Il faudra vivre avec

Une journée de plus sans qu’il ne sorte un mot tant la gorge était serrée. Une journée de plus, que la bêtise humaine a marqué à jamais du sang d’infortunés anonymes, juste coupables de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. A chaque secousse, les mesures de sécurité apparaissent à chaque fois plus draconiennes, dans une escalade sans fin, sans empêcher le moins du monde le jeu de massacre de se perpétuer. Il faudra donc se résoudre à vivre désormais avec cet état de fait.

Et demain ? Côté sécurité, rien ne changera. Le niveau d’alerte du plan Vigipirate est écarlate depuis des lustres. Désormais, il faut s’attendre à ce que l’état d’urgence suive le même chemin et devienne l’ordinaire. Dans cet espace hyper contrôlé, avec des robocops surarmés à chaque coin de rue, rien n’arrêtera la poignée de terroristes pseudo-religieux fanatisés et jusqu’au-boutistes. Il suffit qu’un seul traverse les mailles du filet pour ébranler durablement nos sociétés. Aussi fin soit ce filet, la parade universelle face aux attentats n’existe pas, quoi qu’en disent les responsables politiques.

Un avenir flou se dresse devant nousIl faudra donc vivre avec cette menace continue comme une nouvelle constante. Ca ne va pas arranger l’ambiance générale, passablement plombée par un individualisme de plus en plus prégnant qui dégrade beaucoup le «vivre ensemble» jusqu’alors accepté. On a beau clamer qu’on n’a pas peur, qu’ils ne gagneront jamais, mais nos comportements ont déjà changé. On s’épie, on se surveille, chacun d’entre nous devient une menace potentielle. Le quotidien a déjà migré : on annule des événements, des manifestations, on s’autocensure. Le moindre pétard dans la rue, la moindre vibration de la rame de métro rend l’entourage irrationnel, à la limite de l’hystérisme. Forcée d’abandonner les libertés fondamentales et une certaine sécurité, la société prend un bien vilain virage et s’engage durablement sur un chemin sans retour qui est tout sauf rassurant. Un chacun pour soi bien policé.

Il faudra donc vivre avec. L’occident dans sa globalité, dit civilisé, ne fait que payer la manière dont il s’est amusé avec le proche et moyen orient, mais aussi avec l’Afrique. Les années Bush père et fils y ont largement contribué, mais ils ne sont pas les seuls. On a semé un peu partout des armes plutôt que des tableaux noirs, qui nous reviennent à la figure sous le couvert d’une religion. Il serait bon, un moment donné, de reconnaître que dans ce chaos en développement, nous avons une part non négligeable de responsabilité. Cela ne règle évidemment pas le problème, et n’adoucit en rien les quotidiens incertains qui arrivent. Quoi qu’il en soit, c’est trop tard.

Je n’ai pas peur, je dois être anesthésié. Ou déjà vacciné. Mais je vois sans peine s’effilocher derrière moi un mode de vie plutôt doux malgré la crise, et il me semble que je ne le retrouverai pas de sitôt. La suite sera constellée de plus de police encore, d’interdits, de fouilles, de contrôle, d’injonctions, de surveillance, partout, à toute heure du jour ou de la nuit, et de temps en temps des victimes tomberont sous les bombes de fanatiques, toujours et encore. Alors on pleure nos disparus, ceux des nos voisins et amis. On pleure Bruxelles à chaudes larmes. Par contre, quand le feu de Daesh tombe à Kaboul, Bagdad, Istanbul, Ouagadougou et Jakkarta, rien qu’en 2016, on ne retrouve guère un élan de compassion comparable. Et pourtant, les morts sont tout autant victimes du terrorisme, où qu’ils tombent. Cherchez l’erreur. On a un réel problème de société qui ressemble à l’égoïsme.

Et ce n’est que le début.

Share Button

Plus fort que la haine…

Mon exemplaire de Charlie Hebdo qui a défile un 11 janvier contre la haine

Je n’oublie rien, je ne pardonne rien. C’est tout. #JeSuisCharlie

Share Button

Fin du fondamentalisme ?

C’est une rengaine qui refait surface à chaque secousse de nos sociétés occidentales confrontées aux problèmes sécuritaires : pour se protéger, la seule et unique solution serait de se doter d’un arsenal de moyens de surveillance drastique, quitte au passage à empiéter sur quelques libertés. En la matière, le citoyen n’aurait même rien à craindre car ceux qui n’ont rien à cacher n’ont aucune raison de s’opposer à une mesure qui garantit leur sécurité. Pourtant, rien n’est moins sûr.

Un barbu, c'est un barbu. Trois barbus, c'est des barbouzes...Au lendemain d’événements dramatiques, faisant prendre conscience de la fragilité de la notion de liberté, notamment d’expression, cette question remonte sur le dessus de la pile : le conseil des ministres de ce jeudi 19 février va présenter un «Patriot Act» à la française, un projet de Loi dit de «politique publique» sur le renseignement en vue de prévenir certains actes, notamment de terrorisme. Et le contenu fait froid dans le dos puisque, au-delà des mesures techniques chères aux barbouzes de base, le dispositif sera validé par l’autorité administrative (donc politique) et non judiciaire, ce qui laisse la porte ouverte à bien des dérives. Je n’ose imaginer l’usage que serait fait d’un tel outil s’il tombait entre de mauvaises mains, et notamment celles d’un ramassis de fachos qui rêve tout haut de prendre le pouvoir.

Et comme dans bien d’autres domaines, voila que la France s’apprête à imiter son voisin et modèle d’outre-atlantique : pour des raisons réelles ou supposées de sécurité, absolument rien de nos insignifiantes vies ne pourra échapper aux services de renseignements sur une simple demande administrative, et sans autre forme de procès. Il sera ainsi possible d’écouter, de fouiller et s’immiscer absolument partout, parce qu’un gugusse un rien paranoïaque a estimé sa cible ou son entourage comme une potentielle menace.

Et dans son éternel souci de présenter un profil de bonne foi, le législateur assène le coup de grâce : «il ne s’agit finalement que de légaliser des pratiques qui se font depuis un petit moment déjà, et d’instituer un cadre légal général à des activités susceptibles de porter atteinte à la vie privée et au secret des correspondances». Il était donc normal de cacher micros et caméras, de charger des mouchards sur les ordinateurs, de poser des balises GPS, d’intercepter SMS, mails et communications téléphoniques à tout va, sans aucune autorisation de justice. Maintenant que tout cela est légalisé, passant en plein jour de l’amateurisme à l’industrialisation, on incitera en plus, et plutôt fermement, les acteurs de l’internet à moucharder leurs clients/utilisateurs pour ceux qui auraient échappé à la première lame.

Bien sûr, ceux qui n’ont rien à cacher n’ont aucune raison d’avoir peur. Sauf que c’est méconnaître profondément l’importance du réseau et des relations qui existent entre les individus et qu’étudient (voire les déduisent de toute pièce, comme le fait très bien Facebook) les services de renseignements. Que savons-nous de l’individu avec lequel on a échangé quelques mots dans le métro sous les filtres des caméras de surveillance ? Qu’est ce qui peut-être déduit de nous selon notre entourage alors que des pans entiers de ceux que nous fréquentons peut nous être inconnu ? Le fait de côtoyer un ami dont l’entourage propre inclus de possibles indélicats, fait-il de nous un élément à surveiller ? Sans compter que les Paul Bismuth et autres vrais méchants savent se jouer de cette surveillance, même sophistiquée avec une facilité déconcertante. Dans ces condition, on se demande quelle est la véritable raison de cette mise sous tutelle ? Ce qui reste des syndicats et associations alter n’ont plus qu’a bien se tenir, sinon…

Il y aura bien une Commission Nationale de Contrôle des Techniques de Renseignement (CNCTR) chargée de statuer (à postériori) sur le respect des libertés fondamentales, mais on se demande bien ce qu’il reste de fondamental dans nos libertés. Pour reprendre l’exemple américain, le «Patriot Act», loin d’améliorer la vie et la sécurité de ses habitants, a conduit les États-Unis à basculer dans une forme de tyrannie où l’état de droit ainsi que les libertés publiques et individuelles ont gravement régressé. La moindre contestation vous transforme de facto en un ennemi de la nation dans un manichéisme maladif. Et en premier lieu, qu’adviendra t’il de tous les lanceurs d’alerte ? Pour eux, le dispositif est monstrueux d’efficacité : rien de mieux pour les réduire durablement au silence. Une liberté fondamentale détruite. Une de plus, avec toujours cette pure illusion de sécurité.

Il y a plus de 200 ans, Benjamin Franklin, l’un des pères fondateurs de la nation américaine, l’avait déjà perçu : «un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux». Parce que le fait de renoncer de la sorte à nos libertés les plus fondamentales ne nous protégera en rien d’agissements d’illuminés hors normes, parfaitement préparés à l’exercice. Mais en attendant que le pire arrive, la Word Company et ses donneurs d’ordre y trouveront leur compte. La maîtrise et l’asservissement des masses font marcher les affaires et repoussent loin les empêcheurs de faire fortune en paix. Au moment ou se trament d’étranges accords dans la plus grande opacité, ce genre de loi tombe plutôt bien…

Et dire que c’est un gouvernement de gauche qui porte ce projet, dans l’indifférence générale. Ce n’est pas pour cela que j’ai voté en mai 2012, ni marché ce 11 janvier 2015.

Bon sang, réveillons nous de ce cauchemar…

Share Button

Et maintenant ?

Quelque part, cette journée du 11 janvier s’est résumée en une avalanche de superlatifs pour décrire une nouvelle page d’histoire. De cette marche silencieuse et recueillie est montée une clameur qui exprime sans ambiguïté un attachement à une foule de valeurs qui sont loin d’être universelles partout. Au premier rang se trouvent la liberté d’expression, la liberté tout court, mais aussi le respect d’autrui, la solidarité, la tolérance, le recueillement… Le message est passé avec force, mais à y regarder de plus près, ce n’est pas aussi simple. Les bons sentiments, comme des bonnes résolutions de début d’année, ont une tendance régulière de s’étioler très rapidement.

Charlie HebdoLe consensus du temps de crise ne durera pas bien longtemps. A peine les cendres refroidies, les traces de sang effacées, le monde politique va reprendre son activité principale, c’est à dire dézinguer le camp d’en face, avec la petite phrase qui tue. Il faudra évidemment tirer les leçons de cette tragédie et aussi de la communion du peuple, mais l’histoire étant un perpétuel recommencement, je suis plus que circonspect.

En fait, on a beau clamer haut et fort qu’on se battra, qu’on est pugnace et solidaire, qu’on est peut-être atteint mais qu’on a pas peur, mais pour ma part, j’ai du mal. «Ohé ! partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme !» résonne en boucle dans ma tête, jour et nuit. Partout, depuis mercredi, dans la rue, le gens se parlent : «Ami, si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place». mais pour combien de temps ? Charlie est immortel, mais sans Charb et ses potes qui réservent à jamais leurs dessins aux nuages. Et qui seront les suivants ?

Depuis mercredi, je n’ai que des questions et assez peu de réponses. Pour l’heure, on entend déjà quelques-uns parler de cet outil de malheur qu’est internet, de la nécessité d’empiler de nouvelles lois, de démultiplier les moyens policiers et de surveillance. On vient à peine de défiler pour défendre la liberté qu’on veut déjà la restreindre… Sans parler que les lois existent déjà, et que, quelque soit l’arsenal déployé, on ne parviendra jamais à tout bloquer. Malheureusement.

Malgré l’ambiance générale dopée par la participation aux marches républicaines, mon inquiétude est renforcée par des attitudes captées un peu partout. Dans mon entourage, il y avait de l’indifférence à peine voilé, parfois appuyé de propos amers tels «ils l’ont un peu cherché». J’ai entendu et lu bien plus grave aussi. J’ai mis tout cela sur le compte de la liberté d’expression. Mais cela me fait froid dans le dos et ne me rassure pas vraiment sur la suite. On était nombreux à dire notre attachement à la liberté, à rendre hommages aux victimes, mais ailleurs, ils sont tout autant nombreux à se satisfaire de cet épisode. Dans un contexte ou l’individualisme est une nouvelle religion, qu’importe les valeurs solidaires, la liberté d’expression pourvu qu’elles ne gênent pas les affaires et l’empilement des profits. Ce n’est pas une vue de l’esprit, c’est une réalité. La aussi, il y a des fanatiques.

Et maintenant ? On va continuer. Le temps passe et atténue les peines. Et facilite aussi l’oubli, et c’est bien tout le problème. Mais promis, autant que possible, on va rester vigilant, tant qu’on pourra, tant qu’on vivra.

Salut Charlie.

Marche républicaine Lyon

Share Button

Immortel

J’avais prévu un petit billet hier pour souhaiter au monde quelques banalités d’usage quand l’actualité m’a plongé dans une profonde tristesse jusqu’à l’ankylose. Impossible de bouger, de croire ce qui s’ést déroulé en plein jour, en plein Paris. Une rédaction entière décimée. Non, je n’y crois pas, ce ne peut pas s’être passé. Pas au 21ème siècle, dans un monde dit civilisé.

Je Suis CharlieMa seule activité de la journée a été de me transporter sur la place des Terreaux pour rendre hommage aux victimes de l’immonde barbarie. J’y suis resté longtemps, pétrifié, à applaudir Stéphane Charbonnier dit Charb, Moustapha Ourad, Jean Cabut dit Cabu, Michel Renaud, Elsa Cayat, Franck Brinsolaro, Hamed Merrabet, Bernard Verlhac dit Tignous, Georges Wolinski, Frédéric Boisseau, Philippe Honoré, Bernard Maris, mais aussi tous les blessés de cette atroce boucherie inutile, en pensant à tous leur proches désormais meurtris à jamais.

Gérard Collomb a dit, comme à l’accoutumée, quelques mots de circonstance. Je n’ai alors pas applaudi. Je ne peux occulter la responsabilité que portent les hommes politiques dans leur ensemble pour ne soutenir la presse que quand un drame s’est joué. Je ne me rappelle que trop les turpitudes auxquelles ont été soumis les journalistes d’investigation, notamment de Médiapart, du Monde et quelques autres, et le tir nourri d’une classe politique incapable de mesurer son propos. J’entends encore un ancien président de la République tancer deux journalistes pris en otage en Afghanistan alors qu’ils ne faisaient que leur métier, pour nous informer. Les louanges et les complaintes d’aujourd’hui de droite ou de gauche me sont aussi insupportables que les jérémiades fondamentalistes des fous de n’importe quel dieu… Et que dire des tentatives de récupération de l’événement qui ne vont pas tarder. D’avance, Marine, ta gueule !

La presse et sa liberté, donc la nôtre, cela se défend en permanence. Cela s’affirme tous les jours. Au lieu de cela, on gaspille le temps à attiser les haines et les rancoeurs, on radicalise absolument tout sujet, on fustige l’étranger, on diabolise le musulman, le vrai, celui qui est aussi catastrophé et consterné que moi. La liberté, contrairement à la pile électrique, ne s’étiole que si l’on ne s’en sert pas.

Charlie dérangeait. Et pas qu’un peu. Charlie est passé maître dans cet art. C’est pour cela qu’on l’a tué. Ce faisant, ces idiots dégénérés l’ont rendu immortel. Sûr que quelque part, Choron, Reiser et Cavanna ont accueilli leurs copains les bras ouverts. Mais cela ne me console nullement. Il manquera toujours quelque chose, la petite case en bas à gauche dans ce grand puzzle, ce petit rien apprécié ou non qui fait la diversité, et qui finit par faire un tout.

Mais pour l’instant, je suis désespéré. Je retourne me coucher, avec les mots de Philippe Val qui tournent en boucle dans ma tête. Demain, je serai plus que jamais combatif.

Bonne année.

Share Button

Dieu reconnaîtra les siens

Je m’étais pourtant interdit d’en parler. Jamais. Trop passionnel, trop chargé en symboles qui font perdre le discernement le plus élémentaire, et faire passer n’importe qui pour ce qu’il n’est pas. Le seul fait d’évoquer le sujet me semblait aussi dangereux que la visite d’un missile armé dans mon salon. Parce qu’exprimer un simple avis sur le conflit israélo-palestinien dans le sens qui ne convient pas peut exposer à de sérieux ennuis. Donc, je me taisais, gardant pour moi mon indignation. Je me tenais à ma ligne directrice : motus.

Mais parfois, ce n’est plus tenable. Chaque jour nouveau, comment ne pas se révolter devant l’horreur déversée par tout ce qui transporte des images ? Ce ne sont pas les premières. Elles ne seront malheureusement pas les dernières. Et c’est Jacques Kupfer qui m’a fait sauter le rubicon. Après avoir voulu vitrifier l’Iran, ce représentant du Likoud vient, ni plus, ni moins, d’appeler à éradiquer le peuple gazaoui une fois pour toute dans une diatribe qui fait froid dans le dos, à la manière d’Arnaud Amalric décimant l’hérésie cathare il y a bien longtemps : «Tuez-les tous, Dieu reconnaitra les siens»… S’il y en a un. Et les commentaires qui suivent sont de la même eau.

dédicaces sur les bombes destinées à Gaza...Donc je vais me lâcher. Tant de haine ne révulse. Monsieur Kupfer, il semble bien que vous n’ayez rien appris des atrocités et des génocides passés. On s’en est pris à vous, à votre communauté, dans un abominable et monstrueux holocauste, avec le monde comme témoin. Les hommes ne peuvent réparer, mais ils ont pleuré avec vous, en hurlant «jamais plus», en luttant chaque jour pour que chacun respecte l’autre. Et pendant qu’on s’escrime quasi tout les jours à rappeler ces horreurs afin qu’elles ne se reproduisent plus, qu’on lutte contre des partis politiques un rien nostalgiques, voilà que vous, le peuple martyr entre tous, vous souhaitez la disparition radicale de votre voisin, votre frère. Rappelez-vous de Jacob, qui prit le nom d’Israël. Son père Isaac était le frère d’Ismaël…

Je n’ai pas de mots pour exprimer mon dégoût. Tout cela parce ce peuple, selon vous, est de race inférieure et dégénérée, parce qu’il n’a pas le même dieu, parce qu’il est certes turbulent, parce qu’il tente maladroitement de défendre la terre qu’on lui a confisqué du jour au lendemain… le tout exprimé sans aucun état-d’âme.

Monsieur Kupfer, avec de tels propos, jamais vous n’aurez la paix. Ne comprenez-vous donc pas que toute cette violence, depuis la naissance de l’État d’Israël, et encore plus depuis 1967, est totalement improductive. Pire, vous finissez tout seul par être le grand responsable de la montée de l’anti-sémitisme un peu partout dans le monde.

C’est un peu facile, cet endoctrinement maladif du péril imminent et perpétuel de votre nation. Effectivement, je ne suis pas menacé par une roquette tirée hasardeusement. Je ne suis pas menacé par quelques barbus vociférants. Mais si je l’étais, je m’y prendrais autrement. La loi du talion n’a jamais rien résolu, et écraser quelques mouches avec un lance-flamme produit forcement des dégâts. Chaque bombe qui décime les familles palestiniennes forge une jeunesse dans le combat et produit à coup sûr les futurs membres du Hamas avec une haine sans limite. Voilà le résultat de votre raisonnement dont je peine à croire qu’il émane d’un esprit humain.

gazaMonsieur Kupfer, si vous tenez vraiment à Israël, il vous faut désamorcer rapidement cette bombe à retardement qui grossit chaque jour davantage. Pourquoi le fait de tendre la main à ces populations que vous méprisez est-elle une faiblesse ? Demandez-vous juste pourquoi les Gazaouis se sont tournés vers le Hamas. Au lieu de les enfermer, leur couper l’eau et l’électricité, de les humilier à chaque passage du mur, ces vrais terroristes, parce que c’est leur véritable nature et que cela ne se discute même pas, sont venus en aide aux populations assiégées. Avant de s’attaquer aux fondements religieux, ils ont pris soin de palier d’abord les manques les plus élémentaires du quotidien : logement, nourriture, aides diverses, soins, petits boulots… qui s’apparentent le plus souvent à de la survie. Le reste vient ensuite tout seul. Vous n’isolerez les extrémistes qu’en venant en aides aux palestiniens. Et ce serait là votre plus grande force, et le monde entier vous en sera reconnaissant.

Israël et la Palestine peuvent vivre ensemble, côte à côte, chacun avec ses spécificités. Certainement pas demain, ni même après-demain. Bien sûr qu’il y aura des heurs et des drames commis par des irréductibles, mais un acte isolé ne doit pas remettre autant de choses en question. Pour cela, il faut que votre espèce, Monsieur Kupfer, et toute cette génération de vieux faucons issus des guerres passées et du Mossad, dont le passe-temps favori était de saboter tous les traités et notamment les accords d’Oslo, s’en aillent, et qu’une nouvelle classe politique moins extrémiste apparaisse et apaise enfin cette terre de providence et de repère de tant de religions. Rappelez-vous, elles sont toutes bienveillantes et respectueuses d’autrui.

Plus que jamais, j’y crois.

D’ailleurs, il ne faut jamais dire jamais.

Share Button

Le piège est en place

Je ne sais pas pour vous, mais personnellement cette semaine a été malsaine, avec un horrible arrière-goût âcre et permanent de vomi. Je n’ai jamais aimé cette ambiance de curée, ou la populace se masse frénétiquement devant son poste de télévision pour ne rien rater de l’effrayant mais fascinant spectacle. Pour les faits, face à l’horreur pure, il y avait de quoi être retourné par tant de haine et de sauvagerie. Mais ce n’est pas tout. Pour ne rien vous cacher, le malaise et l’odeur venait également du traitement médiatique de cette affaire et du gain potentiel que le pouvoir actuel pourrait en retirer.

5 ans de gachis, avec Toulouse en point d'orgue...Ce dégoût tarde à passer. Même les contenus des blogs des copains cette semaine, pourtant si brillants d’habitude, m’ont paru fades et creux, comme si eux aussi restaient scotchés, assistant incapables à l’habillage gouvernemental de l’évenement, à la confiscation habile de l’attention des futurs électeurs. La campagne présidentielle n’a pas été suspendue pour tout le monde de la même manière, et l’UMP a fait feu sur tout ce qui bougeait alentour sans discernement et sans état-d’âme. A la manière Merah.

Ce n’est pas le moment de faire une pause. Il faut vite se ressaisir et fourbir ses armes parce que l’effet Merah peut produire des conséquences dévastatrices pour l’avenir entier du pays. Ce dramatique épisode est du pain béni pour notre monarque en talonnette qui se demandait bien comment déplacer le débat sur l’aspect sécuritaire sans aide extérieure, sans un fait scabreux bien concret comme la fort opportune affaire Papy Voise en 2002 ou l’émeute causée par le contrôle musclé d’un voyageur, Gare du Nord le 27 mars 2007. Outre le message et l’impact des crimes abjectes commis ces derniers jours, il y a surtout l’omniprésence télévisuelle jour et nuit de Toto 1er ou l’un de ses sbires, se posant là comme le seul gardien des valeurs et de l’ordre, le pompier salvateur, alors que cela fait 10 ans qu’il souffle patiemment sur les braises. Vous avez dit suspension de campagne ?

Au moment de tirer un certain nombre d’enseignements d’un tel drame, le naturel est revenu au galop pour annoncer comme pour chaque fait divers une brouette de nouvelles lois, dont quelque chose qui ressemble à une nouvelle charge sur l’internaute butineur, dans la grande tradition de ce qui se fait déjà depuis 10 ans. Ce qui voudrait donc dire que LOPPSI, DADVSI, LCEN et consoeurs passées ou à venir comme ACTA seraient inefficaces ou n’iraient pas assez loin dans l’intrusion ? Lire serait ainsi devenu un délit ? Suis-je un dangereux terroriste parce qu’il m’arrive, dans ma veille internet et d’actualité, de passer sur des sites de ce type ? Sous le fallacieux prétexte de dire non à la barbarie, au mieux, cela ressemble à un nouvel grossier effet d’annonce, une nouvelle gesticulation, comme pour celle d’imposer les exilés fiscaux… Au pire, il s’agit d’une manœuvre pour obtenir, sans passer par les processus démocratiques, un contrôle complet de l’internet du pays. Et dans ce cas, traquer l’islamiste sur la toile serait bien le cadet des soucis du président-candidat. L’islamiste lui est bien trop utile, il ne va pas s’en priver comme cela, aussi bêtement… A plus d’un titre, le piège est bien en place.

J’aimerais tant que les français ne soient pas dupes une nouvelle fois. La première, c’était en 2007, au sortir des 5 ans d’agitation et d’affairisme à la tête de tous les ministères pour faciliter son dessein présidentiel. L’excuse consistant à clamer qu’on ne savait pas n’avait déjà aucune validité. Pour 2012, il y a un bilan. Celui d’un président en plein exercice. Il est consistant et désastreux. Il n’a protégé le pays ni de la crise, ni de la violence, et favorisé plus qu’il ne le dit le communautarisme, le sectarisme, le radicalisme, le ressentiment, l’exclusion, la méfiance des autres jusqu’à la crainte. Incontestablement un beau projet de société. Aujourd’hui, on ne le sait que trop. Surtout, ne retombons pas dans ce piège grossier une seconde fois.

Le changement, c’est maintenant.

PS : je retombe à l’instant sur un vieux billet, écrit au lendemain de la tragédie d’Oslo. C’est fou ce qu’il est encore d’actualité. Je dois être un peu devin…

Share Button

Plus jamais ça

J-33. Personne n’échappe à l’odeur de souffre qui agite le pays et accompagne les joutes verbales des candidats à la présidence de la république . On en serait presque à se demander quel coup sordide va encore sortir du chapeau, celui qui assommera à coup sûr l’adversaire et permettra de rafler la mise. Autant dire le coup de grâce. Aujourd’hui, toute la politosphère se rue à Toulouse pour se faire voir et commenter une actualité dramatique, mais qui aurait peut-être connu un autre éclairage en dehors de l’actuelle période électorale. Il s’agit une nouvelle fois de secouer l’opinion publique avec un sempiternel «plus jamais ça». La bonne vieille recette du tout sécuritaire qui a permis à l’actuel monarque et son prédécesseur d’accéder au Graal a toujours bien cours.

Ainsi, quelques vies ont encore basculé sous la barbarie ce matin, devant une école. L’acte est ignoble, monstrueux, abjecte, mais autant le dire tout net, il me semble que ce drame deux ans plus tôt, n’aurait pas eu un tel retentissement et une telle emprise médiatique que celle constatée actuellement. Bien d’autres malheureusement ont été touchés par des tragédies épouvantables sans que cela ne soucie ou ne déplace un quelconque personnage politique. Mais là, falcons et cameras chauffent…

L’opinion publique peut s’indigner et les raisons ne manquent pas. Elles sont chaque jour un plus nombreuses, mais paradoxalement, les réactions sont de moins en moins vives. Depuis quelques temps maintenant, on constate une sorte d’apathie entrecoupée par de maigres soubresauts maladroits ou réduits par un gazage de bon aloi si besoin.

Aujourd’hui, l’opinion publique est presque blasée, personne ne bouge plus. Tout est permis, tout est possible. Des propos ouvertement xénophobes prononcés par des personnalités de l’Etat en exercice, des collusions à peine dissimulées avec les dictateurs, les mafias et le monde de l’argent pour des menus besoins personnels, un peu de sang sur les mains, un peu de favoritisme et d’arrangements par-ci par-là, beaucoup de gourdin pour qui ne gagne pas 5.000 euros par mois, tout passe, tout glisse avec un facilité déconcertante. Même le droit de grève a été bien encadré, et personne, hormis une poignée d’irréductibles, n’a bronché. Un petit matin brun…

En ce jour sombre, je ne peux m’empêcher de penser à toutes ces petites phrases assassines sur les autres, sur la stigmatisation de catégories de personnes, en désignant des communautés entières comme trop différentes. En laissant dire, on a banalisé des propos inadmissibles. On s’étonne ensuite quand des illuminés passent aux actes.

Je suis sidéré par cette société amnésique et moutonnière, nourrie en perfusion et à haute dose par TF1, le tiercé et le nouveau smartphone à la mode… A la veille de se présenter à nouveau devant le suffrage universel, le petit excité, toujours sans projet digne de ce nom, fait feu de tout bois et rebondit sur tout pour secouer une population amorphe, et même l’actualité la plus abjecte peut lui apporter un éclairage un peu plus favorable. Raconter et promettre tout en son contraire dans le même discours, même après 5 ans d’exercice du pouvoir suprême, flirter sans arrêt avec la ligne jaune de la xénophobie, de l’exclusion et de «l’humainement supportable» n’est pas nouveau. C’est le seul domaine ou il excelle, avec les résultats que l’on sait.

Qui sème la haine récolte le feu. Non, vraiment, plus jamais ça.

C’est dérisoire, mais je pense aux victimes, à leurs familles, à leurs proches.

Share Button

Qui en a, des tee-shirts Balladur ?

En matière d’affaire, la période est faste. Il en tombe de tous les côtés, et les nombreux pare-feux présidentiels se percent de toutes part. La fin de règne va être pénible. La dernière pépite du moment est la mise au jour d’un document exhumé par le juge Van Rumbeke permettant à priori de faire un lien entre le contrat des frégates saoudiennes et le financement de la campagne électorale d’Édouard Balladur. Une somme de 10 millions de francs devait être versée à titre d’acompte avant… le 1er tour de l’élection présidentielle de 1995.

tout est devenu possible, même l'explication la plus ridicule...Or, assez bizarrement, le jour du paiement par l’Arabie Saoudite, on trouve un versement d’un montant identique sur le compte de financement de la campagne éléctorale du premier Ministre d’à l’époque. Le plus insolite, du reste, n’est pas l’existence de ces mouvements de fonds astronomiques, en liquide, donc contre toute réglementation, mais son explication : selon les soutiens balladuriens, dont fait partie Toto 1er, cette somme représente le produit de la vente de tee-shirts et gadgets lors des meeting électoraux.

Argument imparable. Mais je peine à me représenter la vente d’autant de ces ridicules bouts de tissus «Made in China» à quelques soirées électorales. Pour atteindre cette somme, il aurait fallut en vendre 1 million, à 100 francs l’unité (15 euros d’aujourd’hui…). Même Johnny n’y arrive pas. L’autre problème, et de taille, c’est qu’ils doivent vraisemblablement tous être imprimés avec la trombine à Balladur ! Vous imaginez un tee-shirt avec Balladur ? Même en très petit, dans un coin ? Ils sont peut-être vendus, mais peut-être bien que leurs heureux possesseurs n’osent les sortir de leur placards… C’est pour cela certainement qu’on ne les voit pas. Imparable je vous dis !

1 millions de tee-shirts vendus en quelques soirées, 10 millions de francs de chiffre d’affaire en un claquement de tissu, ces gens nous prennent ouvertement pour des buses, tout en réclamant nos suffrages… Et en pareil cas, l’attaque étant la meilleure des défenses, l’UMP multiplie les déclarations et les mensonges les plus abracadabrantesques, les cumulent, sans aucune retenue et surtout sans complexes. Lors de ces dernières années, tout est incontestablement devenu possible, du plus sordide au plus ridicule. Comment peut-on encore apparaitre comme un responsable politique conscient de sa fonction et de ses devoirs devant tant de manquements et de bassesse ?

J’aime le discours de Montebourg.

Edit du 1er octobre : Urielle, dans les commentaires, a publié l’adresse d’une petite annonce où l’objet du désir est visible. Je vous livre ci-dessus son verso, et vous laisse imaginer le recto…

Share Button

Rester digne

Le mois de juillet a bien raison de pleurer. Rien, ni même les cyclistes bigarrés, ne viennent égayer et réchauffer cet été pourri, sans lumière, mais aussi sans Amy, et sans une centaine de norvégiens fauchés par un déséquilibré hystérique. Devant tant de barbarie, nos questionnements restent sans réponses. Seules les constatations sont permises : notre monde tout entier tourne de plus en plus mal.

Rester droit, en toutes circonstances. Respect.Devant les développements successifs des informations venues de Norvège, je suis resté sans voix, sous le choc, atterré par tant de haine, sidéré par le sang froid déployé, consterné par le bilan humain, mais aussi très impressionné par l’état d’esprit de ce peuple qui est resté digne, solidaire, unis dans le malheur. Les propos recueillis dans les rues d’Oslo auprès d’anonymes passants montrent des réaction saines, sans esprit de vengeance, sans appel haineux. Le Premier Ministre M. Stoltenberg a d’ailleurs fort bien résumé le besoin : «la seule réponse est plus de démocratie, plus d’ouverture»…

Quels auraient été les propos et le traitement d’une telle catastrophe si elle avait éclaté sur le sol français ? Impensable, répondront en cœur quelques farouches partisans issus des 36% de braves restés fidèles au Maître. Mais un déséquilibré déterminé et discret n’est pas facile à intercepter, surtout s’il se fond dans la société, et commettra l’impensable au nez et à la barbe des services de renseignements.

Au lendemain d’une pareille mésaventure survenant sur le sol français, il est fort probable que notre président bombe le torse et lève haut le poing avec un rictus de circonstance, promettant vengeance, pestant sur l’absence de réformes permettant de se prémunir contre de tels agissements, annonçant de nouvelles lois concernant la banalisation des contrôle d’identité en tout lieu et à toute heure, le filtrage d’Internet, le contrôle des groupes de supporters de foot, la vente d’armes à feux et d’engrais agricoles, sans omettre de stigmatiser une nouvelle fois certains compatriotes pris au hasard dans le paysage… et finir en exigeant des sanctions après le chef du service d’entretien de la navette fluviale et du portier du ministère qui a laissé se garer la voiture piégée….

Ce tableau agité me ferait presque sourire. Il est malheureusement notre quotidien : tout événement dans le pays des «Droits de l’Homme», pour peu qu’il soit dramatique, débouche invariablement sur une diatribe aussi immédiate qu’enflammée, savamment relayée par de veules courtisans, inondant l’opposition politique de toutes les responsabilités, annonçant des lois et des mesures prises dans l’urgence de l’émotion, dont les conséquences sont de réduire de plus en plus les espaces déjà comprimés de liberté.

Le modèle de société norvégien est sain. La population a du bon sens. Elle a choisi des représentants responsables, posés, honnêtes, réfléchis, humanistes, attachés au principes démocratiques qui savent faire face au monde et aux drames. Le résultat est là : un peuple soudé, tolérant et solidaire qui panse ses plaies avec grande dignité, qui renvoye une image d’une communauté multiculturelle fière, qui n’abandonnera jamais ses valeurs. Tout le contraire de la France actuelle.

C’est un beau modèle pour 2012, si on n’a pas été balayé avant.

Ca percute chez les copains :

Share Button