC40, plusieurs milliards d’euros de dividendes dont la moitié n’est pas réinvestie puisque distribuée aux parasites actionnaires, qui n’hésite pas à annoncer malgré tout la suppression de 2500 emplois.

Je n’ai pas l’impression qu’en France, on se rende bien compte de l’ampleur et de la portée du crime : 3 millions de chômeurs officiels, et certainement beaucoup plus, des annonces et des plans sociaux qui se suivent, des nouvelles peu sujettes à optimisme, pendant que les bailleurs de fonds continuent et amplifient leur razzia. C’est pas la crise pour tout le monde.

On marche tout droit dans les pas de la Grèce et de l’Espagne, ces merveilleux pays pris comme laboratoire d’expérimentation et de mesure de la capacité de résistance des populations face aux remèdes libéraux. Il n’y même plus besoin d’en débattre tant la situation est limpide. Contrairement à Pierre Chappaz, qui croit dur comme fer que le «libéralisme est LA réponse à la crise», chaque jour nouveau montre à l’évidence que le libéralisme est la CAUSE de la crise.

Reste à savoir combien de morts il faudra avant qu’on se réveille.

Crédit photo : Vincent Kessler (Reuters)

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