Rendez-vous dans la rue

Puisque rien n’a fondamentalement changé ces derniers jours, puisque le projet de loi, dit «travail» porté par un gouvernement dit «de gauche» continue d’être le texte de trop, je serai à nouveau dans la rue ce samedi 9 avril. Bien que peu concerné à priori puisque fonctionnaire d’Etat, du moins à court terme, je ne peux que me mobiliser contre la précarisation du monde du travail et la transformation d’une société aboutissant à l’asservissement systématique du salarié.

Parce qu’en fin de compte, les enjeux sont moins une enième reforme du travail qu’une profonde transformation de la société dans laquelle le système dominant convertirait chaque travailleur en un être d’une souplesse incroyable. Vous avez des souhaits, des besoins, des compétences, des exigences ? Oubliez-les ! Seul le MEDEF sait ce qui est bon pour vous, et surtout pour lui. Ainsi pour vous utiliser, et grâce à un gouvernement socialiste, nul besoin de votre accord, ni même de réfléchir, et encore moins de vous plaindre si votre nouveau Maître ne respectait pas le peu de réglementation qui reste… Et ne parlons pas de salaire, estimez vous juste heureux de travailler un peu, par ci, par là, car la denrée est rare.

Séparation de l'Etat et du MEDEFEt surtout, ne pensez pas qu’il s’agisse d’une caricature. Comme pour la fraude fiscale ou l’ampleur révélée chaque jour qui passe dépasse l’entendement, notre environnement professionnel vire lentement mais sûrement, dans des proportions dont nous peinons à mesurer toutes les conséquences. Dans le même temps, les montants mis au frais dans les paradis fiscaux sont délirants jusqu’à l’écoeurement quand on les mets en perspective des efforts et autres chantages demandés aux salariés dans les différentes mesures de sauvegarde de l’emploi ou de flexibilité exacerbée.

Ainsi, pendant que vous renoncez chaque année à vos droits élémentaires, quand votre salaire est diminué sous de vils prétextes, quand vos protections sociales sont révisées à la baisse et détricotées chaque année davantage, des milliards naviguent au loin pour constituer des sociétés fictives en charge d’évaporer la fortune des puissants au yeux du monde.

Juste un rapide rappel : le déficit de la France s’élevait à 85,7 milliards d’Euros en 2014, et 77,4 en 2015. Pile poil le montant estimé de la fraude fiscale française chaque année. Ce qui voudrait dire que sans voyous financiers, il n’y aurait aucun déficit, ni pour les caisses de retraire, de sécurité sociale et de chômage… Le problème est bien que dans cette très petite minorité qui se livre à ce pillage de fonds publics, on trouve quelques dirigeants politiques mais surtout nombre de sympathisants du MEDEF et de décideurs qui sont à l’origine de lois indignes comme la loi El Khomri. Au train ou vont les choses, l’étape suivante s’appelle le retour à l’esclavage.

Le samedi 9 avril est le moment pour exprimer cette colère sourde et de rappeler quelques vérités fondamentales. Et il y a vraiment besoin de le faire en nombre. Les motifs ne manquent pas. Si seulement toutes les victimes du système que sont les précaires, les chômeurs, ainsi que tout ceux qui se sentent opprimés, brimés ou harcelés par leur hiérarchie, dont les conditions de travail sont détestables, qui font l’objet de chantage à l’emploi, ou qui simplement se sentent mal à l’aise pour se mettre en grève en semaine, si tout ce monde pouvait venir défiler ensemble plutôt que de faire ses courses dans les temples du dieu fric.

Samedi, il n’y a plus d’excuse, on est libre. Pour l’heure, les loups ne gardent pas encore le troupeau. Quand ils seront installés, ce sera nettement plus difficile.

Allons esclave, debout, debout

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Alors bonne année…

On n’échappe pas à une tradition aussi séculaire : après les agapes et leurs lentes digestions, le cérémonial des vœux de bonne année est incontournable. On sert les pognes par ci, on claque une bise par là, un franche accolade encore ici, et même avec des gens que d’ordinaire on apprécie guère. Une bonne année, une bonne santé, avec aussi du pognon ! Des vœux pieux, évidemment…

Heureusement, je repère bien vite ceux qui sont de pure forme. Ils sont les plus mielleux, croisant un sourire béat à une emphase ridicule. Et dans ce domaine, les personnalités politiques, comme celles placées haut sur l’échelle sociale, excellent. Ils nous promettent chaque année le meilleur, mais toutes se ressemblent, avec cette maxime en dogme absolu, et qui fait toute la différence : «dites nous de quoi vous avez besoin, on vous expliquera comment vous en passer»…

2014Quelques minutes après les vœux aux français de François Hollande, cette pitrerie de Coluche m’est revenue en tête. C’est donc un président qui se dit à gauche qui propose de refaire confiance aux entreprises pour qu’elles embauchent, avec en contrepartie, un allègement significatif des charges et une réduction toute autant significative de la dépense publique. Mais bien sûr… Sur le coup, je n’étais pas bien sûr de ce que j’avais entendu. Après le Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi (CICE) attribué sans aucune contrepartie – on voit bien comment la mesure a dopé l’emploi – , voilà une annonce qui ressemble à un nouvel abandon de ceux qui ont porté Hollande aux affaires.

Charges, encore des charges, toujours des charges, on n’entend plus que ce mot qui alimente tous les fantasmes pour la compétitivité du pays. On oublie un peu vite que les fameuses «charges sociales» représentent d’abord une portion non négligeable du salaire. Mais son versement au travailleur est en somme «différé» et sert d’abord à alimenter les système de solidarité en contrepartie de droits dont les effets peuvent être immédiats (chômage, maladie, accidents du travail) ou à terme (retraite). Alléger ces fameuses charges revient dont à baisser purement et simplement les salaires. Ou de laisser la charge de ces salaires différés à la collectivité. En exonérant les entreprises des cotisations sociales, on ne fait que creuser les déficits publics puisque les droits sont acquis, et qu’à ce titre, il faut bien payer la protection sociale, les allocations et les retraites.

Si on cumule à ce petit cadeau une réduction de la dette publique, la boucle est bouclée : on réduit de fait les salaires en baissant le montant des prestations, on entrave l’action de l’Etat dans ses missions des contrôle et de régulation par la suppression d’emploi public, et on va donner à la droite libérale et conservatrice tout ce qu’elle demande. Parce qu’il ne faut pas se leurrer : moins de dépense publique, c’est rogner sur les retraites, mouvement déjà bien entamé, c’est réduire les prestations sociales, mouvement également en cours, c’est supprimer les subventions aux associations, c’est étrangler le service public pour le remplacer par des entreprises privées qui sauront se faire grassement rémunérer. Cela ne concerne évidemment pas les projets pharaoniques de quelques élus mégalomanes, certains cadeaux fiscaux aux puissants du monde, et les «sauteries aux petits fours» des très hauts fonctionnaires.

Le plus agaçant dans cette histoire est que la cerise arrive sur le gâteau alors que l’UMP en tant qu’opposant politique est complètement muet, trop occupé par la lutte intestine qui sévit à sa tête. Le manque de compétitivité et le chômage sont savamment entretenus et résultent d’abord de l’accaparement de la richesse par la haute finance et ses ayant-droits, en soustrayant les montants normalement dévolus à l’investissement pour alimenter les dirigeants, les rentiers et les actionnaires. De ce coté, pas de crise : Les stations d’hiver ont fait le plein pour les vacances…

Alors bonne année puisqu’il le faut. En tant que petit fonctionnaire, je sais à quoi m’attendre pour cette année. Elle commence d’ailleurs bien : un récent déménagement forcé d’un bâtiment adapté vers un taudis immonde et confiné dans la poussière a considérablement fait évoluer mes conditions de travail au point de ne plus pouvoir exercer mon métier dans les règles de l’art. Tout cela ressemble à s’y meprendre à un sabotage venu de l’intérieur.  Et pourtant, dans ses vœux tous frais, mon big-boss me souhaite le meilleur dans un monde de bisounours. Qu’il se les taille en pointe, et se les mette ou je pense…

Bonne année sincère à tous les LB et à vous qui passez ici.

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3 jours au calme

Le voyage en bus quotidien à destination du lieu universel d’épanouissement personnel se fait souvent en mode semi-éteint. Une lutte sourde fait rage afin de garder une attitude digne et plus ou moins verticale pendant que le chauffeur au volant d’un engin articulé en termine avec sa spéciale de rallye. Et ce n’est pas tous les jours facile. Mais ce matin, une bâche garnie de caractères géants a accroché mon regard vague : «Ouverture exceptionnelle lundi 11 novembre». Vu la taille, c’était difficile de ne pas tomber dessus.

Ce qui m’a attiré dans l’affaire, c’était bien le mot «exceptionnel» car cette bâche était déjà tendue la semaine passée, pour le 1er novembre, avec le même message. Dans le contexte actuel et l’agitation provoquée par tous ces gens dont le besoin impératif est de travailler les jours traditionnellement destinés à faire autre chose, il faut bien avouer qu’il n’y a plus rien d’exceptionnel dans cette situation. Je me rappelle juste que nos aînés se sont battus jusqu’au sang pour obtenir ce qui nous semble malgré tout assez naturel, mais qui devient aujourd’hui un acquis plus que fragile.

Je vois bien le monde changer autour de moi. Il n’évolue pas forcément dans le sens que je souhaiterais, ce qui m’amène, toutes proportions gardées, à réfléchir sur ce que je peux apporter dans le tourbillon quotidien. En matière de remise en cause des jours non travaillés comme le repos dominical, légalement chômés ou fériés, ne souhaitant pour rien au monde travailler ces jours là, je me vois mal me rendre dans un commerce un jour férié quel qu’il soit, comme ce 11 novembre. Malheureusement, pour l’immense majorité, la cohérence des actes et des idées semble être une abstraction extraterrestre. De l’avis général, il y a bien peu de volontaires pour travailler ces jours là, mais à en juger par l’encombrement des parkings, les supermarchés étaient pleins le 1er novembre… Comprenne qui pourra.

Parking d'hypermarché un jour férié, consternant...La chose est d’autant plus prégnante que dans mon environnement professionnel, la question se pose et revient à la charge avec un lourde insistance tous les jours depuis 2 mois, pour savoir si, de notre plein gré évidemment, nos minutes de cerveau disponible et laborieux et nos bras mécaniques le seraient également dans des tranches horaires passablement élargies. Le tout sans compensations, cela va de soi.

L’exceptionnel dans cette affaire est l’énergie mise en œuvre pour faire accepter – plutôt qu’imposer, d’où la notion habile de «volontaires» – une tel changement dont on perçoit finalement assez mal l’intérêt si ce n’est de commencer le dépeçage du code du travail, jugé comme trop protecteur pour la classe ouvrière. Dans mon job pourtant opérationnel, il n’y a aucune justification technique ni même organisationnelle, aucune valeur ajoutée à un tel remaniement. Par solidarité, on pourrait commencer à discuter s’il y avait des embauches à la clef, mais cette éventualité est fermement exclue. Par contre, les discussions qui se développent autour du sujet avec la hiérarchie montrent la véritable nature du dialogue dit social, teinté d’agressivité mal contenue et de menaces à peines voilées… Il n’y a pas à dire, c’est beau le progrès.

Depuis 2 mois, j’emporte malgré moi, tous les soirs, un peu de cette tension malsaine qui finit par se répandre dans mon entourage privé. Je compte beaucoup sur ces 3 jours de repos bien mérité, sans supermarché ni magasin de bricolage, à lire, à me préparer comme tout lyonnais qui se respecte au derby avec le voisin vert en compagnie de quelques copains, et à me préparer une fricassée de champignons fraîchement ramassés dans les bois environnants. Quel programme alléchant.

Dire que l’avenir, qu’on nous promet toujours meilleur, pourrait m’en priver…

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Toujours plus

Je ne sais plus s’il faut parler de nouveauté, de scoop ou de buzz, à moins que ce soit un simple marronnier dont la presse a le secret : «44 % des foyers fiscaux ont vu leur impôt sur le revenu augmenter en 2013» annonce le journal Le Monde ce matin. En fait, cela fait bien quelques semaines, quelques mois, plus d’une année même ou aucun jour n’échappe à un titre accrocheur ou une déclaration ravageuse d’un homme politique sur la hausse honteuse des impôts.

Je fais donc partie intégrante de cette catégorie, car ma contribution aux charges de l’Etat a effectivement augmenté cette année. Et avant qu’Alzheimer me gagne, il me semble bien que c’était le cas l’an passé, et le précédent aussi. Pour faire court, cela fait au bas mot 32 ans que je paye des impôts, et que la somme que j’abandonne au Trésor Public est chaque fois plus importante. D’un côté, je pourrais ainsi, moi aussi, faire un titre ravageur sur l’escroquerie manifeste et continue de l’Etat spoliateur. Mais de l’autre, il faut reconnaître que s’il en est ainsi, c’est que je gagne ma vie, que je participe à la vie de la cité à la hauteur de mes revenus dans un système qui, à priori, est redistributif envers ceux qui n’ont pas ma chance…

Tout augmente !Je ne devrais plus, mais j’ai la faiblesse de croire encore que cette manne sert principalement, selon moi, pour faire fonctionner des services dits publics d’éducation, de santé, de justice, de distribution d’eau et d’énergie, pour activer des solidarités, pour que tout le monde puisse être préservé de la misère, la vraie, celle qui crée des camps abominables comme en Afrique, en Inde ou ailleurs. Oui, c’est volontairement réducteur, et j’entends déjà les cris d’orfraie évoquant cette masse bien grasse de vils profiteurs d’un système dévoyé qui dépouillent ceux qui travaillent, qui s’échinent jusqu’à l’épuisement, qui amassent, qui méritent… La misère, personne ne la mérite…

Comme toujours, de l’angélisme à la réalité, il y a un gouffre. Et l’amalgame n’est pas loin. Les margoulins pullulent, avec des fortunes diverses. Entre les profiteurs inévitables, les escrocs à la petite semaine, qui tirent parti de tout ce qu’ils peuvent (8 à 10 milliards d’euros par an) et les spécialistes de l’optimisation fiscale, l’autre nom de la fraude fiscale (60 milliard d’euros par an, rien que pour la France, estimation basse), tous exploitent les failles d’un système ou l’on a sciemment dépouillé les services de contrôles. La nature, qui a horreur du vide, aidé en cela par l’état de crise perpétuel, a fait le reste.

Et pourtant, sur le papier, quelle belle idée que celle où l’on contribue équitablement aux charges de la nation à hauteur de ses revenus et de ses charges par une progressivité alambiquée. Une quasi utopie qui a plus ou moins bien fonctionné pendant les 30 glorieuses avant que le gratin de la société conservatrice y trouve ombrage au lendemain du premier choc pétrolier, puis avec l’arrivée de la gauche au pouvoir. Depuis, le consentement à l’impôt a été mis à rude épreuve, avec pour point d’orgue, les lois assez incroyables permettant aux premières fortunes du pays de se faire remettre de la part du trésor public des chèques libellés en millions… Et ce, en pleine déconfiture économique !

En cette période, je trouve malvenu tout ce tapage. Surtout quand on voit d’ou il vient. N’allez pas croire cependant que je saute de joie, que je remets mon obole à mon percepteur en lui faisant une bise sur le front. Si la France en est là, si le gouvernement Ayrault est contraint à cette extrémité, à la veille d’une échéance électorale importante, c’est qu’il faut, entre-autre, payer les dettes de bringues et de jeux de l’équipe précédente. La aussi, il faudrait veiller à ne pas l’oublier, et se rappeler d’ou l’on vient.

Pour revenir au sujet, si seulement 44 % des foyers ont vu leur imposition grimper, cela signifie, à la manière de Jean-François Copé commentant un taux de grévistes, que 56 % paient moins d’impôts que l’an passé. Mais bizarrement, ce chiffre ne suscite aucune observation. Pour ma part, la somme à payer est en progression constante. C’est ainsi. Mais dans ce maelström de chiffres, il y en a un qui, pour la première fois en 32 ans, a baissé. C’est le montant que j’ai déclaré en rétribution pour 2012 comme fonctionnaire d’Etat.

Comme quoi tout arrive.

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Pas content

«Les fonctionnaires sont une nouvelle fois en grève» ai-je distingué ce matin dans une discussion au loin, avec une pointe manifeste d’agacement, entre le ronronnement mécanique habituel et les bips stridents qui découpent chaque voyage en métro. Effectivement, les quelques 5 millions d’agents publics sont appelés à cesser le travail ce jour pour protester essentiellement contre les suppressions d’emplois qui pèsent dramatiquement sur les conditions de travail, et sur les rémunérations qui engendrent un perte sévère de pouvoir d’achat.

Et pourtant, je ne suis pas en grève. N’allez pas imaginer une seconde que c’est par esprit de soutien au gouvernement actuel. La raison est bien plus terre-à-terre : je n’en ai plus les moyens. Jugez vous même. Les chiffres ci-dessous sont issus de l’INSEE. Depuis 2000, et sans évoquer l’invisible hausse lié au passage à l’euro, c’est au moins 16,70 % de pouvoir d’achat qui manquent, soit une dévaluation de mon travail qui pourtant, a considérablement évolué en technicité et en productivité, le tout sous les dénigrements et les coups infligés par le sarkosysme délirant en proie aux poncifs coutumiers liés à cette catégorie de salariés. Depuis 2011, il n’y a eu aucune augmentation de salaire alors qu’autour de moi, les prix de l’alimentaire le plus courant s’affolent, ceux de l’électricité et du gaz explosent, ceux des transports et des services s’envolent. Et j’en oublie…

Année Variation du
salaire brut
Inflation Résultat
2000 + 0,5 % le 1/12 + 1,70 % – 1,20 %
2001 + 0,5 % le 1/05 + 1,70 % – 0,70 %
+ 0,5 % le 1/12
2002 + 0,6 % le 1/03 + 2,20 % – 0,90 %
+ 0,7 % le 1/12
2003 rien… + 2,20 % – 2,20 %
2004 + 0,5 % le 1/01 + 2,10 % – 1,60 %
2005 + 0,5 % le 1/02 + 1,80 % =
+ 0,5 % le 1/07
+ 0,8 % le 1/11
2006 + 0,5 % le 1/07 + 1,60 % – 1,10 %
2007 + 0,8 % le 1/02 + 2.60 % – 1.80 %
2008 + 0,5 % le 1/03 + 2.80 % – 2,00 %
+ 0,3 % le 1/10
2009 + 0,5 % le 1/07 + 0,90 % – 0,10 %
+ 0,3 % le 1/10
2010 + 0,5 % le 1/07 + 1,80 % – 1,30 %
2011 rien + 2,50 % – 2,50 %
2012 rien + 1,30 % – 1,30 %
2013 déja annoncé : rien + ? % – ? %
résultat – 16,70 %

Non je ne suis pas en grève. Je passe mon tour, j’ai déjà donné, et plus que de raison. Un nouveau jour unique à se compter, ça ne sert à rien. Il y a juste un foyer de quatre personnes dont une lycéenne et un ancien étudiant aujourd’hui diplômé sans emploi et sans indemnisation, qui gère ses priorités et ses privations à l’euro près. Un seul jour manquant en fin de mois, que ce soit pour une journée de carence, le joli cadeau du gouvernement précédent, ou une journée de grève, ce n’est simplement pas envisageable.

Je continuerai donc à me débattre jusqu’à mon hypothétique mise à la retraite dans cette armée mexicaine où l’on décide de remplacer deux agents d’exécution payé 1800 euros en fin de carrière par un cadre A++ et qui émargera joyeusement à plus de 4000 euros hors primes sans jamais mettre le moindre doigt dans le cambouis, et dont la seule fonction de management est d’entraver le planning de toutes sortes de tâches annexes sans lien ni utilité avec la mission. Et le résultat est garanti : il y a effectivement moins de fonctionnaires, mais la masse salariale et le salaire moyen ont sensiblement augmenté, ce qui, en ces temps de disette, permet encore et toujours à l’idéologie libérale de désigner cette catégorie nantie à la vindicte populaire. Cela cache surtout d’énormes disparités dont les moyennes se foutent, et les dirigeants politiques aussi. D’ailleurs, la fameuse prime de résultats instaurée par le clan Sarkozy, la prime du pseudo-mérite, a été refilée qu’aux très hauts dignitaires, déjà fortement rétribués. Les vrais méritants, les exécutants du bas, ceux qui produisent, qui font le job, et subissent les effets du dépouillement des moyens et de la crise n’ont que le mépris à se partager.

Pas en grève ne veut pas dire satisfait de son sort, et le gouvernement Ayrault, qui va évidemment minimiser les chiffres, serait bien inspiré de tenir compte de l’avertissement d’un monde un peu dépité et résigné, mis où domine surtout un fort sentiment d’injustice et de colère qui peut très rapidement devenir très bruyant et pressant.

Ce serait dommage, car rappelons-nous toujours et encore d’où l’on revient.

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Fuite en avant

J’ai parfois de drôles de lectures. Comme si je n’en avais pas assez à parcourir les billets des copains présents dans ma «blogroll», je me suis volontairement aventuré au delà de la ligne jaune, celle qui ressemble à la délimitation des deux espaces d’opinion politique de notre pays. Il y a de l’autre coté des choses intéressantes et quelquefois bien dites, mais globalement, je ne peux m’empêcher de percevoir dans leur expression, au delà de l’amertume d’avoir perdu le manche, une forme d’égoïsme extrême quand il s’agit d’évoquer la manière de combler les déficits des Etats.

Non aux coupes budgétaires en EspagneCe genre d’attitude est un peu problématique parce que cela ne cadre pas avec les valeurs qui fondent notre société au sens large. Dans le pays des Lumières et des Droits de l’Homme, il y existe des éléments de cohésion sociale plus développés qu’ailleurs avec des dispositifs de solidarité et d’assistance nés de luttes épiques et de la volonté de grands hommes. Hélas, tous ces beaux principes volent en éclat au moment où, justement, face à l’adversité, cette belle société devrait se resserrer et se protéger collectivement.

Au-lieu de cela, on se divise, on attaque, on rappelle toujours et encore les effets des années Mitterand. Depuis, rien de ce que l’Etat met en œuvre n’est rentable, hôpitaux, école, sécurité sociale, même la SNCF… On fustige les socialistes oeuvrant ici et ailleurs en Europe, qui prennent tout aux riches sans rien changer dans leur gouvernance dépensière, laxiste et irresponsable. On déclame d’un ton professoral que le problème des déficits ne sera jamais réglé puisqu’aucune des «mesures structurelles» indispensables n’est prise pour réduire les dépenses et amorcer la croissance. Je ne mets pas de liens sur ce style de sources, nul besoin de leur faire de la publicité. C’en est parfois abjecte de bêtise et d’individualisme. Quand on est riche et en bonne santé, c’est évidemment plus facile.

Reste le dernier argument, et non des moindres : «à force de les taxer, les riches vont fuir». Donc contribuer à la hauteur de ses revenus, une autre base de notre société, se révèle être une autre douce chimère. Depuis la brutale secousse de 2008, je vois bien dans mon entourage que les gens aisés n’ont en rien changé leurs habitudes de consommation, comme si la crise n’avait quasiment aucune prise sur leur train de vie. Il ne faut rien leur demander, au risque de les effrayer. Il vaut mieux se rabattre sur les chômeurs, les précaires, les fonctionnaires, pleinement concernés par les fameuses mesures structurelles. Ceux là ne risquent pas de traverser la frontière suisse ou luxembourgeoise avec une valise en croco. De surcroît, déjà passablement étranglés, ils ne descendront même pas dans la rue pour protester contre l’inégalité de l’effort à consentir.

Sauf en Espagne, où les manifestations spontanées sont devenues impressionnantes. Les commentaires qu’on y entend font preuve de détermination et d’une grande maturité : oui il y a crise, oui il faut payer, oui on paye, mais pas n’importe comment, et il faut que tout le monde en fasse autant, et surtout ceux qui ont provoqué cette situation… Ce qui est très loin d’être le cas aujourd’hui.

C’est là toute la difficulté. Réduire les indemnisations du chômage, les retraites, ponctionner de 15% un salaire de 1.500 euros, c’est brutal, non-négociable, et terriblement douloureux. Mais augmenter la pression fiscale dans les mêmes proportions envers la bourgeoisie, c’est totalement impossible sinon ils se délocalisent. Visiblement, ce doit être un véritable catastrophe de changer l’Audi tous les 3 ans au lieu de 2… Avec de tels principes, la situation ne risque pas de s’arranger.

Le menu ce soir : le 20 du mois, c’est jambon – pâtes au beurre, sans beurre.

Crédit photo : © AFP – Dominique Faget

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La paille et la poutre

Ce billet sera le dernier. Je veux dire le dernier d’une ère bientôt révolue. Dès le 6 mai 20 heures, un monde va s’écrouler, un autre va s’y substituer. Après pas mal d’années d’errances à ronger notre frein, après maintes brimades et humiliations, après tellement de mensonges et de malhonnêtetés, on sortira du brouillard, comme quand on quitte la clinique après une opération de la cataracte : le monde est soudain bien plus lumineux bien que passablement flou. Hollande n’est pas mon poulain. Il a cependant l’immense qualité de pouvoir éjecter le malfaisant actuel, et faute de mieux, j’ai sincèrement envie de lui donner une chance.

La petite paille dans les yeux de l'UMPDurant cette dernière semaine de supplice pour les oreilles, l’UMP a jeté toutes ses forces dans la bataille pour tenter d’inverser la tendance menant à une déculottée mémorable en se polarisant avec une énergie hors du commun sur le seul domaine de l’étranger «musulman». Comme si les difficultés du moment trouvaient toutes leur origines sur ce seul point. Mais comme l’appel du pied envers la fachosphère ne donne que peu de résultats, surtout après le calamiteux débat du Lider Minimo, voilà que les roquets de service abondent dans la production de petites phrases bien cinglantes.

A les entendre, même sans les sortir de leur contexte, on dirait l’évocation parfaite du quinquennat finissant : «brutal», «qui promet tout et n’assume rien» (Morano), «incompétent et manquant de courtoisie» (NKM), «hyper agressif» (Copé), «arrogant et imprécis» (Bertrand), «mauvaise foi et mensonges» (Estrosi), «décalé des réalités du monde d’aujourd’hui» (Lefebvre)…En fait, elles sont impressionnantes tant elles cadrent avec les 10 années d’exercice de l’actuel pouvoir. Cela devient même un jeu de voir à quel point les arguments se retournent, et Benjamin Lancar, le patron de la jeunesse pop dorée, à au pire 6 fois mon salaire mensuel pour un vrai «faux travail», fait figure de virtuose dans ses nombreuses évocations du candidat de la gauche.

Parce que clamer que «la gauche a abîmé la République» après avoir autant brutalisé les plus faibles, calomnié les chômeurs qui sont d’abord les victimes d’un système dévoyé, vilipendé les syndicats, stigmatisé les fonctionnaires, méprisé les smicards, craché sur les étrangers, saccagé les dispositifs protecteurs nés du Conseil National de la Résistance, dépouillé la classe dite moyenne, insulté les passants, est une attitude responsable, d’un dignité telle qu’il faudrait accorder sa confiance pour ces 5 prochaines années ? Comment la gauche aurait-elle pu l’abîmer au moment ou le président mettait les institutions à sa main, en se faisant voter des lois sur mesure, en plaçant ses valets serviles aux postes clefs, en courtisant des dictateurs pour qu’ils participent à l’enrichissement du premier cercle de copains ? On remarque la paille, on oublie la poutre… Un grand classique.

Allez, cette mission s’achève, c’est la rentrée dans l’atmosphère vivable. Black-out et silence radio jusqu’à la reprise du signal, et la grande fête…

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Les rats et le navire

A l’annonce de la dégradation de S&P avec perspective négative, faut-il le rappeler, j’ai vu, entendu et lu de tout ce week-end. La blogosphère s’est surpassée, décrivant avec délice un épisode bien connu de tous les cancres lors de la remise du carnet de note scolaire aux parents, entre les remontrances du paternel excédé et les tentatives d’avancer des excuses crédibles par un élève qui sait pertinemment l’ampleur des ses manquements. La sanction est tombée. Franchement, elle nous pendait au nez depuis un petit moment.

Il y a des capitaines qui frôlent trop les côtes et qui conduisent leurs bateaux sur les récifs...Je ne vais pas en rajouter une couche, elle est déjà bien assez épaisse. Ce qui m’intéresse, c’est la suite. Après une longue période de prostration, le Lider Minimo a annoncé vouloir parler aux français à la fin du mois, pour leur annoncer les décisions importantes qu’il faut prendre sans perdre de temps… Il n’en fallait pas plus pour moi pour tenter d’imaginer ce que pourrait être ces nouvelles réformes de l’ultime dernière chance de sauver ce qui peut l’être.

Il me faut donc me mettre dans l’idéologie de cette droite au pouvoir depuis une décennie, et chercher ou il est possible encore de gratter sans gêner les copains, évidemment. Allons, courage, ce n’est pas difficile, les thuriféraires de l’UMP ont largement balisé le chemin : pour stopper l’hémorragie, il faut tailler dans le code du travail, et dans la dépense publique.

Le principal credo pour être à nouveau compétitif, c’est baisser le coût du travail. L’UMP n’a cessé de le dire, il faut abolir la semaine de 35 heures, il faut supprimer les charges, et tant qu’à faire, revenir également sur la 5ème semaine de congés payés… Peu le savent, mais la France est le pays à la plus forte productivité horaire. Dans ce contexte, rallonger le temps de travail sans contrepartie n’est rien d’autre qu’une mesure de baisse généralisée des salaires. La différence, comme lors d’une baisse de TVA, je sais dans quelle poche elle ira s’engouffrer.

Même topo concernant les fameuses charges, qui constituent en fait un salaire différé (retraite) et une participation aux solidarités (retenues maladie, chômage, etc…). Leurs remise en cause fragiliserait encore davantage une société de plus en plus individualiste, mais au plus grand bénéfice des employeurs et actionnaires. Si, dans le même mouvement, il était possible de «réguler» le mouvement syndical, d’introduire un peu plus de flexibilité, et de fermer le robinet de l’assistance, ce serait assurément un mandat enfin bien rempli.

Il reste encore un levier à actionner, très efficace en matière d’économie : en s’attaquant directement à la paye des quelques 5 millions de fonctionnaires, on réduit visiblement la dépense publique. Ce poste représente un peu plus de 40% du budget de l’Etat, et 12% du Produit Intérieur Brut du pays… Baisser leur salaire, «c’est une idée qui n’est pas du tout absurde», a estimé très récemment Agnès Verdier-Molinié, la directrice de l’IFRAP. «Il faut savoir que 5% de baisse sur les salaires en France laisseraient espérer une économie de 4 à 5 milliards d’euros. Donc c’est pas du tout inimaginable, surtout quand on sait à quel point il est difficile dans notre pays de réaliser des économies». Electoralement, comme les fonctionnaires votent assez majoritairement à gauche, la mesure est neutre. Mais elle devient vite payante en tant que signal vers la fraction de population de droite déçue par l’inaction du monarque. Un bon coup de pied au cul à ces fainéants va assurément faire plaisir dans bien des chaumières.

On verra bien fin janvier. En attendant, les rats sont encore sur le navire. Babord est toujours hors de l’eau, le reste baigne, et le capitaine, quelque part, mégalomane, fier comme un coq de combat, ergots dressés contre toute critique, est encore à la manœuvre. Il vient de fracasser son jouet sur les rochers. Pendant ce temps, les passagers, en bas, se battent pour tenter se survivre, piétinant les enfants sur le chemin des canots de sauvetage. Les procédures de secours, les protections, les gilets, les consignes de bon sens, il y en avait. Mais faute de les entretenir, parce qu’on a décreté que cela coûte cher, que cela ne sert à rien, parce cela empêche de faire du «business», du fric, toujours plus d’oseille, on a arrêté, et on a fermé les yeux sans réagir. Maintenant, que chacun se débrouille, ou crève.

On a 97 jours pour rectifier le tir.

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Chacun doit payer

Alors qu’on a pas encore fini d’analyser complètement les conséquences du dernier plan de rigueur, voilà qu’en coulisse, certains députés UMP en font des tonnes, allant jusqu’à proposer que la représentation nationale, à titre d’exemple, réduise ses émoluments de 10%. Du coup, la mesure, somme toute symbolique, est une vrai rupture, mais laisse imaginer jusqu’où le prochain plan va nous mener…

Participer ou non à réparer le bordel qu'on a semé, telle est la question !Le salaire d’un député passerait ainsi de 5.200 à 4.500 euros nets, auxquels il faut rajouter les invariables 6.200 euros de frais de représentativité, sans parler de la multiplication des pains des cumulards… La proposition émane de Lionnel Luca, député UMP des Alpes-maritimes, qui se justifie : «on est dans une situation difficile, comme jamais depuis la Seconde Guerre mondiale. Je ne peux pas dire à mes concitoyens de faire des efforts et m’en exonérer». Courageux et louable en cette période troublée…

L’économie réalisée serait de 5 millions d’euros. Mais la proposition a des détracteurs, et pas seulement à droite. Parmi les aboyeurs de service, il y a surtout l’ineffable Jacques Myard, député des Yvelines, un habitué de la défense de causes foireuses. Selon lui, le salaire des députés est «amplement mérité», annonce qu’il travaille «7 jours sur 7», et que la mesure ne serait que «pure démagogie».

Sur ce dernier point, il n’a peut-être pas tord. Par contre, rejeter l’exemplarité que constituerait le parlementaire en période de crise est caricatural. Si c’est son droit le plus strict de refuser une mesure qui lui semble préjudiciable, je souhaite juste lui rappeler que les ouvriers, en pareil cas, n’ont guère le choix quand on leur annonce au mieux une baisse de salaire, une perte de leur droit à congés, au pire la suppression de leur emploi… Crise ou pas crise, ils s’y plient sans discussion possible, de gré ou de force ! Et un ouvrier n’émarge pas à 10.400 euros mensuels…

Messieurs les députés, sénateurs et autres bénéficiaires des largesses de la République, votre mesure est effectivement démagogique. Que vous défendiez vos exorbitants privilèges et votre train de vie avant tout autre chose est compréhensible, mais du haut de vos rémunérations hors-normes, votre attitude de refus est indécente et méprisante envers ceux que vous contraignez chaque jour davantage. D’ailleurs, cette évocation des baisses généralisées des salaires n’est pas innocente, et je pressens qu’il ne faudra guère attendre longtemps avant que la mesure soit sérieusement envisagée comme la nouvelle seule solution possible…

Pour n’avoir pas fait son boulot de contrôle de l’exécutif, moins 10%, c’est vraiment la moindre des choses…

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La vengeance

Cela fait des années, des dizaines même, où j’entends prononcer les mêmes logorrhées : c’est la crise, le pays vit au dessus de ses moyens, il n’est plus possible de continuer ainsi. Depuis que je travaille, soit depuis 30 ans, les crans sur la ceinture ont bougé, et pas qu’un peu, mais pas dans le sens voulu, au propre comme au figuré… Je consomme dans la limite de ce qui m’est possible de faire, sans fantaisie aucune, et contribue normalement aux charges de la Nation. Je ne peux vivre à crédit et paie tout, sans aides, au prix fort. Je compte tout à l’euro près, et empile de plus en plus fréquemment des renoncements qui se transforment dans la durée en sacrifices chaque fois un peu plus douloureux. Mon livret A, comme seule épargne, a un solde positif de 0,65 euros… Mais de quoi suis-je donc coupable pour reprendre un nouveau coup de bâton dans les jambes ?

Visiblement, je dois être un dangereux générateur de dette publique. Déjà, je suis petit fonctionnaire, besogneux mais invisible, taillable et corvéable… Mais au delà, ce nouveau plan de rigueur, imposé par la communauté internationale, m’apparaît d’abord comme une reprise en main vigoureuse des peuples au sens large. Parce que les pouvoirs, politiques et financiers, ont été pris d’une peur panique. L’épisode grec du référendum, invitant le citoyen à se prononcer, a sonné comme une terrible remise en cause de leur autorité alors qu’aucune question n’était encore élaborée… Le seul fait d’évoquer la possible expression des «sujets» a soulevé des énergies colossales pour que le 1er ministre grec soit prié de revenir sur sa décision et invité à plier les gaules sans moufter davantage.

Suite présidentielle au Majestic à Cannes, à la rigueur...Le boulet est passé près, et nos politiques ont vite fait de concocter un nouveau plan de rigueur, qui sonne comme une vengeance contre toute velléité d’expression. Les indignés du parvis de la Défense en savent quelque chose, harcelés, puis débarrassés qu’ils sont par les Condés de leur matériel de couchage, ce qui s’apparente soit dit en passant à du vol ou destruction volontaire de biens d’autrui puisque rien n’interdit leur présence pacifique dans espace public… Rigueur, rigueur…

Les milliards à trouver sont censés équilibrer un budget 2012 bancal dès la conception, en raison principalement de la prise en compte d’un taux de croissance fixé au doigt mouillé, mais pas que. Sera ainsi ponctionnée la masse laborieuse qui fait déjà les frais de réformes iniques, qui paie au prix fort l’égocentrisme et la mégalomanie du pouvoir. Mais toujours rien de significatif concernant les niches fiscales. Le dispositif Scellier est certes abrogé, mais les plus importantes, coûteuses et improductives demeurent. Par exemple, la «niche Copé», votée en catimini en 2004 sous l’impulsion du Ministre du budget éponyme. Elle exonère d’impôt sur les sociétés les plus-values encaissées par des personnes physiques ou morales en cas de vente de leurs filiales ou titres de participation détenus depuis plus de deux ans. Elle a coûté au budget de l’Etat, la bagatelle de 9 à 10 milliards en 2007, 2008 et 2009… Pour 2010 bizarrement, le chiffre n’est pas connu. On en ferait bien des choses en abrogeant une disposition des plus inutile et improductive économiquement, qui profite essentiellement à 10 grandes entreprises du CAC40. Mais on préfère faire supporter la rigueur aux salariés.

Je ne suis pas responsable de ces âneries, ces mesures de copinage et d’auto-protection, de passe-droit, de magouilles à peine dissimulées, qui font les fortunes sur du vent en peu de temps, mais j’en paie les conséquences tous les jours. Les systèmes de solidarités se délitent, la protection sociale s’effiloche, les retraites fondent alors que nous payons ces dispositifs de plus en plus chers. Mes enfants dégustent aussi, de manière assez invisible pour l’instant, par le sabotage du système éducatif, les livrant le moment venu «clef-en-main» aux prédateurs du monde du travail, démunis, prêts à consentir à tous les caprices de ces esclavagistes modernes pour s’aligner sur les modèles productifs à la chinoise.

Des efforts, cela fait 30 ans que j’en fais. Un peu plus, un peu moins, je suis rodé, et je n’ai guère d’illusion pour la suite. On se passera de sapin pour Noël, et on s’offrira une orange, comme quand j’étais gosse. Je n’en suis pas mort… Demain, c’est ma paie qu’on réduira, comme en Grèce. C’est déjà écrit : il faut réduire la dépense. Il faudra faire avec, en silence, puisque l’indifférence est devenu le sentiment général. Mais je ne peux pas m’empêcher de voir le monde autour de moi, ces grosses berlines dépasser mon bus matin et soir. Je me demande, le nez collé à la vitre humide, si El Minimo ou François Fillon se rappellent la dernière fois qu’il ont sorti leur chéquier pour payer de leurs deniers leur cantine, leur EDF ou leur gasoil, et comment ils ressentent cette période de disette. Parce que pour moi, avec 17% de perte de pouvoir d’achat depuis 2000 et la rigueur actuelle, c’est ceinture ET bretelles.

Je me demande comment on peut prôner la rigueur en posant ses fesses une seule nuit dans un hôtel pour 37.000 euros, payé par le contribuable. Et à crédit.

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