Réduire la dépense

Certains l’ont remarqué : je suis loin des blogs en ce moment. Peu de sujets me poussent à rompre cet espèce de détachement de la chose politique qui s’est emparé de moi depuis quelque temps. Même si la période est loin d’être aussi rose que je l’aurais espéré, mes coups de gueule du moment et mes emportements ne se traduisent plus en écrits. Mes proches seraient même enclin à trouver qu’une forme de sagesse toute relative s’est enfin réveillée en moi…

Même Toto 1er en plein écran, tentant pathétiquement de démontrer l’implication du pouvoir socialiste dans sa disgrâce, n’a rien provoqué d’autre qu’un sourire amusé, et pour cause : le chantre de la droite dure va tomber entre-autres par simple application des lois LOPPSI 1 et 2 particulièrement liberticides et qu’il a lui-même fait voter… Joli. La racaille, qu’elle soit de bas-étage ou des beaux quartiers, ça reste de la racaille.

Mon sujet du moment est tout autre. Je suis tombé hier sur une dépêche AFP concernant la réforme de l’État, et plus précisément la refonte de ses services informatiques ainsi que la simplification des mesures administratives pour les particuliers. Ce dossier, qui relevait jusque-là du périmètre de la ministre de la Fonction Publique, Marylise Lebranchu, a été confié récemment à Thierry Mandon, secrétaire d’État qui dépend directement de Matignon.

La chose me parle. Je suis même directement concerné puisque je suis informaticien pour un grand ministère régalien. Je vous passe rapidement le côté simplification du sujet. Depuis des années maintenant, les mesures de simplification des procédures sont devenues une priorité absolue dans l’administration française. On simplifie déjà, et à tout va, on rationalise dans tous les sens, mais bizarrement, jamais le quotidien n’a été autant compliqué…

Pour la partie informatique, il s’agit de mutualiser les ressources informatiques de l’Etat et de favoriser la transparence en rendant accessibles les données publiques partout et pour tout le monde. Et pour y arriver, Thierry Mandon n’y va pas par le dos de la cuillère : «l’Etat produit trop lui-même, il y a plein d’entreprises en France sur plein de sujets qui peuvent apporter énormément de réponses très rapides et très qualifiées». En d’autres termes, on externalise vers les grosses boites du privé la fonction informatique de l’État (et on ferme ces services évidemment).

Je peine réellement à voir le gain de l’opération. S’il est parfois nécessaire d’être assisté par des prestataires sur des points précis, ce qui peut apporter des compétences nouvelles, confier tout ou partie de son activité informatique au secteur privé est une manœuvre dangereuse et sans retour. Outre la fin de son indépendance, l’État deviendrait une vache à lait phénoménale pour les entreprises comme Cap-Gémini, Athos, Accenture et quelques autres de cet acabit, qui réalisent déjà de colossaux profits. Si c’est pour donner un coup de fouet au secteur, pourquoi pas, mais quid des collusions et des copinages dans les attributions de ces marchés, et à quel prix ?

A moins que l’objectif poursuivi soit plus terre-à-terre, plus dogmatique dira t-on. En transférant au privé tout ou partie du système d’information, on va réduire un peu la fameuse dépense de l’État puisque la poignée d’agents qui mettaient ce système en œuvre seront privés de boulot. Mais compte-tenu du coût de fonctionnement global, du niveau de salaires de la fonction publique et du faible nombre de personnels concernés, il ne fait pas l’ombre d’un doute que la facture au final va exploser… Pour le contribuable, ce sera encore plus cher.

Ce n’est pas la première fois qu’une telle menace se profile. A chaque fois, une certaine forme de raison et la mobilisation des personnels ont empêché l’inexorable. Face aux coûts d’une sous-traitance qui ne remplissait pas toujours les objectifs fixés, mon administration a procédé récemment à des ré-internalisations significatives. D’autant plus que son personnel est qualifié et formé. En tout état de cause, cela m’embêterai assez que ce soit un gouvernement de gauche qui rince ainsi les grosses SSII.

Hasard du calendrier, mon unité vient d’apprendre qu’elle perdait sa mission principale, au motif notamment, qu’on était «sur-qualifié» (sic).

Va comprendre Charles (c’est mon troisième prénom).

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Exprimez-vous !

«Quand cette personne m’a ouvert, il y avait des cafards sur sa porte, deux enfants dans ses bras, trois autres assis par terre, je ne pouvais pas couper, je ne pouvais pas…» témoigne Jef Duval, 23 ans, technicien clientèle ErDF. Il avait été envoyé par sa Direction pour mettre en place un SMI (service minimum 1000 Watts), c’est-à-dire pour baisser la puissance électrique de cet appartement. L’agent du service public commet alors le seul acte humaniste que lui intime son libre arbitre : il désobéit, ce qui lui vaut une mesure de licenciement votée en conseil de discipline interne de son employeur ErDF le 17 février 2012.

Jef Duval, agent ERDF, un "juste" moderneEn ce jour de premier tour de présidentielle ou tout débat politique est proscrit, les surveilleurs du oueb peuvent aller se gratter. Aujourd’hui je ne parle pas politique, je parle d’humain, je parle de résistance. C’est peu de dire que je suis indigné devant tant de bassesse de la part d’une entreprise naguère publique, qui a dégagé 3 milliards d’euros de bénéfice en 2011. «Nous vous devons plus que la lumière» qu’ils disent…

EDF et ses filiales oublient leurs missions de service public au profit des intérêts financiers de ses actionnaires. Il est essentiel que les salariés comme Jef restent attachés au service public, ne se contentent pas d’exécuter des ordres contraires à la morale la plus élémentaire et prennent en compte l’aspect humain. C’est tout à leur honneur et nos directions ne peuvent traiter ces comportements responsables par la répression, comme elle le fait de plus en plus souvent.

L’accès à l’énergie est un droit rappelé comme suit dans la loi de février 2000 relative à la modernisation et au développement du service public de l’électricité : «[Le service public de l’électricité] concourt à la cohésion sociale, en assurant le droit à l’électricité pour tous». La précarité, qui touche de plus en plus de familles, ne peut priver personne de ce droit ! Jef n’a donc fait qu’appliquer l’esprit de la Loi, malgré les consignes de l’entreprise qui poussent de plus en plus ses salariés à procéder à des coupures sans vérification, sans prise en compte des situations individuelles et des conséquences humaines. Et je n’ai pas parlé du fameux «tarif social», lancé à grand bruit en 2008 par l’actuel gouvernement, et qui n’a toujours pas la moindre réalité dans les faits… Comme beaucoup d’autres choses d’ailleurs !

Cette histoire est une nouvelle preuve qu’une entreprise privée à but lucratif ne peut garantir correctement des missions de service public. Jef Duval est un modèle du genre, un «juste».

Mais pour l’heure, Jef a besoin de nous. Allez signer la pétition pour exiger l’abandon immédiat de la mesure qui le frappe. C’est ici.

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Ca ne sent pas bon

Les lyonnais s’apprêtent à passer quelques journées difficiles. En pleine campagne électorale, un rien puante, voilà que les éboueurs de la ville en remettent une couche, en reconduisant ce matin la grève dans un conflit qui les opposent à la communauté urbaine. La mauvaise mayonnaise prend déjà depuis quelques jours entre les différentes parties, incapables de s’entendre, jusqu’à l’inéluctable : le grève, et son cortège de nuisances.

2ème jour de grève des éboueurs à LyonLes motifs ? Les éboueurs dénoncent la part grandissante attribuée à des entreprises privées de collecte des ordures ménagères. Jusqu’alors réparties à parts égales, la communauté urbaine a défini une nouvelle distribution des tournées de ramassage entre la régie publique et les sociétés privées pour octobre 2012, laissant craindre, selon l’intersyndicale, un «grignotage» progressif de la mission au profit de ces dernières.

Derrière cette histoire, il y a des intérêts subtils, bien cachés, mais qui n’ont pas échappé aux syndicalistes. Les camions privés étant rémunérés au poids collecté, les changements induits ne sont pas complètement neutres, et pour Suez et Véolia, les grands bénéficiaires, on parle carrément de jackpot ! Il y a aussi cette vilaine promesse d’un samedi travaillé sur 2, déjà promis en 2003 et jamais appliqué, et proposé comme avancée en cas de renoncement à la grève. Du grand foutage de gueule… La suite est logique, d’autant plus qu’il a été fait appel à des intérimaires pour faire sortir les camions des protestataires, ce qui a eu pour effet de durcir et radicaliser toutes les positions.

Maintenant que l’affaire est sur la place publique, on retombe dans les poncifs à la mode, les vilains grévistes preneurs d’otage, ces fonctionnaires perpétuels «va-t-en guerre» pour un oui ou un non, réfractaires à tout changement, abusant d’un droit disproportionné, etc, etc… Je suis cette affaire de loin, ni plus ni moins informé que le citoyen moyen. Je ne sais rien de leur paye, de leurs horaires, de leurs conditions de travail, mais ce conflit me parle parce qu’il témoigne de l’état actuel détestable du dialogue social. Malgré les grands discours, il n’a jamais existé. La mode du moment, c’est la brutalité, l’amnésie, la schlague : vous pliez, sinon on vous casse. Joli projet de société. On ne dirige pas une collectivité ainsi. Et encore moins un pays.

Il risque fort d’y avoir de grandes répercussions dans les rue lyonnaises. Et alors ? Ne cédons pas à la facilité de vilipender les grévistes car ils sont autant victimes que l’usager. Il n’est question ni de salaires, ni de défendre un quelconque droit ou acquis, il est question du service public, de conserver son boulot et de ne pas favoriser outrageusement un mastodonte déjà riche à millions.. De l’autre côté il y a Gérard Collomb, Maire de Lyon et Président du Grand-Lyon, la communauté urbaine, et ponte du parti socialiste. Sa manière de gérer cette affaire me hérisse et le signal envoyé est inquiétant : cela augure mal de la manière dont le PS va gérer le pays après le 6 mai. Il serait bon d’y mettre un peu plus d’humanité, de justice et de sagesse. Il serait bon de remettre enfin les grands groupes de pression à leur place. Vraiment. Il serait bon de se parler, d’être responsable avant d’en arriver à de telles extrêmes. Monsieur Hollande, j’aimerai beaucoup vous entendre sur le sujet.

«Désormais, quand il y a une grève en France, plus personne ne s’en aperçoit.» Avec ce genre d’affirmation, c’est sûr, on a fait un grand pas, en arrière !

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Grands malades

J’ai entendu ce matin à la radio quelques unes des conclusions extraites d’un rapport d’une Chambre Régionale des Comptes au sujet du coût d’un projet informatique d’envergure mené par l’Assistance Publique – Hopitaux de Marseille (APHM). Engagée en 2005, cette opération aurait évaporé quelques dizaines de millions d’euros pour rien, puisque tout a été arrêté devant l’incapacité de rendre le service attendu.

Hopital de la TimoneLe rapport pointe un nombre de dysfonctionnements particulièrement importants qui me parlent puisque, en fait, c’est quasiment mon quotidien qui défile dans les pages du rapport. En effet, depuis 20 ans en services informatiques d’un grand ministère régalien, je suis confronté aux incessantes restructurations, schémas directeurs et autres projets structurants qui influent directement sur ma manière de rendre un service opérationnel pour mes collègues, et surtout pour l’usager. Le fameux service public.

Pour l’APHM, la Cour fustige, entre autres, l’absence de comité de pilotage stratégique et opérationnel, ce qui me fait doucement rigoler. De tels comités, dans mon administration, il en existe par wagons entiers, et qui occupent la quasi totalité du temps disponible d’une partie des décideurs. Mais ils ne garantissent en rien la réussite des projets. La preuve : l’application de gestion de la dépense publique ACCORD, puis ACCORD2, soit 472 millions d’euros, a été abandonné avant leur déploiement total pour être remplacé en moins de 5 ans par CHORUS, pour un autre demi-milliard, qui connaît actuellement des difficultés des plus importantes menaçant sa généralisation. Parallèlement, il y la nébuleuse application relative à la fiscalité COPERNIC, proche elle aussi du milliard. Il y a surtout l’application de gestion des collectivités territoriales et locales HELIOS qui, lors de la suspension momentané de son déploiement, a inventé la notion de «pause qualité». . Toutes ont ou avaient des comités dans tous les sens, de suivi, de pilotage, de supervision, d’étude, etc… Toutes sont ou étaient frappés de «réunionnite» aiguë et permanente. En tout cas, aucune ne donne satisfaction.

La raison de tous ces échecs n’est évidemment pas là. La lecture du rapport de la Cour des Comptes ne le dit pas expressément, mais cela transpire entre les lignes : les projets sont menés par des personnalités plus ou moins politiques, plus ou moins techniques, très loin des exigences et attentes de terrain, et quoi qu’il arrive, à marche forcée. Tout ce qui ne provient pas de l’organisation interne du projet est écarté, balayé, et assez curieusement, s’agissant de l’Etat, les contraintes budgétaires disparaissent pour autoriser des dépassement bizarres. Les difficultés sont systématiquement minimisées quand elles ne sont pas purement et simplement ignorées, voire maquillées, dans de magnifiques opérations de communication. Les spécialistes maison sont purement et simplement ignorés. Quant au coût, compte-tenu de leur ampleur et du résultat, comment ne pas entrevoir quelque part une forme de subvention déguisée vers des prestataires ayant pignon sur rue, pour ne pas parler carrément de copinage, de favoritisme, de corruption ?

C’est triste, c’est mon quotidien.

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Faire de la place

Entre quelques annonces de candidature à la présidentielle de 2012, l’actualité est monopolisée par le grand chamboulement des horaires des trains de la SNCF : 85% sont impactés, officiellement pour simplifier les grilles, moderniser le réseau et l’adapter aux nouvelles lignes à grandes vitesse. Mais n’y a t’il pas d’autres raisons, pas trop politiquement correctes à annoncer, vu la conjoncture actuelle ?

On ne sait pas ou on va, mais on y va tout droit...Le français de base, c’est bien connu, est un râleur étalon. Il n’aime rien, et surtout pas que l’on change ses habitudes, ancré qu’il est dans le conservatisme et un certain «usage paysan», une simple déclinaison du «un tiens vaut mieux que deux tu l’auras» ou de la fameuse «peau de l’ours qu’il ne faut pas vendre avant d’avoir tué la bête». En fait le français, toujours de base, n’apprécie guère le changement pour le changement, la «réformite» aigüe et perpétuelle, toujours présentée sous les traits majestueux de la modernité et du progrès, et qui, peu à peu, rogne ses droits et sa liberté chaque jour davantage, pour un intérêt général des plus discutables.

Notre mode de vie, dit moderne, bien peu parmi nous l’ont choisi, et les impératifs à respecter sont autant d’obligations contraignantes dans le sens ou aucune liberté n’est possible : le boulot (ou son absence), l’endroit ou l’on vit, la manière de se déplacer, autant de domaines où les alternatives sont inexistantes, rien n’est simple, mais on s’en accommode tant bien que mal. Mais quand cet espace plus ou moins stable est secoué en « modernisant » un de ses éléments, on en arrive à des situation ubuesques.

L’illustration vient une nouvelle fois d’être donnée par la SNCF. Le chamboulement des horaires des trains a rompu un équilibre fragile dans de très nombreux foyers, compliquant singulièrement leur quotidien pour travailler ou étudier, pour tous ceux qui galèrent pour simplement survivre. Les victimes de la modernisation sont toujours les mêmes. A ma connaissance, il n’y a pas de cadres supérieurs, pas de professions intellectuelles ou libérales, pas de politiques ni de décideurs dans les trains de banlieues.

On dit le français réfractaire au changement. Je crois surtout qu’il n’apprécie guère qu’une poignée de technocrates des hautes sphères viennent jouer avec son quotidien, surtout quand l’ordinaire est pesant, difficile à vivre, à la limite du supportable tant il est minuté. Qu’apporte en terme de modernité le décalage de 10 minutes d’une rame quand le nouvel horaire empêche purement et simplement son utilisation ? En quoi la suppression d’un arrêt sur une ligne va t’il permettre une meilleure maintenance (de nuit) de la voie ? En quels termes justifier le décalage d’une heure d’un train pour adapter le réseau à la grande vitesse (qui de surcroît circule sur les voies séparées) ?

La modernité à bon dos. Bizarrement dans les médias, personne a parlé de l’obligation faite par l’Europe (directive 91/440) à la SNCF, seul exploitant actuel du réseau ferré français, sommé de faire avant le 1er janvier 2012 un peu de place pour les trais de la concurrence. La politique de rénovation des voies, le cadencement, et autres simplifications des grilles ne sont qu’un seul et même nuage de fumée pour masquer la place rendue libre à la circulation de futurs trains d’opérateurs privés. Le premier train de voyageurs de ce type circule d’ailleurs depuis cette nuit…

Conséquence immédiate de la modernité : soit consentir à des journées encore plus longues et minutées, à attendre sur le quai d’une gare, soit se jeter sur la route et contribuer par obligation à saturer notre oxygène en polluants divers. Belle nouvelle application du Grenelle de l’environnement. Encore une fois, le libéralisme avance ses pions, sans discussion, sans concertation, sans même prendre des gants. L’usager, futur client, ne compte pas. Il est quantité négligeable au yeux de décideurs, mais captif quand il s’agit de payer… Il est temps que cela change, il est temps, pour nous aussi, de faire de la place, et la présence de nouveaux candidats à droite pour la présidentielle 2012 est une très bonne nouvelle.

J’espère que le PS donnera des consignes pour que ces nouveaux candidats obtiennent les 500 signatures requises…

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Semer du vent

Il y a un peu de monde ce jour devant l’Assemblée Nationale. Cette petite troupe bigarrée s’agite, mais son message est couvert par les bruits de la circulation. Les automobilistes pressés passent, sans rien voir, sans rien entendre d’autre que le vacarme continu des moteurs et des klaxons. Ils ont tort, parce que le cri d’alerte de quelques paysans protestataires est des plus importants : derrière les colonnes, dans l’hémicycle, on examine un texte qui remet en cause pour les hommes de la terre le droit de ressemer leur propre récolte.

Inutile de gratter plus longtemps pour savoir qui peut bien proposer une nouvelle loi si urgente, si fondamentale dans notre beau monde libéral. Christian Demuynck, sénateur UMP et proche de Toto 1er, justifie sa proposition de loi afin de «relancer la recherche agricole en France». En pratique, le texte propose d’autoriser la semence de ferme pour quelques espèces, en échange du paiement d’une «contribution volontaire obligatoire» (CVO), et d’interdire cette pratique pour toutes les autres espèces. Ainsi, les choses sont claires : pour obliger le passage vers les semenciers, on interdit purement et simplement par la Loi une pratique ancestrale : semer une partie de la récolte précédente… Au passage, vous aurez remarqué le néologisme «Contribution volontaire obligatoire». Très fort…

«Tous les exploitants du monde agricole» doivent contribuer à l’effort de financement de l’innovation, via la CVO, indique t-on dans les rangs UMP. Tout le monde va donc devoir cracher au bassinet, où plus simplement, comment comment faire payer un usage élémentaire, naturel, totalement dénué de toute notion marchande… et rémunérer sans raison une nébuleuse de type Monsanto, quelque chose d’opaque qui n’apporte rien d’autre que du vent…

Après avoir fichu par terre la recherche agronomique publique (l’INRA), victime des coups de boutoir de la RGPP, nos représentants poussent une nouvelle manne «volontaire et obligatoire» dans des poches bien privées, leur offrant sur un plateau toute l’indépendance alimentaire d’un pays, d’un continent, du Monde. Quand il s’agit de faire des affaires de ce niveau, il n’y a depuis longtemps plus de frontières. On sait bien ce qu’il en ressortira : les OGM et le progrès génétique sauveront le monde de la faim… Mais bien sûr. Et la marmotte met le chocolat dans le papier alu…

Mais il finira par se lever, le vent de la révolte.

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La vengeance

Cela fait des années, des dizaines même, où j’entends prononcer les mêmes logorrhées : c’est la crise, le pays vit au dessus de ses moyens, il n’est plus possible de continuer ainsi. Depuis que je travaille, soit depuis 30 ans, les crans sur la ceinture ont bougé, et pas qu’un peu, mais pas dans le sens voulu, au propre comme au figuré… Je consomme dans la limite de ce qui m’est possible de faire, sans fantaisie aucune, et contribue normalement aux charges de la Nation. Je ne peux vivre à crédit et paie tout, sans aides, au prix fort. Je compte tout à l’euro près, et empile de plus en plus fréquemment des renoncements qui se transforment dans la durée en sacrifices chaque fois un peu plus douloureux. Mon livret A, comme seule épargne, a un solde positif de 0,65 euros… Mais de quoi suis-je donc coupable pour reprendre un nouveau coup de bâton dans les jambes ?

Visiblement, je dois être un dangereux générateur de dette publique. Déjà, je suis petit fonctionnaire, besogneux mais invisible, taillable et corvéable… Mais au delà, ce nouveau plan de rigueur, imposé par la communauté internationale, m’apparaît d’abord comme une reprise en main vigoureuse des peuples au sens large. Parce que les pouvoirs, politiques et financiers, ont été pris d’une peur panique. L’épisode grec du référendum, invitant le citoyen à se prononcer, a sonné comme une terrible remise en cause de leur autorité alors qu’aucune question n’était encore élaborée… Le seul fait d’évoquer la possible expression des «sujets» a soulevé des énergies colossales pour que le 1er ministre grec soit prié de revenir sur sa décision et invité à plier les gaules sans moufter davantage.

Suite présidentielle au Majestic à Cannes, à la rigueur...Le boulet est passé près, et nos politiques ont vite fait de concocter un nouveau plan de rigueur, qui sonne comme une vengeance contre toute velléité d’expression. Les indignés du parvis de la Défense en savent quelque chose, harcelés, puis débarrassés qu’ils sont par les Condés de leur matériel de couchage, ce qui s’apparente soit dit en passant à du vol ou destruction volontaire de biens d’autrui puisque rien n’interdit leur présence pacifique dans espace public… Rigueur, rigueur…

Les milliards à trouver sont censés équilibrer un budget 2012 bancal dès la conception, en raison principalement de la prise en compte d’un taux de croissance fixé au doigt mouillé, mais pas que. Sera ainsi ponctionnée la masse laborieuse qui fait déjà les frais de réformes iniques, qui paie au prix fort l’égocentrisme et la mégalomanie du pouvoir. Mais toujours rien de significatif concernant les niches fiscales. Le dispositif Scellier est certes abrogé, mais les plus importantes, coûteuses et improductives demeurent. Par exemple, la «niche Copé», votée en catimini en 2004 sous l’impulsion du Ministre du budget éponyme. Elle exonère d’impôt sur les sociétés les plus-values encaissées par des personnes physiques ou morales en cas de vente de leurs filiales ou titres de participation détenus depuis plus de deux ans. Elle a coûté au budget de l’Etat, la bagatelle de 9 à 10 milliards en 2007, 2008 et 2009… Pour 2010 bizarrement, le chiffre n’est pas connu. On en ferait bien des choses en abrogeant une disposition des plus inutile et improductive économiquement, qui profite essentiellement à 10 grandes entreprises du CAC40. Mais on préfère faire supporter la rigueur aux salariés.

Je ne suis pas responsable de ces âneries, ces mesures de copinage et d’auto-protection, de passe-droit, de magouilles à peine dissimulées, qui font les fortunes sur du vent en peu de temps, mais j’en paie les conséquences tous les jours. Les systèmes de solidarités se délitent, la protection sociale s’effiloche, les retraites fondent alors que nous payons ces dispositifs de plus en plus chers. Mes enfants dégustent aussi, de manière assez invisible pour l’instant, par le sabotage du système éducatif, les livrant le moment venu «clef-en-main» aux prédateurs du monde du travail, démunis, prêts à consentir à tous les caprices de ces esclavagistes modernes pour s’aligner sur les modèles productifs à la chinoise.

Des efforts, cela fait 30 ans que j’en fais. Un peu plus, un peu moins, je suis rodé, et je n’ai guère d’illusion pour la suite. On se passera de sapin pour Noël, et on s’offrira une orange, comme quand j’étais gosse. Je n’en suis pas mort… Demain, c’est ma paie qu’on réduira, comme en Grèce. C’est déjà écrit : il faut réduire la dépense. Il faudra faire avec, en silence, puisque l’indifférence est devenu le sentiment général. Mais je ne peux pas m’empêcher de voir le monde autour de moi, ces grosses berlines dépasser mon bus matin et soir. Je me demande, le nez collé à la vitre humide, si El Minimo ou François Fillon se rappellent la dernière fois qu’il ont sorti leur chéquier pour payer de leurs deniers leur cantine, leur EDF ou leur gasoil, et comment ils ressentent cette période de disette. Parce que pour moi, avec 17% de perte de pouvoir d’achat depuis 2000 et la rigueur actuelle, c’est ceinture ET bretelles.

Je me demande comment on peut prôner la rigueur en posant ses fesses une seule nuit dans un hôtel pour 37.000 euros, payé par le contribuable. Et à crédit.

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Le suicide, j’y pense

Dans le marasme actuel, la journée s’annonçait un peu mieux qu’à l’ordinaire. Une demi-journée de boulot à expédier les affaires courantes, puis un déjeuner réjouissant avec 2 très bon copains que j’avais un peu perdu de vue, suivi en après-midi de la réunion trimestrielle de tous les correspondants locaux de mon syndicat. Encore des copains, que l’on retrouve avec un certain plaisir à échanger, discuter, et partager… Autour d’une grande table, en attendant de déguster la traditionnelle galette des Rois, chacun raconte comment, dans son unité, on gère le quotidien.

La salle est petite, sans fenêtre, au sous-sol d’un bâtiment sinistre. Il n’y a pas assez de chaises, on se pousse pour que tout le monde participe. Les gobelets et le café circulent, et la secrétaire de la section a un peu de mal à se faire entendre. Chacun parle de la difficulté à exercer les missions, chacun rend compte de sa galère ordinaire dans le contexte actuel. “On a des consommables pour les imprimantes jusqu’en mai, pas plus…” s’écrie mon voisin de droite, “on croule sous les stats” fuse à gauche, “il n’y a aucune considération, ni de la hiérarchie, ni de nos politiques qui nous dénigrent ouvertement dans la presse…” renchérit-on un peu plus loin. Parmi les personnes affectées à l’accueil, les commentaires sont terribles : “on est devenu des assistantes sociales”, “on essuie des quolibets, parfois même des insultes”…

Rien de bien nouveau, en fait. Chacune de ces réunions finit invariablement sur le constat que la déliquescence des services financiers de l’Etat n’intéresse personne. On boit un coup avant de se quitter, on continuera à compenser avec sa conscience personnelle (pas professionnelle…) et voilà. Sauf que lors des échanges, on entend à l’autre bout de la table, une voix faible qui tente de couvrir les autres, qui tremble et lâche dans un hoquet “moi, j’en ai marre, j’en peux plus, aujourd’hui, le suicide, j’y pense”.

Le temps s’est arrêté, stoppé net, et une grosse boule m’a pris au ventre. Je n’arrivais même pas à regarder l’auteur du terrible aveu, partagé entre l’horreur de la réalité de l’acte, la compassion envers la détresse de la collègue, la honte de participer quelque part au bordel ambiant, mais aussi de révolte envers les décideurs qui réforment sans se soucier de l’humain et permettent que de telles choses arrivent. Parce qu’elles arrivent. Même au ministère des finances.

Les fonctionnaires ont toujours suscité bien des attaques eu égard aux incontestables avantages dont ils bénéficient, sans forcement aborder les contraintes tout autant réelles liées à leur situation. Mais depuis quelques temps, les coups de boutoir sont continus, permanents et particulièrement durs à entendre. On conteste actuellement aux fonctionnaires leurs statuts, leurs missions, on souligne leur coût pour la nation… On les traite d’incapables, de fainéants, pire, de profiteurs…

Mais ces mesquineries ne sont rien face aux amputations de moyens et aux réductions drastiques des effectifs, dont les effets se répercutent dans le quotidien des agents, dans les services, mais aussi au-delà… Dans la fonction publique, les agents, n’en déplaise aux plus virulents détracteurs, ont comme ailleurs, ni plus ni moins, une conscience personnelle et professionnelle et font leur travail bien au delà de leurs attributions. Ils n’ont pas besoin d’objectifs, d’évaluations, de normes ISO ou autres foutaises pour compenser quand les moyens sont retirés alors que la mission est inchangée. Il y existe, il est vrai, mais comme ailleurs et dans les mêmes proportions, des profiteurs, des parasites, des gens peu recommandables à tous les niveaux de la hiérarchie, et c’est cette image qui est produite aux citoyens. La seule constante de ce pays est sa propension à faire les amalgames .

La dernière raison du malaise se nourrit de la nature même de la mission fiscale, principale activité de notre ministère, dans son aspect redistributif : si chacun contribue à hauteur de ses revenus pour donner à l’Etat des moyens, des services publics et des dispositifs de solidarités sociales, il devient insupportable de constater les passe-droits et les magouilles des puissants sans n’avoir plus les possibilités de faire respecter la loi de la République. On s’acharne sur les petites gens pour le chiffre et les statistiques, on laisse filer le reste, avec l’impression insupportable que tout est cohérent, que c’est la volonté à peine voilée du pouvoir actuel. Il y a des moments, cela ne passe plus, on pète les plombs.

J’en suis toujours ébranlé, KO debout. Evoquer un possible suicide ainsi, c’est indescriptible.On me rétorquera que ceux qui en parlent ne passent pas à l’acte. Oui, mais non, ceux de France-Télécom ne sont plus là pour témoigner. On ne sait rien non plus des raison profondes d’un tel désespoir. La vie professionnelle occupe une grande place dans la réalisation personnelle, et le quotidien dans nos services, les réorganisations perpétuelles, le mode de management sont maintenant complètement de nature à casser n’importe qui. Même dans le secteur public. Quoi qu’il en soit, je n’arrive pas à retirer de mon esprit ce déchirant appel à l’aide, ce cri pathétique. Le problème, c’est que beaucoup de ces cris sont étouffés, quand ils ne sont plus audibles du tout.

L’idéal : placer l’économie au service de l’homme. Mais apparemment, on n’en a même plus besoin.

Courage Christiane, et à tous les autres.

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Raining stones

Il était un jeu que je faisais souvent, stupidement d’ailleurs, quand je galopais en culotte courte dans ma superbe cité toute neuve, celle même qui aujourd’hui détient le record des voitures brulées lors de la nuit de la Saint-Sylvestre. Avec quelques camarades, entre le toboggan, les bancs de pierre et un carré boueux dans lequel auraient dû grandir quelques plantes vertes ou colorées mais qui n’en ont jamais eu le temps, on lançait en l’air des cailloux pour voir comment ils retombaient. Les variantes, parce qu’il y en avaient, nous intéressaient beaucoup, mais fort heureusement, cela nous a passé, nos activités ont naturellement évolué…

Depuis quelque temps, j’ai remarqué que cette passion revenait à la mode : on lance en l’air, non pas un caillou, quoique, mais une idée, si possible la plus grosse possible, et on observe les ronds que fait l’impact dans la société. Les lanceurs sont tous issus du même sérail : l’UMP, à une exception près… il faut toujours des exceptions. Depuis 3 ans, à tour de rôle, ses sbires se sont relayés avec une belle constance : après les Roms, le code du travail, les profs, les chômeurs, les vieux, les barbus, les 35 heures, le caillou du moment s’appelle “l’embauche à vie des fonctionnaires”.

Le grand problème de ces grandes questions existentielles est qu’il divise profondément la société. A la limite, il pourrait y avoir débat. C’est toujours intéressant de débattre pour faire avancer les choses et évoluer dans une certaine harmonie. Mais pas dans l’environnement actuel, pas avec ce gouvernement là ! Les débats posés sont biaisés d’avance, les non-dits sont tellement bruyants, les objectifs tellement retords pour qu’il soit impossible de trouver le plus petit dénominateur commun. Les faits montrent que, depuis plusieurs années, les pavés volants s’abattent systématiquement sur les mêmes, ceux qui n’ont d’autres choix que de se contenter de revenus dérisoires, ceux qui subissent toutes les hausses mais pas celle du salaire, et fracassent sans bruit les protections sociales les unes après les autres. L’objectif est de précariser, pour rendre servile ceux qui osent encore résister au libéralisme le plus débridé.

La tête de turc, le sujet bien fédérateur du moment, c’est le fonctionnaire. C’est LE responsable idéal de la crise, du déficit, de la gabegie, de la bureaucratie, l’empêcheur de faire du fric avec rien, le pointilleux exécuteur des Lois de la République. Et s’il est bien exact qu’il applique les textes, il faut bien rappeler qui en sont les rédacteurs : le pouvoir législatif, les politiques, pas les fonctionnaires, du moins pas le cadre B et C… S’il est un privilège exorbitant de disposer d’une sécurité de l’emploi quand d’autres en sont dépourvus, le fait d’avoir un salaire mensuel à 6 chiffres face à tous ceux qui n’en ont que 4, voire 3 l’est tout autant. Mais dans ce sens, il n’y a personne pour souligner l’augmentation continuelle, disproportionnée et injustifiable en période de crise des écarts.

Dans la présente polémique, l’instigateur semble oublier beaucoup de choses, notamment qu’un fonctionnaire peut déjà être renvoyé dans ses foyers, quelques miens collègues en ont fait les frais. En outre, les lois telle la Loi Organique relative aux Lois de Finances (LOLF) et la révision générale des politiques publiques (RGPP) préparent bien le terrain. Un des grands principes de la LOLF est de supprimer tous les moyens d’une mission, y compris les moyens en personnel, si les objectifs de la mission en cause ne sont pas remplis. Quant à la RGPP, la mobilité est actée, au point que son refus se traduise par une mise en disponibilité sans traitement, un doux euphémisme pour exprimer un renvoi pur et simple. A titre personnel, il est évident qu’en me proposant un poste d’aide infirmier dans un hopital psy, de gardien de la paix en région parisienne, puis de maton à Fresnes, je deviendrai “de facto” chômeur, de surcroît sans indemnités. Pour l’instant heureusement, le statut des fonctionnaires empêche la pleine application de ces directives. Mais pour combien de temps encore, car les attaques sont de plus en plus nombreuses, de plus en plus rapprochées.

En étant encore plus fin, je suis intimement convaincu que la mobilité des hauts fonctionnaires, qui du reste existe déjà (dont le passage public-privé, et inversement), va vraiment leur profiter, surtout en terme de rémunération. Mais pour un cadre B ou C, il n’y a rien à gagner, il ny a que des contraintes fortes et coûteuses, rien qu’en terme de logement. Normal, la règle est faite par et pour l’administration, par et pour les cadors.

D’autres attaques pointent, d’un bien nouveau genre : la mise en cause personnelle. Quand certains agents publics constatent des malversations particulièrement gravissimes comme Philippe Sion relatés dans son wikileaks 13 ou Gérard Filoche, ancien inspecteur du travail, qui passe à nouveau devant la justice ce mardi 11 janvier pour avoir chatouillé un peu trop des employeurs indélicats, ils deviennent la cible des puissants jusqu’à risquer leur vie… Pour Philippe Sion, agent du Conseil Général de Bouches-du-Rhône, en tenant compte du contexte très local, cette tentative de suicide ressemble bigrement à une exécution ! Courage, mon gars.

Pour revenir aux cailloux, il convient maintenant de faire attention aux trajectoires. Elles pourraient bien se retourner sur les lanceurs en 2012, et peut-être avant : les pavés ont souvent été les pierres angulaires des grandes révoltes, et pas mal de sociétés frissonnent…

Vous le savez maintenant, je suis un admirateur de Ken Loach.

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Mauvaises et bonnes résolutions

Une nouvelle année commence. Un calendrier à remplacer, quelques bonnes résolutions, peut-être un nouveau départ, mais en fait, rien ne change. Ou presque, le train-train continue. Ce qui m’a stoppé net cette semaine est un reportage télé sur un nouveau logiciel pour espionner son ou ses salariés dans leur utilisation de l’outil informatique sur leur lieu de travail.

Pour vous faire une idée du “bidule” je vous renvoie directement sur l’excellent billet sur le sujet de Korben, comme d’habitude. Comme l’essentiel des fonctionnalités sont maintenant assimilées, la question que je me pose est de savoir qui a besoin d’un tel outil. Dans le reportage, l’homme interviewé, visiblement un cadre, dans des locaux de bureaux, explique que ses subordonnés jouent, visionnent des films ou vaquent à des occupations pas forcément professionnelles… et qu’il veut en être informé. Comme il n’y a aucune indication de lieu, tout laisse à penser selon le cliché à la mode, que de tels agissements ne sont possibles qu’à la SNCF, La Poste, à l’EDF ou au Trésor Public… Et bien surprise. La démonstration est faite dans une petite entreprise, une force vive, une de celle qui participe à la grandeur du secteur privé, dont les salariés travaillent et se donnent sans compter. Une de celle aussi qui braille à tout va sur les charges monumentales qui ne sont destinées qu’à alimenter les privilèges des salariés de la fonction publique, payés grassement à ne rien faire toute la journée. Je vous avais prévenu : cliché.

Vous le savez, je suis informaticien au Trésor Public. Dans cette administration, pas besoin de mouchard car l’accès au Net est plus verrouillé que le coffre d’une perception. Donc, pas de .avi, de .mov, de .mp3 ou autre .wmw, pas de .pps non plus… On a accès au site du Figaro ou aux horaires des vols d’Air France, mais pas sur des sites banals de documentation… On peut toujours demander, mais avec la réorganisation des services et la politique d’économies , il faut être très patient, et anticiper un refus. Plutôt que de surveiller, on a préféré interdire. Purement et simplement. Les solutions techniques sont simples, et je ne peux m’empêcher de penser que si les entreprises sont prêtes à lâcher près de 1000 euros par ordinateur pour un tel mouchard, c’est qu’elles ont bien des marges de manoeuvre, en tout cas bien plus qu’elles ne le disent…

2011 est ainsi dans la continuité de 2010. Parmi les grandes résolutions de la bande du Fouquet’s, on trouve en bonne place la surveillance et le contrôle de la population. 30 millions d’Euros pour la vidéo-surveillance, 1000 nouvelles caméras rien que sur Paris, Hadopi, Loppsi2… N’en jetez plus, la cour est pleine. En période pré-électorale, c’est un sujet qui a payé.

Pour ma part, puisqu’on parle de bonne résolution, après 29 années de bons (c’est un peu à mon employeur de le dire…) et loyaux (ça, c’est incontestable) services auprès de mon employeur unique, j’ai décidé désormais de cesser toute initiative, tout avis ou réalisation technique, toutes ces tâches ô combien intéressantes mais pour lesquelles je ne suis pas rémunéré, et qui ne ressortent pas des fonctions professionnelles que l’on m’assigne. Je vais désormais m’en tenir aux strictes procédures, aux lourdeurs administratives dont je m’affranchissais chaque fois que possible. Je vais aussi subir sans broncher les choix opérés en dépit du bon sens, par frousse, ignorance, ou plus encore. Cela m’évitera profitablement des sempiternels conflits avec la hiérarchie, et de bien d’énervements que je ramenais le soir chez moi… Comme résolution, ça a de la gueule non ?

Depuis 29 ans, je vais enfin être… fonctionnaire.

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